Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec


PREFACE


Le spiritisme est venu projeter un jour nouveau sur le probl�me de la nature de l'�me. En faisant intervenir l'exp�rimentation dans la philosophie, c'est-�-dire dans une science qui n'employait comme instrument de recherche que le sens intime, il a permis de voir l'esprit d'une mani�re effective, et de se rendre compte qu'il avait �t� tr�s mal connu jusqu'alors.
L'�tude du moi, c'est-�-dire du fonctionnement de la sensibilit�, de l'intelligence et de la volont�, fait percevoir l'activit� de l'�me au moment o� elle s'exerce, mais elle ne nous dit rien sur le lieu o� se passent ces ph�nom�nes, qui semblent n'avoir d'autre relation entre eux que celle de la continuit�. Les r�cents progr�s de la psychologie physiologique ont, cependant, �tabli qu'il existe une �troite d�pendance entre la vie psychique et les conditions organiques de ses manifestations. � tout �tat de l'�me correspond une modification mol�culaire de la substance c�r�brale, et r�ciproquement. Mais l� s'arr�tent les observations, et la science est incapable de nous expliquer pourquoi la mati�re qui remplace celle qui est d�truite par l'usure vitale conserve les impressions ant�rieures de l'esprit.
L'exp�rience spirite vient � point pour combler cette lacune : elle nous prouve que l'�me n'est pas une entit� id�ale, une substance immat�rielle sans �tendue, mais qu'elle est pourvue d'un corps subtil, dans lequel s'enregistrent les ph�nom�nes de la vie mentale et auquel on a donn� le nom de p�risprit. De m�me que dans l'homme vivant, il faut distinguer l'esprit de la mati�re qui l'incorpore, de m�me il ne faut pas confondre le p�risprit avec l'�me. Le moi pensant est tout � fait distinct de son enveloppe, et ne pourrait pas plus s'identifier avec elle que le v�tement avec le corps physique ; cependant, il existe, entre l'esprit et le p�risprit, les plus �troites connexions ; car ils sont ins�parables, comme nous le verrons plus loin.
Est-ce � dire pour cela que nous avons trouv� la v�ritable nature de l'�me ? Non, car elle nous demeure encore inaccessible, aussi bien d'ailleurs que l'essence de la mati�re ; mais nous avons d�couvert une condition, une mani�re d'�tre de l'esprit, qui explique une quantit� de probl�mes insolubles jusqu'alors.
Les conceptions sur la nature de l'�me humaine ont �volu�, au cours des �ges, depuis la mat�rialit� la plus grossi�re jusqu'� la spiritualit� absolue. Les travaux des philosophes, aussi bien que les enseignements religieux, nous ont habitu�s � consid�rer l'�me comme une pure essence, une flamme immat�rielle. Ces vues si diff�rentes tiennent � la mati�re dont on envisage l'�me. Si on l'�tudie objectivement, en dehors de l'organisme humain, pendant les apparitions, elle parait parfois aussi mat�rielle que le corps physique. Si on l'observe en soi, il semble que sa seule caract�ristique soit la pens�e. Toutes les observations de la premi�re cat�gorie ont �t� rel�gu�es parmi les superstitions populaires et l'id�e d'une �me sans corps a pr�valu. Dans ces conditions, il devenait impossible de comprendre par quel proc�d� cette entit� pouvait agir sur la mati�re du corps ou en recevoir des impressions. Comment imaginer qu'une substance sans �tendue, et par cons�quent hors de l'�tendue, puisse agir sur l'�tendue c'est-�-dire sur des corps mat�riels ?
En m�me temps que sa spiritualit�, on nous enseigne l'immortalit� de l'�me. Comment s'expliquer que cette �me conserve des souvenirs ? Ici-bas, nous avons un corps d�fini par la forme de notre enveloppe physique, un cerveau qui parait enregistrer les archives de notre vie mentale ; mais quand ce corps meurt, quand ce substratum physique est d�truit, que deviendront les souvenirs de notre existence actuelle, o� donc se localiseront les acquisitions de notre activit� psychique sans lesquelles il n'est pas de vie intellectuelle possible ? L'�me est-elle destin�e � se fondre dans l'erraticit�, � s'�vanouir dans le grand Tout, en perdant sa personnalit� ?
Ces cons�quences sont rigoureuses, car l'�me ne saurait subsister dans l'espace sans une forme qui l'individualise. Une goutte d'eau dans l'oc�an est indiscernable de ses voisines, elle ne se diff�rencie des autres parties du liquide que si elle est contenue dans quelque chose qui la d�limite, ou si, isol�e, elle prend la forme sph�rique, sans quoi elle se perd dans la masse, et n'a plus d'existence distincte.
Le spiritisme nous fait constater que l'�me est toujours ins�parable d'une certaine substantialit� mat�rielle ; mais affectant une modalit� sp�ciale, infiniment rar�fi�e, dont nous chercherons � d�finir l'�tat physique. Cette mati�re poss�de des formes variables d'apr�s le degr� d'�volution de l'esprit, et suivant qu'il habite sur la terre ou dans l'espace. Le cas le plus g�n�ral est que l'�me conserve temporairement, apr�s la mort, le type qu'avait le corps physique ici-bas. Cet �tre invisible et impond�rable peut parfois, dans des circonstances d�termin�es, rev�tir un caract�re suffisant d'objectivit� pour affecter les sens et impressionner la plaque photographique, laissant ainsi des traces durables de son action, ce qui met hors de cause toute tentative d'explication de ce ph�nom�ne par l'illusion ou l'hallucination.
Notre but, dans ce volume, est de pr�senter quelques-unes des preuves que l'on poss�de actuellement de l'existence de cette enveloppe, � laquelle on a donn� le nom de P�RISPRIT (de peri, autour, spiritus, l'esprit).
Pour cette d�monstration nous ferons appel, non seulement aux spirites proprement dits, mais aussi aux magn�tiseurs spiritualistes et aux savants ind�pendants qui ont commenc� � explorer ce domaine nouveau ; en m�me temps, il nous sera possible de constater que la corpor�it� de l'�me n'est pas une id�e neuve, qu'elle a eu des partisans nombreux depuis que l'humanit� se pr�occupe de la nature du principe pensant.
Nous verrons d'abord que l'antiquit�, presque tout enti�re, adm�t plus ou moins cette doctrine; mais les connaissances que l'on poss�dait sur ce corps �th�r� �taient vagues et incompl�tes. Puis � mesure que se creusait le foss� entre l'�me et le corps, que les deux substances se diff�renciaient davantage, une foule de th�ories cherch�rent � expliquer leur action r�ciproque. Ce sont les �mes mortelles de Platon, les �mes animales et v�g�tatives d'Aristote, l'ochema et l'e�dolon des Grecs, le n�phesch des H�breux, le bai de Egyptiens, le corps spirituel de Saint-Paul, les esprits animaux de Descartes le m�diateur plastique de Cudworth, l'organisme subtil de Leibnitz, ou son harmonie pr��tablie ; l'influx physique d'Euler, l'arch�e de Van Helmont, le corps aromal de Fourier, les id�es-force de M. Fouill�e, etc. Toutes ces hypoth�ses, qui par certains c�t�s c�toient la r�alit�, n'ont pas le degr� de certitude que comporte le spiritisme, car celui-ci n'imagine pas : il constate.
L'esprit humain, par le seul effort de ses sp�culations n'est jamais s�r d'y �tre parvenu. Il lui faut le secours de la science, c'est-�-dire de l'observation et de l'exp�rience, pour asseoir sa certitude. Ce n'est donc pas guid�s par des id�es pr�con�ues que les spirites enseignent l'existence, du p�risprit ; c'est purement et simplement parce qu'elle est pour eux un r�sultat de l'observation.
Les magn�tiseurs �taient arriv�s d�j�, en suivant d'autres m�thodes, au m�me r�sultat. Nous verrons, par la correspondance �chang�e entre Billot et Deleuze, aussi bien que par les recherches de Cahagnet, que l'�me, apr�s la mort, conserve une forme corporelle qui l'identifie. Les m�diums, c'est-�-dire les personnes qui jouissent - � l'�tat normal - de la facult� de voir les Esprits, confirment absolument le t�moignage des somnambules.
Ces r�cits constituent une s�rie de documents qui ont une grande valeur, mais qui ne nous donnent pas encore une preuve mat�rielle ; aussi nous constaterons que les spirites ont fait tous leurs efforts pour fournir cette exp�rience inattaquable, et qu'ils y sont parvenus. Les photographies d'Esprits d�sincarn�s, les empreintes laiss�es par eux dans des substances molles ou friables, les moulages de formes p�rispritales sont des preuves authentiques, absolues, irr�cusables de l'existence de l'�me unie au p�risprit, et le nombre en est si grand aujourd'hui, que le doute n'est plus possible.
Mais si l'�me poss�de v�ritablement une enveloppe, il doit �tre possible d'en constater la r�alit� pendant la vie terrestre. C'est effectivement ce qui a lieu. Les ph�nom�nes de d�doublements de l'�tre humain, que l'on nomme parfois bi-corpor�it�, nous ont mis sur la voie. On sait en quoi ils consistent. Un individu �tant � Paris, par exemple, son image, son double, peut se montrer dans une autre ville, de mani�re � �tre reconnu. Il existe � l'heure actuelle, plus de deux mille faits bien constat�s d'apparitions de vivants. Nous verrons, dans le cours de notre �tude, que ces visions ne sont pas toutes hallucinatoires et par quels caract�res sp�ciaux il est possible de s'assurer de l'objectivit� de certaines de ces curieuses manifestations psychiques.
Les chercheurs ne se sont pas born�s � l'observation pure et simple de ces ph�nom�nes, ils sont arriv�s � les reproduire exp�rimentalement. Nous constaterons, avec M. de Rochas, que l'ext�riorisation de la motricit� est, en quelque sorte, l'esquisse de ce qui se produit compl�tement pendant le d�doublement de l'�tre humain. Enfin, nous arriverons � la d�monstration physique de la distinction entre l'�me et le corps, en photographiant l'�me d'un vivant, en dehors des limites de son organisme mat�riel.
Pour tout chercheur impartial, ce colossal ensemble de documents �tablit solidement l'existence du p�risprit, mais l� ne doit pas se borner notre ambition. Nous devons nous demander de quelle mati�re ce corps est form�. Ici, nous en sommes r�duits � l'hypoth�se ; mais nous verrons par l'�tude des circonstances qui accompagnent les apparitions des vivants et des morts, qu'il est possible de trouver, dans les derni�res d�couvertes scientifiques sur la mati�re radiante et les rayons X, des analogies pr�cieuses, qui nous permettront de comprendre l'�tat de cette substance impond�rable et invisible. Nous esp�rons montrer que rien ne s'oppose, scientifiquement, � la conception d'une semblable enveloppe de l'�me; d�s lors, cette �tude entre dans le cadre des sciences ordinaires, et ne peut encourir le reproche d'�tre entach�e de surnaturel ou de merveilleux.
Nous appuierons longuement sur l'identit� des ph�nom�nes produits par l'�me d'un vivant, sortie momentan�ment de son corps, et ceux que l'on constate de la part des Esprits. Nous verrons qu'ils se ressemblent tellement, qu'il est impossible de les diff�rencier autrement que par leurs caract�res psychiques. Donc, et c'est l� un point des plus importants, il y a une continuit� r�elle, absolue, dans les manifestations de l'esprit, qu'il soit incarn� ou non, dans un corps terrestre. D�s lors, il est inutile d'attribuer les faits spirites � des �tres fictifs, d�mons, �l�mentaux, �l�mentals, coques astrales, egr�gores, etc : il faut reconna�tre qu'ils sont produits par des �mes qui ont v�cu sur la terre.
En �tudiant les hauts ph�nom�nes du spiritisme, il nous sera facile de constater que l'organisme fluidique contient toutes les lois organog�niques suivant lesquelles le corps est form�. Ici, le spiritisme apporte une id�e neuve en expliquant comment la forme typique de l'individu peut se maintenir pendant toute la vie, malgr� le renouvellement incessant de toutes les parties du corps. En m�me temps, au point de vue psychique, il devient ais� de comprendre o� et comment se conservent nos acquis intellectuels. Nous avons �tabli ailleurs (l��volution animique) comment nous concevons le r�le jou� par le p�risprit pendant l'incarnation ; il nous suffira de dire ici que, gr�ce � la d�couverte de ce corps fluidique, nous pouvons nous expliquer scientifiquement de quelle mani�re l'�me conserve son identit� dans l'immortalit�.
Puissent ces premi�res �bauches d'une physiologie psychologique transcendantale inciter les savants � scruter ce merveilleux domaine si nos travaux ont pour r�sultat d'amener quelques esprits ind�pendants dans nos rangs, nous n'aurons pas perdu notre temps ; mais, quel que soit le r�sultat de nos efforts, nous sommes assur�s que le temps est proche o� la science officielle, forc�e dans ses derniers retranchements, sera dans l'obligation de s'occuper du sujet qui fit l'objet de nos recherches. Ce jour-l�, le spiritisme appara�tra ce qu'il est r�ellement : c'est-�-dire la Science de l'Avenir.

Gabriel DELANNE

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