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VI. - ALTERATION DU CHRISTIANISME. LES DOGMES.
Comme des paillettes d'or dans les flots troubles d'un fleuve, l'Eglise m�le dans son enseignement la pure morale �vang�lique au vague de ses propres conceptions.
Nous venons de voir qu'apr�s la mort du Ma�tre, les premiers chr�tiens poss�daient encore, dans leur commerce avec le monde invisible, une source f�conde d'inspirations. Ils en usaient ouvertement. Mais les instructions des esprits n'�taient pas toujours en harmonie avec les vues du sacerdoce naissant, qui, s'il trouvait un secours dans ces rapports, y rencontrait souvent un contr�le s�v�re et parfois m�me une condamnation.
On peut lire dans l'ouvrage du P�re de Longueval[1] comment, � mesure que s'�difie l'oeuvre dogmatique de l'Eglise dans les premiers si�cles, les esprits se d�tachent peu � peu des chr�tiens orthodoxes, pour inspirer ceux que l'on d�signait alors du nom d'h�r�siarques.
Montan, dit aussi l'abb� Fleury[2] , avait deux proph�tesses, deux dames nobles et riches, nomm�es Priscilla et Maximilla. C�rinthe obtenait �galement des r�v�lations[3] . Apollonius de Tyane comptait parmi ces hommes favoris�s du ciel qui sont assist�s par un � Esprit surnaturel[4] �. Presque tous les ma�tres de l'�cole d'Alexandrie �taient inspir�s par des g�nies sup�rieurs.
Tous ces esprits, s'appuyant sur l'aveu de saint Paul : � Ce que nous avons maintenant de connaissance et de proph�tie est tr�s imparfait � (I Cor., XIII, 9), apportaient, disaient-ils, une r�v�lation qui venait confirmer et compl�ter celle de J�sus.
D�s le troisi�me si�cle ils affirmaient que les dogmes impos�s par l'Eglise comme un d�fi � la raison, n'�taient qu'un obscurcissement de la pens�e du Christ. Ils combattaient le faste d�j� excessif et scandaleux des �v�ques, s'�levant avec �nergie contre ce qui �tait � leurs yeux un rel�chement de la morale[5] .
Cette opposition grandissante devenait intol�rable aux yeux de l'Eglise. Les � h�r�siarques �, conseill�s et dirig�s par les esprits, entraient en lutte ouverte avec elle. Ils interpr�taient l'Evangile avec une largeur de vues que l'Eglise ne pouvait admettre sans ruiner ses int�r�ts mat�riels. Presque tous devenaient n�oplatoniciens, acceptant la succession des vies de l'homme et ce qu'Orig�ne appelait � les peines m�dicinales �, c'est-�-dire des punitions proportionn�es aux fautes de l'�me, r�incarn�e en des corps nouveaux pour racheter son pass� et se purifier par la douleur. Cette doctrine, enseign�e par les esprits, et dont Orig�ne et plusieurs P�res de l'Eglise trouvaient, comme nous l'avons vu, la sanction dans les Ecritures, �tait plus conforme � la justice et � la mis�ricorde divines. Dieu ne peut pas condamner les �mes � des supplices �ternels apr�s une seule vie, mais doit leur fournir les moyens de se relever par des existences laborieuses, par des �preuves accept�es avec r�signation, support�es avec courage.
Cette doctrine d'esp�rance et de progr�s n'inspirait pas, aux yeux des chefs de l'Eglise, assez de terreur du p�ch� et de la mort. Elle ne permettait pas d'asseoir sur des bases assez solides l'autorit� du sacerdoce. L'homme, pouvant se racheter lui-m�me de ses fautes, n'avait pas besoin du pr�tre. Le don de proph�tie, la communication constante avec les esprits �taient des forces qui minaient sans cesse le pouvoir de l'Eglise. Celle-ci, effray�e, et sous pr�texte des abus que ces pratiques engendraient, r�solut de mettre un terme � cette lutte en �touffant le proph�tisme. Elle imposa silence � tous ceux, invisibles ou humains, qui, dans le but de spiritualiser le christianisme, affirmaient des id�es dont l'�l�vation l'�pouvantait.
Apr�s avoir vu pendant trois si�cles dans le don de proph�tie ou de m�diumnit�, que tous pouvaient acqu�rir, suivant la promesse des ap�tres, un moyen souverain pour �lucider les probl�mes religieux et fortifier la foi, l'Eglise en vint � d�clarer que tout ce qui provenait de cette source �tait illusion pure ou oeuvre du d�mon. Elle s'affirma, du haut de son autorit�, comme �tant elle-m�me la seule proph�tie vivante, l'unique r�v�lation perp�tuelle et permanente. Tout ce qui n'�manait pas d'elle fut condamn�, honni. Et ce c�t� grandiose de l'Evangile, dont nous avons parl�, toute l'oeuvre des proph�tes qui le compl�tait et l'�clairait, fut rejet� dans l'ombre. Il ne fut plus question des esprits ni de l'�l�vation des �tres sur l'�chelle des existences et des mondes ; plus de rachat des fautes commises, plus de progr�s r�alis�s et de travaux poursuivis � travers l'infini des espaces et du temps.
On perdit de vue tous ces enseignements ; on oublia la v�ritable nature des dons de proph�tie, au point que les commentateurs modernes des Ecritures disent que la � proph�tie n'�tait que le don d'expliquer aux fid�les les myst�res de la religion[6] �. Les proph�tes �taient pour eux l'�v�que et le pr�tre qui jugeaient, par le don du discernement et les r�gles de l'Ecriture, si ce qui est dit vient de l'esprit de Dieu ou de l'esprit du d�mon �. Contradiction absolue avec l'opinion des premiers chr�tiens, qui voyaient dans les proph�tes des inspir�s, non de Dieu, mais des esprits, comme le dit saint Jean dans le passage d�j� cit� de sa premi�re Ep�tre (IV, 1).
Un moment, on avait pu croire que la doctrine de J�sus, alli�e aux vues profondes des philosophes alexandrins, allait pr�valoir sur les tendances du mysticisme jud�o-chr�tien et pousser l'humanit� dans la voie large du progr�s, vers la source des hautes inspirations spirituelles. Mais les hommes d�sint�ress�s, aimant la v�rit� pour elle-m�me, n'�taient pas assez nombreux dans les conciles. Des doctrines mieux adapt�es aux int�r�ts terrestres de l'Eglise furent �labor�es par ces assembl�es c�l�bres, qui ne cess�rent d'immobiliser et mat�rialiser la religion. C'est par elles et sous l'influence souveraine des pontifes romains que fut �lev�, � travers les si�cles, cet �chafaudage de dogmes bizarres, qui n'ont rien de commun avec l'Evangile et lui sont de beaucoup post�rieurs ; la pens�e humaine, semblable � un aigle captif, impuissant � d�ployer ses ailes et ne voyant plus qu'un coin du ciel, y fut enferm�e pendant longtemps comme dans un tombeau.
Cette construction massive, qui barre le chemin � l'humanit�, est sortie de terre en 325, avec le concile de Nic�e, et s'est achev�e en 1870, avec le dernier concile de Rome. Elle a pour fondement le p�ch� originel, pour couronnement l'immacul�e conception et l'infaillibilit� papale.
C'est par cette oeuvre monstrueuse que l'homme apprit � conna�tre ce Dieu impitoyable et vengeur, cet enfer toujours b�ant, ce paradis ferm� � tant d'�mes vaillantes, � tant de nobles intelligences, et facilement conquis par une vie de quelques jours termin�e apr�s le bapt�me, ou par une confession in extremis, conceptions qui ont pouss� tant d'�tres humains � l'ath�isme et au d�sespoir.
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Examinons les principaux dogmes et myst�res dont l'ensemble constitue l'enseignement des Eglises chr�tiennes. Nous en trouvons l'expos� dans tous les cat�chismes orthodoxes.
C'est d'abord cette �trange conception de l'Etre divin qui aboutit au myst�re de la Trinit�, un seul Dieu en trois personnes : le P�re, le Fils et le Saint-Esprit.
J�sus avait apport� au monde une notion de la divinit� peu connue au juda�sme. Le Dieu de J�sus n'est plus le despote partial et jaloux qui prot�ge Isra�l contre les autres peuples ; c'est le Dieu, p�re de l'humanit�. Toutes les nations, tous les hommes sont ses enfants. C'est le Dieu en qui tout vit, s'agite et respire, immanent dans la nature et dans la conscience humaine.
Pour le monde pa�en comme pour les Juifs, cette notion de Dieu contenait toute une r�volution morale. A des hommes qui �taient arriv�s � tout diviniser et � craindre tout ce qu'ils avaient divinis�, la doctrine de J�sus r�v�lait l'existence d'un seul Dieu, Cr�ateur et P�re, par qui tous les hommes sont fr�res et au nom de qui ils se doivent assistance et affection. Elle rendait possible la communion avec ce P�re, par l'union fraternelle des membres de la famille humaine. Elle ouvrait � tous la voie de la perfection par l'amour du prochain et le d�vouement � l'humanit�.
Cette doctrine, simple et grande � la fois, devait �lever l'esprit humain jusqu'� des hauteurs imposantes, vers ce foyer divin dont chaque homme peut sentir en lui le rayonnement. Comment cette id�e si pure de la divinit�, qui pouvait r�g�n�rer le monde, a-t-elle �t� transform�e au point de devenir m�connaissable ?
C'est l� le r�sultat des passions et des int�r�ts mat�riels qui entr�rent en action dans le monde chr�tien apr�s la mort de J�sus.
La notion de la Trinit�, tir�e d'une l�gende hindoue qui �tait l'expression d'un symbole, vint obscurcir et d�naturer cette haute id�e de Dieu. L'intelligence humaine pouvait s'�lever jusqu'� cette conception de l'Etre �ternel qui embrasse l'univers et donne la vie � toute cr�ature. Elle ne peut s'expliquer comment trois personnes s'unissent pour constituer un seul Dieu. La question de consubstantialit� n'�lucide en rien le probl�me. En vain nous ferait-on observer que l'homme ne peut conna�tre la nature de Dieu. Ici, il ne s'agit pas des attributs divins, mais de la loi des nombres et de la mesure, loi qui r�gle tout dans l'univers, m�me les rapports rattachant la raison humaine � la Raison supr�me des choses.
Pourtant cette conception trinitaire, si obscure, si incompr�hensible, avait un grand avantage aux yeux de l'Eglise. Elle lui permettait de faire de J�sus-Christ un Dieu. Elle donnait au puissant Esprit qu'elle consid�re comme son fondateur, une autorit�, un prestige dont l'�clat rejaillissait sur elle et assurait son pouvoir. C'est l� le secret de son adoption par le concile de Nic�e. Les discussions et les troubles que cette question souleva agit�rent les esprits pendant trois si�cles ; ils ne cess�rent que par la proscription des �v�ques ariens, ordonn�e par l'empereur Constance, et le bannissement du pape Lib�re, qui avait refus� de sanctionner la d�cision du concile[7] .
La divinit� du Christ, rejet�e par trois conciles, parmi lesquels le plus important fut celui d'Antioche (269), est proclam�e en ces termes, en 325, par celui de Nic�e :
� L'Eglise de Dieu, catholique et apostolique, anath�matise ceux qui disent qu'il y avait un temps o� le Fils n'existait pas, ou qu'il n'existait pas avant d'avoir �t� engendr�. �
Cette d�claration est en contradiction formelle avec les vues des ap�tres. Alors que tous croyaient le Fils cr�� par le P�re, les �v�ques du quatri�me si�cle proclament le Fils �gal au P�re, � �ternel comme lui, engendr� et non cr�� �, donnant ainsi un d�menti au Christ lui-m�me, qui disait et r�p�tait : � Mon P�re est plus grand que moi. �
Pour justifier cette affirmation, l'Eglise s'appuie sur certaines paroles du Christ qui, si elles sont exactes, ont �t� mal comprises, mal interpr�t�es. Par exemple, dans Jean (X, 33) il est dit : � Nous te lapidons, parce qu'�tant homme, tu te fais Dieu. �
La r�ponse de J�sus d�truit cette accusation et r�v�le sa pens�e intime : � N'est-il pas �crit dans votre loi : J'ai dit : Vous �tes des dieux ? � (Jean, X, 34)[8] .
� Si elle a appel� dieux ceux � qui la parole de Dieu est adress�e... � (Jean, X, 35.)
Chacun sait que les anciens, Latins et Orientaux, appelaient dieux tous ceux qui, � un titre quelconque, s'�levaient au-dessus du commun des hommes [9] . Le Christ, � cette qualification abusive, pr�f�rait celle de fils de Dieu pour d�signer ceux qui recherchaient et observaient les enseignements divins. C'est ce qu'il explique dans le verset suivant :
� Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appel�s fils de Dieu. � (Matth., V, 9.)
Les ap�tres donnaient le m�me sens � cette expression :
� Tous ceux qui sont conduits par l'esprit de Dieu sont enfants de Dieu. � (Saint Paul, Ep. aux Romains, VIII, 14.)
J�sus le confirme en plusieurs circonstances :
� Direz-vous que je blasph�me, moi que le P�re a sanctifi� et qu'il a envoy� dans le monde, parce que j'ai dit : Je suis le fils de Dieu ? � (Jean, X, 36)[10] .
J�sus r�pond � un Isra�lite : � Pourquoi m'appelles-tu bon ? Personne n'est bon, sinon Dieu seul. � (Luc, XVIII, 19.) - � Je ne puis rien faire par moi-m�me. Je ne cherche point � faire ma volont�, mais la volont� du P�re qui m'a envoy�. � (Jean, V, 30.)
Les paroles suivantes sont plus explicites encore :
� Vous cherchez � me tuer, moi qui suis un homme, qui vous ai dit la v�rit� que j'ai apprise de Dieu. � (Jean, VIII, 40.)
� Si vous m'aimez, vous vous r�duirez de ce que je vais � mon P�re, car mon P�re est plus grand que moi. � (Jean, XIV, 28.)
J�sus dit � Madeleine : � Va vers mes fr�res et dis-leur que je monte vers mon P�re et votre P�re, vers mon Dieu et votre Dieu. � (Jean, XX, 17.)
Ainsi, bien loin d'�noncer l'id�e sacril�ge qu'il �tait Dieu, en toutes circonstances J�sus parle de l'Etre infini comme la cr�ature doit parler du Cr�ateur, ou bien comme un subordonn� parle de son seigneur.
Sa m�re elle-m�me ne croyait pas � sa divinit�, et pourtant qui e�t �t� plus autoris� � l'admettre ? N'avait-elle pas re�u la visite de l'ange lui annon�ant la venue de l'Enfant, b�ni par le Tr�s-Haut et con�u par sa gr�ce[11] ? Pourquoi, alors, cherche-t-elle � entraver son oeuvre, en s'imaginant qu'il a perdu l'esprit[12] ? Il y a l� une contradiction manifeste.
De leur c�t�, les ap�tres ne voyaient en J�sus qu'un missionnaire, un envoy� d'en haut, un esprit sup�rieur, sans doute, par ses lumi�res et ses vertus, mais un esprit humain. Leur attitude envers lui, leur langage, le prouvent clairement. S'ils l'avaient consid�r� comme un dieu, ne se seraient-ils pas prostern�s devant lui, n'est-ce pas � genoux qu'ils lui eussent adress� la parole ? Tandis que leur d�f�rence et leur respect ne d�passaient pas ce que l'on doit � un ma�tre, � un homme �minent. C'est d'ailleurs ce titre de ma�tre (en h�breu rabbi), qu'ils lui d�cernaient habituellement. Les Evangiles en font foi. Quand ils l'appellent Christ, ils ne voient dans cette qualification que le synonyme d'envoy� de Dieu :
� Pierre r�pondit : Tu es le Christ ! � (Marc, VIII, 29.)
La pens�e des ap�tres se trouve expliqu�e, �clair�e, par certains passages des Actes (II, 22). Pierre s'adresse � la foule :
� Hommes isra�lites, �coutez mes paroles. J�sus le Nazar�en a �t� un homme (vir), approuv� de Dieu parmi vous, par les effets de sa puissance, par les miracles qu'il a faits par lui au milieu de vous. �
On trouve la m�me pens�e exprim�e en Luc (XXIV, 19) :
� J�sus de Nazareth a �t� un proph�te puissant en oeuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple. �
Si les premiers chr�tiens avaient cru � la divinit� du Christ, s'ils en avaient fait un dieu, il est fort probable que leur religion se serait noy�e dans la multitude de celles qu'admettait l'empire romain, relevant chacune de divinit�s particuli�res. La flamme d'enthousiasme qui animait les ap�tres, l'�nergie invincible des martyrs, avaient leur source dans la r�surrection de J�sus. Le consid�rant comme un homme semblable � eux, ils voyaient dans cette r�surrection la preuve manifeste de leur propre immortalit�. Saint Paul confirme tr�s nettement cette opinion, lorsqu'il dit :
� Si les morts ne ressuscitent pas, J�sus-Christ n'est donc pas ressuscit�, et si Christ n'est pas ressuscit�, notre pr�dication est vaine et votre foi est vaine aussi. Il se trouverait m�me que nous sommes de faux t�moins par rapport � Dieu, car nous avons rendu de lui ce t�moignage qu'il a ressuscit� J�sus-Christ ; or il ne l'a point ressuscit�, si les morts ne ressuscitent point[13] . �
Ainsi, pour les disciples de J�sus, comme pour tous ceux qui �tudient attentivement et sans passion le probl�me de cette merveilleuse existence, le Christ, selon l'expression qu'il s'applique lui-m�me, n'est que le � proph�te � de Dieu, c'est-�-dire l'interpr�te, le porte-parole de Dieu, un esprit dou� de facult�s sp�ciales, de pouvoirs exceptionnels et non sup�rieurs � la nature humaine. Sa clairvoyance, ses inspirations, le don de gu�rir qu'il poss�dait � un si haut point, se retrouvent � diff�rentes �poques et � divers degr�s chez d'autres hommes.
On peut constater l'existence de ces facult�s chez les m�diums de nos jours, non pas group�es, r�unies, de mani�re � constituer une personnalit� puissante comme celle du Christ, mais dispers�es, r�parties � un grand nombre d'individus. Les gu�risons de J�sus ne sont pas des miracles [14] , elles sont les effets d'un pouvoir fluidique et magn�tique que nous retrouvons, plus ou moins d�velopp�, chez certains gu�risseurs de notre �poque. Ces pouvoirs sont sujets � des variations, � des intermittences que nous constatons chez le Christ lui-m�me, comme le prouvent ces versets de l'Evangile de Marc (VI, 4, 5) :
� Et J�sus leur dit : Un proph�te n'est m�pris� que dans sa patrie, dans sa maison et dans sa famille. Et il ne put faire l� aucun miracle. �
Tous ceux qui ont observ� de pr�s les ph�nom�nes du spiritisme, du magn�tisme et de la suggestion, et ont remont� des effets � la cause qui les produit, tous ceux-l� savent qu'il existe une grande analogie entre les gu�risons op�r�es par le Christ et celles qu'obtiennent nos praticiens modernes. Comme lui, mais avec moins de force et de succ�s, les gu�risseurs spirites traitent les cas d'obsession et de possession, et � l'aide de passes, d'attouchements, par l'imposition des mains, d�livrent les malades des maux caus�s par l'influence des esprits impurs, de ceux que l'Ecriture d�signe sous le nom de d�mons :
� Et le soir �tant venu, on lui pr�senta plusieurs d�moniaques dont il chassa les mauvais esprits par sa parole ; il gu�rit tous ceux qui �taient malades. � (Matth., VIII, 16.)
La plupart des maladies nerveuses proviennent des troubles caus�s par des influences �trang�res dans notre organisme fluidique ou p�risprit. La m�decine, qui �tudie simplement le corps mat�riel, n'a pu d�couvrir la cause de ces maux et les rem�des applicables. Aussi est-elle presque toujours impuissante � les gu�rir. L'action fluidique de certains hommes, soutenue par la volont�, la pri�re et l'assistance des Esprits �lev�s, peut faire cesser ces troubles, rendre � l'enveloppe fluidique des malades ses vibrations normales, et contraindre les mauvais esprits � la retraite. C'est ce qu'obtenaient facilement J�sus et, apr�s lui, les ap�tres et les saints.
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Les connaissances r�pandues parmi les hommes par le spiritualisme moderne nous permettent de mieux comprendre, de mieux d�finir la haute personnalit� du Christ. J�sus �tait un missionnaire divin, dou� de grands pouvoirs, et un m�dium incomparable. Lui-m�me l'affirme :
� Je n'ai point parl� de moi-m�me, mais celui qui m'a envoy�, le P�re, m'a lui-m�me prescrit ce que je dirais et de quoi je parlerais. � (Jean, XII, 49.)
A toutes les races humaines, � toutes les grandes �poques de l'histoire, Dieu a envoy� ses missionnaires, Esprits sup�rieurs, arriv�s par leurs efforts et leurs m�rites au plus haut degr� de la hi�rarchie spirituelle. On peut suivre � travers les temps la trace de leurs pas. Leurs fronts dominent de haut la foule des humains, qu'ils ont pour t�che de diriger vers les sommets intellectuels. Le Ciel les a arm�s pour les luttes de la pens�e ; de lui ils ont re�u courage et puissance.
J�sus est un de ces missionnaires divins, et il est le plus grand de tous. D�pouill� de la fausse aur�ole de sa divinit�, il nous para�t plus imposant. Ses souffrances, ses d�faillances, sa r�signation, nous laissaient presque insensibles venant d'un dieu. Elles nous touchent, elles nous �meuvent profond�ment chez un fr�re. J�sus est de tous les enfants des hommes le plus digne d'admiration. Il est bien grand lorsqu'il enseigne sur la montagne, parmi la foule des humbles. Il est plus grand encore sur le Calvaire, lorsque l'ombre de sa croix s'�tend sur le monde, au soir du supplice.
Nous voyons en lui l'homme arriv� au point final de son �volution, et c'est dans ce sens qu'on peut l'appeler dieu, conciliant ainsi les partisans de sa divinit� avec ceux qui la nient. L'humanit� et la divinit� du Christ repr�sentent les points extr�mes de son individualit�, comme elles le font pour tout �tre humain. Au terme de son �volution, chacun de nous deviendra un � Christ � et ne fera plus qu'un avec le P�re ; il sera parvenu � l'�tat divin.
Le passage de J�sus sur la terre, ses enseignements, ses exemples, ont laiss� des traces ineffa�ables, et son influence s'�tendra sur les si�cles � venir. Aujourd'hui encore, il pr�side aux destin�es du globe sur lequel il a v�cu, aim�, souffert. Gouverneur spirituel de ce monde, il est venu l'entra�ner par son sacrifice dans la voie du bien. Et c'est aussi sous sa direction occulte, c'est avec son appui que s'op�re cette r�v�lation nouvelle, qui, sous le nom de spiritualisme moderne, vient r�tablir sa doctrine, rendre aux hommes le sentiment de leurs devoirs, la connaissance de leur nature et de leurs destin�es.
[1] Histoire de l'Eglise gallicane,
t. I, p. 84.
[2] Hist. eccl., liv. IV, 6.
[3] Ibid., liv. II, 3.
[4] Ibid., liv. I, 9.
[5] P�re DE LONGUEVAL, Histoire de
l'Eglise gallicane, I, 84.
[6] LE MAISTRE DE SACY, Commentaires
de saint Paul (I, 3 ; 22, 29).
[7] Voir, pour les d�tails de ces faits,
E. BELLEMARE, Spirite et Chr�tien, p. 212.
[8] Ces paroles se rapportent au passage
suivant du psaume LXXXII, v. 6 : � J'ai dit : Vous �tes Dieux et vous �tes tous
enfants du Tr�s-Haut. �
[9] Voir note compl�mentaire, n� 8.
[10] Si, dans son langage parabolique,
J�sus se d�nomme parfois fils de Dieu, il se d�signe bien plus fr�quemment sous
le titre de fils de l'homme.Cette expression se retrouve soixante-seize fois
dans les Evangiles.
[11] Luc, I, 26-28.
[12] Marc, III, 21.
[13] Cor., XV, 13-15.
[14] Ce que l'on nomme miracles, ce
sont des ph�nom�nes produits par l'action de forces inconnues, que la science
d�couvre t�t ou tard. Il ne peut y avoir de miracle dans le sens de d�rogation
aux lois naturelles.
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