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La généreuse Providence des Cieux
Implanta dans chaque c�ur le désir
De choses nouvelles et étranges, pour nous engager
A poursuivre, par un travail continuel,
Les rivages sacrés, qui attendent 1'âme arrivée à la perfection
Dans le sein inépuisable de la Vérité.
A. KENSIDE
Un soir, pour une raison quelconque nous étions assis dans l'obscurité. Nous avions commencé la séance en plein crépuscule, et, lorsque vint la nuit personne ne proposa de faire de la lumière.
Ayant eu l'idée de regarder la partie de la chambre la plus sombre, il me sembla voir une curieuse luminosité nuageuse, parfaitement distincte, dans l'obscurité. Je la surveillai pendant une ou deux minutes sans rien dire, en me demandant d'où elle provenait et quelle pouvait en être la cause. Je supposai que c'était une réflexion du réverbère allumé dans la rue, bien que jamais je ne l'eusse remarquée auparavant. Tandis que je surveillais le nuage lumineux, celui-ci sembla se condenser, devenir compact et enfin revêtir la forme d'une enfant, éclairée comme par la lumière du jour, une lumière semblant venir non du dehors, mais du dedans, l'obscurité de la chambre servant de fond et mettant en relief chaque contour et chacun des traits de la figure. J'appelai l'attention des autres sur cette étrange apparition, et je ne fus pas médiocrement surprise lorsqu'ils déclarèrent ne rien voir du tout, ni enfant, ni luminosité.
- « Comme c'est étrange, fis-je, je la vois si bien que je pourrais faire son portrait si j'avais du papier et des crayons. »
- « Voici du papier et un crayon, » me dit ma voisine la plus proche. Me saisissant de ces objets, je commençai en hâte à esquisser la tête, les traits et les épaules de la petite visiteuse qui semblait très bien comprendre ce que je faisais.
- « Je crois que c'est Ninia, » remarquai-je, et aussitôt la petite créature affirma vivement de la tête. Je me mis à rire et à exprimer le plaisir que j'en éprouvais, et le dessin fini je le contemplai avec quelque orgueil.
- « Ne trouvez-vous pas que c'est très ressemblant ? » demandai-je à M. F., mon voisin.
- « Il est difficile d'en juger dans l'obscurité, répondit-il. Faisons de la lumière et l'on verra. »
Alors, pour la première fois, je me rappelai que nous étions assis dans l'obscurité la plus noire, et je commençai à penser que j'avais dormi et rêvé de l'enfant lumineuse, et rêvé que mon dessin était ressemblant.

Je tenais nerveusement le papier, craignant que la lumière des bougies ne tombât sur une feuille de papier d'un blanc immaculé. Mais non ! Le dessin y était; je n'avais pas rêvé. Le visage de Ninia nous souriait sur le papier comme elle m'avait souri de son coin sombre. J'avais saisi ses traits très habilement, et je me sentais fière de mon ouvrage.
- « Je puis comprendre que vous ayez vu l'enfant, remarqua quelqu'un, mais je ne puis comprendre que vous ayez pu esquisser son portrait dans l'obscurité. »
Moi-même, je ne pouvais le comprendre. Tout ce que je savais, c'est qu'il ne faisait pas sombre pour moi. Je voyais l'enfant, je voyais le papier et le crayon, sans penser à autre chose; et, dans ce court moment, je ne me sentais sûre de rien. Il me fallait jeter un regard sur l'esquisse pour me convaincre que toute cette histoire ne fût point un rêve.
Ce développement nouveau de ma médiumnité fut une source de joies pour moi, et j'apportai un plus grand intérêt encore à nos séances du soir. Nous demandions à nos amis les esprits de « poser pour leurs portraits, » et nous prenions place, bien approvisionnés de papier et de crayons. Comme nous entrions en été, il devint nécessaire d'assombrir les fenêtres, et nous remarquâmes que les formes lumineuses étaient d'autant plus nettes que l'obscurité de la pièce était plus complète. Ce fut au moins mon opinion, car les autres continuaient à rester obstinément aveugles, ne s'apercevant jamais de la présence de nos hôtes.
Pendant les quelques mois suivants, nos soirées furent entièrement employées à prendre ces portraits. Parfois les formes disparaissaient à ma vue, avant que j'eusse le temps de reproduire leurs traits sur le papier ; parfois je réussissais à esquisser plusieurs portraits pendant une soirée. Si quelque étranger assistait à l'une de nos séances, presque toujours des esprits étrangers y apparaissaient, et je réussissais souvent à faire leurs portraits. En général, ces esquisses étaient immédiatement reconnues et réclamées par les amis de ces esprits. Je gardai les quelques-unes d'entre elles qui ne furent point reconnues. Elles n'étaient point nombreuses. Stafford, Walter, John Harrisson et Ninia furent les premiers à poser - et les dessins que j'en fis sont mes trésors les plus appréciés.
La nouvelle de ce développement particulier de ma médiumnité se répandit bientôt, et je me trouvai, à mon grand ennui, obsédée de visites et de correspondance. De toutes parts, on désirait des portraits d'amis perdus, et l'on semblait croire que je n'avais qu'à fermer les yeux et me mettre à l'�uvre pour fournir des dessins à tout le monde. De différents pays m'arrivèrent des lettres implorant mon secours, me suppliant d'envoyer des portraits de quelque cher disparu. J'essayai de satisfaire tous ces malheureux, mais, à part quelques rares exceptions, je le fis sans succès.
Je reçus entre autres une lettre d'Egypte. Elle venait d'un Hongrois, spiritualiste, accoutumé à avoir des séances spirites chez lui et de fréquentes communications avec un fils bien-aimé qu'il avait perdu : « Mon fils me dit, écrivait-il, que, si je vous envoie un petit objet lui ayant appartenu, il sera capable de se rendre visible à vos yeux et que vous pourrez en faire un portrait. »
La lettre contenait un petit mouchoir de soie, que je gardai dans la main pendant ma prochaine séance de nuit. J'attendis patiemment l'événement promis, mais je ne vis rien pendant un temps très long. Puis la silhouette d'un soldat se dessina faiblement dans l'obscurité. Ce n'était pas là ce que j'attendais, mais, à défaut d'autre chose, j'esquissai en hâte les contours de cette apparition. Cependant sa figure s'évanouit avant que j'eusse pu faire davantage, et le dessin resta inachevé.
Pendant plusieurs semaines, je gardai le mouchoir avec moi pendant nos séances, mais sans aucun succès. Un jour quelqu'un me demanda : « Savez-vous quel âge avait le fils de cet homme ? » - Je n'en savais rien. - « N'est-ce point possible alors que ce soit ce jeune soldat que vous avez commencé de dessiner ? »
Je n'en avais eu aucune idée, ayant tout le temps pensé à un enfant. J'écrivis donc au père pour lui demander certains détails, mais je n'en reçus aucune réponse. Et le portrait inachevé du jeune soldat est encore dans mon album, n'ayant pas été réclamé.
Pendant, que je m'occupais de cet étrange travail consistant à reproduire les traits de citoyens d'un autre monde, je m'avisai de l'imperfection de mes dessins, et je pris l'habitude de passer une ou deux heures par jour à dessiner, pour faire progresser mon petit talent. Je travaillai sérieusement pendant plusieurs mois, mais, cela est étrange à dire, à mesure que je perfectionnais mon travail, à mesure mon pouvoir de distinguer les formes lumineuses semblait décroître. Finalement ce fut une rareté, pour moi que d'obtenir un portrait ; et de plus cela sembla éprouver mes nerfs en me causant un violent mal de tête que je conservais un ou deux jours encore après la séance. À contrec�ur je me vis donc contrainte à abandonner mes essais. Certes ce don pouvait m'être rendu occasionnellement. Parfois, pendant des semaines j'étais capable de faire de ces portraits d'esprits. Puis je me sentais de nouveau épuisée pour des jours entiers après une séance. Aussi, bien que j'arrivasse toujours approvisionnée du matériel nécessaire, c'était sans l'illusion de pouvoir m'en servir.
À cette époque, notre cercle subit quelques changements. Plusieurs de ses membres avaient quitté la ville, d'autres l'Angleterre, et de nouveaux assistants se trouvaient autour de la table. Il ne restait qu'un petit nombre des anciens membres qui, depuis le début de nos expériences, n'avaient jamais abandonné leurs sièges. Nos études entrèrent dans une nouvelle phase à l'arrivée d'un nouveau visiteur, poussé par le désir d'obtenir un portrait, ou tout au moins d'être présent à l'exécution de l'un de mes dessins. Ce M. Barkas était un homme connu, voire une célébrité. Il possédait des connaissances variées ; il était ami des arts, observateur intelligent et consciencieux, prenant un grand et philanthropique intérêt au développement de la classe ouvrière. Il avait fondé à Newcastle une galerie artistique, un salon de lecture et une bibliothèque, et n'était jamais las de rechercher tout ce qui pouvait lui attirer des visiteurs et contribuer en même temps à leur éducation. De plus il donnait de fréquentes conférences sur les sujets d'actualité occupant l'attention du public. Ces conférences, quelque aride que pût en être le sujet, intéressaient toujours par la façon dont il les présentait. Dès qu'il en occupait la tribune, les salles de conférences, aussi grandes qu'elles fument, étaient remplies jusqu'au dernier siège par un public attentif et intelligent.
M. Barkas, F.-G.-S. était spirite. Il n'essayait point d'imposer sa foi, à qui que ce fût, dans l'existence d'un monde spirituel; mais, en dépit de sa réserve, ses croyances étaient un fait bien connu de tous, et, vu sa qualité d'homme considéré, il était parfois tourné en ridicule d'une manière peu agréable, ce qu'il acceptait avec une inaltérable bonne humeur.
Il devint membre de notre petit cercle intime dans l'espérance de voir quelque chose de nouveau, mais pendant plusieurs soirées, son espoir fat déçu. Enfin, tout à fait à l'improviste, je fus capable de voir et de dessiner le portrait d'une bonne vieille dame qui se disait être de ses parentes. Lui cependant ne la reconnut qu'à son costume, pouvant avoir appartenu à sa grand' mère dont il n'avait conservé qu'un faible souvenir.
Pendant une de ces soirées, et dans l'attente de ce qui pourrait se produire, M. Barkas parla d'une série de douze conférences qu'il voulait faire dans une grande salle du voisinage. Dans la conversation qui suivit, nous comprîmes que ces conférences étaient destinées à vulgariser les connaissances scientifiques dans le public. La première devait traiter de l'électricité, ses usages et applications, ou quelque chose de semblable. M. Barkas nous mentionna les points qu'il voulait essayer de démontrer à ses auditeurs, au moyen d'expériences pratiques. Il nous parla des différentes théories qui avaient été émises pour expliquer ces divers phénomènes. Pendant cette conversation que je suivais attentivement, mais silencieusement, je tenais à la main un crayon au-dessus d'une feuille de papier à dessin, toute prête à esquisser le modèle qui pourrait se présenter. Je sentis ma main devenir froide et engourdie; puis le crayon se mit à écrire, et nous lûmes ces mots - « Puis-je vous demander quelles sont les théories particulières que vous vous proposez de soutenir et de populariser? »
- « Ceci s'adresse à moi, je présume, fit M. Barkas me regardant avec un sourire. Vous intéressez-vous à ces questions ? »
- « Non - oui - je n'en sais rien, répondis-je. Ce n'est pas moi, c'est Stafford qui vous interroge. »
- « Très bien, alors, dit M. Barkas, si cela intéresse M. Stafford, je causerai volontiers avec lui. »
Suivit alors une longue explication concernant différentes théories, leurs mérites et leurs défauts, et concluant par une dissertation sur ses propres vues à lui et sur les raisons qui l'y avaient amené. J'avais essayé de suivre avec attention ces développements, car M. Barkas semblait, s'adresser à moi, mais je ne tardai pas à en perdre le fil, et je me sentis complètement embrouillée par la répétition de termes techniques dont je ne comprenais pas plus la signification que s'ils eussent été de l'hébreu.
Dès qu'il eut conclu, ma main écrivit d'une manière nette, et sans hésiter, ces mots : « Vous vous trompez ; tant que vous ne pousserez pas plus loin vos expériences, elles sembleront bien soutenir votre théorie ; mais allez plus loin, faites les expériences que je vous proposerai, avec votre assentiment, et vous trouverez que vos théories n'étaient même pas discutables.
M. B. - « Vous semblez bien au courant de cette question ; peut-être pourriez-vous m'instruire au lieu de vous renseigner auprès de moi ? »
Stafford. - « Je sais peu de choses, mais j'ai beaucoup lu et quelque peu expérimenté; aussi ces questions m'intéresseront-elles toujours. Il est possible que j'aie remarqué certaines choses ayant échappé à votre attention, et vice versa ; si je puis vous aider, en quelque manière, j'en serai très heureux. »
Certes, cette façon de renverser les rôles était bien inattendue pour notre savant ami. J'estime que nous nous sentions tous un peu scandalisés devant la froide supériorité de Stafford, car nul de nous ne se fût avisé de mettre en doute les connaissances scientifiques de M. Barkas, ou l'exactitude des théories qu'il se plaisait à soutenir. En même temps, je me sentais, bien qu'en secret, fortement portée en faveur de Stafford, et j'étais anxieuse de savoir comment il sortirait, à son honneur, de cette situation.
J'imagine que le même sentiment préoccupait les autres membres de notre cercle, car, lorsque, après presque trois heures de discussion, M. Barkas dit à Stafford : « Eh ! bien, mon ami, je vais suivre votre conseil, et je choisirai un autre sujet de conférence ; de plus je vais faire les expériences que vous me suggérez, et je verrai ce qui en résultera ». Une grande satisfaction se traduisit dans la contenance et les paroles du reste des assistants.
Nos séances prirent un caractère tout différent après la découverte de la compétence de Stafford en matière scientifique. M. Barkas, surpris de voir sa science mise quelquefois en échec, en avait parlé à ses amis qui, sans s'intéresser pour cela aux manifestations spirites, n'en étaient pas moins curieux de voir une jeune dame, d'une éducation ordinaire, discourir avec compétence sur les sciences naturelles, et signaler les sophismes contenus dans les propositions présentées par des savants. Ces messieurs demandaient la permission d'assister à nos séances hebdomadaires, et généralement ils arrivaient armés d'une longue liste de questions sur des sujets scientifiques, préparées, évidemment, dans le but d'embarrasser la jeune dame, plutôt que d'en obtenir des renseignements.
Stafford intervenait tranquillement et écrivait :
- « Je serai enchanté de vous rendre quelque service, mais mettons un peu d'ordre dans notre travail et n'étudions qu'une question à la fois. »
- « Voulez-vous nous dire quels sujets vous sont le plus familiers ? »
- « Je ne connais aucun sujet d'une manière spéciale ; mais, comme vous, j'ai la un peu de tout. Si vous me nommez les sujets que vous désirez approfondir avec moi, je vous dirai si je suis en état de les discuter. »
- « Eh bien ! Nous vous proposons le sujet de « la lumière ». »
- « Très bien et ensuite ? »
- « Le son, l'acoustique, la musique, l'harmonie. »
- « Et après ? »
- « Mais si nous discutons tout cela, nous craignons d'abuser de votre patience ; s'il n'en est pas ainsi, nous choisirons d'autres sujets ensuite. »
Alors commença une joute d'esprit qui se poursuivit plusieurs mois. Comme Stafford l'avait suggéré, les questions posées n'étaient admises que touchant un même sujet par soirée. Il arriva même que la discussion d'un seul sujet prenait plusieurs soirées ; pendant leur intervalle, la personne qui avait engagé cette discussion correspondait avec les autres savants de la contrée, pour vérifier les explications de Stafford, et en même temps pour recueillir les matériaux des questions à poser.
Pour moi je ne prenais guère d'intérêt à ces discussions, en dehors de mon vif désir de voir Stafford se montrer capable de lutter avec plusieurs hommes éclairés et désireux, me semblait-il, de prouver leur supériorité intellectuelle. Je ne comprenais pas les termes techniques employés constamment, et je me demandais quelquefois si les questionneurs les comprenaient eux-mêmes.
Généralement, pendant ces séances prolongées, je m'amusais à étudier le jeu de physionomie des diverses personnes assises autour de la table, et à méditer sur la quantité considérable de connaissances qu'elles s'assimilaient pendant ces conversations savantes.
L'un de ces messieurs avait l'habitude de fermer les yeux, comme s'il s'absorbait tout entier dans quelque grave problème scientifique. Un soir, au beau milieu d'une réponse fort longue que ma main écrivait, nous entendîmes, du côté de ce profond chercheur, un ronflement caractéristique qui me fit éclater de rire, et j'eus la plus grande difficulté à me contenir assez pour pouvoir continuer à écrire.
Parfois Stafford répondait ainsi à une question :
- « Je ne sais pas ; mais je veux aller prendre des informations, et je vous apporterai tout de suite la réponse. » Il y avait alors arrêt de l'écriture pendant quelques minutes ; puis le crayon se remettait en mouvement et répondait à la question.
Souvent alors, Walter ou Ninia remplissaient ces intervalles d'attente par des remarques plaisantes ou des réflexions sur l'aridité du sujet traité, s'étonnant que nous pussions nous y plaire. Parfois j'avais la possibilité d'esquisser le portrait de quelques-uns de nos esprits visiteurs ; mais cela était très rare. En général, je quittais nos séances excessivement lasse et tout à fait épuisée. Ma santé n'était pas bonne, des soucis et des chagrins domestiques m'éprouvaient durement, et, sans l'intérêt immense que je prenais à ces séances, j'eusse été tentée de les abandonner pour un certain temps. Mais je n'eus pas le courage de tromper les nombreuses espérances de mes amis, et je résistai aussi longtemps que mes forces le permirent.
Les quatre sujets précédemment indiqués furent l'objet de discussions pendant longtemps. À propos du son, Stafford décrivit dans ses plus petits détails un appareil pouvant transmettre les ondes sonores à des distances illimitées, cet appareil, disait-il, serait bientôt connu dans le monde entier. Cette déclaration fut poliment accueillie, ainsi que nous avions l'habitude de recevoir les communications venant de Stafford, et l'un des assistants remarqua, en parlant après coup de cet appareil : « Ceux qui vivront le plus longtemps verront le plus de choses. »

Pourtant nous n'eûmes pas à vivre de longues années avant que l'usage du téléphone, décrit par Stafford, se répandit dans le monde entier.
Une autre invention dont il nous annonça l'apparition fut ce qu'il appelait un «Désignographe », appareil par lequel une personne se servant d'un crayon ou d'une plume, à une extrémité de la terre, pourrait, à son autre extrémité, reproduire sa propre écriture sur du papier, au moyen de certaines combinaisons électriques. Ainsi des dessins et des plans pouvaient se trouver fidèlement transmis d'un bout du monde à l'autre. Il y a vingt-cinq ans de cette prédiction, mais l'appareil annoncé ne parut que dans ces dix dernières années, et encore n'est-il pas connu et appliqué d'une manière générale.
- « Mon cher Stafford, dit un soir M. Barkas, nous avons épuisé tout notre fonds de connaissances en vous questionnant. Ne pourriez-vous nous indiquer quelque autre sujet intéressant pouvant donner matière à discussion ? »
- « C'est à vous d'en indiquer un, » répondit Stafford.
- « Je n'en connais aucun qui puisse être d'un intérêt général, dit M. Barkas avec un sourire qui me fit penser à mon voisin le dormeur ; mais j'ai, parmi mes amis, un docteur en médecine qui me demande souvent à faire votre connaissance. Peut-être aurait-il quelque sujet intéressant à vous proposer ? »
- « Je serais très heureux de me trouver avec l'un de vos amis. »
En conséquence, le médecin vint et proposa l'anatomie comme sujet d'entretien. La discussion se poursuivit pendant une ou deux soirées et sembla exciter un grand intérêt, le médecin et Stafford rivalisant d'expressions et de termes latins. Après les os, les nerfs furent discutés, et Stafford parut ici prendre l'avantage. Une fois il s'arrêta brusquement au milieu d'une phrase en disant :
- « Attendez un instant, je vais consulter un de mes amis sur ce point ; il est mieux informé que moi. »
Pendant une demi-heure, Walter nous entretint, en imitant d'une manière plaisante le «Gouverneur » et en nous faisant une dissertation scientifique sur les propriétés d'un gaz qu'il nommait Oxyhydronitro-ammoniac . Questionné sur la signification de ce mot, il nous dit : «Quand je parle de sujets scientifiques, je préfère me servir de termes scientifiques », voulant évidemment railler le médecin dont la conversation était presque inintelligible pour des esprits ordinaires, tant il faisait un usage excessif de termes techniques.
Après une demi-heure d'absence, Stafford revint, bien pourvu des renseignements désirés, et la discussion fut reprise sur les fonctions de certains nerfs.
- « Willis me dit..., » commençait-il, lorsque le médecin qui surveillait les mots à mesure qu'ils se formaient sur le papier l'interrompit brusquement :
- « Willis ? Quel Willis ? Parleriez-vous du grand Dr Willis, autorité reconnue pour tout ce qui touche au système nerveux et à son fonctionnement ? »
- « Oui, je crois qu'il est considéré comme une autorité ; c'est pour cela que je me suis adressé à lui ; il dit que certains nerfs du cerveau ont reçu son nom. »
- « Étonnant ! » s'écria le médecin. Et il me sembla qu'à partir de ce moment, son respect pour Stafford s'était singulièrement accru.
Quant aux questions musicales, momentanément abandonnées parce que nous ne connaissions personne, étant suffisamment au courant pour engager une discussion, nous fûmes enfin assez heureux pour exciter l'intérêt de M. William Rae, organiste de distinction et très apprécié. J'avais fait partie de ses ch�urs comme élève, pendant quelque temps, et j'avais conçu pour lui beaucoup de respect et d'affection.
Comme je l'ai déjà dit, je n'ai jamais étudié la musique, et je n'y portais qu'un intérêt très superficiel, aussi la discussion ne me promettait-elle aucun plaisir.
Stafford expliqua qu'il n'était point un musicien exécutant, mais qu'il avait lu quelques livres sur la théorie de la musique. Qu'il fût ou non musicien exécutant, il montra bientôt une connaissance plus large et plus profonde de ce sujet que M. Rae lui-même, et l'organiste déclara qu'il écrirait à quelques-uns de ses amis pour avoir leur opinion et leurs conseils avant de revenir sur cette question. Stafford y consentit, et, la semaine suivante, M Rae nous arriva avec une longue lettre de sir Jules Benedict, contenant des explications tout à l'avantage de Stafford, par rapport aux questions discutées.
Les sujets de la musique, de l'harmonie, des différents modes de construction des orgues et d'autres instruments de musique ne semblaient jamais devoir prendre fin. Malgré mon désir très naturel de demeurer polie et complaisante envers les bons amis qui suivaient ces discussions avec un si grand intérêt, je commençais à me sentir terriblement lasse, et ma santé, qui n'avait jamais été bien forte, menaçait de se ruiner tout à fait sous le poids des soucis divers qui pesaient si lourdement sur mes épaules.
Selon toute probabilité, Stafford vit que j'avais besoin de repos, et, à la fin de l'année consacrée aux problèmes scientifiques, il déclara qu'il fallait les interrompre pour un certain temps, quitte à les reprendre plus tard. L'un des sujets d'étude proposés - la chimie - n'avait point encore été effleuré, faute d'un interlocuteur assez expérimenté en cette matière.
M. Barkas fit remarquer que, tout en approuvant Stafford de vouloir me procurer du repos, il était très regrettable de n'avoir pas traité ce sujet antérieurement, d'autant plus qu'un chimiste des plus connus en ce temps-là, M. Bell, venait de demander sérieusement à avoir un entretien avec Stafford. Mais celui-ci demeura inexorable ; M. Bell dut attendre ; la santé du médium étant de bien plus grande importance que la discussion de n'importe quelle question. En conséquence, il n'y avait plus rien à dire.
M. Barkas termina la série de ses conférences en traitant des récentes expériences psychologiques. Dans cette dernière conférence, sans trahir l'identité d'aucun des assistants de nos séances, il rendit public ce qu'il appelait « Réponses extraordinaires à des questions sur des sujets scientifiques, données par une jeune dame d'éducation très ordinaire ».
Je ne fus point flattée, alors, de cette appréciation sur mon éducation, mais, en surmontant le sentiment de dépit que j'en éprouvai, je dus bien me confesser que, dans le domaine des sujets qui avaient été traités, mon éducation était véritablement fort limitée. Je n'avais donc pas le droit de m'offusquer de la remarque.
Tous les manuscrits de ces séances, bien que m'appartenant, avaient été empruntés par M. Barkas, dans le but d'en publier des extraits.
Après sa mort, on me les rendit, mais, en même temps, on me pria de ne pas les publier et de ne pas faire connaître son nom à leur propos. C'est pourquoi je n'ai fait allusion qu'à ce qu'il a publié lui-même de ces séances, ou du moins, à ce qui est tombé dans le domaine public.
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