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L��tat de trance[1] est ce degr� du sommeil magn�tique qui permet au corps fluidique de s�ext�rioriser, de se d�gager du corps charnel, et � l��me de revivre un instant de sa vie libre, ind�pendante. La s�paration, toutefois, n�est jamais compl�te ; la s�paration absolue serait la mort. Un lien invisible continue � rattacher l��me � son enveloppe terrestre. Semblable au fil t�l�phonique qui assure la transmission entre deux points, ce lien fluidique permet � l��me affranchie de transmettre ses impressions par les organes du corps endormi. Dans la trance, le m�dium parle, se d�place, �crit automatiquement ; mais, de ces actes, aucun souvenir ne subsiste au r�veil.
L��tat de trance peut �tre provoqu�, soit par l�action d�un magn�tiseur, soit par celle d�un Esprit. Sous l�influx magn�tique, les liens qui unissent les deux corps se rel�chent. L��me, avec son corps subtil, s��mancipe peu � peu ; elle recouvre l�usage de ses puissances cach�es, comprim�es par la mati�re. Plus le sommeil est profond, plus le d�gagement s�accentue. Les radiations de la psych� s�accroissent et s��tendent ; un �tat de conscience diff�rent, des facult�s nouvelles apparaissent. Tout un monde de souvenirs et de connaissances, ensevelis dans les profondeurs du moi, se r�veillent. Le m�dium peut, sous l�empire d�une volont� sup�rieure, se reconstituer dans une de ses existences pass�es, la revivre dans tous ses d�tails, avec les attitudes, le langage, les attributs qui caract�risent cette existence. En m�me temps, les sens psychiques entrent en jeu. La vision et l�audition � distance se produisent, d�autant plus claires et plus pr�cises que la sortie de l�organisme est plus compl�te.
Dans le corps du m�dium, momentan�ment abandonn�, une substitution d�Esprit peut se produire. C�est le ph�nom�ne des incorporations. L��me d�un d�funt, m�me l��me d�un vivant endormi, peut prendre la place de l�esprit du m�dium et se servir de son organisme mat�riel pour communiquer par la parole et le geste avec les personnes pr�sentes.
Des savants �minents t�moignent de la r�alit� de ces faits. Le recteur Oliver Lodge, dans son discours � la Royal Society, de Londres, le 31 janvier 1902[2], s�exprime ainsi :
�
Une machine �labor�e comme le sont nos corps peut �tre employ�e, dans le cas
de trance, non seulement par l�intelligence qui l�a fabriqu�e, pour ainsi
dire, mais tout aussi bien par d�autres intelligences, auxquelles on permet
d�en faire usage. Naturellement, cela ne se r�aliserait que pour un certain
temps et avec assez de difficult�. �
Dans sa communication au Congr�s officiel de psychologie de Paris, 1900[3], le professeur Myers, de Cambridge, �tait encore plus affirmatif. Apr�s avoir �num�r� les ph�nom�nes obtenus � l��tat, de trance par Mmes Piper et Thompson, ph�nom�nes qu�il �tudie depuis vingt-cinq ans, il concluait ainsi :
�
La plupart des faits �nonc�s sugg�rent le caract�re et la m�moire de
certaines personnes mortes� Je suis convaincu que cette substitution de
personnalit�, ou contr�le d�esprit, ou possession, est un progr�s sensible
dans l��volution de notre race. �
Pendant la trance, l�Esprit du m�dium s��loigne peu. Il reste presque toujours m�l� au groupe spirituel qui entoure son enveloppe terrestre. Parfois, son influence se fait encore sentir sur le corps, vers lequel le ram�nent ses habitudes. Son action devient alors une g�ne, une entrave pour les communiquants.
Quand la force occulte est insuffisante et la trance peu profonde, le d�gagement reste incomplet ; les personnalit�s se m�lent. Le m�dium r�siste � l�action ext�rieure de l�Esprit, qui fait effort pour prendre possession de ses organes. Ses radiations psychiques se confondent avec celles du manifestant. De l�, dans des proportions variables suivant les cas, deux parts � faire dans les manifestations : celle du m�dium et celle de l�Esprit, op�ration d�licate, qui exige une connaissance approfondie des personnalit�s en pr�sence et des conditions du ph�nom�ne.
L��tat de trance facilite la suggestion. Dans les ph�nom�nes de l��criture et de la table, le m�dium reste en pleine possession de son moi, de sa volont� et pourrait rejeter les inspirations qu�il re�oit. Dans le d�gagement, il n�en est plus ainsi. L��me s�est retir�e et le cerveau mat�riel reste livr� � toutes les influences. Lorsqu�il est insuffisamment prot�g�, le m�dium peut subir aussi bien des suggestions d�un magn�tiseur que celles des assistants ou celle d�un Esprit. C�est ce qui jette parfois une certaine confusion dans l�interpr�tation des faits et n�cessite, de la part des exp�rimentateurs, une grande prudence. En tel cas, il est difficile de distinguer la nature r�elle des influences agissantes. Hudson Tuttle, m�dium lui-m�me, le fait remarquer dans son livre : Arcana of spiritualism :
� Les groupes spirites sont fr�quemment les jouets d�une illusion, tromp�s par leurs propres forces positives. Ils �loignent les messages spirites en leur substituant l��cho de leurs propres pens�es ; et alors ils constatent des contradictions et des confusions, qu�ils attribuent complaisamment � l�intervention d�Esprits malveillants. �
C�est pourquoi il est pr�f�rable de laisser les Esprits agir seuls sur le m�dium, en s�abstenant de toute intervention magn�tique humaine. C�est toujours ce que nous avons fait au cours de nos �tudes exp�rimentales. Dans les rares circonstances o�, la force psychique leur manquant tout � coup, les Intelligences nous priaient d�agir sur le m�dium au moyen de passes, cette intervention fugitive suffisait � faire croire aux assistants � une action suggestive de notre part.
Le plus souvent, les fluides d�un magn�tiseur, par leur �tat vibratoire particulier, contrarient ceux des Esprits, au lieu de les aider. Ceux-ci doivent se livrer � un travail d�adaptation qui �puise les forces indispensables � la production des ph�nom�nes. Un magn�tiseur dont les fluides ne sont pas purs, le caract�re droit, la moralit� parfaite, peut, m�me sans le vouloir, influencer un sujet dans un sens tr�s d�favorable.
M�me lorsque l�action occulte est puissante et bien �tablie, il faut encore tenir compte de l�embarras de l�Esprit qui doit se communiquer � l�aide d�un organisme �tranger, au moyen de ressources souvent restreintes. L��tat d�harmonie entre les facult�s de l�Esprit et celles du m�dium existe rarement, le d�veloppement des cerveaux n�est pas identique et les manifestations en sont contrari�es. C�est ce que nous disaient certaines Entit�s au cours de nos exp�riences d�incorporation : � Nous sommes �troitement enferm�s ; nous manquons de moyens suffisants pour exprimer nos pens�es. Les particules physiques de ce cerveau sont trop grossi�res pour vibrer sous notre action, et nos communications en sont consid�rablement affaiblies. �
L�Esprit de Robert Hyslop le r�p�te � son fils, le professeur Hyslop. Quand il p�n�tre dans l�atmosph�re terrestre et dans l�organisme du m�dium, les choses, dit-il, s�amoindrissent pour lui : � Toutes choses m�apparaissent si nettement, et quand je viens ici pour te les exprimer, James, je ne puis pas[4]. �
Cependant, quand on peut disposer d�un m�dium de r�elle valeur, lorsque la possession est compl�te et la force suffisante pour �carter les influences contraires, on se trouve en pr�sence de ph�nom�nes imposants. L�Esprit se manifeste dans la pl�nitude de son moi, dans toute son originalit�. Le ph�nom�ne des incorporations appara�t alors comme sup�rieur � tous les autres.
Certains exp�rimentateurs se posent cette question : l�esprit du manifestant s�incorpore-t-il effectivement dans l�organisme du m�dium ? ou bien n�agit-il pas plut�t � distance, par la suggestion mentale et la transmission de pens�e, comme peut le faire l�esprit ext�rioris� du sujet ?
Un examen attentif des faits nous porte � croire que ces deux explications sont �galement admissibles, suivant les cas. Les citations que nous venons de faire prouvent que l�incorporation peut �tre r�elle et compl�te. Elle est m�me quelquefois inconsciente, lorsque, par exemple, certains Esprits peu avanc�s sont pouss�s par une volont� sup�rieure dans le corps d�un m�dium et mis en communication avec nous afin d��tre �clair�s sur leur v�ritable situation.
Ces Esprits, troubl�s par la mort, croient encore, longtemps apr�s, appartenir � la vie terrestre. Leurs fluides grossiers ne leur permettant pas d�entrer en rapport avec des Entit�s plus �lev�es, ils sont amen�s dans les groupes d��tude pour �tre instruits de leur nouvelle condition. Il est parfois difficile de leur faire comprendre qu�ils ont abandonn� la vie charnelle, et leur �tonnement touche au comique lorsque, invit�s � comparer l�organisme qu�ils animent momentan�ment � celui qu�ils poss�daient sur la terre, ils sont oblig�s de reconna�tre leur m�prise. On ne saurait douter, dans ce cas, de la compl�te incorporation de l�Esprit.
En d�autres circonstances, la th�orie de la transmission � distance semble mieux expliquer les faits. Les impressions venues du dehors sont plus ou moins correctement per�ues et transmises par les organes. A c�t� de preuves d�identit� ne permettant aucune h�sitation sur l�authenticit� du ph�nom�ne et l�intervention des Esprits, on constate, dans le langage du sujet entranc�, des expressions, des tournures de phrases, une fa�on de prononcer qui lui sont habituelles. L�Esprit semble projeter sa pens�e dans le cerveau du m�dium, o� elle emprunte au passage des formes de langage famili�res � celui-ci. La transmission s�effectue alors dans la limite des connaissances et des aptitudes du sensitif, en termes vulgaires ou choisis, suivant son degr� d�instruction. De l� aussi certaines incoh�rences, qu�on doit attribuer � l�imperfection de l�instrument.
Au r�veil, l�esprit du m�dium perd toute conscience des impressions recueillies dans l��tat de libert� ; de m�me, il n�aura aucun sentiment du r�le que son corps a pu remplir durant la trance. Les sens psychiques, dont il avait repris un moment possession, s��teignent de nouveau ; la mati�re �tend son voile ; la nuit se fait ; tout souvenir s��vanouit. Le m�dium se r�veille dans un �tat de trouble qui se dissipe lentement.
Parfois, le retour dans la chair am�ne des sc�nes d�chirantes, lorsque le m�dium, pendant l�ext�riorisation, a revu, dans l�espace, des �tres aim�s, et qu�� l�instant pr�c�dant le r�veil, il en conserve encore l�impression. Le contraste entre la vie libre et lumineuse, dont il vient de jouir, et la ge�le obscure, o� il doit redescendre, provoque des sc�nes de larmes et de regrets, des r�pugnances � r�int�grer la chair, qui se traduisent par des plaintes et des appels �mouvants. Nous avons �t� souvent t�moin de sc�nes de ce genre.
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Ne pouvant passer en revue tous les faits se rattachant au ph�nom�ne de la trance, nous nous bornerons � citer les plus importants parmi ceux qui ont �t� constat�s, pendant, ces derni�res ann�es, par divers hommes de science, d�une part ; puis parmi ceux que nous avons observ�s nous-m�me.
En premi�re ligne se placent les manifestations dues � la m�diumnit� de Mrs. Piper.
Cette dame a �t� longtemps li�e par contrat � la Soci�t� des recherches psychiques (S. P. R.), dont nous avons d�j� parl� et qui poss�dait une section � Londres et une autre � New-York. Mrs. Piper fut le principal agent des exp�riences poursuivies dans ces milieux par des savants, tels que les professeurs Lodge, Myers, Hodgson, W. James, Hyslop et d�autres, appartenant tous � des universit�s anglaises ou am�ricaines, et qui sont bien les hommes les plus comp�tents que l�on puisse citer en mati�re de psychisme. L��tude de ses facult�s fit l�objet de nombreuses s�ances, dont les r�sultats ont �t� consign�s dans les Proceedings, bulletins de la Soci�t� sus-nomm�e. Ces documents forment un volume de 650 pages, composant le tome XVI des Proceedings. Un r�sum� en a �t� publi� en fran�ais[5].
Mme Piper, les exp�rimentateurs, le constatent, jouit, d�une sant� excellente. Il n�y a dans sa famille aucune tare, h�r�ditaire. Deux fois seulement au cours des exp�riences, en 1893 et en 1895, elle tomba malade : chaque fois, ses facult�s m�dianimiques baiss�rent, et l�on ne put obtenir de bonnes communications.
Mme Piper a �t� l�objet d�une surveillance minutieuse et constante. Des policiers �taient attach�s � ses pas et observaient ses moindres actes : on prit toutes les mesures pour d�couvrir la source o� elle aurait pu puiser ses renseignements. Pendant son s�jour en Angleterre, chez les professeurs Myers et Lodge, elle fut isol�e, priv�e de tout rapport �tranger ; ses malles furent visit�es ses lettres ouvertes sur sa demande. On ne trouva rien de suspect. Au contraire, plus la surveillance �tait rigoureuse, plus les manifestations obtenues rev�taient un caract�re de certitude.
Pendant la trance, elle est insensible � la douleur, et les globes de ses yeux sont retourn�s dans leurs orbites. Elle parle ou �crit, et la voix change � chaque Esprit. Toutes les questions pos�es sont br�ves ; elle ne sait jamais qui les posent, car les visiteurs sont introduits pendant son sommeil et d�sign�s uniform�ment sous le nom de M. Smith. Certains poussent la pr�caution jusqu�� venir en voiture, le visage recouvert d�un masque.
Un premier t�moignage doit retenir notre attention. C�est celui du docteur Richard Hodgson, vice-pr�sident de la S. P. R. pour l�Am�rique, qui aborda l��tude du ph�nom�ne spirite en critique s�v�re et m�ticuleux. C�est lui qui �tudia les faits extraordinaires attribu�s � Mme Blavastky et conclut � la supercherie. Il releva les fraudes inconscientes d�Eusapia Paladino et se montra, pendant des ann�es, un adversaire acharn� de la m�diumnit�. Voici ce qu�il d�clare dans les Proceedings :
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Depuis douze ans, j��tudie la m�diumnit� de Mme Piper. Au d�but, je ne
voulais qu�une chose, d�couvrir en elle la fraude et la supercherie. Je suis
entr� chez elle profond�ment mat�rialiste, dans le but de la d�masquer.
Aujourd�hui, je dis simplement : Je crois !... La d�monstration m�a �t�
faite de fa�on � m��ter m�me la possibilit� d�un doute. �
Pour transformer � ce point l�opinion d�un homme aussi pr�venu que le docteur Hodgson, il a fallu des faits bien puissants. Le plus significatif est la manifestation spontan�e de son ami George Pellew (alias Pelham), homme de lettres, d�c�d� depuis quelques mois et que le m�dium n�avait pu conna�tre. L�identit� du d�funt a �t� �tablie d�une fa�on tr�s pr�cise au cours de nombreux entretiens.
Le docteur Hodgson amena pr�s du m�dium endormi tous les anciens amis de G. Pelham qu�il put retrouver, une trentaine environ. L�Esprit les reconnaissait tous d�s leur arriv�e et les accueillait par des boutades. Non seulement il les appelait par leurs noms, mais il leur parlait sur le m�me ton familier, usant des expressions habituelles dont il se servait avec chacun d�eux, selon le degr� d�intimit� qui les liait sur la terre. Et cela, sans la moindre h�sitation de la part du m�dium, de la fa�on la plus spontan�e. A tous il fournissait les preuves d�identit� les plus minutieuses.
L�un d�eux, le professeur Newbold, proposa � Pelham une traduction du grec, langue connue de lui, et que Mme Piper ignore absolument. L�Esprit traduisit exactement, en suivant le texte litt�ral grec.
Pendant la premi�re phase des exp�riences, le m�dium est influenc�, dirig�, contr�l� (suivant l�expression am�ricaine) par des Esprits peu �lev�s. Un certain Phinuit r�pond d�une fa�on incoh�rente aux questions pos�es, et il faut toute la patience anglo-saxonne pour suivre le d�veloppement du ph�nom�ne pendant des ann�es, � travers le labyrinthe de ses divagations. Il est probable que des investigateurs fran�ais n�auraient pas eu cette pers�v�rance et auraient perdu tout le b�n�fice des manifestations probantes qui succ�d�rent � cette p�riode confuse.
Avec G. Pelham, les communications deviennent plus nettes, mais, � la longue, on sent le manque de direction comp�tente. Phinuit et Pelham ne sont pas des Esprits assez puissants, assez habiles pour maintenir la trance � l��tat profond et emp�cher la personnalit� du sujet de s�immiscer quelquefois dans les ph�nom�nes et de les troubler. Stimul� par des influences contraires, le m�dium s�use rapidement. La � machine �, suivant l�expression des guides, se d�t�riore. Les manifestations redeviennent confuses...
On �voqu� l�esprit de Stainton Moses, auteur des Enseignements spiritualistes, depuis peu rendu � la vie de l�espace, et on engage avec lui, une controverse sur un point de doctrine. L��crivain anglais affirmait dans son livre que les Esprits arri�r�s, conservent dans l�Au-del� leurs passions, leurs app�tits terrestres, et cherchent encore � les satisfaire Cette th�orie d�pla�t fort au professeur Newbold, qui demande � Stainton Moses de se r�tracter. Celui-ci acquiesce aussit�t et ses explications sont piteuses. Certains �crivains, en commentant ce fait, ont cru pouvoir en tirer des d�ductions d�favorables � la philosophie spirite. Les conditions dans lesquelles Stainton Moses s�est prononc� nous paraissent suspectes. Le m�dium fonctionnait mal, l�Esprit n�a pu �tablir sur lui son empire, ni m�me prouver son identit�. Peut-�tre n�y avait-il pas une affinit� suffisante entre son organisme fluidique et celui de Mrs. Piper. C�est l� une difficult� dont les critiques ne tiennent pas assez compte. De son c�t�, le professeur Newbold, par son opinion tr�s arr�t�e, exerce une action suggestive sur le sujet.
Du reste, les faits sont l�, par milliers, pour d�montrer l�inanit� de cette th�orie trop commode, de cette opinion que la mort suffirait � nous d�barrasser de nos vices. En r�alit�, l�Esprit reste ce qu�il s�est fait lui-m�me pendant sa vie. Les besoins viennent du corps et s��teignent avec le corps. Les d�sirs, les passions, sont de l�esprit et le suivent. Presque tous les ph�nom�nes des maisons hant�es sont caus�s par des Esprits arri�r�s venant satisfaire, post mortem, des rancunes n�es sur terre de mauvais rapports ou de dommages caus�s par certaines familles, qui ont donn� ainsi prise � des influences n�fastes. Il en est de m�me de tous les cas d�obsession et de certains cas de folie. Tous les exp�rimentateurs de vieille date savent cela. La luxure et l�avarice subsistent chez les �mes basses. Les ph�nom�nes produits par des Esprits � incubes et succubes � ne sont pas imaginaires et reposent sur des t�moignages formels. Il est facile de nier ; il serait pr�f�rable d�observer et de gu�rir.
La manifestation fugitive de Stainton Moses et la discussion de ses Enseignements inspir�rent aux exp�rimentateurs l�id�e de faire appel aux Esprits qui les avaient dict�s, Esprits sup�rieurs d�sign�s, dans cet ouvrage, sous les noms d�Imperator, Rector, Doctor et Prudens. Ceux-ci r�pondirent � l�appel, et aussit�t la physionomie des s�ances changea. On sentit qu�une action nouvelle et combin�e s�exer�ait sous la direction d�une haute intelligence. Les incoh�rences cessent ; les obscurit�s, les erreurs se dissipent ; les explications deviennent claires, les preuves abondantes ; les derniers doutes des exp�rimentateurs s��vanouissent. Le m�dium est l�objet de soins fluidiques assidus ; la � machine � r�par�e, fonctionne d�sormais avec pr�cision. Rector est sp�cialement pr�pos� � sa garde et �loigne les intrus, les Esprits l�gers. Tous les manifestants doivent se soumettre � son contr�le. C�est lui qui se chargera de transmettre les communications utiles, les r�ponses aux questions pos�es. Imperator pr�lude toujours par la pri�re. Lorsqu�il parle par la bouche de Mme Piper, sa voix est grave, imposante ; elle impressionne ; elle �meut. Ses vibrations provoquent le recueillement, r�tablissent l�harmonie dans les pens�es des consultants.
Ceci vient confirmer ce que nous avons remarqu� tant de fois au cours de notre longue carri�re d�exp�rimentateur. Lorsqu�on aborde l��tude des ph�nom�nes en amateur, sans nul souci des conditions psychiques � remplir, on obtient rarement des r�sultats nets et satisfaisants. Dans les s�ances que je dirigeais d�apr�s une m�thode rigoureuse, d�s que l�unit� et l��l�vation des pens�es cessaient parmi les assistants, d�s que le recueillement �tait rompu par des propos ou des discussions inopportunes et que les divergences de vues s�accusaient, les manifestations perdaient aussit�t de leur valeur et de leur intensit�. Des Esprits inf�rieurs se glissaient parmi nous et, sous leur influence, les facult�s des m�diums se troublaient, ne donnant plus que des r�sultats tr�s imparfaits. Il fallait se ressaisir avec �nergie et obtenir l�intervention des puissances invisibles pour r�tablir le cours r�gulier des manifestations.
Dans l�exp�rimentation spirite, ne l�oublions pas, les r�sultats d�pendent de la protection occulte, que nous pouvons obtenir et surtout de l��tendue et de l�efficacit� de cette protection. Or, celle-ci ne peut s�exercer que dans la mesure o� nous la rendons possible, en nous pla�ant dans un �tat mental et moral d�harmonie psychique qui facilite l�action des Esprits �lev�s. Sans affinit� de pens�e et de sentiment, sans communion entre elles, les �mes ne peuvent communiquer qu�accidentellement et confus�ment.
Telle est la supr�me loi et la supr�me science des manifestations ! Que valent les critiques des th�oriciens de fantaisie, devant la le�on des faits ? Ceux qui voient seulement dans le spiritisme une science semblable aux autres sciences, arriveront forc�ment � reconna�tre l�insuffisance de leurs conceptions, lorsque, passant de la th�orie � la pratique, ils constateront l�insucc�s de leurs efforts, ou tout au moins la pauvret� des r�sultats obtenus.
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Un autre investigateur de marque, aussi sagace que scrupuleux, dont nous ne pouvons passer les t�moignages sous silence, est le professeur Hyslop, de l�Universit� de Columbia, � New-York. Ce savant s�est livr� � une enqu�te approfondie sur la m�diumnit� de Mme Piper, d�o� il r�sulte que les ph�nom�nes obtenus ne sauraient s�expliquer, ni par la t�l�pathie, ni par la lecture de pens�e[6].
Le professeur a fait poser deux cents questions � l�esprit de son p�re d�funt par l�interm�diaire du docteur Hodgson. Pendant que-celui-ci parlait, J. Hyslop, cach� sous un masque et plac� derri�re le m�dium, ne pronon�ait pas un seul mot. Dans ces conditions, Mme Piper ne pouvait lire dans le cerveau du questionneur des r�ponses que celui-ci ignorait, car le professeur avait eu soin de choisir des sujets d�un caract�re intime, inconnus de tous.
On put reconna�tre, apr�s de longues et laborieuses recherches, que sur les 205 r�ponses obtenues, 152 �taient parfaitement exactes et 16 inexactes ; 37 rest�rent douteuses, parce qu�elles ne purent �tre contr�l�es. Cette v�rification n�cessita de nombreux voyages a travers les �tats-Unis, dans le but de reconstituer par le menu certains d�tails de l�histoire de la famille Hyslop, � laquelle ces questions se rattachaient.
Toutes ces r�ponses sont remarquables par leur clart� et leur pr�cision. La personnalit� des manifestants, leurs id�es, leurs expressions famili�res, s�y r�v�lent avec tant de fid�lit�, qu�elles entra�nent forc�ment la conviction des observateurs. Le professeur Hyslop, laissant l� toute d�fiance, s�entretenait, par l�organe de Mme Piper entranc�e et sous le contr�le de Rector, avec son p�re d�sincarn�, � avec autant de facilit� que s�il avait �t� vivant. Nous nous comprenions � demi-mot �[7], dit-il, � comme dans une conversation ordinaire. �
M. Hyslop, en des conversations anim�es, et pleines d�incidents, a pu s�entretenir, en outre, avec plusieurs de ses oncles et cousins d�c�d�s, avec son fr�re Charles[8], mort lorsqu�il avait quatre ans, avec ses s�urs Anna et �lisa, et il a obtenu d�eux des r�ponses satisfaisantes, dont l��num�ration remplit des centaines de pages de son rapport publi� dans le Harpers Magazine, puis dans les Proceedings de la S. P. R., t. XVI. On y trouve group�s une quantit� consid�rable de menus faits, d�incidents de la vie de famille oubli�s du professeur et, apr�s examen, reconnus vrais. Il fallait parfois des semaines enti�res de recherches pour les contr�ler, et il se trouvait alors quelque parent �loign� pour en attester la r�alit�. Les r�sultats �taient presque toujours conformes aux dires des Esprits. Au sujet des preuves recueillies, le professeur dit ceci[9] :
�
Pour le lecteur �tranger, le compte rendu d�une s�ance ne peut produire la
conviction qui s�empare du parent ou de l�ami retrouvant, apr�s un temps tr�s
long, les habitudes de langage, les tournures de phrases, les expressions
pittoresques, les fa�ons de discuter si bien connues et qui caract�risaient de
fa�on si certaine ceux avec lesquels il s��tait jadis trouv� en contact.
�
Puis ce sont des caract�res nouveaux, inconnus et d�une originalit� profonde. Par exemple :
�
Dans quelle sous-conscience Mme Piper aurait-elle pu trouver ces personnages
d�Imperator, Rector, G. Pelham, etc., avec leurs modes d�intervention si
justes et si appropri�s � chaque incident, sans que leurs caract�res se
confondent jamais ? A chaque instant, Imperator montre son caract�re plein
de dignit� et ses tendances imp�rieuses qui justifient si bien son pseudonyme,
tandis que Rector guide les conversations et que Pelham r�sout les doutes et
rectifie les erreurs sur les faits et surtout sur les personnes et leurs
rapports entre elles et les consultants[10].
�
La t�l�pathie, ajoute le professeur, ne peut pas non plus rendre compte de ces r�v�lations. Les erreurs, elles-m�mes, � son avis, contribuent � exclure la possibilit� de cette hypoth�se, car plusieurs fois les Esprits se sont tromp�s sur des points que lui, Hyslop, connaissait parfaitement et sur lesquels le m�dium avait toute facilit� de se renseigner. Et il conclut en ces termes :
� En
consid�rant le probl�me avec impartialit�, il n�y a pas d�autre
explication que l�intervention des morts. �
�
� �
L�histoire du nouveau spiritualisme nous fournit de nombreux exemples de m�diums jouissant, � l��tat de trance, de facult�s extraordinaires et s�exprimant avec une �loquence entra�nante
Cora Tappan parcourut les �tats-Unis et l�Angleterre, faisant entendre dans chaque ville de merveilleux discours, en vers et en prose. Elle r�pondait, en outre, � des questions de tous genres, faisant preuve d�une �tonnante �rudition. Elle affirmait que ses r�ponses ne provenaient pas de son propre fonds et n�en tirait aucune vanit�.. Ses harangues, disait-elle, �manaient d�un groupe de guides toujours pr�ts � parler par sa bouche, chaque fois que ses services�taient r�clam�s[11].
T. G. Forster, dans ses discours, n��tait pas moins impressionnant. Voici ce qu�en disait un lettr� de la Louisiane, qui, apr�s avoir perdu trois enfants et une femme ador�s, de d�sespoir, en �tait venu � porter sur lui � la fiole fatale qui devait mettre un terme � ses mis�res et endormir ses douleurs[12] � :
�
J�allai entendre T. G. Forster ; j�entrai pour rire et me moquer ;
je restai pour �couter et m��tonner ; je sortis �mu et �branl�, et
j�y revins encore. Cet homme parlait de tout avec une �loquence dont rien
jusqu�alors ne m�avait donn� l�id�e. J�ai entendu des orateurs c�l�bres ;
j�ai lu Cic�ron, Chatham, Pitt et d�autres ; jamais rien qui approch�t,
de l��loquence sans r�plique de cet homme endormi. Les orateurs de la chaire
et de la tribune sont forc�s de remplir, par des mots l�intervalle entre deux
id�es ; chez lui, il n�en �tait pas ainsi : les id�es, les faits, les
dates se succ�daient sans interruption, sans travail, sans h�sitation aucune.
L�histoire de tous les peuples lui �tait connue ; toutes les sciences
lui �taient famili�res, comme s�il e�t donn� la longueur d�une vie
d�homme � l��tude de chacune d�elles, et son langage, � la fois simple
et �lev�, �tait � la hauteur de sa science. Je voulus lui �tre pr�sent�,
lorsqu�il fut revenu � son �tat normal et je trouvai en lui un homme bien �lev�,
mais non pas, et loin de l�, l�homme universel de ses discours. Il fut
entranc� pour moi, et je conversai, par son interm�diaire, avec le professeur
Drayton, son Esprit-contr�le. Je fus convaincu. Je suis maintenant un autre
homme ; je suis heureux, oh ! bien heureux ! �
Le cas suivant s�est produit en France, et la personne du manifestant s�y r�v�le d�une mani�re irr�cusable. Nous citons textuellement le proc�s-verbal, dont l�original est en notre possession.
�
Le 13 janvier 1899, douze personnes s��taient r�unies chez M. David, place
des Corps-Saints, 9, � Avignon, pour leur s�ance hebdomadaire de spiritisme.
�
Apr�s un moment de recueillement, on vit le m�dium, Mme Gallas, en �tat de
trance, se tourner du c�t� de M. l�abb� Grimaud et lui parler dans le
langage des signes employ�s par certains sourds-muets. Sa volubilit� mimique
�tait telle que l�Esprit fut pri� de se communiquer plus lentement, ce
qu�il fit aussit�t. Par une pr�caution dont on appr�ciera l�importance,
M. l�abb� Grimaud ne fit qu��noncer les lettres � mesure de leur
transmission par le m�dium. Comme chaque lettre isol�e ne signifie rien, il �tait
impossible, alors m�me qu�on l�e�t voulu, d�interpr�ter la pens�e de
l�Esprit ; et c�est seulement � la fin de la communication qu�elle a
�t� connue, la lecture en ayant �t� faite par l�un des deux membres du
groupe charg�s de transcrire les caract�res.
�
De plus, le m�dium a employ� une double m�thode, celle qui �nonce toutes les
lettres d�un mot, pour en indiquer l�orthographe, seule forme sensible pour
les yeux, et celle qui �nonce l�articulation sans tenir compte de la forme
graphique, m�thode dont M. Fourcade est l�inventeur et qui est en usage
seulement dans l�institution des sourds-muets d�Avignon. Ces d�tails sont
fournis par l�abb� Grimaud, directeur et fondateur de l��tablissement.
�
La communication, relative � l��uvre de haute philanthropie � laquelle
s�est vou� M. l�abb� Grimaud, �tait sign�e : fr�re Fourcade, d�c�d�
� Caen. Aucun des assistants, � l�exception du v�n�rable eccl�siastique,
n�a connu ni pu conna�tre l�auteur de cette communication, bien qu�il e�t
pass� quelque temps � Avignon, il y a trente ans, ni sa m�thode. �
Ont
sign� : les membres du groupe ayant assist� � cette s�ance ; Toursier,
directeur de la Banque de France, en retraite ; Roussel, chef de musique au
58e ; Domenach, lieutenant au 58e ; David, n�gociant ;
Br�mond, Canuel, Mmes Toursier, Boussel, David, Br�mond.
Au
proc�s-verbal est jointe l�attestation suivante : � je soussign�, Grimaud,
pr�tre, directeur-fondateur de l�institution des infirmes de la parole,
sourds-muets, b�gues et enfants anormaux, � Avignon, certifie l�exactitude
absolue de tout ce qui est rapport� ci-dessus. Je dois � la v�rit� de dire
que j��tais loin de m�attendre � une pareille manifestation, dont je
comprends toute l�importance, au point de vue de la r�alit� du spiritisme,
dont je suis un adepte fervent, je ne fais aucune difficult� de le d�clarer
publiquement. �
Avignon, le 17 avril 1899.
Sign� : Grimaud, pr�tre.
�
� �
De 1893 � 1901, nous poss�dions, au groupe d��tudes psychiques de Tours, trois dames, m�diums � trance, appartenant toutes trois � la bourgeoisie, et dont le concours �tait enti�rement d�sint�ress�.
Des comptes rendus st�nographiques, formant plusieurs volumes, permettent de comparer les discours prononc�s, les communications obtenues � l�aide de leurs facult�s, et de constater, � plusieurs ann�es de distance, une parfaite identit� de caract�re et de vues pour chacun des communiquants.
Aussit�t l�obscurit� faite, les m�diums ressentent l�influence magn�tique des Invisibles. Au premier degr� de la trance, �tant encore �veill�s, ils voient, tout un cercle d�Esprits se former derri�re les exp�rimentateurs ; ils d�crivent les apparitions ; ils entendent et transmettent les indications, les demandes de ces Esprits et, � leur langage, � certaines particularit�s de la physionomie ou de l�attitude, les assistants reconnaissent facilement des parents, des amis d�funts.
Bient�t la trance s�accentue, le m�dium s�endort, l�incorporation se produit. Dans notre groupe, la puissance fluidique des Esprits-guides �tait suffisante pour annihiler la personnalit� du sujet et �viter toute intervention de la subconscience. Tout au plus a-t-on pu remarquer quelquefois, chez l�un des sensitifs, un m�lange de personnalit�s quand la trance n�est pas profonde.
Presque toujours, les incorporations se succ�dent. Quand la prise de possession est compl�te, on fait la lumi�re ; puis, d�s que l�Esprit s�est retir�, on l�att�nue, pour faciliter l�action fluidique des Invisibles et l�entr�e en sc�ne d�un nouvel occupant. Chaque m�dium sert habituellement d�organe � trois Esprits diff�rents dans une m�me s�ance. Pendant qu�un des m�diums subit l�incorporation, les autres se reposent ; mais parfois les incarnations sont simultan�es. Des dialogues, des discussions s�engagent alors entre plusieurs Esprits et le pr�sident du groupe. Ces entretiens entre quatre personnes, dont trois appartiennent au monde des Esprits, sont des plus impressionnants.
En g�n�ral, ce sont d�abord les Esprits-guides qui se manifestent, en donnant des conseils, des instructions pleines de logique et de grandeur, sur les probl�mes de la vie et de la destin�e. Viennent ensuite des entretiens avec des Esprits moins �lev�s, dont plusieurs ont v�cu parmi nous et partag� nos travaux. Des sc�nes path�tiques se produisent. C�est un p�re, une m�re, qui viennent exhorter leurs enfants pr�sents � la r�union. Des amis d�outre-tombe nous rappellent des souvenirs d�enfance, les services rendus, les fautes commises. Ils exposent leur mani�re de vivre dans l�espace, parlent des joies et des souffrances morales ressenties apr�s la mort, cons�quences in�vitables de leur mode d�existence sur la terre. Comme de vivantes le�ons de choses, pleines de mouvement et de couleur, ces �panchements, ces confessions, nous remuaient profond�ment.
Plusieurs fois, des discussions d�une certaine violence s��lev�rent entre Esprits. Deux politiciens c�l�bres, adversaires d�clar�s sur terre, continuaient � se combattre par la bouche de nos m�diums, avec une fougue oratoire, une dialectique serr�e, des arguments de tribune et de pr�toire, un ensemble de traits caract�ristiques et piquants, qui �taient autant de preuves d�identit�. Une lutte de volont� entre l�un de nos guides et un Esprit obsesseur, tous deux incorpor�s, atteignait des hauteurs �piques, Ces sc�nes, d�une intensit� de vie et d�expression telle qu�on n�en peut voir sur aucun th��tre, ont laiss� dans nos m�moires d�ineffa�ables souvenirs.
Deux Esprits assument plus particuli�rement la direction du groupe et se manifestent � chaque s�ance. Ce sont l�Esprit � bleu �[13] et J�r�me, L�Esprit bleu est une Entit� f�minine d�un ordre tr�s �lev�. Quand elle anime l�organisme du m�dium, personne timide et d�un savoir modeste, les traits du visage prennent une expression s�raphique, la voix s�adoucit, devient m�lodieuse ; le langage rev�t une forme po�tique et tr�s pure. Elle adresse � tour de r�le � chacun des assistants des avis, des avertissements, touchant leur conduite priv�e, qui t�moignent, m�me � premi�re entrevue, d�une connaissance parfaite du caract�re et de la vie intime de ceux � qui ils s�adressent.
Bien souvent, des personnes venues pour la premi�re fois � nos r�unions et inconnues du m�dium recevaient des conseils, des encouragements ou des reproches appropri�s � leur �tat moral et � leurs plus secr�tes pens�es. Ces avis, obscurs pour les autres auditeurs, �taient toujours nets et pr�cis pour les int�ress�s. Et ce n��tait pas un des moindres attraits de ces manifestations que cet art de l�Esprit bleu de parler devant tous de choses intimes et cach�es, de fa�on � �viter toute indiscr�tion, tout en restant parfaitement clair pour la personne vis�e.
La sollicitude, la protection de l�Esprit bleu, s��tendaient � tous les membres du groupe et se sont r�v�l�es bien des fois dans le domaine des faits. Plusieurs d�entre nous, aux prises avec de s�rieuses difficult�s, ont pu les surmonter, gr�ce � l�action providentielle de cet Esprit, qui, dans les cas les plus d�licats et au moment opportun, savait faire surgir un secours, provoquer une intervention inesp�r�e. Ses instructions ont g�n�ralement trait � la famille et � l��ducation des enfants. La Tribune psychique, de mars 1900, a reproduit une de ces communications, qui r�sume, en termes �lev�s la m�thode de notre guide. L�Esprit bleu voit dans une r�forme profonde de l��ducation de l�enfance et de la jeunesse, le v�ritable rem�de aux vices du pr�sent et aux dangers qui menacent la soci�t� moderne.
J�r�me se communique par le m�me m�dium ; mais le contraste est frappant entre les deux Esprits. J�r�me, qui fut un ap�tre et un martyr, est rest� un orateur et un combatif ; sa parole est vibrante, son geste large et dominateur. Il s�exprime par p�riodes, en termes choisis. Son �nergie est telle qu�il �puise rapidement les ressources du sujet et ne peut toujours terminer ses discours, par suite du manque de force fluidique. Il dirige plus sp�cialement les �tudes philosophiques du groupe. De nombreuses existences, pass�es dans le silence des clo�tres et la poussi�re des biblioth�ques, ont accumul� en lui des tr�sors de connaissances et donn� plus de force � sa pens�e. Les si�cles l�ont vu, plong� dans la recherche, l��tude, la m�ditation. Les vues plus nettes, les impressions de la vie de l�espace sont venues compl�ter sa science d�j� si �tendue. Aussi, quelle ampleur dans ses jugements, quelle habilet� � dissiper les contradictions, � r�sumer en traits sobres et clairs les lois les plus hautes de l�univers et de la vie ! Et tout cela par la bouche d�une pauvre dame d�allures timides et d�une instruction �l�mentaire !
Examinerons-nous, � propos de ces ph�nom�nes, l�objection habituelle qui leur est faite, c�est-�-dire qu�ils sont des produits de la subconscience du m�dium, des personnalit�s secondes cr��es par une division temporaire de la conscience normale, comme le pr�tendent MM. Pierre Janet et Flournoy ?
Cette th�orie ne saurait r�sister � un examen attentif des faits. C�est pr�cis�ment dans les ph�nom�nes d�incorporation que l�identit� des Esprits se r�v�le avec le plus de nettet�, lorsque profonde est la trance et compl�te la prise de possession du sujet. Par ses attitudes, ses gestes, ses propos, l�Esprit se montre tel qu�il �tait sur la terre. Ceux qui l�ont connu, durant son existence humaine, le retrouvent tout entier ; son individualit� r�parait en des locutions famili�res, en mille d�tails psychologiques qui�chappent � l�analyse.
Il en est de m�me pour les individualit�s ayant v�cu � des �poques �loign�es. Dans notre groupe, les Esprits-guides se communiquaient par l�organe du m�dium le plus modeste. Une autre dame, �l�gante d�allures, incarnait plut�t des Esprits d�ordre inf�rieur. On entendait une marchande des quatre saisons parler, par sa bouche, le patois d�un pays o� cette dame n��tait jamais all�e. Une vieille fille se livrait � un verbiage oiseux ou nous racontait des anecdotes plaisantes. Apr�s quoi, c��tait un sacristain � la parole tra�nante, ou bien un ancien procureur, qui, d�un ton imp�ratif, disait de dures v�rit�s au mari par l�organe de sa femme.
Le caract�re de chacun de ces Esprits et de beaucoup d�autres[14] s�est maintenu et affirm� dans son originalit�, d�une fa�on constante, � travers une p�riode de sept ann�es. Tous nos proc�s-verbaux en font foi. En m�me temps, nous pouvions suivre les progr�s graduels de l�un d�eux, Sophie, la marchande de l�gumes, qui, gr�ce � son bon vouloir et � la protection de nos guides, a pu s�instruire et s�amender, jusqu�� ce que vint, pour elle, l�heure de la r�incarnation. Son retour � la vie terrestre fut annonc� � l�avance et nous en p�mes suivre les phases douloureuses. Cet acte accompli, Sophie n�a plus reparu � nos s�ances.
Si ce sont l� des personnalit�s secondes du m�dium, comment expliquer qu�elles soient en aussi grand nombre et qu�elles rev�tent des aspects et des noms aussi divers ? Dans notre groupe, les communiquants se comptaient par dizaines. A chaque s�ance, nous en avions de six � huit, dont deux ou trois pour chaque m�dium. A chacun d�eux, la physionomie du sujet changeait, l�expression des traits se modifiait. Par l�accent, le langage, le maintien, la personnalit� invisible se r�v�lait avant de s��tre, nomm�e. Ces Esprits ne se manifestaient pas tous d�une mani�re suivie. Certains ne reparaissent qu�apr�s de longues absences, mais toujours avec la m�me originalit� de caract�re, avec la m�me r�alit� intense de vie et d�action.
Comment expliquer par la subconscience, ou double personnalit�, cette vari�t� de personnages, qui, du sacristain � l�Esprit bleu, repr�sentent tous les types de la gradation hi�rarchique du monde invisible, depuis la brute jusqu�� l�ange, toutes les formes de l�abaissement, de la m�diocrit� ou de l��l�vation ; d�un c�t� : puissance, savoir, bont�, p�n�tration des choses ; de l�autre, faiblesse, ignorance, grossi�ret�, mis�re morale ?
Ces �tres ont, les uns pour les autres, l�attitude qui convient � leur rang. Par exemple, tous t�moignent une d�f�rence marqu�e aux Esprits-guides. Ils n�en parlent qu�avec respect ; et c�est toujours sur un ton �mu et suppliant que, Sophie se recommande � la Protection de la � dame bleue �.
Ce ne sont pas l� des personnages de r�ve, de vagues fant�mes subconscients. Ces Esprits vivent et agissent comme des hommes. Leurs opinions, leurs vues diff�rent. Parfois, les oppositions sont tranch�es ; des discussions vives et passionn�es �clatent entre eux ; des incidents dramatiques surgissent, et il vient s�y m�ler mille preuves d�identit�, qui dissipent les doutes les plus tenaces et forcent la conviction. Si la personnalit� seconde peut enfanter de tels contrastes, animer des cr�ations aussi vari�es, il faut reconna�tre qu�elle surpasse en talent, en g�nie, les conceptions les plus merveilleuses de la pens�e normale. Elle produit des chefs-d��uvre � volont� et sans effort ; elle est la plus miraculeuse des explications que l�on puisse donner du ph�nom�ne ; elle confine au surnaturel. Et il faut que nos contradicteurs soient v�ritablement aux abois pour recourir � une th�orie aussi contraire aux exigences d�une critique saine et d�une science rigoureuse, � une hypoth�se aussi fantastique qu�invraisemblable, alors que la th�orie spirite explique les faits par des lois naturelles, simples et claires.
�
� �
�tudions de plus pr�s cette th�orie de la subconscience, dont nous venons de parler incidemment et par laquelle certains psychologues croient pouvoir expliquer les ph�nom�nes de la trance et de l�incorporation.
MM. Pierre Janet[15], A. Binet, Taine, Ribot, Flournoy, admettent qu�une scission se produit dans la conscience des sujets endormis et qu�il en r�sulte une seconde personnalit�, inconnue de l��tre normal, et � laquelle se rapportent tous les ph�nom�nes. Ils lui ont donn� les noms les plus divers : inconscient, subconscience, conscience subliminale, personnalit� seconde, etc. Cette hypoth�se servirait � expliquer la plupart des anomalies observ�es chez des hyst�riques dans les cas de suggestion, ainsi que les aspects divers du somnambulisme et toutes les variations de la personnalit�. L�unit� du moi conscient ne serait qu�une illusion. Celui-ci serait susceptible de d�sagr�gation dans certains cas pathologiques, et des personnalit�s distinctes, inconscientes, par cons�quent s�ignorant r�ciproquement, pourraient surgir dans le sommeil, et se manifester � l�insu l�une de l�autre. Ainsi s�expliqueraient les faits spirites. Les m�diums ne seraient que des hyst�riques, des n�vros�s, particuli�rement pr�dispos�s, par leur �tat physiologique, � ces scissions de la personnalit�[16].
Remarquons d�abord, avec le docteur Geley, que l�hyst�rie et la n�vrose n�expliquent rien[17]. D�autre part, les m�diums ne sont pas des hyst�riques. Le docteur Hodgson et Myers attestent que Mrs. Piper et Thompson jouissent d�une sant� parfaite. Le professeur Flournoy en dit autant d�H�l�ne Smith. Aucune trace d�hyst�rie n�appara�t chez ces trois m�diums c�l�bres. D�s la moindre indisposition, au contraire, chez eux, les ph�nom�nes s�affaiblissent, cessent de se produire. Je puis faire la m�me d�claration en ce qui concerne les sujets � trance qui firent longtemps partie de notre groupe. Sur ce point, les comparaisons que nos adversaires cherchent � �tablir sont erron�es et leur argumentation compl�tement en d�faut. Les personnalit�s factices qu�ils provoquent, au moyen de suggestions post-hypnotiques, chez des hyst�riques, n�ont qu�une vague ressemblance avec les manifestations de personnalit�s dans la trance. Elles n�en sont que des pastiches, de p�les et lointaines imitations.
Dans la trance, l��tre psychique, l��me, se r�v�le par une activit� distincte du fonctionnement organique, par une acuit� particuli�re des facult�s. Quand l�ext�riorisation est compl�te, l�esprit du m�dium peut agir sur le corps endormi avec plus d�efficacit� que dans la veille et de la m�me fa�on qu�un Esprit �tranger. Le cerveau n�est plus alors, comme dans l��tat normal, un instrument m� directement par l��me, mais un r�cepteur qu�elle actionne du dehors.
C�est ce qui r�sulte de nombreuses observations :
M. Cromwell Varley, ing�nieur en chef des t�l�graphes de la Grande-Bretagne, dans sa d�position devant le comit� d�enqu�te de la Soci�t� dialectique, au sujet de son �pouse, qui est m�dium � trance, rapporte le fait suivant[18] :
Mme
Varley, endormie, me dit : � Actuellement, ce ne sont pas les Esprits qui
vous parlent ; c�est moi-m�me, et je me sers de mon corps de la m�me fa�on
que font les Esprits lorsqu�ils parlent par ma bouche. �
Myers, dans son rapport au Congr�s de psychologie, 1900[19], fait la d�claration suivante, � propos des trances de Mme Thompson :
�
La plupart des messages sont transmis au moyen de l�organisme du m�dium par
des Esprits qui, � ce moment, renseignent ou poss�dent cet organisme. Certains
sont recueillis directement dans le monde invisible par son propre esprit et
transmis par lui. �
Une chose �vidente pour le psychologue attentif, c�est que l�homme se conna�t peu. Il est en nous des profondeurs pleines de myst�re, qui s�entrouvrent parfois et dont la vue nous trouble. Tout un monde y repose, monde d�intuitions, d�aspirations, de sensations, dont l�origine nous est inconnue et qui semblent provenir d�un pass� ant�rieur, m�lange d�acquis personnels, d�h�r�dit�s psychiques et d�atavismes ethniques, vestiges des vies parcourues dans la succession des �ges, tout cela est grav� dans les replis cach�s du moi.
La conscience, � l��tat normal, est �troite ; � l��tat de d�gagement, elle est vaste et profonde. Mais il n�y a pas deux consciences, pas plus qu�il n�y a deux �tres en nous. C�est toujours le m�me �tre, la m�me personnalit�, vue sous deux aspects diff�rents.
La permanence et l�unit� du moi conscient sont d�montr�es par un fait bien connu : tandis que notre corps physique se renouvelle incessamment, la conscience, la m�moire persistent en nous � travers les fluctuations de la mati�re. Il est vrai que la conscience normale ne conserve pas toutes les impressions recueillies par les sens. Beaucoup de sensations et de connaissances sont oubli�es en apparence ; en r�alit�, elles sont toutes enregistr�es dans la conscience profonde. Elles peuvent repara�tre par un effort intellectuel, sous l�influence d�une �motion, ou bien dans le sommeil et, en g�n�ral, dans tous les �tats qui provoquent un r�veil des facult�s endormies.
Dans l��tat d�ext�riorisation totale, ce r�veil est complet. L�esprit retrouve, avec la pl�nitude de ses facult�s latentes, de ses connaissances, de ses souvenirs, une libert� et une puissance d�action agrandies. Il atteint son maximum de vibrations et peut reconstituer son pass�.
Il y a donc deux ordres de faits dans la trance, et il faut les distinguer avec soin : d�abord, l�intervention des d�funts, puis, d�autres cas o� le m�dium, sous l�influx magn�tique de son guide spirituel, se reconstitue dans une de ses existences ant�rieures.
Dans le cas d�H�l�ne Smith, que M. Flournoy, professeur de psychologie, � l�Universit� de Gen�ve, a �tudi� pendant quatre ann�es, le m�dium entranc� reproduit les sc�nes d�une de ses existences, v�cue dans l�Inde, au douzi�me si�cle. En cet �tat, elle se sert fr�quemment de mots sanscrits, langue qu�elle ignore � l��tat normal. Elle donne, sur des personnages historiques de l�Inde, des indications pr�cises, introuvables dans aucun ouvrage usuel, et dont le professeur, apr�s bien des recherches, d�couvre la confirmation dans une oeuvre de Marl�s, historien peu connu et tout � fait hors de la port�e du sensitif.
Celui-ci, dans ces phases de la trance, prend une attitude qui impressionne et s�duit. Voici ce qu�en dit M. Flournoy[20] :
�
Il y a dans tout son �tre, dans l�expression de sa physionomie, dans ses
mouvements, dans son timbre de voix lorsqu�elle parle ou chante en hindou, une
gr�ce paresseuse, un abandon, une douceur m�lancolique, un quelque chose de
langoureux et de charmeur qui r�pond � merveille au caract�re de l�Orient.
Toute la mimique d�H�l�ne, si diverse, et ce parler exotique ont un tel
cachet d�originalit�, d�aisance, de naturel, qu�on se demande avec stup�faction
d�o� vient � cette fille des rives du L�man, sans �ducation artistique, ni
connaissances sp�ciales de l�Orient, une perfection de jeu � laquelle la
meilleure actrice n�atteindrait sans doute qu�au prix d��tudes prolong�es
ou d�un s�jour au bord du Gange. �
En ce qui concerne l��criture et le langage hindous, M. Flournoy ajoute que, dans ses recherches pour les expliquer, toutes les pistes qu�il a pu d�couvrir �taient � fausses �, et il prie le lecteur de le � dispenser de d�tailler ses insucc�s �. Mais toutes ces exp�riences, dit-il, le portent � � batifoler �. Apr�s quoi, il conclut en rejetant la th�orie des Esprits, pour ne voir dans les ph�nom�nes spirites qu�une cr�ation, un jeu de la conscience � subliminale, �.
Remarquons que les conclusions de M. Flournoy[21] sont en contradiction avec les faits observ�s. Dans la trance, Mlle Smith voit souvent son guide, L�opold, � ses c�t�s ; elle entend sa voix. Il a sa volont� propre et agit comme il lui pla�t ; souvent il y a lutte entre eux. Mlle Smith discute ; elle r�siste � cette prise de possession. Et lorsque, malgr� ses efforts, celle-ci devient compl�te, toute sa personne se transforme ; la voix change : c�est celle d�un homme, grave et lente, � l�accent italien ; l�aspect devient � majestueux �. Quand L�opold s�empare de la main d�H�l�ne pour la faire �crire, l��criture est toute diff�rente et l�orthographe est celle du dix-huiti�me si�cle, �poque o� il a v�cu sur la terre.
Plus encore, il � intervient constamment dans sa vie d�une fa�on sensible et quasi physique, ne laissant de prise � aucun doute �.
Veut-on un exemple ? Dans une s�ance, l�Esprit L�opold soul�ve le m�dium avec le coussin qui le supporte, sans le secours d�aucun des assistants. C�est l� un ph�nom�ne de l�vitation bien caract�ris� et qu�on ne saurait attribuer au � subliminal �, puisqu�il n�cessite l�intervention d�une force et d�un agent ext�rieur.
Certes, tout n�est pas d�une explication facile dans les ph�nom�nes dont Mlle Smith est le foyer. Dans son cas, il faut le reconna�tre, les difficult�s abondent, et des facteurs divers semblent intervenir. Il y a l� un enchev�trement de faits spirites et de faits d�animisme, de produits de la subconscience m�l�s � des interventions d�intelligences ext�rieures et surhumaines qui compliquent singuli�rement le probl�me. Pourtant, de cet ensemble un peu confus, des preuves d�identit� se d�tachent, claires, nettes, pr�cises. C�est, par exemple, la manifestation de Jean le carrier, dont la personnalit� se r�v�le par des d�tails probants. C�est celle du cur� Burnier et du syndic Chaumontet, morts depuis un demi-si�cle, et dont le m�dium retrace automatiquement l��criture et la signature, reconnues conformes, apr�s enqu�te, � celles qui figurent sur nombre d�actes de naissances, mariages, d�c�s, composant les archives de la commune de Chessenaz, o� Mlle Smith n�est jamais all�e.
Nous sommes port� � croire que, chez ce m�dium, la force psychique est souvent insuffisante, les phases de la trance tr�s in�gales et les r�veils de la personnalit� fr�quents. Il n�en r�sulte pas que les faits observ�s puissent s�expliquer, comme le voudrait M. Flournoy, par le jeu des facult�s de la m�moire associ�es au pouvoir d�imagination de la subconscience.
En outre, le professeur, dans sa disposition � � batifoler �, n�a-t-il pas attir� plus d�une fois des Esprits farceurs dans ces s�ances o�, dit-il, � on riait beaucoup �. Les mystificateurs sont � craindre en pareil cas. Et c�est ici qu�on aper�oit l�utilit� des r�gles que nous avons indiqu�es : unit� et �l�vation de pens�es des assistants facilitant l�action des agents ext�rieurs. Rire, batifoler, interrompre � tous propos, interroger sans rime ni raison, tout cela constitue de pi�tres conditions pour des exp�riences s�rieuses.
Le cas d�H�l�ne Smith n�est pas isol�. Un m�dium de notre groupe a, plusieurs fois, reproduit dans la trance, sous l�influence, de l�Esprit-contr�le, des sc�nes de sa vie pass�e.
Un magn�tiseur, soutenu par l�action occulte des Esprits-guides, peut aussi provoquer ces ph�nom�nes chez certains sensitifs.
Fernandez Colavida, pr�sident du groupe des �tudes psychiques de Barcelone, a obtenu des r�sultats que nous croyons devoir signaler. Voici comment s�exprime, sur ce point, le rapport des d�l�gu�s espagnols au Congr�s spirite de 1900[22] :
�
Le m�dium �tant magn�tis� au plus haut degr�, il (F. Colavida) lui commanda
de dire ce qu�il avait fait la veille, l�avant-veille, une semaine avant, un
mois, un an, et, successivement, il le fit remonter jusqu�� son enfance,
qu�il expliqua dans tous ses d�tails.
� Toujours pouss� par la m�me volont�, le m�dium raconta sa vie dans l�espace, la mort de sa derni�re incarnation et, continuellement stimul�, il arriva jusqu�� quatre incarnations, dont la plus ancienne �tait une existence tout � fait sauvage. A chaque existence, les traits du m�dium changeaient d�expression. Pour le ramener � son �tat habituel, on le fit revenir graduellement jusqu�� son existence pr�sente, puis on le r�veilla. �
Dans un but de contr�le, l�exp�rimentateur fit magn�tiser le m�me sujet par une autre personne, en lui sugg�rant que ses r�cits ant�rieurs �taient mensongers. Malgr� cette suggestion, le m�dium reproduisit la s�rie des quatre existences, comme il l�avait fait auparavant.
Esteva Marata, pr�sident de l�Union spirite de Catalogne, d�clare avoir obtenu des r�sultats analogues, par les m�mes proc�d�s, sur son �pouse en �tat de trance.
Depuis lors, des exp�riences du m�me ordre se sont multipli�es et on a pu obtenir de nombreux �l�ments de certitude sur le fait des existences ant�rieures de l��me[23]. Toutefois, elles n�cessitent une grande prudence : l�exp�rimentateur doit choisir des sujets tr�s sensibles et bien d�velopp�s. Il doit �tre assist� d�un Esprit assez puissant pour �carter toutes les influences �trang�res, toutes les causes de trouble et pr�server le m�dium des accidents possibles.
�
� �
R�sumons-nous. La th�orie de la subconscience est vraie, en ce sens que notre pleine conscience est plus �tendue que notre conscience normale. Elle en �merge dans les �tats somnambuliques, la domine et la d�borde, sans s�en s�parer jamais.
La th�orie de la subconscience est fausse si on consid�re celle-ci comme une seconde conscience autonome, comme une double personnalit�. Il n�y a pas en nous deux �tres qui coexistent en s�ignorant. La personnalit�, la conscience est une. Elle se pr�sente seulement sous deux aspects diff�rents ; tant�t, pendant la vie mat�rielle, dans les limites restreintes du corps physique, avec une m�moire et des facult�s circonscrites ; tant�t, pendant la vie psychique, avec la pl�nitude de ses ressources intellectuelles et de ses souvenirs. Dans ce cas, elle embrasse toutes les phases de son pass� et peut les faire revivre.
Toutes les th�ories de, MM. Pierre Janet, Binet, Taine, Ribot, etc., reposent sur de vaines apparences. Le moi ne se fractionne pas. Les facult�s extraordinaires r�v�l�es par la trance convergent, au contraire, vers une unit� d�autant plus puissante que l�ext�riorisation est plus compl�te.
Par malheur, la situation n�est pas toujours nette, ni le d�gagement suffisant. Il se produit parfois des sortes de chevauchement, de flux et de reflux vibratoires entre les causes agissantes, qui rendent le ph�nom�ne obscur et confus. C�est le cas surtout lorsque diverses personnalit�s invisibles se manifestent dans la trance, et qu�aucune d�elles n�a la force, ni la volont� n�cessaires pour �carter les causes d�erreur.
Les causes en action peuvent se confondre dans les �tats somnambuliques partiels, incomplets. Mais il est un �tat sup�rieur o� l�Esprit appara�t dans sa puissance de vie, dans sa p�n�tration intime des choses. Alors, on peut assister � des ph�nom�nes d�une r�elle grandeur. Toutefois, pour les obtenir, il faut proc�der d�une fa�on plus s�rieuse que ne le font les psychologues � rieurs et batifoleurs. �.
De cet ordre sont les manifestations de George Pelham, de Robert Hyslop et surtout celles d�Imperator, de J�r�me, de l�Esprit bleu. L�, les traits caract�ristiques, les preuves d�identit� abondent ; aucun doute ne saurait subsister. Il en est de m�me des cas o� des personnalit�s nombreuses, pr�sentant une grande vari�t� de caract�res et d�opinions, se succ�dent avec pr�cision et r�gularit� dans le corps d�un m�dium et font entendre par la m�me bouche, tant�t le langage le plus trivial, tant�t un langage pur et choisi, exprimant des sentiments nobles et d�licats, des vues si profondes qu�elles ravissent tous les auditeurs.
Les manifestations d�Esprits malheureux, venant, guid�s par des �mes compatissantes, nous exposer leurs peines, leurs regrets, leurs douleurs, rechercher des consolations et des enseignements, ne sont pas non plus des impostures du subliminal.
A ce propos, nous avons souvent constat� un fait : l�influence fluidique des Esprits inf�rieurs incommode les m�diums, leur cause des malaises durant la trance et de violentes migraines au r�veil, au point de n�cessiter le d�gagement imm�diat au moyen de passes magn�tiques. Au contraire, chez les m�mes sensitifs, avec d�autres Entit�s �lev�es, comme l�Esprit bleu, par exemple, la trance est douce, l�influence bienfaisante ; le m�dium se r�veille sous une impression de qui�tude, comme baign� dans une atmosph�re de paix et de s�r�nit�.
Les th�ories de la subconscience et de la double personnalit� sont impuissantes � expliquer ces faits. Le subconscient est simplement un �tat de la m�moire, dont les couches profondes, silencieuses dans la vie normale, se r�veillent et vibrent pendant l�ext�riorisation. C�est ce que d�montrent les cas de reconstitution des vies ant�rieures chez les m�diums. Il y a l� un magnifique sujet d��tude pour arriver � la connaissance de l��tre et des lois de son �volution, Nous y trouvons la preuve que le moi conscient n�est pas une cr�ation spontan�e, mais qu�il a constitu� son individualit� par des acquisitions successives, � travers toute une s�rie d�existences. L�organisme physique actuel n�ayant pas contribu� � certaines de ces acquisitions, il est �vident que l�esprit ne saurait �tre consid�r� comme la r�sultante de cet organisme, qu�il a exist� avant lui et lui survivra.
Ainsi la th�orie spirite se d�gage, dans toute sa force et sa logique, d�un ensemble de faits qu�elle seule est capable d�expliquer. L��me s�y r�v�le, ind�pendante du corps, dans sa personnalit� indivisible, dans son moi lentement constitu� � travers les �ges, � l�aide de mat�riaux qu�elle conserve latents en elle et dont elle recouvre la possession � l��tat de d�gagement, par le sommeil, par la trance ou par la mort.
[1] Nous rappelons que nous adoptons pour le mot trance l'orthographe anglaise, le mot fran�ais transe ayant une signification diff�rente.
[2] Revue des �tudes psychiques, 1902, p. 71.
[3] Revue scientifique et morale du Spiritisme, octobre 1900, p. 213. Voir aussi le beau livre de MYERS : la Personnalit� humaine, chap. IX.
[4] M. SAGE, Madame Piper et la Soci�t� des recherches psychiques, p. 244.
[5] M. SAGE, Madame Piper et la Soci�t� anglo-am�ricaine des recherches psychiques. Paris, Leymarie, �dit. Voir aussi Proceedings, t. XIII, XIV, XV, XVI.
[6] M. SAGE, Madame Piper, etc., pp. 177 � 217.
[7] M. SAGE, loc. cit., pp. 188, 190, 195, 199, 212. Voir aussi Revue scientifique et morale, mai 1902.
[8] M. SAGE, loc. cit., pp. 188, 190,195, 199, 214
[9] Revue scientifique et morale, mai 1902, p. 266.
[10] M. SAGE, loc. cit., p. 667.
[11]Voir Light, 22 mars 1902. T�moignage de M. Colville.
[12] Tir� du Spiritualiste, New-Orl�ans, 1858, article sign� Jos. Barthet ; reproduit par la Vie d'Outre-Tombe, 15 mars 1902, p. 241.
[13]Ainsi nomm� parce que les m�diums le voient toujours envelopp� d'un voile bleu.
[14]Voir Compte rendu du Congr�s spirite de 1900. Rapport sur les travaux du groupe de Tours.
[15] Voir PIERRE JANET, l'Automatisme psychologique, passim ; A. BINET, les Alt�rations de la personnalit� ; TH. FLOURNOY, Des Indes � la plan�te Mars ; TAINE, De l'Intelligence, t. I, p. 16 ; RIBOT, les Maladies de la personnalit�, p. 105.
[16]Les travaux des physiologistes modernes, docteur Luys, Ferrier, Broca, etc., ont d�montr� que chaque ordre de sensation, vision, audition, go�t, odorat, etc., se localise dans une partie sp�ciale du cerveau. Or, on se demande comment ces sensations diverses peuvent se rechercher, se r�unir, se rassembler pour constituer spontan�ment et faire �clore, sans la moindre incubation, une seconde personnalit�, qui a ses go�ts propres, ses fantaisies, son caract�re, et qui, � peine �close, parvient � se servir sans �tude, sans apprentissage, de cet organisme compliqu� qu'est le cerveau et le corps physique tout entier, � faire usage de la parole et de la main dans l'�criture, avec une parfaite aisance. C'est l�, comme l'ont dit G. DELANNE (Recherches sur la m�diumnit�, pp. 61, 62) et AKSAKOF (Animisme et Spiritisme), du v�ritable surnaturalisme. Et ce quasi-miracle, ce sont des psychologues mat�rialistes qui nous l'offrent comme une explication !
[17] Le docteur GELEY, dans l'�tre subconscient (F�lix Alcan, �dit.), s'exprime ainsi : � L'hyst�rie et la n�vropathie pr�sentent des sympt�mes inconscients, variant sans causes ou sous l'influence de causes multiples: anesth�sie, hyperesth�sie, contracture, se succ�dant, �chappant � toute pr�vision d'�tendue et de dur�e. Au point de vue explicatif, on ignore compl�tement ce qu'elles sont. �
[18]Report on Spiritualism, p. 157, cit� par G. DELANNE, l'Ame est immortelle, p. 138.
[19] Voir Compte rendu du IVe Congr�s de psychologie, p. 113.
[20]TH. FLOURNOY, Des Indes � la plan�te Mars, pp. 271, 272.
[21]TH. FLOURNOY, Des Indes � la plan�te Mars, pp. 68, 98, 99, 100, 116 et passim.
[22] Compte rendu du Congr�s spirite et spiritualiste de 1900, pp. 349, 350.
[23] Voir L. DENIS, Probl�me de l'�tre et de la Destin�e, pp. 264 et suivantes.
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