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Les m�diums de notre temps sont souvent m�connus, d�daign�s, pers�cut�s. Mais si, d�un regard, vous embrassez la vaste perspective de l�histoire, la m�diumnit�, sous ses noms divers, vous appara�tra comme ce qu�il y a eu de plus grand dans le monde. Presque tous les privil�gi�s : proph�tes, voyants, missionnaires, messagers d�amour, de v�rit�, de justice, presque tous ont �t� des m�diums, en ce sens qu�ils ont communiqu� avec l�invisible, avec l�infini.
On pourrait dire, � bien des points de vue, que le g�nie est une des formes de la m�diumnit�. Les hommes de g�nie sont des inspir�s dans le sens transcendantal et fatidique de ce mot ; ils sont les interm�diaires et les messagers de la pens�e sup�rieure. Leur mission est voulue. C�est par eux que Dieu converse avec le monde ; c�est par eux qu�il appelle et attire � lui l�humanit�. Leurs oeuvres sont des fanaux qu�il allume sur la longue route des si�cles.
Devons-nous, pour cela, les consid�rer comme de simples instruments, et n�ont-ils aucun droit � notre admiration ? Telle n�est pas notre pens�e. Le g�nie est, avant tout, un acquis du pass�, le r�sultat de patientes �tudes s�culaires, d�une lente et douloureuse initiation ; celles-ci ont d�velopp� chez l��tre d�immenses aptitudes, une profonde sensibilit�, qui l�ouvrent aux influences �lev�es. Dieu r�serve la lumi�re � celui-l�, seul, qui, longtemps, l�a cherch�e, d�sir�e, demand�e.
Schlegel, parlant des g�nies, se pose cette question : � Sont-ce vraiment des hommes, ces hommes-l� ? �
Oui, ce sont des hommes, par tout ce qu�ils ont de terrestre, par leurs passions, leurs faiblesses. Ils subissent toutes les mis�res de la chair, les maladies, les besoins, les d�sirs mat�riels. Mais par o� ils sont plus que des hommes, ce qui fait en eux le g�nie, c�est cette accumulation des richesses de la pens�e, cette lente �laboration de l�intelligence et du sentiment � travers des vies sans nombre, tout cela f�cond� par l�influx, par l�inspiration d�en haut, par une communion constante avec les mondes sup�rieurs. Le g�nie, sous ses mille formes, est une collaboration avec l�invisible, une assomption de l��me humaine vers Dieu.
Les hommes de g�nie, les saints, les proph�tes, les grands po�tes, savants, artistes, inventeurs, tous ceux qui ont agrandi le domaine de l��me, sont des envoy�s du ciel ; ce sont les ex�cuteurs des desseins de Dieu dans le monde. Toute la philosophie de l�histoire est l� ! Est-il un plus beau spectacle que cette cha�ne m�dianimique ininterrompue, qui relie entre eux les si�cles, comme les pages d�un grand livre de vie et ram�ne tous les �v�nements, m�me les plus contradictoires en apparence, au plan harmonieux d�une majestueuse et solennelle unit� ? L�existence de chaque homme de g�nie est comme un chapitre vivant de cette bible grandiose.
D�abord, paraissent les grands initi�s du monde antique, les p�res de la pens�e, ceux qui ont vu l�Esprit briller sur les sommets ou se r�v�ler dans les sanctuaires de l�initiation sacr�e : Orph�e, Herm�s, Krishna, Pythagore, Zoroastre, Platon, Mo�se ; les grands proph�tes h�breux : Isa�e, Ez�chiel, Daniel.
Plus tard, viendront Jean le baptiste, le Christ et toute la pl�iade apostolique, le voyant de Pathmos et l�explosion m�dianimique de la Pentec�te qui va �clairer le monde, selon la parole de Jo�l et encore Hypathie l�alexandrine et Vell�da la druidesse.
C�est dans le silence auguste des for�ts et des montagnes, par le d�tachement des choses sensibles, dans la m�ditation et la pri�re, que le proph�te, le voyant, l�inspir� se pr�parent � leur t�che. L�invisible ne se r�v�le qu�� l�homme solitaire et recueilli. Platon re�oit ses inspirations sur le sommet de l�Hymette ; Mahomet, sur le mont Hira ; Mo�se, sur le Sina� ; J�sus communie avec son P�re, dans les larmes et la pri�re, sur le mont des Oliviers.
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Le proph�tisme en Isra�l, pendant vingt si�cles cons�cutifs, est un des ph�nom�nes transcendantaux les plus marquants de l�histoire. La critique contemporaine n�y a rien compris, ou a feint de n�y rien comprendre ; elle a cru tout simplifier en niant. L�ex�g�se catholique l�a d�natur�, pensant tout expliquer d�un seul mot : le miracle. Elle eut pourtant un autre mot plus juste en appelant les proph�tes � les harpes vivantes de l�Esprit saint �. Ainsi, sur ce point, comme sur tant d�autres, la science et la religion, isol�es, ne peuvent donner que des notions incompl�tes ; seule, la doctrine spirite, servant de trait d�union, � l�une et � l�autre, peut les r�concilier. Le spiritisme a p�n�tr� le myst�re apparent des choses ; il projette les clart�s de l�Au-del� sur la th�ologie, qu�il compl�te, et sur l�exp�rimentalisme, qu�il �claire. La v�rit� est que les proph�tes isra�lites sont des m�diums inspir�s ; ce nom seul leur convient. Nous le verrons plus loin par des exemples tir�s de la Bible. Ils nous d�montreront que l�histoire d�Isra�l est le plus beau po�me m�dianimique, l��pop�e spiritualiste par excellence. C�est ce que dira certainement un jour l�ex�g�se scientifique. Et, par elle, se dissiperont les obscurit�s des Livres sacr�s. Tout s�expliquera ; tout deviendra � la fois simple et grand.
L�origine du proph�tisme en Isra�l est marqu�e par une manifestation imposante. Un jour, Mo�se choisit 70 anciens et les place autour du tabernacle, J�hovah r�v�le sa pr�sence dans une nu�e ; aussit�t les puissantes facult�s de Mo�se se communiqu�rent aux anciens et � ils proph�tis�rent[1] �. Le tabernacle joue ici le r�le d�accumulateur ou de condensateur fluidique ; c�est un moyen d�ext�riorisation, comme les miroirs de m�tal brillant ; en le contemplant, on provoquait la trance. La manifestation de J�hovah dans la nu�e est un mode de mat�rialisation. Celle-ci, nous l�avons vu, commence toujours par un amas n�buleux, vague d�abord, dans lequel l�apparition se dessine et se pr�cise peu � peu. J�hovah est un des Elohim, Esprits protecteurs du peuple juif et de Mo�se en particulier. Sous son influence, les pouvoirs spirituels de Mo�se se transmettent aux 70 anciens, comme les pouvoirs du Christ se transmettront plus tard, partiellement, aux ap�tres dans le C�nacle, comme nous voyons de nos jours, en certains cas, la m�diumnit� se transmettre d�une personne � une autre par des passes et des attouchements.
Ainsi commence le proph�tisme ou m�diumnit� sacr�e en Isra�l. Mo�se, initi� aux myst�res d�Isis par son long s�jour en �gypte, et surtout par ses relations familiales avec son beau-p�re, J�thro, grand-pr�tre d�H�liopolis, a �t� � son tour l�initiateur psychique de son peuple, avant d�en �tre le l�gislateur immortel.
Depuis lors, la m�diumnit� proph�tique devint permanente dans la race juive, quoique intermittente dans ses manifestations. Elle est visiblement subordonn�e � certains �tats psychologiques, qui ne sont pas toujours constants, ni chez les individus, ni chez les peuples. Au temps des Juges, le proph�tisme �tait � chose rare �. Avec Samuel, il repara�t, il resplendit d�un �clat nouveau. A cette �poque, l��tat d��me du peuple h�breu se pr�tait mieux � ce ph�nom�ne. Dans la vie des nations, il y a des �poques de trouble intellectuel et de d�pression morale qui obligent l�Esprit � s��loigner momentan�ment. La France, elle aussi, a connu ses heures d�obscurit� et d�incertitude.
Samuel, ayant compris que la m�diumnit� transcendantale est subordonn�e aux dispositions morales des individus et des soci�t�s, institua des �coles de proph�tes, c�est-�-dire des groupements o� l�on s�initiait aux myst�res de la communication fluidique.
Ces �coles �taient �tablies dans certaines villes, mais plut�t dans les vall�es solitaires ou les replis des montagnes. L��tude, la contemplation de l�infini, dans le silence et la beaut� des nuits, sous le scintillement des �toiles, ou bien dans la clart� des jours, sous le ciel limpide de l�Orient, pr�paraient l��l�ve-proph�te � recevoir l�influx d�en haut. La solitude l�attire ; � mesure qu�il s��loigne des hommes et s�isole, une communion plus intime s��tablit entre lui et le monde des forces divines. Aux gorges profondes des monts de Jud�e, dans les cavernes perdues de la cha�ne sauvage de Moab, il r�ve, il pr�te l�oreille aux mille voix de cette nature aust�re et grave qui l�entoure.
C�est que la nature enti�re, p�n�tr�e par la substance divine, est un m�dium, c�est-�-dire un interm�diaire entre l�homme et les Etres sup�rieurs. Tout est reli� dans l�immense univers ; une cha�ne magn�tique rattache entre eux tous les �tres, tous les mondes. Il a fallu notre science fragmentaire et l�exc�s dissolvant de l�esprit critique pour d�truire cette magnifique synth�se et isoler l�homme moderne du reste de l�univers et de ses plans harmonieux.
La musique jouait aussi un grand r�le dans l�initiation proph�tique[2]. Cet art, nous le savons, met du rythme dans l��mission fluidique et facilite l�action des puissances invisibles. La pr�paration �tait laborieuse, le noviciat difficile. Pendant les deux premi�res ann�es, l�aspirant proph�te �tait simplement m�dium passif ; puis il apprenait � devenir actif et, par l�ext�riorisation, � lire dans l�invisible les clich�s, la norme des �v�nements � venir. Cet exercice �tait long et souvent trompeur[3].
Parfois des influences successives et contraires agitaient les proph�tes. Tel est l�exemple de Balaam, qui part pour maudire les tribus et qui est contraint de proph�tiser leur gloire. Jamais la dualit� des Esprits inspirateurs ne fut plus patente que dans cet �pisode biblique.
Il sera parfois difficile de faire, dans la m�diumnit�, de quelque nature qu�elle soit, la part du m�dium et celle de l�Esprit. De l�, des contradictions apparentes, une sorte de lutte psychologique intime entre le m�dium et celui qui l�inspire ; c�est le combat symbolique de Jacob et de l�ange, mais toujours l�Esprit finit par vaincre, et sa lumi�re impr�gne victorieusement la mentalit� et la volont� du sensitif.
Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que l�Esprit, quand il est d�une nature �lev�e, ne violente jamais le sujet dont il s�empare ; il respecte sa personnalit�, sa libert�, et ne proc�de qu�avec d�licatesse et par persuasion. C�est pourquoi chaque proph�te, qu�il soit grand comme Isa�e ou humble comme le pasteur Amos, garde, dans l�accomplissement de sa mission, son langage habituel et le cachet de sa personnalit�. Ainsi, de nos jours, deux m�diums, pour interpr�ter la m�me r�v�lation, ne s�exprimeront pas dans les m�mes termes et ne verront pas dans la m�me lumi�re.
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A chaque page de la Bible, nous trouvons des textes affirmant la m�diumnit� sous toutes ses formes et � tous ses degr�s. Sous les noms de dieux, anges, etc., les Esprits protecteurs des hommes ou des nations prennent part � chaque fait, interviennent dans chaque �v�nement[4].
Mo�se est voyant et auditif. Il aper�oit J�hovah, l�Esprit protecteur d�Isra�l, dans le buisson d�Horeb et sur le Sina�. Lorsqu�il se penche sur le propitiatoire de l�arche d�alliance, il entend des voix (Nomb., VII, 89). Il est m�dium �crivain, lorsqu�il trace, sous la dict�e d��lo�m, les Tables de la loi ; m�dium actif, magn�tiseur puissant, lorsqu�il frappe d�une d�charge fluidique les H�breux r�volt�s dans le d�sert ; m�dium inspir�, lorsqu�il chante son merveilleux cantique apr�s la d�faite du Pharaon. Mo�se nous pr�sente encore un genre sp�cial de m�diumnit�, la transfiguration lumineuse, observ�e dans certains ph�nom�nes contemporains. Lorsqu�il redescend du Sina�, il porte � son front une aur�ole de lumi�re.
Samuel, dont la naissance, comme celle des pr�destin�s, fut pr�c�d�e d�oracles et de signes, devint proph�te d�s l�enfance. Dormant dans le temple, il est r�veill� souvent par des voix qui l�appellent, l�entretiennent dans la nuit et lui annoncent les choses futures (Rois, III, 1 � 18).
Esdras (liv. IV, chap. XIV) reconstitue la Bible enti�re qui avait �t� perdue, et cela dans des conditions o� s�affirment encore, diff�rents genres de m�diumnit�. La voix lui dit :
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Pr�pare beaucoup de tablettes et adjoins-toi cinq scribes prompts et habiles.
Et j�allumerai dans ton c�ur la lampe de l�intelligence, qui ne s��teindra
pas jusqu�� ce que tu aies fini d��crire ce que tu auras commenc�. � -
� Ma bouche s�ouvrit et ne se referma point. - Je dictai sans cesse, la nuit
et le jour. - Et le Tr�s-Haut donna l�intelligence aux cinq hommes qui �taient
avec moi, et ils �crivirent les r�v�lations de la nuit, des choses qu�ils
ne comprenaient point . Et ainsi, pendant quarante jours, furent �crits 204
livres[5].
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Job eut une vision, qui est le type parfait de la mat�rialisation spirite. Tout le livre de Job est rempli d�illuminations et d�inspirations m�dianimiques. Sa vie m�me, tourment�e par de mauvais Esprits, est un sujet d��tudes tr�s suggestives.
La Bible mentionne des cas fr�quents d�obsession, entre autres chez Sa�l, qui est souvent poss�d� par un Esprit de col�re : � Dans son �me vide, un mauvais Esprit s�introduit[6]. � C�est un ph�nom�ne d�incorporation bien caract�ris�.
Sa�l fut d�abord un m�dium � du Seigneur �, mais, par suite de fautes graves et d�une vie de d�sordre, il perdit sa facult�, on plut�t elle devint l�instrument d�Esprits inf�rieurs. Cette perte ou cet affaiblissement des pouvoirs m�dianimiques est fr�quent chez ceux qui se laissent envahir par les passions. La m�diumnit� s�amoindrit et dispara�t sans cause apparente ; mais, ordinairement, parce que les dispositions intimes du m�dium se sont modifi�es.
La mission des proph�tes, comme celle des m�diums contemporains, �tait sem�e d�emb�ches. Il faut lire, dans le chapitre XI de l��p�tre aux H�breux, les �preuves, les humiliations, les souffrances que subirent ces m�diums inspir�s. L�une des plus p�nibles t�ches de la vie du proph�te, c��tait de lutter contre les imposteurs. Il y a toujours eu et il y aura toujours de faux proph�tes, c�est-�-dire des m�diums mus par de mauvais Esprits. Leur but parait �tre de contrarier l�action des vrais proph�tes, de semer la discorde dans leurs milieux habituels. Bien des groupes spirites se sont d�sagr�g�s sous l�influence des Esprits inf�rieurs. C�est pourquoi le grand art du spiritualiste consiste � pr�munir les milieux assist�s de ces influences n�fastes, qui s�acharnent � plaisir sur les pas des missionnaires de paix et de v�rit�.
En r�sum�, l��uvre des proph�tes h�breux a �t� consid�rable. Leurs pr�dications monoth�istes et moralisatrices ont pr�par� l�av�nement du christianisme et l��volution religieuse de l�humanit�. Hommes de m�ditation, de recueillement, de pri�re, les grands m�diums isra�lites savaient et enseignaient que le commerce avec l�invisible est un principe r�g�n�rateur. Ils avaient pour mission de spiritualiser la religion de Mo�se, qui tendait � se mat�rialiser, comme le spiritisme contemporain a, lui aussi, la mission de spiritualiser la soci�t� actuelle, qui se d�compose de plus en plus, et de ramener les Eglises aux pures traditions du christianisme primitif.
Les proph�tes h�breux furent les conseillers des rois d�Isra�l, les redresseurs des abus de pouvoir, les consolateurs du peuple opprim� et afflig�. Comme tous les hommes de g�nie, ils avaient parcouru des vies nombreuses, des existences de travail, de p�nible recherche, qui avaient d�velopp� en eux l�intuition profonde. Leur p�n�tration des choses, leur perspicacit� merveilleuse, n��taient que les fruits d�incarnations ant�rieures. Ayant v�cu dans le pass� d�Isra�l, ils avaient une intelligence parfaite de l��me de la nation. Ainsi Jean-Baptiste, qui �tait la r�incarnation d�lie, a puissamment pr�par� ses fr�res � la r�v�lation de J�sus.
Le th�me habituel de l�enseignement proph�tique �tait d�abord l�adoration � en esprit et en v�rit� �. Les proph�tes combattaient avec �nergie le formalisme pharisa�que de la loi et disaient hautement que la circoncision du c�ur vaut mieux que celle de la chair. Ainsi de nos jours, les Esprits condamnent les pratiques mat�rielles et le pharisa�sme �troit, des faux d�vots, de tous ceux qui, sous pr�texte de religion, remplacent les pr�ceptes de l��vangile par des pratiques superstitieuses.
La vertu que les voyants d�Isra�l recommandaient le plus, c��tait la justice. Le mot juste signifiait alors l�ensemble des vertus : � Rendre � Dieu ce qui est � Dieu et aux hommes ce qui leur appartient. � Ils se faisaient partout les avocats des pauvres, de ces d�sh�rit�s que l�on appelait alors les Ebionim. Apr�s le p�ch� d�idol�trie, celui du m�pris des pauvres et de l�oppression des faibles �tait le plus r�solument fl�tri.
Isa�e, surtout, est l��loquent avocat des pauvres. Le Messie qu�il annonce est celui qui jugera les pauvres dans la justice (Isa�e, XI, 4). C�est pr�cis�ment pour ce grand amour des humbles que certains rationalistes modernes ont qualifi� les proph�tes de d�magogues, de fougueux ennemis de toute dynastie.
En r�alit�, trois grandes r�v�lations m�dianimiques dominent l�histoire. Aux proph�tes d�Isra�l a succ�d� le m�dium divin, J�sus. Le spiritisme est la derni�re r�v�lation, la diffusion spirituelle annonc�e par Jo�l (II, 28, 29), � alors que l�esprit se r�pandra comme une aurore sur le monde ; que les vieillards auront des songes et les jeunes gens des visions �.
Reuss lui-m�me convient que, d�apr�s cet oracle � l�effusion de l�esprit sera si ample que la nation tout enti�re deviendra un peuple de proph�tes �. Ainsi, l�action psychique de l�Au-del� transformera le monde futur en une humanit� de voyants et d�auditifs. La m�diumnit� sera l��tat ultime de la race humaine marchant vers le terme de sa destin�e.
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Descendons le cours des �ges et nous verrons la m�diumnit� s��panouir dans les milieux les plus divers, uniforme en son principe, vari�e � l�infini dans ses manifestations. L�histoire des proph�tes d�Isra�l a �t� close par l�apparition du fils de Marie. Nous l�avons vu ailleurs[7], la vie du Christ est remplie de manifestations qui font de lui le m�diateur par excellence. J�sus fut un voyant et un inspir�, le plus grand de tous ceux que le souffle divin a vivifi�s durant leur passage sur la terre. Le myst�re de l�invisible enveloppe toute sa personne, toute son existence. Il s�entretient avec Mo�se et �lie sur le Thabor, et des l�gions d��mes l�assistent. Sa pens�e embrasse deux univers. Sa parole a la douceur des mondes ang�liques ; ses regards lisent dans le secret des c�urs et, d�un simple attouchement, il chasse la souffrance.
Ces facult�s merveilleuses, il les communique partiellement � ses ap�tres. Il leur dit :
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Ne soyez point en peine de ce que vous aurez � dire et n�y m�ditez point ;
car l�Esprit vous enseignera � cette heure m�me ce que vous devez dire. Ce
n�est pas vous qui parlerez ; mais l�Esprit de votre P�re qui parlera
en vous. �
(Matth., X, 19, 20.)
Les si�cles passent ; la sc�ne change. L�-bas, � l�Orient, une autre figure imposante se dresse.
Dans le silence du d�sert, ce grand silence des espaces qui communique � l��me une s�r�nit� et un �quilibre trop peu connus des habitants des villes, Mohammed[8], le fondateur de l�islam, r�dige le Koran sous la dict�e d�un Esprit, qui prend, pour se faire �couter, le nom et l�apparence de l�ange Gabriel[9].
Lui-m�me l�affirme dans le livre sacr� des Arabes :
� Votre compatriote, � Kor�ichites, n�est point �gar� ; il n�a point �t� s�duit. - Le Koran est une r�v�lation qui lui a �t� faite. - C�est le Terrible qui l�a instruit. - Et il a r�v�l� au serviteur de Dieu ce qu�il avait � lui r�v�ler. - Le c�ur de Mohammed ne ment pas ; il l�a vu[10]. �
�trange rapprochement : sa Mission commence comme celle de Jeanne d�Arc ; elle se r�v�le � lui par des voix et des visions[11]. Comme Jeanne, longtemps il y r�sistera ; mais la puissance myst�rieuse l�emporte sur sa volont�, et l�humble chamelier devient le fondateur d�une religion qui s��tend sur une vaste partie du monde ; il cr�e de toutes pi�ces un grand peuple et un grand empire.
Au sujet de ses facult�s m�dianimiques, voici ce que dit E. Bonnem�re[12] :
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Mahomet tombait de temps � autre dans un �tat qui frappait de terreur ceux qui
l�entouraient. Dans ces moments o� sa personnalit� lui �chappait et o� il
se sentait envahi par une volont� plus puissante que la sienne, il se d�robait
aux regards. Ses yeux, d�mesur�ment ouverts, �taient fixes et sans regard ;
immobile, il paraissait en proie � un �vanouissement que rien ne pouvait
dissiper. Puis, peu � peu, l�inspiration se d�gageait, et il �crivait ce
que des voix myst�rieuses lui dictaient avec une rapidit� vertigineuse. �
Au moyen �ge, citons deux grandes figures historiques : Christophe Colomb, le d�couvreur d�un monde nouveau, pouss� par une obsession divine, et Jeanne d�Arc qui ob�it � ses voix.
Dans sa mission hasardeuse, Colomb �tait guid� par un g�nie invisible. On le traitait de visionnaire. Aux heures des plus grandes difficult�s, il entendait une voix inconnue murmurer � son oreille : � Dieu veut que votre nom r�sonne glorieusement � travers le monde ; on vous donnera les clefs de tous ces ports inconnus de l�Oc�an qui sont � pr�sent ferm�s par de puissantes cha�nes[13]. �
La vie de Jeanne d�Arc est dans toutes les m�moires. On sait qu�en tous lieux des �tres invisibles inspirent et dirigent la vierge h�ro�que de Domremy. Tous les �v�nements de sa glorieuse �pop�e sont annonc�s � l�avance. Des apparitions surgissent devant elle ; des voix c�lestes bruissent � ses oreilles. L�inspiration coule en elle comme le courant d�une onde rapide. Au milieu des combats, dans les conseils, devant ses juges, partout, cette enfant de dix huit ans commande ou r�pond avec assurance, consciente du r�le sublime qu�elle joue ; ne variant jamais, ni dans sa foi, ni dans ses paroles ; in�branlable, m�me devant les supplices, m�me devant la mort ; illumin�e et comme transfigur�e par la lumi�re d�un autre monde. �coutez-la !
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J�aime l��glise et suis bonne chr�tienne. Mais, quant aux �uvres que
j�ai faites et � mon av�nement, il faut que je m�en attende au roi du Ciel
qui m�a envoy�e. �
� Je suis venue de par Dieu et les saints et saintes du paradis et l��glise victorieuse de l�-haut, et de leur commandement ; � cette �glise-l� je soumets tous mes actes et tout ce que j�ai fait ou � faire[14]. �
La vie de Jeanne d�Arc, comme m�dium et comme missionnaire, serait sans �gale dans l�histoire, si avant elle il n�y avait eu le supplici� du Calvaire. L�on peut dire tout au moins que rien de plus auguste ne s�est vu depuis les premiers temps du christianisme.
A ces noms glorieux, nous sommes en droit d�ajouter ceux des grands po�tes. Apr�s la musique, la po�sie est un des foyers les plus purs de l�inspiration ; elle provoque l�extase intellectuelle, qui permet de communiquer avec les mondes sup�rieurs. Plus que les autres hommes, le po�te sent, aime et souffre. Toutes les voix de la nature chantent en lui. Le rythme de la vie invisible r�gle la cadence de ses vers.
Tous les grands po�tes h�ro�ques commencent leurs chants par une invocation aux dieux ou � la muse ; et les dieux invoqu�s, c�est-�-dire les Esprits inspirateurs, r�pondent � l�appel. Ils murmurent � l�oreille du po�te mille choses sublimes, mille choses que seul il entend parmi les fils des hommes.
Hom�re a des chants qui viennent de plus haut que la terre.
Platon disait (Dialogues de L�Ion et du M�non) : � Le po�te et le proph�te, pour recevoir l�inspiration, doivent entrer dans un �tat sup�rieur, o� leur horizon intellectuel est �largi et illumin� par une lumi�re plus haute. � - � Ce ne sont pas les voyants, les proph�tes ou les po�tes qui parlent ; mais c�est Dieu qui parle par eux. �
Selon Pythagore (Diog. La�rte, VIII, 32), � l�inspiration est une suggestion des Esprits qui nous r�v�lent l�avenir et les choses cach�es �.
Virgile fut longtemps regard� comme un proph�te � cause de son �glogue messianique de Pollion.
Dante est un m�dium incomparable. Sa Divine Com�die est un p�lerinage � travers les mondes invisibles. Ozanam, le principal auteur catholique qui ait analys� cette oeuvre g�niale, reconna�t que le plan en est calqu� sur les grandes ligues de l�initiation aux myst�res antiques, dont le principe, on le sait, �tait la communion avec l�occulte.
C�est par les yeux de sa B�atrice, morte, qu�Alighieri voit � la splendeur de la lumi�re �ternelle vivante �, et toute sa vie en est �clair�e. Au milieu de ce sombre moyen �ge, sa vie et son oeuvre resplendissent comme les cimes alpestres lorsqu�elles se colorent des derniers rayons du jour et que le reste de la terre est d�j� plong� dans la nuit.
Le Tasse compose � dix-huit ans son po�me chevaleresque Renaud, sous l�inspiration de l�Arioste, et plus tard, en 1575, son oeuvre capitale, sa J�rusalem d�livr�e, vaste �pop�e qu�il affirme lui avoir �t� �galement inspir�e.
Shakespeare, Milton, Shelley, ont �t� aussi des inspir�s.
Parlant du grand dramaturge, Victor Hugo a dit ceci : � Forbes, dans le curieux fascicule feuillet� par Waburton et perdu par Garrick, affirme que Shakespeare se livrait � la magie et que ce qu�il a de bon dans ses pi�ces lui �tait dict� par un Esprit[15]. �
Toutes les oeuvres g�niales sont peupl�es de fant�mes et d�apparitions : � L�, l� �, dit Eschyle[16], en parlant des morts, � vous ne les voyez pas ; mais moi, je les vois. �
Il en est de m�me dans Shakespeare. Ses �uvres ma�tresses[17] : Hamlet, Macbeth, etc., contiennent des sc�nes c�l�bres o� se meuvent des apparitions.
Les spectres du p�re d�Hamlet et de Banquo, attach�s au monde mat�riel par le poids du pass�, se rendent visibles et poussent les vivants au crime.
Milton se faisait jouer de la harpe par ses filles avant de composer ses chants du Paradis perdu, parce que, disait-il, l�harmonie attire les g�nies inspirateurs.
Voici ce qu�a dit de Shelley son historien, Medwin :
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Il r�vait tout �veill�, dans une sorte d�abstraction l�thargique qui lui
�tait habituelle, et, apr�s chaque acc�s, ses yeux �tincelaient, ses l�vres
fr�missaient, sa voix devenait tremblante d��motion. Il entrait dans une esp�ce
de somnambulisme, pendant lequel son langage �tait plut�t d�un esprit ou
d�un ange que d�un homme[18].
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Goethe a puis� dans une large mesure aux sources de l�invisible. Ses rapports avec Lavater et Mme de Klettenborg l�avaient initi� aux sciences profondes, et chacune de ses oeuvres en porte le sceau. Le Faust est une �uvre m�dianimique et symbolique au premier chef. On pourrait en dire autant de Klopstock et de sa Messiade, po�me o� l�on sent passer le souffle de l�Au-del�.
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Je courais quelquefois � mon pupitre, dit Goethe, sans prendre la peine de
redresser une feuille de papier qui �tait de travers, et j��crivais ma pi�ce
de vers depuis le commencement jusqu�� la fin, en biais, sans bouger. A cet
effet, je saisissais de pr�f�rence un crayon, qui se pr�te mieux � tracer
des caract�res, car il m��tait quelquefois arriv� d��tre r�veill� de
ma po�sie de somnambule par le cri ou par le crachement de ma plume, de devenir
distrait et d��touffer � sa naissance une petite production[19].
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W. Blake affirme qu�il a �crit ses po�sies sous la direction de l�esprit de Milton et reconna�t que toutes ses �uvres ont �t� inspir�es.
Plus pr�s de nous, Alfred de Musset avait des visions, des apparitions et entendait des voix. Un soir, sous les guichets du Louvre, il per�ut ces paroles : � Je suis assassin�, rue de Chabanais. � Il y courut et se croisa avec un cadavre[20]... � O� me m�ne donc cette main invisible qui ne veut pas que je m�arr�te ? � disait-il[21].
Tour � tour sublime et pur comme les anges, ou d�prav� comme un d�mon, il �tait soumis aux influences les plus diverses, et il le remarquait lui-m�me. Deux t�moins de sa vie intime, George Sand et Mme Colet, ont d�peint avec fid�lit� ce c�t� myst�rieux de l�existence de � l�enfant du si�cle � :
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Oui, disait-il � Th�r�se, je subis le ph�nom�ne que les thaumaturges
appellent la possession. Deux Esprits se sont empar�s de moi[22].
� Voil� bien des ann�es que j�ai des visions et que j�entends des voix. Comment en douterais-je quand tous mes sens me l�affirment ? Que de fois, quand la nuit tombe, j�ai vu et j�ai entendu le jeune prince qui me fut cher et un autre de mes amis frapp� en duel devant moi !... Il me semble, aux heures o� cette communion s�op�re, que mon esprit se d�tache de mon corps pour r�pondre � la voix des Esprits qui me parlent[23].�
Mme Colet tenait du po�te le r�cit de trois apparitions de femmes aim�es et mortes qu�elle d�crit d�une fa�on �mouvante[24]. Elle y ajoute plusieurs cas d�ext�riorisation semblables � ceux de nos m�diums contemporains. G. Sand et Mme Colet affirment que le po�te s�entran�ait avec la plus grande facilit�[25]. Lui-m�me parle de souffles froids ressentis et de d�tachement subit, ce qu�il lui e�t �t� difficile d�imaginer
Il ressort de ces faits qu�A. de Musset devait � des influences occultes une partie, au moins, de l�ascendant qu�il exer�a sur ses contemporains. Ce fut, � la, fois, un po�te d�une haute inspiration et, � proprement parler, un voyant et un auditif.
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Dans tous les temps, ces subtiles communications des Esprits aux mortels sont venues f�conder l�art et la litt�rature. Certes, nous n�appelons pas litt�rateurs ces aligneurs de phrases qui n�ont jamais ressenti les souffles de l�Au-del�. Les �crivains en qui descendent les effluves sup�rieurs se comptent. Il faut des pr�dispositions d�j� anciennes, un lent travail d�assimilation, pour que la force inconnue puisse agir sur l��me du penseur. Mais chez ceux qui r�alisent ces conditions, l�inspiration se pr�cipite comme un flot. La pens�e jaillit, originale ou puissante, et l�influence qu�elle exerce est souveraine.
La forme de l�inspiration varie selon les natures. Chez les uns, le cerveau est comme un miroir, qui refl�te les choses cach�es et en renvoie les radiations sur l�humanit�. D�autres entendent la grande voix myst�rieuse, le bruissement des paroles qui expliquent le pass�, �clairent le pr�sent, annoncent l�avenir. Sous mille formes, l�invisible p�n�tre les sensitifs et s�impose :
� Chez Goethe � dit Flammarion[26], � en certaines heures de passion, cette communication des Esprits est apparue avec une lumineuse clart�. Chez d�autres, comme pour Bacon, cette conviction s�est lentement form�e de ces menus indices que l��tude quotidienne de l�homme. �
Dans l��uvre de Roger Bacon, � le docteur admirable � : Opus majus, toutes les grandes inventions de notre temps sont pr�dites et d�crites.
J�r�me Cardan, dans Rerum varietate (VIII, 3), se f�licitait de poss�der les � dons � qui permettent de tomber en extase � volont�, de voir des objets �trangers par les yeux de l�esprit et d��tre inform� de l�avenir.
Schiller a d�clar� que ses plus belles pens�es n��taient pas de sa propre cr�ation ; elles lui venaient si rapidement et avec une telle force, qu�il avait de la difficult� � les saisir assez vite pour les transcrire.
Les facult�s m�dianimiques d�Emmanuel Swedenborg, le philosophe su�dois, sont attest�es par la lettre c�l�bre de Kant � Mlle de Knobich. Dans cette lettre, l�auteur de la Critique de la raison pure rapporte que Mme Harteville, veuve de l�ambassadeur allemand � Stockholm, obtint, par l�interm�diaire du baron de Swedenborg, une communication de son mari d�c�d�, relative � un document pr�cieux demeur� introuvable malgr� des recherches assidues ; il �tait enferm�, dans un tiroir secret, dont le d�funt r�v�la l�existence, connue de lui seul.
L�incendie de Stockholm, vu et d�crit par Swedenborg, � trois cents milles de distance, est aussi une preuve de la puissance de ses facult�s. On peut donc admettre que ses th�ories sur la vie invisible ne sont pas le produit de son imagination, mais qu�elles ont �t� inspir�es par des visions et des r�v�lations. Quant � la forme sous laquelle il les a d�crites, il n�y faut attacher qu�une importance relative. Tous les voyants se trouvent dans la n�cessit� de traduire la perception qu�ils ont de l�invisible � l�aide des formes, des images, des expressions impos�es par leur �ducation et famili�res au milieu o� ils vivent. C�est ainsi que, suivant les temps et les latitudes, ils donneront aux habitants de l�autre monde les noms de dieux, d�anges, de d�mons, de g�nies ou d�esprits.
Voyons maintenant les grands �crivains du dix-neuvi�me si�cle.
Chateaubriand et sa s�ur Lucile ont les m�mes droits � �tre consid�r�s comme des inspir�s :
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La premi�re inspiration du po�te, sa premi�re muse �, nous dit-on[27],
� fut sa s�ur Lucile. Nul doute que les ann�es pass�es pr�s de cet �tre de
r�verie et de pri�re n�aient laiss� leur trace dans le c�ur du jeune
homme, �mu, comme il le rappelle (M�moires d�outre-tombe), par les
soudains abattements de cette nature extatique et d�sol�e. Cette jeune fille
myst�rieuse, � demi somnambule, presque dou�e de la seconde vue, comme une
habitante des �les H�brides, traversa l�enfance de Chateaubriand ainsi que
l�apparition de la douleur. Elle communiqua son po�tique malaise � ce fr�re
d�j� si tourment� ; c�est ainsi qu�elle fut de moiti� dans toutes
les conceptions du po�te. En ce ch�ur de blanches visions, nous la
retrouverons partout ... Ses bizarres pr�dictions ne lui ont-elles pas fait
entrevoir le type d�une Vell�da ? �
Balzac, dans Ursule Mirouet, S�raphita, Louis Lambert, la Peau de chagrin, etc., a touch� � tous les probl�mes de la vie invisible, de l�occultisme et du magn�tisme. Toutes ces questions lui �taient famili�res. Il les traitait avec une r�elle ma�trise, � une �poque o� elles �taient encore peu connues. C��tait non seulement un profond observateur, mais aussi un voyant dans l�acception la plus haute du mot.
Edgar Quinet eut les m�mes intuitions g�niales, si nous devons en croire M. Ledrain, critique litt�raire fort sceptique, qui s�exprimait ainsi dans un article de l��clair, � l�occasion de son centenaire, en 1903 :
� En m�me temps que le monde visible l�enchantait, il avait les yeux fix�s sur le monde invisible. Ce fut un ardent spiritualiste, comme tous ceux de sa g�n�ration, comme Lamartine, comme Victor Hugo, comme Michelet. Il crut � la � cit� immortelle des �mes �, � la patrie, d�o� aucun homme ne peut bannir. Le souffle de je ne sais quel pays supra-terrestre le prend � certains moments et l�emporte, comme sur des ailes, vers les espaces infinis. Lisez son discours sur la tombe de sa m�re ; sur celle de son beau-fils Georges Mourouzi ; quels accents d�en haut ! C�est un nabi (proph�te), s��levant au-dessus de tous les sacerdoces et parlant au nom de l��ternel, comme investi d�une mission directe. �
Lamartine, dans Jocelyn, dans la Chute d�un ange, Jean Reynaud, dans Terre et Ciel, peuvent aussi �tre consid�r�s comme des inspir�s.
Lamartine �crivait � Arl�s Dufour, pour se d�fendre d�un reproche d�Enfantin : � J�ai mon but ; il ne le soup�onne pas ; personne ne sait lequel, except� moi. J�y monte au pas que le temps comporte et pas plus vite. Ce but est impersonnel et uniquement divin. Il se d�voilera plus tard. En attendant, comment veut-il que je parle � des hommes de chair et d�os le pur langage des Esprits[28] ? �
Michelet, � certaines heures, semble �tre sous l�empire de quelque pouvoir inconnu. �coutez-le, parlant de son Histoire de la R�volution :
� Jamais, depuis ma Pucelle d�Orl�ans, je n�avais eu un tel rayon d�en haut, une si lumineuse �chapp�e du ciel... �
� Inoubliables jours ; qui suis-je pour les avoir cont�s ? Je ne sais pas encore, je ne saurai jamais comment j�ai pu les reproduire. L�incroyable bonheur de retrouver cela si vivant, si br�lant, apr�s soixante ann�es, m�avait agrandi le c�ur d�une joie h�ro�que. �
Inspir�, porte-parole de l�invisible, Victor Hugo ne l�est pas moins : � Dieu se manifeste � travers la pens�e de l�homme �, a-t-il dit ; � le po�te est pr�tre[29] �. Il croit � la communication avec les morts. On conna�t ses s�ances de spiritisme � Jersey, avec Mme de Girardin et Aug. Vacquerie, d�crites par celui-ci dans ses Miettes de l�histoire, les vers qu�il adressait � l�esprit de Moli�re et ceux, terriblement ironiques, que � l�ombre du s�pulcre � lui dictait au moyen des pieds d�une table[30].
Sans doute, � propos des hommes de g�nie, il repousse cette � erreur de tous les temps de vouloir donner au cerveau humain des auxiliaires ext�rieurs �. Une telle opinion - Antrum adjuvat vatem - choque son orgueil. Mais il se contredira lui-m�me dans bien des cas. N�est-ce pas lui qui a �crit :
Les morts sont des vivants m�l�s � nos combats.
Et nous sentons passer leurs fl�ches invisibles.
Sur la tombe d��milie de Putron, il pronon�ait ces paroles rest�es c�l�bres : � Les morts sont les invisibles, mais ils ne sont pas les absents. �
Sur le fauteuil des anc�tres qu�on voyait dans la salle � manger d�Hauteville-house, il avait inscrit ces mots expressifs : Absentes adsunt. N��tait-ce pas une �vocation constante de ceux qu�il avait aim�s ? Toutes ses �uvres sont parsem�es de superbes invocations aux � voix de l�ombre �, aux � voix du gouffre �, aux � voix de l�espace �, etc.
Certes, nous ne pr�tendons pas qu�Hugo fut m�dium au sens �troit du mot, comme le sont nombre de gens aptes � obtenir des ph�nom�nes de peu de valeur. Ce puissant esprit ne pouvait �tre r�duit au r�le secondaire d�interpr�te des pens�es d�autrui. Nous voulons dire que l�Au-del� r�pandait sur lui ses radiations et ses harmonies. Elles f�condaient son g�nie ; elles �largissaient jusqu�� l�infini l�horizon de sa pens�e.
Chez Henri Heine, cette collaboration de l�invisible se traduit d�une mani�re sensible. Voici ce qu�il disait dans la pr�face de sa trag�die de W. Radcliff :
�
J�ai �crit William Radcliff � Berlin, sous les Tilleuls, lors des
derniers jours de 1821, pendant que le soleil �clairait de ses rayons, plut�t
maussades, les toits couverts de neige et les arbres d�pouill�s de leurs
feuilles. J��crivais sans interruption et sans faire de rature. Tout en �crivant,
il me semblait que j�entendais au-dessus de ma t�te comme un bruissement
d�ailes. Lorsque je racontai ce fait � mes amis, jeunes po�tes berlinois,
ils se regard�rent d�une fa�on singuli�re et me d�clar�rent unanimement
qu�ils n�avaient jamais rien remarqu� de semblable en �crivant. �
Ce qu�il y a de plus remarquable, c�est que cette trag�die est enti�rement spirite ; le d�veloppement de l�action et son d�nouement se r�clament de l�influence r�ciproque du monde terrestre et du monde des Esprits.
Beaucoup d�auteurs c�l�bres ont �t� m�diums sans le savoir. D�autres en ont eu conscience. Paul Adam, un des plus f�conds �crivains de notre temps, l�a avou� sans r�ticences[31] :
�
J�ai �t� un puissant m�dium �crivain. La Force qui m�inspirait avait une
telle puissance physique, qu�elle obligeait le crayon libre � remonter la
pente du papier inclin� par ma main, malgr� les lois de la pesanteur. Cette
Force voyait non seulement dans le pass� que j�ignorais, mais elle avait la
prescience de l�avenir. Ses pr�dictions �taient stup�fiantes par leur r�alisation,
vu que rien, rien, ne pouvait me les faire pr�voir. �
Tous n�ont pas cette franchise et pr�f�rent laisser croire � leurs m�rites personnels ; mais, en g�n�ral, les grands g�nies reconnaissent volontiers qu�ils sont dirig�s par des Intelligences sup�rieures.
On retrouve chez nombre d��crivains de notre temps cette sorte d�obsession de l�invisible. Hoffmann, Bullwer-Lytton, Barbey d�Aurevilly, Guy de Maupassant, etc., l�ont connue et exprim�e dans quelques-unes de leurs oeuvres. Ils ont particip�, � des degr�s divers, �. cette communion des �mes, d�o� sort, d�voil�, le myst�re immense de la vie et de l�espace.
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On le voit, dans tous les domaines de l�art et de la pens�e, les cieux vivifient la terre. Les grands musiciens, les princes de l�harmonie, semblent avoir �t� plus directement encore sous l�influence de la m�diumnit�. Non seulement la pr�cocit� de quelques-uns, de Mozart, par exemple, atteste le principe des r�incarnations ; mais il y a aussi, dans la vie des compositeurs c�l�bres, des ph�nom�nes absolument m�dianimiques, qu�il serait trop long de rapporter ici. Leur histoire est dans toutes les mains.
Nous avons vu plus haut (chap. XIV) que Mozart et Beethoven ont rendu t�moignage des influences ultra-mondaines qui inspiraient leur g�nie. On pourrait en dire autant d�Haydn, Haendel, Gluck, etc. Chopin avait des visions qui, parfois, le terrifiaient. Ses plus belles compositions : sa Marche fun�bre, ses Nocturnes, furent �crites dans une obscurit� compl�te. Toute l��uvre de Wagner repose sur un fond de spiritualit�. Cela est exprim� aussi bien dans les paroles de Lohengrin, du Tannhauser et de Parsifal que dans toute la musique elle-m�me.
Les hommes illustres ont �t�, pour la plupart, des m�diums auditifs. C�est � leur r�veil, le plus souvent, qu�ils ont compos� leurs oeuvres. Dante appelait le matin � l�heure divine �, parce que c�est celle o� l�on exprime les inspirations de la nuit. Il y aurait de belles choses � dire sur les r�v�lations nocturnes faites au g�nie. Les anciens connaissaient le myst�re de cette initiation ; ils disaient : � Le jour est aux hommes ; la nuit appartient aux dieux. � Pendant le sommeil, les �mes sup�rieures remontent vers des sph�res sublimes ; elles se plongent dans les radiations de la pens�e divine, dans un oc�an de sonorit�s, de vibrations harmonieuses ; elles y d�couvrent les principes et les causes de la symphonie �ternelle. Fran�ois d�Assise et Nicolas de Tolentino furent plong�s dans l�extase pour avoir entendu un lointain �cho, quelques notes perdues des concerts c�lestes, c�est-�-dire de l�orchestre infini des mondes. Le Requiem de Mozart n�a pas d�autre origine. Quelques heures seulement avant son d�gagement corporel, le ma�tre crayonna d�une main d�j� glac�e cet hymne fun�bre qui fut la derni�re manifestation de son g�nie. Il convenait que l�illustre m�dium, qui avait, toute sa vie, per�u les voix m�lodieuses de l�espace, expir�t, dans une derni�re harmonie et que son �me s�exhal�t dans une plainte surhumaine, en des accents ineffables, dont, seuls sont capables les grands inspir�s parvenus au seuil des mondes glorieux.
Rapha�l Sanzio disait que ses plus belles �uvres lui avaient �t� inspir�es et montr�es dans une sorte de vision.
Dannecker, sculpteur allemand, affirrmait que l�id�e de son Christ, un chef-d��uvre, lui avait �t� communiqu�e par inspiration, dans un r�ve, apr�s l�avoir vainement cherch�e dans ses heures d��tude.
Une nuit, Albert D�rer veillait et songeait. Il voulait peindre les quatre �vang�listes et, ayant retouch� qui ne rendaient pas � son gr� l�id�al qu�il s�en faisait, il jeta ses pinceaux ouvrit sa fen�tre et contempla les �toiles. L�inspiration lui vint en cet instant de tristesse ; il invoqua ses mod�les spirituels. La lune, brillait sur les monuments et les pignons des cath�drales de Nuremberg. Il dit : � Vous avez permis � des hommes de transformer ici des d�bris de rocs en b�timents harmonieux et pleins de majest�, permettez-moi de rendre sur la toile ces saints envoy�s, que je porte en mon �me. �
Il vit alors l��glise Saint-Sebald se colorer de feu et des nuages bleus former un fond sur lequel se dessinaient les imposantes figures des quatre �vang�listes, et il dit : � Voil� les traits que j�ai en vain cherch� � retracer ! � N�est-ce pas l� un cas de m�diumnit� et, actuellement, ne voyons-nous pas le m�me fait se reproduire chez H�l�ne Smith, le m�dium de Gen�ve[32] ?
Il y aurait beaucoup � �crire sur la part des hautes inspirations dans l�art.
Ne faut-il pas voir aussi l�influence d�en haut dans cette puissance de la parole qui soul�ve et entra�ne les foules, comme le vent soul�ve les flots de la mer ? Elle semble surtout se manifester chez les orateurs aux hautes envol�es, qui, � certaines heures, sont comme soulev�s de terre et port�s sur de larges ailes ; ou bien chez ces improvisateurs aux p�riodes prestigieuses, au langage harmonieux, dont la parole coule en ondes press�es, ce que Cic�ron appelait � le fleuve du discours �.
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Le pouvoir de gu�rir par le regard, l�attouchement, l�imposition des mains, est aussi une des formes par lesquelles l�action spirituelle s�exerce sur le monde. Dieu, source de vie, est le principe de la sant� physique, comme il est celui de la perfection morale et de la supr�me beaut�. Certains hommes, par la pri�re et l��lan magn�tique, attirent � eux cet influx, ce rayonnement de la force divine qui chasse les fluides impurs, causes de tant de souffrances. L�esprit de charit�, le d�vouement pouss� jusqu�au sacrifice, l�oubli de soi-m�me, sont les conditions n�cessaires pour acqu�rir et conserver ce pouvoir, un des plus merveilleux que Dieu ait accord�s � l�homme.
Cette puissance, cette sup�riorit� de l�esprit sur la mati�re, s�affirme dans tous les temps. Vespasien gu�rit par l�imposition des mains un aveugle et un estropi�[33]. Les gu�risons d�Apollonius de Tyane ne sont pas moins c�l�bres. Toutes sont surpass�es par celles du Christ et de ses ap�tres, op�r�es en vertu des m�mes lois.
Dans les temps modernes, vers 1830, un saint pr�tre bavarois, le prince de Hohenlohe, poss�da cette facult� admirable. Il proc�dait toujours par la pri�re et l�invocation, et le bruit de ses cures retentit dans toute l�Europe. Il gu�rissait les aveugles, les sourds, les muets ; une foule de malades et d�infirmes, sans cesse renouvel�e, assi�geait sa demeure.
Plus pr�s de nous, d�autres thaumaturges attir�rent la foule des douloureux et des d�sesp�r�s. Cahagnet, Puys�gur, du Potet, Deleuze et leurs disciples firent des prodiges. Aujourd�hui encore, nombre de gu�risseurs, plus ou moins heureux, soignent, avec l�assistance des Esprits.
Ces simples, ces croyants sont des �nigmes et des g�neurs pour la science m�dicale officielle, si impuissante devant la douleur, malgr� ses pr�tentions orgueilleuses. Charcot, cet observateur subtil, � la fin de sa vie, reconnut leur pouvoir. Il �crivit, dans une revue anglaise, une �tude devenue fameuse : The faith healing, - la foi qui gu�rit. - En effet, la foi, qui est elle-m�me une source de vie, peut suffire � rendre la sant�. Les faits le d�montrent avec une �loquence irr�sistible. Dans les milieux les plus divers, des hommes de bien : le cur� d�Ars, M. Vigne, un protestant des C�vennes, le p�re Jean de Cronstadt ; d�autres encore, aussi bien dans les sanctuaires catholiques que dans ceux de l�Islam ou de l�Inde, ont obtenu par la pri�re des gu�risons innombrables.
Ceci le d�montre: au-dessus de toutes les �glises humaines, en dehors de tous les rites, de toutes les sectes, de toutes les formules, il est un foyer supr�me que l��me peut atteindre par les �lans de la foi ; elle y puise des forces, des secours, des lumi�res qu�on ne peut appr�cier ni comprendre, si on m�conna�t Dieu et ne veut pas prier. En r�alit�, la gu�rison magn�tique n�exige ni passes, ni formules sp�ciales, mais seulement le d�sir ardent de soulager autrui, l�appel sinc�re et profond de l��me � Dieu, principe et source de toutes les forces.
De ces consid�rations, un fait se d�gage : c �est que, perp�tuellement, dans tous les �ges, le monde invisible a collabor� avec le monde des vivants, d�vers� sur lui ses inspirations, ses secours. Les miracles du pass� sont les ph�nom�nes du pr�sent ; les noms seuls changent ; les faits spirites sont �ternels.
Ainsi tout s�explique, s��claire, se comprend. Sur le cadre immense du pass�, le penseur se penche, le flambeau du nouveau spiritualisme � la main ; et sous cette lumi�re, dans la profondeur des si�cles, la poussi�re des d�bris de l�histoire brille � son regard comme des �tincelles d�or.
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Le g�nie, avons-nous dit, est une m�diumnit� ; les hommes de g�nie sont des m�diums � des degr�s divers et dans des ordres diff�rents. Il y a, dans leurs facult�s, non seulement une grande vari�t� de formes, mais aussi une graduation et une hi�rarchie, comme dans tous les domaines de la nature et de la vie.
Les hommes de g�nie, volontairement ou non, consciemment ou non, sont en relation avec l�Au-del� ; ils en re�oivent les plus puissants effluves ; des inspirateurs invisibles les assistent et collaborent � leurs �uvres.
J�ajouterai que le g�nie est une m�diumnit� douloureuse. Nous l�avons vu, les plus grands m�diums ont �t� les plus grands martyrs. La mort de Socrate, le supplice de J�sus, le b�cher de Jeanne d�Arc sont quelques-uns de ces calvaires r�dempteurs qui dominent l�histoire.
Tous les grands hommes ont souffert. Ils ont �t�, suivant une parole c�l�bre, � d�illustres pers�cut�s �. Tout homme qui monte, s�isole ; et l�homme isol� souffre ; il est incompris. Un beau livre � �crire, ce serait celui des malheurs du g�nie ; on y verrait combien a �t� douloureuse la destin�e de tous les Christs de ce monde : Orph�e, d�chir� par les bacchantes ; Mo�se, enterr� vivant peut-�tre sur le N�bo ; Isa�e, sci� par la moiti� du corps ; Socrate, empoisonn� par la cigu� ; Colomb, encha�n� comme un malfaiteur ; le Tasse, enferm� avec des fous ; Dante, errant � travers les exils ; Milton, pauvre comme Job et aveugle comme Hom�re ; le Camoens, agonisant sur un grabat d�h�pital ; les grands inventeurs : Galil�e, incarc�r� par l�inquisition ; Salomon de Caus, Bernard Palissy, Jenner, Papin, Fulton et tant d�autres trait�s comme des insens�s ! Folie sublime, comme celle de J�sus, qu�H�rode fait couronner d��pines et rev�tir d�une robe de pourpre en signe de d�rision ! Telle est l�histoire du g�nie dans l�humanit�. Il y a l� des lois myst�rieuses, autrefois connues par les sages, maintenant oubli�es, et que la science spiritualiste contemporaine doit reconstituer par un long labeur et parmi beaucoup de contradictions ; car c�est la punition des peuples de reconqu�rir au prix de leurs sueurs, par leur sang, par leurs larmes, les v�rit�s perdues et les r�v�lations oubli�es. Mais revenons � l��tude psychique du g�nie.
Le g�nie est une m�diumnit� ; il en a d�abord le caract�re essentiel, qui est l�intermittence. Un homme sup�rieur ne l�est jamais � l��tat habituel ; le sublime � jet continu ferait �clater le cerveau. Les hommes de g�nie ont parfois des repos vulgaires. Il en est m�me qui n�ont �t� inspir�s qu�une fois dans leur vie ; ils ont �crit une oeuvre immortelle, puis se sont repos�s.
De nombreux exemples le d�montrent, la m�diumnit� g�niale ressemble � la m�diumnit� � incorporation. Elle est pr�c�d�e d�une sorte de trance, que l�on a appel�e justement � le tourment de l�inspiration �. Le mens divinior ne p�n�tre pas impun�ment dans l��tre mortel ; il s�y impose en quelque sorte par violence. Une sorte de fi�vre, un frisson sacr�, font tressaillir celui que l�Esprit vient visiter[34]. Des signes, des transports semblables � ceux qui agitaient la pythie sur son tr�pied, annoncent l�arriv�e du dieu : Ecce deus ! Tous les grands inspir�s : po�tes, orateurs, musiciens, artistes, ont connu cette surexcitation sibylline ; quelques-uns m�me en sont morts, Rapha�l en a �t� consum� � la fleur de son �ge. Il est de jeunes pr�destin�s dont l�enveloppe trop fragile n�a pu supporter la puissance des inspirations, surhumaines et qui sont tomb�s, � l�aube initiale de leur g�nie, comme la fleur d�licate que tue le premier rayon de soleil.
L��glise admet cette doctrine ; elle enseigne que, parmi ses auteurs sacr�s, les uns sont directement inspir�s, comme les proph�tes, les autres simplement assist�s. Cette distinction entre l�inspiration et l�assistance est repr�sent�e pour nous par les diff�rents degr�s de la m�diumnit�. Rappelons � ce sujet ce que nous avons expos� ailleurs[35]. L��glise a �t� spirite pendant les trois premiers si�cles. Les �p�tres de saint Paul et le livre des Actes des Ap�tres sont des manuels classiques de la m�diumnit�. La th�ologie scolastique est venue troubler la source pure des inspirations, en introduisant des �l�ments d�erreur dans la magnifique synth�se de doctrine hi�ratique des premiers �ges chr�tiens. L��uvre dite de Denys l�Ar�opagite est tout impr�gn�e de spiritisme. La vie des saints d�borde de la s�ve m�dianimique dont l��glise primitive fut remplie par le Christ et ses ap�tres. Les conseils de saint Paul aux Corinthiens sont des recommandations d�un chef de groupe � ses initi�s. Thomas d�Aquin dit avoir comment� ces �p�tres sous la dict�e m�me de l�ap�tre, il conversait avec un personnage invisible ; la nuit, sa cellule se remplissait d�une lumi�re �trange, et son disciple R�ginald, �tant mort, revint, trois jours apr�s, lui dire ce qu�il avait vu dans le ciel. Albert le Grand tenait sa science incomparable de la nature par mode d�infusion m�dianimique ; cette science lui fut retir�e subitement, comme elle lui avait �t� communiqu�e ; et, � l��ge de quarante ans, il redevint ignorant comme un enfant.
Joachim de Flore et Jean de Parme, son disciple, furent instruits par des visions et �crivirent, sous la dict�e d�un Esprit, l��vangile �ternel, qui contient en germe toute la r�v�lation de l�avenir. Les � litterati � de la Renaissance, Marsile Ficin, de Florence, Pic de la Mirandole, J�r�me Cardan, Paracelse, Pomponace et le puissant Savonarole se plong�rent dans la m�diumnit� comme dans un oc�an spirituel.
Le dix-septi�me si�cle eut aussi ses glorieux inspir�s. Pascal avait des extases ; Malebranche �crivit dans l�obscurit� d�une cellule close sa Recherche de la v�rit�. Descartes raconte lui-m�me que son syst�me g�nial du doute m�thodique lui fut r�v�l� par une intuition, soudaine, qui traversa sa pens�e avec la rapidit� d�un �clair[36]. Or, c�est � la philosophie cart�sienne, ainsi n�e d�une sorte de r�v�lation m�dianimique, que nous devons l��mancipation de la pens�e moderne, l�affranchissement de l�esprit humain emprisonn� depuis des si�cles dans la forteresse scolastique, v�ritable bastille du despotisme monastique et aristot�licien.
Ces grands illumin�s du dix-septi�me si�cle sont les pr�curseurs de Mesmer, de Saint-Martin, de Swedenborg, de l��cole saint-simonienne et de tous les ap�tres de la doctrine humanitaire, en attendant Allan Kardec et l��cole spiritualiste actuelle, dont les foyers innombrables s�allument sur tous les points de l�univers.
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Ainsi, le ph�nom�ne de la m�diumnit� remplit les �ges. Tant�t brillant d�un vif �clat, tant�t sombre et voil�, selon l��tat d��me des peuples, il n�a jamais cess� de guider l�humanit� dans le terrestre p�lerinage. Toutes les grandes �uvres sont filles de l�Au-del�. Tout ce qui a r�volutionn� le monde de la pens�e, amen� un progr�s intellectuel, est n� d�un souffle inspirateur.
Dans la hi�rarchie des intelligences, il existe une magnifique solidarit�. Les grands inspir�s se sont transmis, le long du chemin des si�cles, le flambeau de la m�diumnit� r�v�latrice et glorieuse. L�humanit� marche encore � la lueur cr�pusculaire de ces r�v�lations, � la clart� de ces feux allum�s sur les hauteurs de l�histoire par des �claireurs pr�destin�s.
Cette vue de l�histoire g�n�rale est grandiose et consolante ; elle prend l�allure et le caract�re d�un drame sacr�. Dieu envoie sa pens�e au monde par des messagers qui descendent sans cesse les degr�s de l��chelle des �tres et vont porter aux hommes la communication divine, comme les astres envoient � la terre, � travers les profondeurs, leurs subtiles radiations. Ainsi tout se relie dans le plan universel. Les mondes sup�rieurs font l��ducation des mondes inf�rieurs. Les Esprits c�lestes se font les instructeurs des humanit�s arri�r�es. L�ascension des mondes d��preuve vers les mondes r�g�n�rateurs est le plus beau spectacle qui puisse s�offrir � l�admiration du penseur.
Depuis les sph�res les plus hautes et les plus brillantes jusqu�aux r�gions les plus obscures et les plus basses ; depuis les Esprits les plus radieux jusqu�aux hommes les plus grossiers, la pens�e divine descend dans une cascade de lumi�re et dans une effusion d�amour.
Par cette doctrine ou, plut�t, par cette vision de la solidarit� intellectuelle des �tres, nous comprenons tout ce que nous devons � nos anc�tres spirituels, aux glorieux m�diums qui ont sem�, par le labeur douloureux du g�nie, ce que nous r�coltons, ce que d�autres recueilleront mieux encore dans l�avenir.
Ces pens�es doivent nous inspirer une pi�t� reconnaissante pour les morts augustes qui ont assur� le progr�s du monde.
Nous vivons en des temps troubl�s, o� l�on ne sent plus gu�re ces choses. Tr�s peu, parmi nos contemporains, s��l�vent jusqu�� ces sommets, du haut desquels, comme d�un promontoire, on aper�oit le vaste oc�an des �ges, le flux et le reflux harmonieux des �v�nements.
L��glise, devenue une soci�t� politique, n�a pas su appliquer aux besoins moraux de l�humanit� ces v�rit�s profondes et ces lois de l�invisible. Les sacerdoces sont impuissants � nous relever, car eux-m�mes ont oubli� les mots sacr�s de l�antique sagesse et le secret des � myst�res �. La science moderne s�est ab�m�e jusqu�ici dans le mat�rialisme et le positivisme exp�rimental. L�Universit� ne sait pas dispenser, par la voix de ses ma�tres, l�enseignement r�g�n�rateur qui trempe les �mes et les pr�pare aux grandes luttes de la vie. Les soci�t�s secr�tes, elles aussi, ont perdu le sens des traditions qui justifiaient leur existence, elles en pratiquent encore les rites, mais l��me qui les vivifiait s�est envol�e vers d�autres cieux.
Il est temps qu�un souffle nouveau passe sur le monde et rende la vie � ces formes us�es, � ces enveloppes dess�ch�es. Seules, la science et la r�v�lation des Esprits peuvent donner � l�humanit� la notion exacte de ses destin�es.
Un grand travail s�accomplit en ce sens � l�heure pr�sente ; une oeuvre puissante s��labore. L��tude constante et approfondie du monde invisible, qui est aussi le monde des causes, sera la grande ressource et le r�servoir in�puisable o� devront s�alimenter la pens�e et la vie. La m�diumnit� en est la clef. Par cette �tude, l�homme arrivera � la vraie science et � la vraie croyance, celles qui ne s�excluent pas l�une l�autre, mais s�unissent pour se f�conder ; par l� aussi une communion plus intime s��tablira entre les vivants et les morts, et des secours plus abondants d�couleront des espaces vers nous. L�homme de demain saura comprendre et b�nir la vie ; il ne craindra plus la mort. Il r�alisera par ses efforts le r�gne de Dieu, c�est-�-dire de la paix et de la justice sur la terre, et, parvenu au terme de l��tape, son dernier soir sera lumineux et calme comme le coucher des constellations � l�heure o� l�aube matinale commence � poindre � l�horizon.
[1] Selon l'�criture, � proph�tiser � ne signifie pas seulement pr�dire ou deviner, mais encore �tre m� par un Esprit bon ou mauvais (I, Reg., trad. Glaire, chap. XVIII, 10). On trouve souvent ces expressions dans la bouche des proph�tes : � Le fardeau du Seigneur est tomb� sur moi �, ou bien, � l'Esprit du Seigneur est entr� en moi �. Ces termes indiquent clairement la sensation qui pr�c�de la trance, puis la prise de possession du m�dium par l'Esprit. Et encore ceci : � J'ai vu et voici ce que dit le Seigneur � (ce qui d�signe les m�diumnit�s voyante et auditive simultan�es). � Si quelqu'un parmi vous est proph�te, je lui appara�trai en vision. � (Nombres, chap. XII, 67.) � Je placerai mes paroles dans sa bouche. � (Deut., XVIII, 18.) � L'Esprit m'a enlev� et port� jusqu'� lui. � (Ez�chiel, III, 14.) Cas de l�vitation qui s'applique �galement � l'ap�tre Philippe. Comme de nos jours, la m�diumnit� se r�pandait �galement sur les deux sexes. Il y avait des proph�tes et des proph�tesses. Parmi celles-ci, les plus c�l�bres sont Marie, s�ur de Mo�se, D�borah, Holda, Anne, m�re de Samuel, Abiga�l, Esther, Sara, R�becca et Judith.
[2] Voir, pour les �coles de proph�tes, l'�tude tr�s document�e du cardinal MEIGNAN, les Proph�tes d'Isra�l, consid�rations pr�liminaires, pp. 14 et suiv. Lecoffre, �dit.
[3] Dans la vision proph�tique, les plans visuels successifs sont souvent intervertis, et les lois de la perspective boulevers�es. C'est ce qui rend si obscurs les oracles proph�tiques de tous les temps, les oracles bibliques en particulier.
Tous les �v�nements de l'histoire sont pr�vus par Dieu et grav�s dans sa lumi�re. La grande difficult� est de pouvoir et de savoir les lire ; car il est tr�s difficile de distinguer le pass� de l'avenir dans cette vision rapide. C'est pourquoi l'oracle parle toujours au pass� m�me lorsqu'il s'agit du pr�sent. Ainsi la grande �pop�e humaine, avec ses drames, ses �pisodes si multiples et si mouvement�s, est inscrite dans la lumi�re divine, d'o� elle peut se refl�ter, en se concr�tant, dans le cerveau du voyant.
[4]Que ce soit une voix, une lumi�re, une vision ou tout autre ph�nom�ne, le voyant s'�crie : � J'ai vu Dieu. � Jacob lutte avec un inconnu et il dit : � J'ai vu Dieu face � face. � (Gen., XXXII, 30.) Au chapitre XVIII nous lisons : � L'�ternel apparut � Abraham pendant la chaleur du jour ; car voici, trois hommes parurent pr�s de lui. � Ces hommes discutent avec Abraham et accompagnent Loth. Il est �vident que le texte veut dire des hommes de Dieu ou des Esprits.
� J'ai vu un Dieu monter de la terre �, dit la pythonisse d'Endor � Sa�l. On sait qu'il s'agit ici de l'esprit de Samuel ; le doute n'est pas possible (I, Rois, XXVII, 7-20). Samuel pr�dit � Sa�l sa mort prochain et celle de ses fils, �v�nement qui se r�alisa.
[5] IV, Esdras, X, 41 �. 44.
[6] Rois, XVI, 14.
[7] L. DENIS, Christianisme et Spiritisme, pp. 57 et suiv.
[8] Nous disons par corruption Mahomet.
[9] Voir BARTHELEMY SAINT-HILAIRE, Mahomet et le Coran, pp. 103, 158.
�Le Coran �, dit-il, � est rest� le plus beau monument de la langue dans laquelle il a �t� �crit, et je ne vois rien de pareil dans l�histoire religieuse de l'humanit�. C'est ce qui explique l'influence �norme que ce livre a eue sur les Arabes ; ils sont convaincus que Mahomet, dont l'instruction �tait rudimentaire, ne pouvait �crire ce livre et qu'il lui a �t� dict� par un ange. �
[10] Koran, chap. LIII, 1 � 1l. Trad. de Kasimirski.
[11]CAUSSIN DE PERCEVAL, Essai sur l'histoire des Arabes.
[12]E. BONNEMERE, l'Ame et ses manifestations � travers l'histoire, p. 210.
[13] ROSELLY DE LORGUES, Christophe Colomb, p. 465.
[14]Proc�s, t. I, pp. 162 � 176.
[15] V. HUGO, W. Shakespeare, p. 50.
[16]BERTHELOT, Louis M�nard et son oeuvre, p. 64.
[17] Selon une th�se r�cente, les principales �uvres de Shakespeare devraient �tre attribu�es au chancelier Bacon. D'autres critiques, se basant sur les relations du chancelier avec les occultistes et les kabbalistes du temps, font de Shakespeare le m�dium de Bacon. Quoi qu'il en soit, les faits signal�s n'en gardent pas moins tout leur int�r�t et leur signification.
[18]FELIX RABE, Vie de Shelley.
[19] � Wie ein Schlafwandler �, dit Goethe, d'apr�s l'Occult Review.
[20]Annales politiques et litt�raires, 25 juillet et 22 ao�t 1897.
[21]PAUL MARIETON, Une Histoire d'amour, 1897, p. 168.
[22] G. SAND, Elle et Lui, XII.
[23] Mme COLET, Lui, XXIII, pp. 368, 369, et cf. M�langes de litt�rature et de critique (Concert de Mlle Garcia, 1839).
[24] ID., Ibid., XXIII, pp. 369-381
[25] G. SAND, Elle et Lui, VIII et XI, Mme COLET, Lui, VI, VII et XXIII.
[26] FLAMMARION, l'Inconnu et les Probl�mes psychiques, p. 373.
[27] Histoire de la litt�rature fran�aise, de PETIT DE JULLEVILLE. Article d'Em. des Essarts sur Chateaubriand, t. VII, p. 4.
[28] Revue latine et Journal des D�bats du 6 septembre 1903.
[29] V. HUGO, William Shakespeare, pp. 49-50.
[30] Voir chap. XVII.
[31] Le Journal, 5 ao�t 1899.
[32] Paix Universelle, 15 novembre 1910.
[33] TACITE, Hist., lib. IV, cap. 81.
[34] LAMARTINE (XIe M�ditation, l�Enthousiasme) a d�crit cet �tat en des vers superbes :
[35] Voir Christianisme et Spiritisme, chap. IV et V.
[36] Voir ses Olympiques. M. A. Fouill�e, dans sa biographie de Descartes, p. 12 (Hachette, �dit., 1893), �crit au sujet de cette inspiration : � Il (Descartes) la consid�rait comme une r�v�lation de l'esprit de v�rit� sur la voie qu'il devait suivre. Car il avait l'imagination ardente, une sorte d'exaltation int�rieure qui allait, dit Voltaire, jusqu'� la singularit� !... Dans une de ses notes, il �crit au sujet de ce jour d�cisif, par reconnaissance pour ce qu'il croyait �tre une inspiration divine : Avant la fin de novembre, j'irai � Lorette et je m'y rendrai � pied de Venise. �
Ainsi quand tu fonds sur mon �me,
Enthousiasme, aigle vainqueur,
Au bruit de tes ailes de flamme
Je fr�mis d'une sainte horreur ;
Je me d�bats sous ta puissance,
Je fuis, je crains que ta pr�sence
N'an�antisse un c�ur mortel,
Comme un feu que la foudre allume
Qui ne s'�teint plus et consume
Le b�cher, le temple et l'autel.
Mais � l'essor de la pens�e
L'instinct des sens s'oppose en vain
Sous le dieu mon �me oppress�e
Bondit, s'�lance et bat mon sein.
La foudre en mes veines circule.
�tonn� du feu qui me br�le,
Je l'irrite en le combattant
Et la lave de mon g�nie
D�borde en torrents d'harmonie
Et me consume en s'�chappant.
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