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Bulletin 69

Bulletin 69 - juin 2017
Sommaire

Editorial

L’été arrive, les jours grandissent apportant chaque fois un peu plus de lumière, l’année scolaire de notre centre spirite s’achève remplie de promesses et de l’enseignement reçus de nos frères spirituels. Nos élèves de première et deuxième année auront à méditer ce qu’ils auront appris de la morale spirite et de la difficulté d’un développement médiumnique mis au service de son prochain. Les vacances arrivent ramenant chacun à retrouver les plaisirs de la vie terrestre. Combien seront-ils à reprendre leur bâton de pélerin à la rentrée de septembre nous rappelant qu’il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus dans la continuité d’une vie dédiée à la doctrine des Esprits ?
Mais notre centre continue à semer inlassablement et restera ouvert tout l’été pour l’aide spirituelle hormis la dernière semaine de juillet et celle du 15 août. Pour la plupart d’entre nous, le travail continue dans la foi et la persévérance. Les liens établis avec nos guides se tissent chaque jour sans relâche et nous emmenons avec nous nos devoirs de vacances. Nous savons qu’il est nécessaire d’être attentif à tout moment à notre environnement spirituel, et que c’est une bonne discipline à avoir que d’élever nos pensées vers nos guides pour les rejoindre sous la forme d’une prière afin de nous libérer de l’étau des contraintes physiques et des impératifs de la vie matérielle.
A tous nos lecteurs, je souhaite un bel été fraternel.

Gilles Fernandez

Julia Bécour alias Paul Grendel

Femme de lettres, née à Lille en 1840, Julia Bécour utilisera le pseudonyme de Paul Grendel pour signer une partie de ses écrits destinés à promouvoir le spiritisme, à défendre la cause des femmes et à améliorer le sort des enfants. Ses ouvrages, parmi lesquels Elfa - roman d’une libre penseuse (1880), Blidie - roman philosophique (1881), la famille Desquiens (1882), Geneviève et Michel – Leçons de morale (1890), Une heure d’oubli (1891), Le roman d’une fille du peuple (1897), Fée Mab (1898), etc. lui vaudront de multiples prix et médailles littéraires. Toute son œuvre en général a d’ailleurs été couronnée par la Société d’Encouragement au Bien à Paris[1]. Mais c’est bien son nom marital, Bécour, qui reste aujourd’hui lié aux maisons maternelles issues de « l’œuvre des mères abandonnées » qu’elle avait créée en 1906. Voyons comment cette femme de caractère a su concilier engagement spirite, social et humain, à une époque pourtant peu ouverte aux femmes d’esprit…

Sa famille

Ayant perdu sa mère très jeune, Julia a été élevée par son père, le docteur Leclerc, médecin principal en chef de l’armée, qui lui donnera le goût des sciences naturelles. En le suivant dans ses nombreux voyages, elle a eu l’occasion de rencontrer divers savants qui lui ont permis d’entretenir, voire de cultiver, son intérêt pour les sciences. Jeune fille, au lieu d’accompagner son père dans des soirées officielles ou dans des dîners mondains, elle préférait disséquer et classer des têtes qui composèrent ensuite la curieuse «collection de têtes» du musée anthropologique de Lille et du musée du Val-de-Grâce de Paris.

Son mari

Au XIXème siècle, plus encore qu’aujourd’hui, une femme devait se marier dans le milieu d’où elle était issue. C’est ainsi que Julia épousa Théophile Bécour, médecin et chirurgien. Le couple s’installa au 13 rue de Bouvines à Fives-Lille. Le docteur Bécour, qui montrait un grand intérêt pour l’hygiène publique, particulièrement sur tout ce qui concernait la santé des enfants, publiera divers ouvrages sur ces sujets. Il devint même médecin inspecteur de l’enfance pour le département du Nord de 1885 à 1901. Ces livres, brochures et travaux lui valurent plusieurs médailles, décernées par la Société industrielle du Nord ou la Société industrielle de Rouen, ainsi que le titre d’officier d’Académie en 1892. Théophile Bécour
Son nom est resté lié, à Lille, au «boulevard du XXème siècle» qui relie Lille, Roubaix et Tourcoing. Alors secrétaire de la Commission des Logements insalubres de Lille, ce médecin hygiéniste prônait des idées d’avant-garde concernant l’habitat et l’environnement, en particulier au sein des quartiers habités par les classes moyennes et populaires. Comme il l’expliquera dans son livre L’Hygiène Populaire, sorti en 1896, le docteur Bécour désirait élargir la cité en dehors de ses remparts pour que les ouvriers puissent quitter la ville et respirer l’air pur de la banlieue. Il aimait à dire «Là où le soleil n’entre pas, le docteur entre toujours». Sa conception visait à garantir la salubrité des villes en proposant une sorte de charte sur la manière de construire une cité moderne dotée de trottoirs, de voies larges approvisionnées en eau potable et des dernières avancées en matière d hygiène.
Le docteur Bécour avait aussi des engagements politiques et, là où le médecin ne suffisait pas, il pouvait se servir de sa position de conseiller d’arrondissement pour chercher à améliorer la condition des ouvriers ou des réfugiés. Dreyfusard, membre de la toute nouvelle Ligue des Droits de l’Homme[2], il intervint au troisième congrès pour la Paix qui se tint à Lille du 26 au 30 avril 1905.
Mais si on parle de lui ici, c’est bien parce que la médecine, l’hygiène et la politique n’étaient pas les uniques domaines dans lesquels le docteur Bécour aimait à exercer sa réflexion et ses talents littéraires. Spirite actif, il eut l’occasion, fin 1902, de patronner deux conférences de Léon Denis. Il écrivait des articles pour le Progrès Spirite et fit même paraître deux livres en 1906, l’un sur une mystique lilloise du XVIIème siècle, l’autre sur une histoire de fantômes et de savants. Laissons Julien Malgras, l’auteur de l’excellent ouvrage Les Pionniers du Spiritisme, nous le présenter : «Le docteur Bécour étudie depuis de longues années, et avec tout le soin et toute la méthode d’un homme de science, les phénomènes du magnétisme et du spiritisme. Il a eu la bonne fortune d’assister à de nombreuses expériences faites avec des médiums de premier ordre ; aussi est-il, plus que qui que ce soit, qualifié pour donner son avis sur la valeur de ces phénomènes et sur toutes les questions qu’ils soulèvent.»

Une influence réciproque

Il fallait, pour une femme du XIXème, avoir un caractère bien marqué et une volonté de fer pour réussir à se faire un nom, à se créer une identité propre, surtout à côté d’un mari aussi brillant ! Car, malgré cette parenthèse sur le docteur Bécour, c’est bien la biographie de son épouse qui nous intéresse aujourd’hui...
Dans les grands couples de spirites, on a toujours envie de se de demander lequel a commencé à s’intéresser au spiritisme en premier et a réussi à entraîner l’autre, même si, on le sait bien, les rencontres ne sont pas dues au hasard et les couples spirituels savent s’épauler et se soutenir pour faire sortir le meilleur de chacun.
Toujours est-il que, dans le contexte de cette fin de XIXème siècle, le statut d’une femme était encore bien plus difficile qu’aujourd’hui et Julia Bécour, tout comme son mari, n’était pas de tempérament à se contenter du tranquille statut offert par la bourgeoisie. Bien au contraire, elle consacrait tout son temps et mettait toute son énergie à défendre la cause des femmes, le sort des enfants et le spiritisme.

Engagement politique

Il était impossible pour les femmes de l’époque de se faire élire, puisqu’elles n’avaient même pas le droit de vote, mais cela n’empêcha pas Mme Bécour de s’engager, comme son mari, du côté des dreyfusards, en signant des appels et en mobilisant les bonnes volontés à venir les rejoindre. Elle utilisait pour cela sa belle plume, ce qui lui donna l’occasion d’écrire des pages émouvantes, notamment dans les revues La Paix Universelle et le Progrès du Nord. La paix était d’ailleurs un de ses sujets de prédilection et on a ainsi pu la voir, aux côtés de son mari, au 3ème congrès pour la paix, avant que, plus active, elle ne prenne la tête du groupe du Nord de la Ligue des Femmes pour le désarmement.

Le pseudonyme

On peut s’étonner qu’une féministe comme elle, ait eu recourt à un pseudonyme masculin pour signer ses livres et articles. Mais, lorsque l’on voit comment s’expriment les hommes, qui signent pourtant des articles très élogieux à son égard, on comprendra qu’elle veuille échapper ainsi «sinon à une misogynie ouverte du moins à un ostracisme condescendant» selon la formule de Michèle Touret[3]. On s’étonnera par exemple, dans La Vie flamande illustrée du 16/12/1905, de : « la puissance de ce cerveau féminin qui excelle dans tous les genres sans jamais émettre un mot équivoque». Ou encore, toujours dans le même article, un peu plus loin : «Ni vaines paroles, ni vaines pensées dans la conversation de cette femme remarquable, elle sort des lieux communs féminins ressassés et fatigants ; elle parle plutôt des inégalités des conditions, de la lutte du bien et du mal, du génie humain et de la folie, de l’antithèse des caractères et des conditions, des lois évolutives de l’homme, etc. Questions gigantesques que l’on n’est pas habitué d’entendre discuter par une femme.»  Paul Grendel C’est donc selon la nécessité, l’impact du message à faire passer, que Julia Bécour signera de son nom, ou bien de son pseudonyme Paul Grendel, plus d’une vingtaine de romans et d’ouvrages divers, et donnera de nombreux articles à des publications aussi variées que La Revue des femmes russes et des femmes françaises (dont Paul Grendel est un des principaux collaborateurs), l’Humanité intégrale, la Fronde (1er journal féministe, entièrement conçu et dirigé par des femmes), le Progrès du Nord (journal socialiste opposé au régime) ou bien le supplément hebdomadaire de la Lanterne. Dans le registre spirite, on retrouvera ses articles dans la Revue scientifique et morale du spiritisme ou dans le Progrès Spirite.

Paul Grendel et le féminisme

C’est sous le pseudonyme de Paul Grendel, que Julia Bécour a signé, jusqu’en 1914, une chronique régulière, appelée sans aucun équivoque possible «Féminisme», dans le Progrès du Nord. Mais, comme elle était spirite, son féminisme ne pouvait pas être violent comme celui des «sufragettes»[4] de la même époque. Elle ne voulait pas se contenter d’une colère destructrice, comme elle fera écrire à Grendel, dans un article paru le 3 février 1913 : «Les révolutionnaires, impulsifs et destructeurs s’attaquent aux personnes et aux choses, sans toucher aux vices de fond et de forme de la société. Leur colère passée, ils se reposent et croient avoir fait quelque chose pour le bonheur de l’humanité» .
Elle ne réclamait que le respect dû aux femmes et insistait sur la nécessité pour elles de gagner leur indépendance financière afin de pouvoir vivre et élever leurs enfants, même en cas de décès du père, de divorce ou d’abandon de la famille par un homme volage. Elle voulait à tout prix éviter que les enfants privés de père ne soient contraints de traîner dans les rues où abondent les tentations de devenir des scélérats, prostitués ou alcooliques. Dans «Veuves et orphelins» du 18 avril 1904, Grendel souligne que la femme qui devient veuve n’a droit à rien et se trouve déclassée, sans ressources et sans travail : «L’homme qui a servi la patrie durant un certain nombre d’années, qui a obtenu un grade, obtient une pension ou une place. Mais la femme qui durant douze ou quinze ans a procréé et élevé ses enfants n’a aucun droit à faire valoir».
Grendel écrira aussi, dans le Progrès du Nord du 10 avril 1907 : «Nous réclamons sans cesse des réformes pour la femme ; rien ne vient. Les petits-enfants meurent de faim, les jeunes filles sont la proie des coquins et des noceurs ; les mères, même menacées, doivent encore obéissance à leurs maris, et tremblent d’être abandonnées, supplantées, ce qui est la détresse, le désespoir pour les femmes sans fortune, et elles sont légions.»
Son pseudonyme lui permettait de s’opposer avec forces aux défenseurs de l’union libre, car ce sont toujours les femmes qui restent sans ressources avec les enfants, et de regretter la libéralisation du divorce, car il favorise les hommes, qui peuvent ainsi plus facilement abandonner leur foyer. Alors que la fille mère et le bâtard sont méprisés, Grendel demandait que ce soit le séducteur qui soit mis au ban de la société. Et pour que l’homme assume réellement ses responsabilités, il était favorable à la recherche en paternité, alors interdite.
Il paraît évident que, pour favoriser l’indépendance financière, l’instruction des jeunes filles lui tienne particulièrement à cœur et Grendel militait donc pour la formation des jeunes filles, afin que celles-ci puissent exercer une profession. Parallèlement, il raillait aussi la futilité de la mode féminine, car c’était une occasion de dépenser des sommes qui pouvaient plutôt être utilisées à soulager des misères humaines. Grendel écrira : «Dans nos pays plus civilisés, combien d’hommes restent persuadés de l’infériorité de la femme et se marient pour avoir une servante prête à subir tous leurs caprices. Pour toute éducation matrimoniale, la loi dit à la femme “tu dois obéissance à ton mari” [...]. Ce mot d’obéissance n’est pas une vaine formule. La femme doit suivre son mari où il lui plaît de l’emmener, il peut à son gré déménager, vendre le mobilier, et dépenser la totalité de son gain. Si sa femme n’est pas contente, il la bat.»
Dans l’article que lui a consacré La Vie Flamande illustrée le 16 décembre 1905, l’auteur reconnaîtra : «Depuis plusieurs années Paul Grendel a entrepris au journal Le Progrès du Nord, la tâche si ingrate et si délicate parfois de défendre les femmes, de leur montrer leurs faiblesses et leur force, leur intelligence comprimée, leurs droits méconnus ; elle le fait avec ce tact et cette bienveillance inhérente à une femme de grand cœur et de haut savoir ; et si parfois elle est un peu sévère envers les hommes, il faut bien en convenir, c’est que les hommes le méritent. »

Engagement social

S’il est un domaine où l’on reconnaît la « suprématie » des femmes, c’est bien pour ce qui concerne les enfants en bas-âge (car l’éducation redevient ensuite un « attribut » masculin). Julia n’eut donc pas besoin d’utiliser son pseudonyme pour concevoir, organiser et mettre en œuvre la première maison maternelle de l’agglomération lilloise.
Il existait bien déjà une «Société de charité maternelle», fondée en juillet 1817 à Lille pour aider les pauvres femmes en couches, les encourager à nourrir elles-mêmes leurs enfants et préserver les nouveaux-nés des suites de l’abandon et du dénuement. Mais cette institution ne s’occupait que des femmes mariées, alors que ce sont bien les mères abandonnées qui se trouvaient les plus fragiles. Comme on l’a vu dans le chapitre sur le féminisme, Mme Bécour prenait particulièrement à cœur la solitude et le détriment des femmes qui se retrouvaient souvent seules et démunies pour élever leurs enfants. Elle créa donc «l’œuvre des mères abandonnées» en 1906.
Nicholas White reconnaîtra d’ailleurs[5] : « La plupart des politiciens du XIXe siècle voulaient protéger les hommes mariés et craignaient les scandales nuisibles à la “famille légitime”, si des hommes mariés étaient poursuivis pour soutenir financièrement la progéniture issue d’une relation adultère. C’est à des femmes comme Julia Bécour qu’a été laissé le soin d’exprimer, avec le cœur, des remontrances aux séducteurs mâles».
L’association s’installe d’abord rue du Faubourg de Roubaix à Lille. L’immeuble pouvait recevoir jusqu’à 70 femmes et 35 à 40 enfants. A sa tête, la directrice Julia Bécour prenait son travail à cœur. Mademoiselle Jumau, qui travaillait à l’œuvre des mères abandonnées, se souvient : «Elle suivait chacune de nos protégées, directement ou indirectement : la santé des enfants, leurs succès scolaires, leur placement favorable pour débuter dans la vie laborieuse, tout l’intéressait de ce qui avait rapport à nos mères délaissées[6]». Les missions de cet établissement étaient d’accueillir les mères dès le 5ème mois de grossesse puis, après l’accouchement, de pousser à l’allaitement jusqu’au 6ème mois de l’enfant, d’aider les mamans à acquérir des notions d’hygiène, d’aider au renouement avec la famille, le partenaire ou le mari. Un travail de réinsertion était réalisé. L’ultime but était d’éviter les abandons d’enfant.  clinique
En 1920, une autre Maison Maternelle Julia Bécour s’installe dans les bâtiments de l’ancien Institut gynécologique fondé par le docteur Albert Turgard. Les mères abandonnées et leurs jeunes enfants y sont accueillis dans 14 chambres individuelles. Puis une autre maison maternelle prendra place rue des Remparts à Lille. C’est ainsi que le Journal de Roubaix du 25 avril 1926, sous la plume du docteur Berthe Grimpret, fit paraître un grand article intitulé «Maison maternelle Julia-Bécour» dont voici quelques extraits évocateurs : «Il y a bien des années, alors que le mouvement féministe et le mouvement social en étaient encore à leurs débuts obscurs, une femme de grand cœur et de grand caractère, Mme Julia Bécour, luttait déjà avec une énergie d’apôtre contre les injustices du sort. Et touchée de l'iniquité qui, sans tenir compte d’aucune circonstance, faisait de la mère abandonnée un objet de mépris et une malheureuse, elle décida de leur venir en aide. Autour d'elle d'ardentes collaboratrices se groupèrent, et leur activité alla croissant. Que de veuves elles ont consolées et soutenues, que de jeunes filles elles ont sauvées du désespoir! (…)
Là, toutes les femmes, mariées ou non, mais abandonnées par l'homme qui devrait être leur soutien, peuvent, sans formalité, trouver le repos et l'espérance dans une maison vraiment familiale, la leur, où elles ont toujours le droit de revenir. En 1923, 52 mères y ont été admises. En 1924, il y en a eu 182, et l'an dernier 262. Le nombre ne fait que s'en accroître. Le Comité qui voudrait abriter toutes celles qui se présentent, a acquis deux maisons nouvelles, voisines, et qui s'ouvriront dans quelques mois à d'autres misères.
Il n'est pas facile, cependant, de contenir et de diriger tant de femmes d'origines différentes, de nationalités diverses (Polonaises, Italiennes, etc.), sans lien entre elles, et aussi sans beaucoup de moralité. (...) Une discipline ferme, assurée au besoin par de vigoureuses réprimandes, se fait accepter parce qu'elle est inspirée d'une bonté réelle, visiblement soucieuse du bien de toutes. Et les caractères les plus durs s'adoucissent, les visages les plus hostiles se détendent.
Dans cette maison, tout se fait par le soin des femmes : couture, nettoyage, cuisine, lessive, repassage. Ces tâches s'accomplissent sans hâte, avec une parfaite régularité. Chacune a sa semaine de service et le tableau, renouvelé tous les huit jours, indique les nouvelles attributions. Les repas sont simples : une soupe, un plat de viande, un légume, mais en abondance. De temps à autre, un fromage, un dessert. Après le déjeuner, les femmes se reposent, puis à nouveau, vaquent à leurs occupations respectives. Celles qui ont déjà leur bébé s'en occupent elles-mêmes. Tous les matins, l'enfant est baigné. Il boit à des heures régulières. On change la couche chaque fois qu'elle est mouillée. De temps à autre, la maman prend l'enfant dans les bras, mais le plus souvent, il se repose dans son berceau, car il ne faut pas le laisser contracter de mauvaises habitudes et il aurait vite fait de vouloir être porté (…) La pouponnière est agréable ; c’est la joie de la maison, la consolation des heures mauvaises. Voyez comme tous ces enfants sont beaux, comme ils sont gais et bien portants. Presque jamais ils ne crient. Ils ont beaucoup d'air, et, dès que le temps s'adoucit, on transporte dans le jardin toutes les bercelonnettes.
Vous vous demandez peut-être par quels moyens le Comité de la Maison Maternelle Julia Bécour a pu mettre sur pied une telle œuvre et la développer. C'est que, en ce pays, pour faire le bien, on trouve toujours une aide efficace : des cotisations toujours plus nombreuses, des dons toujours plus généreux, les subventions de l’État, du département. Et si on organise une fête, les spectateurs n'y manquent pas et rivalisent d'une noble émulation pour remplir la caisse de l'œuvre.
Ainsi s'est développée la pensée de Mme Julia Bécour et cette semence jetée dans une terre aride est devenue un bel arbre où poussent tous les jours de nouveaux rameaux.»

Ses écrits spirites

On comprendra aisément que son engagement social et humain était motivé par une foi spirite intense comme l’attestent tous ses écrits. Observatrice fine des caractères, ses romans naturalistes relatent les familles bourgeoises et ouvrières de son époque. La femme y tient évidemment une place prédominante et c’est avec un art délicat qu’elle dissèque le cœur de l’honnête femme qui a soif d’idéal de foi et d’amour.
Son talent n’est pas reconnu exclusivement dans les milieux spirites puisqu’on peut lire, par exemple, dans La Vie Flamande Illustrée du 16 décembre 1905 : «La philosophie idéale de Paul Grendel séduit les âmes tendres et souffrantes qu’apaise la lecture de cet auteur doux et bon qui parle un beau langage en s’adressant aux femmes et leur découvre un palliatif aux plus grandes douleurs. En analysant l’œuvre de l’auteur lillois, on peut affirmer qu’il possède le secret d’améliorer l’humanité en l’exhortant sans relâche à se dépouiller de la désespérance et de l’égoïsme ; ses doctrines sont le baume consolateur, ses romans font réfléchir car tous renferment une thèse psychique qui, à l’heure actuelle, préoccupe tant d’intellectuels dans le monde entier.»
Patrizia d’Andrea, dans le livre L’ésotérisme au féminin, fait une rapide analyse de quelques ouvrages de Grendel. Elle conclura le passage sur Mme Bécour en admettant que : «Malgré la prédominance, à la fin des romans, du rétablissement de l’ordre au foyer et du mariage, il faut bien conclure à une avancée sociale revendiquée par ces romans de propagande spirite, qui annoncent concrètement les éléments nécessaires à la base d’une émancipation, c’est-à-dire une instruction égalitaire et un statut professionnel fondé sur une égalité des droits.»
Dans Le Progrès Spirite du 5 mai 1898, Laurent de Faget commente Elfa, Le Roman d’une libre-penseuse : «Nous venons de lire ce charmant petit volume qui intéresse, instruit et émeut. À qui ce livre est-il surtout destiné ? Évidemment, aux personnes qui, encore plongées dans la nuit du dogme religieux, sont anxieuses et n’osent lever les yeux vers la franche lumière de la science et de la raison. Pied à pied, dans cette œuvre où l’imagination crée un si joli cadre à la pensée, l’orthodoxie intransigeante des Églises est combattue par un spiritualisme raisonné et victorieux qui n’est autre que le spiritisme.
Quant au roman lui-même, il est fort ingénieusement conduit. Il fournit bon nombre de situations pathétiques ou même dramatiques. On y remarquera, avec de ravissantes peintures des champs et des bois, de beaux sentiments délicatement exprimés, des pensées justes, vigoureusement ou finement rendues. Disons, pour nous résumer, que cette œuvre, sous la forme littéraire la plus propre à pénétrer dans les masses, est un excellent enseignement moral, philosophique et social.»

Fée Mab

Mais l’œuvre maîtresse de Paul Grendel, d’après Léon Denis lui-même, comme nous le verrons plus loin, c’est Fée Mab. Même la très sérieuse revue scientifique La Science Française, écrit dans son numéro du 15 juillet 1898 en parlant du roman : «Une nouvelle philosophie est en voie d’incubation : la biopsychologie des mages d’Orient tend à devenir science. L’occulte est attirant et la littérature s’en empare pour créer des situations envoûtantes».
Dans l’Écho de l’au-delà et d’ici-bas, du 15 février 1900, on lira, toujours à propos de Fée Mab : «Dans ce charmant petit roman, P. Grendel a su réunir tout ce que le Spiritualisme a de plus beau et de plus élevé. (…) Des scènes charmantes, pleines de douceur ou de violentes émotions ; un enseignement des plus complets, une doctrine sûre et une morale parfaite, telles sont les qualités de cet excellent livre de vulgarisation qui fait le plus grand honneur à son auteur et que nous ne saurions trop recommander aux personnes désireuses de s’instruire agréablement, ou de faire une propagande utile.»
La plus belle critique vient forcément de l’article très élogieux que fit paraître notre très estimable Léon Denis dans le Progrès Spirite du 5 février 1902, sous le titre «Paul Grendel et son œuvre». Nul n’est plus à même que lui pour apprécier la beauté et la profondeur d’un roman spirite : «Sous le sombre ciel du Nord, où, si souvent ruissellent les nuées en pleurs, où, dans la brume épaisse, les hommes affairés, passent comme des ombres, courant à l’âpre travail, en proie aux soucis matériels, il est une modeste demeure, asile de l’idéal, où des âmes douces et rêveuses pratiquent le culte des lettres et la communion avec l’invisible. Le cercle féminin des spirites lillois s’y assemble chaque semaine. Des dames aimables, spirituelles, de gracieuses jeunes filles, unies dans une pensée commune, dans une foi éclairée et profonde, font appel aux Esprits de sagesse, et, par la voix de médiums inspirés, de sublimes enseignements se répandent sur ces âmes attentives et émues. Paul Grendel, – c’est, on le sait, le pseudonyme d’une femme de grand talent et de grand cœur – dirige ce petit groupe. Pour ne pas troubler par d’indiscrètes révélations la paix de cet asile, nous n’en parlerons ici qu’au point de vue littéraire.
Bien des œuvres captivantes sont sorties de cette plume féconde : Elfa, Blidie, la famille Desquiens, et ont fait leur chemin dans le monde. Dans ces pages entraînantes, l’idylle côtoie partout le drame ; on admire à l’envi la fraîcheur poétique du cadre, le caractère sympathique des personnages et la belle clarté française du style.
L’œuvre maîtresse de Paul Grendel, celle qui surpasse toutes les autres, la dernière née, c’est Fée Mab. L’idéal le plus pur s’y mêle à la brutale réalité. C’est une peinture fidèle de l’humanité avec ses beautés et ses laideurs. Le talent de l’auteur s’affirme là avec une force nouvelle. Bien des scènes y sont décrites avec une vigueur de touche et une intensité de vie dignes des meilleurs écrivains. On y trouve à la fois une analyse délicate des caractères et des sentiments, des dissertations élevées sur le spiritualisme, la nature de l’art, des épisodes émouvants et des scènes d’évocation d’une réelle grandeur.
Mais ce qui surpasse tout, c’est la pure et noble figure de Mab, jeune fille douée de facultés psychiques merveilleuses qui lui permettent de soulever le voile de l’invisible, de prévoir l’avenir et de s’entretenir avec ceux qui ont quitté la vie terrestre. Par elle, le lecteur est initié sans aridité, sans effort, aux mystères de l’au-delà.
En écrivant ce livre, Paul Grendel nous a donné un excellent instrument de propagande spirite qu’il faut savoir utiliser largement. Les lecteurs et surtout les lectrices que des études techniques ou abstraites rebutent, trouveront là un moyen facile et agréable de se familiariser avec les problèmes de la survie. Nous ne croyons pas, en effet, que l’on ait réussi aussi complètement, avant Paul Grendel, à enchâsser l’idée spirite dans un roman plus honnête et plus captivant. C’est avec un art consommé que l’auteur a su disséminer, dans le récit, l’enseignement profond des choses d’outre tombe et graduer les impressions du lecteur.
Tous les curieux du mystère, tous les sincères amis du spiritisme doivent posséder et répandre ce livre dont la lecture, à la fois, repose, console et instruit. En dehors de ces qualités littéraires et des situations pathétiques qu’il crée, le grand mérite de l’ouvrage, comme tous ceux de Paul Grendel, est de nous amener à reconnaître l’insuffisance des croyances religieuses, la faiblesse et les contradictions de la science et les préjugés déplorables dont souffre notre société.
Ce n’est donc pas une lecture frivole bien qu’agréable. L’œuvre est comparable au semeur. Chaque phrase tombe comme une graine dans l’âme, y fait germer la réflexion, la pensée sérieuse, rénovatrice. Ceux qui l’ont lue se sentent meilleurs, éclairés d’un rayon d’en haut, mieux armés contre la passion, plus fermes dans le devoir. C’est pourquoi il faut aimer la petite Fée Mab et la faire aimer en la faisant connaître.»
Bien qu’issue d’un milieu bourgeois, Julia Bécour avait fait sien le serment d’Elfa, un de ses personnages : «Je jure de défendre le peuple et de travailler au progrès et au bonheur de l’humanité». C’est effectivement ce qu’elle a fait toute sa vie car ses contemporains reconnaissaient que «il ne se passe pas une journée que Paul Grendel ne soutienne une cause qui lui semble juste et morale». Julia Bécour était connue pour ne pas craindre de se mêler au peuple qui a besoin d’idéal, d’éducation morale et d’instruction. Désincarnée en 1917 des suites d’une longue maladie, elle a laissée une fille, Pauline Coisne-Bécour, qui, comme son père, deviendra médecin et, comme sa mère, sera féministe et prendra sa suite dans l’œuvre des maisons maternelles. L’histoire ne nous dit pas si elle est aussi devenue spirite, comme ses deux parents...

Patton, un général étonnant

Il n’y a pas de bonnes guerres mais jusqu’à présent c’est le moyen le plus courant mis en place par nos sociétés pour régler certains problèmes de voisinage et d’idéologie. Le livre des Esprits nous dit que ce qui porte l’homme à la guerre c’est la prédominance de sa nature animale sur sa nature spirituelle et l’assouvissement de ses passions. Dans l'état de barbarie, les peuples ne connaissent que le droit du plus fort ; c'est pourquoi la guerre est pour eux un état normal. A mesure que l'homme progresse, elle devient moins fréquente, parce qu'il en évite les causes et quand elle est nécessaire, il sait y allier l'humanité. Quand les hommes comprendront la justice et pratiqueront la loi de Dieu alors les guerres disparaîtront de notre terre. Les frères spirituels nous enseignent également que le but de la providence qui rend la guerre nécessaire est la liberté et le progrès et que cela passe par l’asservissement momentanée des peuples afin de les faire arriver plus vite. Et à la question que penser de celui qui suscite la guerre à son profit, il est répondu celui-là est le vrai coupable, et lui faudra bien des existences pour expier tous les meurtres dont il aura été la cause, car il répondra de chaque homme dont il aura causé la mort pour satisfaire son ambition.
Mais il y a aussi des hommes et des nations qui font des guerres pour libérer d’autres hommes et pour lesquels il ne sera pas demandé les mêmes réparations futures.
Aujourd’hui les conflits sont encore très présents sur notre planète et sans cesse des hommes essayent d’en asservir d’autres. Certaines guerres sont faites pour libérer les peuples mais trouvent toujours leur origine dans la bassesse et l’orgueil. De part et d’autre, il y a les politiques qui décident des conflits et les militaires qui les organisent ou les subissent. Comme l’a dit Paul Valéry : «La guerre , c’est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas».
Le général Patton fait partie de ces généraux qui ont marqué l’histoire du début du XXème siècle au cours de ces deux guerres les plus meurtrières que notre humanité ait connu. Il a activement participé à la libération de la France et des territoires occupés par les nazis.
Patton était un protestant convaincu et disait lire la Bible chaque matin et chaque soir que Dieu fait. George Smith Patton, Jr., est né le 11 novembre 1885 dans une famille sudiste de Californie. Ses études, il les fera dans des écoles militaires dont la célèbre académie de West Point. Il combat d’abord au Mexique en 1916, puis sur le front Ouest de la première guerre mondiale en 1917. Il gravit rapidement les échelons de la hiérarchie et nous le retrouvons en 1941 à la tête de la 2ème division blindée au moment de l’entrée en guerre des États-Unis fin 1941.
Partout, il mène ses troupes de libération avec succès en Afrique du nord, en Sicile puis dans le débarquement en Normandie jusqu’en Allemagne. Visionnaire, entre les deux guerres il a développé l'idée que les blindés devaient former un groupe de combat indépendant, stratégie qui s’avèrera payante en 1945.
Après avoir survécu à tous les dangers, Patton, promu général 4 étoiles, meurt d’un banal accident de la route en Allemagne, quelques mois après la fin de la seconde guerre mondiale le 9 décembre 1945.
Au-delà de ce parcours brillant mais relativement classique essayons de comprendre quelques facettes de ce personnage atypique qui croyait fermement à la réincarnation. Patton n’avait pas que des qualités, loin de là, et il était considéré par certains comme violent, grossier, paranoïaque et imbu de lui-même. C’était un guerrier, avec ses excès, depuis plusieurs incarnations et il a écrit avoir revécu toutes ses vies passées au cours d’une montée de fièvre due à une septicémie.
Je me bornerai, au travers du film qui lui a été consacré et couronné de 8 Oscars, à faire ressortir uniquement ses visions médiumniques et ses croyances en la pluralité des existences.
Au début du film on le voit arriver sur son futur champ de bataille contre les allemands où il se souvient d’une scène de guerre qui s’est déroulée il y a 2000 ans et à laquelle il a participé :
«Le champ de bataille était là. Les carthaginois qui défendaient la ville sont attaqués par trois légions romaines. Les carthaginois étaient fiers et braves, mais ils furent massacrés. Les femmes arabes les dépouillaient de leur tunique, de leur lance, les soldats gisaient, nus, au soleil. Il y a 2000 ans, j'y étais. Tu ne me crois pas ? C'est parce que le poète disait à travers l'enfantement des siècles, au milieu des pompes et des vicissitudes de la guerre, je me suis battu, j'ai lutté désespéramment et mon sang a coulé des milliers de fois, sous les étoiles.
Comme tout au long d'une roue éternelle, je vois cette lutte immémoriale, j'ai combattu sous bien des noms, sous bien des costumes, mais c'était toujours moi.
Tu ne sais pas qui était ce poète : moi.
Pendant plus de 1000 ans, les conquérants romains, qui revenaient de la guerre, ont connu l'honneur du triomphe et les acclamations du peuple. Dans le cortège, il y avait des trompettes, des danseuses, des animaux étranges qui venaient de territoires conquis ; il y avait aussi des chars plein de trésors ; le conquérant se tenait dans le char triomphal et les prisonniers, chargés de chaines, marchaient devant lui. Quelquefois, des enfants vêtus de blanc, chevauchaient à ses côtés. Un esclave, debout, derrière le conquérant, tenait sa couronne d'or. Il murmurait à l'oreille comme un avertissement : la gloire est éphémère.»
Un peu plus loin, il se trouve, dans le désert, devant un cimetière :
«Je veux une sentinelle ici, pour surveiller, sinon les arabes vont déterrer les corps pour les dépouiller. Ces tombes de nos soldats ne disparaitront pas comme toux ceux qui ont combattu ici, les grecs, les romains, les carthaginois. Je déteste le 20ème siècle.» Patton


Les allemands qui craignaient Patton s’étaient renseignés à son sujet et le décrivaient ainsi à Romel avant une bataille : «Il écrit des poèmes, il croit en la réincarnation. C'est un des officiers les plus riches. Il s'agenouille pour prier et jure tout le temps. Il dit toujours : de l'audace, toujours de l'audace.»
Patton se souvenait de ses précédentes conquêtes militaires, il connaissait parfaitement le terrain et déployait donc toujours la même organisation plusieurs siècles plus tard. Sur sa stratégie militaire avant d’attaquer la Sicile il y a ce dialogue surprenant entre deux officiers :
- Il attaquera à Syracuse, comme les athéniens
- On est au 20ème siècle
- N'oubliez pas, Patton est un homme du 16ème siècle. Patton est un romantique des temps modernes. Son secret, c'est le passé. Il voudra attaquer la Sicile comme les athéniens.
Patton disait également avoir vécu sous le premier empire et avoir participé aux campagnes napoléoniennes. Au cours d’un repas avec d’autres généraux qui le félicitaient d’avoir conquis la Sicile l’un d’entre eux lui dit : «Vous auriez fait un excellent maréchal pour Napoléon, à Austerlitz», sans hésiter il répond : «Jy étais». Ses camarades qui reconnaissaient ses compétences militaires le prenait malgré tout pour un demi fou.
Il revoyait parfaitement cet épisode tragique de la retraite des français de Russie en 1812. «Je me rappelle le cauchemar et la neige atroce et cette interminable retraite de Moscou. Il faisait si froid. On a mis nos blessés et le ravitaillement dans des charrettes. Napoléon avait perdu. Tout était blanc dans cette plaine, même le sang.»
De l’empire romain, en passant par les campagnes napoléoniennes pour arriver à la seconde guerre mondiale, le général Patton a eu une continuité d’incarnations en tant que militaire. On peut supposer qu’au cours de son dernier passage, il a été envoyé pour ses qualités de stratège afin d’aider à la libération des peuples opprimés par le nazisme, et aussitôt, sa mission accomplie, il a été rappelé dans le monde des Esprits. Ses qualités de guerriers sont reconnues mais il lui reste certainement de longues incarnations pour affiner ses qualités morales et assainir son âme dans l’amour, l’humilité et le respect de son prochain.

Message au semeur

Semeur, tu t’es éveillé à la clarté de l’aurore et tu as commencé à semer…
Le dur labour exigeait de la sueur et journellement, entre la rosée du matin et la clarté des étoiles, tu as défriché le sol, rendant calleuses tes mains.
Devant tes sacrifices, les plus aimés ont cessé de te fréquenter, avides de confort… Mais, quand tu t’es vu, seul, sans personne pour écouter tes paroles, la nature a parlé en toi au nom du Ciel. Et tu as écouté, surpris, les prières de la semence. A l’instant de mourir, abandonné pour être fidèle à la vie, tu as écouté les confidences des rosiers, subjugués dans la glèbe, dont les fleurs brillent dans les salons, sans que leur soit donné un autre droit sinon celui de respirer entre des rudes épines. Tu as recueilli l’histoire du blé qui t’a raconté, encore dans les frappes d’or, comme il est trituré entre les dents pointues d’implacables moulins, afin de servir dans la maison des hommes. Et de vieux arbres écorchés et souffrants t’ont fait sentir que Dieu leur avait enseigné en silence de se protéger tendrement des mains criminelles qui leur coupent les branches…
Consolé et heureux, tu as travaillé, semeur !
Un jour, pourtant, le champ a surgi orné de parfum et de beauté et sont apparus, ceux qui ont exigé la récolte pour la fête du monde…
Tu as pleuré la séparation de tes plantes chères, cependant, personne n’a vu tes larmes secrètes entre les rides du visage.
Tu étais seul devant les multitudes qui se disputaient les fruits. Et pour ne pas savoir argumenter devant les assemblées et parce que ta simple présence n’offrait aucune perspective d’enchantement social, les rares amis de ta cause ont jugé prudent de se taire, honteux de la rigueur de tes âpres disciplines et de la pauvreté de ton habit. Mais Dieu t’a poussé vers les biens les plus humbles et tu as cherché d’autres climats et d’autres glèbes où tes mains accablées et douloureuses ont continué à semer…
Semeur de nouvelles pour l’Esprit, tu t’es blanchi dans la culture de la lumière et quoi qu’il arrive, ne t’afflige et ne te décourage pas.
Si de nouvelles tempêtes fustigent ton âme, continue en semant…
Et, si le bannissement et la solitude doivent constituer l’héritage transitoire de ton destin, rappelle-toi le divin semeur, qui était juste et miséricordieux et a préféré la croix pour l’amour de la vérité. Poursuis de même en semant, avec comme certitude que Dieu te suffit parce que tout passe en ce monde, excepté Dieu.

MEIMEI

 

[1] La Société d’Encouragement au Bien (S.E.A.B.), est une œuvre «d’absolue neutralité», fondée en 1862 par Honoré Arnoul et couronnée par l’académie française. Elle existe toujours, sur Paris, en tant qu’association reconnue d’utilité publique.

[2] La Ligue des Droits de l’Homme a été créée en 1898 pour défendre le capitaine Dreyfus.

[3]Auteur de Où sont-elles ? Que font-elles ? La place des femmes dans l’histoire littéraire. Un point de vue de vingtiémiste.

[4]Le terme suffragettes désigne, en son sens strict, les militantes de la Women’s Social and Political Union, une organisation créée en 1903 pour revendiquer le droit de vote pour les femmes au Royaume-Uni. Ses modes d’action, fondés sur la provocation, rompirent avec la bienséance qui dominait jusqu’alors le mouvement suffragiste britannique.

[5] Dans son ouvrage The Family in Crisis in Late Nineteenth-Century French Fiction (qui peut se traduire par La famille en crise à la fin du XIXème siècle dans les romans français).

[6]Extraits du livre Souvenir 1840-1917 sur la tombe de Madame Bécour, le 19 juillet 1917, discours de M. Wellhoff et Melle Jumau.