Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec


PREMIERE PARTIE
L'Observation

CHAPITRE PREMIER

COUP D'OEIL HISTORIQUE
LES CROYANCES ANCIENNES


La nature intime de l'�me nous est inconnue. Quand on dit qu'elle est immat�rielle, il faut entendre ce mot dans un sens relatif et non absolu, car l'immat�rialit� parfaite serait le n�ant ; or l'�me ou l'esprit [1] c'est quelque chose qui pense, qui sent, qui veut ; il faut donc entendre par l'expression �immat�rielle� que son essence est tellement diff�rente de ce que nous connaissons physiquement, qu'elle n'a aucune analogie avec la mati�re.
L'�me ne peut se concevoir sans �tre accompagn�e d'une mati�re quelconque qui l'individualise ; car, sans cela, il lui serait impossible d'entrer en rapport avec le monde ext�rieur. Sur la terre, le corps humain est ce m�dium qui nous met en contact avec la nature ; mais apr�s la mort l'organisme vivant �tant d�truit, il faut que l'�me ait une autre enveloppe pour �tre en relation avec le nouveau milieu qu'elle doit habiter. Cette induction logique a �t� fortement sentie de tout temps, d'autant mieux que les apparitions de personnes mortes qui se montraient cependant avec leur forme terrestre, venaient fonder cette croyance.
Le plus souvent, le corps spirituel reproduit le type que l'esprit avait dans sa derni�re incarnation; et c'est probablement � cette ressemblance de l'�me que son dues les premi�res notions de l'immortalit�.
Si l'on veut bien songer aussi que dans les r�ves, on revoit souvent des parents ou des amis qui sont morts depuis longtemps ; on pourra trouver, peut-�tre, dans ces faits, les causes de cette foi g�n�rale � une autre vie, qui �tait celle de nos anc�tres.
On constate, en effet, que les hommes de l'�poque pr�historique, � laquelle on a donn� le nom de m�galithique, ensevelissaient les morts et pla�aient dans les tombeaux des armes et des parures. Il faut donc penser que ces populations primitives avaient l'intuition d'une existence seconde, succ�dant � la vie terrestre. Or, s'il est une conception oppos�e au t�moignage des sens, c'est bien celle d'une vie future. Lorsque l'on voit le corps physique demeurer insensible, inerte malgr� toutes les stimulations que l'on peut employer lorsque l'on constate qu'il se refroidit, puis se d�compose, il est difficile de supposer que quelque chose survit � cette d�sagr�gation totale. Mais si, malgr� cette destruction, on observe la r�apparition compl�te du m�me �tre, s'il manifeste, par des actes et des paroles qu'il vit encore, alors, m�me chez les �tres les plus frustes, la conclusion que l'homme n'est pas mort tout entier s'impose avec une grande autorit�. C'est probablement apr�s beaucoup d'observations du m�me genre que s'�tablirent le culte rendu � la d�pouille mortelle et la croyance qu'une autre vie serait la continuation de celle-ci.

L'INDE

De nos jours encore, les peuplades les plus sauvages croient � une certaine immortalit� de l'�tre pensant [2], et les r�cits des voyageurs sont d'accord pour constater que, sur toutes les parties du globe, la survivance est affirm�e unanimement. En remontant aux plus antiques t�moignages que nous poss�dions, c'est-�-dire jusqu'aux hymnes du Rig V�da, nous voyons que les hommes qui vivaient au pied de l'Himalaya, dans le Sapta Sindhou (pays aux sept rivi�res), avaient des intuitions claires sur le lendemain de la mort. Se basant probablement sur les apparitions naturelles, et sur les visions des r�ves, les pr�tres, apr�s bien des si�cles, arriv�rent � codifier la vie future. Quelle sera cette existence ? Un po�te Arya �bauche vigoureusement le ciel v�dique : � Demeure d�finitive des dieux immortels, si�ge de la lumi�re �ternelle, origine et base de tout ce qui est, s�jour de joie constante, de plaisirs sans fin, o� les d�sirs s'accomplissent d�s qu'ils naissent, o� l'Arya fid�le vivra d'une �ternelle vie�.
D�s que le ciel v�dique fut con�u en tant que s�jour divin habitable par l'�tre humain, la question se trouva pos�e de savoir, comment l'homme pourrait � s'�lever si haut �, et comment, avec des facult�s restreintes, il serait � capable de vivre une vie c�leste sans fin �. Est-il possible que le corps humain qui tient si fermement � la terre, prenant son essor, devenu l�ger comme un nuage, traverse l'espace pour se rendre, de lui-m�me, � la merveilleuse cit� des dieux ? Il faudrait qu'un miracle s'accompl�t. Or ce miracle ne s'est jamais produit visiblement. Serait-ce donc que le s�jour divin est encore sans h�tes ? Sans prodige, quel corps physique peut perdre son propre poids ? De ce myst�re, de cette pens�e vague surgit en quelque sorte, la pr�occupation positive des destin�es de la mati�re apr�s la mort, de la survivance d'une partie de l'�tre. Voici l'explication la plus antique que l'on connaisse sur ce myst�rieux au-del�.
Le corps humain, frapp� par la mort, retourne en entier aux �l�ments divers qui particip�rent � sa formation. Les rayons du regard, mati�re lumineuse, sont repris par le soleil ; le souffle, pr�t� par les airs, retourne aux airs, le sang, s�ve universelle, va vivifier les plantes; les muscles et les os, r�duits en poussi�re, redeviennent terreau. � L��il retourne au soleil ; le souffle retourne � Vayou, le ciel et la terre re�oivent chacun ce qui leur est d� ; les eaux et les plantes reprennent les parties du corps humain qui leur appartenaient �. Le cadavre de l'homme est dispers�. Les mati�res qui composaient le corps vivant, priv�es de la chaleur vitale, retourn�es au grand Tout, serviront � former d'autres corps : rien n'est perdu, rien n'est pris par le ciel.
Et cependant l'Arya mort saintement recevra sa r�compense ; il s'�l�vera vers les hauteurs inaccessibles ; il jouira de sa glorification. Comment cela ? Voici : la peau n'est que l'enveloppe du corps, et lorsque Agni, le dieu chaud [3] abandonne le moribond, il respecte l'enveloppe corporelle, peau et muscle. Les chairs, sous la peau, ne sont que mati�res �paisses, grossi�res, constituant une seconde enveloppe vou�e au travail, assujettie � des fonctions d�termin�es. Sous cette double enveloppe de la peau et du corps, il y a l'homme vrai, l'homme pur, l'homme proprement dit, �manation divine susceptible de retourner aux dieux, comme le regard de l��il retourne au Soleil, le souffle � l'air, la chair � la Terre. Cette �me, apr�s la mort, rev�tue d'un corps nouveau, lumineux brouillard resplendissant, de forme �clatante, � et que son �clat m�me d�robe � la faible vue des vivants �, cette �me est transport�e au divin s�jour [4].
Si le dieu a �t� satisfait des offrandes de l'Arya frapp� de mort, il vient lui-m�me donner � l'enveloppe lumineuse � dans laquelle l'�me sera transport�e. Un hymne exprime rapidement la m�me pens�e sous la forme d'une pri�re : � D�veloppe, � Dieu, tes splendeurs, et donne au mort, ainsi, le corps nouveau dans lequel l'�me sera transport�e � ton gr�[5] ! �
Si l'on r�fl�chit que ces hymnes �taient �crits, il y a 3 500 ans environ, dans la langue la plus riche et la plus harmonieuse qui ait jamais exist�, on ne peut supputer � quelles p�riodes recul�es remontent ces notions, si pr�cises et presque justes, sur l'�me et son enveloppe. Il faut toute l'ignorance de notre �poque grossi�rement mat�rialiste pour contester une v�rit� vieille comme la pens�e humaine, et qui se retrouve chez tous les peuples. Nos exp�riences modernes sur les Esprits, qui se font photographier ou qui se mat�rialisent temporairement, comme nous le verrons plus tard, montrent que le p�risprit est une r�alit� physique aussi ind�niable que le corps mat�riel lui-m�me. C'�tait d�j� la croyance des antiques habitants de la vall�e du Nil, et c'est un fait bien remarquable qu'� l'aurore de toutes les civilisations, on trouve des croyances fondamentalement semblables, alors qu'il n'existait entre des peuples aussi �loign�s presque aucun moyen de communication.

L'�GYPTE

Aussi loin qu'il soit possible d'interroger les �gyptiens, on les entend affirmer leur foi � la seconde vie de l'homme, en un lieu d'o� nul ne peut revenir, o� s�journent les anc�tres. Cette id�e, immuable, traverse intacte toutes les civilisations �gyptiennes ; rien ne peut la d�truire. Au contraire, ce qui ne r�siste pas aux influences venues de toutes parts, et diverses, c'est le � comment � de cette immortalit�. Quelle est dans l'homme la partie durable qui r�siste � la mort ou qui, revivifi�e, va continuer une autre existence ?
La croyance la plus ancienne, celle des commencements (5000 ans av. J. C), ne faisait de la mort qu'une suspension de la vie; le corps, immobile pendant un temps, reprenait le �souffle �, allait habiter bien loin � l'ouest de ce monde. Ensuite, mais tr�s anciennement encore, et peut-�tre m�me ant�rieurement aux premi�res dynasties historiques, l'id�e fut �mise d'une � partie de l'homme � seulement, allant vivre une seconde vie. Ce n'�tait pas une �me, c'�tait un corps, autre que le corps premier, mais en provenant, plus l�ger, moins mat�riel. Ce corps, presque invisible, issu du premier corps momifi�, �tait soumis � toutes les exigences de l'existence ; il fallait le loger, le nourrir, le v�tir ; sa forme, dans l'autre monde, par la ressemblance, reproduisait le premier corps. C'est le ka, ou double, auquel, dans l'ancien Empire, s'adressait le culte des morts (5004-3064 av. J. -C.).
Une premi�re modification fit du � double �, - du ka- un corps moins grossier que ne l'�tait celui de la premi�re conception. Le deuxi�me corps ne fut plus qu'une � substance � - bi - une � essence � -bai - et enfin une lueur, � une parcelle de flamme �, de lumi�re. Cette formule se g�n�ralisa dans les temples et dans les �coles. Le peuple, lui, s'en tenait � la croyance simple, originale de l'homme compos� de deux parties : le corps et l'intelligence - khou - s�parables. Il y eut donc un instant, � l'approche de la XVIIIe dynastie surtout, des croyances diverses coexistant. On croyait en m�me temps : au corps double ou ka, � la substance lumineuse ou ba�, ba, � l'intelligence ou khou, et c'�taient trois �mes.
Cela fut ainsi, et sans dommage, jusqu'au moment o� la formation d'un corps sacerdotal n�cessitant une doctrine, imposant un choix, il fallut prendre une d�termination. C'est � la fin de la XVIIIe dynastie (3064-1703 avant J.-C.) que les pr�tres, tr�s habilement, pour ne froisser aucune croyance, pour se concilier toutes les opinions, con�urent un syst�me o� toutes les hypoth�ses purent entrer.
La personne humaine fut dite compos�e de quatre parties : le corps, le double (ka), la substance intelligente (khou), et l'essence lumineuse (ba ou bai) ; mais ces quatre parties n'en firent r�ellement que deux, en ce sens que le double, ou ka, �tait partie int�grante du corps pendant la vie, comme l'essence lumineuse, ou ba, �tait contenue dans la substance intelligente ou khou. Et c'est ainsi qu'� la fin de la XVIIIe dynastie, pour la premi�re fois, quoique sans en comprendre la th�orie vraie, l'�gypte eut, en r�alit�, la notion de l'�tre humain compos� d'une seule �me et d'un seul corps. La th�orie nouvelle se simplifia encore en ceci, que le corps, avec son double, fut consid�r� comme demeurant � jamais dans le tombeau, tandis que l'�me-intelligence, � servant de corps � l'essence lumineuse �, allait vivre la seconde vie avec les dieux. L'immortalit� de l'�me se substituait ainsi � l'immortalit� du corps, qui avait �t� la premi�re conception �gyptienne[6].

LA CHINE

Chez aucun peuple, peut-�tre, le sentiment de la survivance ne fut aussi vif que chez les Chinois. Le culte de Esprits s'imposa chez ces nations d�s la plus haute antiquit�. On croyait au Thian ou Chang-si, noms qu'ils donnaient indiff�remment au ciel ; mais on honorait surtout les Esprits et les �mes des anc�tres. Confucius respecta ces antiques croyances, et il admira un jour, au milieu de ceux qui l'entouraient, des maximes �crites depuis plus de cinq cents ans sur une statue d'or, dans le Temple de la Lumi�re, parmi lesquelles �tait celle-ci :
� En parlant, en agissant, ne pensez pas, quoique vous soyez seul, que vous n'�tes ni vu, ni entendu : les Esprits sont t�moins de tout [7]. �
On voit que, dans le C�leste Empire, les cieux sont peupl�s comme la terre, non seulement par les g�nies, mais aussi par les �mes des hommes qui ont v�cu ici bas. � c�t� du culte des Esprits se pla�ait celui des anc�tres. � Il avait pour objet, non seulement de conserver le pr�cieux souvenir des a�eux et de les honorer, mais encore d'attirer l'attention sur leurs descendants, qui leur demandaient des conseils dans toutes les circonstances importantes de la vie, et sur lesquels ils �taient cens�s exercer une influence d�cisive, en approuvant ou bl�mant leur conduite[8]. �
Dans ces conditions, il est �vident que la nature de l'�me devait �tre bien connue des Chinois. Confucius ne concevait pas l'existence de purs Esprits, il leur attribuait une enveloppe semi-mat�rielle, un corps a�riforme, comme en t�moigne cette citation du grand philosophe :
� Que les facult�s de Ko�ci-Chin (Esprits divers) sont vastes et profondes ! On cherche � les apercevoir et on ne les voit pas ; on cherche � les entendre et on ne les entend pas ; identifi�s avec la substance des �tres, ils ne peuvent en �tre s�par�s. Ils sont partout, au-dessus de nous, � notre gauche, � notre droite ; ils nous environnent de toutes parts. Les esprits, cependant, quelque subtils et imperceptibles qu'ils soient, se manifestent par les formes corporelles des �tres ; leur essence �tant une essence r�elle, v�ritable, elle ne peut pas ne pas se manifester sous une forme quelconque [9]�.
Le bouddhisme p�n�tra en Chine et s'assimila les anciennes croyances ; il continua les relations �tablies avec les morts.
Voici un exemple de ces �vocations et de l'apparence prise par l'�me pour se faire voir aux yeux mortels. M. Stanislas Julien, qui a traduit du chinois l'histoire de Hiouen-Thsang, lequel vivait vers l'an 650 de notre �re, raconte ainsi l'apparition de Bouddha, due � la pri�re faite par le saint personnage :
� Apr�s avoir p�n�tr� dans le caverne o� v�cut le grand initiateur, anim� d'une foi profonde, Hiouen-Thsang s'accusa de ses p�ch�s avec un c�ur plein de sinc�rit� ; il r�cita d�votement ses pri�res en se prosternant apr�s chaque strophe. Lorsqu'il eut ainsi fait cent salutations, il vit para�tre une lueur sur le mur oriental.
� P�n�tr� de joie et de douleur, il recommen�a ses salutations, et de nouveau il vit une lumi�re de la largeur d'un bassin qui brilla et s'�vanouit comme un �clair. Alors, dans un transport de joie et d'amour, il jura de ne pas quitter cet endroit avant d'avoir vu l'ombre auguste de Bouddha. Il continua ses hommages, et, apr�s deux cents salutations, soudain toute la grotte fut inond�e de lumi�re et le Bouddha apparut, d'une blancheur �clatante, se dessinant majestueusement sur le mur. Un �clat �blouissant �clairait les contours de sa face divine. Hiouen-Thsang contempla longtemps, ravi en extase, l'objet sublime et incomparable de son admiration. Il se prosterna avec respect, c�l�bra les louanges du Bouddha, et r�pandit des fleurs et des parfums, apr�s quoi la lumi�re c�leste s'�teignit. Le brahmane qui l'avait accompagn� fut aussi ravi qu'�merveill� de ce miracle. � Ma�tre, lui dit-il, sans la sinc�rit� de votre foi et l'�nergie de vos v�ux, vous n'auriez pu voir un tel prodige �.
Cette apparition rappelle la transfiguration de J�sus lorsque se montr�rent Mo�se et �lie. Les esprits sup�rieurs ont un corps spirituel d'une incomparable splendeur, car leur substance fluidique est plus lumineuse que les plus rapides vibrations de l'�ther, comme nous pourrons nous en assurer par la suite.

LA PERSE

Dans l'ancien Iran, on trouve une conception tout � fait particuli�re de l'�me. Zoroastre peut revendiquer la paternit� de l'invention de ce que l'on appelle aujourd'hui le moi sup�rieur, la conscience subliminale, et, � un autre point de vue, de la th�orie des anges gardiens.
On conna�t la doctrine du grand l�gislateur : au-dessous de l'Etre incr��, �ternel, il existe deux �manations oppos�es, ayant chacune une mission d�termin�e : Ormuzd est charg� de cr�er et de conserver le monde : Ahrima doit combattre Ormuzd, et d�truire le monde, s'il le peut. Il existe des g�nies c�lestes, �man�s de l'�ternel, pour aider Ormuzd dans le travail de la cr�ation ; mais il y a aussi une s�rie d'Esprits, de � g�nies � de f�ro�ers, par lesquels l'homme peut se consid�rer comme ayant en soi quelque chose de divin. Le f�ro�er, in�vitable � chaque �tre, dou� d'intelligence, �tait en m�me temps un inspirateur et un surveillant : inspirateur soufflant la pens�e d'Ormuzd au cerveau de l'homme ; surveillant, gardien de la cr�ature aim�e du dieu. Il semble que les f�ro�ers immat�riels existaient par la volont� divine avant la cr�ation de l'homme, et que chacun d'eux, � l'avance, savait le corps humain qui lui �tait destin� [10]. La mission de ce f�ro�er �tait de combattre les mauvais g�nies produits par Ahriman, de conserver l'humanit�.
Apr�s la mort, le f�ro�er demeure uni � � l'�me et � I'intelligence � pour subir un jugement, recevoir sa r�compense ou son ch�timent. Chaque homme, chaque Ized (g�nie c�leste), et Ormuzd lui-m�me avait son f�ro�er, son fravarski, qui veillait sur lui, qui se d�vouait � sa conservation [11].
On a pu d�duire de certains passages de l'Avesta qu'apr�s la mort de l'homme, le f�ro�er retournait au ciel pour y jouir d'une puissance ind�pendante, plus ou moins �tendue, suivant que la cr�ature dont la charge lui avait �t� confi�e avait �t� plus ou moins pure et vertueuse. Parfaitement ind�pendant du corps humain et de l'�me humaine, le f�ro�er est un g�nie immat�riel, responsable et immortel. Tout �tre a eu ou aura son f�ro�er. Il y a un f�ro�er certain, c'est-�-dire quelque chose de divin, dans tout ce qui existe. L'Avesta invoque les f�ro�ers des saints, du feu, de l'assembl�e des pr�tres, d'Ormuzd, des arnschaspands (anges c�lestes), des izeds, de la � parole excellente �, des � �tres purs �, de l'eau, de la terre, des arbres, des troupeaux, du taureau-germe, de Zoroastre � auquel Ormuzd a pens� d'abord, qu'il a instruit par l'oreille et qu'il a form� avec grandeur au milieu des provinces de l'Iran [12]. �
En Jud�e, l'id�e d'une �me est parfaitement inconnue des H�breux du temps de Mo�se[13]. Il faut que ce peuple aille en captivit� � Babylone pour qu'il puise chez ses vainqueurs l'id�e de l'immortalit�.

LA GR�CE

Les Grecs, depuis la plus haute antiquit�, ont �t� en possession de la v�rit� sur le monde spirituel. Souvent, dans Hom�re, les mourants proph�tisent et l'�me de Patrocle vient visiter Achille dans sa tente. � Suivant la doctrine du plus grand nombre des philosophes grecs ; chaque homme a pour guide un d�mon particulier (on appelait daim�n les Esprits) dans lequel �tait personnifi�e son individualit� morale [14]�. Le commun des humains �tait guid� par des Esprits vulgaires, les sages m�ritaient d'�tre visit�s par des Esprits sup�rieurs (Id.) Thal�s qui vivait six si�cles et demi avant notre �re, enseignait, comme en Chine, que l'Univers �tait peupl� de d�mons et de g�nies, t�moins secrets de nos actions, de nos pens�es m�me, et nos guides spirituels [15]. Il faisait m�me de cet article un des principaux points de sa morale, en avouant que rien n'�tait plus propre � inspirer chaque homme cette esp�ce de vigilance sur soi-m�me, que Pythagore nomme plus tard le sel de la vie [16].
Epim�nide, contemporain de Solon, �tait guid� par les Esprits et recevait souvent des inspirations divines. Il �tait fortement attach� au dogme de la m�tempsycose, et, pour convaincre le peuple, racontait qu'il ressuscitait souvent, et que, notamment, il avait �t� Eacus[17] .
Socrate[18] et surtout Platon, trouvant la distance trop grande entre Dieu et l'homme, remplissaient l'intervalle d'Esprits, qu'ils consid�raient comme les g�nies tut�laires des peuples et des individus, et les inspirateurs des oracles. L'�me pr�existait au corps, et arrivait au monde dou�e de la connaissance des id�es �ternelles. Pareille � l'enfant, qui oublie le lendemain les choses de la veille, cette connaissance s'assoupissait en elle, par son union avec le corps, pour se r�veiller peu � peu avec le temps, le travail, l'usage de la raison et des sens. Apprendre, c'�tait se ressouvenir ; mourir, c'�tait retourner au point de d�part et revenir � son premier �tat de f�licit� pour les bons, de souffrance pour les m�chants.
Chaque �me poss�de un d�mon, un Esprit familier qui l'inspire, se communique � elle, dont la voix parle � la conscience de chacun de nous et l'avertit de ce qu'elle a � faire ou � �viter. Fermement convaincu que, par l'interm�diaire de ces Esprits, une communication pouvait s'�tablir entre ce monde des vivants et ceux que nous appelons des morts, Socrate avait un d�mon, un Esprit familier qui lui parlait sans cesse, et dont la voix le guidait dans toutes ses d�marches[19] .
� Oui, dit Lamartine, il est inspir� ; il nous le dit, il nous le r�p�te, et pourquoi refuserions-nous de croire sur parole l'homme qui donnait sa vie pour l'amour de la v�rit� ? Y a-t-il beaucoup de t�moignages qui vaillent la parole de Socrate mourant ? Oui, il �tait inspir�... La v�rit� et la sagesse ne sont point de nous ; elles descendent du ciel dans les c�urs choisis qui sont suscit�s de Dieu selon les besoins du temps[20]�.
Le clair g�nie des Grecs a compris la n�cessit� d'un interm�diaire entre l'�me et le corps. Pour expliquer l'union de l'�me immat�rielle avec le corps terrestre, les philosophes de l'Hellade avaient reconnu l'existence d'une substance mixte d�sign�e sous le nom d'Ochema, qui lui servait d'enveloppe, et que les oracles appelaient le v�hicule l�ger, le corps lumineux, le char subtil. Hippocrate, en parlant de ce qui meut la mati�re, dit que le mouvement est d� � une force immortelle, ignis, � laquelle il donne le nom d'�normon ou corps fluidique.

LES PREMIERS CHR�TIENS

C'est � l'obligation logique d'expliquer l'action de l'�me sur l'enveloppe physique qu'ont ob�i les premiers chr�tiens en croyant � l'existence d'une substance m�diatrice.
D'ailleurs, il est incompr�hensible que l'esprit soit purement immat�riel ; car, alors, il n'aurait aucun point de contact avec la mati�re physique, et, lorsqu'il ne serait plus individualis� dans le corps terrestre, il ne pourrait exister.
L'individu est toujours d�termin� dans l'ensemble des choses par ses rapports avec d'autres �tres ; dans l'espace par la forme corporelle, dans le temps par la m�moire.
Le grand ap�tre saint Paul parle, � plusieurs reprises, de corps spirituel [21], impond�rable, incorruptible, et Orig�ne, dans ses commentaires sur le Nouveau Testament, affirme que ce corps, dou� d'une vertu plastique, suit l'�me en toutes ses existences et toutes ses p�r�grinations, pour p�n�trer et informer les corps plus ou moins grossiers et mat�riels que cette �me rev�t, et qui lui sont n�cessaires dans l'exercice de ses diverses vies.
Voici, suivant Pezzani, l'avis de quelques P�res de l'�glise sur cette question [22] :
Orig�ne et les P�res alexandrins, qui soutenaient, l'un la certitude, les autres la possibilit� de nouvelles �preuves succ�dant � l'�preuve terrestre, avaient � se poser la question de savoir quel corps devait ressusciter au jugement dernier. Ils ont r�solu cette question en n'attachant la r�surrection qu'au corps spirituel, comme l'ont fait saint Paul, et, plus tard, saint Augustin lui-m�me ; en se repr�sentant les corps des �lus comme incorruptibles, d�li�s, tenus et souverainement agiles [23].
Alors, puisque ce corps spirituel, compagnon ins�parable de l'�me, repr�sentait par sa substance quintessenci�e, toutes les autres enveloppes grossi�res, dont l'�me avait pu �tre passag�rement rev�tue et qu'elle avait d� laisser � la pourriture et aux vers des mondes travers�s par elle, puisque ce corps avait p�n�tr� de son �nergie toutes les mati�res inform�es pour un usage p�rissable et transitoire, le dogme de la r�surrection de la chair substantielle recevait de cette conception sublime une �clatante confirmation. Le corps spirituel, con�u de la sorte, repr�sentait tous les autres, qui ne m�ritaient pas le nom de corps si ce n'est par leur adjonction � ce principe vivifiant de la chair r�elle, c'est-�-dire � ce que les spirites ont nomm� p�risprit[24] .
Tertullien [25.dit que les anges ont un corps qui leur est propre, et que se pouvant transfigurer en une chair humaine, ils peuvent, pour un temps, se faire voir par les hommes et communiquer visiblement avec eux. Saint Basile en parle de la m�me sorte, car, encore qu'il ait dit quelque part que les anges n'ont pas de corps, n�anmoins, dans le trait� qu'il a fait sur le Saint-Esprit, il avance qu'ils se rendent visibles par les esp�ces de leur propre corps, en apparaissant � ceux qui en sont dignes.
Il n'y a rien dans la cr�ation, nous enseigne saint Hilaire, choses visibles ou invisibles, qui ne soit corporel, Les �mes elles-m�mes, qu'elles soient ou non r�unies � un corps, ont encore une substance corporelle inh�rente � leur nature, par la raison qu'il faut que toute chose soit dans quelque chose. Et Dieu seul �tant incorporel, d'apr�s saint Cyrille d'Alexandrie, lui seul ne peut �tre circonscrit, tandis que toutes les autres cr�atures le peuvent, quoique leurs corps ne ressemblent point aux n�tres.
Que si l'on appelle les d�mons des animaux a�riens, avec Apul�e, c'est encore, au sens du grand �v�que d'Hippone, parce qu'ils ont la nature corporelle, les uns et les autres �tant de m�me essence[26] .
Aussi saint Gr�goire d'appeler l'ange un animal raisonnable [27], et saint Bernard de nous adresser ces paroles : n'accordons qu'� Dieu seul l'immortalit�, aussi bien que l'immat�rialit� ; car il n'y a que sa nature qui n'ait besoin, ni pour elle-m�me, ni pour une autre, du secours d'un instrument corporel[28] . Et cette doctrine �tait, en quelque sorte, celle du grand Ambroise de Milan dont voici les termes : ne nous imaginons point qu'aucun �tre soit exempt de mati�re dans sa composition, � la seule et unique exception de la substance de l'adorable Trinit�[29] .
Le ma�tre des sentences, Pierre Lombard, laissait la question ind�cise, et toutefois, il exposait cette opinion de saint Augustin : Les anges doivent avoir un corps auquel ils ne sont point soumis, mais qu'ils gouvernent comme leur �tant soumis, le changeant et le pliant aux formes qu'ils veulent lui donner pour le rendre propre � leurs actes.

L'�COLE N�O-PLATONICIENNE

L'�cole n�o-platonicienne d'Alexandrie a �t� remarquable � plus d'un point de vue. Elle a tent� la fusion des philosophies de l'Orient avec celle des Grecs, et il est sorti des travaux de Proclus, Plotin, Porphyre, Jamblique, des id�es neuves sur un assez grand nombre de questions. Sans doute, on peut reprocher � ces chercheurs une tendance trop grande vers la mysticit�, mais ils sont, plus que d'autres, rapproch�s de la v�rit�, que nous connaissons exp�rimentalement aujourd'hui.
Les vies successives et le p�risprit faisaient partie de leur enseignement. � la s�paration de l'�me et du corps se rattache, dans Plotin comme dans Platon, celle de la m�tempsycose, ou m�tensomatose (pluralit� des vies corporelles).
� Demandons-nous ce qu'est dans les animaux le principe qui les anime. S'il est vrai, comme on le dit, que les corps des animaux renferment des �mes humaines qui ont p�ch�, la partie de ces �mes qui est s�parable n'appartient pas en propre � ces corps; tout en les assistant, elle ne leur est � proprement parler pas pr�sente. En eux, la sensation est commune � l'image de l'�me et au corps, mais au corps en tant qu'organis� et fa�onn� par l'image de l'�me. Pour les animaux dans le corps desquels ne se serait pas introduite une �me humaine, ils sont engendr�s par une illumination de l'�me universelle[30] �.
Le passage de l'�me humaine dans les corps des �tres inf�rieurs est pr�sent� ici sous une forme dubitative. Nous savons, maintenant qu'aucun recul n'est possible sur l'�ternelle voie du devenir ; car aucun progr�s ne serait certain si nous pouvions perdre ce que nous avons acquis par notre effort personnel. L'�me qui est parvenue � vaincre un vice en est � jamais lib�r�e, c'est ce qui assure la Perfectibilit� de l'esprit et garantit le bonheur dans l'avenir � l'�tre qui a su s'affranchir des passions mauvaises inh�rentes � son inf�rieur. Plotin affirme nettement la r�incarnation, c'est-�-dire le passage de l'�me d'un corps humain dans d'autres corps.
� C'est une croyance universellement admise que l'�me commet des fautes, qu'elle les expie, qu'elle subit des punitions dans les enfers, et qu'elle passe ensuite dans de nouveaux corps. � � Quand nous nous �garons dans la multiplicit� que renferme l'univers, nous en sommes punis par notre �garement m�me et par un sort moins heureux par la suite. � � Les dieux donnent � chacun le sort qui lui convient et qui est en harmonie avec ses ant�c�dents dans ses existences successives [31] �.
Ceci est profond�ment juste et vrai, car nous sommes plac�s, dans nos vies multiples, vis � vis de difficult�s que nous devons surmonter pour amener notre am�lioration morale ou intellectuelle ; mais cela deviendrait faux, si on appliquait ce principe aux conditions sociales ; car alors le riche aurait m�rit� de l'�tre, et le pauvre serait ici en punition ; ce qui est contraire � l'observation journali�re, puisque nous pouvons constater que la vertu n'est l'apanage sp�cial d'aucune classe de la soci�t�.
� Il y a pour l'�me deux mani�res d'�tre dans un corps : l'une a lieu quand l'�me, �tant d�j� dans un corps c�leste, subit une m�tensomatose, c'est-�-dire quand elle passe d'un corps a�rien ou ign� dans un corps terrestre, migration qu'on n'appelle pas ordinairement m�tensomatose, parce qu'on ne voit pas d'o� l'�me vient ; l'autre mani�re a lieu quand l'�me passe de l'�tat incorporel dans un corps quel qu'il soit, et qu'elle entre ainsi pour la premi�re fois en communion avec le corps. Les �mes descendent du monde intelligible dans le premier ciel; l�, elles prennent un corps (spirituel), et, en vertu de ce corps m�me, elles passent dans des corps terrestres, selon qu'elles s'avancent plus ou moins loin (du monde intelligible) �
Cette doctrine est d�velopp�e longuement par Porphyre dans sa Th�orie des Intelligibles (paragraphe 82) o� il s'exprime ainsi : � Quand l'�me sort du corps solide, elle ne se s�pare pas de l'esprit qu'elle a re�u des sph�res c�lestes �.
On retrouve la m�me id�e dans les �crits de Proclus, qui appelle cet esprit le v�hicule de l'�me.
Il r�sulte d'une �tude attentive de ces doctrines que les n�oplatoniciens ont senti la n�cessit�, pour l'�me, d'une enveloppe subtile dans laquelle s'enregistrent, s'incorporent les �tats de l'esprit. Il faut bien, en effet, que l'esprit, � travers ses vies successives, conserve les progr�s acquis, sans quoi il se retrouverait � chaque incarnation comme � la premi�re, et recommencerait perp�tuellement la m�me vie.

LES PO�TES

Le moyen �ge a h�rit� de ces conceptions, comme on peut le constater dans le passage suivant de la Divine Com�die, de Dante :
� Aussit�t qu'une place a �t� assign�e � l'�me (apr�s la mort), sa facult� formelle rayonne autour d'elle, de m�me et autant qu'elle le faisait dans ses membres vivants. Et comme l'atmosph�re, lorsqu'elle est bien charg�e de pluie et que les rayons viennent s'y refl�ter, se montre orn�e de couleurs diverses, ainsi l'air qui l'entoure prend cette forme que lui imprime virtuellement l'�me en s'y arr�tant ; et, semblable � la flamme qui suit le feu partout o� il va, cette forme nouvelle suit l'�me en tout lieu. Comme elle tire de l� son apparence, elle est appel�e ombre, et ensuite elle organise tous les sens, jusqu'� celui de la vue [32] �.
C'est si bien une obligation pour l'intelligence d'unir l'esprit � la mati�re, que les plus grands po�tes n'y ont jamais manqu�, et ils ont toujours rev�tu de formes corporelles les �tres c�lestes, dont la pure essence ne peut �tre per�ue par les organes des sens. Milton, dans la Guerre des Anges, n'a pas h�sit� � pr�ter un corps, quelque subtil et a�rien qu'il l'ait voulu d�peindre, � ces �tres extra-humains qu'il concevait comme purement spirituels par leur nature propre. Voici comment il s'exprime, dans son po�me du Paradis perdu, au sujet des anges :
� Ils vivent tout c�ur, toute t�te, tout oeil, toute oreille, toute intelligence, tout sens ; ils se donnent � leur gr� des membres, et ils prennent la couleur, la forme et la grosseur, dense ou rare qu'ils aiment le mieux. �
Ossian a rev�tu �galement de formes sensibles les esprits a�riens qu'il croyait voir dans les vapeurs de la nuit et entendre dans les mugissements de la temp�te.
Klopstock a repr�sent�, dans sa Messiade, le corps du s�raphin Eloh� comme form� par un rayon du matin et celui de l'ange de la Mort comme d'une vague de flamme dans les nuages t�n�breux. Il pr�cise son id�e dans la dissertation qu'il a plac�e en t�te du sixi�me livre de son �pop�e ; il soutient � qu'il est bien vraisemblable que les Esprits finis dont l'occupation habituelle est de m�diter sur les corps dont le monde physique se compose, sont eux-m�mes rev�tus de corps �, et qu'on doit croire en particulier que les anges, � dont Dieu se sert si souvent pour conduire � la f�licit� les mortels, auront re�u eux-m�mes quelque sorte de corps qui corresponde � ceux des �lus, que Dieu appelle � cette supr�me f�licit�. �
Le p�n�trant g�nie de Leibnitz ne s'y est pas tromp� :
� Je crois, dit-il, avec la plupart des anciens, que tous les g�nies, toutes les �mes, toutes les substances simples cr��es, sont toujours jointes � un corps, et qu'il n'y a jamais des �mes qui en soient enti�rement s�par�es... J'ajoute encore qu'aucun d�rangement des organes visibles n'est capable de porter les choses � une enti�re confusion dans l'animal, ou de d�truire tous les organes et de priver l'�me de tout son corps organique et des restes ineffa�ables de toutes les traces pr�c�dentes. Mais la facilit� qu'on a eue de quitter les corps subtils joints aux anges (qu'on confondait avec la corporalit� des anges m�mes), et l'introduction de pr�tendues intelligences s�par�es dans les cr�atures (� quoi celles qui font rouler les cieux d'Aristote ont contribu� beaucoup), et enfin l'opinion mal entendue o� l'on a �t� que l'on ne pouvait conserver les �mes des b�tes sans tomber dans la m�tempsycose, ont fait, � mon avis, qu'on a n�glig� la mani�re naturelle d'expliquer la conservation de l'�me [33] �.
Il faut arriver jusqu'� Charles Bonnet[34] pour avoir une th�orie qui, bien qu'elle ne s'appuie pas sur les faits se rapproche singuli�rement de celle que le spiritisme nous a permis d'�difier en nous basant sur l'exp�rience. Nous allons citer librement les passages les plus importants de ses ouvrages, relatif � notre sujet. On admirera la logique puissante de ce profond penseur qui a trouv�, il y a plus de cent cinquante ans, les v�ritables conditions de l'immortalit�.
� En �tudiant avec quelque soin, dit-il, les facult�s de l'homme, en observant leurs d�pendances mutuelles ou cette subordination qui les assujettit les unes aux autres, et � leurs objets, nous parvenons facilement � d�couvrir quels sont les moyens naturels par lesquels elles se d�veloppent et se perfectionnent ici-bas. Nous pouvons donc concevoir des moyens analogues plus efficaces, qui porteraient ces facult�s � un plus haut degr� de perfection.
� Le degr� de perfection auquel l'homme peut atteindre ici-bas est en rapport avec les moyens qui lui sont donn�s de conna�tre et d'agir. Ces moyens sont eux-m�mes en rapport direct avec le monde qu'il habite actuellement.
� Un �tat plus relev� des facult�s humaines n'aurait donc pas �t� en rapport avec ce monde dans lequel l'homme devait passer les premiers moments de son existence. Mais ses facult�s sont ind�finiment perfectibles, et nous concevons fort bien que quelques-uns des moyens naturels qui les perfectionneront un jour peuvent exister d�s � pr�sent dans l'homme.
� Ainsi, puisque l'homme �tait appel� � habiter successivement deux mondes diff�rents, sa constitution originelle devait renfermer des choses relatives � ces deux mondes. Le corps animal devait �tre en rapport direct avec le premier monde, le corps spirituel avec le second.
� Deux moyens principaux pourront perfectionner dans le monde � venir toutes les facult�s de l'homme : des sens plus exquis et de nouveaux sens. Les sens sont la premi�re source de toutes nos connaissances. Nos id�es les plus r�flectives, les plus abstraites, d�rivent toujours de nos id�es sensibles. L'esprit ne cr�e rien, mais il op�re sans cesse sur cette multitude presque infinie de perceptions diverses qu'il acquiert par le minist�re des sens.
� De ces op�rations de l'esprit, qui sont toujours des comparaisons, des combinaisons, des abstractions, naissent par une g�n�ration naturelle, toutes les sciences et tous les arts.
� Les sens, destin�s � transmettre � l'esprit les impressions des objets, sont en rapport avec les objets. L��il est en rapport avec la lumi�re, l'oreille avec le son, etc [35].�
Plus les rapports que les sens soutiennent avec les objets sont parfaits, nombreux, divers, et plus ils manifestent � l'esprit de qualit�s de objets, et plus encore les perceptions de ces qualit�s sont claires, vives, compl�tes.
Plus l'id�e sensible que l'esprit acquiert d'un objet est vive, compl�te, et plus l'id�e r�fl�chie qu'il s'en forme est distincte.
Nous concevons sans peine que nos sens actuels sont susceptibles d'un degr� de perfection fort sup�rieur � celui que nous leur connaissons ici-bas, et qui nous �tonne dans certains sujets. Nous pouvons m�me nous faire une id�e nette de cet accroissement de perfection, par les effets prodigieux des instruments d'optique et d'acoustique.
Qu'on se figure Aristote observant une mite avec un microscope, ou contemplant avec un t�lescope Jupiter et ses lunes ; quels n'eussent point �t� sa surprise et son ravissement ! Quels ne seront point aussi les n�tres, lorsque, rev�tus de notre corps spirituel, nos sens auront acquis toute la perfection qu'ils peuvent recevoir de l'auteur bienfaisant de notre �tre !
On imaginera, si l'on veut, que nos yeux r�uniront alors les avantages des microscopes et des t�lescopes, et qu'ils se proportionneront exactement � toutes les distances. Et combien les verres des ces nouvelles lunettes seront-ils sup�rieurs � ceux dont l'art se glorifie ! On doit appliquer aux autres sens ce qui vient d'�tre dit de la vue. Quels ne seraient alors point les rapides progr�s de nos sciences physico-math�matiques, s'il nous �tait donn� de d�couvrir les premiers principes des corps soit fluides, soit solides ! Nous verrions alors, par intuition, ce que nous tentons de deviner � l'aide de raisonnements et de calculs, d'autant plus incertains que notre connaissance directe est plus imparfaite. Quelle multitude innombrable de rapports nous �chappent, pr�cis�ment parce que nous ne pouvons pas apercevoir la figure, les proportions, l'arrangement de ces corpuscules infiniment petits, sur lesquels pourtant repose le grand �difice de la nature.
Il ne nous est pas fort difficile non plus de concevoir que le germe du corps spirituel peut contenir, d�s � pr�sent, les �l�ments organiques de nouveaux sens, qui ne se d�velopperont qu'� la r�surrection[36] .
Ces nouveaux sens nous manifesteront dans les corps des propri�t�s qui nous seront toujours inconnues ici-bas. Combien de qualit�s sensibles que nous ignorons encore, et que nous ne d�couvririons point sans �tonnement. Nous ne connaissons les diff�rentes forces r�pandues dans la nature que dans le rapport aux diff�rents sens sur lesquels elles d�ploient leur action. Combien de forces dont nous ne soup�onnons pas m�me l'existence, parce qu'il n'est aucun rapport entre les id�es que nous acqu�rons par nos cinq sens et celles que nous pourrons acqu�rir par d'autres sens[37] !
�levons nos regards vers la vo�te �toil�e : contemplons cette collection immense de soleils et de mondes diss�min�s dans l'espace, et admirons que ce vermisseau qui porte le nom d'homme ait une raison capable de p�n�trer l'existence de ces mondes et de s'�lancer ainsi jusqu'aux extr�mit�s de la cr�ation.
Poursuivant logiquement ce qui �tait pour lui une hypoth�se, et pour nous une certitude exp�rimentale l'auteur ajoute :
� Si notre connaissance r�fl�chie d�rive essentiellement de notre connaissance intuitive ; si nos richesses intellectuelles s'accroissent par les comparaisons que nous formons entre nos id�es sensibles de tout genre ; si nous comparons d'autant plus que nous connaissons davantage ; si enfin notre intelligence se d�veloppe et se perfectionne � proportion que nos comparaisons s'�tendent, se diversifient, se multiplient, quels ne seront point l'accroissement et le perfectionnement de nos connaissances naturelles, lorsque nous ne serons plus born�s � comparer les individus, les esp�ces aux esp�ces, les r�gnes aux r�gnes, et qu'il nous sera donn� de comparer les mondes aux mondes !
� Si la supr�me intelligence a vari� ici-bas toutes ses �uvres ; si elle n'a rien cr�� d'identique ; si une progression harmonique r�gne entre tous les �tres terrestres ; si une m�me cha�ne les embrasse tous, combien est-il probable que cette cha�ne merveilleuse se prolonge dans tous les mondes plan�taires qu'elle les unit tous et qu'ils ne sont que les parties cons�cutives et infinit�simales de la m�me s�rie[38] .
� De quels sentiments notre �me ne sera-t-elle donc point inond�e, lorsque, apr�s avoir �tudi� � fond l'�conomie d'un monde, nous volerons vers un autre, et que nous comparerons entre elles ces deux �conomies ! Quelle ne sera point alors la perfection de notre cosmologie ! Quels ne sera point la g�n�ralisation et la f�condit� de nos principes, l'encha�nement, la multitude et la justesse de nos cons�quences ! Quelle lumi�re rejaillira de tant d'objets divers sur les autres branches de nos connaissances, sur notre astronomie, sur nos sciences rationnelles, et principalement sur cette science divine qui s'occupe de l'�tre des �tres ! �
Ces inductions, si bien �tablies par le raisonnement ont �t� pleinement justifi�es � notre �poque. Le corps destin� � une vie sup�rieur existe d�s maintenant dans l'organisme humain ; il y joue un r�le de premier ordre, et c'est gr�ce � lui que nous pouvons conserver le tr�sor de nos acquisitions intellectuelles. Nous constaterons plus loin que le p�risprit est une r�alit� physique aussi certaine que celle de l'organisme mat�riel : on le voit, on le touche, on le photographie ; en un mot, ce qui n'�tait qu'une th�orie philosophique, grandiose et consolante, il est vrai, mais toujours r�cusable, est devenu un fait scientifique, qui donne � ces envol�es de l'esprit la cons�cration inattaquable de l'exp�rience.

[1] Nous prévenons le lecteur que nous considérons les mots âme ou esprit, comme des expressions équivalentes.

[2] Ferdinand Denis, Univers pittoresque. - Voir pour l'étude de ces croyances les travaux publiés sur les peuplades de Océanie, de l'Amérique, de l'Afrique, t. 64-65. - Consulter aussi Taylor, Civilisations primitives, t. 1, p. 485 ; Taplin, Folklore Manners of Australian aborigènes.

[3] Feu aérien. Le feu était représenté sous trois modalités: Agni, feu terrestre ; Sourya ou Indra, le soleil: Vayou, feu aérien, Rig Véda, 513, n° 4, traduction A. Langlois.

[4] Marius Fontanes, Inde Védique, p. 327 et suivantes.

[5] « Les chants védiques expriment à leur origine une confiance naïve, un optimisme naturel, un sentiment de vérité qui peu à peu s'altèrent sous l'influence sacerdotale. » A. Langlois, Rig Véda, t 1, page 24.

[6] Maspéro, Archéologie égyptienne, p. 108, et Histoire ancienne des peuples de l'Orient, p. 40.

[7] G. Pauthier, la Chine, VI, p. 136.

[8] Léon Carre, l'Ancien Orient. p. 386.

[9] Pauthier, ouvrage cité, VII, p. 369

[10] G. de Lafond, le Mazdéïsme et PA Vesta, pages 137 et 159.

[11] Marius Fontanes , les iraniens pages 163 et 164.

[12] Eugène Burnouf la Science des Religions, page 270. Voir aussi pour les renseignements, Anquetil-Duperron, Zend-Avesta, t. 11, p. 83 .

[13] A. Maury, la Terre et l'Homme, page 595: « Les Hébreux ne croyaient ni à l'âme personnelle, ni à son immortalité » : Lévitique, XVII ; E. Reuss, l'Hist. t. 11, p. 151, en même temps, que celle de la véritable composition de l'homme. Les kabbalistes, interprètes de l'ésotérisme juif, appellent Nephesh le corps fluidique du Principe pensant .

[14] Maury, la Magie et l'Astrologie, p. 263.

[15] Diog. Laertius, libro 1, n° 27.

[16] Dictionnaire universel, historique, critique et biographique. t. XVIL Voir « Thalès ».

[17] Fénelon, Vie des philosophes de l'antiquité.

[18] Phédon, Timée Phèdre.

[19] E. Bonnemère, l'Âme et ses manifestations à travers l'histoire, p. 109 et suivantes. Voir aussi Rossi et Gustiniani : le Démon de Socrate.

[20] Lamartine, la Mort de Socrate, poème. Avertissement.

[21] Corinthiens, XV, 35.

[22] Pezzani, journal la Vérité, 5 avril 1863.

[23] Saint Augustin, Manuel, chapitre XXVI.

[24] Bourdeau, le Problème de la mort. Voir pages 36 et suivantes et pages 62 et suivantes.

[25] Tertullien, De Carne Christine. VI.

[26] Saint Augustin, Scsp. Cen, ad. litt., 1. 111; eh. X

[27] Homélie X, in Evang.

[28] Sup. Quantie, Homélie X.

[29] Abraham, t. II. ch. XIII, n° 58.

[30] Plotin, Ennéade première, livre 1; voir Ennéades, 3 vol. in-8°,1857-1860.

[31] Plotin, Ennéade deuxième.

[32] La Divine Comédie (Purgatoire, XXV), traduction de M. Florentin.

[33] Leibnitz, Nouveaux essais. Avant-propos.

[34] Charles Bonnet, Essai analytique, p. 528 et suivantes. - Voir aussi Palingénésie, t. II.

[35] La théorie de l'évolution fait très bien comprendre comment la fonction a créé l'organe. Voir G. Delanne, l'ÉVOLUTION ANIMIQUE - ch. III, Comment le périsprit a pu acquérir des propriétés fonctionnelles.

[36] Le périsprit contient, dès à présent, tous les sens. Le corps ne possède que les instruments qui servent à l'exercice des facultés. Ce n'est pas l'�il qui voit, c'est l'âme ; l'oreille n'entend pas, elle n'est que l'instrument de l'audition, car si la communication entre le cerveau et l'�il ou l'oreille est interrompue, bien que l'appareil soit intact, la perception n'a pas lieu. D'ailleurs, la vision ou d'audition peut se faire sans la participation de l'�il ou de l'oreille, comme dans la lucidité somnambulique.

[37] La matière radiante, les rayons X et le spectroscope justifient pleinement ces intuitions de génie.

[38] Les études et les photographies des Canaux de Mars permettent aujourd'hui de croire que ce monde est habité. Ceci confirme pleinement les judicieuses déductions de Charles Bonnet, et nous incite à croire que tous les mondes sont, ont été ou seront peuples par des êtres intelligents.

 

Chapitre suivant




Téléchargement | Bulletin
nous écrire | L’Agora Spirite