Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec


CHAPITRE IV
LE DEDOUBLEMENT DE L�ETRE HUMAIN


Toutes les th�ories, si s�duisantes soient-elles, ont besoin d'�tre appuy�es sur des ph�nom�nes physiques, sans quoi on ne peut y voir que de brillants produits de l'imagination, sans valeur positive.
Lorsque les spirites annoncent que l'�me est toujours rev�tue d'une enveloppe fluidique, aussi bien pendant la vie qu'apr�s la mort, ils ont le devoir de faire la preuve que leurs assertions sont justifi�es. C'est parce que nous sentons vivement cette n�cessit�, que nous allons exposer un certain nombre de cas de d�doublement de l'�tre humain, pris parmi un tr�s grand nombre que notre cadre restreint ne nous permet pas de reproduire.
Nous avons, dans un livre pr�c�dent [1], cit� d�j� pas mal de cas de bi corpor�it�, mais, en de telles mati�res, il ne faut pas craindre de multiplier les exemples, afin d'imposer la conviction. De plus, nous trouverons dans ces r�cits des circonstances caract�ristiques, qui mettent en �vidence l'immortalit� de l'�me et les propri�t�s de ce corps impond�rable dont nous avons entrepris l'�tude.

LA SOCI�T� DE RECHERCHES PSYCHIQUES

Le scepticisme contemporain a �t� violemment �branl� par la conversion au spiritisme des savants les plus consid�rables de notre �poque. L'invasion des Esprits dans le monde terrestre s'est produite par des manifestations si v�ritablement stup�fiantes pour les incr�dules que des hommes s�rieux se sont pris � r�fl�chir, et ont r�solu d'�tudier par eux-m�mes ces faits anormaux, tels que - la transmission de la pens�e, � distance et sans contact entre les op�rateurs, la double vue, les apparitions de vivants ou de morts, - rang�s jusqu'alors, parmi les superstitions populaires.
Sous l'empire de ces id�es, il s'est fond� en Angleterre une Soci�t� de Recherches Psychiques [2], dont les travaux ont conquis imm�diatement une grande autorit�, justement acquise, par la pr�cision, le scrupule et la m�thode apport�s par ces chercheurs dans cette grande enqu�te. Les r�sultats principaux obtenus depuis dix ans ont �t� consign�s par MM. Myers, Gurney et Podmore en deux volumes intitul�s : Phantasms of the living (fant�mes de vivants), et les observations recueillies journellement sont relat�es dans des proc�s verbaux, dont la publication a lieu tous les mois, sous le nom de Proceedings.
La soci�t� anglaise a donn� naissance � des branches am�ricaine et fran�aise. Dans notre pays, les membres correspondants furent notamment : MM. Baunis, Bernheim, Ferr�, Pierre Janet, Li�bault, Ribot et Richet M. Marillier, ma�tre de conf�rences � l'�cole des Hautes �tudes, a donn� une traduction abr�g�e des Phantasms of the living sous ce titre impropre : les Hallucinations t�l�pathiques. C'est dans ce livre que nous allons puiser la plupart des t�moignages nouveaux, qui mettent en �vidence la dualit� de l'�tre humain [3].
Les spirites doivent une grande reconnaissance aux membres de la Soci�t� de Recherches Psychiques, car ces messieurs ont pass� de longues ann�es � collectionner des observations, bien constat�es, d'apparitions de toutes natures. Tous les cas ont �t� soumis � un examen s�v�re, aussi complet que possible, certifi�s soit par les t�moins effectifs, soit par ceux qui les tenaient de ces t�moins directs. �tant donn� la haute valeur des investigateurs, le soin qu'ils ont pris pour �liminer les causes d'erreurs, nous sommes en pr�sence d'une masse consid�rable de documents authentiques, sur lesquels nous pouvons faire porter nos �tudes.
Les exp�riences ont eu pour objet, en premier lieu, la possibilit� pour deux intelligences de se communiquer leurs pens�es, sans aucun signe ext�rieur. Des r�sultats remarquables ont �t� obtenus [4], et cette action d'un esprit sur un autre, sans contact sensible, a �t� nomm�e t�l�pathie. Mais le ph�nom�ne a pris bient�t un autre aspect : il s'est d�velopp� � ce point, que certains op�rateurs, au lieu de transmettre simplement leur pens�e, se sont montr�s � leur sujet : il y a eu une v�ritable apparition.
Quelle explication pouvait-on donner de ces faits ? Les exp�rimentateurs ne sont pas spirites, ils n'admettent pas l'existence de l'�me, telle qu'elle est d�finie par cette doctrine, ils ont donc �t� contraints de faire une hypoth�se. Voici celle � laquelle ils se sont arr�t�s : le sujet impressionn� n'a pas une vision r�elle, mais simplement une hallucination, c'est-�-dire qu'il se figure voir l'apparition, de la m�me fa�on qu'il voit une personne ordinaire, mais ce fant�me n'est pas ext�rieur, il n'existe que dans son cerveau ; la vision est subjective, c'est-�-dire interne et non objective ; cependant cette illusion psychique co�ncide avec un fait vrai : l'action volontaire de l'op�rateur, c'est pourquoi on l'appelle hallucination v�ridique ou t�l�pathique.
Les observations se multipliant, on a remarqu� ensuite que la volont� consciente de l'agent [5] n'�tait pas n�cessaire, et qu'un individu pouvait appara�tre � un autre, sans dessein arr�t� d'avance : ce sont des co�ncidences, entre une vision et un �v�nement v�ridique qui s'y rattache, qui forment la majorit� des d�positions reproduites par les Phantasms of the living.
Si nous avions le loisir de passer en revue tous les ph�nom�nes d'actions t�l�pathiques relat�s dans les deux livres cit�s et les Proceedings, il nous serait facile de faire voir que l'hypoth�se de l'hallucination est tout � fait insuffisante pour expliquer tous les faits. Nous pouvons, avec le grand naturaliste anglais Alfred Russel Wallace [6], relever dans ces r�cits, cinq preuves de l'objectivit� de certaines de ces apparitions :
1� - La simultan�it� de la perception du fant�me par plusieurs personnes ;
2� - L'apparition est vue par divers t�moins comme occupant diff�rentes places, correspondant � un mouvement apparent ; ou bien, elle est vue � la m�me place, malgr� le d�placement de l'observateur ;
3� - Les impressions produites par les fant�mes sur les animaux domestiques ;
4� - Les effets physiques produits par la vision ;
5� - Les apparitions, qu'elles soient visibles ou non pour les personnes pr�sentes, peuvent �tre et ont �t� photographi�es.
La th�orie de l'hallucination t�l�pathique, provoqu�e ou spontan�e, n'a �t� imagin�e, croyons-nous, que pour ne pas trop heurter de front les id�es pr�con�ues du public, encore si peu familiaris� avec ces ph�nom�nes naturels, mais pr�sentant un c�t� myst�rieux qu'ils doivent � leur impr�vu et aux circonstances graves dans lesquelles ils se produisent g�n�ralement. Voici, en effet, les r�flexions de M. Gurney, r�dacteur des Phantasms [7] :
� On peut se demander si nous avons le droit d'�tablir un lien entre les r�sultats exp�rimentaux que nous avons discut�s (transmission de pens�e) dans les chapitres pr�c�dents et les ph�nom�nes que nous venons de d�crire (apparitions d'exp�rimentateurs). J'ai dit que c'�taient des ph�nom�nes de transition et qu'ils pouvaient permettre de passer des ph�nom�nes de transmission exp�rimentale de pens�e aux cas de t�l�pathie spontan�e ; mais on pourrait soutenir qu'il y a un ab�me infranchissable entre les ph�nom�nes ordinaires de transmission de pens�e et ces apparitions de l'agent [8]. La diff�rence radicale, c'est que l'objet qui appara�t n'est pas celui sur lequel s'�tait concentr�e la pens�e de l'op�rateur. Dans les cas que nous venons d'�tudier, l'agent ne songeait pas � lui, � sa tournure visible. L'aspect ext�rieur d'une personne tient relativement peu de place dans l'id�e qu'elle se fait d'elle-m�me; et cependant, c'est seulement cet aspect ext�rieur qui est per�u par le sujet. Nous nous heurterons � cette m�me difficult� dans les cas de t�l�pathie spontan�e ; tant que l'impression produite sur l'esprit du sujet n'est que la reproduction d'une image ou d'une id�e qui existe dans l'esprit de l'agent, on peut concevoir un fondement physiologique aux ph�nom�nes de transmission de pens�e. Mais l'interpr�tation des faits devient beaucoup plus difficile lorsque ce n'est plus l'image qui est pr�sente aux yeux de l'agent qui appara�t au sujet.
� A... meurt, il appara�t � B... qui est � une grande distance de lui. Nous ne pouvons saisir de lien entre ces deux ph�nom�nes, du moins dans le domaine de la conscience claire. Nous pourrions cependant concevoir l'action de l'agent sur le sujet en faisant intervenir les ph�nom�nes inconscients. Mais peut-�tre vaut-il mieux encore reconna�tre la difficult� et dire que, dans le rapprochement que nous avons tent� entre la transmission exp�rimentale de la pens�e et la t�l�pathie spontan�e, nous n'avons tenu compte que de l'aspect physiologique des ph�nom�nes �.
Les scrupules de M. Gurney sont tout � fait l�gitimes, car la lecture des Proceedings les justifie amplement. La transmission de la pens�e, d�j� difficile � produire est un fait relativement simple, en regard de celui qui nous occupe. On peut, en effet, constater, lorsqu'on se livre � une longue s�rie d'exp�riences, que le nombre de fois o� la divination d'un chiffre exact est obtenue est, le plus souvent, � peine sup�rieur au r�sultat indiqu� par le calcul des probabilit�s. Une figure g�om�trique est encore plus difficilement per�ue par le sujet, et pour que des ordres mentaux s'ex�cutent il faut le plus souvent, comme pour les transmissions de sensations, que les personnes soumises � l'exp�rience soient plong�es dans le sommeil hypnotique.
On voit donc qu'il y a un ab�me entre ces modalit�s rudimentaires d'une intelligence influenc�e par une autre, et les apparitions, qui sont un ph�nom�ne complexe, mettant en jeu toutes les facult�s de l'esprit.
Cependant, dans certains cas, on peut soutenir que l'apparition est une hallucination pure et simple, produite par la pens�e de l'agent. Ce sont les circonstances qui accompagnent la vision qui doivent servir de crit�rium pour juger de l'objectivit� de l'apparition.
D'ailleurs, nous allons juger du bien fond� de l'explication hallucinatoire, en examinant les faits. Ne pouvant citer tous les cas, nous prendrons un exemple parmi chacune des classes de ph�nom�nes, renvoyant, pour plus amples informations, le lecteur aux documents originaux.

APPARITION SPONTAN�E

Mme Pole-Carew, Antony, Torpoint, Devonport, nous a envoy� la relation suivante [9] :
31 d�cembre 1883.
� En octobre 1880, lord et lady Waldegrave vinrent avec leur femme de chambre �cossaise, H�l�ne Alexander, passer quelques jours chez nous. (Le r�cit indique alors comment on s'est aper�u qu'H�l�ne avait pris la fi�vre typho�de). Elle ne semblait pas bien malade pour cela, et comme on pensait qu'il n'y avait aucun danger � craindre, et que lord et lady Waldegrave avaient un long voyage � faire le lendemain (jeudi), ils se d�cid�rent � la laisser aux soins de leur amie.)
� La maladie suivit son cours habituel et H�l�ne sembla aller tout � fait bien jusqu'au dimanche de la semaine suivante ; le m�decin me dit alors que la fi�vre l'avait quitt�e, mais que l'�tat de faiblesse dans lequel elle se trouvait le rendait tr�s inquiet. Je fis venir imm�diatement une garde-malade, malgr� Reddell, ma femme de chambre, qui, pendant toute sa maladie avait servi de garde � H�l�ne, et qui lui �tait d�vou�e. Cependant comme la garde ne pouvait venir que le jour suivant, je dis � Reddell de veiller H�l�ne cette nuit-l� encore, pour lui donner sa potion et ses aliments ; il fallait, en effet, lui donner sans cesse � manger.
� � quatre heures 30 environ, cette nuit-l�, ou plut�t le lundi matin, Reddell regarda sa montre, versa la potion dans une tasse et elle se penchait sur le lit pour la donner � H�l�ne quand la sonnette du passage sonna. Elle se dit : � Voil� encore cette ennuyeuse sonnette dont le fil s'est embrouill� �. (Il semble qu'elle ait, parfois, sonn� d'elle-m�me de cette fa�on). � ce moment cependant, elle entendit la porte s'ouvrir, et, comme elle regardait autour d'elle, elle vit entrer une vieille femme fort grosse. Elle �tait v�tue d'une chemise de nuit et d'un jupon de flanelle rouge; elle tenait � la main un chandelier de cuivre d'un ancien mod�le. Le jupon avait un trou. Elle entra dans la chambre et sembla se diriger vers la table de toilette pour poser sa chandelle dessus. Elle �tait tout � fait inconnue de Reddell, qui, cependant, pensa tout de suite que c'�tait la m�re d'H�l�ne, qui venait la voir ; il lui sembla que la m�re avait l'air f�ch�, peut-�tre parce qu'on ne l'avait pas envoy� chercher plus t�t. Elle donna sa potion � H�l�ne et quand elle se retourna, l'apparition avait disparu et la porte �tait ferm�e. L'�tat d'H�l�ne avait beaucoup chang� pendant ce temps, et Reddell vint me trouver ; j'envoyai chercher le m�decin et en l'attendant on appliqua � H�l�ne des cataplasmes chauds.... mais elle mourut un peu avant l'arriv�e du m�decin ; elle avait toute sa conscience une demi-heure avant sa mort ; elle parut s'endormir � ce moment.
� Pendant les premiers jours de sa maladie, H�l�ne avait �crit � l'une de ses s�urs ; elle lui disait qu'elle n'�tait pas bien, mais sans y insister, et comme elle n'avait jamais parl� que de sa soeur, les gens de la maison, pour qui elle �tait tout � fait une �trang�re, supposaient qu'elle n'avait pas d'autres parents vivants. Reddell lui offrait toujours d'�crire � sa place, mais elle refusait toujours ; elle disait que c'�tait inutile et qu'elle �crirait elle-m�me dans un jour ou deux. Personne chez elle ne savait donc qu'elle �tait aussi malade aussi est-il tr�s remarquable que sa m�re, qui n'est point du tout nerveuse, ait dit ce soir-l� en allant se coucher : � Je suis s�re qu'H�l�ne est tr�s malade. � � Reddell m'a parl� de l'apparition, ainsi qu'� ma fille, une heure environ apr�s la mort d'H�l�ne. � Je ne suis pas superstitieuse, ni nerveuse, nous dit-elle tout d'abord, et je n'ai pas �t� effray�e le moins du monde ; mais sa m�re est venue la nuit derni�re. � Elle nous raconta alors toute l'histoire et nous donna une description tr�s pr�cise de la figure qu'elle avait vue.
� On pr�vint les parents pour qu'ils pussent assister aux fun�railles ; le p�re et la m�re vinrent, ainsi que la soeur, et Reddell reconnut dans la m�re la figure qu'elle avait vue ; je la reconnus comme elle, tant sa description �tait exacte l'expression m�me �tait bien celle qu'elle avait indiqu�e ; elle �tait due non pas � l'inqui�tude, mais � la surdit�. On jugea qu'il valait mieux ne pas parler de la chose � la m�re, mais Reddell raconta tout � la soeur, qui lui dit que sa description correspondait tr�s exactement aux v�tements qu'aurait eus la m�re, si elle s'�tait lev�e pendant la nuit ; qu'il y avait chez eux un chandelier tout � fait pareil � celui qu'elle avait vu ; le jupon de sa m�re avait un trou, ce trou �tait d� � la mani�re dont elle portait toujours son jupon. Il est curieux que ni H�l�ne, ni sa m�re, ne paraissent s'�tre aper�ues de cette visite. Ni l'une ni l'autre en tous cas n'ont jamais dit qu'elles s'�taient apparu l'une � l'autre, ni m�me qu'elles l'avaient r�v�.

F. A. POLE-CAREW

� Francis Reddell dont le r�cit confirme celui de Mme Pole-Carew, affirme qu'elle n'a jamais vu d'autre apparition. Mme Lyttleton, Selwyn college, Cambridge, qui la conna�t, nous dit qu'elle semble �tre une personne fort positive (matter of fact), et que ce qui l'avait surtout impressionn�e, c'�tait qu'elle avait vu dans le jupon de flanelle de la m�re d'H�l�ne un trou fait par le busc de son corset, trou qu'elle avait remarqu� dans le jupon de l'apparition. �
Nous retrouvons ici un caract�re commun � toutes les apparitions de personnes vivantes, et que nous avons signal� dans les descriptions d'esprit faites par les sujets de Cahagnet, c'est d'�tre toujours rev�tues d'un costume. �tant donn� la dualit� de l'�tre humain, on peut admettre que l'�me se d�gage et agisse � distance de son enveloppe, mais il n'est pas �vident que les v�tements aient une doublure fluidique et qu'ils puissent se d�placer comme le fant�me du vivant. Il en est de m�me des objets qui se pr�sentent en m�me temps que l'apparition.
Dans le r�cit pr�c�dent, nous voyons la m�re d'H�l�ne rev�tue d'un jupon rouge, semblable � celui qu'elle portait habituellement ; de plus, elle tient � la main un chandelier, d'une forme sp�ciale, dont la description est reconnue exacte par la soeur de la morte. Il faut donc chercher � comprendre comment le double humain op�re pour se montrer, et pour fabriquer ses v�tements ainsi que les ustensiles dont il se sert. Ceci fera l'objet d'une �tude sp�ciale, quand nous aurons vu tous les cas.
La narration pr�c�dente nous met en face d'un exemple bien net de d�doublement. Reddell est parfaitement �veill�e ; elle entend tinter la sonnette de l'entr�e, ouvrir la porte, elle voit la m�re d'H�l�ne se d�placer dans la chambre, en se dirigeant vers la toilette ; ce sont l� des faits qui montrent qu'elle est � l'�tat normal, que tous ses sens fonctionnent comme � l'ordinaire, et qu'il n'y a pas place ici pour une hallucination. L'apparition est si positive, que la femme de chambre en fait � sa ma�tresse une description minutieuse, et que toutes deux reconnaissent plus tard la m�re d'H�l�ne, qu'elles n'avaient jamais vue.
Que disent les r�dacteurs des Phantasms d'un cas semblable ? On sait que suivant la th�se qu'ils ont adopt�e, il n'y a pas apparition, mais vision interne produite par la suggestion d'un �tre vivant (nomm� l'agent) sur une autre personne qui �prouve l'hallucination. Ici quel est l'agent ? Voici la note de l'�dition fran�aise :
� On peut se demander quel a �t� l'agent v�ritable. Est-ce la m�re ? Mais son �tat n'avait rien d'anormal, et elle �prouvait seulement quelque inqui�tude au sujet de sa fille, elle ne connaissait pas Reddell ; la seule condition favorable est que leur esprit �tait alors occup� du m�me objet. Il est possible aussi que l'agent v�ritable ait �t� H�l�ne, et que, pendant son agonie, elle ait eu devant les yeux une vivante image de sa m�re �.
Il nous semble que ces r�flexions ne s'accordent nullement avec les circonstances du r�cit. Pour qu'une hallucination soit produite, il faut qu'un rapport soit �tabli entre l'agent et le percipient, autrement dit, ici, entre Reddell et la m�re d'H�l�ne ; or on nous affirme qu'elles ne se connaissent pas du tout ; ce n'est donc pas la m�re qui est l'agent. Est-ce H�l�ne ? Non, puisque Mme Pole Carew dit formellement que la malade n'a pas vu sa m�re. D'ailleurs comment cette image de sa m�re aurait-elle le pouvoir d'ouvrir la porte de la maison en la faisant sonner, et d'ouvrir aussi celle de la chambre o� la malade �tait couch�e ? Ces sensations auditives ne sont pas plus hallucinatoires que les sensations visuelles ; or celles-ci sont reconnues absolument v�ridiques par la description exacte du visage de la m�re, de celle du jupon, avec le trou fait par le busc, et du chandelier de forme sp�ciale. Il n'y a donc pas eu hallucination, mais apparition v�ritable.
Le r�dacteur croit qu'il faut toujours un �v�nement anormal pour que l'�me se d�gage, c'est une opinion hasard�e, car nous verrons dans les cas suivants que le sommeil ordinaire est parfois suffisant pour permettre le d�gagement de l'�me.
Nous constatons que le double est la reproduction exacte de l'�tre vivant ; remarquons aussi que le corps physique de l'agent est plong� dans le sommeil pendant la manifestation. Nous verrons que c'est le cas le plus g�n�ral. L'�dition anglaise contient quatre-vingt trois observations analogues.

GOETHE ET SON AMI

Wolfang von Goethe se promenait un soir d'�t� pluvieux avec son ami K.... revenant avec lui du Belv�d�re � Weimar. Tout � coup le po�te s'arr�te, comme devant une apparition, et allait lui parler. K... ne se doutait de rien. Soudainement Goethe s'�cria: � Mon Dieu ! Si je n'�tais s�r que mon ami Fr�d�ric est en ce moment � Francfort, je jurerais que c'est lui ! ... � Ensuite il poussa un formidable �clat de rire : - � Mais c'est bien lui... mon ami Fr�d�ric ! ... Toi ici � Weimar ? ... Mais au nom de Dieu, mon cher, comme te voil� fait... habill� de ma robe de chambre... avec mon bonnet de nuit ... avec mes pantoufles aux pieds... ici sur la grande route ?... � K .... comme je viens de le dire plus haut, ne voyait absolument rien de tout ceci, et s'�pouvanta croyant le po�te atteint subitement de folie. Mais Goethe pr�occup� seulement de sa vision s'�cria en �tendant les bras: � Fr�d�ric ! Ou es-tu pass�... grand Dieu ? mon cher K... N'avez-vous pas remarqu� o� a pass� la personne que nous venons de rencontrer? � - K... stup�fait, ne r�pondait rien. Alors le po�te tournant la t�te de tous les c�t�s, s'�cria d'un air r�veur : � Oui ! Je comprends... C'est une vision, cependant quelle peut �tre la signification de tout cela ? ... Mon ami serait-il mort subitement ?... Serait-ce donc son esprit ? ... �
L�-dessus Goethe rentra chez lui, et trouva Fr�d�ric � la maison... Les cheveux se dress�rent sur sa t�te : � Arri�re, fant�me ! � s'�cria-t-il en reculant, p�le comme un mort.
- � Mais, mon cher, est-ce l� l'accueil que tu fais � ton plus fid�le ami ? ... � � Ah ! cette fois s'�cria le po�te en riant et pleurant � la fois, ce n'est pas un esprit, c'est un �tre � de chair et d'os �, et les deux amis s'embrass�rent avec effusion.
Fr�d�ric �tait arriv� au logis de Goethe tremp� par la pluie et s'�tait rev�tu de v�tements secs du po�te ; ensuite il s'�tait endormi dans son fauteuil et avait r�v� qu'il allait � la rencontre de Goethe, et que celui-ci l'avait interpell� avec ces paroles : � Toi ici � Weimar?... quoi... avec ma robe de chambre... mon bonnet de nuit... et mes pantoufles, sur la grande route ?.. . � - De ce jour le grand po�te crut en une autre vie apr�s la vie terrestre [10] .
Ici nous assistons bien � une sorte d'hallucination t�l�pathique, puisque Goethe, seul, voit le fant�me, mais cette image est ext�rieure, elle n'est pas log�e dans son cerveau, comme le serait une v�ritable hallucination, car il r�sulte du t�moignage de Fr�d�ric qu'il est all� en r�ve au devant de son ami ; et ce qui �tablit que son ext�riorisation est objective, c'est que les paroles qu'il a entendues sont exactement celles prononc�es par l'illustre �crivain. Nous voyons que ce que Fr�d�ric prend pour un r�ve est le souvenir d'une action r�elle qui s'est pass�e durant son sommeil : c'est son �me qui s'est d�gag�e pendant que son corps reposait et qui a entendu et retenu les paroles de Goethe.
Faisons, � ce propos, une remarque tr�s importante. Si Fr�d�ric ne s'�tait pas souvenu des �v�nements survenus lorsqu'il sommeillait les membres de la Soci�t� de Recherches Psychiques auraient conclu � une action de la conscience subliminale de Fr�d�ric, c'est-�-dire � la mise en jeu d'une personnalit� seconde de ce sujet. Or, il para�t �vident, ici, que c'est toujours la m�me personnalit� qui agit, puisqu'elle a conscience de ce qui s'est pass� ; seulement il peut arriver qu'elle ne se souvienne pas toujours de ce qu'elle a fait pendant le repos du corps. Cette perte du souvenir est insuffisante pour autoriser les psychologues, anglais et fran�ais, qui ont trait� ces questions [11], � conclure qu'il y a en nous des personnalit�s qui coexistent et s'ignorent mutuellement.
La seule induction qui nous semble logiquement permise est celle qui admet que notre personnalit� ordinaire - celle de l'�tat de veille - est s�par�e de la personnalit� pendant le sommeil, par une cat�gorie de souvenirs qui ne sont plus conscients au r�veil. Il n'y a pas deux individualit�s dans le m�me �tre, mais seulement deux �tats diff�rents de cette individualit�.
Les r�cits suivants - extraits de la d�position faite le 15 mai 1869, par M. Cromwel Varley, ing�nieur en chef des lignes t�l�graphiques de l'Angleterre, devant le comit� de la Soci�t� Dialectique de Londres - sont tout � fait typiques, ils montrent exactement les rapports qui existent entre la m�me individualit� pendant le sommeil ou la veille.

D�POSITION DE CROMWEL VARLEY

Ing�nieur en chef des lignes t�l�graphiques de l'Angleterre.
� Voici un quatri�me cas dans lequel je suis le principal acteur [12]. J'avais fait des exp�riences sur la fabrication de la fa�ence, et les vapeurs d'acide fluorhydrique dont j'avais fait un large emploi m'avaient caus� des spasmes de la gorge. J'�tais tr�s s�rieusement malade, et il m'arrivait souvent d'�tre r�veill� par des spasmes de la glotte. On m'avait recommand� d'avoir toujours sous la main de l'�ther sulfurique pour le respirer et me procurer un prompt soulagement. J'y eu recours six ou huit fois, mais son odeur m'�tait si d�sagr�able, que je finis par me servir du chloroforme. Je le pla�ais � c�t� de mon lit, et lorsque je devais m'en servir, je me penchais au-dessus de lui dans une position telle que quand l'insensibilit� survenait, je retombais en arri�re tandis que l'�ponge roulait � terre. Une nuit cependant je me renversai sur le dos en retenant l'�ponge, qui reste appliqu�e sur ma bouche.
� Mme Varley, nourrissant un enfant malade, �tait dans la chambre au-dessus de la mienne. Au bout de quelques instants je pris conscience de ma situation :
Je voyais ma femme en haut, moi-m�me couch� sur le dos avec l'�ponge sur la bouche, et dans l'impossibilit� absolue de ne faire aucun mouvement. J'appliquai toute ma volont� � faire p�n�trer dans son esprit une claire notion du danger que je courais. Elle s'�veilla, descendit, enleva aussit�t l'�ponge et fut grandement effray�e. Je fis tous mes efforts pour lui parler et je lui dis : � Je vais oublier tout ceci et ignorer comment ceci s'est pass�, si vous ne me le rappelez dans la matin�e ; mais, ne manquez pas de me dire ce qui vous a fait descendre et je serai alors capable de me souvenir de tous les d�tails. � Dans la matin�e suivante elle fit ce que je lui avais recommand� mais je ne pus rien me rappeler d'abord. Cependant je fis tout le jour les plus grands efforts, et j'arrivai enfin � me souvenir d'une partie, et � la longue, de la totalit� des faits. Mon esprit �tait dans la chambre pr�s de Mme Varley lorsque je lui donnai conscience de mon danger.
� Ce cas m'a aid� � comprendre les moyens de communication des esprits. Mme Varley vit ce que mon esprit demandait, et elle �prouva les m�mes impressions. Un jour, �tant tomb�e en transe, elle me dit : � Actuellement, ce ne sont pas les esprits qui vous parlent : c'est moi-m�me et je me sers de mon corps de la m�me fa�on que font les esprits lorsqu'ils parlent par ma bouche. �
� J'ai observ� un autre fait en 1860. Je venais d'�tablir le premier c�ble atlantique. Lorsque j'arrivai � Halifax, mon nom fut t�l�graphi� � New York ; M. Cyrus Fied transmit la nouvelle � St-John et au Havre : de telle sorte que quand j'arrivai, je fus cordialement re�u partout, et qu'au Havre je trouvai un banquet tout pr�par�. Plusieurs discours furent prononc�s et l'on s'attarda beaucoup. Je devais prendre le steamer qui partait dans la matin�e suivante et j'avais la vive pr�occupation de ne pas m'�veiller � temps. J'employai donc un moyen qui m'avait toujours r�ussi jusque-l� : c'�tait de formuler �nergiquement en moi-m�me la volont� de m'�veiller en temps utile. Le matin vint et je me voyais moi-m�me profond�ment endormi dans mon lit.
� J'essayai de m'�veiller, mais je ne le pus. Apr�s quelques instants, comme je cherchais les moyens les plus �nergiques pour me tirer d'affaire, j'aper�us une cour dans laquelle se trouvait un grand tas de bois dont deux hommes s'approchaient. Ils mont�rent sur ce tas et en enlev�rent une lourde planche. J'eux alors l'id�e de provoquer en moi le r�ve qu'une bombe �tait lanc�e contre moi, sifflait � sa sortie du canon, et qu'elle �clatait et me blessait � la face, au moment o� les hommes jetaient la planche du haut du tas. Cela me r�veilla en me laissant le souvenir bien net des deux actes : le premier consistant dans l'action de mon �tre intellectuel commandant � mon cerveau de croire � la r�alit� d'illusions ridicules provoqu�es par la puissance de volont� de l'intelligence. Quant au second acte, je ne perdis pas une seconde pour sauter � bas de mon lit, ouvrir la fen�tre, et constater que la cour, la pile de bois, les deux hommes �taient bien tels que mon esprit les avait vus. Je n'avais auparavant aucune connaissance de la localit� ; il faisait nuit, quand j'arrivai, la veille, dans cette ville et je ne savais pas du tout qu'il y avait l� une cour. Il est �vident que mon esprit vit tout cela tandis que mon corps gisait endormi. Il m'�tait impossible de voir la pile de bois sans ouvrir la fen�tre [13]
Dans le r�cit suivant, c'est la m�me personne qui se d�double � plusieurs reprises, et cela, sans aucune participation consciente ou volontaire de sa part.

APPARITIONS MULTIPLES DU M�ME SUJET

Mme Stone, Shute Haye, Walditch, Bridport [14].
X... 1883 � J'ai �t� vue trois fois, alors que je n'�tais pas r�ellement pr�sente, et chaque fois par des personnes diff�rentes. La premi�re fois, ce fut ma belle-s�ur qui me vit. Elle me veillait apr�s la naissance de mon premier enfant. Elle regarda vers le lit o� je dormais, et elle me vit distinctement, ainsi que mon double. Elle vit d'une part mon corps naturel, et de l'autre mon image spiritualis�e et affaiblie. Elle ferma plusieurs fois les yeux, mais en les rouvrant elle voyait toujours la m�me apparition : la vision s'�vanouit au bout d'un peu de temps. Elle pensa que c'�tait signe de mort pour moi, et je n'entendis parler de cela que plusieurs mois apr�s. �
� La seconde vision fut aper�ue par ma ni�ce. Elle habitait avec nous � Dotchester. C'�tait un matin de printemps, elle ouvrit la porte de sa chambre et me vit qui montais l'escalier en face de sa chambre. J'�tais habill�e d'une robe de deuil noire, j'avais un col blanc, un bonnet blanc, c'�taient les v�tements que je portais habituellement, �tant alors en deuil de ma belle-m�re. Elle ne me parla pas, mais elle me vit, et elle crut que j'allais dans la nursery. � d�jeuner elle dit � son oncle : � Ma tante �tait lev�e de bonne heure ce matin, je l'ai vue dans la nursery. � Oh ! Non, Jane, r�pondit mon mari, elle n'�tait pas tr�s bien, et elle doit d�jeuner dans sa chambre avant de descendre. �
� Le troisi�me cas fut le plus remarquable. Nous avions une petite maison � Weymouth, o� nous allions de temps en temps pour jouir de la mer. Une certaine Mme Samways nous servait quand nous �tions l� et gardait la maison en notre absence ; c'�tait une femme agr�able et tranquille, tout � fait digne de confiance ; elle �tait la tante de notre ch�re vieille domestique Kitty Balston, qui �tait alors avec nous � Dorchester. Kitty avait �crit � sa tante le jour qui pr�c�da la vision ; elle lui annon�ait la naissance de mon plus jeune enfant et lui disait que j'allais bien.
� La nuit suivante, Mme Balston alla � une �r�union de pri�res � pr�s de Clarence Buildings ; elle �tait baptiste. Avant de partir, elle ferma une porte int�rieure qui conduisait � une petite cour derri�re la maison ; elle ferma la porte de la rue, elle emporta les clefs dans sa poche. � son retour, en ouvrant la porte de la rue, elle aper�ut une lumi�re � l'extr�mit� du passage; en approchant elle vit que la porte de la cour �tait ouverte. La lumi�re �clairait la cour dans tous ses d�tails, j'�tais au milieu. Elle me reconnut distinctement ; j'�tais couverte de v�tements blancs, tr�s p�le et l'air fatigu�. Elle fut tr�s effray�e, elle s'�lan�a vers la maison d'un voisin (celle du capitaine Court) et s'�vanouit dans le passage. Lorsqu'elle fut revenue � elle, le capitaine Court l'accompagna dans la maison, qui �tait exactement telle qu'elle l'avait laiss�e ; la porte de la cour �tait herm�tiquement ferm�e. J'�tais � ce moment tr�s faible, et je restai plusieurs semaines entre la vie et la mort. �
Il semble r�sulter du r�cit de cette dame que sa sant� laissait � d�sirer et que c'�tait pendant qu'elle �tait couch�e que son �me se d�gageait. Pour que l'hypoth�se de l'hallucination p�t expliquer ces apparitions, � trois personnes inconnues les unes des autres, et cela � des �poques diff�rentes, il faudrait supposer � Mme Stone un pouvoir hallucinatoire qu'elle exercerait � son insu, et encore ne comprendrait-on gu�re comment Mme Balston, qui �tait � une grande distance, aurait pu en �tre influenc�e. Nous croyons que le d�doublement explique plus clairement les faits, puisque dans une autre circonstance, sa belle-s�ur voyait simultan�ment et bien distinctement le corps mat�riel et le corps fluidique.
Remarquons �galement que la vision du double par la belle-s�ur n'est pas subjective, puisque � plusieurs reprises elle ferme les yeux et que pendant ce temps la vision dispara�t, pour redevenir visible lorsque de nouveau elle les ouvre.
Une image hallucinatoire si�geant dans le cerveau ne serait pas invisible pour des yeux clos.
Les m�mes remarques que pr�c�demment sont applicables aux apparitions de cette dame: Similitude compl�te entre la forme physique et le fant�me, et repos de l'organisme pendant la manifestation.

D�DOUBLEMENT INVOLONTAIRE, MAIS CONSCIENT

Le sujet est un jeune homme d'une trentaine d'ann�es, artiste graveur de talent [15].
� Il y a peu de jours, me dit-il, je rentrais chez moi, le soir, vers 10 heures, lorsque je fus saisi d'un sentiment de lassitude �trange que je ne m'expliquais pas. D�cid�, n�anmoins, � ne pas me coucher tout de suite, j'allumai ma lampe et la laissai sur la table de nuit, pr�s de mon lit. Je pris un cigare, le pr�sentai � la flamme de mon carcel, et j'en aspirai quelques bouff�es, puis je m'�tendis sur une chaise longue. �
� Au moment o� je me laissais aller nonchalamment � la renverse pour appuyer ma t�te sur le coussin du sofa, je sentis que les objets environnants tournaient ; j'�prouvai comme un �tourdissement, un vide ; puis, brusquement, je me trouvai transport� au milieu de ma chambre. Surpris de ce d�placement dont je n'avais pas eu conscience, je regardai autour de moi, et mon �tonnement s'accrut bien autrement. �
� Tout d'abord, je me vis �tendu sur le sofa, mollement, sans raideur, seulement ma main gauche se trouvait �lev�e au-dessus de moi, le coude �tait appuy� et tenait mon cigare allum�, dont la lueur se voyait dans la p�nombre produite par l'abat-jour de ma lampe. La premi�re id�e qui me vint fut que je m'�tais, sans doute, endormi et que ce que j'�prouvais �tait le r�sultat d'un r�ve. N�anmoins, je m'avouais que jamais je n'en avais eu de semblable et qui me par�t si intensivement la r�alit�. Je dirai plus, j'avais l'impression que jamais je n'avais �t� autant dans la r�alit�. Aussi, me rendant compte qu'il ne pouvait �tre question d'un r�ve, la deuxi�me pens�e qui se pr�senta soudainement � mon imagination fut que j'�tais mort. Et, en m�me temps, je me souvins d'avoir entendu dire qu'il y a des Esprits, et je pensai que j'�tais devenu Esprit moi-m�me. Tout ce que j'avais pu apprendre sur ce sujet se d�roula longuement mais en moins de temps qu'il n'en faut pour y songer, devant ma vue int�rieure. Je me souviens tr�s bien d'avoir �t� pris comme d'une sorte d'angoisse et de regrets de choses inachev�es ; ma vie m'apparut comme dans une formule... �
� Je m'approchai de moi ou plut�t de mon corps, ou de ce que je croyais �tre mon cadavre. Un spectacle que je ne compris pas tout de suite appela mon attention ; je me vis respirant, mais, de plus, je vis l'int�rieur de ma poitrine, et mon c�ur y battait lentement par faibles �-coups, mais avec r�gularit�. � ce moment, je compris que je devais avoir eu une syncope d'un genre particulier, � moins que les gens qui ont une syncope, pensai-je � part moi, ne se souviennent plus de ce qui leur est arriv� pendant leur �vanouissement. Et, alors, je craignis de ne plus me souvenir quand je reviendrais � moi... �
� Me sentant un peu rassur�, je jetai les yeux autour de moi, me demandant combien de temps cela allait durer, puis je ne m'occupai plus de mon corps, de l'autre moi qui reposait toujours sur sa couche. Je regardai ma lampe, qui continuait � br�ler silencieusement, et je me fis cette r�flexion qu'elle �tait bien pr�s de mon lit et pourrait communiquer le feu � mes rideaux : je pris le bouton, la clef de la m�che pour l'�teindre, mais, l� encore, nouveau sujet de surprise ! Je sentais parfaitement le bouton avec sa molette, je percevais pour ainsi dire chacune de ses mol�cules, mais j'avais beau tourner avec mes doigts, ceux-ci seuls ex�cutaient le mouvement, et c'est en vain que je cherchais � agir sur le bouton. �
� Je m'examinai alors moi-m�me et je vis que, bien que ma main p�t passer au travers de moi, je me sentais bien le corps, qui me parut, si ma m�moire ne me fait pas d�faut sur ce point, comme rev�tu de blanc. Puis je me pla�ai devant mon miroir, en face de la chemin�e. Au lieu de voir mon image dans la glace, je m'aper�us que ma vue semblait s'�tendre � volont�, et le mur, d'abord, puis la partie post�rieure des tableaux et des meubles qui �taient chez mon voisin, et ensuite l'int�rieur de son appartement, m'apparurent. Je me rendis compte de l'absence de lumi�re dans ces pi�ces o� ma vue s'exer�ait pourtant, et je per�us tr�s nettement comme un rayon de clart� qui partait de mon �pigastre et �clairait les objets. �
� L'id�e me vint de p�n�trer chez mon voisin, que d'ailleurs je ne connaissais pas, et qui �tait absent de Paris � ce moment. � peine avais-je eu le d�sir de visiter la premi�re pi�ce, que je m'y trouvais transport� : comment ? Je n'en sais rien, mais il me semble que j'ai d� traverser la muraille aussi facilement que ma vue la p�n�trait. Bref, j'�tais chez mon voisin pour la premi�re fois de ma vie. J'inspectai les chambres, me gravai leur aspect dans la m�moire et me dirigeai vers une biblioth�que o� je remarquai tout particuli�rement plusieurs titres d'ouvrages plac�s sur un rayon � hauteur de mes yeux. �
� Pour changer de place, je n'avais qu'� vouloir et, sans effort, je me trouvais l� o� je devais aller �
� � partir de ce moment, mes souvenirs sont tr�s confus : je sais que j'allai loin, tr�s loin, en Italie, je crois, mais je ne saurais donner l'emploi de mon temps. C'est comme si, n'ayant plus le contr�le de moi-m�me, n'�tant plus ma�tre de mes pens�es, je me trouvais transport� ici ou l�, selon que ma pens�e s'y dirigeait. Je n'�tais pas encore s�r d'elle et elle me dispersait en quelque sorte avant que j'aie pu la saisir ; la folle du logis, � pr�sent, emmenait le logis avec elle �.
� Ce que je puis ajouter, en terminant, c'est que je m'�veillai � cinq heures du matin, raide, froid sur mon sofa et tenant encore mon cigare inachev� entre les doigts. Ma lampe s'�tait �teinte ; elle avait enfum� le verre. Je me mis au lit sans pouvoir dormir et je fus agit� par un frisson. Enfin le sommeil vint ; quand je m'�veillai, il �tait grand jour. �
�Au moyen d'un innocent stratag�me, j'induisis mon concierge � aller voir dans l'appartement de mon voisin s'il n'y avait rien de d�rang� et, montant avec lui, je pus retrouver les tableaux, les meubles vus par moi la nuit pr�c�dente, ainsi que les titres des livres que j'avais attentivement remarqu�s �.
� Je me suis bien gard� de parler de cela � personne, dans la crainte de passer pour fou ou hallucin�. �
Ce r�cit est �minemment instructif. D'abord il prouve que cette ext�riorisation de l'�me n'est pas le r�sultat d'une hallucination ou le souvenir d'un r�ve, parce que la vision de l'appartement voisin, que le graveur ne connaissait pas, et dans lequel il a p�n�tr� pour la premi�re fois pendant cet �tat particulier, est parfaitement r�elle. En second lieu nous constatons que l'�me, lorsqu'elle est d�gag�e du corps, poss�de une forme d�finie et le pouvoir de passer � travers des obstacles mat�riels sans �prouver de r�sistance, sa volont� suffisant � la transporter dans le lieu o� elle d�sire se trouver. Troisi�mement, elle a une vue plus p�n�trante qu'� l'�tat normal, puisque le jeune homme voyait battre son c�ur � travers sa poitrine [16].
La conservation du souvenir des �v�nements survenus pendant le d�doublement est ici tr�s nette, mais elle peut �tre beaucoup moins vive et alors l'agent, en se r�veillant ne saura plus s'il a r�v�, ou si son �me a bien quitt� son enveloppe physique ; enfin, le plus souvent, l'esprit oublie en rentrant dans son corps ce qui s'est pass� pendant le d�gagement. Il faut bien se garder de conclure - comme on le fait trop souvent - que cette sortie est une manifestation inconsciente de l'�me ; la v�rit�, c'est que c'est simplement la m�moire de ce ph�nom�ne qui a disparu, mais pendant qu'il s'ex�cutait, l'�me en avait la parfaite connaissance.
Faisons une derni�re remarque au sujet de l'impossibilit� pour le jeune graveur de tourner le bouton de sa lampe, bien qu'il en per��t, pour ainsi dire, la texture intime. Cette impuissance, qui est commune � tous les esprits dans l'espace, tient � la rar�faction du p�risprit ; mais il peut arriver aussi que, gr�ce � un influx d'�nergie emprunt� au corps mat�riel, l'enveloppe fluidique acqui�re un degr� suffisant d'objectivation pour agir sur des objets mat�riels. L'apparition de la m�re d'H�l�ne, avait cette substantialit�.
Jusqu'alors, les apparitions, dites t�l�pathiques, dont nous venons de parler n'avaient rien r�v�l� sur leur nature intime ; sauf les mouvements qu'elles ex�cutent et les portes qu'elles semblent ouvrir et fermer, on les prendrait pour des projections de la pens�e, pour de simples images, pour des apparences seulement, et non pour des �tres vraiment mat�riels. Voici plusieurs cas o� la tangibilit� s'accuse davantage.

APPARITION TANGIBLE D'UN �TUDIANT

R�v�rend P. H. Newnham, Maker Vicarage, Devonport [17]:
� Au mois de mars 1856, j'�tais � Oxford, je faisais ma derni�re ann�e d'�tudes et j'habitais une chambre garnie. J'�tais sujet � de violents maux de t�te n�vralgiques, surtout pendant mon sommeil. Un soir, vers huit heures, j'eus un mal de t�te plus violent que d'habitude. Vers neuf heures, il devint insupportable ; j'allai dans ma chambre � coucher, je me jetai sur mon lit, sans me d�shabiller, et bient�t je m'endormis. �
� Alors je fis un r�ve d'une nettet� et d'une intensit� singuli�re. Tous les d�tails de ce r�ve sont aussi vivants dans ma m�moire qu'au moment m�me o� je r�vais. Je r�vais que j'�tais avec la famille de la dame qui devint plus tard ma femme. Tous les jeunes gens �taient all�s se coucher, et j'�tais rest� � causer, debout pr�s de la chemin�e ; puis je leur dis bonsoir, je pris ma bougie et m'en allai me coucher. Lorsque j'arrivai dans le vestibule, je m'aper�us que ma fianc�e �tait rest�e en bas et qu'elle arrivait seulement alors en haut de l'escalier ; je montai l'escalier quatre � quatre et, la surprenant sur la derni�re marche, je passai par derri�re mes bras autour de sa taille. Je portais mon chandelier de la main gauche, pendant que je montais l'escalier, mais cela, dans mon r�ve, ne me g�na pas du tout. Je me r�veillai alors, et presque imm�diatement une pendule de la maison sonna dix heures.
� L'impression produite sur moi par ce r�ve fut si forte que j'en �crivis, le lendemain matin, un r�cit d�taill� � ma fianc�e. Je re�us une lettre de la dame en question, lettre qui n'�tait pas une r�ponse � la mienne, mais qui s'�tait crois�e avec elle en route. En voici le contenu : � Est-ce que vous avez tout particuli�rement pens� � moi, hier au soir, vers dix heures ? Comme je montais l'escalier pour aller me coucher, j'ai entendu distinctement vos pas derri�re moi, et j'ai senti que vous mettiez vos bras autour de ma taille. �
� Les lettres en question sont actuellement d�truites, mais nous avons v�rifi� les faits, quelques ann�es plus tard, quand nous avons relu nos vieilles lettres, avant de les d�truire. Nous nous sommes aper�us que nos souvenirs personnels �taient rest�s tr�s fid�les. Ce r�cit peut donc �tre accept� comme tr�s exact.

�P. H. NEWHAM.�

La relation de cause � effet est �vidente dans ce cas. Le r�ve du jeune �tudiant est la reproduction de la r�alit�. Pendant son sommeil, l'�me s'est d�gag�e de son corps et s'est transport�e vers sa fianc�e. Son d�sir d'embrasser la jeune dame a �t� si intense qu'il a d�termin� la mat�rialisation partielle du p�risprit, c'est-�-dire de son double. Le fait est positif, car la dame dit avoir entendu distinctement des pas qui montaient l'escalier ; la sensation des bras autour de la taille est bien nettement affirm�e aussi. Ces d�tails rapport�s identiquement par les deux acteurs de la sc�ne, sans s'�tre concert�s, ni l'avoir pr�vue, �loignent �videmment toute id�e d'hallucination. Voici encore un exemple d'une impression tactile produite par une apparition ; mais cette fois l'auteur est visible pour le sujet.

APPARITION OBJECTIVE AU MOMENT D'UN DANGER

Mme Randolph Lichfield, Cross Deep, Twickenham [18] : 1883
(Nous abr�geons un peu le r�cit, en supprimant ce qui n'est pas indispensable. )
� J'�tais assise dans ma chambre, un soir, avant mon mariage, pr�s d'une table de toilette, sur laquelle �tait pos� un livre que je lisais ; la table �tait dans un coin de la chambre, et le large miroir qui �tait dessus touchait presque le plafond, de sorte que l'image de toute personne qui se trouvait dans la chambre pouvait s'y refl�ter tout enti�re. Le livre que je lisais ne pouvait nullement affecter mes nerfs, ni exciter mon imagination. Je me portais tr�s bien, j'�tais de bonne humeur et rien ne m'�tait arriv� depuis l'heure o� j'avais re�u mes lettres, le matin, qui e�t pu me faire penser � la personne � laquelle se rapporte l'�trange impression que vous me demandez de raconter. �
� J'avais les yeux fix�s sur mon livre. Tout � coup je sentis, mais sans le voir, quelqu'un entrer dans ma chambre. Je regardai dans le miroir pour savoir qui c'�tait, mais je ne vis personne. Je pensais naturellement que ma visite, me voyant plong�e dans ma lecture, �tait ressortie, quand, � mon vif �tonnement, je sentis sur mon front un baiser, un baiser long et tendre. Je levai la t�te, nullement effray�e, et je vis mon fianc� debout derri�re ma chaise, pench� sur moi comme pour m'embrasser de nouveau. Sa figure �tait tr�s p�le et triste au del� de toute expression. Tr�s surprise, je me levai et, avant que j'aie pu parler, il avait disparu, je ne sais comment. Je ne sais qu'une chose, c'est que, pendant un instant, je vis bien nettement tous les traits de sa figure, sa haute taille, ses larges �paules, comme je les ai toujours vus, et le moment d'apr�s, je ne vis plus rien de lui. �
� D'abord, je ne fus que surprise ou, pour mieux dire, perplexe ; je n'�prouvai aucune frayeur; je ne crus pas un instant que j'avais vu un Esprit ; la sensation qui s'ensuivit fut que j'avais quelque chose au cerveau, et j'�tais reconnaissante, que cela n'e�t pas amen� une vision terrible au lieu de celle que j'avais �prouv�e et qui m'avait �t� fort agr�able. �
La narratrice raconte alors qu'elle n'a pas eu de nouvelle de son fianc� pendant trois jours ; un soir elle crut sentir son influence, mais elle ne le vit pas, malgr� son attente ; enfin, elle apprit qu'il avait �t� victime d'un accident en voulant dresser un cheval fougueux ; la pens�e de ce Monsieur se porta imm�diatement vers sa fianc�e, et il dit, au moment de perdre connaissance : � May, ma petite May, que je ne meure pas sans te revoir. � Ce fut pendant cette nuit qu'il se pencha vers le jeune fille, et l'embrassa.
Nous voyons, encore, l'apparition ressembler traits pour traits au vivant, se d�placer quelle que soit la distance, et t�moigner d'une mani�re effective de sa corpor�it�, en embrassant sa fianc�e. Quelque r�le qu'on veuille faire jouer � l'hallucination, elle ne nous semble pas en mesure d'expliquer ce qui s'est produit l�. Voici encore un autre exemple de mat�rialisation de l'enveloppe fluidique.

UN DOUBLE MAT�RIALIS�

Les Annales Psychiques de septembre-octobre 1896, sous le titre : � Formation d'un double �, page 263, racontent le fait suivant, traduit du Borderland d'avril 1896.
M. Stead rapporte qu'il est en relation avec Mme A. dont l'�tat de sant� lui inspirait � cette �poque de vives inqui�tudes. En causant, M. Stead avait recommand� � Mme A. de venir assister aux offices du dimanche ; mais celle-ci assez sceptique, n'avait pas r�pondu � son d�sir. Sur ces entrefaites, elle tomba s�rieusement malade et fut oblig�e de s'aliter.
Le dimanche soir, 13 octobre, M. Stead fut surpris de voir Mme A. entrer dans le temple et s'installer sur un banc. La lumi�re �tait suffisante pour lui permettre de la tr�s bien reconna�tre. Un membre de la congr�gation lui offrit un livre de pri�res qu'elle prit mais n'ouvrit pas. Alors l'ouvreuse lui donna un livre qu'elle prit aussi d'un air distrait, et laissa sur l'appui devant elle. Elle resta assise pendant tout le service, jusqu'au dernier hymne, qu'elle �couta debout. Pendant le second et le troisi�me hymne, elle leva quelquefois son livre, mais ne parut pas chanter. Apr�s le dernier verset, elle posa brusquement son livre, et, descendant rapidement la nef, elle disparut.
Des t�moins nombreux affirment avoir vu Mme A. et l'avoir parfaitement reconnue comme la m�me dame qui y �tait venue ant�rieurement. Sa toilette �l�gante, mais excentrique, la d�signait � l'attention. M. Stead se rendit le lendemain chez Mme A. elle �tait encore fort souffrante, couch�e sur une chaise longue. Elle affirma n'�tre pas sortie la veille ; les t�moignages du docteur, de la femme de chambre, de deux amies, confirm�rent absolument ses assertions. La distance qui s�pare l'habitation de Mme A. du temple est assez consid�rable ; or, en comparant les heures o� elle est apparue et le moment o� elle fut vue, soit par le m�decin, soit par ses amies, il est �tabli qu'il lui aurait �t� impossible d'accomplir le voyage en �tat de somnambulisme, ce que sa sant� lui e�t d'ailleurs interdit.
C'est encore l� une preuve manifeste de cette action tangible du corps fluidique mat�rialis�. Un point � noter, c'est la tr�s grande dur�e du ph�nom�ne, qui a �t� d'une heure et demie.

APPARITION PARLANTE

Cette fois, ind�pendamment des autres circonstances typiques, nous allons entendre parler le double fluidique : Mlle Paget, 130 Fulham. Road. S. W., Londres [19]
17 juillet 1885.
� Voici le r�cit exact d'une apparition curieuse, que j'ai eue de mon fr�re. C'�tait en 1874 ou 1875, mon fr�re �tait troisi�me officier � bord d'un grand navire de la Soci�t� Wigram. Je savais qu'il �tait alors sur les c�tes de l'Australie : mais, autant que je m'en souviens, je ne pensais pas � lui particuli�rement � ce moment-l� ; cependant comme c'�tait mon seul fr�re et que nous �tions grands amis, il y avait entre nous des liens tr�s �troits. Mon p�re habitait la campagne ; un soir, je descendis � la cuisine moi-m�me, peu apr�s dix heures, pour prendre de peau chaude au fourneau. Il y avait une grande lampe Duplex dans la cuisine, de sorte qu'il y faisait tr�s clair ; les domestiques �taient couch�s, et c'�tait � moi d'�teindre la lampe. Pendant que je prenais mon eau chaude, je levai les yeux, et, � ma grande surprise, je vis mon fr�re qui entrait dans la cuisine par la porte du dehors, et qui se dirigeait vers moi. Je ne vis pas si la porte �tait ouverte, parce qu'elle �tait dans un recoin, et que mon fr�re �tait d�j� dans la cuisine. La table �tait entre nous, et il s'assit sur le coin le plus �loign�.
� Je remarquai qu'il avait son uniforme de marin et une vareuse et que l'eau brillait sur sa vareuse et sa casquette. Je m'�criai : � Miles ! D'o� viens-tu ? � Il r�pondit de son ton de voix habituel, mais tr�s vite : � Pour l'amour de Dieu, ne dis pas que je suis ici �. Ceci se passa en quelques secondes, et comme je m'�lan�ai vers lui, il disparut. J'eus tr�s peur ; car j'avais bien cru voir mon fr�re en personne ; et ce ne fut qu'apr�s sa disparition que j'ai compris que j'avais vu son ombre. Je montai dans ma chambre et j'�crivis la date sur une feuille de papier que je rangeai dans mon secr�taire, sans parler de cet incident � personne.
� Environ trois mois plus tard, mon fr�re revint � la maison, et, le soir de son arriv�e, je m'assis aupr�s de lui, dans la cuisine, pendant qu'il fumait. Je lui demandai, comme par hasard, s'il n'avait pas eu quelque aventure, et il dit : � Je me suis presque noy� � Melbourne�. Il me raconta alors que, descendu � terre sans permission, il remontait � bord apr�s minuit, lorsqu'il glissa de la passerelle et tomba entre le quai et le navire. L'espace �tait tr�s �troit et, si on ne l'avait retir� tout de suite, il se noyait infailliblement. � � Il se rappelle qu'il avait pens� qu'il se noyait et avait perdu connaissance. On ne sut pas qu'il �tait descendu � terre sans permission, de sorte qu'il n'encourut pas la punition qu'il attendait. Je lui dis alors comment il m'�tait apparu dans la cuisine, et je lui demandai la date. Il put la donner exactement parce que le navire avait quitt� Melbourne le matin suivant. C'�tait l� ce qui lui avait fait craindre une punition, tous les hommes devant �tre � bord la veille au soir. Les deux dates co�ncidaient, mais il y avait une diff�rence dans l'heure : je le vis peu apr�s dix heures du soir, et son accident eut lieu peu apr�s minuit. Il ne se rappela pas avoir pens� sp�cialement � moi � ce moment-l�, mais il fut frapp� de la co�ncidence, et il en parla souvent �.
Toujours le fant�me est le sosie du vivant. Pas d'hallucination, parce que Melle Paget voit l'�me de son fr�re se d�placer dans la cuisine, et constate que les v�tements de l'apparition sont mouill�s, et cette circonstance co�ncide pr�cis�ment avec l'accident survenu au marin qui faillit se noyer. La distance �norme de Melbourne � l'Angleterre n'affecte en rien l'intensit� du ph�nom�ne de d�doublement, puisque le fr�re parle � sa s�ur, ce que nous n'avions pas constat� jusqu'alors.

EFFETS PHYSIQUES PRODUITS PAR UNE APPARITION

Le docteur Britten, dans son livre : Man and his relations, cite le cas suivant. Un M. Wilson, demeurant � Toronto (Canada) s'endort sur son bureau et r�ve qu'il se trouve � Hamilton, ville situ�e � quarante milles anglais � l'ouest de Toronto. Il fait en r�ve ses recouvrements habituels et va sonner � la porte d'une amie, Mme D.
Une servante vient lui ouvrir et lui annonce que sa ma�tresse est sortie ; il entre cependant et boit un verre d'eau, puis il sort en chargeant la servante de faire ses compliments � sa ma�tresse. M. Wilson se r�veille, il avait dormi 40 minutes.
Quelques jours plus tard, une Mme G., demeurant � Toronto, re�oit une lettre de Mme D. d'Hamilton, dans laquelle celle-ci racontait que M. Wilson �tait venu chez elle, avait bu un verre d'eau, puis �tait parti sans repasser, ce qui l'avait contrari�e, car elle aurait vivement d�sir� le voir. M. Wilson affirma n'avoir pas �t� � Hamilton depuis un mois mais, songeant � son r�ve il pria Mme G. d'�crire � Mme D. pour la prier de ne pas parler de l'incident aux domestiques afin de savoir si, par hasard, on le reconna�trait. Il se rendit donc � Hamilton avec quelques camarades, et tous ensemble se pr�sent�rent chez Mme D. Deux servantes reconnurent M. Wilson pour �tre la personne qui �tait venue, avait sonn� � la porte, bu un verre d'eau et transmis ses compliments pour Mme D.
Cet exemple montre un voyage accompli par l'�me pendant le sommeil, avec souvenir au r�veil des �v�nements survenus pendant ce d�gagement. Le double est si mat�riel qu'il sonne et boit un verre d'eau ; il est vu et reconnu par des �trangers. Il est clair qu'il ne s'agit plus ici de t�l�pathie : c'est une bi corpor�it� compl�te ; et l'apparition qui marche, cause, avale de l'eau ne peut-�tre une image mentale c'est une v�ritable mat�rialisation de l'�me d'un vivant.

QUELQUES REMARQUES

Parmi les cas excessivement nombreux (que l'exigu�t� de notre cadre ne nous a pas permis de reproduire) rapport�s par les auteurs anglais, nous avons pris ceux qui mettent en �vidence l'objectivit� du fant�me vivant ; si l'on peut admettre quelquefois l'hallucination pour cause du ph�nom�ne, il est hors de doute que le plus grand nombre ne peut se comprendre qu'en admettant la bi corpor�it� de l'�tre humain.
Si l'on suppose que les diff�rents faits que nous venons d'�num�rer sont dus � l'hallucination, nous sommes amen�s � faire deux remarques qui sont tr�s importantes. Pour que le cerveau du sujet soit impressionn�, en dehors des conditions habituelles, il faut que l'agent exerce, � distance, une action d'une nature sp�ciale, qui ne peut �tre assimil�e � aucune force connue.
Tout d'abord, la distance n'affecte pas le ph�nom�ne ; que l'agent soit � Melbourne et le sujet � Londres, l'apparition a lieu; donc la forme d'�nergie qui transmet la pens�e n'a rien de commun avec les ondes lumineuses, sonores, calorifiques ; car elle se propage dans l'espace, sans s'affaiblir et sans conducteur mat�riel. De plus, elle ne se r�fracte pas en route, elle va, � travers tous les obstacles, atteindre le but qui lui est assign�.
Nous savons aujourd'hui que l'�lectricit� peut affecter la forme ondulatoire et se propager sans conducteur mat�riel. On pourrait donc admettre qu'il y a une similitude entre la t�l�graphie sans fil et les ph�nom�nes t�l�pathiques. Il est �vident que, s'il n'y avait qu'une simple transmission de sensations, on pourrait assimiler le fluide qui sert � transmettre la pens�e au fluide �lectrique et le cerveau du sujet qui voit, � un r�cepteur t�l�graphique. Mais ici le ph�nom�ne est beaucoup plus complexe.
Si l'on r�fl�chit que l'agent n'a pas eu la volont� de se montrer, il devient difficile de croire que ce soit sa pens�e seulement qui ait, � son insu, cette singuli�re puissance. Si l'on tient compte que l'image est mat�rialis�e suffisamment pour ouvrir ou fermer une porte, donner des baisers, tenir un livre de pri�res, causer, etc, il faut admettre qu'il y a autre chose dans ces faits qu'une simple impression mentale du sujet. Nous concevons mieux un d�doublement momentan� de l'agent, dont le souvenir ne s'est pas conserv� pour lui en revenant � la vie ordinaire. Alors, c'est l'�me de l'agent lui-m�me qui se montre, et elle se meut dans l'espace comme le font les Esprits d�sincarn�s.
C'est pr�cis�ment parce que c'est l'�me sortie du corps qui est la cause du ph�nom�ne, que la m�moire de cet exode n'est g�n�ralement pas conserv�e, car le cerveau de l'agent n'a pas �t� impressionn� par les �v�nements survenus en dehors de sa participation. Pour que le souvenir revint, il faudrait mettre l'agent en somnambulisme, c'est-�-dire dans un �tat analogue � celui o� il se trouvait lorsque le d�doublement a eu lieu.
En r�unissant les caract�res divers, propres � chacune de ces apparitions, on peut d�j� formuler des remarques g�n�rales qui nous instruisent sur ces manifestations si peu connues, de l'activit� psychique.
Pendant la vie, l'�me est unie intimement au corps et ne s'en s�pare compl�tement qu'� la mort ; mais, sous l'action de diverses influences : sommeil naturel, sommeil provoqu�, troubles pathologiques, ou �motion forte, il lui est possible de s'ext�rioriser assez pour se transporter, presque instantan�ment, dans un lieu d�termin� ; arriv�e l�, elle peut se rendre visible de mani�re � �tre reconnue. Nous avons vu deux exemples de ce genre d'action : ceux du fianc� de Mme Randolph Lichfied et du jeune marin.
Le souvenir des choses per�ues dans cet �tat peut �tre parfois conserv�, comme cela est arriv� pour le r�v�rend Newnham, pour le jeune graveur et pour Varley ; il faut pour cela que l'impression ressentie soit tr�s vive. il est possible aussi qu'il subsiste parfois quelques r�miniscences vagues, mais en g�n�ral, il n'y a aucune conscience, au r�veil, de ce qui s'est produit.
Cette lacune de la vie mentale est assimilable � l'oubli pour les somnambules, de ce qui s'est pass� pendant leur sommeil magn�tique. Nous en avons donn� ailleurs l'explication [20].
Il peut arriver encore que le d�doublement se produise, sans que la personne qui en est l'objet l'ait d�sir� ; c'est le cas de cette dame qui s'est montr�e � trois reprises diff�rentes ; son �tat maladif permet de supposer que l'�me �tant moins fortement retenue � son corps, a pu s'en d�gager ais�ment ; c'est une possibilit� assez fr�quente pour �tre signal�e. En voici quelques exemples :
Leuret rapporte [21] qu'un homme, convalescent d'une fi�vre, se croyait form� de deux individus, dont l'un �tait au lit, tandis que l'autre se promenait. Quoiqu'il n'e�t pas d'app�tit, il mangeait beaucoup, ayant, disait-il, deux corps � nourrir.
Pariset, ayant �t� affect� dans sa premi�re jeunesse d'un typhus �pid�mique, demeura plusieurs jours dans un an�antissement voisin de la mort. Un matin, un sentiment plus distinct de lui-m�me se r�veilla ; il pensa, et ce fut comme une r�surrection ; mais, chose merveilleuse, � ce moment il avait deux corps, ou du moins il croyait les avoir, et ces corps lui semblaient couch�s dans des lits diff�rents. Tant que son �me �tait pr�sente en l'un de ces corps, il se sentait gu�ri et go�tait un repos d�licieux. Dans l'autre corps l'�me souffrait, et il se disait - � Comment suis-je si bien dans ce lit, et si mal, si accabl� dans l'autre ? � Cette pens�e le pr�occupa longtemps, et cet homme, si fin dans l'analyse psychologique, m'a plusieurs fois racont� l'histoire d�taill�e des impressions qu'il �prouvait alors [22] .
Cahagnet, le c�l�bre magn�tiseur, fait aussi le r�cit suivant [23] :
� J'ai connu plusieurs personnes qui ont eu de ces vues (d�doublements), qui, du reste, sont tr�s fr�quentes dans l'�tat de maladie. Le v�n�rable abb� Merice m'a assur� que dans une fi�vre tr�s forte qu'il e�t, il se vit pendant plusieurs jours s�par� de son corps, qui lui apparaissait couch� aupr�s de lui, et auquel il s'int�ressait comme � un ami. Ce monsieur se palpait et s'assurait, par tous les moyens qui d�terminent la conviction, qu'il �tait bien un corps pond�rable, quoiqu'il p�t avoir la m�me conviction � l'�gard de son corps mat�riel. �
Nous voyons donc, d'une mani�re g�n�rale, qu'il faut, pour que l��me puisse se d�gager, que le corps soit plong� dans le sommeil ou que les liens qui l'y attachent ordinairement soient d�tendus par une �motion forte ou par la maladie. Les pratiques magn�tiques ou les agents anesth�siques am�nent parfois le m�me r�sultat [24].
Cette n�cessit� du sommeil pendant le d�doublement s'explique, d'abord, par ce fait que l'�me ne peut �tre simultan�ment en deux endroits diff�rents ; ensuite, elle peut se comprendre par la grande loi qui veut que tout d�veloppement anormal d'une partie du corps s�op�re au d�triment physiologique du balancement des autres organes. Si la presque totalit� de l'�nergie nerveuse est employ�e � produire, � l'ext�rieur de l��tre, une manifestation visible, le corps, pendant ce temps, est r�duit � la vie v�g�tative et organique ; les fonctions de relation sont temporairement suspendues. On peut m�me dans certains cas, �tablir un rapport direct entre l'intensit� de l'action p�rispritale et l'�tat de prostration du corps. La plus ou moins grande tangibilit� du fant�me est li�e, d'une mani�re intime, au degr� d'�nergie morale de l'individu, � la tension de son esprit vers un but d�termin�, � son �ge, � sa constitution physique, et sans doute � des conditions du milieu ext�rieur, qu'il faudra d�terminer par la suite.
Dans tous les exemples cit�s plus haut, la forme visible de l'�me est la copie absolue du corps terrestre ; il y a identit� compl�te entre une personne et son double, et l'on peut affirmer que cette ressemblance ne se borne pas � reproduire les contours ext�rieurs de l'�tre mat�riel, mais qu'elle se poursuit jusque dans l'intimit� de la structure p�rispritale, autrement dit : tous les organes de l'�tre humain existent dans sa reproduction fluidique [25] .
Nous avons remarqu�, dans le r�cit concernant le jeune marin, que l'apparition parle, ce qui suppose qu'elle a un organe pour produire la parole, et une force int�rieure qui met cet appareil en mouvement. La machine phon�tique est la m�me que celle du corps, et la force est puis�e dans l'organisme vivant. Nous verrons dans le chapitre relatif aux mat�rialisations comment ceci peut avoir lieu.
Signalons encore, comme un des caract�res les plus remarquables, le d�placement quasi-instantan� de l'apparition. Nous voyons dans la m�me nuit l'�me du marin, dont le corps �tait en Australie, se manifester � sa s�ur, en Angleterre. Dans tous les r�cits, l'apparition voyage avec une rapidit� vertigineuse ; elle se rend, pour ainsi dire instantan�ment, l� o� elle veut aller ; elle semble se d�placer aussi vite que l'�lectricit�. Cette vitesse consid�rable tient � la rar�faction des mol�cules dont elle est form�e, avant la mat�rialisation plus ou moins compl�te qu'elle op�re pour se rendre visible et tangible.
Nous terminerons cette trop courte exposition des faits, par trois cas typiques, dans lesquels nous trouverons r�unis tous les caract�res que nous avons constat�s isol�ment, jusqu'alors, dans les apparitions de vivants.

LE DEVIN DE PHILADELPHIE

M. Dassier reproduit l'histoire suivante [26] :
Stilling donne des d�tails int�ressants sur un homme qui vivait en 1740, qui menait une vie tr�s retir�e, avec des habitudes �tranges, et habitait dans le voisinage de Philadelphie, aux �tats-Unis. Cet homme passait pour poss�der des secrets extraordinaires et pour �tre capable de d�couvrir les choses les plus cach�es. Parmi les preuves de son pouvoir, celle qui suit est la plus remarquable qu'il a donn�es et regard�e par Stilling comme bien constat�e.
Un capitaine de navire �tait parti pour un long voyage en Europe et en Afrique ; sa femme, qui n'avait pas re�u de ses nouvelles depuis longtemps, �tant tr�s inqui�te sur son sort, re�ut le conseil de s'adresser � ce devin ; il la pria de l'excuser pendant qu'il allait chercher les renseignements qu'elle d�sirait. Il passa dans une chambre voisine, et elle s'assit en attendant. Comme son absence se prolongeait, elle s'impatienta et crut qu'il l'avait oubli�e ; elle s'approcha doucement de la porte, regarda � travers une fente et fut �tonn�e de le voir couch� sur un sofa, sans aucun mouvement, comme s'il �tait mort. Elle ne crut pas devoir le troubler, mais elle attendit son retour. Il lui dit que son mari avait �t� dans l�impossibilit� d'�crire pour telles ou telles raisons ; qu'il �tait dans ce moment dans un caf� de Londres, et qu'il serait bient�t de retour chez lui.
Le retour du mari eut lieu conform�ment � ce qui avait �t� ainsi annonc�, et la femme lui ayant demand� les motifs de son silence si longtemps prolong�, il all�gua pr�cis�ment les raisons qu'avait donn�es le devin. La femme eut un grand d�sir de v�rifier le surplus de ces indications. Elle eut pleine satisfaction � cet �gard, car son mari n'e�t pas plus t�t jet� les yeux sur le magicien, qu'il le reconnut pour l'avoir vu, un certain jour, dans un caf� de Londres, o� cet homme lui avait dit que sa femme �tait tr�s inqui�te de lui : � quoi le capitaine avait r�pondu en expliquant pourquoi il avait �t� emp�ch� d'�crire, et avait ajout� qu'il �tait � la veille de s'embarquer pour l'Am�rique. Le capitaine avait ensuite perdu de vue cet �tranger qui s'�tait confondu dans la foule, et n'en avait plus entendu parler.
Nous voyons se d�rouler, mais cette fois volontairement, la s�rie des ph�nom�nes d�j� d�crits : sommeil du sujet, s�paration entre son corps et son �me, d�placement rapide mat�rialisation de l'apparition, et souvenir au r�veil.
Dans la Revue Spirite de 1858, � la page 328, nous avons une confirmation de la possibilit�, pour l'esprit d�gag�, de mat�rialiser assez son enveloppe pour la rendre tout � fait semblable au corps mat�riel. Voici le fait.

UN VOYAGE P�RISPRITAL

Un des membres de la Soci�t� Spirite, habitant Boulogne-sur-Mer, �crivit la lettre suivante, le 26 juillet 1856, � Allan Kardec [27] :
� Mon fils, depuis que je l'ai magn�tis� par l'ordre des Esprits, est devenu un m�dium tr�s rare, du moins c'est ce qu'il m'a r�v�l� dans son �tat somnambulique, dans lequel je l'avais mis, sur sa demande, le 14 mai dernier, et quatre ou cinq fois depuis.
� Pour moi, il est hors de doute que mon fils, �veill�, converse librement avec les Esprits qu'il d�sire, par l'interm�diaire de son guide, qu'il appelle famili�rement son ami ; qu'� sa volont� il se transporte en Esprit o� il d�sire, et je vais vous en citer un exemple dont j'ai les preuves �crites entre les mains.
� Il y a juste aujourd'hui un mois, nous �tions tous deux dans la salle � manger. Je lisais le cours de magn�tisme de M. du Potet, quand mon fils prend le livre et le feuillet ; arriv� � un certain endroit, son guide lui dit � l'oreille : lis cela. C'�tait l'aventure d'un docteur d'Am�rique dont l'Esprit avait visit� un ami � quinze ou vingt lieues de l�, pendant qu'il dormait. Apr�s l'avoir lu, mon fils dit : Je voudrais bien faire un petit voyage semblable. Eh bien ! O� veux-tu aller ? lui dit son guide. - � Londres, r�pond mon fils, voir mes amis. Et il d�signa ceux qu'il voudrait visiter.
� C'est demain dimanche, lui fut-il r�pondu ; tu n'es pas oblig� de te lever de bonne heure pour travailler. Tu t'endormiras � huit heures et tu iras voyager � Londres jusqu'� huit heures et demie. Vendredi prochain, tu recevras une lettre de tes amis, qui te feront des reproches d'�tre rest� si peu de temps avec eux.
� Effectivement, le lendemain matin, � l'heure indiqu�e, il s'endormit d'un sommeil de plomb ; � huit heures et demie je l'�veillai, il ne se rappelait rien ; de mon c�t�, je ne dis pas un mot, attendant la suite.
� Le vendredi suivant, je travaillais � une de mes machines et, suivant mon habitude, je fumais, car c'�tait apr�s d�jeuner; mon fils regarde la fum�e de ma pipe et me dit : Tiens, il y a une lettre dans ta fum�e. - Comment vois-tu une lettre dans ma fum�e ? - Tu vas le voir, reprend-il, car voil� le facteur qui l'apporte. Effectivement, le facteur vint remettre une lettre, de Londres, dans laquelle les amis de mon fils lui faisaient un reproche d'�tre all� dans cette ville, le dimanche pr�c�dent, et de n'avoir pas �t� les voir : une personne de leur connaissance l'ayant rencontr�. J'ai la lettre, comme je vous l'ai dit, qui prouve que je n'invente rien. �
Ce r�cit montre la possibilit� de produire artificiellement le d�doublement de l'�tre humain ; nous verrons plus loin que ce proc�d� a �t� utilis� par certains magn�tiseurs.
Voici le troisi�me fait, que nous empruntons aux annales de l'�glise catholique [28].

SAINT ALPHONSE DE LIGUORI

L'Histoire g�n�rale de l'�glise, par M. le baron Henrion (Paris, 1851, tome II,page 272), raconte ainsi qu'il suit, le fait miraculeux arriv� � Alphonse de Liguori :
Dans la matin�e du 21 septembre, Alphonse, apr�s avoir dit la messe, se jeta dans son fauteuil ; il �tait abattu et taciturne, et sans faire le moindre mouvement sans articuler un seul mot de pri�res ni adresser jamais la parole � personne, il resta dans cet �tat tout le jour et toute la nuit suivante ; durant ce temps il ne prit aucune nourriture et on ne vit pas qu'il d�sir�t aucun service autour de sa personne. Les domestiques, qui s'�taient d'abord aper�us de sa situation, se tenaient � port�e de sa chambre, mais ils n'osaient entrer.
Le 22, au matin, ils reconnurent qu'Alphonse n'avait pas chang� d'attitude, et ils ne savaient plus ce qu'il fallait en penser ; ils craignaient que ce ne fut autre chose qu'une extase prolong�e. Cependant, quand l'heure est un peu plus avanc�e, Liguori agite la sonnette pour annoncer qu'il veut c�l�brer la sainte messe.
� ce signe, ce n'est pas seulement le fr�re la�que charg� de le servir � l'autel, mais toutes les personnes de la maison, et d'autres �trang�res, qui accourent avec empressement. Le pr�lat demande, avec un air de surprise, pourquoi tant de monde. On lui r�pond qu'il y a deux jours qu'il ne parle ni ne donne aucun signe de vie. � C'est vrai, r�pliqua-t-il, mais vous ne savez pas que j'ai �t� assister le pape qui vient de mourir. �
Une personne qui avait entendu cette r�ponse, alla, le jour m�me, la porter � Sainte-Agathe; elle s'y r�pandit aussit�t comme � Arienzo, o� r�sidait Alphonse. On crut que ce n'�tait l� qu'un songe, mais on ne tarda pas � avoir la nouvelle de la mort de Cl�ment XIV, qui avait pass� � une autre vie le 22 septembre, pr�cis�ment � sept heures du matin, au moment m�me o� Liguori avait repris ses sens.
L'historien des papes, Nova�s, fait mention de ce miracle en racontant la mort de Cl�ment XIV. Il dit que le souverain Pontife avait cess� de vivre le 22 septembre 1774, � sept heures du matin (la treizi�me heure pour les Italiens), assist� des g�n�raux des Augustins, des Dominicains, des Observantins et de Conventuels, et, ce qui int�resse encore davantage, assist� miraculeusement par le bienheureux Alphonse de Liguori, quoique �loign� de son corps, ainsi qu'il r�sulte du proc�s juridique du susdit bienheureux, approuv� par la Sacr�e Congr�gation des Rites.
On peut citer des cas analogues pour saint Antoine de Padoue, saint Fran�ois-Xavier et surtout Marie d'Agr�da, dont les d�doublements se produisirent pendant plusieurs ann�es.

[1] Le Spiritisme devant la Science.

[2] Society for Psychical Research, fondée en 1882.

[3] Depuis que la présente étude a été publiée, un grand progrès s'est réalisé en France à la suite, notamment, de la création de l'institut Métapsychique International (fondation Jean Meyer) dirigé par le Dr Geley et un Comité de savants parmi lesquels se trouvent le prof. Ch. Richet, Sir Oliver Lodge, etc. Cet Institut installé 80, avenue Niel, à Paris, a été reconnu d'utilité publique

[4] Voir dans le premier volume des Phantasms, pages 39-48; vol. II, p. 644-653. Voir aussi Proceedings of the Society for Psychical Research, t. 1 (1882-1883), p. 83-97 et 175-215; t. Il (1883-1884), p. 208-215. Partie XI, mai 1887, p. 237 ; Partie XII, juin 1888, p. 169-215, p. 56-116 (expériences de M. Ch. Richet). - Consulter aussi le livre si bien documenté du Dr Ochorowics : La suggestion mentale.

[5] On appelle ainsi la personne dont le double apparaît.

[6] Alfred Russel Wallace, les Miracles et le moderne Spiritualisme. p. 326.

[7] Les Hallucinations télépathiques, p. 50.

[8] C'est nous qui soulignons

[9] Les Hallucinations télépathiques, p. 237

[10] Psychische studien, mars 1897.

[11] Voir W. H. F. Myers, Proceedings, la Conscience subliminale. 1897. Consulter aussi : P. Janet, l'Automatisme psychologique, p. 314 ; Binet, les Altérations de la Personnalité , pages 6 et suiv.

[12] Report on Spiritualism page 157, traduit dans la Revue scientifique et morale du Spiritisme, février 1898

[13] Il y a donc ici tout à la fois auto-suggestion et clairvoyance

[14] Les Hallucinations, p. 278.

[15] Dr Gibier, Analyse des Choses, p. 142 et suivantes.

[16] Cette vision n'est-elle pas comparable à celle des somnambules ? Et n'avons-nous pas raison de l'attribuer à l'âme ? En rapprochant ce récit de celui de Cromwel Varley, on constate clairement que l'âme dégagée du corps jouit des avantages de la vie spirituelle. Ce ne sont pas des théories c'est la constatation pure et simple des faits.

[17] Les Hallucinations, p. 310.

[18] Hallucinations télépathiques. p. 315.

[19] Hallucinations télépathiques, p. 317

[20] Voir l'évolution animique, p. 173 et suivantes.

[21] Leuret, Fragments psychologiques sur la folie, p. 95.

[22] Gratiolet, Anatomie comparée du Système nerveux, t. Il. p. 548.

[23] Cahagnet, la Lumière des Morts, p. 28.

[24] Gabriel Delanne, le Spiritisme devant la Science , p. 154 et suivantes.

[25] Dassier, l'Humanité posthume. Voir les exemples nombreux où le spectre du vivant parle, mange, boit et manifeste sa force physique, dans un grand nombre de circonstances

[26] Dassier, l'Humanité posthume, p. 59.

[27] Revue Spirite, 1858, p. 328.

[28] Voir aussi Histoire universelle de l'Église catholique par l'abbé Rohrbacher, tome II, page 30; Vie du bienheureux Alphonse Marie de Liguori, par le Père Jancart, missionnaire en province, page 370 ; Élémente della storia de Somni Pontifici, par Giuseppe de Novaès

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