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Au d�but de ce m�moire j'ai dit que le ph�nom�ne auquel il est sp�cialement consacr� est destin� � jeter une vive lumi�re sur divers points encore obscurs et confus des ph�nom�nes de mat�rialisation. Je me bornerai � les indiquer en quelques mots, sans entrer dans des d�tails plus pr�cis.
1) D'abord le fait si fr�quent de la ressemblance du m�dium avec la forme mat�rialis�e, trouve son explication naturelle. Comme cette forme est seulement le d�doublement du corps du m�dium, il est naturel qu'elle en ait tous les traits.
Tout r�cemment encore, lors de nos s�ances de Milan avec Eusapia Paladino, j'ai eu l'occasion de constater cette ressemblance quant aux mains J'ai mentionn�, dans mon livre � Animisme et Spiritisme �, un cas o� la ressemblance des pieds a �t� constat�e par des moulages � la paraffine. Pour ce qui concerne le visage, nous avons les photographies de M. Crookes, sur lesquelles la ressemblance de Katie King avec son m�dium ne peut �tre m�connue. Par cons�quent (ce qui est important pour l'exp�rimentation et la critique), il est clair que cette parfaite ressemblance n'est pas une preuve absolue de fraude de la part du m�dium. C'est ainsi que le g�n�ral Sederholm a bien pu se tromper lorsqu'il en a conclu que Mme d'Esp�rance jouait elle-m�me le r�le des esprits.
2) Mieux que cela : On peut saisir la forme mat�rialis�e, la tenir et s'assurer que l'on ne tient pas autre chose que le m�dium lui-m�me, en chair et en os, et ce n'est pas encore une preuve de fraude de la part du m�dium. En effet, suivant notre hypoth�se, que doit-il se passer si nous retenons par force le double du m�dium, mat�rialis� au point qu'il ne reste qu'un simulacre invisible du corps du m�dium assis derri�re le rideau ? Il est �vident que ce simulacre, cette partie minime, subtile et �th�r�e, sera imm�diatement absorb�e par la forme d�j� compl�tement mat�rialis�e, � laquelle il ne manquait plus que ce reste invisible.
Il y a pr�s de vingt ans que M. Harrisson, l'�diteur du Spiritualist de Londres, s'est exprim� sur ce processus de la mani�re suivante : � Il est clair que les deux formes doivent se r�unir, et que la plus petite partie se pr�cipitera vers la plus grande. � (The Spirit. - 1876 - II- 256). Mais je ne sais pas comment la chose se passerait si le m�dium �tait bien � assur� �, les pieds et les mains solidement attach�s. D'apr�s la th�orie, ces liens avec les n�uds, cachets, etc., devraient rester intacts et pendus � la chaise du m�dium. Ce serait une belle exp�rience ! Mais je ne connais pas de cas semblable, car, dans la pratique spirite, on n'avait plus consid�r� comme n�cessaire de recourir � la contrainte, quand on �tait s�r que la participation du m�dium �tait positivement �cart�e [1].
3) L'hypoth�se en question nous explique la difficult� qui a toujours exist� de voir en m�me temps la figure parfaitement mat�rialis�e et le m�dium ; car, comme je l'ai d�j� dit, une compl�te mat�rialisation exige d'un autre c�t� une aussi compl�te d�mat�rialisation, ce qui revient � une invisibilit� du simulacre que nous supposons existant � la place du corps du m�dium. La m�me chose se passe pour les photographies du m�dium et de la forme mat�rialis�e qui sont d'une raret� l�gendaire. Il semble que cette difficult� r�siderait dans le savoir ou la possibilit� de garder l'�quilibre n�cessaire dans la r�partition des �l�ments mat�riels entre les deux formes.
4) Comme l'exp�rience le prouve, ce processus de la d�mat�rialisation et de la remat�rialisation ne s'�tend pas seulement aux corps organiques, mais aussi aux corps inorganiques ; ce qui fait que les liens et cachets avec lesquels on attache le m�dium n'offrent aucune garantie. C'est ici que s'offre l'hypoth�se suivante sur la mani�re dont se passe la chose : � Ou bien les liens sont d�mat�rialis�s ou bien le m�dium l'est lui-m�me �. Nous en avons un exemple frappant dans le cas de Mme Compton, que j'ai cit� en d�tail dans le premier chapitre. Nous avons encore un exemple analogue dans l'exp�rience de M. Crookes racont�e par M. Blackburn. Le cou, la taille, les mains et les bras de Miss Cook furent attach�s par M. Crookes avec quatre rubans de toile, � quatre endroits d'une �chelle portative, et les n�uds cousus et cachet�s. Au bout de cinq minutes le m�dium sortit du cabinet, libre de tous les liens qui gisaient intacts par terre (The Spiritualist, 1874, II, p. 285). Je puis renvoyer le lecteur � une exp�rience personnelle avec le m�dium L�on Montet, que j'avais attach� avec le plus grand soin et qui, en un instant, fut libre de tous liens, sans que le moindre n�ud ait �t� endommag� (Psychische Studien, janv. 1882, p.1).
5) Ces faits �tant incontestables, la m�me hypoth�se explique aussi les ph�nom�nes de p�n�tration de la mati�re par la mati�re, et les apports qui sont si connus dans la m�diumnit�. Ils se rattachent �videmment � ceux mentionn�s ci-dessus. Il est inutile que j'en cite ici des exemples. Je renvoie mes lecteurs � mon livre � Animisme et Spiritisme � et � mon exp�rience avec l'anneau de fer qui passa au bras du m�dium Williams, comme il en est fait mention dans les Psychische Studien, (f�vrier 1876). Se basant sur la m�me hypoth�se, M. Harrisson est entr� dans quelques d�tails, pour l'explication des faits d'apports et de la p�n�tration de la mati�re, dans son article : � Th�orie donnant l'explication de quelques manifestations spirites � (The Spiritualist, 1876, I, p. 205), o� il cite mon exp�rience avec Williams.
6) La solidarit� du m�dium et de l'apparition devient �vidente et parfaitement compr�hensible. On a plusieurs fois remarqu� que les impressions physiques ressenties par la forme mat�rialis�e se r�percutent sur le m�dium. Nous en avons les premiers indices, et les plus communs, dans les exp�riences des couleurs transport�es sur les apparitions de mains et dont j'ai parl� dans mon livre � Animisme et Spiritisme �. J'y ai cit� aussi le cas int�ressant d'une blessure au couteau faite sur un bras mat�rialis� et dont la douleur fut ressentie par le m�dium. Aux s�ances de Mme d'Esp�rance, on a �galement plusieurs fois observ� que les piq�res faites aux mains mat�rialis�es �taient ressenties par la m�dium. Moi-m�me, j'ai �t� pr�sent � une s�ance pendant laquelle la forme mat�rialis�e trempa ses mains dans de la paraffine br�lante, et o� la m�dium s'�cria, en m�me temps, que cela la br�lait !
Nous avons enfin un cas unique dans les annales du spiritisme, rapport� par cinq t�moins, et qui �claire cette solidarit� de la fa�on la plus extraordinaire. A une s�ance avec M. Monck, en pr�sence et sous les yeux des assistants, il se forma, sortant du c�t� gauche du m�dium, une figure masculine. Le m�dium resta tout le temps visible et la lumi�re �tait bonne. La forme se mat�rialisa compl�tement et son visage, ses mains et ses pieds furent examin�s � la pleine lumi�re du gaz ; de plus elle donna une preuve de sa force en soulevant � tour de r�le les assistants de leur si�ge.
Ceci, soit dit en passant, nous prouve que l'hypoth�se de la d�mat�rialisation presque compl�te du m�dium correspondant � une mat�rialisation compl�te d'une figure, comme je l'ai expliqu� plus haut, ne serait pas absolument g�n�rale, ainsi que je l'avais fait remarquer en temps et lieu ; car, ici, le m�dium resta corporellement visible et tangible.
� Et maintenant on proposa une exp�rience unique qui �tait, que la forme but un verre d'eau. Le r�sultat fut que, tandis que l'esprit mat�rialis� buvait devant nous cette eau, d'une fa�on visible, et que l'on entendait avaler, cette m�me quantit� d'eau �tait aussit�t rejet�e par la bouche du m�dium ; ceci renforce des preuves anciennes analogues ; c'est-�-dire que parfois, sinon toujours, il r�gne une grande communaut� de go�t et de sensations entre les formes psychiques et les m�diums de qui elles prennent naissance �. (The Spiritualist, 1877, 11, p. 287).
Il est de tradition que les spectres ont peur de l'�p�e ; m�me, dans des cas plus r�cents, nous rencontrons certains faits � l'appui de cette croyance. Ainsi, dans la relation de Glanvil intitul�e � le D�mon de Tedworth � (XVIIe si�cle), nous lisons que le domestique de M. Mompesson (dans la maison duquel � le d�mon � ne laissait de repos � personne), �tant obs�d� dans la nuit par le spectre, le mena�ait de son �p�e, ce qui le mettait en fuite. Une fois le spectre voulut lui enlever son �p�e[2] ; une lutte s'engagea, mais, aussit�t que le domestique devint ma�tre de l'�p�e, le spectre disparut. � On remarqua que toujours il cherchait � �viter l'�p�e. � (S. Glanvil, Saducismus triomphatus, �dit. 1688, p. 325-326).
Le Marquis De Mirville, dans son ouvrage � Des Esprits et de leurs manifestations fluidiques �, en citant diff�rents d�tails du premier cas de Cideville qui eut lieu en 1851 raconte, entre autre choses, que le spectre, suppos� � la place o� il faisait entendre ses coups frapp�s, cherchait toujours � �viter la pointe de l'�p�e lorsqu'on la dirigeait contre lui. Le marquis cite diff�rents passages d'auteurs anciens � l'appui de la tradition que j'ai mentionn�e.
D'apr�s certaines observations faites aujourd'hui dans le nouveau et si myst�rieux domaine de l'hypnotisme, la sensibilit� de la surface de la peau est transportable � une certaine distance d'elle et peut former une sorte de couche sensible autour de l'hypnotis� ; celui-ci ne sent alors absolument rien lorsqu'on pique directement sa peau, mais, si on pique la couche d'air � une certaine distance du corps, il ressent la piq�re. Ces ph�nom�nes sont baptis�s � pr�sent du nom d'ext�riorisation de la sensibilit�[3]. Nous avons vu que la m�me chose se produit dans les ph�nom�nes de la mat�rialisation qui peut �tre consid�r�e comme le d�veloppement complet de l'ext�riorisation. C'est ainsi que la tradition et l'exp�rimentation se donnent la main[4] .
7) Enfin le myst�re de la mat�rialisation re�oit, sinon une solution, du moins une esp�ce d'explication naturelle. Ce n'est plus un miracle, une cr�ation momentan�e de la mati�re de formes organiques humaines tir�es de rien pour ainsi dire ; c'est une transformation, une transmutation d'une forme organique existante dans une autre. Cela reste encore merveilleux mais n'est plus miraculeux. La doctrine spiritualiste y gagnera, car cela tend � prouver que le corps n'est pas seulement le r�sultat du jeu des forces chimiques, mais le produit d'une force organisante, persistante, qui peut modeler la mati�re � son gr�. Le corps que nous connaissons appara�t comme un v�tement mat�riel, temporaire seulement. La supr�matie de l'esprit sur la mati�re devient �vidente.
Dans un cas de simple d�doublement, quand le m�dium est en transe, nous avons un ph�nom�ne d'�quilibration, de r�partition de la mati�re organique, appartenant � un corps, entre deux corps, avec conservation de l'identit� de la forme qui est engendr�e par le principe individuel organisateur. Quand ce ph�nom�ne a lieu sans que le m�dium soit en transe, nous avons la preuve que notre auto-conscience n'�puise pas le contenu de notre �tre psychique, et que le moi organisant peut, en dehors du moi conscient, agir et construire un corps. Quand le d�doublement se produit avec une vari�t� de forme dans quelques organes, tout en retenant le type g�n�ral (comme nous le voyons dans le cas de Katie King o� la formation des ongles, des oreilles et la couleur des cheveux diff�raient tout � fait de celles du m�dium), nous avons la preuve �clatante de la force organisatrice du moi transcendant qui ne s'en tient pas au mod�le du corps terrestre connu de nous qu'elle anime. C'est un commencement de transformation[5] . Si la forme mat�rialis�e n'offre plus rien de commun avec le m�dium (comme dans le cas de Katie Brink de Mme Compton dont il est question au chap. I), nous nous trouvons en face d'une transformation compl�te ou transfiguration.
Par qui ou par quoi celle-ci est-elle produite ? C'est l� la question �pineuse et capitale. Il est difficile de supposer que cela soit l'�uvre du m�me moi individuel, transcendant ; et si, au point de vue critique, cette forme r�pond � toutes les exigences formul�es pour, la constatation d'une individualit� (Voir � Animisme et Spiritisme �), nous avons la preuve la plus excellente qu'un moi individuel transcendant, qui n'est plus celui du m�dium, s'est seulement empar� de sa mati�re organique pour la transformer selon son d�sir.
Mais, s'il en est ainsi, ne serait-il pas plus simple, pour ce moi transcendant, d'employer ce m�me corps ou ce m�me visage et de le transformer suivant le but voulu sans recourir � la production merveilleuse d'un corps tout diff�rent de celui du m�dium ? Si des faits de ce genre existaient ce serait la preuve frappante et visible que la mat�rialisation se r�sout en un ph�nom�ne de transmutation. Eh bien ! Oui, ces faits existent ; mais ils sont rares et diss�min�s dans la masse �norme des mat�riaux de la litt�rature spiritique.
Je trouve, � ce propos, deux cas dans un article de Miss Kislingbury (The Spiritualist, 22 d�cembre 1876) o� elle divise �galement les fant�mes en d�doublements, transfigurations et transformations, et o� elle cite deux exemples de transfiguration.
Voici le premier, extrait d'une lettre de M. Joy (d'Am�rique) publi�e d�j� dans le m�me journal (17 septembre 1875).
� Mme Crocker, une m�dium tr�s estimable de Chicago, me racontait il y a quelque temps les faits suivants. Sous la direction de son guide spirituel, elle commen�a il y a quelques mois une s�rie de s�ances pour le d�veloppement d'une nouvelle phase de m�diumnit� ; ces s�ances �taient born�es � sa seule famille. Un soir, comme un feu clair flambait dans la chambre, et que la lumi�re de la lune y donnait aussi, elle fut transform�e : son visage changea compl�tement de grandeur, de forme et de caract�re ; une �paisse barbe noire y apparut. Tous ceux qui se trouvaient � la table virent la m�me chose. Son gendre, assis imm�diatement � c�t� d'elle, dit, comme elle tournait sa face vers lui : � Eh ! Mais c'est mon p�re ! � et apr�s il d�clara que c'�tait tout � fait l'image de son p�re qui �tait mort. Peu apr�s, Mme Crocker fut chang�e en une vieille femme � cheveux blancs. Ces m�tamorphoses eurent lieu peu � peu et pendant que les t�moins ne quittaient pas des yeux son visage... Elle avait gard� toute sa connaissance, mais �prouvait une vive sensation de picotement par tout le corps, exactement comme si elle tenait les p�les d'une forte batterie galvanique. �
L'autre exemple est tir� du � Livre des M�diums � d�Allan Kardec. Le fait eut lien en 1858, aux environs de Saint-�tienne.
� Une jeune fille d'une quinzaine d'ann�es jouissait de la singuli�re facult� de se transfigurer, c'est-�-dire de prendre � des moments donn�s toutes les apparences de certaines personnes mortes ; l'illusion �tait si compl�te, qu'on croyait avoir la personne devant soi, tant �taient semblables les traits du visage, le regard, le son de la voix et jusqu'au jargon. Ce ph�nom�ne s'est renouvel� des centaines de fois sans que la volont� de la jeune fille y f�t pour rien. Elle prit plusieurs fois l'apparence de son fr�re mort quelques ann�es auparavant ; elle en avait non seulement la figure mais la taille et le volume du corps. Un m�decin du pays, maintes fois t�moin de ces effets bizarres, et voulant s'assurer s'il n'�tait pas le jouet d'une illusion, fit l'exp�rience suivante. Nous tenons les faits de lui-m�me, du p�re de la jeune fille et de plusieurs autres t�moins oculaires tr�s honorables et tr�s dignes de foi. Il eut l'id�e de peser la jeune fille dans son �tat normal, puis dans celui de transfiguration, alors qu'elle avait l'apparence de son fr�re �g� de vingt et quelques ann�es, et qui �tait beaucoup plus grand et plus fort. Eh bien ! Il s'est trouv� que dans ce dernier �tat le poids �tait presque le double. L'exp�rience �tait concluante, et il �tait impossible d'attribuer cette apparence � une simple illusion d'optique. �
Bien que ces deux faits soient cit�s par Miss Kislingbury comme des exemples de transfiguration, la production de la barbe, des cheveux gris, l'augmentation de poids sont des ph�nom�nes qui indiquent suffisamment qu'un processus de transformation a d�j� eu lieu, en admettant toutefois l'exactitude des faits relat�s. Malheureusement, les d�tails d'observation et les t�moignages directs des t�moins oculaires nous manquent pour accorder pleine confiance � ces faits dont l'importance, au cas o� ils seraient authentiques, est des plus grandes. Un point s�rieux en leur faveur, c'est qu'ils ne sont pas en contradiction avec le principe sur lequel se base toute mat�rialisation, et qu'ils formeraient de la sorte le degr� transitoire et initial de la transformation d'un corps organique dans un autre, sous l'action d'une force organisatrice inconnue.
C'est ici le moment de mentionner une autre sorte de ph�nom�nes qui parleraient aussi en faveur de la th�orie des transformations, mais qui, malheureusement, sont tout aussi rares et insuffisamment d�crits que les pr�c�dents.
Ainsi, nous avons le fait suivant rapport� par M. Simmons, � l'un des meetings de l'Association nationale des Spiritualistes, tenue � Londres au mois de d�cembre 1876.
� Le Dr Newbrough lui avait racont� comment il avait li� dans ce but Mme Compton avec des cordes cir�es, et clou� au sol sa robe d'alpaga noir. Apr�s l'avoir ainsi attach�e, il se rendit dans le cercle qui se trouvait au dehors et on vit sortir du cabinet une forme qui �tait plus petite que Mme Compton et qui �tait toute envelopp�e de blanc ; il aurait fallu, dit-il, 30 � 40 aunes d'�toffe pour confectionner cette robe. Le docteur fut engag� � entrer dans le cabinet et n'y trouva plus que la chaise vide de la m�dium [6]. Il ressortit, parla avec le fant�me et lui demanda un morceau de son v�tement. La forme dit � Si vous en coupez, cela fera un trou dans la robe de la m�dium � et elle ajouta qu'il faudrait en ce cas lui faire cadeau d'une robe neuve. L�-dessus, il coupa du v�tement blanc un morceau grand comme la main environ. La forme rentra alors dans le cabinet. Un moment apr�s, il fut invit� � y entrer aussi, et il trouva la m�dium attach�e avec les cordes cir�es, et sa robe clou�e au plancher comme pr�c�demment; et, dans la robe noire, il y avait un grand trou que remplissait exactement le morceau blanc. Plus tard le docteur coupa un grand morceau du v�tement noir pour montrer aux autres le trou dans lequel rentrait exactement le fragment blanc. Depuis, il fit examiner et analyser ces �toffes, et elles furent trouv�es en tous points semblables, quoique de couleur diff�rente (The Spiritualist, 1876, p- 257).
La m�me chose fut observ�e plusieurs fois aux s�ances de Mme d�Esp�rance, o�, quand l'un des assistants r�ussissait � couper clandestinement un morceau du voile qui enveloppait la figure mat�rialis�e, il se trouvait qu'un morceau de la robe ou du jupon de Mme d�Esp�rance �tait enlev�. Je ne saurais indiquer les textes, car depuis longtemps j'ai d� renoncer � tenir mon registre � cause de ma vue affaiblie. Je sais seulement que, dans les cas de Mme d'Esp�rance, il n'a pas �t� fait d'exp�rimentation dans de sens. Cela fut d�couvert par hasard, et toujours seulement apr�s la s�ance. Lors de mes s�ances � Gothenbourg j'avais voulu organiser une exp�rience de ce genre et, dans ce but, j'avais command� pour Mme d'Esp�rance une robe sp�ciale ; mais je n'eus pas l'occasion de faire cette exp�rience, m'acharnant � poursuivre celle pour laquelle j'�tais venu express�ment � Gothenbourg. Remarquons cependant que, lorsqu'on fait cette coupure avec la permission de l'apparition comme dans le cas pr�cit� (Psychische Studien, 1893 p. 341-394), il ne r�sulte pas de pareille surprise pour Mme d�Esp�rance et sa robe reste intacte.
Si nous pouvions �tablir un fait de ce genre d'une mani�re indiscutable, nous aurions, l� aussi, un ph�nom�ne faisant �poque comme celui auquel a �t� consacr� ce petit travail, et, de plus, non seulement une preuve �ph�m�re et passag�re comme dans les cas de mat�rialisation de corps organiques vivants, mais encore une preuve durable comme les n�uds � une corde sans fin obtenus par le professeur Z�lIner.
Au point de vue d'une critique impartiale je dois reconna�tre que le ph�nom�ne de la d�mat�rialisation partielle du corps du m�dium, dont je parle, est encore loin de pouvoir �tre consid�r� comme positivement fond�. Son principal d�faut (que je ne saurais ignorer) est d'�tre unique et inattendu ; les t�moins, qui ne pr�voyaient rien de pareil, ne pouvaient pas, en pr�sence de ce ph�nom�ne, se conduire avec la prudence n�cessaire pour la constatation d'un fait aussi extraordinaire. Mais, tel quel, il m'a sembl� qu'il �tait suffisamment appuy� de preuves pour �tre l'objet de ce m�moire.
A pr�sent que le fait est connu, il ne reste plus qu'une chose � d�sirer : sa reproduction dans les meilleures conditions possibles pour une observation irr�prochable, et surtout dans un cercle bien au courant de cette question. Nous avons pour cela un aide important dans la personne m�me du m�dium, qui ne demande rien tant qu'une investigation s�rieuse, et qui offre, � cet �gard, des conditions exceptionnellement bonnes, puisqu'il ne tombe pas en transe pendant la s�ance, qu'il est accessible � l'observation, et qu'il est lui-m�me excellent observateur. Mais, pour que ce ph�nom�ne puisse se renouveler chez Mme d'Esp�rance, il faut avant tout que sa sant� se r�tablisse, et que sa m�diumnit�, disparue apr�s la secousse physique et morale ressentie � la suite de cet incident, r�apparaisse de nouveau. D'apr�s les derni�res nouvelles que je re�ois d'elle, une am�lioration dans l'�tat de sa sant� s'est enfin produite et sa m�diumnit� commence � revenir. Esp�rons donc qu'elle ne restera pas victime de cette cause qui jusqu'� pr�sent ne lui a apport� que des chagrins, des d�ceptions et des attaques, en �change de toute l'abn�gation et de tout le d�vouement dont elle a fait preuve.
Repiofka, Penza, 11/23 juillet 1895
[1] On peut cependant consulter, pour des cas analogues produits avec les médiums Jean et Mlle Schraps et Mme Demmler, les Psychische Studien (Juin 1839, p. 258; Oct. 1892, p. 433 ; Sept. 1892 p.436.
[2] De même ce crayon qui me fut enlevé avec force derrière le dos d'Eusapia, pendant les expériences de Milan.
[3] Voir : Les Etats profonds de l'hypnose, par A. De Rochas d'Aiglun, Paris, 1892, p. 59 : La force vitale, notre corps vital fluidique, par le Dr Baraduc, Paris, 1893, chap. IX ; Extériorisation animique complète du corps vital psychique, par le même p. 117.
[4] Voir : Psych. Stud ; livr. de juillet 1893, p. 321.
[5] Les anciens connaissaient cette sorte de transformation. Jamblique dit, dans son livre De Mysteriis AEgyptiorum (Sect. III, cap. 5) : « Corpus eorum ver concrescere videtur in altum, vel in amplum, vel per aerem fenni videlur ».
[6] On trouvera des détails plus étendus sur Mme Compton et les manifestations analogues dans la livraison de juin 1894 des Psychische Studien (p. 291).
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