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Allan Kardec a dit, à ce sujet, dans le Livre des Esprits, nï 392 : « Pourquoi l'Esprit incarné perd-il le souvenir du passé ? »
« L'homme ne peut ni ne doit tout savoir ; Dieu le veut ainsi dans sa sagesse. Sans le voile qui lui couvre certaines choses, l'homme serait ébloui, comme celui qui passe sans transition, de l'obscurité à la lumière. Par l'oubli du passé il est plus lui-même »
N° 395 : « Pouvons-nous avoir quelques révélations sur nos existences antérieures ? »
« Pas toujours. Plusieurs savent cependant ce qu'ils ont été et ce qu'ils faisaient ; s'il leur était permis de le dire hautement ils feraient de singulières révélations sur le passé. »
N° 396 : « Certaines personnes croient avoir un vague souvenir d'un passé inconnu qui se présente à elles comme l'image fugitive d'un songe que l'on cherche en vain à saisir. Cette idée n'est-elle qu'une illusion ? »
« C'est quelquefois réel ; mais souvent aussi, c'est une illusion contre laquelle il faut se mettre en garde, car cela peut être l'effet d'une imagination surexcitée. »
N° 430 : « Puisque la clairvoyance du somnambule est celle de son âme ou de son Esprit, pourquoi ne voit-il pas tout, et pourquoi se trompe-t-il souvent ? »
« D'abord il n'est pas donné aux Esprits imparfaits de tout voir ; de tout connaître ; tu sais bien qu'ils participent encore de vos erreurs et de vos préjugés, et puis, quand ils sont attachés à la matière ils ne jouissent pas de toutes les facultés de l'Esprit. Dieu a donné à l'homme cette faculté dans un but utile et sérieux et non pas pour lui apprendre ce qu'il ne doit pas savoir ; voilà pour quoi les somnambules ne peuvent pas tout dire. »
Page 190:« L'expérience montre que les somnambules reçoivent aussi des communications d'autres Esprits qui leur transmettent ce qu'ils doivent dire et suppléent à leur insuffisance. Cela se voit surtout dans les prescriptions médicales ; l'Esprit du somnambule voit le mal, un autre indique le remède. Cette double action est quelques fois patente et se révèle, en outre, par ces expressions assez fréquentes : on me dit de dire, ou l'on me défend de dire telle chose. Dans ce dernier cas, il y a toujours danger à insister pour obtenir une révélation refusée, parce que on donne prise aux Esprits légers qui parlent sans scrupule et sans se soucier de la vérité.»
Sur ce même problème : l'oubli du passé, Allan Kardec a dit aussi dans Qu'est-ce que le Spiritisme, page 71 : « Tout s'enchaîne dans le Spiritisme, et quand on suit l'ensemble, on voit que les principes découlent les uns des autres, se servent mutuellement d'appui ; et alors, ce qui paraissait une anomalie contraire à la justice et à la sagesse, semble tout naturel et vient confirmer cette justice et cette sagesse.
Tel est le problème de l'oubli du passé qui se rattache à d'autres questions d'une égale importance, c'est pourquoi je ne ferai que l'effleurer ici.
Si à chaque existence un voile est jeté sur le passé, l'Esprit ne perd rien de ce qu'il a acquis dans le passé ; il n'oublie que la manière dont il l'a acquis. Pour me servir de la comparaison de l'écolier, je dirai que peu importe pour lui de savoir où et comment et sous quel professeur il a fait sa cinquième, si, en arrivant en quatrième, il sait ce que l'on apprend en cinquième. Que lui importe de savoir qu'il a été fustigé pour sa paresse et son insubordination, si ces châtiments l'ont rendu laborieux et docile ? C'est ainsi qu'en se réincarnant, l'homme apporte par intuition et comme idées innées, ce qu'il a acquis en science et en moralité. Je dis en moralité car si pendant une existence il s'est amélioré, s'il a profité des leçons de l'expérience, quand il reviendra il sera instinctivement meilleur, son Esprit mûri à l'école de la souffrance et par le travail, aura plus de solidité ; loin d'avoir tout à recommencer il possède un fonds de plus en plus riche sur lequel il s'appuie pour acquérir davantage.
L'oubli temporaire est un bienfait de la Providence ; l'expérience est souvent acquise, par de rudes épreuves et de terribles expiations dont le souvenir serait très pénible et viendrait s'ajouter aux angoisses des tribulations de la vie présente. Si les souffrances de la vie paraissent longues que serait-ce donc si leur durée s'augmentait du souvenir des souffrances du passé ?
Vous, par exemple Monsieur, vous êtes aujourd'hui un honnête homme, mais vous le devez aux rudes châtiments que vous avez subis pour des méfaits qui maintenant répugneraient à votre conscience ; vous serait-il agréable de vous souvenir d'avoir été pendu pour cela ? La honte ne vous poursuivrait-elle pas en songeant que le monde sait le mal que vous avez fait ? Que vous importe ce que vous avez pu faire et ce que vous avez pu endurer pour l'expier, si maintenant vous êtes un homme estimable ! Aux yeux du monde vous êtes un homme nouveau, et aux yeux de Dieu un Esprit réhabilité. Délivré du souvenir d'un passé importun, vous agissez avec plus de liberté ; c'est pour vous un nouveau point de départ ; vos dettes antérieures sont payées, c'est à vous de n'en pas contracter de nouvelles.
Que d'hommes voudraient ainsi pouvoir, pendant la vie, jeter un voile sur leurs premières années. Combien se sont dit, sur la fin de leur carrière : « Si c'était à recommencer, je ne ferais pas ce que j'ai fait ! ». Eh bien ! Ce qu'ils ne peuvent pas refaire dans cette vie, ils le referont dans une autre ; dans une nouvelle existence, leur Esprit apportera, à l'état d'intuition, les bonnes résolutions qu'ils auront prises, c'est ainsi que s'accomplit graduellement le progrès de l'humanité.
Supposons encore, ce qui est un cas très ordinaire, que, dans vos relations, dans votre intérieur même, se trouve un être dont vous avez eu à vous plaindre, qui peut-être vous a ruiné ou déshonoré dans une autre existence et qui, Esprit repentant, vienne s'incarner au milieu de vous, s'unir à vous par des lien de la famille pour réparer ses torts, envers vous par son dévouement et son affection, ne seriez-vous pas mutuellement dans la plus fausse position si, tous les deux, vous vous souveniez de vos inimitiés ? Au lieu de s'apaiser, les haines s'éterniseraient.
Concluez de là que le souvenir du passé porterait la perturbation dans les rapports sociaux et serait une entrave au progrès. En voulez-vous une preuve actuelle ? Qu'un homme condamné aux galères prenne la ferme résolution de devenir honnête ; qu'advient-il à sa sortie ? Il est repoussé de la société et cette répulsion le rejette presque toujours dans le vice. Supposons, au contraire que tout le monde ignore ses antécédents, il sera bien accueilli. Si lui-même pouvait les oublier, il n'en serait pas moins honnête et pourrait marcher la tête levée, au lieu de la courber sous la honte du souvenir.
Ceci concorde parfaitement avec la doctrine des Esprits sur les mondes supérieurs au nôtre. Dans ces mondes où ne règne que le bien, le souvenir du passé n'a rien de pénible, voilà pourquoi on s'y souvient de son existence précédente, comme nous nous souvenons de ce que nous avons fait la veille. Quand au séjour qu'on a pu faire dans les mondes inférieurs, ce n'est plus qu'un mauvais rêve ».
C'est avec juste raison que le souvenir du passé nous a été retiré, il n'y a donc aucun motif raisonnable de vouloir le poursuivre quand même contre les ordres de la Providence. Ce n'est donc pas dans cette voie qu'il nous faudra chercher des faits nouveaux et probants venant confirmer la théorie de la pluralité des existences passées. Nous les trouverons plus sûrement dans les cas particuliers, dans ces réminiscences du passé, qui se produisent parfois chez certains sujets et sont d'autant plus probantes qu'elles sont spontanées et peuvent être vérifiées et contrôlées.
Il nous importe peu pour le moment de savoir ce que nous avons pu être dans le passé. Le point capital pour nous est d'acquérir la preuve, la certitude que nous avons déjà vécu d'autres existences corporelles, que nous devrons nous réincarner encore bien des fois avant d'atteindre le perfectionnement moral, vers lequel nous nous acheminons tous plus ou moins, lentement. Ce que nous devons savoir aussi c'est que les conditions de notre existence actuelle sont le résultat de nos existences précédentes, et que, dans notre existence présente, par nos faits et gestes par nos actions bonnes ou mauvaises, nous préparons les conditions favorables ou douloureuses, qui nous seront faites dans nos existences à venir. Mais, sur ce point j'arrête mes réflexions personnelles et cède la parole à notre Maître à tous, Allan Kardec, plus autorisé que qui que ce soit, pour traiter cette importante question de la Réincarnation.
Je prends ses enseignements dans le Livre des Esprits, dans L'Evangile selon le Spiritisme, dans la Genèse et aussi dans les différentes années de la Revue Spirite où cette question a été traitée par lui si magistralement. Puisse ce travail atteindre le triple but que je me suis proposé : 1° Propager la grande loi de la pluralité des existences corporelles successives, autrement dit, la Réincarnation ; 2° En exposer les preuves philosophiques et morales et les preuves matérielles ; 3° Amener tous les Spirites ou soi-disant tels à relire souvent et étudier les ouvrages d'Allan Kardec et Léon Denis où sont exposées avec tant de méthode et d'autorité toutes les questions qui intéressent la Doctrine Spirite.
Lorsqu'on veut étudier le Christianisme, on doit avoir recours aux Evangiles et aux actes des Apôtres ; pour connaître, la religion de Mahomet il faut l'apprendre dans le Coran ; les Juifs interrogent le Talmud pour ce qui concerne leurs rites ; les Boudhistes s'en réfèrent aux Vedas ; les Kabalistes au Zohar, etc...
Pourquoi seuls les Spirites cherchent-ils ailleurs que dans les ouvrages du Fondateur de nôtre philosophie les principes sur lesquels ils veulent établir leurs convictions ?
De cette faute, de cette erreur initiale, découlent la tiédeur de leurs convictions et leur manque de cohésion ; de là aussi la coupable lenteur que nous apportons à la diffusion de notre philosophie. Eh ! Comment pourrions-nous la proclamer hautement, quand beaucoup de prétendus adeptes ont souvent honte de s'avouer tout simplement Spirites ?
Sachons-le, mes amis, ce n'est qu'en puisant nos enseignements à leur source vraie, c'est-à-dire dans les ouvrages d'Allan Kardec et de Léon Denis, que nous pouvons et que nous devons étudier la Doctrine Spirite si nous voulons la connaître intacte et sans aucun alliage. C'est aussi en étudiant ces maîtres, avec toute l'attention qu'ils méritent, que nous pourrons les apprécier à leur juste valeur et leur rendre les tributs de reconnaissance et d'admiration qui leurs sont dus. Ce n'est aussi qu'en suivant leurs leçons que nous pourrons acquérir ces convictions fortes qui nous feront régler notre conduite sur nos principes. Elles, seules, nous donneront la foi des vrais apôtres[1].
[1] C'est pour faciliter à tous cette étude sur la réincarnation que j'ai réuni, ci-après, tous les enseignements d'Allan Kardec ayant trait à ce sujet.
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