Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec


CHAPITRE V
D�CLARATION PERSONNELLE DU M�DIUM SUR SON �TAT PENDANT UNE S�ANCE DE MAT�RIALISATION


Madame d'Esp�rance est, autant qu'il m'est connu, le seul m�dium qui ne tombe pas en transe dans ses s�ances de mat�rialisation.
C'est le r�sultat d'un pacte conclu avec les puissances invisibles lorsque ses capacit�s m�diumnistiques pour les mat�rialisations furent d�couvertes ; ce qui arriva, comme me l'a racont� Mme d'Esp�rance elle-m�me, tout � fait par hasard, et de la fa�on suivante :
Un jour qu'elle se trouvait en visite chez une amie � Newcastle (Angleterre), vers 1878, Miss Fairlamb (� pr�sent Mme Mellon), qui �tait d�j� connue comme m�dium � mat�rialisations, elle fut retenue plus longtemps que d'habitude par suite de l'impossibilit� de trouver une voiture. Mme d'Esp�rance ne croyait pas encore alors aux mat�rialisations, bien qu'elle ne dout�t aucunement de la bonne foi de son amie. Pour passer le temps, et s'amuser un peu, Miss Fairlamb proposa � Mme d�Esp�rance de s'asseoir elle-m�me, seule, dans le cabinet qui �tait install� pour les s�ances. A peine Mme d�Esp�rance s'y �tait-elle install�e, tout en riant, qu'une forme apparut� Naturellement, on ne la laissa alors plus en repos. Mais, sachant combien souvent les m�diums sont accus�s de jouer eux-m�mes le r�le des esprits, et � quels d�sagr�ments ils sont expos�s, elle n'accepta de reprendre sa place dans le cabinet qu'� une condition : c'est qu'elle ne tomberait pas en transe, mais qu'elle conserverait tout le temps sa pleine connaissance, si, toutefois, � les esprits � pouvaient op�rer dans ces conditions. Ils r�pondirent que c'�tait possible et lui promirent de ne jamais la mettre en transe. De cette mani�re, elle se croyait assur�e qu'on ne la laisserait pas jouer inconsciemment le r�le d'un esprit. Aussi fut-elle plus tard �pouvant�e et d�sesp�r�e d'avoir �t�, pour ainsi dire, victime d'une illusion, quand elle s�t que, se trouvant assise dans le cabinet, et ayant toute sa connaissance, son corps pouvait �tre conduit au dehors et jouer le r�le que lui imposaient les invisibles [1]. Ce fut pour elle une r�v�lation ; et, dans la suite, elle n'accepta de s�ances qu'� la condition d'avoir la permission de s'asseoir devant et en dehors du cabinet.
Mais tous ces renseignements ne sont qu'un r�sultat secondaire de la visite que je fis � Helsingfors, en 1890[2] . Ce qui me par�t d'un int�r�t capital ce fut de tirer parti de cette particularit�, tout � fait extraordinaire de pouvoir questionner un m�dium sur son �tat physique et moral pendant une s�ance de mat�rialisation. Mme d�Esp�rance y consentit de la plus aimable fa�on ; je posai mes questions, et M. Fidler st�nographia les r�ponses. Il en r�sulta les questions et r�ponses qu'on trouvera plus loin.
Dans l'embarras o� je me trouvai alors de concilier ce complet d�doublement du corps de la m�dium, cette compl�te ext�riorisation, (selon le langage de l'hypnotisme actuel) avec la conviction de la m�dium qu'elle ne quittait pas sa place dans le cabinet, je m'�tais d�cid� � ne pas encore publier ces r�ponses. Aujourd'hui, apr�s le ph�nom�ne arriv� � Helsingfors, ph�nom�ne qui peut servir d'exemple comme une � d�monstration ad oculos � de ce qui peut se produire � un degr� bien plus �lev� dans cette phase de ph�nom�nes m�diumnistiques, je me sens autoris� � publier les mat�riaux suivants dans la persuasion qu'il arrivera un temps o� ils seront jug�s � leur valeur v�ritable.


I - Questions de M. Aksakow et r�ponses du m�dium

ler Question :
Que sentez-vous corporellement et moralement lorsque vous �tes assise dans l'obscurit� du cabinet et que les manifestations commencent ?
R�ponse : D'abord, lorsque je m'assieds et que le rideau a �t� ferm�, je sens que je d�sire savoir si tous les assistants se trouvent exactement � leurs places. Aussi longtemps que je puis voir les assistants, je ne sens pas que les esprits essaient de m'utiliser ; lorsque les rideaux sont ferm�s, mon attention se trouve � l'ordinaire fix�e sur les assistants, afin d'avoir la sensation que tout est en r�gle avec eux. D'habitude, j'�prouve une esp�ce de trouble, et je sens que tout devrait �tre en ordre avec les assistants avant que je m'asseye, afin de n'�tre point oblig�e de m'occuper d'eux. Je me sens toujours agit�e par une apparente confusion ; tant qu'elle ne se trouve pas �cart�e, je ne suis pas assez tranquille pour que n'importe quelle manifestation puisse se produire.
Quand tout est calme, je sens que je ne me soucie plus de rien, pas m�me de moi ; et, plus longtemps je suis en s�ance, moins je suis inqui�te. Lorsque je fais la remarque � qu'il y a quelqu'un dans le cabinet �, cela arrive, parce que je consid�re comme mon devoir d'en avertir les personnes pr�sentes, et non pas parce que cela a un int�r�t quelconque pour moi.
Il semble que si l'un des assistants sortait du cercle, la cha�ne se trouverait interrompue et que cela arr�terait les manifestations [3]. � la derni�re s�ance, j'ai senti que quelqu'un s'�tait fait du mal ; mais je ne savais pas jusqu'� quel point, ni qui c'�tait.
La premi�re sensation que j'�prouve lorsque je suis assise dans le cabinet et que tout est calme autour de moi est celle-ci : j'ai l'impression que ma figure et mes mains sont comme entour�es de toiles d'araign�es et je frotte aussit�t ma figure et mes mains. Cette impression passe ; alors je sens comme si l'air se remplissait de substances et j'�prouve de la peine � respirer. Cela passe encore, et je sais alors qu'une figure se forme.
Le commencement des manifestations est cette sensation de toiles d'araign�es ; elle ne revient plus dans la suite de la s�ance, sauf lorsque celle-ci est interrompue ; dans ce cas, cette sensation semble se renouveler. Quand les s�ances ne r�ussissent pas, je remarque que ces toiles d'araign�es se trouvent l�, tout le temps ; mais avec cela, il n'y a assur�ment ni voiles, ni formes, ni m�me de fils. Lorsqu'un peu de lumi�re arrive au travers des rideaux, je puis voir la masse blanche et vaporeuse se mouvoir comme la vapeur d'une locomotive. J'ai souvent introduit ma main dans cette vapeur pour la sentir et l'examiner, mais je n'ai jamais pu dire que j'avais la sensation de toucher quelque chose. Il n'arrive pas souvent que je voie cela, et j'ai eu seulement, dans de tr�s rares circonstances, la curiosit� d'examiner cette vapeur mouvante : non parce que cela m'int�ressait particuli�rement, mais parce que cela pouvait int�resser les autres. Apr�s que cette masse de vapeur s'est agit�e et roul�e dans tous les sens, durant quelques minutes, parfois aussi une demi-heure, elle s'arr�te tout � coup, et je sais qu'un �tre vivant est � c�t� de moi. La vapeur peut aussi ne se produire qu'un seul instant, et aussit�t la forme est l�.
J'�prouve toujours un sentiment de vide qui commence d�s que je sens les toiles d'araign�es ; je ne le remarque qu'au d�but, et ne ressens plus rien plus tard, mais il me semble avoir conscience que cette impression reste la m�me.
Lorsque je cherche � bouger, je ne me rends pas compte de l'�loignement ; je ne puis dire jusqu'o� je bouge mon doigt ; ou, si je le remue, je ne puis indiquer o� il s'arr�tera, ce qui peut se comparer � l'impression que nous font les mouvements dans l'eau.
Les lois de la pesanteur semblent �tre supprim�es. Je sais que je deviens, en quelque sorte, toujours plus inerte, et quoique l'espace entre moi et l'extr�mit� du cabinet soit tr�s petit, il me semble que celui-ci a disparu, et qu'il n'y a plus de limite. Lorsque Yolande [4] vient, elle semble arriver de tr�s loin.


2e Question :
Avez-vous remarqu� ce qui est mat�rialis� en premier : le corps ou les voiles ? Avez-vous jamais remarqu� ou suppos� que Yolande s�habillait elle-m�me ? Avez-vous observ� si, pour son habillement, elle prenait quelque chose de vos v�tements ?
R�ponse : Lorsque la vapeur se transforme en un �tre vivant, je ne puis jamais dire qui, de la forme ou de sa draperie, se trouve form�e en premier. Toute la transformation semble �tre si pr�cipit�e qu'il est difficile de dire ce qui para�t d'abord, le corps ou son v�tement. Yolande vient presque toujours de suite aupr�s de moi d�s qu'elle est mat�rialis�e. Lorsqu'elle arrive, je me sens toujours un certain int�r�t pour elle, bien que je n'aie pas souvent l'occasion de la voir. C'est, en quelque sorte, une surprise quand elle vient, soit parce que je ne per�ois aucune limite � l'endroit o� je suis assise, soit parce que son apparition semble venir d'un grand �loignement ; c'est pour cela que je m'y int�resse.
J'ai pos� ma main sur elle et touch� ses cheveux, mais je n'ai jamais eu la curiosit� de les examiner attentivement. Lundi, elle posa sa t�te sur mes genoux et je sentais ses cheveux sur mes mains ; ses �paules et ses bras �taient nus. Autant que je puis le savoir, elle n'a jamais rien pris de mes v�tements pour s'en rev�tir. Dans une occasion, Mme Fidler fit la remarque que Yolande avait une garniture de jupe qui ressemblait presqu'enti�rement � la mienne ; mais cette garniture, fut examin�e attentivement, et on reconn�t qu'elle paraissait avoir �t� lav�e, pli�e et mise de c�t� pendant quelque temps. Depuis cette �poque, j'ai toujours fait en sorte de mettre des garnitures sombres � ma jupe, lorsque je devais avoir une s�ance, parce que Yolande portait toujours des voiles blancs.
[5]fut photographi�e, je fis la remarque, au moment de la lumi�re soudaine au magn�sium, qu'elle portait un ch�le semblable � celui que je poss�de, et que mon p�re avait re�u en cadeau d'AbdulAzziz pour un service qu'il lui avait rendu, je crois, lorsqu'il dirigea le blocus, pendant la guerre de Crim�e. De suite apr�s la s�ance, j'allai voir chez moi o� �tait le ch�le que je trouvai pli� et enferm� � sa place habituelle.
Lorsque Yolande �tait hors du cabinet il m�est arriv� de la forcer, par l'influence de ma volont�, � y entrer, ce qui la mit de tr�s mauvaise humeur ; elle voulait que je la laissasse revenir.

3e Question :
Quand Yolande appara�t entre les rideaux, la voyez-vous tr�s distinctement ? Que sentez-vous alors, et pourquoi ne r�pondez-vous pas aux questions ?
R�ponse : Lorsque Yolande se tient dans la fente des rideaux et que je puis la voir, je me sens assez r�veuse et indiff�rente � l'�gard de ce qui se passe ; la raison en est sans doute que je suis trop faible et sans force pour pouvoir m'inqui�ter de quelque chose. Quand on m'interpelle, il me faut en quelque sorte d'abord rassembler mes pens�es et mes forces, afin de pouvoir r�pondre. Je sens et pense d'une mani�re vague, comme si j'�tais dans un r�ve, Je puis penser, et sentir, mais pas me remuer, ayant la sensation d'�tre paralys�e.

4e Question :
Les mouvements du corps, des mains et des pieds d'Yolande, produisent-ils un effet quelconque en retour sur votre propre corps ?
R�ponse : Tout mouvement un peu vif de la part d'Yolande me fait tr�s facilement transpirer. Je ne sais pas o� elle se meut ; je sens seulement qu'elle le fait, parce que je sais � pr�sent, par exp�rience, que tout effort de sa part, � elle, m'�puise bien plus que si j'en faisais moi-m�me.
Il arrive souvent qu'apr�s les s�ances je suis dans une telle transpiration qu'il me faut changer de v�tements. Dans mon �tat normal, au contraire, je ne transpire pour ainsi dire jamais ; quand je prends des bains turcs, il me faut une tr�s grande chaleur pour arriver � provoquer la transpiration.

5e Question :
Lorsque Yolande est tout � fait en dehors du cabinet, le savez-vous ? Que ressentez-vous alors ? Existe-t-il un rapport, un lien quelconque entre elle et vous ? Quand elle est touch�e par un des assistants, ou qu'elle le touche elle-m�me, le sentez-vous ?
R�ponse : Quand Yolande est en dehors, je le sais, mais cela peut provenir de ce que je l'ai vue sortir. Lorsqu'elle se d�mat�rialise en dehors, je sens que je deviens plus forte, et j'en tire la conclusion qu'elle est partie ; mais, je ne puis dire que je le sais, comme si c'�tait une certitude. Quand elle s'est d�mat�rialis�e en dehors, je ne sais pas si elle a compl�tement disparu ou si elle est rentr�e dans le cabinet sans que je l'aie vue. Tout ce que je sens, lorsqu'elle se trouve en dehors du cabinet, c'est une crainte nerveuse de ce qu'elle va faire, exactement comme si elle s'�tait �chapp�e de mon contr�le, et je suis en peine qu'elle fasse une chose qu'elle ne doit pas faire. Je ne pense jamais � moi-m�me mais seulement � elle, tout � fait comme si j'avais un enfant qui aurait �t� confi� � mes soins. Cela n'est jamais le cas avec d'autres fant�mes ; ceux-ci ne me regardent pas et semblent ne m'�tre de rien. Je suis curieuse � leur �gard mais pas inqui�te.
Peut-�tre cette inqui�tude quant � Yolande vient-elle de ce que celle-ci a �t� parfois troubl�e. Ainsi, par exemple, lorsque M. George Jackson (100 High Street Birmingham) �tait ici, lors de la premi�re s�ance, il assista � l'un de ces troubles : lorsque Yolande projeta les voiles qui l'enveloppaient, il crut qu'elle les lui avait donn�s et il essaya de les introduire dans sa poche ; malgr� sa h�te � le faire, il semblait qu'il y en avait toujours davantage. Mais il ne plaisait pas � Yolande qu'il en conserv�t et elle commen�a � montrer des signes de m�contentement. Les autres assistants dirent � M. Jackson de l�cher les voiles, mais il ne comprenait pas le su�dois et continuait de les empocher. � la fin Yolande sembla tout � fait en col�re et se mit � frapper du pied. M. Jackson comprit alors qu'il avait commis une erreur et il les lui rendit. Je la voyais distinctement � l'entr�e du cabinet, mais je n'avais aucune id�e de ce qui pouvait lui �tre arriv� ; je la voyais seulement frapper du pied et tirailler sur ses voiles.
Quand Yolande est dehors et qu'elle touche quelqu'un ou que quelqu'un la touche, je le sens toujours. Je ne sais pas quand elle touche un objet comme, par exemple, un livre, une table ; mais, quand elle saisit quelque chose, je sens mes muscles se contracter, comme si c'�taient mes mains qui l'avaient pris.
�prouvai une sensation de br�lure[6] . Lors des s�ances chez M. Hedlund, je me souviens d'une soir�e dans le courant de laquelle il ouvrit le rideau au milieu du cabinet ; il para�t qu'� ce moment, Yolande posa son pied sur la cheville d'une planche � dessin, car je ressentis aussit�t une douleur � mon pied, mais elle ne sentit rien. Plus tard, la douleur passa et ne revint qu'� la fin de la s�ance.
Il y a plusieurs ann�es, � Newcastle, elle avait une rose dans la main et une �pine lui entra dans le doigt ; au m�me moment j'avais senti la piq�re � mon doigt. Elle alla d'abord trouver un des assistants pour se faire enlever l'�pine; mais, comme on ne comprit pas ce qu'elle voulait, elle vint � moi pour que je la lui arrachasse.
Except� la souffrance (lorsque parfois il en est caus� une � Yolande) je ne sens pas qu'il existe un lien quelconque entre elle et moi, en tant qu'atteinte � mon moi personnel. Je sens bien que je n'ai rien perdu, sinon le sentiment corporel ; je sais que je n'ai perdu, ni la force de penser, ni celle de juger, quand Yolande est l�, parce que ma raison est au contraire plus lucide qu'en d'autres temps. Bien qu'elle prenne des parties de mon corps je sais pourtant qu'elle ne s'est pas empar�e de mes sens intellectuels.

6e Question :
Avez-vous jamais �t� en �tat de voir Yolande alors qu'elle se trouve dans la chambre, loin du cabinet ?
R�ponse : Je l'ai vue jouer sur l'orgue en dehors du cabinet. Elle avait soulev�, par hasard, un peu le rideau. Dans d'autres occasions aussi, je l'ai vue au dehors ; durant les s�ances chez M. Hedlund je l'ai vue souvent lorsqu'elle exp�rimentait avec la lumi�re afin de voir ce que j'en pouvais supporter ; elle attachait les rideaux par en haut de mani�re que je pusse la voir. Je l'ai vue aussi quand elle alla examiner la chambre. Lorsque j'ai la curiosit� de la voir (comme cela m'arrive parfois), je n'ai pourtant pas la force d'ouvrir les rideaux.
J'ai vu, environ six fois compl�tement, Yolande hors du cabinet ; un jour, � Newcastle, elle vint vers moi, hors du troisi�me compartiment du cabinet � travers la chambre. Je la vis sortir ; alors je la perdis de vue et je ne sus plus rien jusqu'� ce qu'elle f�t proche de moi, � la distance de quelques pieds. J'allai avec elle, et elle mit son bras autour de moi et m'aida � marcher jusqu'� l'orgue. En d'autres temps, elle s'est mat�rialis�e � mes c�t�s, en dehors du cabinet ; alors j'ai pu la voir aussi bien que les assistants.

7e Question :
Remarquez-vous pendant la s�ance des changements, des transformations, dans votre �tat corporel et intellectuel qui correspondraient avec les manifestations ?
R�ponse : Selon la formation des fant�mes, leur dissolution, ou leurs mouvements, j'ai des impressions corporelles, comme par exemple un sentiment de vide et de paralysie ; les sensations passent aussit�t que le fant�me dispara�t. Mais, par contre, il en est tout autrement de mon �tat intellectuel ; la puissance de mes impressions est bien plus vive dans la premi�re phase que lorsque je suis dans mon �tat normal, pendant lequel il ne se forme ni mat�rialisations ni fant�mes.
Je sais et je sens tout ce qui se passe en dehors du cercle. J'ai vu que vous vous �tiez absent� ; je sais, quand une personne circule dans une partie de la maison, et m�me bien plus nettement que dans les circonstances ordinaires. J'ai entendu sonner l'horloge de la tour de l'�glise ; je puis entendre le sifflement des vapeurs dans le port, ainsi que le bruit des trains montants et descendants, ce qui m'est impossible dans mon �tat normal.

8e Question :
Entendez-vous ce qui disent entre-eux les assistants et sp�cialement lorsqu'on parle avec Yolande ?
R�ponse : J'entends les assistants, et il me semble aussi savoir ce qu'ils pensent : lorsque quelqu'un parle avec Yolande dans n'importe quelle langue, il me semble savoir ce qu'on a voulu dire. Je ne les connais pas par ce qu'ils font, mais par ce qu'ils pensent.

9e Question :
Yolande vous touche-t-elle quelquefois ? Quel genre de sensation �prouvez-vous alors ?
R�ponse : Quand je touche Yolande, je sens comme si je me touchais moi-m�me ; mais, comme je sens qu'il y a l� quatre mains, j'en conclus que ce ne sont pas les miennes. Samedi, quand elle prit mes deux mains, l'une pour tenir la guitare, l'autre pour pincer les cordes, j'avais la sensation de toucher moi-m�me mes mains. Ses mains �taient plus froides que les miennes ; c'�tait la seule diff�rence remarquable.

10e Question :
Touchez-vous Yolande quand vous le voulez et autant que vous le d�sirez ; car il est tr�s naturel de chercher � vous assurer que vous avez un v�ritable corps devant vous ?
R�ponse : Je ne cherche jamais � toucher Yolande lorsqu'elle n'est pas pr�s de moi et qu'elle ne me demande pas de faire quelque chose pour elle.
�t� si effray�e elle s'est jet�e sur moi. Je sentis tout son corps, les palpitations de son c�ur, le souffle de sa respiration, ou, plut�t j'ai cru remarquer les battements de son c�ur. Je ne pouvais comprendre la cause de sa frayeur, c'�tait donc seulement le son de la guitare qui l'agitait � ce point ! Ses doigts �taient humides et lorsqu'ils vinrent dans ma figure, ils sentaient comme s'il y avait de la terre coll�e � eux, et j'ai pu en conclure qu'elle avait eu affaire avec la plante [7] ; je sentais le sable.
Quand j'essaye de toucher Yolande c'est toujours au commencement de la s�ance ; plus tard, je n'�prouve � cela ni curiosit�, ni int�r�t. Lorsque j'�tends ma main pour la toucher, je ne sens rien du tout, je sens comme s'il n'y avait rien l�. Je vois bien qu'il y a l� quelque chose ou quelqu'un lorsque les rideaux sont ouverts ; mais, plus tard, quand elle se mat�rialise davantage, je perds tout int�r�t ; cependant, quand elle me touche, je puis la sentir. Je ne me souviens jamais d'avoir trouv� Yolande sur mes genoux ; la plupart du temps elle s'assied � terre, � mes pieds, et couche sa t�te sur mes genoux, alors elle vient devant moi et semble marcher entre moi et les rideaux ; bien qu'il n'y ait l� qu'un espace de trois ou quatre pouces, elle peut y passer, et, cependant, je ne sens rien. Lorsqu'elle se met debout sur mes pieds, ou sur mes genoux, je ne sens aucun poids. Toutefois, le samedi 5 juillet, j'ai senti le poids tout entier de son corps ; mais d'habitude, elle semble n'avoir aucun poids.
�derri�re moi, mais Ninia [8] le fait tr�s souvent et elle semble alors s'enfoncer en partie dans le mur du cabinet, ce qui ne para�t pas la g�ner; Yolande ne l'a jamais fait.
Une personne vivante de la taille d'Yolande n'aurait jamais pu se mouvoir comme elle, entre moi et les rideaux, sans que j'aie pu m'en apercevoir.

11e Question :
Avez-vous jamais vu Yolande se mat�rialiser ou se d�mat�rialiser entre la fente des rideaux (comme nous l'avons vu une fois) ? Que sentiez-vous alors ?
R�ponse : Je n'ai jamais vu Yolande se d�mat�rialiser ; mais, je supposais d'apr�s la sensation que j'avais du retour de mes forces. Quand j'�tais � Christiania je me souviens tr�s exactement, avoir eu la sensation du manque d'air respirable dans la chambre ; et, deux ou trois fois, comme j'aspirais fortement, j'entendis les assistants s'�crier : � Maintenant elle (l'apparition) s'est affaiss�e ! � Une fois, je le fis dans cette intention et j'entendis Mme Fidler dire : � A pr�sent elle s'est de nouveau affaiss�e ! �

12e Question :
Lorsqu'� la fin de la s�ance Yolande est pr�te � se retirer, ressentez-vous quelque chose de particulier dans votre corps ? Que ressentez-vous avant, et apr�s la s�ance ?
R�ponse : A la fin de la s�ance j'ai toujours la pens�e qu'un bon bain me ferait du bien, car je ne me sens pas tr�s � mon aise. La raison en est, je suppose, que Yolande emprunte pour se mat�rialiser, une certaine quantit� de substances aux assistants ; celles-ci me reviennent en partie et produisent ainsi ce sentiment de malaise. A pr�sent, je prends toujours un bain avant les s�ances ; mais alors je le prenais apr�s, et je ne crois pas que cela m'ait fait du mal, cependant je n'en suis pas s�re. Toujours avant une s�ance, m�me huit ou neuf heures avant, j'�prouve une sensation de fourmillements dans tout mon corps ; quand je sais qu'une s�ance doit avoir lieu je sens aussi des picotements dans mes doigts, exactement comme si je tenais une batterie �lectrique; je n'ai plus d'int�r�t � rien, cela me d�range d'y penser. Aussi je pr�f�re ne pas savoir d'avance lorsqu'une s�ance est organis�e. Apr�s les s�ances, j'ai, d'habitude, des naus�es suivies de vomissements ; cela provient de ce que j'absorbe quelques-uns des �l�ments des assistants [9] qu'Yolande emprunte pour se mat�rialiser. Dans le courant de la journ�e, avant la s�ance, je m'abstiens autant que possible de nourriture.

13e Question :
Avez-vous jamais essay� de retenir Yolande ou ses voiles, avec vos mains ? Il serait si naturel que vous essayiez d'obtenir un morceau de cette draperie.
R�ponse : Justement, l'autre jour, lorsque je pris des ciseaux pour lui couper une m�che de cheveux, je n'arrivai pas � la maintenir ; elle �tait plus forte que moi. Autrement, je n'ai jamais essay� de la retenir. Quand elle me serrait les poignets et que je ne pouvais les mouvoir, j'�tais plut�t curieuse d'�prouver sa force.

14e Question :
Avez-vous jamais vu Yolande face � face ?
R�ponse : Quand elle �tait avec moi, en dehors du cabinet, sa figure �tait toujours voil�e, de sorte que je ne pouvais alors la voir ; mais � Newcastle, je l'ai vue au milieu de la chambre lorsque le rideau s'ouvrit et que la lumi�re tomba en plein sur elle ; je vis alors ses �paules et ses bras aussi distinctement que si j'avais vu ceux d'une autre personne. C'�tait durant une s�ance de plein jour. Je vis la dame fran�aise, et c'�tait comme si je m'apercevais dans une glace, tellement elle me ressemblait.

15e Question :
Vous reconnaissez-vous en elle � la figure, aux mains, ou bien � d'autres ressemblances corporelles et intellectuelles ?
R�ponse : Je n'ai jamais remarqu� de ressemblance avec moi dans les traits de la figure d'Yolande, ou plut�t je n'ai jamais eu occasion d'en juger.

16e Question :
Ne sentez-vous jamais comme si vous �tiez dans Yolande, comme si votre conscience �tait report�e en elle ? Ou bien, avez-vous constamment la conscience d'�tre s�par�e d'elle et toujours vous-m�me, � votre place dans le cabinet ? Pouvez-vous penser et juger de ce qui se passe autour de vous ?
R�ponse : Quand elle me touche, la sensation est toute semblable � celle que j'�prouve en me touchant moi-m�me. Je ne sens pas comme si j'�tais une partie d'elle ; mais je sens, au contraire, comme si elle �tait une partie de moi. O� que soit Yolande, je sais pourtant que je suis bien moi-m�me � ma place dans le cabinet. Ceci est un fait clair et certain, et personne au monde ne parviendrait � �branler cette certitude, parce que j'en suis s�re et que c'est plus qu'une simple croyance. Mais, quoique je sache cela, et que je me reconnaisse ici, et que cette partie de moi-m�me qui respire et sort de moi semble s'affranchir de mon contr�le, elle me semble cependant �tre quelque chose qui m'aurait appartenu et qui serait tomb�e sous le contr�le d'un autre. Je ne pourrais dire exactement ce que j�ai perdu ; n�anmoins je sais que je n'ai perdu aucune partie de mon �tre et pourtant que le nouvel �tre m'a appartenu.
Je consid�re Yolande comme un individu s�par� de moi ; je suis absolument certaine qu'elle poss�de sa propre individualit� personnelle, ses propres sens, sa propre conscience, s�par�e de, tout ce qui m'appartient.

17e Question :
Lorsque vous sentez que, en r�alit�, Yolande est ou une autre individualit� ou ind�pendante de vous, pouvez-vous indiquer les caract�res moraux ou intellectuels de cette individualit� ? Quand vous prenez place dans le cabinet, pensez-vous alors � Yolande ? D�sirez-vous qu'elle vienne ?
R�ponse : Elle est aussi volontaire et capricieuse qu'un enfant, et elle me semble �tre dans la phase de d�veloppement d'une jeune fille de 13 � 14 ans, sans grande intelligence mais simplement curieuse. Elle ressemble � un �tre transport� � un niveau plus civilis� de l'existence ; elle comprend et apprend facilement ; le trait le plus saillant de son caract�re est la curiosit�. Au d�but, lorsqu'elle arriva parmi nous, elle semblait ne pas savoir ce qu'�tait une chaise et essaya de toutes les mani�res de s'en servir ; elle s'assit sur le dossier et tomba. Par contre elle semblait comprendre l'usage du papier et des crayons. Elle �prouvait une grande curiosit� pour tout ce qu'on lui apportait ; elle comprenait l'usage des robes et des bijoux et savait s'en parer. Yolande ne me montra jamais d'affection ni � personne d'autre ; elle joue librement avec les gar�ons de M. Fidler, parce qu'elle est habitu�e � eux et non par affection. Je suppose qu'elle trouve du plaisir � s'occuper de quelque chose. S'il m'arrive de lui demander une chose ou une autre, par exemple des fleurs, elle me les donne, mais d'un air boudeur, semble-t-il. Quand c'�tait une autre personne qui l'en priait, elle le faisait plus volontiers ; tandis que, lorsque c'�tait moi, non seulement elle ne voulait pas, mais elle paraissait me consid�rer d'un air d�fiant, comme si j'avais � exercer une surveillance sur elle. Il me semble que Yolande fait les choses parce qu'elle aime � �tre lou�e et tenue pour intelligente. Il faut qu'elle ait fait des progr�s durant ces dix ann�es puisque Walter [10] expliquait qu'elle avait appris les premi�res lettres de l'alphabet, mais qu'elle avait encore beaucoup � apprendre. Je n'essaye jamais de penser � quoi que ce soit lorsque je suis dans le cabinet et je ne d�sire jamais que Yolande vienne. Je ne sais pas si elle viendra mais seulement que quelqu'un viendra. �videmment, si rien ne se passait, je m'ennuierais ; c'est pour cela, je pense, que je dois avoir le d�sir de sa venue.

18e Question :
Quand d'autres fant�mes apparaissent ressentez-vous qu'ils sont une partie de vous m�me ou bien qu'ils vous sont �trangers et ind�pendant de vous ?
R�ponse : Je n'�prouve pas avec les autres fant�mes ce que je ressens avec Yolande; sans regarder, je sais si c'est Yolande ou une autre figure ; je ne sais d'o� cela provient ; je sens seulement la diff�rence. Lorsque l'apparition appela � Charles � ! J��tais curieuse de voir qui cela �tait, sans y prendre autrement d'int�r�t. Je sentais qu'Yolande �tait partie et que j'�tais dans mon �tat normal ; tout juste au moment o� je vous parlais, je sentis la diff�rence et, alors le fant�me appel� Charles �tait l�.

19e Question :
Yolande s'est-elle jamais manifest�e d'une mani�re quelconque, autre que pendant une s�ance avec le cabinet pour mat�rialisation ?
R�ponse : � ma connaissance, Yolande ne s'est jamais manifest�e autrement que dans mes s�ances avec cabinet pour mat�rialisations. Les autres esprits qui se manifestent aux s�ances, ont donn� des preuves de leur pr�sence en d'autres occasions.
Je me souviens qu'un soir, alors que je vivais encore en Angleterre, j'avais l'un des petits gar�ons sur les genoux et comme nous chantions ensemble nous entend�mes une voix nous accompagner. Les gar�ons demand�rent : � Est-ce toi qui chantes, Ninia ? � Elle r�pondit : � Oui � L�-dessus ils mont�rent en courant l'escalier et comme ils ne la trouv�rent pas, ils cri�rent : � Es-tu en bas ? � Et la voix r�pondit encore : � Oui. � Ils coururent partout la chercher jusqu'� ce qu'ils furent fatigu�s. Ils entendaient la voix partout dans la maison.

20e Question :
Dites-moi, je vous prie, vos impressions sur la r�ponse donn�e par Waller, le 16 juin 1890 ; r�ponse que vous consid�riez comme une chose toute nouvelle, une � r�v�lation � Je veux parler de votre disparition totale lorsque je regardai brusquement dans le cabinet [11] ?
R�ponse : Avant la s�ance du 16 juin 1890 j'avais la conviction absolue qu'il ne paraissait pas se faire de changements visibles dans mon corps. Je sentais bien que, durant les s�ances, un changement avait lieu, mais je ne croyais pas qu'il put �tre remarqu� par d'autres que moi seule. Je pouvais toujours, autant que je sache, voir, sentir et entendre ou plut�t je devrais dire ; que lorsque je suis dans le cabinet, mon ou�e est bien plus fine qu'en temps ordinaire, car j'entends alors le tic-tac d'une pendule dans la chambre � c�t� ou � un �tage au-dessous ; je puis entendre les sons de la ville, par exemple la sonnerie des horloges, des �glises ; j'entends le tic-tac des montres des assistants. Il est certain que mes sens sont plus aiguis�s que d'habitude. Je peux sentir les pens�es, mais j'ai plut�t la sensation de les entendre ; j'ai essay� de fixer derni�rement les pens�es ainsi senties et entendues de mani�re � pouvoir les r�p�ter, mais je n'eus pas de r�sultat. Si j'avais su que j'avais �t� quelquefois transform�e comme Walter semble le croire je n'aurais jamais os� donner des s�ances � des personnes n'ayant pas eu la parfaite compr�hension de cet �tat de choses. Parfois, je me suis promen�e avec Yolande en dehors du cabinet, de sorte que les assistants pouvaient nous voir toutes deux en m�me temps. Dans quantit�s d'occasions, j'ai pu voir Yolande devant moi, agenouill�e � mon c�t�, t�tant mes v�tements, ou me donnant quelquefois un verre d'eau. Je lui ai parl�, je l'ai touch�e et, j'ai pu me convaincre de toutes les mani�res que nous �tions deux individualit�s diff�rentes. La premi�re fois o� j'ai remarqu� en moi un plus grand changement, et que j'ai vraiment compris qu'il �tait v�ritable, c'�tait lors des s�ances de photographie de HEDLUND o� un esprit homme me toucha ; j'en fus tellement effray�e que j'essayai de me lever et de fuir hors du cabinet ; mais je trouvai que je ne pouvais pas me remuer. Les assistants aper�urent l'esprit que je mentionnais et le virent se dissoudre peu � peu ; en m�me temps je sentais revenir mes forces et ma sensibilit�.


II - Remarques compl�mentaires de M. Aksakow

Je ne saurais mieux compl�ter ces int�ressantes communications qu'en renvoyant mes lecteurs � la description si simple et vivante que Mme d'Esp�rance a donn�e sur ce qu'elle apprend, pense et sent pendant une s�ance de mat�rialisation, �tant assise en dehors du cabinet en vue des assistants et qu'elle a publi�e en une s�rie d'articles dans � Le M�dium� (ann�es 1892 et 1893) sous le titre suivant : COMMENT SENT UN M�DIUM LORSQUE DES ESPRITS SE MAT�RIALISENT.
Je ne puis m'emp�cher de reproduire ici un passage qui a une relation directe et sp�ciale avec la question trait�e dans cet article et qui d�crit un autre excellent cas de cet �tat de d�doublement dans lequel se trouve la m�dium tout en conservant sa conscience. Mme d'Esp�rance parle ici elle-m�me et, il est � remarquer que tout ceci a �t� �crit avant l'�v�nement de Helsingfors :
� Maintenant arrive une autre figure petite et mince avec les bras ouverts. Quelqu'un se l�ve, tout � l'extr�mit� du cercle, vient, et les deux s'embrassent. Ce sont des cris inarticul�s : � Anna ! 0 Anna ! Mon enfant ! Ma ch�re enfant � Alors, une autre personne se l�ve et met ses bras autour de l'espri t; l�-dessus des sanglots, des exclamations m�l�es de b�n�dictions. Je sens mon corps se mouvoir de ci, de l� ; tout devient noir devant mes yeux. Je sens les bras de quelqu'un autour de mes �paules, un c�ur battre contre ma poitrine. J'ai la sensation que quelque chose se passe. Personne n'est aupr�s de moi ; personne ne fait attention � moi. Tous les yeux sont fix�s sur cette figure toute blanche et fine dans les bras de deux femmes en deuil.
� Ce doit �tre mon c�ur que j'entends battre si nettement ; pourtant il y a s�rement des bras qui m'entourent ; jamais je n'ai senti de contact aussi net. Je commence � m'�tonner. Qui suis-je ? Suis-je la blanche apparition, ou bien suis-je celle qui est assise sur la chaise ? Sont-ce mes mains autour du cou de la plus vieille dame ; sont-ce les miennes qui sont l� devant moi sur mes genoux ? Suis-je le fant�me, ou bien comment dois-je appeler celle qui est assise sur la chaise ?
� S�rement ce sont mes l�vres qui sont bais�es ; c'est ma figure qui est toute mouill�e des larmes que versent si abondamment les deux bonnes dames. Mais, comment cela peut-il �tre ? C'est un sentiment terrible que celui de cette perte de sa propre identit�. Je d�sire �treindre une de ces deux mains qui sont pos�es sur mes genoux. - Inutile ! - et toucher quelqu'un pour savoir exactement si je suis moi ou seulement un r�ve, si Anna est moi, et si je suis en quelque sorte perdue dans son identit�.
� Je sens les bras tremblants de la dame �g�e, ses baisers, ses larmes, les caresses de la s�ur, et, je me trouve dans une mortelle angoisse. Combien de temps cela va-t-il durer ? Combien de temps seront nous l� toutes les deux ? A la fin, que va-t-il arriver ? Serais-je Anna ou Anna sera-t-elle moi ?
� L�-dessus, je sentis deux petites mains se glisser dans mes mains paralys�es ; cela me pr�ta en quelque sorte un nouveau soutien ; et, avec un sentiment de vif bonheur, je trouve que je suis encore moi-m�me et, que la petite Joute [12], ennuy�e sans doute de rester oubli�e derri�re les trois figures et se sentant isol�e, cherchait une soci�t�.
� Combien suis-je heureuse de cet attouchement m�me de la main d'un enfant ! Mes doutes. - Qui je suis et o� je me trouve - sont pass�s. Pendant que je ressens cela, le fant�me blanc d'Anna dispara�t dans le cabinet et les deux dames retournent � leurs places tout en larmes, tr�s agit�es mais bien heureuses. � (The medium - 1893 p. 146).

[1] Voir les dernières pages du chapitre premier.

[2] Voir Psych. Stud LW d'août 1890 p. 385 ; de novembre 1890, p. 497 ; de décembre 1891, p. 546-552 ; de janvier 1892, p. 5 ; de mars 1895 p. 123 .

[3] Ceci se rapporte à l'incident suivant : à une séance, alors que tout était prêt : Mme d'Espérance dans le cabinet, les rideaux fermés, chacun à sa place, la demi-obscurité réglée, mais la porte n'étant pas encore fermée à clef, j'en profitai pour sortir une minute de la chambre sans faire le moindre bruit. Aussitôt que je revins, on me dit que Mme d'Espérance s'était écriée : « On ne peut commencer car M. Aksakow est absent. » J'ajoute que la médium était assise dans le cabinet, me tournant le dos à cause de la position de sa chaise ; le rideau seul nous séparait, mais ma chaise se trouvait placée au coin gauche du cabinet, un peu en arrière de la chaise de la médium, de façon qu'elle ne pouvait me voir, même si par hasard il y avait eu une fente dans le rideau .

[4] Yolande est le nom donné à la forme matérialisée qui apparaissait alors habituellement.

[5] Nom d'une des formes matérialisées qui apparaissaient à une série de séances que Mme d'Espérance donna à Gothenbourg, à M. Hedland, en 1889.

[6] Ceci se passa à une de mes séances. J'avais préparé de la paraffine fondue avec de l'eau chaude, pour essayer d'obtenir un moule de la main de Yolande .

[7] Séance du 28 juin 1890 pendant laquelle une plante fut matérialisée par Yolande. Psychische Studien. Livr. de novembre et de décembre 1891.

[8] Une petite fille qui se matérialisait aux séances de Mme d'Espérance.

[9] Récemment Mme d'Espérance me conta que lors des expériences de Christiania, en 1893, elle avait eu la surprise de ne pas se sentir souffrante ; les assistants s'étant abstenus d'alcool et de tabac.

[10] Esprit guide qui se manifestait par l'écriture.

[11] Voir : Psych. Stud. 1894, P. P. 298-299.

[12] Un autre petit esprit qui se matérialisait aux séances de Mme d'Espérance.

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