Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec


CHAPITRE II
ETUDE DE L�AME PAR LE MAGNETISME


Nous venons de voir, dans le chapitre pr�c�dent, que l'id�e d'une certaine corpor�it�, ins�parable de l'�me, a �t� la croyance presque g�n�rale de l'antiquit� et celle d'une multitude de penseurs jusqu'� notre �poque[1] . Il est �vident que cette conception r�sulte de la difficult� que nous �prouvons � imaginer une entit� purement spirituelle. Nos sens ne nous font conna�tre que la mati�re, et il faut exercer la vue int�rieure pour sentir qu'il y a, en nous, autre chose que ce principe. La pens�e, seule, nous fait admettre par son absence de caract�res physiques qu'il existe quelque chose qui diff�re de ce qui tombe sous les sens.
Mais l'id�e d'un corps fluidique r�sulte aussi des apparitions. Il est �vident que, lorsqu'on voit l'�me d'une personne morte, il faut bien qu'elle ait une certaine objectivit�, sans quoi elle demeurerait invisible. Or, ce ph�nom�ne s'est produit dans tous les temps, et les histoires religieuses et profanes fourmillent d'exemples de ces manifestations de l'au-del�.
Nous n'ignorons pas que la critique contemporaine a fait liti�re de ces faits. Elle les a attribu�s, en bloc, � des illusions � des hallucinations ou � la cr�dulit� superstitieuse de nos a�eux. Strauss, Taine, Littr�, Renan, etc, passent syst�matiquement sous silence tous les cas que nous pourrions revendiquer. Mais ce proc�d� n'est pas justifi�, car, de nos jours, nous pouvons constater les m�mes apparitions, et cette fois avec tous les proc�d�s qui permettent d'en faire un contr�le s�v�re. D�s lors, nous pouvons admettre que ces savants se sont tromp�s et qu'il y a lieu de tenir compte de ces r�cits du pass�.
D'ailleurs, c'est un fait positif que les ph�nom�nes du spiritisme ne sont pas nouveaux. ils ont eu lieu de tout temps. Toujours il a exist� des maisons hant�es et des apparitions[2] ; d�s lors, on con�oit que l'id�e que l'�me n'et pas purement immat�rielle a pu se conserver, malgr� l'enseignement contraire des philosophies et des religions [3].
Mais cette notion d'une enveloppe de l'�me �tait bien vague, bien ind�termin�e. Ce corps fluidique �tait-il form� subitement au moment de la mort terrestre ? L'�me se rev�tait-elle de cette substance subtile pour un certain temps, ou pour toujours ? Ou bien, cette apparence vaporeuse n'�tait-elle due qu'� une action momentan�e, transitoire de l'�me sur l'atmosph�re, devant cesser avec la cause qui l'avait produite ? Autant de questions insolubles, tant que l'on ne pourrait observer � loisir les apparitions.

LA VOYANTE DE PR�VORST

Le magn�tisme est venu fournir le premier un moyen de p�n�trer dans ce domaine inaccessible du lendemain de la mort. Le somnambulisme, d�couvert par M. de Puys�gur, a �t� l'instrument d'investigation de ce monde nouveau. Les somnambules, soumis � cet �tat nerveux, ont pu entrer en rapport avec les �mes d�sincarn�es, les d�crire minutieusement, de mani�re � convaincre les assistants qu'ils causaient v�ritablement avec des Esprits.
Le Dr Kerner, aussi r�put� pour son savoir que pour sa parfaite honn�tet�, a �crit la biographie de Madame Hauffe, plus connue sous le nom de : la voyante de Pr�vorst[4] . Elle n'avait pas besoin d'�tre endormie pour voir les Esprits ; sa nature d�licate et affin�e par la maladie lui permettait de percevoir des formes invisibles pour les autres personnes pr�sentes. Sa premi�re vision eut lieu dans une cuisine du ch�teau de Lowenstein. C'�tait un fant�me de femme qu'elle revit ailleurs, quelques ann�es plus tard.
Elle racontait, mais quand on la questionnait beaucoup, jamais spontan�ment, avoir toujours pr�s d'elle, comme en ont eu Socrate, Platon et autres, un ange ou daimon, l'avertissant des dangers � �viter, non seulement pour elle, mais aussi pour d'autres personnes. C'�tait l'esprit de sa grand'm�re, Mme Schmidt Gall. Il �tait v�tu, comme tous les esprits f�minins qui lui apparaissaient, d'une robe blanche � ceinture et d'un grand voile, �galement blanc.
La voyante de Pr�vorst disait qu'apr�s la mort, l'�me conserve un esprit nervique qui est sa forme. C'est cette enveloppe qu'elle avait la facult� de voir sans �tre endormie, et beaucoup mieux � la clart� du soleil ou de la lune que dans l'obscurit�. � Les �mes n'ont, disait-elle, point d'ombre. Leur forme est gris�tre ; leurs v�tements, ceux qu'elles ont port�s dans ce monde, mais gris�tres comme elles-m�mes. Les meilleures ont seulement de grandes robes blanches et semblent planer, tandis que les mauvaises marchent p�niblement. Leurs yeux sont tous �tincelants. Elles peuvent non seulement parler, mais produire des sons, tels que soupirs, fr�lements de soie ou de papier, coups sur des murs ou des meubles, bruits de sable, de cailloux ou de chaussures tra�n�es sur le sol. Elles sont aussi capables de mouvoir les objets les plus lourds et d'ouvrir ou de fermer les portes. �
Ces visions �taient-elles objectives ? C'est-�-dire avaient-elles lieu ailleurs que dans le cerveau de Mme Hauffe ? Le Dr Kerner fit plusieurs enqu�tes pour s'assurer de la r�alit� de ces esprits, perceptibles seulement pour la voyante.
� � Oberstenfald, une de ces �mes, celle du comte Weiler, qui avait assassin� son fr�re, se pr�senta � Mme Hauffe jusqu'� sept fois. Mme Hauffe seule la vit ; mais plusieurs de ses parents entendirent une explosion, virent des carreaux, des meubles et des chandeliers se d�placer sans que personne y touch�t, chaque fois que le fant�me revint.
� Une autre �me d'assassin, v�tue d'un froc, poursuivit la voyante toute une ann�e, lui demandant, comme l'avait fait le comte Weiler, des pri�res et des le�ons de cat�chisme. Cette �me ouvrait et fermait violemment les portes, remuait la vaisselle, bouleversait les piles de bois, frappait de grands coups sur les murailles, et semblait se faire un jeu de changer de place � tout moment. Vingt personnes respectables l'on entendue, soit dans la maison, soit dans la rue, et certifieraient au besoin le fait.
� Un fant�me de femme, portant dans ses bras un enfant, se montra � Mme Hauffe plusieurs fois. Comme ce fut le plus souvent dans sa cuisine, elle fit lever quelques dalles, et l'on trouva, � une assez grande profondeur, le cadavre d'un enfant.
� � Weinsperg, l'�me d'un teneur de livres, qui avait commis quelques infid�lit�s pendant sa vie, la vint prier, en redingote noire r�p�e, de dire � sa veuve de ne pas cacher davantage les livres dans lesquels se trouvaient ses fausses �critures et lui indiqua les endroits o� ils �taient, pour qu'elle les d�non��t � la justice. Elle ob�it. � l'aide de ces livres, quelques torts du mort furent r�par�s.
� � Lenach, ce fut l'�me d'un bourgmestre nomm� Bellon, mort en 1740, � l'�ge de soixante-dix-neuf ans, qui vint lui demander des conseils pour �chapper � la pers�cution de deux orphelins. Elle lui donna ces conseils, et apr�s six mois l'�me ne revint plus.
� On trouve cette mort mentionn�e dans les registres de la paroisse de Lenach, avec une note portant que le bourgmestre avait fait tort � plusieurs enfants dont il �tait tuteur. � Le Dr Kerner ajoute qu'il pourrait citer encore une vingtaine d'apparitions dont l'authenticit� a �t� v�rifi�e ult�rieurement. L'honorabilit� de ce docteur �tant parfaitement �tablie, Mme Hauffe, presque toujours alit�e, ne pouvant se d�placer et entour�e de membres de sa famille, aucune supercherie n'aurait �t� possible. Les faits sont donc r�els, et bien qu'ils se soient produits longtemps avant que l'on parl�t de spiritisme, ils ont avec ceux observ�s de nos jours les plus grandes analogies.

LA CORRESPONDANCE DE BILLOT ET DE DELEUZE

�coutons maintenant un second t�moin autoris�, m�decin et fort honn�te homme, le v�n�rable Billot, affirmer sa croyance aux Esprits, dans la correspondance qu'il entretint avec Deleuze[5] .
� Un ph�nom�ne qui constaterait positivement l'existence des Esprits, de ces �tres immat�riels qui, selon les esprits forts, ne peuvent en aucune mani�re tomber sous les sens de l'homme, serait bien propre sans doute � piquer la curiosit� publique et � fixer surtout l'attention des savants de tous les pays, quelque opinion qu'ils eussent � cet �gard... Eh bien ce ph�nom�ne existe. Cette assertion, qui, de prime abord, a l'air d'un paradoxe, pour ne pas dire d'une extravagance, n'en est pas moins une grande v�rit�[6] �.
Notre auteur rapporte qu'il a fait partie pendant longtemps d'une association de magn�tiseurs et de sujets o� il observa des ph�nom�nes de communication avec les Esprits, ce qui d�termina sa croyance � un monde invisible, peupl� par les �mes de personnes d�c�d�es.
� Les s�ances commen�aient par la partie mystique, c'est-�-dire par l'athanotophanie, ou apparition des Esprits, et se terminaient par la partie m�dicale, c'est-�-dire par le raphaelisme ou m�decine ang�lique. Quand je dis apparition, je n'entends point que ces Esprits se rendissent visibles aux soci�taires, ils ne l'�taient que pour les somnambules. N�anmoins, leur pr�sence �tait marqu�e par quelque signe positif, fait que je puis attester, attendu que j'�tais charg� d'�crire tout ce qui passait dans ces s�ances. �
Le plus souvent, ces intelligences qui dirigent les somnambules prennent des formes d'anges. Ils ont des tuniques blanches, des ceintures d'argent et parfois des ailes. Il arrive aussi que les lucides reconnaissent des personnes du pays, mortes depuis plus ou moins longtemps. M�me � l'�tat normal les sujets per�oivent souvent la voix des guides invisibles.
� Je sens d'abord, dit l'un d'eux, un petit souffle comme celui du plus l�ger z�phir, qui rafra�chit et glace bient�t mon oreille. D�s ce moment, je perds l'ou�e, et je commence � entendre un petit bourdonnement dans l'oreille, comme celui d'un cousin. Pr�tant alors l'attention la plus s�v�re, j'entends une petite voix qui me dit ce que je r�p�te ensuite. �
Hallucination de l'ou�e dira le docteur moderne qui lira ce r�cit, provoqu�e probablement par auto-suggestion ou par une suggestion inconsciente du Dr Billot. Mais cette explication ne sera plus de mise si l'on constate que l'�tre invisible exerce un action physique sur le somnambule, sans que celui-ci ait song� � ce qui va arriver, et la premi�re fois en l'absence du docteur.
En effet, ces guides spirituels peuvent agir sur le corps des sujets, car le docteur a �t� t�moin d'une saign�e qui s'arr�tait d'elle-m�me, lorsque la quantit� de sang sortie �tait suffisante. Il n'y avait, dans ce cas, nul besoin de faire de ligature[7].
On remarque � chaque instant, dans les lettres de ce savant, qu'il a pu assister, pendant de longues ann�es, � des visions d'Esprits, lesquels sont soigneusement d�crits par les somnambules. Avec un remarquable sens critique, Billot a soumis ses sujets � des exp�riences nombreuses, et ce n'est qu'apr�s avoir longuement �tudi� qu'il se prononce cat�goriquement. Nous n'avons pas affaire � un croyant qui accepte aveugl�ment toutes les doctrines. Il raisonne froidement et ne se rend qu'� l'�vidence. Il a trop de bon sens pour attribuer l'action de l'Esprit sur la mati�re � ces causes surnaturelles, il n'y voit que l'effet de lois encore ignor�es, mais que l'on d�couvrira un jour :
� Quant aux op�rations des Esprits sur le corps, s'il en est quelques-unes qui tiennent du prodige, elles ne sont pas pour cela contre nature, mais contre ce qui est connu de la nature. Or, comme il y a encore dans la nature bien des choses cach�es aux hommes, il n'est pas bien �tonnant que l'on trouve surnaturels certains ph�nom�nes qui rentrent pourtant dans l'ordre des choses cr��es ; et si certaines lois de la nature nous sont cach�es, c'est parce que l'on n'a pas encore �tudi� l'homme comme il doit l'�tre, c'est-�-dire dans tous ses rapports avec la cr�ation [8]. �
Il est curieux d'observer dans cette correspondance le caract�re particulier de chacun des interlocuteurs ; Deleuze, froid et d�fiant, ne se rend qu'avec peine aux pressantes objurgations du � solitaire �, ainsi que s'intitule Billot. Cependant, il convient � la fin qu'il a pu observer des sujets qui �taient en rapport avec les �mes des morts.
� Le magn�tisme, dit-il, d�montre la spiritualit� de l'�me et son immortalit� ; il prouve la possibilit� de la communication des intelligences s�par�es de la mati�re avec celles qui lui sont encore unies, mais il ne m'a jamais pr�sent� des ph�nom�nes qui m'aient convaincu que cette possibilit� se r�alise souvent[9] �.
Un peu plus tard, il devient plus affirmatif, il �crit au Dr Billot [10] :
� Le seul ph�nom�ne qui semble �tablir la communication avec les intelligences immat�rielles, ce sont les apparitions. Il y en a plusieurs exemples, et, comme je suis convaincu de l'immortalit� de l'�me, je ne vois pas de raison pour nier la possibilit� de l'apparition des personnes qui ayant quitt� cette vie, s'occupent de ceux qu'elles ont ch�ris et viennent se pr�senter � eux pour leur donner des avis salutaires. Je viens d'en avoir un exemple, le voici :
� Une demoiselle somnambule, qui avait perdu son p�re, l'a vue deux fois tr�s distinctement. Il est venu lui donner des avis importants. Apr�s lui avoir donn� des �loges sur sa conduite, il lui a appris qu'il allait se pr�senter un parti pour elle : que ce parti para�trait convenable, et que le jeune homme ne lui d�plairait point, mais qu'elle ne serait pas heureuse avec lui et qu'il lui conseillait de le refuser. Il ajouta que, si elle n'acceptait pas ce parti, un autre se pr�senterait bient�t apr�s, et que tout serait conclu avant la fin de l'ann�e. C'�tait au mois d'octobre.
�Le premier jeune homme a �t� propos� � la m�re ; mais la fille, frapp�e de ce que son p�re lui avait dit, a refus�.
� Un second jeune homme, qui arrivait de province, a �t� pr�sent� � la m�re par des amis ; il a demand� la demoiselle et le mariage a �t� arr�t� le 30 d�cembre.
� Je ne pr�tends pas donner ce fait comme une preuve sans r�plique de la r�alit� des apparitions ; mais, du moins, il la rend vraisemblable, d'autant plus que l'on sait qu'il existe d'autres faits de ce genre. �
Afin d'amener son ami � une croyance compl�te, Billot se d�cide � lui raconter les ph�nom�nes d'apports dont il a �t� le t�moin. Ici, on ne peut douter qu'une intelligence �trang�re aux assistants ne soit en relations avec la somnambule, puisqu'il reste une preuve tangible de cette action supra-terrestre.
Voici comment ce ph�nom�ne est relat� par notre docteur :
� Je prends Dieu � t�moin de la v�rit� du contenu des observations qui vont suivre... la cause ressortira des seules d�monstrations mat�rielles, et tombera sous les sens, par suite de l'observation et de l'exp�rience.
1�re Observation :
� Une dame, frapp�e depuis quelque temps de c�cit� incompl�te, sollicitait aupr�s de nos somnambules quelques secours pour arr�ter les progr�s de l'amaurose qui, bient�t, ne lui laisserait plus distinguer la clart� des t�n�bres. Lorsque, un jour de s�ance (17 octobre 1820), la somnambule consult�e dit : � Une jeune vierge me pr�sente une plante.. elle est tout en fleurs... je ne la connais point... on ne m'en dit pas le nom... cependant, elle est n�cessaire � Mme J ... � � D. - O� la trouver ? lui dis-je, car nous n'avons aucune plante en floraison � la campagne dans la saison froide o� nous sommes. Faudra-t-il aller la chercher loin d'ici ? �
� R. - Ne nous en inqui�tez point, r�pondit la somnambule, on nous la procurera s'il le faut. �
� Et, comme nous insistions pour savoir dans quel endroit la jeune vierge voudrait bien nous l'indiquer, la dame aveugle, qui se trouvait en pr�sence devant la somnambule, s'�cria : � Mais, mon Dieu ! j'en palpe une tout en fleurs sur mon tablier, on vient de l'y d�poser... Voyez donc, Virginie (c'�tait le nom de la somnambule)... voyez, serait-ce celle qu'on vous pr�sentait tant�t ? Oui, madame, c'est bien celle-l� m�me, r�pondit Virginie : que chacun de nous loue et b�nisse Dieu de cette faveur. �
� J'examine alors la plante. C'�tait un arbustre � peu pr�s comme une plante moyenne de thym. Les fleurs labi�es, en �pis, donnaient une odeur d�licieuse. Elle me parut �tre le thym de Cr�te. D'o� venait cette plante ? De son pays natal ou bien de quelque serre chaude ? C'est ce qu'on n'a pas su. Mais ce que je sais fort bien, c'est que j'en poss�de une tige que la jeune vierge ne m'accorda qu'apr�s de longues pri�res. �
Pour qui a pu se convaincre, par la lecture de son livre, de la bonne foi et de la loyaut� du docteur Billot, il n'est pas possible de mettre en doute la sinc�rit� de ce r�cit. Nous dirons donc avec lui : � Cette premi�re observation ne prouve-t-elle pas d'une mani�re irr�cusable le spiritualisme ? A-t-elle besoin de commentaire ? Ne met-elle pas en d�faut toute th�orie diff�rente de celle que nous exposons (intervention des esprits) ? Avons-nous tort de dire qu'elle est la seule qui puisse donner raison d'un ph�nom�ne si extraordinaire ? �
Nous ferons remarquer qu'il ne pouvait y avoir de supercherie, puisque la plante �tait inconnue dans le pays, et de plus en fleurs, alors que la saison ne s'y pr�tait nullement. N'oublions pas non plus cette odeur d�licieuse qui se r�pand tout � coup dans l'appartement, alors que la plante appara�t. Ce d�tail, seul, suffirait � affirmer l'authenticit� du ph�nom�ne. Nous avons cit� ce fait, non seulement pour affirmer la r�alit� de la vision, mais aussi afin de bien �tablir le pouvoir qu'ont les Esprits d'agir sur la mati�re, au moyen de proc�d�s qui nous sont encore compl�tement inconnus.
Deleuze ne met pas en doute le ph�nom�ne, car on lui en a rapport� souvent de semblables :
� J'ai eu ce matin la visite, r�pond-il, d'un m�decin fort distingu�, homme d'esprit, qui a lu plusieurs m�moires � l'Acad�mie des sciences. Il venait pour me parler du magn�tisme. Je lui ai racont� quelques faits que je tiens de vous, sans pourtant vous nommer. Il m'a r�pondu qu'il n'en �tait pas �tonn�, et il m'a cit� un grand nombre de faits analogues que lui ont pr�sent�s plusieurs somnambules. Vous jugez que j'ai �t� bien surpris, et que notre conversation a eu le plus grand int�r�t. Entre autres ph�nom�nes, il m'a cit� celui d'objets mat�riels que le somnambule faisait arriver devant lui, ce qui est du m�me ordre que la branche du thym de Cr�te ... �.
On voit, par ce t�moignage, que les ph�nom�nes d'apports n'�taient pas inconnus d�s le commencement du si�cle dernier. Ceci d�montre, une fois de plus, la continuit� des manifestations spirites qui ont eu lieu constamment, mais que le public rejetait comme diaboliques, ou qu'il croyait apocryphes et produites par des charlatans.
Si l'espace ne nous �tait mesur�, nous ferions conna�tre comment Billot entrait en rapport avec les Esprits par l'interm�diaire du doigt de son sujet, alors parfaitement �veill�, au moyen d'une sorte de typtologie particuli�re. Nous nous contenterons de renvoyer le lecteur � cette int�ressante correspondance, pour donner la parole � d'autres t�moins.

LES R�CITS DE CHARDEL

Voici plusieurs extraits de Chardel qui nous instruisent � la fois sur les rapports des somnambules avec le monde d�sincarn�, et sur l'�tat de l'�me du sujet pendant le somnambulisme [11].
Un jour que la somnambule Lefrey dictait � son magn�tiseur quelques prescriptions th�rapeutiques, elle lui dit d'un ton singulier :
� Vous entendez bien qu'il me l'ordonne ?
- Qui demande le docteur, vous ordonne cela ? - Mais lui, vous ne l'entendez pas ?
- Non, je n'entends ni ne vois personne.
- Ah ! c'est juste, reprit-elle, vous dormez, tandis que moi, je suis �veill�e...
- Comment vous r�vez, ma ch�re, vous pr�tendez que je dors pendant que j'ai les yeux parfaitement ouverts, que je vous tiens sous mon influence magn�tique, et qu'il ne d�pend que de ma volont� de vous ramener � l'�tat dans lequel vous �tiez tout � l'heure. Vous vous croyez �veill�e parce que vous me parlez et que vous avez jusqu'� un certain point votre libre arbitre, tandis que vous ne pouvez pas desserrer vos paupi�res.
- Vous �tes endormi, je le r�p�te ; moi, au contraire, je suis presque aussi compl�tement �veill�e que nous le serons tous un jour � venir. Je m'explique : tout ce que vous pouvez voir actuellement est grossier, mat�riel ; vous en distinguez la forme apparente, mais les beaut�s r�elles vous �chappent ; tandis que moi dont les sensations corporelles sont momentan�ment suspendues, dont l'�me est presque enti�rement d�gag�e de ses entraves ordinaires, je vois ce qui est invisible � vos yeux, j'entends ce que vos oreilles ne peuvent entendre, je comprends ce qui pour vous est incompr�hensible.
� Par exemple, vous ne voyez pas ce qui sort de vous pour venir � moi, lorsque vous me magn�tisez ; moi, je le vois tr�s bien. � chaque passe que vous dirigez vers moi, je vois comme de petites colonnes d'une poussi�re de feu qui sort du bout de vos doigts, et vient s'incorporer en moi, et, quand vous m'isolez, je suis environn�e � peu pr�s d'une atmosph�re ardente de cette m�me poussi�re de feu[12] . J'entends, quand j'en ai le d�sir, le bruit qui se fait au loin, les sons qui partent et se r�pandent � cent lieues d'ici ; en un mot, je n'ai pas besoin que les choses viennent � moi, je puis aller � elles, en quelque lieu qu'elles se trouvent, et en faire une appr�ciation beaucoup plus juste que ne le pourrait tout autre personne qui ne serait pas dans un �tat analogue au mien. �
L'auteur de la physiologie du Magn�tisme rapporte aussi qu'une somnambule avait, la nuit, pendant le sommeil naturel, une sorte d'extase qu'elle expliquait en ces termes.
� J'entre, alors, disait-elle, dans un �tat semblable � celui que le magn�tiseur me procure et mon corps se dilatant peu � peu, je le vois tr�s distinctement loin de moi, immobile et froid comme un mort ; quant � moi, je me parais une vapeur lumineuse et je me sens penser s�par�e de mon corps ; dans cet �tat, je comprends et je vois beaucoup plus de choses que dans le somnambulisme, lorsque la facult� de penser s'exerce sans que je sois s�par�e de mes organes ; mais, apr�s qu'il s'est �coul� quelques minutes, un quart d'heure au plus, la vapeur lumineuse de mon �me se rapproche de plus en plus de mon corps, je perds connaissance et l'extase cesse. �
L'auteur ajoute qu'� ce degr� d'�panouissement du syst�me nerveux, l'homme spiritualis�, ou, si l'on aime mieux, fluidifi� dans tout son �tre, jouit de toutes les facult�s de ceux qu'on appelle les Esprits, et que c'est seulement en cet �tat que la centralisation de la sensibilit� nerveuse est comme rompue et toute diffuse.
Nous verrons que le r�cit de cette somnambule, relatif � l'�tat de vapeur lumineuse qu'elle rev�t une fois sortie de son corps, est confirm� exp�rimentalement par les travaux de M. de Rochas sur l'ext�riorisation de la sensibilit�.
Poursuivons.
Une autre somnambule qui avait, comme celle-ci, dans les heures de la nuit, des visions qui ne ressemblaient en rien aux r�ves ordinaires, et la laissaient dans une fatigue extr�me, dit un jour au m�me docteur : � Je croyais �tre suspendue dans l'air sans forme mat�rielle, mais toute vapeur et toute lumi�re ; je vous montrais mon corps que j'avais quitt�, �tendu dans mon lit : ce n'�tait qu'un cadavre. Vous voyez, vous disais-je, il est mort, il sera ainsi dans trente jours. Puis, insensiblement, cette lumi�re que je sentais �tre moi se rapprocha du cadavre, s'y mit, et je repris mes sens, bris�e comme apr�s un long et p�nible sommeil magn�tique. �

AUTRES T�MOIGNAGES

Pour ceux qui croient � l'immortalit� de l'�me, il est certain que, si l'on peut communiquer avec les Esprits, ce doit �tre en se mettant dans une position qui se rapproche le plus de celle que l'on aura apr�s la mort.
Or, le somnambulisme chez certains sujets para�t �minemment propre � produire ce r�sultat. L'esprit, momentan�ment d�gag�, du moins en partie, du lien physiologique, se trouve dans un �tat voisin de celui qui deviendra permanent un jour. De plus, si l'on admet que les �mes d�sincarn�es communiquent entre elles, ce qui semble �vident, il est clair qu'elles pourront se manifester aux somnambules lorsque ceux-ci seront dans le sommeil magn�tique.
C'est ce que la plupart des magn�tiseurs ont �t� forc�s de reconna�tre. Malgr� son scepticisme, le Dr Bertrand nous dit [13], parlant d'une somnambule tr�s lucide :
� Cette femme s'exprimait toujours comme si un �tre distinct, s�par� d'elle, et dont la voix se faisait entendre au creux de l'estomac, lui e�t r�v�l� toute les notions extraordinaires qu'elle acqu�rait en somnambulisme. J'ai vu le m�me ph�nom�ne sur le plus grand nombre des somnambules que j'ai observ�s. Le cas le plus ordinaire est celui o� il semble au somnambule que les �v�nements qu'il annonce lui sont r�v�l�s par une voix. �
Le baron du Potet, longtemps incr�dule, fut contraint � son tour de confesser la v�rit�. Il nous apprend comment il a retrouv� dans le magn�tisme la spiritologie antique, et par quels exemples lui-m�me a �t� amen� � croire au monde des Esprits � que le savant, dit-il[14] , rejette comme une des plus grandes erreurs du temps pass� ; mais aujourd'hui, l'homme profond est amen� � croire par un examen s�rieux des faits. �
Ailleurs[15], il affirme qu'on peut entrer en rapport avec les Esprits d�gag�s de la mati�re, au point d'obtenir d'eux ce dont on a besoin.
Nous pourrions multiplier les citations emprunt�es � la riche biblioth�que du magn�tisme spiritualiste, et montrer que Charpignon, Ricard, l'abb� Loubet, Teste, Aubin, Gauthier, Delage, etc, ont cru aux communications entre vivants et d�sincarn�s. Mais nous n'oublions pas que notre but sp�cial est l'�tude du p�risprit, c'est pourquoi nous arrivons imm�diatement � un chercheur consciencieux, un homme de bonne foi, Cahagnet, qui a le mieux �tudi� ces ph�nom�nes.

LES EXP�RIENCES DE CAHAGNET

Jusqu'ici, nous entendons bien des magn�tiseurs affirmer des relations avec un monde supra-normal. Les sujets voient le plus souvent � leur guide � ou � ange gardien �, qu'ils d�crivent presque toujours comme un beau jeune homme v�tu de blanc. Les visions sont tr�s souvent mystiques : parfois c'est la Vierge qui appara�t ; on r�cite des pri�res pour �loigner les m�chants Esprits. Rarement le personnage d�crit est un d�funt.
Les sujets voient-ils toujours des personnages r�els ? Nous ne le croyons pas ; ils sont fort souvent suggestionn�s par l'exp�rimentateur et aussi par leur imagination ; il faut donc soigneusement se garder d'accorder une cr�ance quelconque � leurs affirmations, tant qu'elles ne sont pas appuy�es par des preuves absolues, dans le genre de celles que nous avons rapport�s d'apr�s le Dr Billot.
La vision d'un Esprit n'a de valeur positive qu'autant qu'il est tout � fait certain que ce n'est pas une auto-suggestion du somnambule, ou une transmission de pens�e de la part de l'op�rateur.
Le fait suivant, cit� par le Dr Bertrand dans une de ses conf�rences, et reproduit par le g�n�ral Noizet, en est une preuve convaincante [16] :
Un magn�tiseur fort imbu d'id�es mystiques avait un somnambule qui pendant son sommeil, ne voyait que des anges et des esprits de toute esp�ce. Ces visions servaient � confirmer de plus en plus le magn�tiseur dans sa croyance religieuse. Comme il citait toujours les r�ves de son somnambule � l'appui de son syst�me, un autre magn�tiseur se chargea de le d�tromper, en lui montrant qu'un somnambule n'avait les visions qu'il rapportait que parce que le type en existait dans sa propre t�te. Il proposa pour prouver ce qu'il avan�ait de faire voir au m�me somnambule la r�union de tous les anges du paradis � table et mangeant un dindon. Il endormit donc le somnambule, et au bout de quelque temps, il lui demanda s'il ne voyait rien d'extraordinaire ; celui-ci r�pondit qu'il apercevait une grande r�union d'anges. - Et que font-ils ? dit le magn�tiseur. Ils sont autour d'une table et ils mangent. Il ne put indiquer cependant quel �tait le mets qu'ils avaient devant eux.
Il est donc n�cessaire d'�tre excessivement circonspect dans l'acceptation des r�cits de somnambules, puisque nous savons qu'ils sont parfois tr�s suggestibles, m�me mentalement. D�fions-nous des descriptions du paradis et de l'enfer comme en ont tant faites les sujets et les mystiques de tous les pays, et de toutes les �poques.
Avec Cahagnet [17] tout change. Ce ne sont plus des �tres ang�liques qui se montrent, mais bien des Esprits qui ont v�cu parmi nous. Il se font reconna�tre parce qu'ils ont le m�me ext�rieur qu'ici-bas, des v�tements semblables � ceux qu'ils portaient ; que leurs souvenirs sont nets et pr�cis, et qu'ils font preuve de jugement, de volont�, comme s'ils �taient encore sur la terre. Ce ne sont pas de simples images reproduisant des �tres disparus : ces apparitions sont des individualit�s qui causent, remuent, vivent et affirment cat�goriquement que la mort ne les a pas atteints. C'est d�j� du vrai spiritisme ; aussi quel toll� g�n�ral lorsque parurent les Arcanes de la vie future d�voil�s. Tout ce que l'ignorance, le fanatisme, la sottise a r��dit� depuis contre notre doctrine, vint fondre sur le malheureux magn�tiseur. �coutons sa plainte douloureuse :
� Notre adversaire, M. le baron du Potet[18] , nous avait dit ces mots qui �taient proph�tiques pour nous, lorsque nous publi�mes le premier volume de cet ouvrage : �Vous traitez vingt ans trop t�t de ces questions, l'homme n'est pas pr�par� � les comprendre. � � H�las, r�pondions-nous alors, pourquoi le voyons-nous baigner de ses larmes la cendre de ceux qu'il croit � jamais perdus pour lui ? � quel moment de l'existence humaine pouvons-nous arriver plus � propos pour dire � cet homme : console-toi, fr�re, celui que tu crois � jamais s�par� de toi, est l� � tes c�t�s, qu�il est plus heureux que sur la terre, et qu'il t'assure par ma voix qu'il vit et qu'il t�attend dans des sph�res rapproch�es, pour continuer ses intimit�s avec toi. Si tu ne veux pas en croire ma parole, tiens, regarde cette jolie t�te enfantine, qui pleure parce qu'elle te voit pleurer ; parce que tu lui dis qu'elle ne reverra plus sa m�re ch�rie ; pose ta main sur son front, et dans quelques minutes, tu vas la voir sourire � celle que tu crois morte : elle va te conter ce qu'elle est, o� elle est et ce qu'elle fait. Tu ne pourras douter un instant que ce marbre qui t'effraie est la porte du temple de l'immortalit� o� nous vivrons tous �ternellement pour nous aimer �ternellement. � � Je dis cela � ce fr�re malheureux, et, loin de me serrer la main en signe de gratitude, il me regarde avec m�pris, en s'�criant : Cet homme est fou ! �
Mais c'�tait un fier lutteur que cet ouvrier qui a eu la gloire de se faire ce qu'il est devenu: un des pionniers de la v�rit�. Il a combattu vigoureusement ses contradicteurs, et ceux-ci ont �t� r�duits au silence. Les deux premiers volumes des Arcanes renferment des r�cits d'exp�riences faites avec huit extatiques qui poss�daient la facult� de voir les Esprits d�sincarn�s. Le point culminant fut atteint avec l'un deux, Ad�le Maginot, qui obtint une longue s�rie d'�vocations. L'ouvrage renferme plus de 150 proc�s verbaux, �manant de t�moins qui affirment avoir reconnu les Esprits d�crits par la somnambule. C'est l� un fait capital sur lequel on ne saurait trop appeler l'attention. On ne peut raisonnablement supposer que des hommes appartenant � tous les mondes, d'une honorabilit� indiscutable, se soient donn� le mot pour attester des mensonges. Il y a donc dans ces exp�riences une voie nouvelle, une mine fertile � exploiter pour les chercheurs avides de connaissances sur l'au-del�. Voici un exemple qui montre comment les choses se passaient habituellement [19].

UNE �VOCATION

� M. B.... magn�tiseur et souscripteur aux Arcanes, d�sire une s�ance d'apparition ; sit�t Ad�le en �tat, nous demandons M. B.... Ernest, Paul, d�c�d�, fr�re de M. B... ; la m�re de ce monsieur est pr�sente � cette s�ance. Ad�le dit : Le voil� ! - Donne-nous son signalement ? Je lui vois des cheveux ch�tain clair, le front beau et d�couvert, yeux approchant du brun, sourcils assez bien arqu�s, nez allant un peu en pointe, bouche moyenne ; il porte des moustaches plus claires que ses cheveux ; teint clair, p�le et d�licat, menton rond, corpulence fr�le, quoique ayant d� �tre assez forte ; la maladie l'a beaucoup affaibli ; il porte un habit couleur fonc�e (olive, je crois) ; son air est dolent, calme et souffrant ; il a d� souffrir du c�ur et de la poitrine, et a �prouv� des fatigues dans les jambes. Il n'�tait pas sans chagrin, il se tourmentait beaucoup int�rieurement sans en laisser rien apercevoir ; il �tait parfois m�ditatif, s'absorbait dans des id�es noires ; il aimait une personne, ce qui causait une bonne partie de son chagrin ; il �tait tr�s sensible.
� - Quel �ge te parait-il avoir ?
- Environ vingt-cinq ans ; son estomac a �t� fatigu� par des exc�s de jeunesse...
� - Par qui a-t-il �t� re�u au ciel ?
Par son grand-p�re.
- Monsieur son p�re a eu une vision dans laquelle il a vu son fils au ciel pr�s de sa grand'm�re ?
- Cette vision est v�ridique, mais la premi�re personne qui l'a re�u est son grand-p�re paternel, celui qu'il a connu sur la terre; il lui tendait les bras, il s'y est pr�cipit� ; sa grand'm�re �tait parmi les autres, il ne manquait pas de monde qui l'attendait... Il n'a pas eu � peine d'agonie. Il ne croyait pas au magn�tisme, il me dit de dire � monsieur son fr�re qu'il y croit maintenant.
- Qui gardait son corps d�c�d� ?
- Sa famille.
- O� a-t-il �t� d�pos� ?
- Au P�re Lachaise.
Est-il rest� dans le m�me tombeau ?
� Non ; on l'a r�uni � son grand-p�re, celui qui l'a re�u le premier au ciel.
- Quelles �taient les personnes qui suivaient imm�diatement son convoi
- Il a mieux aper�u son fr�re que d'autres.
- Ad�le est fatigu�e, nous cessons.
� M. B... est ravi de cette exp�rience ; madame sa m�re est plong�e dans la plus grande douleur ; son fils lui fait dire par Ad�le qu'elle ne pleure pas, qu'il est plus heureux qu'elle ; il voudrait qu'elle e�t fini son temps d'�preuve ; il est venu la visiter plusieurs fois dans son sommeil pour la consoler ; il ne l'en a pas fait ressouvenir pour ne pas augmenter sa douleur, connaissant l'amertume de ses regrets. Il est apparu de m�me � monsieur son fr�re, il lui appara�tra encore ; il le remercie de l'avoir enseveli.
� M. B... ne trouve pas une syllabe � retrancher � cette masse de d�tails ; madame sa m�re conserve un seul doute sur la nuance des yeux ; on ne peut se rappeler au juste leur couleur. Dieu a permis que notre foi soit raffermie de plus en plus. M. B..., d�sirant taire son nom par des consid�rations de famille, a sign� le double de cette s�ance pour me garantir, � l'avenir, contre les r�ticences que quelques hommes, oublieux et chicaneurs, pourraient �lever sur la r�alit� de ce qu'ils ont entendu et reconnu vrai. J'en agirai de la sorte par la suite.
� Le lendemain de cette s�ance, M. B... vient � la maison pour nous dire que, � la suite de cette apparition, il avait sollicit� une assembl�e de famille pour obtenir la certitude de la couleur exacte des yeux de son fr�re ; la g�n�ralit� des souvenirs fut pour la couleur des yeux d�crits par Ad�le. Cette particularit� me fit grand plaisir, parce que ce monsieur ayant dit � Ad�le : - Vous faites erreur, ma m�re croit les yeux bleus, persistez-vous � les voir bruns ?
- Ad�le lui r�pondit : - Il me serait tr�s facile de dire comme madame votre m�re, puisqu'elle les croit tels, et que cela ajouterait � la v�rit� de tout ce que je vous ai dit, mais je mentirais et ne dirais pas ce que je vois ; pour moi, ils sont bruns. C'est d'apr�s cette affirmation que ce monsieur convoqua une assembl�e de famille et se fit un devoir de m'instruire de son r�sultat�.
� chaque pas, on trouve dans ces volumes des preuves semblables. Mais ce serait bien mal conna�tre notre �poque que d'imaginer que ces r�cits eurent le don de d�terminer la conviction. La bonne foi de Cahagnet ne fut jamais contest�e, ses contemporains le reconnurent comme un honn�te homme incapable d'alt�rer la v�rit� ; mais ils pr�tendirent que ces ph�nom�nes pouvaient s'expliquer tous par une transmission de pens�e, s'exer�ant entre le consultant et le sujet.
Nous pouvons nous rendre compte du peu de valeur de cette objection, dans ce cas, si l'on r�fl�chit aux circonstances qui accompagn�rent l'apparition. Celle-ci cause, elle fait dire � sa m�re, par Ad�le, de ne pas se tourmenter. Si c'�tait une simple image, elle ne parlerait pas. Et pourquoi cette image serait-elle associ�e � celle du grand-p�re paternel, alors que, dans la pens�e de la m�re et du fr�re, c'est la grand'm�re qui dit l'avoir re�u au ciel [20]?
D'ailleurs pour r�pondre � cette objection, qui a �t� l'�p�e de chevet des incr�dules, l'auteur rapporte un certain nombre d'apparitions auxquelles cette explication est encore moins applicable[21] .
En voici une, entre beaucoup d'autres.
� M. l'abb� Almignana, d�j� cit�, paraissant ne plus �tre convaincu par les d�tails qu'Ad�le lui avait donn�s sur l'apparition de monsieur son fr�re, qu'il avait sollicit�e dans la deuxi�me s�ance, vint me faire part de ses doutes � cet �gard. En ce moment, Ad�le �tait en sommeil ; il me proposa d'appeler la soeur de sa bonne, qu'on nommait Antoinette Carr�, d�c�d�e depuis quelques ann�es. Je demandai cette personne.
� Ad�le dit : - Je vois une femme d'une taille moyenne, cheveux ch�tain clair, �g�e d'environ 45 ans, pas jolie, petits yeux gris, gros nez, un peu large du bas ,teint jaun�tre, bouche plate : elle a ce que nous nommons la grosse gorge ; il lui manque des dents sur le devant de la bouche, le peu qui reste est noir comme des chicots ; elle porte ce qu'on nomme � la campagne un d�shabill� : corsage d'une couleur brune, jupon ray�, un peu court ; tablier de campagne tournant autour du corps ; elle a un fichu � carreaux sur le cou ; ses mains annoncent des travaux p�nibles : elle travaillait dans les champs ; elle avait un fr�re qui est mort apr�s elle, mais il n'est pas dans le m�me rayon qu'elle : car, sans �tre un mauvais sujet il n'�tait pas tr�s rang�. Cette femme me fait l'effet d'avoir �t� tr�s bonne.
� M. Almignana emporta par �crit ces d�tails, et me r�pondit par la m�me voie ; j'extrais les passages suivants : � Apr�s avoir lu pendant quatre fois, � Marie-Fran�oise Rosalie Carr�, le signalement ci-dessus, elle a d�clar� qu'il �tait si exact qu'elle ne pouvait pas faire moins que de reconna�tre sa propre s�ur. Antoinette Carr�, dans la femme apparue � la somnambule ; quant � son fr�re, elle d�clare qu'il est d�c�d� apr�s sa s�ur, comme l'a dit Ad�le. Elle joint une circonstance qui ne laisse pas d'attirer l'attention ; elle dit avoir r�v� la nuit du 30 au 31 janvier (veille de la s�ance) se trouver aupr�s du tombeau de sa s�ur et de son fr�re, mais son attention �tait plus port�e sur la tombe de sa s�ur (elle ne l'avait jamais r�v�e depuis sa mort).
Sign�.- Almignana. � Je ferai observer � mon tour que M. l'abb� Almignana ainsi que sa bonne, ne savaient pas le jour m�me de cette s�ance que nous demanderions cette femme. Ce fut � l'improviste que je fis cette question � ce monsieur : Connaissez-vous quelqu'un de d�c�d� dont l'apparition pourrait vous convaincre ? Il me r�pondit : Demandez la s�ur de ma bonne : de cette mani�re il n'y aura aucune influence, ni communication de pens�e, puisqu'elle n'est pas ici et qu'elle ne sait rien de ce qui va se passer. Comme on vient de le voir, la r�ussite a �t� parfaite ; cette femme, pour mieux prouver � son ma�tre que ce qu'il avait entendu �tait vrai, dit avoir donn� elle-m�me le fichu d�crit � sa s�ur. L'apparition d'Antoinette Carr� doit d�truire cette objection malveillante de la transmission de pens�e, ou alors nous sommes tous des fous de vouloir prouver l'existence d'une �me � des �nes. �
Un dernier d�tail relatif � cette apparition :
� M. Almignana vint quelques jours apr�s cette s�ance � la maison, et me conta que sa bonne avait vu la veille un homme de son pays auquel elle avait lu le signalement de sa s�ur, qu'elle avait entre les mains, en lui demandant s'il connaissait cette personne. Cet homme lui r�pondit : Mais c'est votre s�ur qui est morte de laquelle vous me faites le portrait ; c'est � ne pas s'y tromper. La bonne de M. Almignana fit observer � son pays que ce signalement mentionnait un petit bouton sur la joue et qu'elle ne lui avait jamais vu de signe de ce genre ; cet homme lui r�pondit : Vous faites erreur, car elle en avait un l�, en lui montrant la place. Cette femme s'en ressouvint et n'en fut que plus convaincue, ainsi que M. Almignana, qui d�sirait cette exactitude parfaite qui ne laisse prise � aucun doute.
� Il a fallu qu'une troisi�me personne vint pour �tablir la v�rit� de cette particularit�, qui de cette mani�re ne pouvait se voir dans la pens�e de personne. (J'avais oubli� de mentionner ce petit signe dans le signalement qu'on a lu). �

Ce sont des faits de cette nature qui assurent la conviction. Le lecteur, en se reportant aux Arcanes, en trouvera un assez grand nombre. Ces r�cits constituent des documents pr�cieux, car ils sont sign�s authentiquement : ils nous montrent que l'Esprit conserve ou peut reprendre dans l'espace la forme qu'il avait sur la terre. Il la reproduit avec une extraordinaire fid�lit�, de mani�re � �tre reconnu, m�me par des �trangers. Ces �tres, qui se pr�sentent au voyant, affirment leur personnalit� par un langage qui est identique � celui qu'ils employaient ici-bas et par la r�v�lation de d�tails, d'�v�nements de leur vie pass�e, que seuls ils pouvaient conna�tre.
Un point encore doit appeler notre attention. Si l'on peut comprendre que l'�me humaine soit immortelle, puisqu'elle diff�re du corps, qu'elle est une unit� ind�composable, on comprend moins comment elle peut se pr�senter rev�tue d'un costume. O� le prend elle, ce v�tement ? Celui-ci n'est �videmment pas immortel. Nous �tudierons plus loin cette question et nous esp�rons l'avoir clairement �lucid�e. Voyons comment Cahagnet y r�pond[22] :
� M. du Potet, dans son appr�ciation du premier volume de cet ouvrage, ridiculisa ce que nous disons sur les v�tements que portent les Esprits qui sont demand�s par nous dans nos s�ances d'apparitions, en criant : � Voyez-vous tel Esprit habill� en garde national ? � Tel autre fut dans la m�me appr�ciation jusqu'� nous nier la possibilit� de converser avec ces Esprits dans le patois que nous parlons ; aussi ne voulut-il pas admettre qu'ils portassent des v�tements terrestres.
� Le 162� num�ro du Journal du Magn�tisme contient un r�cit tr�s curieux sur les manifestations spirituelles qui ont lieu, de nos jours, en Am�rique, par lesquelles les Esprits lient rapport avec les hommes de la terre, conversent avec eux et leur rendent leur pr�sence sensible par des attouchements, par des transports de meubles et des bruits que tous les spectateurs entendent.
� L'auteur de cet article, suivant les m�mes errements que M. du Potet, ne parait pas admettre que ces Esprits soient couverts des v�tements que les spectateurs accusent voir.
� Nous demanderons � ces �crivains s'ils pr�f�reraient que ces Esprits se montrassent � nos yeux dans le costume d'Adam ?
� Nous leur demanderons, en plus, qui leur prouverait que ce sont des �tres pensants, s'ils ne parlaient pas ? Qui leur prouverait que ce ne sont pas de simples images de d�c�d�s, daguerr�otyp�es dans la m�moire du demandant, s'ils ne r�pondaient pas � leurs questions, dans le patois que nous parlons, bien entendu, pour �tre compris de nous ?
� S'ils n'avaient pas un langage tant repr�sentatif que terrestre, on dirait que l'on ne peut les questionner.
� S'ils nous r�pondaient dans un langage musical, aromal ou sensitif, on dirait que ce sont des linguistes orgueilleux, qui ne veulent pas salir leur langue par des phrases et des sons dont ils se servaient sur la terre.
� S'ils sont v�tus comme ici-bas, on les trouve trop communs, et en dehors du progr�s des modes terrestres.
� S'ils sont plus �l�gamment v�tus, on les trouve trop attach�s � l'id�al des Mille et une Nuits.
� S'ils sont nus, on les trouve impudiques, et l'on veut savoir comment ils �taient habill�s sur la terre.
� De quoi veut-on donc les couvrir ? Car tel tissu, si spiritualis� soit-il, sera toujours une tissu exigeant un tisserand �.
La v�rit� est que l'Esprit cr�e, volontairement ou non, non v�tement fluidique, comme nous le verrons plus tard.
En somme, l'id�e d'un corps spirituel de l'�me s'est d�gag�e d'une partie de son obscurit�. Nous sommes d'ores et d�j�, par le somnambulisme, en possession d'un moyen de voir les Esprits et de nous assurer qu'ils se pr�sentent avec une forme corporelle qui reproduit fid�lement le corps physique qu'ils poss�daient sur la terre. Ceci n'est plus une hypoth�se ; c'est un fait qui r�sulte de l'observation exp�rimentale. Il faut lire les attestations nombreuses qui sont � la fin du second volume pour se bien persuader que les travaux de Cahagnet ne sont pas isol�s. Ils ont �t� repris et v�rifi�s par un grand nombre de magn�tiseurs, qui ont affirm� avoir obtenu les m�mes r�sultats. C'est donc pour nous un point acquis, et il nous est facile de renouveler ces ph�nom�nes puisqu'il suffit de nous placer dans les conditions indiqu�es par l'auteur.
Nous allons voir maintenant, par les exp�riences faites en compagnie des m�diums, aussi bien que par les apparitions spontan�es, que c'est une loi g�n�rale que celle d'apr�s laquelle l'�me se montre, apr�s sa mort, avec une apparence identique � celle qu'elle poss�dait de son vivant.

[1] PEZZANI, La Pluralité des existences de l'âme. Voir les nombreux écrivains modernes qui affirment leur croyance au périsprit, Dupont de Nemours, Pierre Leroux, Ballanche, Fourier, Jean Reynaud, Esquiros, Flammarion, etc

[2] Chacun connaît les apparitions publiques de Castor et Pollux; le fantôme de Brutus, la veille de Pharsale, la maison hantée d'Alexandrie, dont parle Pline, etc.

[3] Steki, le Spiritisme dans la Bible.

[4] Voir la traduction française de l'�uvre du Dr Kerner par le Dr Dusart.

[5] Correspondance sur le magnétisme vital, etc., par G. Billot, docteur en médecine, Paris, 1839.

[6] Billot, Correspondance, p. 37, t. 1.

[7] Correspondance, t. 1, p. 93.

[8] Correspondance, t. I, note H, page 305.

[9] Correspondance, t. 11, page 18 et plus loin, page 137.

[10] Le Docteur Billot habitait au Mont Luberon, près d'Apt.

[11] Chardel, Physiologie du Magnétisme, p. 85, 87 et 328

[12] On ne dira pas ici que la somnambule était suggestionnée par son magnétiseur, puisque celui-ci ignorait Il existence des effluves. Consulter de Rochas, Extériorisation de la sensibilité. Voir les expériences qui établissent l'objectivité de ce phénomène, avec un sujet dont la vision était contrôlée par l'étude spectroscopique de la réfraction et de la polarisation des effluves s'échappant des doigts du magnétiseur. Les longueurs d'ondes indiquées par le voyant étaient celles qui correspondaient au rouge et au violet, couleurs vues réellement comme émanant du magnétiseur.

[13] Dr Bertrand, Traité du somnambulisme, chap. 3 et 5.

[14] Du Potet, Journal du Magnétisme 1852 première semaine.

[15] Du Potet, la Magie dévoilée

[16] Général Noizet, Mémoires, page 128. Cité par Ochorowicz page 279.

[17] Cahagnet, les Arcanes de la vie future dévoilés, tome 111, p. 80-8 1.

[18] Avant la conversion.

[19] Cahagnet, Arcanes, t. 11, p. 94 et suivantes

[20] Le sujet entend, par le mot ciel, l'erraticité c'est-à-dire l'espace qui entoure la terre.

[21] Cahagnet, Arcanes V., page 98.

[22] Cahagnet, Arcanes, t, 111, pages 75 et suivantes.

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