Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec

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CHAPITRE II
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ESPRITS HEUREUX.

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M. SANSON.

M. Sanson, ancien membre de la Soci�t� spirite de Paris, est mort le 21 avril 1862, apr�s une ann�e de cruelles souffrances. En pr�vision de sa fin, il avait adress� au pr�sident de la Soci�t�, une lettre contenant le passage suivant :

�En cas de surprise par la d�sagr�gation de mon �me et de mon corps, j'ai l'honneur de vous rappeler une pri�re que je vous ai d�j� faite il y a environ un an : c'est d'�voquer mon Esprit le plus imm�diatement possible et le plus souvent que vous le jugerez � propos, afin que, membre assez inutile de notre Soci�t� durant ma pr�sence sur terre, je puisse lui servir � quelque chose outre-tombe, en lui donnant les moyens d'�tudier phase par phase, dans ces �vocations, les diverses circonstances qui suivent ce que le vulgaire appelle la mort, mais qui, pour nous spirites, n'est qu'une transformation, selon les vues imp�n�trables de Dieu, mais toujours utile au but qu'il se propose.

�Outre cette autorisation et pri�re de me faire l'honneur de cette sorte d'autopsie spirituelle, que mon trop peu d'avancement comme Esprit rendra peut-�tre st�rile, auquel cas votre sagesse vous portera naturellement � ne pas pousser plus loin qu'un certain nombre d'essais, j'ose vous prier personnellement, ainsi que tous mes coll�gues, de bien vouloir supplier le Tout-Puissant de permettre aux bons Esprits de m'assister de leurs conseils bienveillants, saint Louis, notre pr�sident spirituel en particulier, � l'effet de me guider dans le choix et sur l'�poque d'une r�incarnation ; car, d�s � pr�sent, ceci m'occupe beaucoup ; je tremble de me tromper sur mes forces spirituelles, et de demander � Dieu, et trop t�t, et trop pr�somptueusement, un �tat corporel dans lequel je ne pourrais justifier la bont� divine, ce qui, au lieu de servir � m'avancer, prolongerait ma station sur terre ou ailleurs, dans le cas o� j'�chouerais.�

Pour nous conformer � son d�sir d'�tre �voqu� le plus t�t possible apr�s son d�c�s, nous nous sommes rendus � la maison mortuaire avec quelques membres de la Soci�t�, et, en pr�sence du corps, l'entretien suivant a eu lieu une heure avant l'inhumation. Nous avions en cela un double but, celui d'accomplir une derni�re volont�, et celui d'observer une fois de plus la situation de l'�me � un moment si rapproch� de la mort, et cela chez un homme �minemment intelligent et �clair�, et profond�ment p�n�tr� des v�rit�s spirites ; nous tenions � constater l'influence de ces croyances sur l'�tat de l'Esprit, afin de saisir ses premi�res impressions. Notre attente n'a pas �t� tromp�e ; M. Sanson a d�crit avec une parfaite lucidit� l'instant de la transition ; il s'est vu mourir et s'est vu rena�tre, circonstance peu commune et qui tenait � l'�l�vation de son Esprit.

(Chambre mortuaire, 23 avril 1862.)

1. Evocation. - Je viens � votre appel pour remplir ma promesse.

2. Mon cher monsieur Sanson, nous nous faisons un devoir et un plaisir de vous �voquer le plus t�t possible apr�s votre mort, ainsi que vous l'avez d�sir�. - R. C'est une gr�ce sp�ciale de Dieu qui permet � mon Esprit de pouvoir se communiquer ; je vous remercie de votre bonne volont� ; mais je suis faible et je tremble.

3. Vous �tiez si souffrant que nous pouvons, je pense, vous demander comment vous vous portez maintenant. Vous ressentez-vous encore de vos douleurs ? quelle sensation �prouvez-vous en comparant votre situation pr�sente � celle d'il y a deux jours ? - R. Ma position est bien heureuse, car je ne ressens plus rien de mes anciennes douleurs ; je suis r�g�n�r� et r�par� � neuf, comme vous dites chez vous. La transition de la vie terrestre � la vie des Esprits m'avait d'abord tout rendu incompr�hensible, car nous restons quelquefois plusieurs jours sans recouvrer notre lucidit� ; mais, avant de mourir, j'ai fait une pri�re � Dieu pour lui demander de pouvoir parler � ceux que j'aime, et Dieu m'a �cout�.

4. Au bout de combien de temps avez-vous recouvr� la lucidit� de vos id�es ? - R. Au bout de huit heures ; Dieu, je vous le r�p�te, m'avait donn� une marque de sa bont� ; il m'avait jug� assez digne, et je ne saurais jamais assez le remercier.

5. Etes-vous bien certain de n'�tre plus de notre monde, et � quoi le constatez-vous ? - R. Oh ! certes, non, je ne suis plus de votre monde ; mais je serai toujours pr�s de vous pour vous prot�ger et vous soutenir, afin de pr�cher la charit� et l'abn�gation qui furent les guides de ma vie ; et puis, j'enseignerai la foi vraie, la foi spirite, qui doit relever la croyance du juste et du bon ; je suis fort et tr�s fort, transform� en un mot ; vous ne reconna�triez plus le vieillard infirme qui devait tout oublier en laissant loin de lui tout plaisir, toute joie. Je suis Esprit ; ma patrie c'est l'espace, et mon avenir, Dieu, qui rayonne dans l'immensit�. Je voudrais bien pouvoir parler � mes enfants, car je leur enseignerais ce qu'ils ont toujours eu la mauvaise volont� de ne pas croire.

6. Quel effet vous fait �prouver la vue de votre corps, ici � c�t� ? - Mon corps, pauvre et infime d�pouille, tu dois aller � la poussi�re, et moi je garde le bon souvenir de tous ceux qui m'estimaient. Je regarde cette pauvre chair d�form�e, demeure de mon Esprit, �preuve de tant d'ann�es ! Merci, mon pauvre corps ! tu as purifi� mon Esprit, et la souffrance dix fois sainte m'a donn� une place bien m�rit�e, puisque je trouve tout de suite la facult� de vous parler.

7. Avez-vous conserv� vos id�es jusqu'au dernier moment ? - R. Oui, mon Esprit a conserv� ses facult�s ; je ne voyais plus, mais je pressentais ; toute ma vie s'est d�roul�e devant mon souvenir, et ma derni�re pens�e, ma derni�re pri�re a �t� de pouvoir vous parler, ce que je fais ; et puis j'ai demand� � Dieu, de vous prot�ger, afin que le r�ve de ma vie f�t accompli.

8. Avez-vous eu conscience du moment o� votre corps a rendu le dernier soupir ? que s'est-il pass� en vous � ce moment ? quelle sensation avez-vous �prouv�e ? - R. La vie se brise et la vue, ou plut�t la vue de l'Esprit s'�teint ; on trouve le vide, l'inconnu, et, emport� par je ne sais quel prestige, on se trouve dans un monde o� tout est joie et grandeur. Je ne sentais plus, je ne me rendais pas compte, et pourtant un bonheur ineffable me remplissait ; je ne sentais plus l'�treinte de la douleur.

9. Avez-vous connaissance... (de ce que je propose de lire sur votre tombe ?)

Les premiers mots de la question �taient � peine prononc�s, que l'Esprit r�pond avant de le laisser achever. Il r�pond de plus, et sans question propos�e, � une discussion qui s'�tait �lev�e entre les assistants, sur l'opportunit� de lire cette communication au cimeti�re, en raison des personnes qui pourraient ou ne pourraient pas partager ces opinions.

R. Oh ! mon ami, je le sais, car je vous ai vu hier, et je vous vois aujourd'hui ; ma satisfaction est bien grande !... Merci ! merci ! Parlez, afin qu'on me comprenne et qu'on vous estime ; ne craignez rien, car on respecte la mort ; parlez donc, afin que les incr�dules aient la foi. Adieu ; parlez ; courage, confiance, et puissent mes enfants se convertir � une croyance r�v�r�e !

J. SANSON.

Pendant la c�r�monie du cimeti�re, il dicta les paroles suivantes :

Que la mort ne vous �pouvante pas, mes amis ; elle est une �tape pour vous, si vous avez su bien vivre ; elle est un bonheur, si vous avez m�rit� dignement et bien accompli vos �preuves. Je vous r�p�te : Courage et bonne volont� ! N'attachez qu'un prix m�diocre aux biens de la terre, et vous serez r�compens�s ; on ne peut jouir trop, sans enlever au bien-�tre des autres, et sans se faire moralement un mal immense. Que la terre me soit l�g�re !

II

(Soci�t� spirite de Paris, 25 avril 1862.)

1. Evocation. - R. Mes amis, je suis pr�s de vous.

2. Nous sommes bien heureux de l'entretien que nous avons eu avec vous le jour de votre enterrement, et puisque vous le permettez, nous serons charm�s de le compl�ter pour notre instruction. - R. Je suis tout pr�par�, heureux que vous pensiez � moi.

3. Tout ce qui peut nous �clairer sur l'�tat du monde invisible et nous le faire comprendre est d'un haut enseignement, parce que c'est l'id�e fausse que l'on s'en fait qui conduit le plus souvent � l'incr�dulit�. Ne soyez donc pas surpris des questions que nous pourrons vous adresser. - R. Je n'en serai point �tonn�, et je m'attends � vos questions.

4. Vous avez d�crit avec une lumineuse clart� le passage de la vie � la mort ; vous avez dit qu'au moment o� le corps rend le dernier soupir, la vie se brise, et que la vue de l'Esprit s'�teint. Ce moment est-il accompagn� d'une sensation p�nible, douloureuse ? - R. Sans doute, car la vie est une suite continuelle de douleurs, et la mort est le compl�ment de toutes les douleurs ; de l� un d�chirement violent, comme si l'Esprit avait � faire un effort surhumain pour s'�chapper de son enveloppe et c'est cet effort qui absorbe tout notre �tre et lui fait perdre la connaissance de ce qu'il devient.

Ce cas n'est point g�n�ral. L'exp�rience prouve que beaucoup d'Esprits perdent connaissance avant d'expirer, et que chez ceux qui sont arriv�s � un certain degr� de d�mat�rialisation, la s�paration s'op�re sans efforts.

5. Savez-vous s'il y a des Esprits pour lesquels ce moment est plus douloureux ? Est-il plus p�nible, par exemple, pour le mat�rialiste, pour celui qui croit que tout finit � ce moment pour lui ? - R. Cela est certain, car l'Esprit pr�par� a d�j� oubli� la souffrance, ou plut�t il en a l'habitude, et la qui�tude avec laquelle il voit la mort l'emp�che de souffrir doublement, parce qu'il sait ce qui l'attend. La peine morale est la plus forte, et son absence � l'instant de la mort, est un all�gement bien grand. Celui qui ne croit pas ressemble � ce condamn� � la peine capitale et dont la pens�e voit le couteau et l'inconnu. Il y a similitude entre cette mort et celle de l'ath�e.

6. Y a-t-il des mat�rialistes assez endurcis pour croire s�rieusement, � ce moment supr�me, qu'ils vont �tre plong�s dans le n�ant ? - R. Sans doute, jusqu'� la derni�re heure il y en a qui croient au n�ant ; mais, au moment de la s�paration, l'Esprit a un retour profond ; le doute s'empare de lui et le torture, car il se demande ce qu'il va devenir ; il veut saisir quelque chose et ne le peut. La s�paration ne peut se faire sans cette impression.

Un Esprit nous a donn�, dans une autre circonstance, le tableau suivant de la fin de l'incr�dule.

�L'incr�dule endurci �prouve dans les derniers moments les angoisses de ces cauchemars terribles o� l'on se voit au bord d'un pr�cipice, pr�s de tomber dans le gouffre ; on fait d'inutiles efforts pour fuir, et l'on ne peut marcher ; on veut s'accrocher � quelque chose, saisir un point d'appui, et l'on se sent glisser ; on veut appeler et l'on ne peut articuler aucun non ; c'est alors qu'on voit le moribond se tordre, se crisper les mains, et pousser des cris �touff�s, signes certains du cauchemar auquel il est en proie. Dans le cauchemar ordinaire, le r�veil vous tire l'inqui�tude, et vous vous sentez heureux de reconna�tre que vous n'avez fait qu'un r�ve ; mais le cauchemar de la mort se prolonge souvent bien longtemps, des ann�es m�me, au-del� du tr�pas, et ce qui rend la sensation encore plus p�nible pour l'Esprit, ce sont les t�n�bres o� il est quelquefois plong�.�

7. Vous avez dit qu'au moment de mourir vous ne voyiez plus, mais que vous pressentiez. Vous ne voyiez plus corporellement, cela se comprend ; mais, avant que la vie ne f�t �teinte, entrevoyiez-vous d�j� la clart� du monde des Esprits ? - R. C'est ce que j'ai dit pr�c�demment : l'instant de la mort rend la clairvoyance � l'Esprit ; les yeux ne voient plus, mais l'Esprit, qui poss�de une vue bien plus profonde, d�couvre instantan�ment un monde inconnu, et la v�rit� lui apparaissant subitement, lui donne, momentan�ment il est vrai, ou une joie profonde, ou une peine inexprimable, suivant l'�tat de sa conscience et le souvenir de sa vie pass�e.

Il est question de l'instant qui pr�c�de celui o� l'Esprit perd connaissance, ce qui explique l'emploi du mot momentan�ment, car les m�mes impressions agr�ables ou p�nibles se poursuivent au r�veil.

8. Veuillez nous dire ce qui, � l'instant o� vos yeux se sont rouverts � la lumi�re, vous a frapp�, ce que vous avez vu. Veuillez nous d�peindre, si c'est possible, l'aspect des choses qui se sont offertes � vous. - R. Lorsque j'ai pu revenir � moi, et voir ce que j'avais devant les yeux, j'�tais comme �bloui, et je ne me rendais pas bien compte, car la lucidit� ne revient pas instantan�ment. Mais Dieu, qui m'a donn� une marque profonde de sa bont�, a permis que je recouvrasse mes facult�s. Je me suis vu entour� de nombreux et fid�les amis. Tous les Esprits protecteurs qui viennent nous assister, m'entouraient et me souriaient ; un bonheur sans �gal les animait, et moi-m�me, fort et bien portant, je pouvais, sans efforts, me transporter � travers l'espace. Ce que j'ai vu n'a pas de nom dans les langues humaines.

Je viendrai, du reste, vous parler plus amplement de tous mes bonheurs, sans d�passer pourtant la limite que Dieu exige. Sachez que le bonheur, tel que vous l'entendez chez vous, est une fiction. Vivez sagement, saintement, dans l'esprit de charit� et d'amour, et vous vous serez pr�par� des impressions que vos plus grands po�tes ne sauraient d�crire.

Les contes de f�es sont sans doute pleins de choses absurdes ; main ne seraient-ils pas, dans quelques points, la peinture de ce qui se passe dans le monde des Esprits ? Le r�cit de M. Sanson ne ressemble-t-il pas � celui d'un homme qui, endormi dans une pauvre et obscure cabane, se r�veillerait dans un palais splendide, au milieu d'une cour brillante ?

III

9. Sous quel aspect les Esprits se sont-ils pr�sent�s � vous ? Est-ce sous celui de la forme humaine ? - R. Oui, mon cher ami, les Esprits nous avaient appris sur terre qu'ils conservaient dans l'autre monde la forme transitoire qu'ils avaient eue sur terre, et c'est la v�rit�. Mais quelle diff�rence entre la machine informe qui se tra�ne p�niblement avec son cort�ge d'�preuves, et la fluidit� merveilleuse du corps des Esprits ! La laideur n'existe plus, car les traits ont perdu la duret� d'expression qui forme le caract�re distinctif de la race humaine. Dieu a b�atifi� tous ces corps gracieux, qui se meuvent avec toutes les �l�gances de la forme ; le langage a des intonations intraduisibles pour vous, et le regard a la profondeur d'une �toile. T�chez, par la pens�e, de voir ce que Dieu peut faire dans sa toute-puissance, lui l'architecte des architectes, et vous vous serez fait une faible id�e de la forme des Esprits.

10. Pour vous, comment vous voyez-vous ? Vous reconnaissez-vous une forme limit�e, circonscrite, quoique fluidique ? Vous sentez-vous une t�te, un tronc, des bras, des jambes ? - R. L'Esprit, ayant conserv� sa forme humaine, mais divinis�e, id�alis�e, a sans contredit tous les membres dont vous parlez. Je me sens parfaitement des jambes et des doigts, car nous pouvons, par notre volont�, vous appara�tre ou vous presser les mains. Je suis pr�s de vous et j'ai serr� la main de tous mes amis, sans qu'ils en aient eu la conscience ; notre fluidit� peut �tre partout sans g�ner l'espace, sans donner aucune sensation, si cela est notre d�sir. En ce moment, vous avez les mains crois�es et j'ai les miennes dans les v�tres. Je vous dis : je vous aime, mais mon corps ne tient pas de place, la lumi�re le traverse, et ce que vous appelleriez un miracle, s'il �tait visible, est pour les Esprits l'action continuelle de tous les instants.

La vue des Esprits n'a pas de rapport avec la vue humaine, de m�me que leur corps n'a pas de ressemblance r�elle, car tout est chang� dans l'ensemble et le fond. L'Esprit, je vous le r�p�te, a une perspicacit� divine qui s'�tend � tout, puisqu'il peut deviner m�me votre pens�e ; aussi peut-il � propos, prendre la forme qui peut le mieux le rappeler � vos souvenirs. Mais, dans le fait, l'Esprit sup�rieur qui a fini ses �preuves, aime la forme qui a pu le conduire pr�s de Dieu.

11. Les Esprits n'ont pas de sexe ; cependant, comme il y a peu de jours encore que vous �tiez homme, tenez-vous dans votre nouvel �tat plut�t de la nature masculine que de la nature f�minine ? En est-il de m�me d'un Esprit qui aurait quitt� son corps depuis longtemps ? - R. Nous ne tenons pas � �tre de nature masculine ou f�minine : les Esprits ne se reproduisent pas. Dieu les cr�e � sa volont�, et si, pour ses vues merveilleuses, il a voulu que les Esprits se r�incarnent sur terre, il a d� ajouter la reproduction des esp�ces par le m�le et la femelle. Mais, vous le sentez, sans qu'il soit n�cessaire d'aucune explication, les Esprits ne peuvent avoir de sexe.

Il a toujours �t� dit que les Esprits n'ont pas de sexe ; les sexes ne sont n�cessaires que pour la reproduction des corps ; car les Esprits ne se reproduisant pas, les sexes seraient pour eux inutiles. Notre question n'avait point pour but de constater le fait, mais en raison de la mort r�cente de M. Sanson, nous voulions savoir s'il lui restait une impression de son �tat terrestre. Les Esprits �pur�s se rendent parfaitement compte de leur nature, mais parmi les Esprits inf�rieurs, non d�mat�rialis�s, il en est beaucoup qui se croient encore ce qu'ils �taient sur la terre, et conservent les m�mes passions et les m�mes d�sirs ; ceux-l� se croient encore hommes ou femmes, et voil� pourquoi il y en a qui ont dit que les Esprits ont des sexes. C'est ainsi que certaines contradictions proviennent de l'�tat plus ou moins avanc� des Esprits qui se communiquent ; le tort n'en est pas aux Esprits, mais � ceux qui les interrogent et ne se donnent pas la peine d'approfondir les questions.

12. Quel aspect vous pr�sente la s�ance ? Est-elle pour votre nouvelle vue ce qu'elle vous paraissait de votre vivant ? Les personnes ont-elles pour vous la m�me apparence ? Tout est-il aussi clair, aussi net ? - R. Bien plus clair, car je puis lire dans la pens�e de tous, et je suis bien heureux, allez ! de la bonne impression que me laisse la bonne volont� de tous les Esprits assembl�s. Je d�sire que la m�me entente puisse se faire non seulement � Paris, par la r�union de tous groupes, mais aussi dans toute la France, o� des groupes se s�parent et se jalousent, pouss�s par des Esprits brouillons qui se plaisent au d�sordre, tandis que le Spiritisme doit �tre l'outil complet, absolu du moi.

13. Vous dites que vous lisez dans notre pens�e ; pourriez-vous nous faire comprendre comment s'op�re cette transmission de pens�e ? - R. Cela n'est pas facile ; pour vous dire, vous expliquer ce prodige singulier de la vue des Esprits, il faudrait vous ouvrir tout un arsenal d'agents nouveaux, et vous seriez aussi savants que nous, ce qui ne se peut pas, puisque vos facult�s sont born�es par la mati�re. Patience ! devenez bons, et vous y arriverez ; vous n'avez actuellement que ce que Dieu vous accorde, mais avec l'esp�rance de progresser continuellement ; plus tard vous serez comme nous. T�chez donc de bien mourir pour savoir beaucoup. La curiosit�, qui est le stimulant de l'homme pensant, vous conduit tranquillement jusqu'� la mort, en vous r�servant la satisfaction de toutes vos curiosit�s pass�es, pr�sentes et futures. En attendant, je vous dirai, pour r�pondre tant bien que mal � votre question : L'air qui vous entoure, impalpable comme nous, emporte le caract�re de votre pens�e ; le souffle que vous exhalez est, pour ainsi dire, la page �crite de vos pens�es ; elles sont lues, comment�es par les Esprits qui vous heurtent sans cesse ; ils sont les messagers d'une t�l�graphie divine � qui rien n'�chappe.

La mort du Juste.

A la suite de la premi�re �vocation de M. Sanson, faite � la Soci�t� de Paris, un Esprit donna, sous ce titre, la communication suivante :

La mort de l'homme dont vous vous occupez en ce moment a �t� celle du juste ; c'est-�-dire accompagn�e de calme et d'esp�rance. Comme le jour succ�de naturellement � l'aube, la vie spirite a succ�d� pour lui � la vie terrestre, sans secousse, sans d�chirement, et son dernier soupir s'est exhal� dans un hymne de reconnaissance et d'amour. Combien peu traversent ainsi ce rude passage ! Combien peu, apr�s les ivresses et les d�sespoirs de la vie, con�oivent le rythme harmonieux des sph�res ! Ainsi que l'homme bien portant, mutil� par une balle, souffre encore des membres dont il est s�par�, ainsi l'�me de l'homme qui meurt sans foi et sans esp�rance, se d�chire et palpite en s'�chappant du corps, et en se lan�ant, inconsciente d'elle-m�me, dans l'espace.

Priez pour ces �mes troubl�es ; priez pour tout ce qui souffre ; la charit� n'est pas restreinte dans l'humanit� visible : elle secourt et console aussi les �tres qui peuplent l'espace. Vous en avez eu la preuve touchante par la conversion si subite de cet Esprit attendri par les pri�res spirites faites sur la tombe de l'homme de bien, que vous devez interroger, et qui d�sire vous faire progresser dans la sainte voie[1]. L'amour n'a pas de limites ; il remplit l'espace, donnant et recevant tour � tour ses divines consolations. La mer se d�roule dans une perspective infinie ; sa limite derni�re semble se confondre avec le ciel, et l'Esprit est �bloui du magnifique spectacle de ces deux grandeurs. Ainsi l'amour, plus profond que les flots, plus infini que l'espace, doit vous r�unir tous, vivants et Esprits, dans la m�me communion de charit�, et op�rer l'admirable fusion de ce qui est fini et de ce qui est �ternel.

GEORGES.

M. JOBARD.

Directeur du Mus�e de l'industrie de Bruxelles ; n� � Baissey (Haute Marne) ; mort � Bruxelles, d'une attaque d'apoplexie foudroyante, le 27 octobre 1861, � l'�ge de soixante-neuf ans.

M. Jobard �tait pr�sident honoraire de la Soci�t� spirite de Paris ; on se proposait de l'�voquer dans la s�ance du 8 novembre, lorsqu'il a pr�venu ce d�sir en donnant spontan�ment la communication suivante :

Me voici, moi que vous allez �voquer et qui veux me manifester d'abord � ce m�dium que j'ai vainement sollicit� jusqu'ici.

Je veux d'abord vous raconter mes impressions au moment de la s�paration de mon �me ; j'ai senti un �branlement inou�, je me suis rappel� tout � coup ma naissance, ma jeunesse, mon �ge m�r ; toute ma vie s'est retrac�e nettement � mon souvenir. Je n'�prouvais qu'un pieux d�sir de me retrouver dans les r�gions r�v�l�es par notre ch�re croyance ; puis, tout ce tumulte s'est apais�. J'�tais libre et mon corps gisait inerte. Ah ! mes chers amis, quelle ivresse de d�pouiller la pesanteur du corps ! quelle ivresse d'embrasser l'espace ! Ne croyez cependant pas que je sois devenu tout � coup un �lu du Seigneur ; non, je suis parmi les Esprits qui, ayant un peu retenu, doivent encore beaucoup apprendre. Je n'ai pas tard� � me souvenir de vous, mes fr�res en exil, et, je vous l'assure, toute ma sympathie, tous mes voeux vous ont envelopp�s.

Vous voulez savoir quels sont les Esprits qui m'ont re�u ? quelles ont �t� mes impressions ? Mes amis ont �t� tous ceux que nous �voquons, tous les fr�res qui ont partag� nos travaux. J'ai vu la splendeur, mais je ne puis la d�crire. Je me suis appliqu� � discerner ce qui �tait vrai dans les communications, pr�t � redresser toutes les assertions erron�es ; pr�t, enfin, � �tre le chevalier de la v�rit� dans l'autre monde, comme je l'ai �t� dans le v�tre.

JOBARD.

1. De votre vivant, vous nous aviez recommand� de vous appeler quand vous auriez quitt� la terre ; nous le faisons, non seulement pour nous conformer � votre d�sir, mais surtout pour vous renouveler le t�moignage de notre bien vive et sinc�re sympathie, et aussi dans l'int�r�t de notre instruction, car vous, mieux que personne, �tes � m�me de nous donner des renseignements pr�cis sur le monde o� vous vous trouvez. Nous serons donc heureux si vous voulez bien r�pondre � nos questions. - R. A cette heure, ce qui importe le plus, c'est votre instruction. Quant � votre sympathie, je la vois, et je n'en entends plus seulement l'expression par les oreilles, ce qui constitue un grand progr�s.

2. Pour fixer nos id�es, et ne pas parler dans le vague, nous vous demanderons d'abord � quelle place vous �tes ici, et comment nous vous verrions si nous pouvions vous voir ? - R. Je suis pr�s du m�dium ; vous me verriez sous l'apparence du Jobard qui s'asseyait � votre table, car vos yeux mortels non dessill�s ne peuvent voir les Esprits que sous leur apparence mortelle.

3. Auriez-vous la possibilit� de vous rendre visible pour nous, et si vous ne le pouvez pas, qu'est-ce qui s'y oppose ? - R. La disposition qui vous est toute personnelle. Un m�dium voyant me verrait : les autres ne me voient pas.

4. Cette place est celle que vous occupiez de votre vivant, quand vous assistiez � nos s�ances, et que nous vous avons r�serv�e. Ceux donc qui vous y ont vu, doivent se figurer vous y voir tel que vous �tiez alors. Si vous n'y �tes pas avec votre corps mat�riel, vous y �tes avec votre corps fluidique qui a la m�me forme ; si nous ne vous voyons pas avec les yeux du corps, nous vous voyons avec ceux de la pens�e ; si vous ne pouvez vous communiquer par la parole, vous pouvez le faire par l'�criture � l'aide d'un interpr�te ; nos rapports avec vous ne sont donc nullement interrompus par votre mort, et nous pouvons nous entretenir avec vous aussi facilement et aussi compl�tement qu'autrefois. Est-ce bien ainsi que sont les choses ? - R. Oui, et vous le savez depuis longtemps. Cette place, je l'occuperai souvent, et � votre insu m�me, car mon Esprit habitera parmi vous.

Nous appelons l'attention sur cette derni�re phrase : �Mon Esprit habitera parmi vous.� Dans la circonstance pr�sente, ce n'est point une figure, mais une r�alit�. Par la connaissance que le Spiritisme nous donne de la nature des Esprits, on sait qu'un Esprit peut �tre parmi nous, non seulement par la pens�e, mais de sa personne, � l'aide de son corps �th�r�, qui en fait une individualit� distincte. Un Esprit peut donc habiter parmi nous apr�s la mort, aussi bien que du vivant de son corps ; et mieux encore, puisqu'il peut venir et s'en aller quand il veut. Nous avons ainsi une foule de commensaux invisibles, les uns indiff�rents, les autres qui nous sont attach�s par l'affection ; c'est � ces derniers surtout que s'applique cette parole : �Ils habitent parmi nous�, qui peut se traduire ainsi : Ils nous assistent, nous inspirent et nous prot�gent.

5. Il n'y a pas tr�s longtemps que vous �tiez assis � cette m�me place ; les conditions dans lesquelles vous y �tes maintenant vous semblent-elles �tranges ? - Quel effet ce changement produit-il en vous ? - R. Ces conditions ne me semblent pas �tranges, car mon Esprit d�sincarn� jouit d'une nettet� qui ne laisse dans l'ombre aucune des questions qu'il envisage.

6. Vous souvenez-vous d'avoir �t� dans ce m�me �tat avant votre derni�re existence, et y trouvez-vous quelque chose de chang� ? - R. Je me rappelle mes existences ant�rieures, et je trouve que je suis am�lior�. Je vois et je m'assimile ce que je vois. Lors de mes pr�c�dentes incarnations, Esprit troubl�, je ne m'apercevais que des lacunes terrestres.

7. Vous souvenez-vous de votre avant-derni�re existence, de celle qui a pr�c�d� M. Jobard ? - R. Dans mon avant-derni�re existence, j'�tais un ouvrier m�canicien, rong� par la mis�re et le d�sir de perfectionner mon travail. J'ai r�alis�, �tant Jobard, les r�ves du pauvre ouvrier, et je loue Dieu dont la bont� infinie a fait germer la plante dont il avait d�pos� la graine dans mon cerveau.

8. Vous �tes-vous d�j� communiqu� ailleurs ? - R. Je ne me suis encore que peu communiqu� ; dans beaucoup d'endroits, un Esprit a pris mon nom ; quelquefois j'�tais pr�s de lui sans pouvoir le faire directement ; ma mort est si r�cente que j'appartiens encore � certaines influences terrestres. Il faut une parfaite sympathie pour que je puisse exprimer ma pens�e. Dans peu, j'agirai indistinctement ; je ne le peux pas encore, je le r�p�te. Lorsqu'un homme un peu connu meurt, il est appel� de tous c�t�s ; mille Esprits s'empressent de rev�tir son individualit� ; c'est ce qui est arriv� pour moi en plusieurs circonstances. Je vous assure qu'aussit�t apr�s la d�livrance, peu d'Esprits peuvent se communiquer, m�me � un m�dium pr�f�r�.

9. Voyez-vous les Esprits qui sont ici avec nous ? - R. Je vois surtout Lazare et Eraste ; puis, plus �loign�, l'Esprit de v�rit� planant dans les espaces ; puis une foule d'Esprits amis qui vous entourent, press�s et bienveillants. Soyez heureux, amis, car de bonnes influences vous disputent aux calamit�s de l'erreur.

10. De votre vivant, vous partagiez l'opinion qui a �t� �mise sur la formation de la terre par l'incrustation de quatre plan�tes qui auraient �t� soud�es ensemble. Etes-vous toujours dans cette m�me croyance ? - R. C'est une erreur. Les nouvelles d�couvertes g�ologiques prouvent les convulsions de la terre et sa formation successive. La terre, comme les autres plan�tes, a eu sa vie propre, et Dieu n'a pas eu besoin de ce grand d�sordre ou de cette agr�gation de plan�tes. L'eau et le feu sont les seuls �l�ments organiques de la terre.

11. Vous pensiez aussi que les hommes pouvaient entrer en catalepsie pendant un temps illimit�, et que le genre humain a �t� apport� de cette fa�on sur la terre ? - R. Illusion de mon imagination, qui d�passait toujours le but. La catalepsie peut �tre longue, mais non ind�termin�e. Traditions, l�gendes grossies par l'imagination orientale. Mes amis, j'ai d�j� beaucoup souffert en repassant les illusions dont j'ai nourri mon esprit : ne vous y trompez pas. J'avais beaucoup appris, et, je puis le dire, mon intelligence, prompte � s'approprier ces vastes et diverses �tudes, avait gard� de ma derni�re incarnation l'amour du merveilleux et du compos� puis� dans les imaginations populaires.

Je me suis encore peu occup� des questions purement intellectuelles dans le sens o� vous le prenez. Comment le pourrais-je, �bloui, entra�n� comme je le suis par le merveilleux spectacle qui m'entoure ? Le lien du Spiritisme, plus puissant que vous autres hommes ne pouvez le concevoir, peut seul attirer mon �tre vers cette terre que j'abandonne, non pas avec joie, ce serait une impi�t�, mais avec la profonde reconnaissance de la d�livrance.

Lors de la souscription ouverte par la Soci�t� au profit des ouvriers de Lyon, en f�vrier 1862, un membre a vers� 50 F., dont 25 pour son propre compte, et 25 au nom de M. Jobard. Ce dernier donna � ce sujet la communication suivante :

Je suis flatt� et reconnaissant de ne pas avoir �t� oubli� parmi mes fr�res spirites. Merci au coeur g�n�reux qui vous a port� l'offrande que je vous eusse donn�e si j'avais encore habit� votre monde. Dans celui o� j'habite maintenant, on n'a pas besoin de monnaie ; il m'a donc fallu puiser dans la bourse de l'amiti� pour donner des preuves mat�rielles que j'�tais touch� de l'infortune de mes fr�res de Lyon. Braves travailleurs, qui ardemment cultivez la vigne du Seigneur, combien vous devez croire que la charit� n'est pas un vain mot, puisque petits et grands vous ont montr� sympathie et fraternit�. Vous �tes dans la grande voie humanitaire du progr�s ; puisse Dieu vous y maintenir, et puissiez-vous �tre plus heureux ; les Esprits amis vous soutiendront et vous triompherez.

Je commence � vivre spirituellement, plus paisible et moins troubl� par les �vocations � travers champs qui pleuvaient sur moi. La mode r�gne m�me sur les Esprits ; lorsque la mode Jobard fera place � une autre et que je rentrerai dans le n�ant de l'oubli humain, je prierai alors mes amis s�rieux, et j'entends par l� ceux dont l'intelligence n'oublie pas, je les prierai de m'�voquer ; alors nous creuserons des questions trait�es trop superficiellement, et votre Jobard, compl�tement transfigur�, pourra vous �tre utile, ce qu'il souhaite de tout son coeur.

JOBARD.

Apr�s les premiers temps consacr�s � rassurer ses amis, M. Jobard a pris rang parmi les Esprits qui travaillent activement � la r�novation sociale, en attendant son prochain retour parmi les vivants pour y prendre une part plus directe. Depuis cette �poque, il a souvent donn� � la Soci�t� de Paris, dont il tient � rester membre, des communications d'une incontestable sup�riorit�, sans se d�partir de l'originalit� et des spirituelles boutades qui faisaient le fond de son caract�re, et le font reconna�tre avant qu'il ait donn� sa signature.

SAMUEL PHILIPPE.

Samuel Philippe �tait un homme de bien dans toute l'acception du mot ; nul ne se rappelait lui avoir vu commettre une m�chante action, ni avoir fait volontairement tort � qui que ce soit. D'un d�vouement sans bornes pour ses amis, on �tait toujours certain de le trouver pr�t quand il s'agissait de rendre service, f�t-ce m�me aux d�pens de ses int�r�ts. Peines, fatigues, sacrifices, rien ne lui co�tait pour �tre utile, et il le faisait naturellement, sans ostentation, s'�tonnant qu'on p�t lui en faire un m�rite. Jamais il n'en a voulu � ceux qui lui avaient fait du mal, et il mettait � les obliger autant d'empressement que s'ils lui eussent fait du bien. Quand il avait affaire � des ingrats, il se disait : �Ce n'est pas moi qu'il faut plaindre, mais bien eux.� Quoique tr�s intelligent et dou� de beaucoup d'esprit naturel, sa vie, toute de labeur, avait �t� obscure et sem�e de rudes �preuves. C'�tait une de ces natures d'�lite qui fleurissent dans l'ombre, dont le monde ne parle point, et dont l'�clat ne rejaillit pas sur la terre. Il avait puis� dans la connaissance du Spiritisme une foi ardente en la vie future et une grande r�signation dans les maux de la vie terrestre. Il est mort en d�cembre 1862, �g� de cinquante ans, � la suite d'une douloureuse maladie, sinc�rement regrett� de sa famille et de quelques amis. Il a �t� �voqu� plusieurs mois apr�s sa mort.

D. Avez-vous un souvenir net de vos derniers instants sur la terre ? - R. Parfaitement ; ce souvenir m'est revenu peu � peu, car � ce moment mes id�es �taient encore confuses.

D. Voudriez-vous, pour notre instruction et par l'int�r�t que nous inspire votre vie exemplaire, nous d�crire comment s'est effectu� pour vous le passage de la vie corporelle � la vie spirituelle, ainsi que votre situation dans le monde des Esprits ? - R. Volontiers ; cette relation ne sera pas seulement utile pour vous, elle le sera aussi pour moi. En reportant mes pens�es sur la terre, la comparaison me fait mieux appr�cier encore la bont� du Cr�ateur.

Vous savez de combien de tribulations ma vie a �t� sem�e ; je n'ai jamais manqu� de courage dans l'adversit�, Dieu merci ! et aujourd'hui je m'en f�licite. Que de choses j'aurais perdues si j'avais c�d� au d�couragement ! Je fr�mis � cette seule pens�e que par ma d�faillance, ce que j'ai endur� e�t �t� sans profit et serait � recommencer. O mes amis ! puissiez-vous bien vous p�n�trer de cette v�rit� ; il y va de votre bonheur futur. Non, certes, ce n'est pas acheter ce bonheur trop cher que de le payer par quelques ann�es de souffrance. Si vous saviez combien quelques ann�es sont peu de chose en pr�sence de l'infini !

Si ma derni�re existence a eu quelque m�rite � vos yeux, vous n'en auriez pas dit autant de celles qui l'ont pr�c�d�e. Ce n'est qu'� force de travail sur moi-m�me que je me suis fait ce que je suis maintenant. Pour effacer les derni�res traces de mes fautes ant�rieures, il me fallait encore subir ces derni�res �preuves que j'ai volontairement accept�es. J'ai puis� dans la fermet� de mes r�solutions la force de les supporter sans murmure. Je les b�nis aujourd'hui, ces �preuves ; par elles j'ai rompu avec le pass�, qui n'est plus pour moi qu'un souvenir, et je puis d�sormais contempler avec une l�gitime satisfaction le chemin que j'ai parcouru.

O vous qui m'avez fait souffrir sur la terre, qui avez �t� durs et malveillants pour moi, qui m'avez humili� et abreuv� d'amertume, dont la mauvaise foi m'a souvent r�duit aux plus dures privations, non seulement je vous pardonne, mais je vous remercie. En voulant me faire du mal, vous ne vous doutiez pas que vous me feriez autant de bien. Il est pourtant vrai que c'est � vous en grande partie que je dois le bonheur dont je jouis, car vous m'avez fourni l'occasion de pardonner et de rendre le bien pour le mal. Dieu vous a mis sur ma route pour �prouver ma patience et m'exercer � la pratique de la charit� la plus difficile : celle de l'amour de ses ennemis.

Ne vous impatientez pas de cette digression ; j'arrive � ce que vous me demandez.

Quoique souffrant cruellement dans ma derni�re maladie, je n'ai point eu d'agonie ; la mort est venue pour moi, comme le sommeil, sans lutte, sans secousses. N'ayant pas d'appr�hension de l'avenir, je ne me suis pas cramponn� � la vie ; je n'ai point eu, par cons�quent, � me d�battre sous les derni�res �treintes ; la s�paration s'est op�r�e sans efforts, sans douleur, et sans que je m'en sois aper�u.

J'ignore combien a dur� ce dernier sommeil, mais il a �t� court. Le r�veil a �t� d'un calme qui contrastait avec mon �tat pr�c�dent ; je ne sentais plus de douleur et je m'en r�jouissais ; je voulais me lever, marcher, mais un engourdissement qui n'avait rien de d�sagr�able, qui avait m�me un certain charme, me retenait, et je m'y abandonnais avec une sorte de volupt� sans me rendre aucun compte de ma situation et sans me douter que j'avais quitt� la terre. Ce qui m'entourait m'apparaissait comme dans un r�ve. Je vis ma femme et quelques amis � genoux dans la chambre et pleurant, et je me dis que sans doute ils me croyaient mort ; je voulus les d�sabuser, mais je ne pus articuler aucune parole, d'o� je conclus que je r�vais. Ce qui me confirma dans cette id�e, c'est que je me vis entour� de plusieurs personnes aim�es, mortes depuis longtemps, et d'autres que je ne reconnus pas au premier abord, et qui semblaient veiller sur moi et attendre mon r�veil.

Cet �tat fut entrem�l� d'instants de lucidit� et de somnolence, pendant lesquels je recouvrais et perdais alternativement la conscience de mon moi. Peu � peu mes id�es acquirent plus de nettet� ; la lumi�re que je n'entrevoyais qu'� travers un brouillard, se fit plus brillante ; alors je commen�ai � me reconna�tre et compris que je n'appartenais plus au monde terrestre. Si je n'avais pas connu le Spiritisme, l'illusion se f�t sans doute prolong�e beaucoup plus longtemps.

Ma d�pouille mortelle n'�tait pas encore ensevelie ; je la consid�rai avec piti�, me f�licitant d'en �tre enfin d�barrass�. J'�tais si heureux d'�tre libre ! Je respirais � l'aise comme quelqu'un qui sort d'une atmosph�re naus�abonde ; une indicible sensation de bonheur p�n�trait tout mon �tre ; la pr�sence de ceux que j'avais aim�s me comblait de joie ; je n'�tais nullement surpris de les voir ; cela me paraissait tout naturel, mais il me semblait les revoir apr�s un long voyage. Une chose m'�tonna d'abord, c'est que nous nous comprenions sans articuler aucune parole ; nos pens�es se transmettaient par le seul regard et comme par une p�n�tration fluidique.

Cependant je n'�tais point encore compl�tement affranchi des id�es terrestres ; le souvenir de ce que j'avais endur� me revenait de temps en temps � la m�moire, comme pour me faire mieux appr�cier ma nouvelle situation. J'avais souffert corporellement, mais surtout moralement ; j'avais �t� en butte � la malveillance, � ces mille perplexit�s plus p�nibles peut-�tre que les malheurs r�els, parce qu'elles causent une anxi�t� perp�tuelle. Leur impression n'�tait pas enti�rement effac�e, et parfois je me demandais si j'en �tais bien r�ellement d�barrass� ; il me semblait encore entendre certaines voix d�sagr�ables ; j'appr�hendais les embarras qui m'avaient si souvent tourment�, et je tremblais malgr� moi ; je me t�tais, pour ainsi dire, pour m'assurer que je n'�tais pas le jouet d'un songe ; et quand j'avais acquis la certitude que tout cela �tait bien fini, il me semblait qu'un poids �norme m'�tait enlev�. Il est donc bien vrai, me disais-je, que je suis enfin affranchi de tous ces soucis qui font le tourment de la vie, et j'en rendais gr�ce � Dieu. J'�tais comme un pauvre � qui �choit tout � coup une grande fortune ; pendant quelque temps, il doute de la r�alit� et ressent les appr�hensions du besoin. Oh ! si les hommes comprenaient la vie future, quelle force, quel courage cette conviction ne leur donnerait-elle pas dans l'adversit� ! Que ne feraient-ils pas, pendant qu'ils sont sur la terre, pour s'y assurer le bonheur que Dieu r�serve � ceux de ses enfants qui ont �t� dociles � ses lois ! Ils verraient combien les jouissances qu'ils envient sont peu de chose aupr�s de celles qu'ils n�gligent !

D. Ce monde si nouveau pour vous, et aupr�s duquel le n�tre est si peu de chose, les nombreux amis que vous y avez retrouv�s vous ont-ils fait perdre de vue votre famille et vos amis sur la terre ? - R. Si je les avais oubli�s, je serais indigne du bonheur dont je jouis ; Dieu ne r�compense pas l'�go�sme, il le punit. Le monde o� je suis peut me faire d�daigner la terre, mais non les Esprits qui y sont incarn�s. Ce n'est que parmi les hommes qu'on voit la prosp�rit� faire oublier les compagnons d'infortune. Je vais revoir souvent les miens ; je suis heureux du bon souvenir qu'ils ont gard� de moi ; leur pens�e m'attire vers eux ; j'assiste � leurs entretiens, je jouis de leurs joies, leurs peines m'attristent, mais ce n'est point cette tristesse anxieuse de la vie humaine, parce que je comprends qu'elles ne sont que passag�res et sont pour leur bien. Je suis heureux de penser qu'un jour ils viendront dans ce s�jour fortun� o� la douleur est inconnue. C'est � les en rendre dignes que je m'applique ; je m'efforce de leur sugg�rer de bonnes pens�es et surtout la r�signation que j'ai eue moi-m�me � la volont� de Dieu. Ma plus grande peine, c'est quand je les vois retarder ce moment par leur manque de courage, leurs murmures, le doute sur l'avenir, ou par quelque action r�pr�hensible. Je t�che alors de les d�tourner de la mauvaise voie ; si je r�ussis, c'est un grand bonheur pour moi, et nous nous en r�jouissons tous ici ; si j'�choue, je me dis avec regret : Encore un retard pour eux ; mais je me console en pensant que tout n'est pas perdu sans retour.

M. VAN DURST.

Ancien fonctionnaire, mort � Anvers en 1863, � l'�ge de quatre-vingts ans.

Peu de temps apr�s sa mort, un m�dium ayant demand� � son guide spirituel si on pouvait l'�voquer, il lui fut r�pondu : �Cet Esprit sort lentement de son trouble ; il pourrait d�j� vous r�pondre, mais la communication lui co�terait beaucoup plus de peine. Je vous prie donc d'attendre encore quatre jours, et il vous r�pondra. D'ici l� il saura d�j� les bonnes intentions que vous avez exprim�es � son �gard, et il viendra � vous reconnaissant et en bon ami.�

Quatre jours plus tard l'Esprit dicta ce qui suit :

Mon ami, ma vie fut d'un bien petit poids dans la balance de l'�ternit� ; cependant je suis loin d'�tre malheureux ; je suis dans la condition humble, mais relativement heureuse de celui qui fit peu de mal sans pour cela viser � la perfection. S'il y a des gens heureux dans une petite sph�re, eh bien ! je suis de ceux-l�. Je ne regrette qu'une chose, c'est de n'avoir pas connu ce que vous savez maintenant ; mon trouble aura �t� moins long et moins p�nible. Il a �t� grand, en effet : vivre et ne pas vivre ; voir son corps, y �tre fortement attach�, et cependant ne plus pouvoir s'en servir ; voir ceux qu'on a aim�s et sentir s'�teindre la pens�e qui nous rattache � eux, que c'est terrible ! Oh ! quel moment cruel ! Quel moment, lorsque l'�tourdissement vous saisit et vous �trangle ! et un instant apr�s, t�n�bres. Sentir, et un moment apr�s, �tre an�anti. On veut avoir la conscience de son moi, et on ne peut la recouvrer ; on n'est plus, et cependant on sent que l'on est ; mais on est dans un trouble profond ! Et puis, apr�s un temps inappr�ciable, temps d'angoisses contenues, car on n'a plus la force de les sentir, apr�s ce temps qui semble interminable, rena�tre lentement � l'existence ; s'�veiller dans un nouveau monde ! Plus de corps mat�riel, plus de vie terrestre : la vie immortelle ! Plus d'hommes charnels, mais des formes l�g�res, des Esprits qui glissent de tous c�t�s, tournoient autour de vous et que vous ne pouvez tous embrasser du regard, car c'est dans l'infini qu'ils flottent ! Avoir devant soi l'espace et pouvoir le franchir par la seule volont� ; communiquer par la pens�e avec tout ce qui vous entoure ! Ami, quelle vie nouvelle ! quelle vie brillante ! quelle vie de jouissances !... Salut, oh ! salut, �ternit� qui me contiens dans ton sein !... Adieu, terre qui me retins si longtemps loin de l'�l�ment naturel de mon �me ! Non, je ne voudrais plus de toi, car tu es la terre d'exil et ton plus grand bonheur n'est rien !

Mais si j'avais su ce que vous savez, comme cette initiation � l'autre vie m'aurait �t� plus facile et plus agr�able ! J'aurais su avant de mourir ce que j'ai d� apprendre plus tard, au moment de la s�paration, et mon �me se serait d�gag�e plus facilement. Vous �tes sur la voie, mais jamais, non jamais vous n'irez assez loin ! Dites-le � mon fils, mais dites-le-lui tant, qu'il croie et qu'il s'instruise ; alors � son arriv�e ici nous ne serons pas s�par�s.

Adieu � tous, amis, adieu ; je vous attends, et pendant le temps que vous serez sur la terre, je viendrai souvent m'instruire pr�s de vous, car je ne sais pas encore autant que plusieurs d'entre vous ; mais je l'apprendrai vite ici o� je n'ai plus d'entraves qui me retiennent et o� je n'ai plus d'�ge qui affaiblisse mes forces. Ici on vit � grands traits et l'on avance, car devant soi on voit des horizons si beaux qu'on est impatient de les embrasser.

Adieu, je vous quitte, adieu.

VAN DURST.

SIXDENIERS.

Homme de bien, mort par accident, et connu du m�dium de son vivant.

(Bordeaux, 11 f�vrier 1861.)

D. Pouvez-vous me donner quelques d�tails sur votre mort ? - R. Une fois noy�, oui. - D. Pourquoi pas avant ? - R. Tu les connais. (Le m�dium les connaissait effectivement.) - D. Veuillez donc me d�crire vos sensations apr�s votre mort ?

R. J'ai �t� longtemps avant de me reconna�tre, mais avec la gr�ce de Dieu et l'aide de ceux qui m'entouraient, quand la lumi�re s'est faite, j'ai �t� inond�. Tu peux esp�rer : tu trouveras toujours plus que tu n'attendras. Rien de mat�riel ; tout frappe les sens cach�s ; ce que ne peut toucher ni l'oeil ni la main ; me comprends-tu ? C'est une admiration spirituelle qui d�passe votre entendement, parce qu'il n'y a pas de mots pour l'expliquer : cela ne peut se sentir qu'avec l'�me.

Mon r�veil a �t� bien heureux. La vie est un de ces r�ves que, malgr� l'id�e grotesque que l'on attache � ce mot, je ne puis qualifier que d'affreux cauchemars. R�ve que tu es enferm�e dans un cachot infect, que ton corps rong� par les vers qui s'introduisent jusque dans la moelle des os, est suspendu sur une fournaise ardente ; que ta bouche dess�ch�e ne trouve m�me pas l'air pour la rafra�chir ; que ton Esprit frapp� d'horreur ne voit autour de toi que des monstres pr�ts � te d�vorer ; figure-toi enfin tout ce que le fantastique du r�ve peut enfanter de plus hideux, de plus horrible, et trouve-toi tout � coup transport�e dans un Eden d�licieux. Eveille-toi entour�e de tous ceux que tu as aim�s et pleur�s ; vois autour de toi leurs visages ador�s te sourire avec bonheur ; respire les parfums les plus suaves, rafra�chis ta gorge dess�ch�e � la source d'eau vive ; sens ton corps �lev� dans l'espace infini qui le porte et le berce comme le fait la brise d'une fleur d�tach�e de la cime d'un arbre ; sens-toi envelopp�e de l'amour de Dieu comme l'enfant qui na�t est envelopp� de l'amour de sa m�re, et tu n'auras qu'une id�e imparfaite de cette transition. J'ai t�ch� de t'expliquer le bonheur de la vie qui attend l'homme apr�s la mort de son corps, mais je n'ai pas pu. Explique-t-on l'infini � celui qui a les yeux ferm�s � la lumi�re et dont les membres n'ont jamais pu sortir du cercle �troit o� ils sont enferm�s ? Pour t'expliquer le bonheur �ternel, je te dirai - : aime ! car l'amour seul peut le faire pressentir ; et qui dit amour, dit absence d'�go�sme.

D. Votre position a-t-elle �t� heureuse d�s votre entr�e dans le monde des Esprits ? - R. Non ; j'ai eu � payer la dette de l'homme. Mon coeur m'avait fait pressentir l'avenir de l'Esprit, mais je n'avais pas la foi. J'ai d� expier mon indiff�rence pour mon Cr�ateur, mais sa mis�ricorde m'a tenu compte du peu de bien que j'avais pu faire, des douleurs que j'avais �prouv�es avec r�signation malgr� ma souffrance, et sa justice qui tient une balance que les hommes ne comprendront jamais, a pes� le bien avec tant de bont� et d'amour, que le mal a �t� vite effac�.

D. Voudriez-vous me donner des nouvelles de votre fille ? (morte quatre ou cinq ans apr�s son p�re.) - R. Elle est en mission sur votre terre.

D. Est-elle heureuse comme cr�ature ? Je ne veux pas vous faire de question indiscr�te. - R. Je le sais bien ; est-ce que je ne vois pas ta pens�e comme un tableau devant mes yeux ? Non, comme cr�ature elle n'est pas heureuse, au contraire ; toutes les mis�res de votre vie doivent l'atteindre ; mais elle doit pr�cher d'exemple ces grandes vertus dont vous faites de grands mots ; je l'aiderai, car je dois veiller sur elle ; mais elle n'aura pas grand'peine � surmonter les obstacles ; elle n'est pas en expiation, mais en mission. Rassure-toi donc pour elle et merci de ton souvenir.

A ce moment, le m�dium �prouve une difficult� � �crire, et il dit : si c'est un Esprit souffrant qui m'arr�te, je le prie de s'inscrire. - R. Une malheureuse. - D. Veuillez me dire votre nom. - R. Val�rie.

D. Voulez-vous me dire ce qui a attir� le ch�timent sur vous ? - R. Non.

D. Vous repentez-vous de vos fautes ? - R. Tu le vois bien.

D. Qui vous a amen�e ici ? - R. Sixdeniers.

D. Dans quel but l'a-t-il fait ? - R. Pour que tu m'aides.

D. Est-ce vous qui m'avez emp�ch�e d'�crire tout � l'heure ? - R. Il m'a mise � sa place.

D. Quel rapport y a-t-il entre vous ? - R. Il me conduit.

D. Demandez-lui de se joindre � nous pour la pri�re. - (Apr�s la pri�re, Sixdeniers reprend :) Merci pour elle ; tu as compris, je ne t'oublierai pas ; pense � elle.

D. (A Sixdeniers.) Comme Esprit, avez-vous beaucoup d'Esprits souffrants � guider ? - R. Non ; mais sit�t que nous en avons ramen� un au bien, nous en prenons un autre, sans pour cela abandonner les premiers.

D. Comment pouvez-vous suffire � une surveillance qui doit se multiplier � l'infini avec des si�cles ? - R. Comprends que ceux que nous avons ramen�s s'�purent et progressent ; donc, ils nous donnent moins de peine ; et en m�me temps nous nous �levons nous-m�mes et, en montant, nos facult�s progressent, notre pouvoir rayonne en proportion de notre puret�.

Remarque. Les Esprits inf�rieurs sont donc assist�s par de bons Esprits qui ont pour mission de les guider ; cette t�che n'est pas exclusivement d�volue aux incarn�s, mais ceux-ci doivent y concourir, parce que c'est pour eux un moyen d'avancement. Lorsqu'un Esprit inf�rieur vient se mettre � la traverse d'une bonne communication, comme dans le cas pr�sent, il ne le fait sans doute pas toujours dans une bonne intention, mais les bons Esprits le permettent, soit comme �preuve, soit afin que celui auquel il s'adresse travaille � son am�lioration. Sa persistance, il est vrai, d�g�n�re parfois en obsession, mais plus elle est tenace, plus elle prouve combien est grand le besoin d'assistance. C'est donc un tort de le rebuter ; il faut le regarder comme un pauvre qui vient demander l'aum�ne et se dire : C'est un Esprit malheureux que les bons Esprits m'envoient pour faire son �ducation. Si je r�ussis, j'aurai la joie d'avoir ramen� une �me au bien, et d'avoir abr�g� ses souffrances. Cette t�che est souvent p�nible ; il serait sans doute plus agr�able d'avoir toujours de belles communications, et de ne converser qu'avec les Esprits de son choix ; mais ce n'est pas en ne cherchant que sa propre satisfaction, et en refusant les occasions qu'on nous offre de faire le bien, qu'on m�rite la protection des bons Esprits.

LE DOCTEUR DEMEURE.

Mort � Albi (Tarn), le 25 janvier 1865.

M. Demeure �tait un m�decin hom�opathe tr�s distingu� d'Albi. Son caract�re, autant que son savoir, lui avait concili� l'estime et la v�n�ration de ses concitoyens. Sa bont� et sa charit� �taient in�puisables, et, malgr� son grand �ge, aucune fatigue ne lui co�tait quand il s'agissait d'aller donner des soins � de pauvres malades. Le prix de ses visites �tait le moindre de ses soucis ; il regardait moins � se d�ranger pour le malheureux que pour celui qu'il savait pouvoir payer, parce que, disait-il, ce dernier, � d�faut de lui, pouvait toujours se procurer un m�decin. Au premier, non seulement il donnait les rem�des gratuitement, mais souvent il laissait de quoi subvenir aux besoins mat�riels, ce qui, parfois, est le plus utile des m�dicaments. On peut dire de lui qu'il �tait le cur� d'Ars de la m�decine.

M. Demeure avait embrass� avec ardeur la doctrine spirite, dans laquelle il avait trouv� la clef des plus graves probl�mes dont il avait vainement demand� la solution � la science et � toutes les philosophies. Son Esprit profond et investigateur lui en fit imm�diatement comprendre toute la port�e, aussi fut-il un de ses plus z�l�s propagateurs. Des rapports de vive et mutuelle sympathie s'�taient �tablis entre lui et nous par correspondance.

Nous appr�mes sa mort le 30 janvier, et notre premi�re pens�e fut de nous entretenir avec lui. Voici la communication qu'il nous donna le m�me jour :

�Me voil�. Je m'�tais promis, vivant, que, d�s que je serais mort, je viendrais, si cela m'�tait possible, serrer la main � mon cher ma�tre et ami, M. Allan Kardec.

�La mort avait donn� � mon �me ce lourd sommeil qu'on nomme l�thargie ; mais ma pens�e veillait. J'ai secou� cette torpeur funeste qui prolonge le trouble qui suit la mort, je me suis r�veill�, et d'un bond j'ai fait le voyage.

�Que je suis heureux ! Je ne suis plus vieux ni infirme ; mon corps n'�tait qu'un d�guisement impos� ; je suis jeune et beau, beau de cette �ternelle jeunesse des Esprits dont les rides ne plissent jamais le visage, dont les cheveux ne blanchissent pas sous la dur�e du temps. Je suis l�ger comme l'oiseau qui traverse d'un vol rapide l'horizon de votre ciel n�buleux, et j'admire, je contemple, je b�nis, j'aime et je m'incline, atome, devant la grandeur, la sagesse, la science de notre Cr�ateur, devant les merveilles qui m'entourent.

�Je suis heureux ; je suis dans la gloire ! Oh ! qui pourra jamais redire les splendides beaut�s de la terre des �lus ; les cieux, les mondes, les soleils, leur r�le dans le grand concours de l'harmonie universelle ? Eh bien ! j'essayerai, � mon ma�tre ; je vais en faire l'�tude, je viendrai d�poser pr�s de vous l'hommage de mes travaux d'Esprit que je vous d�die � l'avance. A bient�t.

DEMEURE.�

Les deux communications suivantes, donn�es le 1 et le 2 f�vrier, sont relatives � la maladie dont nous �tions atteint � ce moment. Quoi qu'elles soient personnelles, nous les reproduisons, parce qu'elles prouvent que M. Demeure est aussi bon comme Esprit qu'il l'�tait comme homme.

�Mon bon ami, ayez confiance en nous et bon courage ; cette crise, quoique fatigante et douloureuse, ne sera pas longue et, avec des m�nagements prescrits, vous pourrez, selon vos d�sirs, compl�ter l'oeuvre dont votre existence a �t� le but principal. C'est pourtant moi qui suis toujours l�, pr�s de vous, avec l'Esprit de V�rit� qui me permet de prendre en son nom la parole comme le dernier de vos amis venus parmi les Esprits. Ils me font les honneurs de la bienvenue. Cher ma�tre, que je suis heureux d'�tre mort � temps pour �tre avec eux en ce moment ! Si j'�tais mort plus t�t, j'aurais peut-�tre pu vous �viter cette crise que je ne pr�voyais pas ; il y avait trop peu de temps que j'�tais d�sincarn� pour m'occuper d'autre chose que du spirituel ; mais maintenant je veillerai sur vous, cher ma�tre, c'est votre fr�re et ami qui est heureux d'�tre Esprit pour �tre aupr�s de vous et vous donner des soins dans votre maladie ; mais vous connaissez le proverbe : �Aide-toi, le ciel t'aidera.� Aidez donc les bons Esprits dans les soins qu'ils vous donnent, en vous conformant strictement � leurs prescriptions.

�Il fait trop chaud ici ; ce charbon est fatigant. Tant que vous �tes malade, n'en br�lez pas ; il continue � augmenter votre oppression ; les gaz qui s'en d�gagent sont d�l�t�res.

Votre ami, DEMEURE�.

�C'est moi, Demeure, l'ami de M. Kardec. Je viens lui dire que j'�tais pr�s de lui lors de l'accident qui lui est arriv�, et qui aurait pu �tre funeste sans une intervention efficace � laquelle j'ai �t� heureux de concourir. D'apr�s mes observations et les renseignements que j'ai puis�s � bonne source, il est �vident pour moi que, plus t�t sa d�sincarnation s'op�rera, plus t�t pourra se faire la r�incarnation par laquelle il viendra achever son oeuvre. Cependant il lui faut donner, avant de partir, la derni�re main aux ouvrages qui doivent compl�ter la th�orie doctrinale dont il est l'initiateur, et il se rend coupable d'homicide volontaire en contribuant, par exc�s de travail, � la d�fectuosit� de son organisation qui le menace d'un subit d�part pour nos mondes. Il ne faut pas craindre de lui dire toute la v�rit�, pour qu'il se tienne sur ses gardes et suive � la lettre nos prescriptions.

�DEMEURE�.

La communication suivante a �t� obtenue � Montauban, le 26 janvier, lendemain de sa mort, dans le cercle des amis spirites qu'il avait dans cette ville.

�Antoine Demeure. Je ne suis pas mort pour vous, mes bons amis, mais pour ceux qui ne connaissent pas, comme vous, cette sainte doctrine qui r�unit ceux qui se sont aim�s sur cette terre, et qui ont eu les m�mes pens�es et les m�mes sentiments d'amour et de charit�.

�Je suis heureux ; plus heureux que je ne pouvais l'esp�rer, car je jouis d'une lucidit� rare chez les Esprits d�gag�s de la mati�re depuis si peu de temps. Prenez courage, mes bons amis ; je serai souvent pr�s de vous, et ne manquerai pas de vous instruire sur bien des choses que nous ignorons lorsque nous sommes attach�s � notre pauvre mati�re qui nous cache tant de magnificences et tant de jouissances. Priez pour ceux qui sont priv�s de ce bonheur, car ils ne savent pas le mal qu'ils se font � eux-m�mes.

�Je ne continuerai pas plus longtemps aujourd'hui, mais je vous dirai que je ne me trouve pas du tout �tranger dans ce monde des invisibles ; il me semble que je l'ai toujours habit�. J'y suis heureux, car j'y vois mes amis, et je peux me communiquer � eux toutes les fois que je le d�sire.

�Ne pleurez pas, mes amis ; vous me feriez regretter de vous avoir connus. Laissez faire le temps, et Dieu vous conduira � ce s�jour o� nous devons tous nous trouver r�unis. Bonsoir, mes amis : que Dieu vous console ; je suis l� pr�s de vous.

�DEMEURE.�

Une autre lettre de Montauban contient le r�cit suivant :

�Nous avions cach� � madame G..., m�dium voyant et somnambule tr�s lucide, la mort de M. Demeure, pour m�nager son extr�me sensibilit�, et le bon docteur, entrant sans doute dans nos vues, avait �vit� de se manifester � elle. Le 10 f�vrier dernier, nous �tions r�unis sur l'invitation de nos guides qui, disaient-ils, voulaient soulager madame G... d'une entorse dont elle souffrait cruellement depuis la veille. Nous n'en savions pas davantage, et nous �tions loin de nous attendre � la surprise qu'ils nous m�nageaient. A peine cette dame fut-elle en somnambulisme, qu'elle fit entendre des cris d�chirants en montrant son pied. Voici ce qui se passait :

�Madame G... voyait un Esprit courb� sur sa jambe, et dont les traits lui restaient cach�s ; il op�rait des frictions et des massages, en exer�ant de temps � autre sur la partie malade une traction longitudinale, absolument comme aurait pu le faire un m�decin. L'op�ration �tait si douloureuse que la patiente se laissait aller parfois � des vocif�rations et � des mouvements d�sordonn�s. Mais la crise ne fut pas de longue dur�e ; au bout de dix minutes toute trace d'entorse avait disparu, plus d'enflure, le pied avait repris son apparence normale ; madame G... �tait gu�rie.

�Cependant l'Esprit restait toujours inconnu du m�dium, et persistait � ne pas montrer ses traits ; il avait m�me l'air de vouloir s'enfuir, lorsque d'un bond notre malade, qui, quelques minutes auparavant, ne pouvait faire un pas, s'�lance au milieu de la chambre pour saisir et presser la main de son docteur spirituel. Cette fois encore l'Esprit avait d�tourn� la t�te tout en laissant sa main dans la sienne. A ce moment, madame G... jette un cri, et tombe �vanouie sur le parquet ; elle venait de reconna�tre M. Demeure dans l'Esprit gu�risseur. Pendant la syncope, elle recevait les soins empress�s de plusieurs Esprits sympathiques. Enfin la lucidit� somnambulique ayant reparu, elle causa avec les Esprits, �changeant avec eux de chaudes poign�es de main, notamment avec l'Esprit du docteur qui r�pondait � ses t�moignages d'affection en la p�n�trant d'un fluide r�parateur.

�Cette sc�ne n'est-elle pas saisissante et dramatique, et ne croirait-on pas voir tous ces personnages jouer leur r�le dans la vie humaine ? N'est-ce pas une preuve entre mille que les Esprits sont des �tres bien r�els, ayant un corps et agissant comme ils le faisaient sur la terre ? Nous �tions heureux de retrouver notre ami spiritualis�, avec son excellent coeur et sa d�licate sollicitude. Il avait �t�, pendant sa vie, le m�decin du m�dium ; il connaissait son extr�me sensibilit�, et l'avait m�nag� comme son propre enfant. Cette preuve d'identit� donn�e � ceux que l'Esprit aimait, n'est-elle pas frappante et n'est-elle pas bien faite pour faire envisager la vie future sous son aspect le plus consolant ?�

Remarque. - La situation de M. Demeure, comme Esprit, est bien celle que pouvait faire pressentir sa vie si dignement et si utilement remplie ; mais un autre fait non moins instructif ressort de ces communications, c'est l'activit� qu'il d�ploie presque imm�diatement apr�s sa mort, pour �tre utile. Par sa haute intelligence et ses qualit�s morales, il appartient � l'ordre des Esprits tr�s avanc�s ; il est heureux, mais son bonheur n'est pas l'inaction. A quelques jours de distance, il soignait des malades comme m�decin, et, � peine d�gag�, il s'empresse d'aller en soigner comme Esprit. Que gagne-t-on donc � �tre dans l'autre monde, diront certaines personnes, si l'on n'y jouit pas du repos ? A cela nous leur demanderons d'abord si ce n'est rien de n'avoir plus ni soucis, ni les besoins, ni les infirmit�s de la vie, d'�tre libre, et de pouvoir, sans fatigue, parcourir l'espace avec la rapidit� de la pens�e, aller voir ses amis � toute heure, � quelque distance qu'ils se trouvent ? Puis nous ajouterons : Lorsque vous serez dans l'autre monde, rien ne vous forcera de faire quoi que ce soit ; vous serez parfaitement libres de rester dans une b�ate oisivet� aussi longtemps que cela vous plaira ; mais vous vous lasserez bient�t de ce repos �go�ste ; vous serez les premiers � demander une occupation. Alors il vous sera r�pondu : Si vous vous ennuyez de ne rien faire, cherchez vous-m�mes � faire quelque chose ; les occasions d'�tre utiles ne manquent pas plus dans le monde des Esprits que parmi les hommes. C'est ainsi que l'activit� spirituelle n'est point une contrainte ; elle est un besoin, une satisfaction pour les Esprits qui recherchent les occupations en rapport avec leurs go�ts et leurs aptitudes, et choisissent de pr�f�rence celles qui peuvent aider � leur avancement.

Mme Vve FOULON, N�e WOLLIS.

Madame Foulon, morte � Antibes, le 3 f�vrier 1865, avait longtemps habit� le Havre, o� elle s'�tait fait une r�putation comme miniaturiste tr�s habile. Son talent remarquable ne fut d'abord pour elle qu'une distraction d'amateur ; mais plus tard, quand vinrent de mauvais jours, elle sut s'en faire une pr�cieuse ressource. Ce qui la faisait surtout aimer et estimer, ce qui rend sa m�moire ch�re � tous ceux qui l'ont connue, c'est l'am�nit� de son caract�re ; ce sont ses qualit�s priv�es dont ceux qui connaissent sa vie intime peuvent seuls appr�cier toute l'�tendue ; car, comme tous ceux en qui le sentiment du bien est inn�, elle n'en faisait point �talage, elle ne s'en doutait m�me pas. S'il est quelqu'un sur qui l'�go�sme n'avait aucune prise, c'�tait elle, sans doute ; jamais peut-�tre le sentiment de l'abn�gation personnelle ne fut port� plus loin ; toujours pr�te � sacrifier son repos, sa sant�, ses int�r�ts pour ceux � qui elle pouvait �tre utile, sa vie n'a �t� qu'une longue suite de d�vouements, comme elle n'a �t�, depuis sa jeunesse, qu'une longue suite de rudes et cruelles �preuves devant lesquelles son courage, sa r�signation et sa pers�v�rance n'ont jamais failli. Mais, h�las ! sa vue, fatigu�e par un travail minutieux, s'�teignait de jour en jour ; encore quelque temps, et la c�cit�, d�j� tr�s avanc�e, e�t �t� compl�te.

Lorsque madame Foulon eut connaissance de la doctrine spirite, ce fut pour elle comme un trait de lumi�re ; il lui sembla qu'un voile se levait sur quelque chose qui ne lui �tait point inconnu, mais dont elle n'avait qu'une vague intuition ; aussi l'�tudia-t-elle avec ardeur, mais en m�me temps avec cette lucidit� d'esprit, cette justesse d'appr�ciation qui �tait le propre de sa haute intelligence. Il faut conna�tre toutes les perplexit�s de sa vie, perplexit�s qui avaient toujours pour mobile, non elle-m�me, mais les �tres qui lui �taient chers, pour comprendre toutes les consolations qu'elle puisa dans cette sublime r�v�lation qui lui donnait une foi in�branlable dans l'avenir, et lui montrait le n�ant des choses terrestres.

Sa mort a �t� digne de sa vie. Elle en a vu les approches sans aucune appr�hension p�nible : c'�tait pour elle la d�livrance des liens terrestres, qui devait lui ouvrir cette vie spirituelle bienheureuse avec laquelle elle s'�tait identifi�e par l'�tude du Spiritisme. Elle est morte avec calme, parce qu'elle avait la conscience d'avoir accompli la mission qu'elle avait accept�e en venant sur la terre, d'avoir scrupuleusement rempli ses devoirs d'�pouse et de m�re de famille, parce qu'aussi elle avait, pendant sa vie, abjur� tout ressentiment contre ceux dont elle avait � se plaindre, et qui l'avaient pay�e d'ingratitude ; qu'elle leur avait toujours rendu le bien pour le mal, et qu'elle a quitt� la vie en leur pardonnant, s'en remettant pour elle-m�me � la bont� et � la justice de Dieu. Elle est morte enfin avec la s�r�nit� que donne une conscience pure, et la certitude d'�tre moins s�par�e de ses enfants que pendant la vie corporelle, puisqu'elle pourra d�sormais �tre avec eux en Esprit, sur quelque point du globe qu'ils se trouvent, les aider de ses conseils, et les couvrir de sa protection.

D�s que nous conn�mes la mort de madame Foulon, notre premier d�sir fut de nous entretenir avec elle. Les rapports d'amiti� et de sympathie qu'avait fait na�tre entre elle et nous la doctrine spirite, expliquent quelques-unes de ses paroles et la familiarit� de son langage.

I

(Paris, 6 f�vrier 1865, trois jours apr�s sa mort.)

J'�tais s�re que vous auriez la pens�e de m'�voquer aussit�t apr�s ma d�livrance, et je me tenais pr�te � vous r�pondre, car je n'ai pas connu de trouble ; il n'y a que ceux qui ont peur qui sont envelopp�s de ses �paisses t�n�bres.

Eh bien ! mon ami, je suis heureuse maintenant ; ces pauvres yeux qui s'�taient affaiblis, et qui ne me laissaient que le souvenir des prismes qui avaient color� ma jeunesse de leur chatoyant �clat, se sont ouverts ici et ont retrouv� les splendides horizons qu'id�alisent, dans leurs vagues reproductions, quelques-uns de vos grands artistes, mais dont la r�alit� majestueuse, s�v�re et pourtant pleine de charmes, est empreinte de la plus compl�te r�alit�.

Il n'y a que trois jours que je suis morte, et je sens que je suis artiste ; mes aspirations vers l'id�al de la beaut� dans l'art, n'�taient que l'intuition de facult�s que j'avais �tudi�es et acquises dans d'autres existences et qui se sont d�velopp�es dans ma derni�re. Mais que j'ai � faire pour reproduire un chef-d'oeuvre digne de la grande sc�ne qui frappe l'esprit en arrivant dans la r�gion de la lumi�re ! Des pinceaux ! des pinceaux ! et je prouverai au monde que l'art spirite est le couronnement de l'art pa�en, de l'art chr�tien qui p�riclite, et qu'au Spiritisme seul est r�serv�e la gloire de le faire revivre dans tout son �clat sur votre monde d�sh�rit�.

Assez pour l'artiste ; au tour de l'amie.

Pourquoi, bonne amie (madame Allan Kardec), vous affecter ainsi de ma mort ? Vous surtout qui connaissez les d�ceptions et les amertumes de ma vie, vous devriez vous r�jouir, au contraire, de voir que maintenant je n'ai plus � boire dans la coupe am�re des douleurs terrestres que j'ai vid�e jusqu'� la lie. Croyez-moi, les morts sont plus heureux que les vivants, et c'est douter de la v�rit� du Spiritisme de les pleurer. Vous me reverrez, soyez-en s�re ; je suis partie la premi�re parce que ma t�che �tait finie ici-bas ; chacun a la sienne � remplir sur la terre, et quand la v�tre sera finie, vous viendrez vous reposer un peu pr�s de moi, pour recommencer ensuite, s'il le faut, attendu qu'il n'est pas dans la nature de rester inactif. Chacun a ses tendances et y ob�it ; c'est une loi supr�me qui prouve la puissance du libre arbitre ; aussi, bonne amie, indulgence et charit�, nous en avons tous besoin r�ciproquement, soit dans le monde visible, soit dans le monde invisible ; avec cette devise, tout va bien.

Vous ne me diriez pas de m'arr�ter. Savez-vous que je cause longuement pour la premi�re fois ! aussi je vous laisse ; au tour de mon excellent ami, M. Kardec. Je veux le remercier des affectueuses paroles qu'il a bien voulu adresser � l'amie qui l'a devanc� dans la tombe ; car nous avons failli partir ensemble pour le monde o� je me trouve, mon bon ami ! (Allusion � la maladie dont parle le docteur Demeure.) Qu'aurait-elle dit, la compagne bien-aim�e de vos jours, si les bons Esprits n'y avaient mis bon ordre ? C'est alors qu'elle aurait pleur� et g�mi, et je le comprends : mais aussi il faut qu'elle veille � ce que vous ne vous exposiez pas de nouveau au danger avant d'avoir fini votre travail d'initiation spirite, sans cela vous courrez risque d'arriver trop t�t parmi nous et de ne voir, comme Mo�se, la Terre promise que de loin. Tenez-vous donc sur vos gardes, c'est une amie qui vous en pr�vient.

Maintenant, je m'en vais ; je retourne pr�s de mes chers enfants ; puis je vais voir, par-del� les mers, si ma brebis voyageuse est enfin arriv�e au port, ou si elle est le jouet de la temp�te. (Une de ses filles qui habitait l'Am�rique.) Que les bons Esprits la prot�gent ; je vais me joindre � eux pour cela. Je reviendrai causer avec vous, car je suis une causeuse infatigable ; vous vous en souvenez. Au revoir donc, bons et chers amis ; � bient�t.

Veuve FOULON.

II

(8 f�vrier 1865.)

D. Ch�re madame Foulon, je suis bien heureux de la communication que vous m'avez fait donner l'autre jour et de votre promesse de continuer nos entretiens.

Je vous ai parfaitement reconnue dans la communication ; vous y parlez de choses ignor�es du m�dium et qui ne peuvent venir que de vous ; puis votre langage affectueux � notre �gard, est bien celui de votre �me aimante ; mais il y a dans vos paroles une assurance, un aplomb, une fermet� que je ne vous connaissais pas de votre vivant. Vous savez qu'� ce sujet, je me suis permis plus d'une admonition en certaines circonstances.

R. C'est vrai ; mais d�s que je me suis vue gravement malade, j'ai recouvr� ma fermet� d'esprit, perdue par les chagrins et les vicissitudes qui m'avaient parfois rendue craintive pendant la vie. Je me suis dit : Tu es spirite ; oublie la terre ; pr�pare-toi � la transformation de ton �tre ; et vois, par la pens�e, le sentier lumineux que doit suivre ton �me en quittant ton corps, et qui la conduira, heureuse et d�livr�e, dans les sph�res c�lestes o� tu dois vivre d�sormais.

Vous me direz que c'�tait un peu pr�somptueux de ma part de compter sur le bonheur parfait en quittant la terre, mais j'avais tant souffert que j'avais d� expier mes fautes de cette existence et des existences pr�c�dentes. Cette intuition ne m'avait pas tromp�e, et c'est elle qui m'a rendu le courage, le calme et la fermet� des derniers instants : cette fermet� s'est naturellement accrue quand, apr�s ma d�livrance, j'ai vu mes esp�rances r�alis�es.

D. Veuillez maintenant nous d�crire votre passage, votre r�veil et vos premi�res impressions.

R. J'ai souffert, mais mon Esprit a �t� plus fort que la souffrance mat�rielle que le d�gagement lui faisait �prouver. Je me suis trouv�e, apr�s le supr�me soupir, comme en syncope, n'ayant aucune conscience de mon �tat, ne songeant � rien, et dans une vague somnolence qui n'�tait ni le sommeil du corps, ni le r�veil de l'�me. Je suis rest�e assez longtemps ainsi ; puis, comme si je sortais d'un long �vanouissement, je me suis r�veill�e peu � peu au milieu de fr�res que je ne connaissais pas ; ils me prodiguaient leurs soins et leurs caresses, me montraient un point dans l'espace qui ressemblait � une �toile brillante, et m'ont dit : �C'est l� que tu vas venir avec nous ; tu n'appartiens plus � la terre.� Alors je me suis souvenue ; je me suis appuy�e sur eux, et, comme un groupe gracieux qui s'�lance vers les sph�res inconnues, mais avec la certitude d'y trouver le bonheur, nous sommes mont�s, mont�s, et l'�toile grossissait. C'�tait un monde heureux, un monde sup�rieur, o� votre bonne amie va enfin trouver le repos ; je veux dire le repos eu �gard aux fatigues corporelles que j'ai endur�es et aux vicissitudes de la vie terrestre, mais non l'indolence de l'Esprit, car l'activit� de l'Esprit est une jouissance.

D. Est-ce que vous avez d�finitivement quitt� la terre ?

R. J'y laisse trop d'�tres qui me sont chers pour la quitter encore d�finitivement. J'y reviendrai donc en Esprit, car j'ai une mission � remplir aupr�s de mes petits-enfants. Vous savez bien d'ailleurs qu'aucun obstacle ne s'oppose � ce que les Esprits qui stationnent dans les mondes sup�rieurs � la terre viennent la visiter.

D. La position o� vous �tes semble devoir affaiblir vos rapports avec ceux que vous avez laiss�s ici-bas ?

R. Non, mon ami, l'amour rapproche les �mes. Croyez-moi, on peut �tre, sur la terre, plus pr�s de ceux qui ont atteint la perfection que de ceux que l'inf�riorit� et l'�go�sme font tourbillonner autour de la sph�re terrestre. La charit� et l'amour sont deux moteurs d'une attraction puissante. C'est le lien qui cimente l'union des �mes attach�es l'une � l'autre et la* continue malgr� la distance et les lieux. Il n'y a de distance que pour les corps mat�riels ; il n'y en a pas pour les Esprits.

D. Quelle id�e vous faites-vous maintenant de mes travaux concernant le Spiritisme ?

R. Je trouve que vous avez charge d'�mes et que le fardeau est p�nible � porter ; mais je vois le but et sais que vous l'atteindrez ; je vous aiderai, s'il se peut, de mes conseils d'Esprit pour que vous puissiez surmonter les difficult�s qui vous seront suscit�es, en vous engageant � propos � prendre certaines mesures propres � activer, de votre vivant, le mouvement r�novateur auquel pousse le Spiritisme. Votre ami Demeure, uni � l'Esprit de v�rit�, vous sera d'un concours plus utile encore ; il est plus savant et plus s�rieux que moi ; mais, comme je sais que l'assistance des bons Esprits vous fortifie et vous soutient dans votre labeur, croyez que le mien vous sera assur� partout et toujours.

D. On pourrait induire de quelques-unes de vos paroles que vous ne donnerez pas une coop�ration personnelle tr�s active � l'oeuvre du Spiritisme.

R. Vous vous trompez ; mais je vois tant d'autres Esprits plus capables que moi de traiter cette question importante, qu'un sentiment invincible de timidit� m'emp�che, pour le moment, de vous r�pondre selon vos d�sirs. Cela viendra peut-�tre ; j'aurai plus de courage et de hardiesse ; mais il faut auparavant que je les connaisse mieux. Il n'y a que quatre jours que je suis morte ; je suis encore sous le charme de l'�blouissement qui m'environne ; mon ami, ne le comprenez-vous pas ? Je ne puis suffire � exprimer les nouvelles sensations que j'�prouve. J'ai d� me faire violence pour m'arracher � la fascination qu'exercent sur mon �tre les merveilles qu'il admire. Je ne puis que b�nir et adorer Dieu dans ses oeuvres. Mais cela passera ; les Esprits m'assurent que bient�t je serai accoutum�e � toutes ces magnificences et que je pourrai alors, avec ma lucidit� d'Esprit, traiter toutes les questions relatives � la r�novation terrestre. Puis, avec tout cela, songez qu'en ce moment surtout j'ai une famille � consoler.

Adieu et � bient�t ; votre bonne amie qui vous aime et vous aimera toujours, mon ma�tre, car c'est � vous qu'elle a d� la seule consolation durable et vraie qu'elle a �prouv�e sur la terre.

Veuve FOULON.

III

La communication suivante fut donn�e pour ses enfants, le 9 f�vrier :

Mes enfants, mes bien-aim�s, Dieu m'a retir�e d'avec vous, mais la r�compense qu'il daigne m'accorder est bien grande en comparaison du peu que j'ai fait sur la terre. Soyez r�sign�s, mes bons enfants, aux volont�s du Tr�s-Haut ; puisez dans tout ce qu'il a permis que vous receviez, la force de supporter les �preuves de la vie. Ayez toujours ferme en votre coeur, cette croyance qui a tant facilit� mon passage de la vie terrestre � la vie qui nous attend au sortir de ce bas monde. Dieu a �tendu sur moi, apr�s ma mort, son in�puisable bont�, comme il a bien voulu le faire quand j'�tais sur la terre. Remerciez-le de tous les bienfaits qu'il vous accorde ; b�nissez-le, mes enfants, b�nissez-le toujours, � tous les instants. Ne perdez jamais de vue le but qui vous a �t� indiqu�, ni la route que vous avez � suivre ; pensez � l'emploi que vous avez � faire du temps que Dieu vous accorde sur la terre. Vous y serez heureux, mes bien-aim�s, heureux les uns par les autres, si l'union r�gne entre vous ; heureux par vos enfants, si vous les �levez dans la bonne voie, dans celle que Dieu a permis qui vous fut r�v�l�e.

Oh ! si vous ne pouvez me voir, sachez bien que le lien qui nous unissait ici-bas n'est point rompu par la mort du corps, car ce n'est pas l'enveloppe qui nous reliait, mais l'Esprit ; c'est par l�, mes bien-aim�s, que je pourrai, par la bont� du Tout-Puissant, vous guider encore et vous encourager dans votre marche pour nous rejoindre plus tard.

Allez, mes enfants, cultivez avec le m�me amour cette sublime croyance ; de beaux jours vous sont r�serv�s � vous qui croyez. On vous l'a dit, mais je ne devais point les voir sur terre ; c'est d'en haut que je jugerai les temps heureux promis par le Dieu bon, juste et mis�ricordieux.

Ne pleurez pas, mes enfants ; que ces entretiens fortifient votre foi, votre amour en Dieu, qui a tant r�pandu de dons sur vous, qui a envoy� tant de fois le secours � votre m�re. Priez-le toujours : la pri�re fortifie. Conformez aux instructions que je suivais si ardemment la vie que Dieu vous accorde.

Je vous reviendrai, mes enfants, mais il faut que je soutienne ma pauvre fille qui a tant besoin de moi encore. Adieu, � bient�t. Croyez en la bont� du Tout-Puissant ; je le prie pour vous. Au revoir.

Veuve FOULON.

Remarque. - Tout spirite s�rieux et �clair� tirera facilement de ces communications les enseignements qui en ressortent ; nous n'appellerons donc l'attention que sur deux points. Le premier, c'est que cet exemple nous montre la possibilit� de ne plus s'incarner sur la terre et de passer d'ici dans un monde sup�rieur, sans �tre pour cela s�par� des �tres affectionn�s qu'on y laisse. Ceux donc qui redoutent la r�incarnation � cause des mis�res de la vie, peuvent s'en affranchir en faisant ce qu'il faut, c'est-�-dire en travaillant � leur am�lioration. Tel celui qui ne veut pas v�g�ter dans les rangs inf�rieurs, doit s'instruire et travailler pour monter en grade.

Le second point, c'est la confirmation de cette v�rit� qu'apr�s la mort nous sommes moins s�par�s des �tres qui nous sont chers que pendant la vie. Madame Foulon, retenue par l'�ge et l'infirmit� dans une petite ville du Midi, n'avait aupr�s d'elle qu'une partie de sa famille ; la plupart de ses enfants et de ses amis �tant dispers�s au loin, des obstacles mat�riels s'opposaient � ce qu'elle p�t les voir aussi souvent que les uns et les autres l'eussent d�sir�. Le grand �loignement rendait m�me la correspondance rare et difficile pour quelques-uns. A peine est-elle d�barrass�e de son enveloppe, que, l�g�re, elle accourt aupr�s de chacun, franchit les distances sans fatigue, avec la rapidit� de l'�lectricit�, les voit, assiste � leurs r�unions intimes, les entoure de sa protection et peut, par la voie de la m�diumnit�, s'entretenir avec eux � tout instant, comme de son vivant. Et dire qu'� cette consolante pens�e, il y a des gens qui pr�f�rent l'id�e d'une s�paration ind�finie !

UN MEDECIN RUSSE.

M. P... �tait un m�decin de Moscou, aussi distingu� par ses �minentes qualit�s morales que par son savoir. La personne qui l'a �voqu� le connaissait de r�putation seulement, et n'avait eu avec lui que des rapports indirects. La communication originale �tait en langue russe.

D. (apr�s �vocation.) Etes-vous ici ? - R. Oui. Le jour de ma mort, je vous ai poursuivie de ma pr�sence, mais vous avez r�sist� � toutes mes tentatives pour vous faire �crire. J'avais entendu vos paroles sur moi ; cela m'avait fait vous conna�tre, et alors j'ai eu le d�sir de m'entretenir avec vous pour vous �tre utile.

D. Pourquoi, vous qui �tiez si bon, avez-vous tant souffert ? - R. C'�tait une bont� du Seigneur qui voulait par l� me faire doublement sentir le prix de ma d�livrance, et me faire avancer le plus possible ici-bas.

D. La pens�e de la mort vous a-t-elle caus� de la terreur ? - R. Non, j'avais trop foi en Dieu pour cela.

D. La s�paration a-t-elle �t� douloureuse ? R. Non ; ce que vous appelez le dernier moment n'est rien ; je n'ai ressenti qu'un craquement tr�s court, et bient�t apr�s je me suis trouv� tout heureux d'�tre d�barrass� de ma mis�rable carcasse.

D. Qu'est-il arriv� alors ? - R. J'ai eu le bonheur de voir une quantit� d'amis venir � ma rencontre et me souhaiter la bienvenue, ceux notamment que j'ai eu la satisfaction d'aider.

D. Quelle r�gion habitez-vous ? Etes-vous dans une plan�te ? - R. Tout ce qui n'est pas une plan�te est ce que vous nommez l'espace ; c'est l� que je suis. Mais que de degr�s dans cette immensit� dont l'homme ne peut se faire une id�e ! Que d'�chelons � cette �chelle de Jacob qui va de la terre au ciel, c'est-�-dire de l'avilissement de l'incarnation sur un monde inf�rieur comme le v�tre, jusqu'� l'�puration compl�te de l'�me ! L� o� je suis, on n'arrive qu'� la suite de beaucoup d'�preuves, ce qui signifie de beaucoup d'incarnations.

D. A ce compte vous devez avoir eu beaucoup d'existences ? - R. Comment en pourrait-il �tre autrement ? Rien n'est exceptionnel dans l'ordre immuable �tabli par Dieu ; la r�compense ne peut venir qu'apr�s la victoire remport�e dans la lutte ; et quand la r�compense est grande, il faut n�cessairement que la lutte l'ait �t� aussi. Mais la vie humaine est si courte que la lutte n'est r�elle que par intervalles, et ces intervalles sont les diff�rentes existences successives ; or, puisque je suis sur un des �chelons d�j� �lev�s, il est certain que j'ai atteint ce bonheur par une continuit� de combats o� Dieu a permis que je remportasse quelquefois la victoire.

D. En quoi consiste votre bonheur ? - R. Ceci est plus difficile � vous faire comprendre. Le bonheur dont je jouis est un contentement extr�me de moi-m�me ; non de mes m�rites, ce serait de l'orgueil, et l'orgueil est le fait des Esprits de r�probation, mais un contentement noy�, pour ainsi dire, dans l'amour de Dieu, dans la reconnaissance de sa bont� infinie ; c'est la joie profonde de voir le bon, le bien ; de se dire : peut-�tre ai-je contribu� � l'am�lioration de quelques-uns de ceux qui se sont �lev�s vers le Seigneur. On est comme identifi� avec le bien-�tre ; c'est une esp�ce de fusion de l'Esprit et de la bont� divine. On a le don de voir les Esprits plus �pur�s, de les comprendre dans leurs missions, et de savoir qu'on en arrivera l� aussi ; on entrevoit, dans l'incommensurable infini, les r�gions si resplendissantes du feu divin, qu'on est �bloui m�me en les contemplant � travers le voile qui les couvre encore. Mais que vous dis-je ? Comprenez-vous mes paroles ? Ce feu dont je parle, croyez-vous qu'il soit semblable au soleil, par exemple ? Non, non ; c'est quelque chose d'indicible � l'homme, parce que les mots n'expriment que les objets, les choses physiques ou m�taphysiques dont il a connaissance par la m�moire ou l'intuition de son �me, tandis que, ne pouvant avoir cette m�moire de l'inconnu absolu, il n'est pas de termes qui puissent lui en donner la perception. Mais sachez-le : c'est d�j� une immensit� de bonheur de penser que l'on peut s'�lever infiniment.

D. Vous avez eu la bont� de me dire que vous voulez m'�tre utile, en quoi, je vous prie ? - R. Je puis vous aider dans vos d�faillances, vous soutenir dans vos faiblesses, vous consoler dans vos chagrins. Si votre foi, �branl�e par quelque secousse qui vous trouble, vient � chanceler, appelez-moi : Dieu me donnera des paroles pour vous le rappeler et vous ramener � lui ; si vous vous sentez pr�te � succomber sous le poids de penchants que vous reconnaissez vous-m�me �tre coupables, appelez-moi : je vous aiderai � porter votre croix, comme autrefois J�sus fut aid� � porter la sienne, celle qui devait nous proclamer si hautement la v�rit�, la charit� ; si vous faiblissez sous le poids de vos chagrins, si le d�sespoir s'empare de vous, appelez-moi ; je viendrai vous tirer de cet ab�me en vous parlant d'Esprit � Esprit, en vous rappelant aux devoirs qui vous sont impos�s, non par des consid�rations sociales et mat�rielles, mais par l'amour que vous sentirez en moi, amour que Dieu a mis en mon �tre pour �tre transmis � ceux qu'il peut sauver.

Vous avez sur la terre des amis sans doute ; ceux-l� partageaient peut-�tre vos douleurs, et peut-�tre vous ont d�j� sauv�e. Dans le chagrin, vous allez les trouver, vous allez leur porter vos plaintes et vos larmes, et ils vous donnent en �change de cette marque d'affection leurs conseils, leur appui, leurs caresses ; eh bien, ne pensez-vous pas qu'un ami d'ici soit aussi une bonne chose ? N'est-il pas consolant de se dire : quand je mourrai, mes amis de la terre seront � mon chevet, priant pour moi, et pleurant sur moi, mais mes amis de l'espace seront au seuil de la vie, et viendront en souriant me conduire � la place que j'aurai m�rit�e par mes vertus.

D. En quoi ai-je donc m�rit� la protection que vous voulez bien m'accorder ? - R. Voici pourquoi je me suis attach� � vous d�s le jour de ma mort. Je vous ai vue spirite, bon m�dium et sinc�re adepte ; parmi ceux que j'ai laiss�s en bas, je n'ai vu que vous d'abord ; j'ai alors r�solu de venir contribuer � vous avancer, dans votre int�r�t, sans doute, mais encore plus dans l'int�r�t de tous ceux que vous �tes appel�e � instruire dans la v�rit�. Vous le voyez, Dieu vous aime assez pour vous rendre missionnaire ; autour de vous, tous, petit � petit, partagent vos croyances ; les plus rebelles tout au moins vous �coutent, et un jour vous les verrez vous croire. Ne vous lassez pas ; marchez toujours malgr� les pierres du chemin ; prenez-moi pour b�ton de faiblesse.

D. Je n'ose croire m�riter une si grande faveur. - R. Sans doute vous �tes loin de la perfection ; mais votre ardeur � r�pandre les saines doctrines, � soutenir la foi de ceux qui vous �coutent, � pr�cher la charit�, la bont�, la bienveillance, m�me quand on use de mauvais proc�d�s envers vous, votre r�sistance � vos instants de col�re que vous pourriez satisfaire si facilement contre ceux qui vous affligent ou m�connaissent vos intentions, viennent heureusement servir de contre-poids � ce que vous avez de mauvais en vous ; et sachez-le, c'est un puissant contre-poids que le pardon.

Dieu vous comble de ses gr�ces par la facult� qu'il vous donne et qu'il ne tient qu'� vous d'agrandir par vos efforts, afin de travailler efficacement au salut du prochain. Je vais vous quitter, mais comptez sur moi. T�chez de mod�rer vos id�es terrestres et de vivre plus souvent avec vos amis d'ici.

P...

BERNARDIN.

(Bordeaux, avril 1862.)

Je suis un Esprit oubli� depuis bien des si�cles ; j'ai v�cu sur la terre dans la mis�re et l'opprobre ; j'ai travaill� sans rel�che pour apporter chaque jour � ma famille un morceau de pain insuffisant ; mais j'aimais mon ma�tre v�ritable, et quand celui qui me chargeait sur la terre augmentait mon fardeau de douleur, je disais : Mon Dieu, donnez-moi la force de supporter ce poids sans me plaindre. J'expiais, mes amis ; mais au sortir de cette rude �preuve, le Seigneur m'a re�u dans la paix, et mon voeu le plus cher est de vous r�unir tous autour de moi, mes enfants, mes fr�res, et de vous dire : Quelque prix que vous y mettiez, le bonheur qui vous attend est encore bien au-dessus.

Je n'avais pas d'�tat ; fils d'une nombreuse famille, j'ai servi qui pouvait m'aider � supporter ma vie. N� � une �poque o� le servage �tait cruel, j'ai support� toutes les injustices, toutes les corv�es, toutes les charges qu'il plaisait aux subalternes du Seigneur de m'imposer. J'ai vu ma femme outrag�e ; j'ai vu mes filles enlev�es puis rejet�es, sans pouvoir me plaindre ; j'ai vu mes fils emmen�s dans les guerres de pillage et de crimes, pendus pour des fautes qu'ils n'avaient pas commises ! Si vous saviez, pauvres amis, ce que j'ai endur� dans ma trop longue existence ! mais j'attendais, j'attendais le bonheur qui n'est pas sur la terre, et le Seigneur me l'a accord�. A vous tous donc, mes fr�res, courage, patience et r�signation.

Mon enfant, tu peux conserver ce que je t'ai donn� ; c'est un enseignement pratique. Celui qui pr�che est bien mieux �cout� quand il peut dire : J'ai support� plus que vous ; j'ai support� sans me plaindre.

D. A quelle �poque viviez-vous ? - R. De 1400 � 1460.

D. Avez-vous eu une autre existence depuis ? - R. Oui, j'ai v�cu encore parmi vous comme missionnaire ; oui, missionnaire de la foi ; mais de la vraie, de la pure, de celle qui sort de la main de Dieu, et non de celle que les hommes vous ont faite.

D. Maintenant, comme Esprit, avez-vous encore des occupations ? - R. Pourrais-tu croire que les Esprits restent inactifs ? L'inaction, l'inutilit� serait pour eux un supplice. Ma mission est de guider des centres ouvriers dans le Spiritisme ; j'y inspire de bonnes pens�es et m'efforce de neutraliser celles que les mauvais Esprits cherchent � y sugg�rer.

BERNARDIN.

LA COMTESSE PAULA.

C'�tait une femme jeune, belle, riche, d'une illustre naissance selon le mode, et en outre, un mod�le accompli de toutes les qualit�s du coeur et de l'esprit. Elle est morte � trente-six ans, en 1851. C'�tait une de ces personnes dont l'oraison fun�bre se r�sume en ces mots, dans toutes les bouches : �Pourquoi Dieu retire-t-il si t�t de telles gens de dessus la terre ?� Heureux ceux qui font ainsi b�nir leur m�moire ! Elle �tait bonne, douce, indulgente pour tout le monde ; toujours pr�te � excuser ou att�nuer le mal, au lieu de l'envenimer ; jamais la m�disance ne souilla ses l�vres. Sans morgue ni fiert�, elle traitait ses inf�rieurs avec une bienveillance qui n'avait rien de la basse familiarit�, et sans affecter envers eux des airs de hauteur ou d'une protection humiliante. Comprenant que les gens qui vivent de leur travail ne sont pas des rentiers, et qu'ils ont besoin de l'argent qui leur est d�, soit pour leur �tat, soit pour vivre, jamais elle ne fit attendre un salaire ; la pens�e que quelqu'un e�t pu souffrir d'un d�faut de payement par sa faute, lui e�t �t� un remords de conscience. Elle n'�tait pas de ces gens qui trouvent toujours de l'argent pour satisfaire leurs fantaisies et n'en ont jamais pour payer ce qu'ils doivent ; elle ne comprenait pas qu'il p�t �tre de bon go�t pour un riche d'avoir des dettes, et se serait trouv�e humili�e qu'on p�t dire que ses fournisseurs �taient oblig�s de lui faire des avances. Aussi, � sa mort, n'y eut-il que des regrets et pas une r�clamation.

Sa bienfaisance �tait in�puisable, mais ce n'�tait pas cette bienfaisance officielle qui s'�tale au grand jour ; c'�tait chez elle la charit� du coeur et non celle de l'ostentation. Dieu seul sait les larmes qu'elle a s�ch�es et les d�sespoirs qu'elle a calm�s, car ces bonnes actions n'avaient pour t�moins que lui et les malheureux qu'elle assistait. Elle savait surtout d�couvrir ces infortunes cach�es, qui sont les plus poignantes, et qu'elle secourait avec la d�licatesse qui rel�ve le moral au lieu de l'abaisser.

Son rang et les hautes fonctions de son mari l'obligeaient � une tenue de maison � laquelle elle ne pouvait d�roger ; mais, tout en satisfaisant aux exigences de sa position sans l�sinerie, elle y apportait un ordre qui, en �vitant les gaspillages ruineux et les d�penses superflues, lui permettait d'y suffire avec la moiti� de ce qu'il en e�t co�t� � d'autres sans faire mieux.

Elle pouvait ainsi faire sur sa fortune, une plus large part aux n�cessiteux. Elle en avait distrait un capital important dont le revenu �tait exclusivement affect� � cette destination sacr�e pour elle, et le consid�rait comme ayant cela de moins � d�penser pour sa maison. Elle trouvait ainsi le moyen de concilier ses devoirs envers la soci�t� et envers le malheur[2].

Evoqu�e, douze ans apr�s sa mort, par un de ses parents initi� au Spiritisme, elle a donn� la communication suivante en r�ponse � diverses questions qui lui �taient adress�es[3]:

�Vous avez raison, mon ami, de penser que je suis heureuse ; je le suis, en effet, au-del� de tout ce qu'on peut exprimer, et pourtant je suis encore loin du dernier �chelon. J'�tais cependant parmi les heureux de la terre, car je ne me rappelle pas avoir �prouv� de chagrin r�el. Jeunesse, sant�, fortune, hommages, j'avais tout ce qui constitue la f�licit� parmi vous ; mais qu'est-ce que ce bonheur aupr�s de celui que l'on go�te ici ? Que sont vos f�tes les plus splendides, o� s'�talent les plus riches parures, aupr�s de ces assembl�es d'Esprits resplendissant d'un �clat que votre vue ne pourrait supporter, et qui est l'apanage de la puret� ? Que sont vos palais et vos salons dor�s aupr�s des demeures a�riennes, des vastes champs de l'espace, diapr�s de couleurs qui feraient p�lir l'arc-en-ciel ? Que sont vos promenades � pas compt�s dans vos parcs, aupr�s des courses � travers l'immensit�, plus rapides que l'�clair ? Que sont vos horizons born�s et nuageux aupr�s du spectacle grandiose des mondes se mouvant dans l'univers sans bornes sous la puissante main du Tr�s-Haut ? Que vos concerts les plus m�lodieux sont tristes et criards aupr�s de cette suave harmonie qui fait vibrer les fluides de l'�ther et toutes les fibres de l'�me ?* Que vos plus grandes joies sont tristes et insipides aupr�s de l'ineffable sensation de bonheur qui p�n�tre incessamment tout notre �tre comme un effluve bienfaisant, sans m�lange d'aucune inqui�tude, d'aucune appr�hension, d'aucune souffrance ?* Ici tout respire l'amour, la confiance, la sinc�rit� ; partout des coeurs aimants, partout des amis, nulle part des envieux et des jaloux. Tel est le monde o� je suis, mon ami, et o� vous arriverez infailliblement en suivant la voie droite.

�Cependant on se lasserait bient�t d'un bonheur uniforme ; ne croyez pas que le n�tre soit exempt de p�rip�ties ; ce n'est ni un concert perp�tuel, ni une f�te sans fin, ni une b�ate contemplation pendant l'�ternit� ; non, c'est le mouvement, la vie, l'activit�. Les occupations, quoique exemptes de fatigues, y apportent une incessante vari�t� d'aspects et d'�motions par les mille incidents dont elles sont parsem�es. Chacun a sa mission � remplir, ses prot�g�s � assister, des amis de la terre � visiter, des rouages de la nature � diriger, des �mes souffrantes � consoler ; on va, on vient, non d'une rue � l'autre, mais d'un monde � l'autre ; on s'assemble, on se s�pare pour se rejoindre ensuite ; on se r�unit sur un point, on se communique ce que l'on a fait, on se f�licite des succ�s obtenus ; on se concerte, on s'assiste r�ciproquement dans les cas difficiles ; enfin, je vous assure que nul n'a le temps de s'ennuyer une seconde.

�En ce moment, la terre est notre grand sujet de pr�occupation. Que de mouvement parmi les Esprits ! quelles nombreuses cohortes y affluent pour concourir � sa transformation ! On dirait une nu�e de travailleurs occup�s � d�fricher une for�t, sous la conduite de chefs exp�riment�s ; les uns abattent* les vieux arbres avec la cogn�e, arrachent les profondes racines ; les autres d�blayant, ceux-ci labourant et ensemen�ant, ceux-l� �difiant la nouvelle cit� sur les ruines vermoulues du vieux monde. Pendant ce temps, les chefs s'assemblent, tiennent conseil et envoient des messagers donner des ordres dans toutes les directions. La terre doit �tre r�g�n�r�e dans un temps donn� ; il faut que les desseins de la Providence s'accomplissent ; c'est pourquoi chacun est � l'oeuvre. Ne croyez pas que je sois simple spectatrice de ce grand travail ; j'aurais honte de rester inactive quand tout le monde s'occupe ; une importante mission m'est confi�e, et je m'efforce de la remplir de mon mieux.

�Ce n'est pas sans luttes que je suis arriv�e au rang que j'occupe dans la vie spirituelle ; croyez bien que ma derni�re existence, quelque m�ritante qu'elle vous paraisse, n'e�t pas suffi pour cela. Pendant plusieurs existences, j'ai pass� par les �preuves du travail et de la mis�re que j'avais volontairement choisies pour fortifier et �purer mon �me ; j'ai eu le bonheur d'en sortir victorieuse, mais il en restait une � subir, la plus p�rilleuse de toutes : celle de la fortune et du bien-�tre mat�riel, d'un bien-�tre sans m�lange d'amertume : l� �tait le danger. Avant de la tenter, j'ai voulu me sentir assez forte pour ne pas succomber. Dieu m'a tenu compte de mes bonnes intentions et m'a fait la gr�ce de me soutenir. Beaucoup d'autres Esprits, s�duits par les apparences, se h�tent de la choisir ; trop faibles, h�las ! pour affronter le p�ril, les s�ductions triomphent de leur inexp�rience.

�Travailleurs, j'ai �t� dans vos rangs ; moi, la noble dame, comme vous j'ai gagn� mon pain � la sueur de mon front ; j'ai endur� des privations, j'ai souffert des intemp�ries, et c'est ce qui a d�velopp� les forces viriles de mon �me ; sans cela j'aurais probablement �chou� dans ma derni�re �preuve, ce qui m'e�t rejet�e bien loin en arri�re. Comme moi, vous aurez aussi � votre tour l'�preuve de la fortune, mais ne vous h�tez pas de la demander trop t�t ; et vous qui �tes riches, ayez toujours pr�sent � la pens�e que la vraie fortune, la fortune imp�rissable, n'est pas sur la terre, et comprenez � quel prix vous pouvez m�riter les bienfaits du Tout-Puissant.�

PAULA, sur la terre, comtesse de ***.

JEAN REYNAUD.

(Soci�t� spirite de Paris. Communication spontan�e.)

Mes amis, que cette nouvelle vie est magnifique ! Semblable � un torrent lumineux, elle entra�ne dans sa course immense les �mes ivres de l'infini ! Apr�s la rupture des liens charnels, mes yeux ont embrass� les horizons nouveaux qui m'entourent et joui des splendides merveilles de l'infini. J'ai pass� des ombres de la mati�re � l'aube �clatante qui annonce le Tout-Puissant. Je suis sauv�, non par le m�rite de mes oeuvres, mais par la connaissance du principe �ternel qui m'a fait �viter les souillures imprim�es par l'ignorance � la pauvre humanit�. Ma mort a �t� b�nie ; mes biographes la jugeront pr�matur�e ; les aveugles ! ils regretteront quelques �crits n�s de la poussi�re, et ils ne comprendront pas combien le peu de bruit qui se fait autour de ma tombe mi-close est utile pour la sainte cause du Spiritisme. Mon oeuvre �tait finie ; mes devanciers couraient dans la carri�re ; j'avais atteint ce point culminant o� l'homme a donn� ce qu'il avait de meilleur, et o� il ne fait plus que recommencer. Ma mort ravive l'attention des lettr�s et la ram�ne sur mon ouvrage capital, qui touche � la question spirite qu'ils affectent de m�conna�tre, et qui bient�t les enlacera. Gloire � Dieu ! Aid� par les Esprits sup�rieurs qui prot�gent la nouvelle doctrine, je vais �tre un des �claireurs qui jalonnent votre route.

JEAN REYNAUD.

(Paris ; r�union de famille. Autre communication spontan�e.)

L'Esprit r�pond � une r�flexion faite sur sa mort inattendue, dans un �ge peu avanc�, et qui a surpris bien du monde.

�Qui vous dit que ma mort n'est pas un bienfait pour le Spiritisme, pour son avenir, pour ses cons�quences ? Avez-vous remarqu�, mon ami, la marche que suit le progr�s, la route que prend la foi spirite ? Dieu a tout d'abord donn� des preuves mat�rielles : danse des tables, coups frapp�s et toutes sortes de ph�nom�nes ; c'�tait pour appeler l'attention ; c'�tait une pr�face amusante. Il faut aux hommes des preuves palpables pour croire. Maintenant, c'est bien autre chose ! Apr�s les faits mat�riels, Dieu parle � l'intelligence, au bon sens, � la froide raison ; ce ne sont plus des tours de force, mais des choses rationnelles qui doivent convaincre et rallier m�me les incr�dules, les plus opini�tres. Et ce n'est encore que le commencement. Remarquez bien ce que je vous dis ; toute une s�rie de faits intelligents, irr�futables, vont se suivre, et le nombre des adeptes de la foi spirite, d�j� si grand, va encore augmenter. Dieu va s'en prendre aux intelligences d'�lite, aux sommit�s de l'esprit, du talent et du savoir. Cela va �tre un rayon lumineux qui se r�pandra sur toute la terre comme un fluide irr�sistible, et poussera les plus r�calcitrants � la recherche de l'infini, � l'�tude de cette admirable science qui nous enseigne des maximes si sublimes. Tous vont se grouper autour de vous, et, faisant abstraction du dipl�me de g�nie qui leur avait �t� donn�, ils vont se faire humbles et petits pour apprendre et pour se convaincre. Puis, plus tard, lorsqu'ils seront bien instruits et bien convaincus, ils se serviront de leur autorit� et de la notori�t� de leur nom pour pousser encore plus loin et atteindre les derni�res limites du but que vous vous �tes tous propos� : la r�g�n�ration de l'esp�ce humaine par la connaissance raisonn�e et approfondie des existences pass�es et futures. Voil� ma sinc�re opinion sur l'�tat actuel du Spiritisme.�

 

(Bordeaux.)

Evocation. - Je me rends avec plaisir � votre appel, madame. Oui, vous avez raison ; le trouble spirite n'a, pour ainsi dire, point exist� pour moi (ceci r�pondait � la pens�e du m�dium) ; exil� volontaire sur votre terre, o� j'avais � jeter la premi�re semence s�rieuse des grandes v�rit�s qui enveloppent le monde en ce moment, j'ai toujours eu la conscience de la patrie et me suis vite reconnu au milieu de mes fr�res.

D. Je vous remercie d'avoir bien voulu venir ; mais je n'aurais pas cru que mon d�sir de vous entretenir e�t de l'influence sur vous ; il doit n�cessairement y avoir une diff�rence si grande entre nous que je n'y pense qu'avec respect.

R. Merci de cette bonne pens�e, mon enfant ; mais vous devez savoir aussi que, quelque distance que des �preuves achev�es plus ou moins promptement, plus ou moins heureusement, puissent �tablir entre nous, il y a toujours un lien puissant qui nous unit : la sympathie, et ce lien, vous l'avez resserr� par votre pens�e constante.

D. Bien que beaucoup d'Esprits aient expliqu� leurs premi�res sensations au r�veil, seriez-vous assez bon pour me dire ce que vous avez �prouv� en vous reconnaissant, et comment la s�paration de votre Esprit et de votre corps s'est op�r�e ?

R. Comme pour tous. J'ai senti le moment de la d�livrance approcher ; mais, plus heureux que beaucoup, elle ne m'a point caus� d'angoisses parce que j'en connaissais les r�sultats, quoiqu'ils fussent encore plus grands que je ne le pensais. Le corps est une entrave aux facult�s spirituelles, et, quelles que soient les lumi�res que l'on ait conserv�es, elles sont toujours plus ou moins �touff�es par le contact de la mati�re. Je me suis endormi esp�rant un r�veil heureux ; le sommeil a �t� court, l'admiration immense ! Les splendeurs c�lestes d�roul�es � mes regards, brillaient de tout leur �clat. Ma vue �merveill�e plongeait dans les immensit�s de ces mondes dont j'avais affirm� l'existence et l'habitabilit�. C'�tait un mirage qui me r�v�lait et me confirmait la v�rit� de mes sentiments. L'homme a beau se croire s�r, quand il parle il y a souvent au fond de son coeur des moments de doute, d'incertitude ; il se m�fie, sinon de la v�rit� qu'il proclame, du moins souvent, des moyens imparfaits qu'il emploie pour la d�montrer. Convaincu de la v�rit� que je voulais faire admettre, j'ai eu souvent � combattre contre moi-m�me, contre le d�couragement de voir, de toucher, pour ainsi dire, la v�rit�, et de ne pouvoir la rendre palpable � ceux qui auraient tant besoin d'y croire pour marcher s�rement dans la voie qu'ils ont � suivre.

D. De votre vivant, professiez-vous le Spiritisme ?

R. Entre professer et pratiquer il y a une grande diff�rence. Bien des gens professent une doctrine qui* ne la pratiquent pas ; je pratiquais et ne professais pas. De m�me que tout homme est chr�tien qui suit les lois de Christ, f�t-ce sans les conna�tre, de m�me tout homme peut �tre spirite, qui croit � son �me immortelle, � ses pr�existences, � sa marche progressive incessante, aux �preuves terrestres, ablutions n�cessaires pour se purifier ; j'y croyais, j'�tais donc spirite. J'ai compris l'erraticit�, ce lien interm�diaire entre les incarnations, ce purgatoire o� l'Esprit coupable se d�pouille de ses v�tements souill�s pour rev�tir une nouvelle robe, o� l'Esprit en progr�s tisse avec soin la robe qu'il va porter de nouveau et qu'il veut conserver pure. J'ai compris, je vous l'ai dit, et sans professer j'ai continu� de pratiquer.

Remarque. - Ces trois communications ont �t� obtenues par trois m�diums diff�rents compl�tement �trangers l'un � l'autre. A l'analogie des pens�es, � la forme du langage, on peut admettre au moins la pr�somption d'identit�. L'expression : tisse avec soin la robe qu'il va porter de nouveau, est une charmante figure qui peint la sollicitude avec laquelle l'Esprit en progr�s pr�pare la nouvelle existence qui doit le faire progresser encore. Les Esprits arri�r�s prennent moins de pr�cautions et font quelquefois des choix malheureux qui les forcent � recommencer.

ANTOINE COSTEAU.

Membre de la Soci�t� spirite de Paris, inhum� le 12 septembre 1863 au cimeti�re de Montmartre, dans la fosse commune. C'�tait un homme de coeur que le Spiritisme a ramen� � Dieu ; sa foi en l'avenir �tait compl�te, sinc�re et profonde. Simple ouvrier paveur, il pratiquait la charit� en pens�es, en paroles et en actions, selon ses faibles ressources, car il trouvait encore le moyen d'assister ceux qui avaient moins que lui. Si la soci�t� n'a pas fait les frais d'une fosse particuli�re, c'est qu'il y avait un emploi plus utile � faire des fonds qui eussent �t� employ�s sans profit pour les vivants, � une vaine satisfaction d'amour-propre, et les spirites surtout savent que la fosse commune est une porte qui conduit au ciel aussi bien que le plus somptueux mausol�e.

M. Canu, secr�taire de la Soci�t�, jadis profond mat�rialiste, a prononc� sur sa tombe l'allocution suivante :

�Cher fr�re Costeau, il y a quelques ann�es � peine, beaucoup d'entre nous, et, je le confesse, moi tout le premier, n'aurions vu devant cette tombe ouverte que la fin des mis�res humaines, et apr�s : le n�ant, l'affreux n�ant, c'est-�-dire point d'�me pour m�riter ou expier, et cons�quemment point de Dieu pour r�compenser, ch�tier ou pardonner. Aujourd'hui, gr�ce � notre divine doctrine, nous y voyons la fin des �preuves, et pour vous, cher fr�re, dont nous rendons � la terre la d�pouille mortelle, le triomphe de vos labeurs et le commencement des r�compenses que vous ont m�rit�es votre courage, votre r�signation, votre charit�, en un mot vos vertus, et par-dessus tout la glorification d'un Dieu sage, tout-puissant, juste et bon. Portez donc, cher fr�re, nos actions de gr�ce aux pieds de l'Eternel, qui a voulu dissiper autour de nous les t�n�bres de l'erreur et de l'incr�dulit�, car, il y a peu de temps encore, nous vous aurions dit en cette circonstance, le front morne et le d�couragement au coeur : �Adieu, ami, pour toujours.� Aujourd'hui nous vous disons, le front haut et rayonnant d'esp�rance, le coeur plein de courage et d'amour : �Cher fr�re, au revoir, et priez pour nous[4].�

Un des m�diums de la soci�t� obtint sur la fosse m�me non encore ferm�e, la communication suivante, dont tous les assistants, y compris les fossoyeurs, ont �cout� la lecture t�te nue et avec une profonde �motion. C'�tait, en effet, un spectacle nouveau et saisissant d'entendre les paroles d'un mort recueillies du sein m�me de la tombe.

�Merci, amis, merci ; ma tombe n'est pas encore ferm�e, et pourtant, une seconde de plus et la terre va recouvrir mes restes. Mais, vous le savez, sous cette poussi�re mon �me ne sera pas enfouie ; elle va planer dans l'espace pour monter � Dieu !

�Aussi, qu'il est consolant de pouvoir se dire encore, malgr� l'enveloppe bris�e : Oh ! non, je ne suis point mort, je vis de la vraie vie, de la vie �ternelle !

�Le convoi du pauvre n'est point suivi d'un grand nombre ; d'orgueilleuses manifestations n'ont pas lieu sur sa tombe, et pourtant, amis, croyez-moi, la foule immense ne manque point ici, et de bons Esprits ont suivi avec vous et avec ces femmes pieuses, le corps de celui qui est l�, couch� ! Tous, au moins, vous croyez et vous aimez le bon Dieu !

�Oh ! certes non ! nous ne mourons point parce notre corps se brise, femme bien-aim�e ! et d�sormais je serai toujours pr�s de toi pour te consoler et t'aider � supporter l'�preuve. Elle sera rude pour toi, la vie ; mais avec l'id�e de l'�ternit� et de l'amour de Dieu plein ton coeur, comme tes souffrances te seront l�g�res !

�Parents qui entourez ma bien-aim�e compagne, aimez-la, respectez-la ; soyez pour elle des fr�res et des soeurs. N'oubliez pas que vous vous devez tous assistance sur la terre si vous voulez entrer dans le s�jour du Seigneur.

�Et vous, spirites, fr�res, amis, merci d'�tre venus me dire adieu jusqu'� cette demeure de poussi�re et de boue ; mais vous savez, vous, vous savez bien que mon �me vit immortelle, et qu'elle ira quelquefois vous demander des pri�res, qui ne me seront point refus�es, pour m'aider � marcher dans cette voie magnifique que vous m'avez ouverte pendant ma vie.

�Adieu tous, qui �tes ici, nous pourrons nous revoir ailleurs que sur cette tombe. Les �mes m'appellent � leur rendez-vous. Adieu, priez pour celles qui souffrent. Au revoir !

COSTEAU.�

Trois jours plus tard, l'Esprit de M. Costeau, �voqu� dans un groupe particulier, dicta ce qui suit par l'interm�diaire d'un autre m�dium :

�La mort, c'est la vie ; je ne fais que r�p�ter ce qui a �t� dit ; mais pour vous il n'y a pas d'autre expression que celle-l�, malgr� ce qu'en disent les mat�rialistes, ceux qui veulent rester aveugles. Oh ! mes amis, quelle belle apparition sur la terre que celle de voir flotter les banni�res du Spiritisme ! Science immense dont vous avez � peine les premiers mots ! Quelles clart�s elle apporte aux hommes de bonne volont�, � ceux qui ont bris� les cha�nes terribles de l'orgueil pour arborer hautement leur croyance en Dieu ! Priez, humains, remerciez-le de tous ses bienfaits. Pauvre humanit� ! s'il t'�tait donn� de comprendre !... Mais non, le temps n'est pas encore venu o� la mis�ricorde du Seigneur doit s'�tendre sur tous les hommes, afin qu'ils reconnaissent ses volont�s et s'y soumettent.

�C'est par tes rayons lumineux, science b�nie, qu'ils y arriveront et qu'ils comprendront. C'est � ta chaleur bienfaisante qu'ils viendront r�chauffer leurs coeurs au feu divin qui apporte la foi et les consolations. C'est sous tes rayons vivifiants que le ma�tre et l'ouvrier viendront se confondre et ne faire qu'un, car ils comprendront cette charit� fraternelle pr�ch�e par le divin Messie.

�O mes fr�res, songez au bonheur immense que vous poss�dez d'avoir �t� des premiers initi�s � l'oeuvre r�g�n�ratrice. Honneur � vous, amis ! Continuez et comme moi, un jour, en venant dans la patrie des Esprits, vous direz : La mort, c'est la vie ; ou plut�t c'est un r�ve, une esp�ce de cauchemar qui dure l'espace d'une minute, et d'o� l'on sort pour se voir entour� d'amis qui vous f�licitent et sont heureux de vous tendre les bras. Mon bonheur a �t� si grand que je ne pouvais comprendre que Dieu m'accord�t tant de gr�ces pour avoir fait si peu. Il me semblait r�ver, et comme quelquefois il m'�tait arriv� de r�ver que j'�tais mort, j'ai eu peur un instant d'�tre oblig� de revenir dans ce malheureux corps ; mais je ne tardai pas � me rendre compte de la r�alit�, et je remerciai Dieu. Je b�nissais le ma�tre qui avait si bien su r�veiller en moi les devoirs de l'homme qui songe � la vie future. Oui, je le b�nissais et le remerciais, car le Livre des Esprits avait r�veill� dans mon �me les �lans d'amour pour mon cr�ateur.

�Merci, mes bons amis, de m'avoir attir� vers vous. Dites � nos fr�res que je suis souvent en compagnie de notre ami Sanson. Au revoir ; courage ! la victoire vous attend. Heureux ceux qui auront pris part au combat !�

Depuis lors, M, Costeau s'est souvent manifest�, soit � la soci�t�, soit dans d'autres r�unions, o� il a toujours donn� des preuves de cette �l�vation de pens�es qui caract�rise les Esprits avanc�s.

Mlle EMMA.[5]

Jeune femme morte des suites d'un accident caus� par le feu, et apr�s de cruelles souffrances. Quelqu'un s'�tait propos� d'en demander l'�vocation � la Soci�t� spirite de Paris, lorsqu'elle s'est pr�sent�e spontan�ment le 31 juillet 1863 peu de temps apr�s sa mort.

�Me voici donc encore sur le th��tre du monde, moi qui me croyais ensevelie pour jamais dans mon voile d'innocence et de jeunesse. Le feu de la terre me sauvait du feu de l'enfer : ainsi je pensais dans ma foi catholique, et, si je n'osais entrevoir les splendeurs du paradis, mon �me tremblante se r�fugiait dans l'expiation du purgatoire, et je priais, je souffrais, je pleurais. Mais qui donnait � ma faiblesse la force de supporter mes angoisses ? qui, dans les longues nuits d'insomnie et de fi�vre douloureuse, se penchait sur ma couche de martyre ? qui rafra�chissait mes l�vres arides ? C'�tait vous, mon ange gardien, dont la blanche aur�ole m'entourait ; c'�tait vous aussi, chers Esprits amis, qui veniez murmurer � mon oreille des paroles d'espoir et d'amour.

�La flamme qui consuma mon faible corps me d�pouilla de l'attachement � ce qui passe ; aussi je mourus d�j� vivante de la vraie vie. Je ne connus pas le trouble, et j'entrai sereine et recueillie dans le jour radieux qui enveloppe ceux qui, apr�s avoir beaucoup souffert, ont un peu esp�r�. Ma m�re, ma ch�re m�re, fut la derni�re vibration terrestre qui r�sonna � mon �me. Que je voudrais qu'elle dev�nt spirite !

�Je me suis d�tach�e de l'arbre terrestre comme un fruit m�r avant le temps. Je n'�tais encore qu'effleur�e par le d�mon de l'orgueil qui pique les �mes des malheureuses entra�n�es par le succ�s brillant et l'ivresse de la jeunesse. Je b�nis la flamme ; je b�nis les souffrances ; je b�nis l'�preuve qui �tait une expiation. Semblable � ces l�gers fils blancs de l'automne, je flotte entra�n�e dans le courant lumineux ; ce ne sont plus les �toiles de diamant qui brillent sur mon front, mais les �toiles d'or du bon Dieu.�

EMMA.

Dans un autre centre, au Havre, le m�me Esprit donna aussi spontan�ment la communication suivante, le 30 juillet 1863.

�Ceux qui souffrent sur la terre sont r�compens�s dans l'autre vie. Dieu est plein de justice et de mis�ricorde pour ceux qui souffrent ici-bas. Il accorde un bonheur si pur, une f�licit� si parfaite, que l'on ne devait* craindre ni les souffrances ni la mort, s'il �tait possible aux pauvres cr�atures humaines de sonder les myst�rieux desseins de notre Cr�ateur. Mais la terre est un lieu d'�preuves souvent bien grandes, souvent sem�es de douleurs bien poignantes. A toutes soyez r�sign�s si vous en �tes frapp�s ; � toutes inclinez-vous devant la bont� supr�me du Dieu qui est tout-puissant, s'il vous donne un lourd fardeau � supporter ; s'il vous rappelle � lui apr�s de grandes souffrances, vous verrez dans l'autre vie, la vie heureuse, combien elles �taient peu de chose, ces douleurs et ces peines de la terre, lorsque vous jugerez de la r�compense que Dieu vous r�serve, si nulle plainte nul murmure n'est entr� dans votre coeur. Bien jeune j'ai quitt� la terre ; Dieu a bien voulu me pardonner et me donner la vie de ceux qui ont respect� ses volont�s. Adorez toujours Dieu ; aimez-le de tout votre coeur ; priez-le surtout, priez-le fermement, c'est l� votre soutien ici-bas, votre esp�rance, votre salut.�

EMMA.

LE DOCTEUR VIGNAL.

Ancien membre de la Soci�t� de Paris, mort le 27 mars 1865. La veille de l'enterrement, un somnambule tr�s lucide et qui voit tr�s bien les Esprits, pri� de se transporter pr�s de lui, et de dire s'il le voyait, r�pondit :

�Je vois un cadavre dans lequel s'op�re un travail extraordinaire ; on dirait une masse qui s'agite, et comme quelque chose qui fait des efforts pour s'en d�gager, mais qui a de la peine � vaincre la r�sistance. Je ne distingue pas de forme d'Esprit bien d�termin�e.�

Il a �t� �voqu� � la Soci�t� de Paris le 31 mars.

D. - Cher monsieur Vignal, tous vos anciens coll�gues de la Soci�t� de Paris ont conserv� de vous le meilleur souvenir, et moi en particulier celui des excellents rapports qui n'ont pas discontinu� entre nous. En vous appelant parmi nous, nous avons d'abord pour but de vous donner un t�moignage de sympathie, et nous serons tr�s heureux si vous voulez bien, ou si vous pouvez venir vous entretenir avec nous. - R. Cher ami et digne ma�tre, votre bon souvenir et vos t�moignages de sympathie me sont tr�s sensibles. Si je puis venir � vous aujourd'hui, et assister libre et d�gag� � cette r�union de tous nos bons amis et fr�res spirites, c'est gr�ce � votre bonne pens�e et � l'assistance que vos pri�res m'ont apport�e. Comme le disait avec justesse mon jeune secr�taire, j'�tais impatient de me communiquer ; depuis le commencement de cette soir�e, j'ai employ� toutes mes forces spirituelles � dominer ce d�sir ; vos entretiens et les graves questions que vous avez agit�es, en m'int�ressant vivement, ont rendu mon attente moins p�nible. Pardonnez-moi, cher ami, mais ma reconnaissance demandait � se manifester.

D. Veuillez nous dire d'abord comment vous vous trouvez dans le monde des Esprits. Veuillez en m�me temps nous d�crire le travail de la s�paration, vos sensations � ce moment-l�, et nous dire au bout de combien de temps vous vous �tes reconnu. - R. Je suis aussi heureux qu'on peut l'�tre, lorsqu'on voit se confirmer pleinement toutes les pens�es secr�tes que l'on peut avoir �mises sur une doctrine consolante et r�paratrice. Je suis heureux ! oui, je le suis, car maintenant je vois sans aucun obstacle se d�velopper devant moi l'avenir de la science et de la philosophie spirites.

Mais �cartons pour aujourd'hui ces digressions inopportunes ; je viendrai de nouveau vous entretenir � ce sujet, sachant que ma pr�sence vous procurera autant de plaisir que j'en �prouve moi-m�me � vous visiter.

Le d�chirement a �t� assez rapide ; plus rapide que mon peu de m�rite ne me le faisait esp�rer. J'ai �t� aid� puissamment par votre concours, et votre somnambule vous a donn� une id�e assez nette du ph�nom�ne de la s�paration, pour que je n'y insiste pas. C'�tait une sorte d'oscillation discontinue, une esp�ce d'entra�nement en deux sens oppos�s ; l'Esprit a triomph�, puisque je suis ici. Je n'ai compl�tement quitt� le corps qu'au moment o� il a �t� d�pos� en terre ; je suis revenu avec vous.

D. Que pensez-vous du service qui a �t� fait pour vos fun�railles ? Je me suis fait un devoir d'y assister. A ce moment �tiez-vous assez d�gag� pour le voir, et les pri�res que j'ai dites pour vous (non ostensiblement bien entendu) ont-elles �t� jusqu'� vous ? - R. Oui ; comme je vous l'ai dit, votre assistance a tout fait en partie et je suis revenu avec vous, abandonnant compl�tement ma vieille chrysalide. Les choses mat�rielles me touchent peu, vous le savez du reste. Je ne pensais qu'� l'�me et � Dieu.

D. Vous rappelez-vous que, sur votre demande, il y a cinq ans, au mois de f�vrier 1860, nous avons fait une �tude sur vous �tant encore vivant[6]. A ce moment-l� votre Esprit s'est d�gag� pour venir s'entretenir avec nous. Veuillez nous d�crire, autant que possible, la diff�rence qui existe entre votre d�gagement actuel et celui d'alors ? - Oui, certes, je m'en souviens ; mais quelle diff�rence entre mon �tat d'alors et celui d'aujourd'hui ! Alors la mati�re m'�treignait encore de son r�seau inflexible ; je voulais me d�tacher d'une mani�re plus absolue, et je ne le pouvais. Aujourd'hui je suis libre ; un vaste champ, celui de l'inconnu, s'ouvre devant moi, et j'esp�re, avec votre aide et celui des bons Esprits auxquels je me recommande, avancer et me p�n�trer le plus rapidement possible des sentiments qu'il faut �prouver et des actes qu'il faut accomplir pour gravir le sentier de l'�preuve et m�riter le monde des r�compenses. Quelle majest� ! quelle grandeur ! c'est presque un sentiment d'effroi qui domine alors que, faibles comme nous le sommes, nous voulons fixer les sublimes clart�s.

D. Une autre fois, nous serons heureux de continuer cet entretien, quand vous voudrez bien revenir parmi nous. - R. J'ai r�pondu succinctement et sans suite � vos diverses questions. Ne demandez pas trop encore de votre fid�le disciple : je ne suis pas enti�rement libre. Causer, causer encore serait mon bonheur ; mon guide mod�re mon enthousiasme, et j'ai d�j� pu assez appr�cier sa bont� et sa justice pour me soumettre enti�rement � sa d�cision, quelque regret que j'�prouve d'�tre interrompu. Je me console en pensant que je pourrai souvent venir assister incognito � vos r�unions. Quelquefois je vous parlerai ; je vous aime et veux vous le prouver. Mais d'autres Esprits plus avanc�s que moi r�clament la priorit�, et je dois m'effacer devant ceux qui ont bien voulu permettre � mon Esprit de donner un libre essor au torrent de pens�es que j'y avais rassembl�es.

Je vous quitte, amis, et dois remercier doublement, non seulement vous spirites, qui m'avez appel�, mais aussi cet Esprit qui a bien voulu permettre que je prisse sa place, et qui, de son vivant, portait le nom illustre de Pascal.

Celui qui fut et qui sera toujours le plus d�vou� de vos adeptes.

Dr. VIGNAL.

VICTOR LEBUFLE.

Jeune lamaneur, appartenant au port du Havre, mort � l'�ge de vingt ans. Il habitait avec sa m�re, pauvre petite marchande, � laquelle il prodiguait les soins les plus tendres et les plus affectueux, et qu'il soutenait du produit de son rude travail. Jamais on ne le vit fr�quenter les cabarets, ni se livrer aux exc�s si fr�quents dans sa profession, car il ne voulait pas distraire la moindre partie de son gain du pieux usage auquel il le consacrait. Tout le temps qui n'�tait pas employ� � son service, il le donnait � sa m�re pour lui �pargner de la fatigue. Atteint depuis longtemps de la maladie dont il sentait qu'il devait mourir, il cachait ses souffrances de peur de lui causer de l'inqui�tude et qu'elle ne voul�t elle-m�me se charger de sa besogne. Il fallait � ce jeune homme un bien grand fonds de qualit�s naturelles, et une bien grande force de volont� pour r�sister, dans l'�ge des passions, aux pernicieux entra�nements du milieu o� il vivait. Il �tait d'une pi�t� sinc�re, et sa mort a �t� �difiante.

La veille de sa mort, il exigea de sa m�re qu'elle all�t prendre un peu de repos, disant que lui-m�me se sentait le besoin de dormir. Celle-ci eut alors une vision ; elle se trouvait, dit-elle, dans une grande sombreur ; puis elle vit un point lumineux qui grandissait peu � peu, et la chambre se trouva illumin�e par une brillante clart�, de laquelle se d�tacha la figure de son fils, radieuse et s'�levant dans l'espace infini. Elle comprit que sa fin �tait proche ; en effet, le lendemain sa belle �me avait quitt� la terre, tandis que ses l�vres murmuraient une pri�re.

Une famille spirite qui connaissait sa belle conduite et s'int�ressait � sa m�re, rest�e seule, avait eu l'intention de l'�voquer peu de temps apr�s sa mort, mais il se manifesta spontan�ment par la communication suivante :

�Vous d�sirez savoir ce que je suis maintenant : bien heureux, oh ! bien heureux ! Ne comptez pour rien les souffrances et les angoisses, car elles sont la source de b�n�dictions et de bonheur au-del� de la tombe. Du bonheur ! vous ne comprenez pas ce que ce mot signifie. Les bonheurs de la terre sont si loin de ce que nous �prouvons, lorsque nous retournons vers le Ma�tre avec une conscience pure, avec la confiance du serviteur qui a bien fait son devoir, et qui attend plein de joie, l'assentiment de celui qui est tout !

�Oh ! mes amis, la vie est p�nible et difficile, si vous ne regardez pas la fin ; mais je vous le dis en v�rit�, lorsque vous viendrez parmi nous, si votre vie a �t� suivant la loi de Dieu, vous serez r�compens�s au-del�, bien au-del� des souffrances et des m�rites que vous croyez avoir gagn�s pour le ciel. Soyez bons, soyez charitables, de cette charit� inconnue pour beaucoup d'entre les hommes, qui s'appelle bienveillance. Soyez secourables � vos semblables ; faites pour eux plus que vous ne voudriez qu'on f�t pour vous-m�mes, car vous ignorez la mis�re intime, et vous connaissez la v�tre. Secourez ma m�re, ma pauvre m�re, mon seul regret de la terre. Elle doit subir d'autres �preuves, et il faut qu'elle arrive au ciel. Adieu, je vais � elle.

VICTOR.

Le guide du m�dium. - Les souffrances endur�es pendant une incarnation terrestre, ne sont pas toujours une punition. Les Esprits qui, par la volont� de Dieu, viennent accomplir une mission sur la terre, comme celui qui vient de se communiquer � vous, sont heureux d'endurer des maux qui, pour d'autres, sont une expiation. Le sommeil les retrempe pr�s du Tr�s-Haut, et leur donne la force de tout supporter pour sa plus grande gloire. La mission de cet Esprit, dans sa derni�re existence, n'�tait pas une mission d'�clat ; mais quoiqu'elle ait �t� obscure, il n'en a eu que plus de m�rites, parce qu'il ne pouvait �tre stimul� par l'orgueil. Il avait d'abord un devoir de reconnaissance � remplir vis-�-vis de celle qui fut sa m�re ; il devait ensuite montrer que, dans les plus mauvais milieux, il peut se trouver des �mes pures, aux sentiments nobles et �lev�s, et qu'avec la volont� on peut r�sister � toutes les tentations. C'est une preuve que les qualit�s ont une cause ant�rieure, et son exemple n'aura pas �t� st�rile.

Mme. ANAIS GOURDON.

Tr�s jeune femme, remarquable par la douceur de son caract�re et par les qualit�s morales les plus �minentes, morte en novembre 1860. Elle appartenait � une famille de travailleurs dans les mines de charbon des environs de Saint-Etienne, circonstance importante pour appr�cier sa position comme Esprit.

Evocation. - R. Je suis l�.

D. Votre mari et votre p�re m'ont pri� de vous appeler, et ils seront tr�s heureux d'avoir de vous une communication. - R. Je suis bien heureuse aussi de la leur donner.

D. Pourquoi avez-vous �t� enlev�e si jeune � l'affection de votre famille ? - R. Parce que je terminais mes �preuves terrestres.

D. Allez-vous les voir quelquefois ? - Oh ! je suis souvent aupr�s d'eux.

D. Etes-vous heureuse comme Esprit ? - R. Je suis heureuse, j'esp�re, j'attends, j'aime ; les cieux n'ont pas de terreur pour moi, et j'attends avec confiance et amour que les ailes blanches me poussent.

D. Qu'entendez-vous par ces ailes ? - R. J'entends devenir pur Esprit et resplendir comme les messagers c�lestes qui m'�blouissent.

Les ailes des anges, archanges, s�raphins qui sont de purs Esprits ne sont �videmment qu'un attribut imagin� par les hommes pour peindre la rapidit� avec laquelle ils se transportent, car leur nature �th�r�e les dispense d'aucun soutien pour parcourir les espaces. Ils peuvent cependant appara�tre aux hommes avec cet accessoire pour r�pondre � leur pens�e, comme d'autres Esprits prennent l'apparence qu'ils avaient sur la terre pour se faire reconna�tre.

D. Vos parents peuvent-ils faire quelque chose qui vous soit agr�able ? - R. Ils peuvent, ces chers �tres, ne plus m'attrister par la vue de leurs regrets, puisqu'ils savent que je ne suis pas perdue pour eux ; que ma pens�e leur soit douce, l�g�re et parfum�e de leur souvenir. J'ai pass� comme une fleur, et rien de triste ne doit subsister de mon rapide passage.

D. D'o� vient que votre langage est si po�tique et si peu en rapport avec la position que vous aviez sur la terre ? - R. C'est que c'est mon �me qui parle. Oui, j'avais des connaissances acquises, et souvent Dieu permet que des Esprits d�licats s'incarnent parmi les hommes les plus rudes pour leur faire pressentir les d�licatesses qu'ils atteindront et comprendront plus tard.

Sans cette explication si logique, et si conforme � la sollicitude de Dieu pour ses cr�atures, on se serait difficilement rendu compte de ce qui, au premier abord, pourrait sembler une anomalie. En effet, quoi de plus gracieux et de plus po�tique que le langage de l'Esprit de cette jeune femme �lev�e au milieu des plus rudes travaux ? La contrepartie se voit souvent ; ce sont des Esprits inf�rieurs incarn�s parmi les hommes les plus avanc�s, mais c'est dans un but oppos� ; c'est en vue de leur propre avancement que Dieu les met en contact avec un monde �clair�, et quelquefois aussi pour servir d'�preuve � ce m�me monde. Quelle autre philosophie peut r�soudre de tels probl�mes ?

MAURICE GONTRAN.

C'�tait un fils unique, mort � dix-huit ans d'une affection de poitrine. Intelligence rare, raison pr�coce, grand amour de l'�tude, caract�re doux, aimant et sympathique, il poss�dait toutes les qualit�s qui donnent les plus l�gitimes esp�rances d'un brillant avenir. Ses �tudes avaient �t� termin�es de bonne heure avec le plus grand succ�s, et il travaillait pour l'Ecole polytechnique. Sa mort fut pour ses parents la cause d'une de ces douleurs qui laissent des traces profondes, et d'autant plus p�nibles qu'ayant toujours �t� d'une sant� d�licate, ils attribuaient sa fin pr�matur�e au travail auquel ils l'avaient pouss�, et se la reprochaient. �A quoi, disaient-ils, lui sert maintenant tout ce qu'il a appris ? Mieux e�t valu qu'il f�t rest� ignorant, car il n'avait pas besoin de cela pour vivre, et sans doute il serait encore parmi nous ; il aurait fait la consolation de nos vieux jours.� S'ils eussent connu le Spiritisme, ils auraient sans doute raisonn� autrement. Plus tard, ils y trouv�rent la v�ritable consolation. La communication suivante fut donn�e par leur fils � un de leurs amis, quelques mois apr�s sa mort :

D. Mon cher Maurice, le tendre attachement que vous aviez pour vos parents fait que je ne doute pas de votre d�sir de relever leur courage, si cela est en votre pouvoir. Le chagrin, je dirai le d�sespoir o� votre mort les a plong�s, alt�re visiblement leur sant� et leur fait prendre la vie en d�go�t. Quelques bonnes paroles de vous pourront sans doute les faire rena�tre � l'esp�rance.

R. Mon vieil ami, j'attendais avec impatience l'occasion que vous m'offrez de me communiquer. La douleur de mes parents m'afflige, mais elle se calmera quand ils auront la certitude que je ne suis pas perdu pour eux ; c'est � les convaincre de cette v�rit� qu'il faut vous attacher, et vous y arriverez certainement. Il fallait cet �v�nement pour les amener � une croyance qui fera leur bonheur, car elle les emp�chera de murmurer contre les d�crets de la Providence. Mon p�re, vous le savez, �tait tr�s sceptique � l'endroit de la vie future ; Dieu a permis qu'il e�t cette affliction pour le tirer de son erreur.

Nous nous retrouverons ici, dans ce monde o� l'on ne conna�t plus les chagrins de la vie, et o� je les ai pr�c�d�s ; mais dites-leur bien que la satisfaction de m'y revoir leur serait refus�e comme punition de leur manque de confiance en la bont� de Dieu. Il me serait m�me interdit, d'ici l�, de me communiquer � eux pendant qu'ils sont encore sur la terre. Le d�sespoir est une r�volte contre la volont� du Tout-Puissant, et qui est toujours punie par la prolongation de la cause qui a amen� ce d�sespoir, jusqu'� ce qu'on se soit enfin soumis. Le d�sespoir est un v�ritable suicide, car il mine les forces du corps, et celui qui abr�ge ses jours avec la pens�e d'�chapper plus t�t aux �treintes de la douleur, se pr�pare les plus cruelles d�ceptions ; c'est, au contraire, � entretenir les forces du corps qu'il faut travailler pour supporter plus facilement le poids des �preuves.

Mes bons parents, c'est � vous que je m'adresse. Depuis que j'ai quitt� ma d�pouille mortelle, je n'ai pas cess� d'�tre aupr�s de vous, et j'y suis plus souvent que lorsque je vivais sur la terre. Consolez-vous donc, car je ne suis pas mort ; je suis plus vivant que vous ; mon corps seul est mort, mais mon Esprit vit toujours. Il est libre, heureux, � l'abri d�sormais des maladies, des infirmit�s et de la douleur. Au lieu de vous affliger, r�jouissez-vous de me savoir dans un milieu exempt de soucis et d'alarmes, o� le coeur est enivr� d'une joie pure et sans m�lange,

Oh ! mes amis, ne plaignez pas ceux qui meurent pr�matur�ment ; c'est une gr�ce que Dieu leur accorde de leur �pargner les tribulations de la vie. Mon existence ne devait pas se prolonger plus longtemps cette fois sur la terre ; j'y avais acquis ce que j'y devais acqu�rir pour me pr�parer � remplir plus tard une mission plus importante. Si j'y avais v�cu de longues ann�es, savez-vous � quels dangers, � quelles s�ductions j'aurais �t� expos� ? Savez-vous que, si, n'�tant pas encore assez fort pour r�sister, j'avais succomb�, ce pouvait �tre pour moi un retard de plusieurs si�cles ? Pourquoi donc regretter ce qui m'est avantageux ? Une douleur inconsolable, dans ce cas, accuserait un manque de foi et ne pourrait �tre l�gitim�e que par la croyance au n�ant. Oh ! oui, ils sont � plaindre, ceux qui ont cette croyance d�sesp�rante, car pour eux il n'est point de consolation possible ; les �tres qui leur sont chers sont perdus sans retour ; la tombe a emport� leur derni�re esp�rance !

59. - D. Votre mort a-t-elle �t� douloureuse ?

R. Non, mon ami, je n'ai souffert qu'avant de mourir de la maladie qui m'a emport�, mais cette souffrance diminuait � mesure que le dernier moment approchait ; puis, un jour, je me suis endormi sans songer � la mort. J'ai r�v� ; oh ! un r�ve d�licieux ! Je r�vais que j'�tais gu�ri ; je ne souffrais plus, je respirais � pleins poumons et avec volupt� un air embaum� et fortifiant ; j'�tais transport� � travers l'espace par une force inconnue ; une lumi�re �clatante resplendissait autour de moi, mais sans fatiguer ma vue. Je vis mon grand-p�re ; il n'avait plus la figure d�charn�e, mais un air de fra�cheur et de jeunesse ; il me tendit les bras et me serra avec effusion sur son coeur. Une foule d'autres personnes, au visage souriant, l'accompagnaient ; toutes m'accueillaient avec bont� et bienveillance ; il me semblait les reconna�tre, j'�tais heureux de les revoir, et tous ensemble nous �changions des paroles et des t�moignages d'amiti�. Eh bien ! ce que je croyais �tre un r�ve �tait la r�alit� ; je ne devais plus me r�veiller sur la terre : je m'�tais r�veill� dans le monde des Esprits.

D. Votre maladie n'aurait-elle pas �t� caus�e par votre trop grande assiduit� � l'�tude ?

R. Oh ! non, soyez-en bien persuad�s. Le temps que je devais vivre sur la terre �tait marqu�, et rien ne pouvait m'y retenir plus longtemps. Mon Esprit, dans ses moments de d�gagement, le savait bien, et il �tait heureux en songeant � sa prochaine d�livrance. Mais le temps que j'y ai pass� n'a pas �t� sans profit, et je me f�licite aujourd'hui de ne l'avoir pas perdu. Les �tudes s�rieuses que j'ai faites ont fortifi� mon �me et ont augment� mes connaissances ; c'est autant d'appris, et si je n'ai pu les appliquer dans mon court s�jour parmi vous, je les appliquerai plus tard avec plus de fruit.

Adieu, cher ami, je vais aupr�s de mes parents, les disposer � recevoir cette communication.

MAURICE.


 



[1]��� Allusion � l'Esprit de Bernard, qui s'est manifest� spontan�ment le jour des obs�ques de M. Sanson. (Voir la Revue de mai 1862, page 132.)

[2]��� On peut dire que cette dame �tait le vivant portrait de la femme bienfaisante, trac� dans l'Evangile selon le Spiritisme, chapitre XIII.

[3]��� Nous extrayons de cette communication, dont l'original est en langue allemande, les parties instructives pour le sujet qui nous occupe, supprimant ce qui n'est que d'un int�r�t de famille.

[4]��� Pour plus de d�tails, et les autres allocutions, voir la Revue spirite d'octobre 1863, page 297.

[5]��� Mlle. Emma Livry.

[6]��� Voir la Revue spirite du mois de mars 1860.



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