Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec


CHAPITRE V
LE CORPS FLUIDIQUE APRES LA MORT.
LE PERISPRIT DECRIT EN 1804.


Sous le titre : Apparition r�elle de ma femme apr�s sa mort, Chemnitz, 1804, - le docteur Woetzel publia un livre qui causa une assez grande sensation dans les premi�res ann�es de ce si�cle. L'auteur fut attaqu� dans plusieurs �crits ; Wieland surtout le tourna en ridicule dans l'Enthauesia [1].
Pendant une maladie de sa femme, Woetzel avait demand� � cette derni�re de se montrer � lui apr�s sa mort. Elle lui en fit la promesse, mais plus tard, � sa pri�re, son mari la lui rendit. Cependant, quelques semaines apr�s sa mort, un vent violent sembla souffler dans la chambre, quoique ferm�e ; la lumi�re fut presque �teinte ; une petite fen�tre dans l'alc�ve s'ouvrit, et, � la faible clart� qui r�gnait, Woetzel vit la forme de sa femme qui lui dit d'une voix douce : � Charles, je suis immortelle, un jour nous nous reverrons �. L'apparition et ses paroles consolantes se renouvel�rent une seconde fois. Sa femme se montra en robe blanche sous l'aspect qu'elle avait avant de mourir. Un chien, qui n'avait pas boug� � la premi�re apparition, se mit � fr�tiller et � d�crire un cercle comme autour d'une personne de connaissance.
Dans un second ouvrage sur le m�me sujet (Leipzig, 1805), l'auteur parle d'invitations qui lui auraient �t� faites de d�mentir toute l'affaire � parce qu'autrement beaucoup de savants seraient forc�s de renoncer � ce que, jusque-l�, ils avaient cr� �tre des opinions vraies et justes, et que la superstition y trouverait un aliment. �
Mais il avait d�j� pri� le conseil de l'Universit� de Leipzig de lui permettre de d�poser un serment judiciaire � ce sujet. L'auteur d�veloppe ainsi sa th�orie : � L'�me, apr�s sa mort, serait envelopp�e d'un corps �th�r�, lumineux, au moyen duquel elle pourrait se rendre visible; elle pourrait mettre d'autres v�tements par dessus cette enveloppe lumineuse ; l'apparition n'avait pas agi sur son sens int�rieur, mais uniquement sur son sens ext�rieur �.
Nous avons, dans cette observation, une preuve de son objectivit�, en ce qu'elle a �t� vue et reconnue par le chien. Il est certain qu'une image subjective, c'est-�-dire si�geant dans le cerveau du savant, n'aurait pu avoir cette influence sur un animal domestique.

IMPRESSIONS PRODUITES PAR LES APPARITIONS SUR LES ANIMAUX

Dans le r�cit de Justinus Kerner sur la voyante de Pr�vorst il est question d'une apparition qu'elle vit durant toute une ann�e ; chaque fois que l'esprit paraissait, un l�vrier noir de la maison semblait sentir sa pr�sence, et aussit�t que la figure �tait perceptible � la voyante, le chien accourait aupr�s de quelqu'un, comme pour demander protection, et souvent en hurlant tr�s fort. Depuis le jour o� il vit cette figure, il ne voulut plus rester seul la nuit.
Dans le terrible cas de maison hant�e racont� � Robert Dale Owen [2] par Mme S-C. Hall, on constate qu'il fut impossible de faire rester un chien, ni jour ni nuit, dans la chambre o� se produisaient les manifestations ; peu de temps apr�s qu'elles eurent commenc�, il s'enfuit et fut perdu.
John Wesley, le fondateur de la secte qui porte son nom, a fait conna�tre les bruits qui eurent lieu � la cure d'Epworth. Apr�s avoir d�crit des sons �tranges semblables � ceux que produiraient des objets de fer ou de verre jet�s � terre, il ajoute : � Peu apr�s, notre grand chien m�tin accourut se r�fugier entre moi et Mme Wesley ; tant que les bruits continu�rent, il jappait et bondissait en happant l'air, de c�t� et d'autre, et cela fr�quemment, avant que personne dans la chambre n'e�t entendu quoi que ce soit ; au bout de deux ou trois jours, il tremblait et s'�cartait en rampant avant que le bruit commen��t. La famille connaissait � ce signe ce qui allait arriver, et cela ne manquait jamais. �
Nous ferons � ce sujet quelques remarques, emprunt�es � l'illustre naturaliste, sir Alfred Russel Wallace[3] .
Cette s�rie de cas o� l'on voit des impressions produites par les fant�mes sur les animaux, est certainement remarquable et digne d'attention. Ces faits ne devraient pas se pr�senter, si la th�orie de l'hallucination et de la t�l�pathie �tait vraie, et pourtant on doit y ajouter foi, parce qu'ils sont presque toujours introduits dans le r�cit comme des choses inattendues ; d'un autre c�t�, ils sont not�s, pour qu'on s'en souvienne, c'est une preuve que les observateurs avaient bien gard� leur sang-froid.
Ils nous montrent irr�futablement qu'un grand nombre de fant�mes per�us par la vue ou par l'ou�e, m�me s'ils ne le sont que par une seule personne, sont des r�alit�s objectives. La terreur manifest�e par les animaux qui les per�oivent, et leur contenance si diff�rente de celle qu'ils ont en pr�sence des ph�nom�nes naturels, �tablissent, non moins clairement que bien qu'objectifs, les ph�nom�nes ne sont pas normaux et ne peuvent pas �tre expliqu�s par quelque tromperie ou par des �ventualit�s naturelles mal interpr�t�es.
Nous allons continuer maintenant l'�tude des apparitions se produisant apr�s la mort. Nous mettrons en relief les ressemblances qui existent entre ces apparitions et celles des vivants, et nous verrons qu'elles ont une similitude de caract�res qui implique celle de la cause. Bien qu'il nous semble peu possible d'imaginer, pour les cas pr�c�dents, une action encore inconnue d'un cerveau humain sur un autre cerveau humain, de mani�re � l'halluciner aussi compl�tement, il deviendra impossible avec les th�orie mat�rialistes de supposer cette action de la part d'un mort ; cependant, si les faits sont identiques, il faudra bien admettre que la v�ritable cause est l'�me, soit qu'elle habite sur la terre, soit qu'elle ait quitt� ce monde.
Il est vrai que les incr�dules sont fort habiles � forger des th�ories lorsqu'ils se trouvent en pr�sence de ph�nom�nes embarrassants dont ils ne peuvent nier la r�alit�. C'est ainsi qu'ils ont �tendu l'hypoth�se de la t�l�pathie aux morts. Ils ont pr�tendu que l'action t�l�pathique d'un mourant pouvait p�n�trer inconsciemment dans l'esprit du sujet, de mani�re que l'hallucination ait lieu assez longtemps apr�s la mort de celui auquel elle est due.
Cette supposition s'appuie sur les exp�riences de suggestions � longue �ch�ance. On sait qu'il est possible de faire accomplir � des sujets tr�s sensibles des actes compliqu�s, quelques jours et m�me quelques mois plus tard. Le sujet r�veill� n'a pas conscience de cet ordre qui sommeille en lui, mais quand arrive le jour fix�, il accomplit fid�lement la suggestion.
Si donc la pens�e d'un mort est violemment port�e vers un des ses proches, celui-ci peut l'emmagasiner inconsciemment et lorsque l'hallucination se produira, ce ne sera pas une apparition, mais simplement la r�alisation d'une suggestion. Cette conception est ing�nieuse, mais elle est fort loin d'expliquer tous les faits d'apparition des morts. En premier lieu, l'analogie entre la vision d'un mort et une suggestion retard�e est tout � fait fausse, car l'agent - dans la plupart des cas - ne songe pas � intimer au sujet l'ordre de le voir plus tard ; ensuite si, comme dans les apparitions de vivants, il y a des ph�nom�nes physiques produits par l'apparition, il devient �vident que ce n'est pas une image mentale qui les ex�cute ; il faut que ce soit l'�tre d�c�d�, ce qui �tablit sa survivance. Nous aurons dans la suite l'occasion de montrer combien ces explications, soi-disant scientifiques, sont souvent fausses et toujours incompl�tes.
Revenons � nos exemples emprunt�s aux Phantasm of the living :
Voici un cas o� l'apparition se produit peu de temps apr�s le d�c�s. Ce r�cit est d� � Mme Stella Chieri, Italie[4] .

APPARITION APR�S LA MORT

Le 18 janvier 1884. � Lorsque j'avais environ 15 ans, j'�tais en visite chez le Dr J. G.... � Twyford, Hants. Je m'y liai d'amiti� avec le cousin de mon h�te, un gar�on de 17 ans. Nous �tions devenus ins�parables, nous canotions ensemble, nous montions ensemble � cheval, et nous partagions les m�mes amusements comme fr�re et s�ur. �
� Il �tait d'une sant� tr�s d�licate ; j'avais soin de lui, je veillais sur lui, de sorte que nous ne passions jamais une heure �loign�s l'un de l'autre. �
� Je vous donne tous ces d�tails pour vous montrer qu'il n'y avait pas entre nous une trace de passion ; nous �tions l'un pour l'autre comme deux gar�ons. �
� Une nuit on vint chercher M. G... pour voir son cousin tomb� tout � coup gravement malade d'une inflammation des poumons. On ne m'avait pas dit combien il �tait malade ; je ne savais donc rien du danger o� il �tait, et ne m'inqui�tais nullement de lui ; la nuit o� il mourut, M. G... et sa s�ur s'en all�rent � la maison de leur tante, me laissant seule au salon. Il y avait un feu clair dans la chemin�e, et, comme beaucoup de jeunes filles, j'aimais � rester aupr�s du foyer et � lire � la lumi�re de la flamme. Ne sachant pas que mon ami �tait en danger, je n'�tais pas inqui�te ; j'�tais seulement f�ch�e qu'il ne p�t pas venir passer la soir�e avec moi, tant je me sentais seule. �
� Je lisais tranquillement lorsque la porte s'ouvrit et que Bertie (mon ami) entra. Je me levai brusquement pour lui pousser un fauteuil pr�s du feu, car il paraissait avoir froid, et il n'avait pas de manteau, bien qu'il neige�t. Je me mis � le gronder d'�tre sorti sans se bien envelopper. Au lieu de r�pondre, il mit sa main sur sa poitrine et secoua la t�te, ce qui, selon moi, devait signifier qu'il n'avait pas froid, qu'il souffrait de la poitrine et qu'il avait perdu la voix, ce qui lui arrivait quelquefois. Je lui reprochai encore son imprudence. Je parlais encore, lorsque M. G... entra et me demanda � qui je parlais. Je lui r�pondis : � Voici cet ennuyeux gar�on sans manteau et avec un si mauvais rhume qu'il ne peut parler, pr�tez-lui donc un manteau et renvoyez-le chez lui. �
� Jamais je n'oublierai l'horreur et la stupeur peintes sur la figure du bon docteur, car il savait (ce que je ne savais pas) que le pauvre gar�on �tait mort il y avait une demi-heure, et il venait pour m'apprendre cette nouvelle. Sa premi�re impression fut que je l'avais d�j� apprise, et que cela m'avait fait perdre l'esprit. Je ne pouvais pas comprendre pourquoi il me fit sortir de la chambre en me parlant comme � un petit enfant. Pendant quelques moments nous �change�mes des propos incoh�rents, et puis il m'expliqua que j'avais �prouv� une illusion d'optique. Il ne nia pas que je n'eusse vu Bertie de mes propres yeux, mais il me donna une explication tr�s scientifique de cette vision, craignant de m'effrayer ou de me laisser sous une impression affligeante.
� Jusqu'� pr�sent je n'ai parl� � qui que ce soit de cet �v�nement, d'abord parce que c'est pour moi un tr�s triste souvenir, et aussi parce que je craignais d'�tre prise pour un esprit chim�rique et de ne pas �tre crue. Ma m�re me dit que j'avais r�v� ; je lisais un livre intitul� M. Verdant Green : ce livre-l� ne porte pas au sommeil, et je me rappelle bien que je riais de bon c�ur, de quelque absurdit� du h�ros au moment m�me ou la porte s'ouvrit. �
� quelques questions pos�es par les investigateurs, Mme Stella r�pond :
� Leur maison devait �tre � peu pr�s � un quart d'heure de marche de la maison de M. G.... et Bertie est mort environ vingt minutes avant que le docteur ait quitt� la maison. Il y avait � peu pr�s cinq minutes que l'apparition �tait dans la chambre lorsque M. G... entra. Ce qui m'a toujours sembl� bien �trange, c'est que j'entendis tourner le bouton ou ouvrir la porte. En effet, ce fut le bruit du p�ne qui tournait qui me fit lever les yeux de dessus le livre. La figure marcha � travers la pi�ce vers la chemin�e et s'assit, tandis que j'allumais les bougies. Tout �tait si r�el et si naturel que je puis � peine admettre � pr�sent que ce n'�tait pas une r�alit�. �
Cette observation montre la jeune fille dans son �tat habituel ; elle riait en lisant un livre gai, et n'�tait nullement pr�dispos�e � une hallucination. L'esprit de Bertie, qui venait � peine de quitter son corps, entre dans la chambre en faisant tourner le bouton de la porte. Ce bruit est si r�el qu'il fait lever la t�te de la jeune fille. Si c'�tait une hallucination, par qui serait-elle produite ?
Nous avons vu d�j� la m�re d'H�l�ne - fant�me de vivant ouvrir une porte; nous assistons ici au m�me ph�nom�ne produit par Bertie � l'�tat d'esprit. L'�me du jeune homme n'est pas visible pour le docteur - pas plus que ne l'�tait le double de Fr�d�ric pour l'ami de Goethe, - mais elle agit t�l�pathiquement sur Stella et objectivement sur la mati�re de la porte.
� Nous commen�ons � nous apercevoir, dit M. F. H. Myers, l'un des auteurs des Phantasms, combien nos preuves de t�l�pathie entre les vivants sont intimement li�es avec la t�l�pathie entre les vivants et les morts, mais on craint de s'en occuper, de peur d'�tre accus� de mysticisme. �
L'apparition est tellement semblable � Bertie lorsqu'il vivait, que la jeune fille lui cause, le gronde d'�tre sorti sans son manteau ; en un mot, elle est persuad�e qu'il est l�, puisqu'il est all� de la porte au fauteuil sur lequel il s'est assis.
Le ph�nom�ne aurait pr�c�d� de quelques minutes la mort de Bertie, au lieu de se produire apr�s, qu'il rentrerait dans la classe de ceux �tudi�s plus haut ; mais le corps ici est sans vie, c'est l'�me seule qui se manifeste, et cependant rien n'est chang� dans les circonstances ext�rieures par lesquelles elle affirme sa pr�sence. Les traits sont identiques � ceux du corps mat�riel ; la taille, la d�marche, tout rappelle l'�tre vivant.
Citons un nouveau cas dans lequel l'esprit qui se manifeste donne � son p�risprit assez de tangibilit� pour prononcer quelques paroles, bien qu'il ne soit plus parmi les vivants [5].

APPARITION DE L'ESPRIT DUN INDIEN

Mme Bishop, n�e Bird, voyageuse et �crivain bien connue, nous a envoy� ce r�cit en mars 1884 ; il est presque identique � une version de seconde main qui nous avait �t� communiqu�e en mars 1883. En voyageant dans les Montagnes Rocheuses, Mlle Bird avait fait la connaissance d'un Indien m�tis, M. Nugent, connu sous le nom de � Moutain Jim �, et elle avait pris sur lui une influence consid�rable. � Le jour o� je pris cong� de Moutain Jim, il �tait tr�s �mu et tr�s excit�. J'avais eu une longue conversation avec lui sur la vie mortelle et l'immortalit�, conversation que j'avais termin�e par quelques paroles de la Bible. Il �tait tr�s impressionn�, mais tr�s excit�, et il s'�cria : � Je ne vous verrai peut-�tre plus dans cette vie, mais je vous verrai quand je mourrai. � Je le r�primandai doucement � cause de sa violence, mais il r�p�ta encore la m�me chose avec plus d'�nergie, ajoutant : � Et je n'oublierai jamais ces mots que vous m'avez dits, et je jure que je vous reverrai quand je mourrai. � Nous nous s�par�mes sur cette phrase.
� Pendant quelques temps, j'eus de ses nouvelles ; j'appris qu'il s'�tait mal conduit, puisqu'il �tait retomb� dans ses habitudes sauvages, et, plus tard, qu'il �tait fort malade d'une blessure qu'il avait re�ue dans une rixe ; puis, enfin, qu'il se portait mieux, mais qu'il formait des projets de vengeance. La derni�re fois que je re�us de ses nouvelles, j'�tais � l'h�tel Interlaken, � Interlaken (Suisse), avec Mlle Clayson et les Ker. Quelque temps apr�s les avoir re�ues (c'�tait en septembre 1874), j'�tais �tendue sur mon lit, un matin vers six heures. J'�tais occup�e � �crire une lettre � ma s�ur, lorsqu'en levant les yeux je vis Moutain Jim debout devant moi. Ses yeux �taient fix�s sur moi et, lorsque je le regardai, il me dit � voix basse, mais tr�s distinctement : � Je suis venu comme j'avais promis. � Puis il me fit un signe de la main et ajouta : � Adieu ! �.
� Lorsque Mme Bessie Ker vint m'apporter mon d�jeuner, nous primes note de l'�v�nement en indiquant la date et l'heure. La nouvelle de la mort de Moutain Jim nous arriva un peu plus tard, et la date, si on tenait compte de la diff�rence de longitude, co�ncidait avec celle de son apparition. �
En r�alit�, d'apr�s les auteurs, l'apparition a suivi la mort de huit heures, ou de quatorze heures si c'est le lendemain du jour indiqu� par Mme Bishop qu'elle s'est produite.
Nous constatons toujours que la distance n'est pas un obstacle au d�placement de l'esprit, puisqu'il peut manifester sa pr�sence en Europe, tr�s peu de temps apr�s sa mort en Am�rique. Les m�mes remarques que pr�c�demment s'appliquent � l'aspect ext�rieur de l'esprit; nous croyons cependant que sa mat�rialisation est plus compl�te que dans le dernier r�cit, puisqu'il adresse un adieu � la voyageuse, et ceci nous ram�ne au cas o� le fant�me de vivant prononce aussi quelques paroles. Cette observation �tablit que l'Esprit a, lui aussi, un organe pour produire des sons articul�s, et une force pour le mettre en action. Nous verrons tout � l'heure qu'il n'y a pas que le larynx qui existe dans le p�risprit, mais bien tous les organes du corps mat�riel. Ce qu'il nous importait surtout de signaler, c'est la remarquable unit� qu'on constate dans les agissements du fant�me, soit qu'il provienne d'un d�doublement ou qu'il soit la mat�rialisation temporaire d'un habitant de l'espace.
Rapportons un dernier cas o� le m�me Esprit se manifeste � deux personnes � tr�s peu d'intervalle.

APPARITION � UN ENFANT ET � SA TANTE

Mme Cox, Summer Hill, Queenstown, Ireland [6].
� Dans la nuit du 21 ao�t 1869, entre huit et neuf heures j'�tais assise dans ma chambre � coucher, dans la maison de ma m�re, � Devonport. Mon neveu, un gar�on de sept ans, �tait couch� dans la chambre voisine ; je fus tr�s surprise de le voir entrer tout � coup en courant dans ma chambre ; il criait d'un ton effray� : � Oh, tante, je viens de voir mon p�re tourner autour de mon lit ! � Je r�pondis : � Quelle b�tise ! Tu as d� r�ver ! � Il dit : � Non, je n'ai pas r�v� �, et il refusa de retourner dans sa chambre. Voyant que je ne pouvais lui persuader d'y rentrer, je le mis dans mon lit. Entre dix et onze heures, je me couchai.
� Une heure apr�s environ, je crois, je vis distinctement, en regardant du c�t� de l'�tre, � mon grand �tonnement, la forme de mon fr�re assise sur une chaise, et, chose qui me frappa particuli�rement, ce fut la p�leur mortelle de sa figure. (Mon neveu �tait � ce moment tout � fait endormi). Je fus si effray�e (je savais que mon fr�re �tait � ce moment � Hong Kong) que je me cachai la t�te sous les couvertures. Peu apr�s, j'entendis nettement sa voix m'appeler par mon nom ; mon nom fut r�p�t� trois fois. Lorsque je regardai, il �tait parti. Le lendemain matin, je dis � ma m�re et � ma s�ur ce qui �tait arriv�, et je dis que j'en prendrais note, ce que je fis. Le courrier suivant de Chine nous apporta la triste nouvelle de la mort de mon fr�re; elle avait eu lieu le 21 ao�t 1869, dans la rade de Hong Kong, subitement, par suite d'insolation .�

�MINNIE COX�.

D'apr�s des renseignements compl�mentaires, la date de la mort a pr�c�d� de quelques heures l'apparition.
Il est impossible d'admettre ici l'hallucination, car le m�me esprit se fait voir � un enfant et � une femme qui n'�taient pas ensemble. Chacun reconna�t l'apparition et, dans le dernier cas, pour affirmer son identit�, le fr�re appelle sa s�ur � trois reprises diff�rentes. L'�me tenait �videmment � signaler sa pr�sence d'une mani�re efficace, et nous devons en induire l�gitimement qu'elle �tait mat�rialis�e. La s�ur a regard� si attentivement son fr�re, qu'elle a not� la p�leur excessive dont ses traits �taient empreints ; �cartons donc ici toute autre interpr�tation que celle qui attribue � l'�me d�sincarn�e la puissance de d�montrer sa survivance.
Terminons nos emprunts � la Soci�t� de recherches psychiques par deux cas tellement probants que tous commentaires seraient superflus.

APPARITION COLLECTIVE DE TROIS ESPRITS

19 mai 1883.

Mlle Catherine, M. Weld[7] . � Philippe Weld �tait le plus jeune fils de M. James Weld, de Archers Lodge, pr�s Southampton ; il �tait neveu de feu le cardinal Weld. Il fut envoy� par son p�re, en 1842, au coll�ge de Saint-Edmond, pr�s de Ware, dans le Herfordshire, pour faire ses �tudes. C'�tait un gar�on de bonnes mani�res, aimable, et tr�s aim� de ses ma�tres et de quelques camarades. L'apr�s-midi du 16 avril 1845, Philippe, accompagn� d'un de ses ma�tres et de quelques camarades, alla canoter sur la rivi�re ; c'�tait un exercice qu'il aimait beaucoup. Lorsque le ma�tre fit la remarque qu'il �tait temps de rentrer au coll�ge, Philippe demanda la permission de faire une course encore ; le ma�tre consentit, et l'on rama jusqu'� l'endroit o� l'on tournait. Arriv� l�, en faisant tourner le bateau, Philippe tomba accidentellement dans une partie de la rivi�re, et, malgr� tous les efforts faits pour le sauver, il se noya.
� Son corps fut ramen� au coll�ge, et le Tr�s R�v. DrCox (le directeur) fut profond�ment saisi et afflig�. Il se d�cida � aller lui-m�me chez M. Weld, � Southampton.
� Il partit l'apr�s-midi m�me, et, passant par Londres, il arriva � Southampton le lendemain; il alla en voiture � Archers Lodge, r�sidence de M. Weld ; avant d'entrer dans la propri�t�, il vit M. Weld � une petite distance de sa grille, qui marchait vers la ville. Le Dr Cox arr�ta la voiture aussit�t, descendit, et il allait parler � M. Weld, lorsque celui-ci l'en emp�cha en disant :
� Vous n'avez pas besoin de parler, car je sais que Philippe est mort. Hier apr�s-midi, je me promenais avec ma fille Catherine et nous l'avons vu tout � coup. Il se tenait dans le sentier, de l'autre c�t� de la route, entre deux personnes, dont l'une �tait un jeune homme v�tu d'une robe noire. Ma fille la premi�re les aper�ut et s'�cria : � Ah ! Papa, as-tu jamais vu quelqu'un ressembler � Philippe comme cette personne ? Comme lui, r�pondis-je, car c'est lui ! �
� Chose �trange, ma fille n'attacha aucune importance � cet �v�nement, sinon que nous avions vu quelqu'un qui ressemblait �trangement � son fr�re. Nous march�mes vers ces trois formes. Philippe regardait avec une expression souriante et heureuse le jeune homme en robe noire, qui �tait plus petit que lui. Tout � coup, ils parurent s'�vanouir � mes yeux, et je ne vis rien, si ce n'est un paysan que je voyais auparavant � travers ces trois formes, ce qui me fit penser que c'�taient des Esprits. Cependant je n'en parlai � personne, de peur d'inqui�ter ma femme. Je guettai anxieusement la poste le lendemain suivant. � ma grande joie aucune lettre n'arriva. J'oubliais que les lettres de Ware n'arrivaient que l'apr�s-midi, et mes terreurs se calmaient, je ne pensai plus � cet �v�nement extraordinaire, jusqu'au moment o� je vous vis en voiture � ma grille. Alors tout est revenu � mon esprit, et je n'ai point dout� que vous ne soyez venu m'annoncer la mort de mon cher gar�on. �
� Le lecteur peut s'imaginer l'�tonnement inexprimable du Dr Cox � ces mots. Il demanda � M. Weld s�il n�avait jamais vu le jeune homme en robe noire que Philippe regardait avec un sourire si heureux. M. Weld r�pondit qu'il ne l'avait jamais vu auparavant, mais que les traits de son visage �taient si nettement grav�s dans son esprit qu'il �tait s�r de le reconna�tre aussit�t, o� qu'il le rencontr�t. Le Dr Cox raconta alors au p�re d�sol� toutes les circonstances de la mort de son fils, qui avait eu lieu � l'heure m�me o� il �tait apparu � son p�re et � sa s�ur. M. Weld alla � l'enterrement de son fils, et comme il quittait l'�glise, apr�s la triste c�r�monie, il regarda autour de lui pour voir si aucun des religieux ne ressemblait au jeune homme qu'il avait vu avec Philippe, mais il ne put trouver chez aucun d'eux la moindre ressemblance avec la figure qui lui avait apparu.
� Environ quatre mois plus tard, il rendit visite avec sa famille � son fr�re, M. Georges Weld, � Seagram Hall, dans le Lancashire. Un jour il allait se promener avec sa fille Catherine au village voisin de Chikping, et, apr�s avoir assist� � un service � l'�glise, fit une visite au pr�tre. Il se passa un moment avant que le R�v. P�re p�t venir aupr�s d'eux, et ils s'amus�rent, en attendant, � examiner les gravures suspendues au mur de la chambre. Tout � coup M. Weld s'arr�ta devant un portrait (on ne pouvait lire le nom �crit au dessous du portrait parce que le cadre le recouvrait) et s'�cria : C'est la personne que j'ai vue avec Philippe ; je ne sais de qui c'est le portrait, mais je suis certain que c'est cette personne que j'ai vue avec Philippe. � Le pr�tre entra dans la chambre quelques instants apr�s, et M. Weld le questionna imm�diatement au sujet de la gravure. Il r�pondit que la gravure repr�sentait saint Stanislas Kostka, et qu'il croyait que c'�tait un tr�s bon portrait du jeune saint.
M. Weld fut tr�s �mu ; saint Stanislas �tait un j�suite qui �tait mort tr�s jeune ; et, comme le p�re de M. Weld avait �t� un grand bienfaiteur de cet ordre, on supposait que sa famille �tait plac�e sous la protection particuli�re des saints j�suites ; puis Philippe avait �t� amen� depuis peu, par suite de diff�rentes circonstances, � une d�votion sp�ciale � saint Stanislas. En outre, saint Stanislas est regard� comme l'intercesseur sp�cial des noy�s, ainsi qu'il est dit dans sa vie. Le R�v. P�re donna aussit�t le portrait � M. Weld, qui, naturellement, le re�ut avec la plus grande v�n�ration et le garda jusqu'� sa mort, et � sa mort il le passa � sa fille (la narratrice), qui avait vu l'apparition en m�me temps que son p�re ; elle l'a encore chez elle �.
Les circonstances de ce r�cit sont typiques. Non seulement le fils se pr�sente � son p�re sous une forme qui, bien que transparente permet de le reconna�tre parfaitement, mais encore un de ses compagnons a une physionomie si caract�ristique que M. Weld est � m�me de d�signer son portrait, qu'il ne voit que quatre mois plus tard. Sa fille le reconna�t �galement, ce qui exclut toute supposition d'hallucination. D'ailleurs, le fait que M. Weld ne connaissait pas, avant la manifestation, l'image de saint Stanislas Kostka montre bien qu'il ne peut avoir �t� illusionn�.
Voici un dernier cas o� l'apparition est reconnue par toutes les personnes de la maison.

APPARITION COLLECTIVE D'UN MORT

M. Charles A, - W. Lette, Military and Royal Naval Club, Albermale street, Londres[8] .
� Le 5 avril 1873, le p�re de ma femme, le capitaine Towns, mourut dans son habitation, � Cambroock, Rosebay, pr�s de Sydney, N.S. Wales. Environ six semaines apr�s sa mort, ma femme entra, par hasard, un soir vers neuf heures, dans une des chambres � coucher de la maison. Elle �tait accompagn�e d'une jeune personne, Mme Berton, et, comme elles entraient dans la chambre - le gaz �tait allum� - elles furent surprises de voir l'image du capitaine Towns refl�t�e sur la surface polie de l'armoire. L'on voyait la moiti� de son corps, la t�te, les �paules et la moiti� du bras ; en r�alit�, on e�t dit un portrait de grandeur naturelle. Sa figure �tait p�le et maigre, comme avant sa mort ; et il avait une jaquette de flanelle grise, avec laquelle il avait l'habitude de coucher. Surprises et � demi-effray�es, elles pens�rent d'abord que c'�tait un portrait qu'on avait pendu dans la chambre et qu'elles en voyaient l'image refl�t�e ; mais il n'y avait aucun portrait de ce genre.
� Pendant qu'elles regardaient, la s�ur de ma femme, Mlle Towns, entra, et, avant que les autres lui aient parl�, elle s'�cria : � Mon Dieu ! Regardez papa ! � Une des femmes de chambre passait dans les escaliers � ce moment-l�, on l'appela et on lui demanda si elle voyait quelque chose ; sa r�ponse fut : � Oh ! Mademoiselle, le ma�tre ! � On fit venir Graham, l'ordonnance du capitaine Towns, et il s'�cria aussit�t : � Dieu nous garde ! Madame Lett, c'est le capitaine. � On appelle l'intendant, puis Mme Crane, la nourrice de ma femme, et tous deux dirent ce qu'ils voyaient. Enfin, on pria M. Towns de venir. En voyant l'apparition, elle s'avan�a les bras �tendus comme pour la toucher, et, comme elle passait la main sur le panneau de l'armoire, l'image, peu � peu disparut, et on ne la vit jamais dans la suite, quoique la chambre f�t occup�e.
� Tels sont les faits qui ont eu lieu, et il est impossible d'en douter ; l'on n'influen�a en rien les t�moins ; on leur posa la m�me question lorsqu'ils entraient dans la chambre, et tous r�pondirent sans h�siter. Ce fut par accident que je ne vis pas l'apparition. J'�tais dans la maison � ce moment mais je n'entendis pas qu'on m'appelait. �

�C. A. W. LETT.�

� Les soussign�s, apr�s avoir lu le r�cit ci-dessus, certifient qu'il est exact. Nous avons �t� toutes deux t�moins de l'apparition. �

� SARA LETT. SIBBIE SINGTH (n�e Towns). �

En plus des cas cit�s dans les Hallucinations t�l�pathiques, l'�dition anglaise contient soixante-trois cas analogues.
Les v�rit�s nouvelles ont tant de peine � se frayer un passage � travers l'inextricable hallier des id�es pr�con�ues, que l'in�vitable hallucination n'a pas manqu� d'�tre invoqu�e, pour expliquer les cas o� les apparitions d'Esprits sont vues simultan�ment par plusieurs personnes. Les n�gateurs disent tout bonnement, avec une renversante d�sinvolture, que l'hallucination, au lieu d'�tre unique, est collective. En vain objecte-t-on que les t�moins sont en parfaite sant�, qu'ils jouissent de toutes leurs facult�s, que ces t�moignages divers se rapportent � un m�me objet, d�crit ou reconnu identiquement par tous les observateurs, ce qui est un signe certain de sa r�alit� : les incr�dules secouent la t�te d�daigneusement, et, se drapant dans leur ignorance, pr�f�rent attribuer le fait � un d�rangement momentan� des facult�s mentales des observateurs, � une illusion qui gagne tous les assistants que de reconna�tre loyalement la manifestation d'une intelligence d�sincarn�e.
Mais la n�gation, pour �tre l�gitime, doit avoir des limites, car elle ne peut se soutenir loyalement si on la met en face des preuves exp�rimentales, qui restent comme des t�moignages authentiques de la r�alit� des manifestations.
Remarquons que, dans tous les cas rapport�s pr�c�demment, la certitude de la vision elle-m�me n'est g�n�ralement pas contest�e ; ce que l'on nie, c'est qu'elle soit objective, c'est-�-dire qu'elle ait lieu ailleurs que dans le cerveau du ou des assistants. Les rapports des t�moins ne peuvent, pr�tend-on, �tre d'une valeur absolue, car plut�t que d'admettre une chose aussi invraisemblable que l'apparition d'un mort, il vaut mieux supposer chez les vivants une aberration de l'esprit, que la r�alit� d'un ph�nom�ne surnaturel. Mais les incr�dules n�gligent encore ici un fait tr�s important : car si c'est une hallucination, celle-ci n'est pas quelconque, elle se lie � un �v�nement r�el avec lequel elle se trouve en connexion �troite. On ne peut donc attribuer au hasard ou � de co�ncidences les visions t�l�pathiques, et si nous d�montrons qu'on peut provoquer artificiellement ces ph�nom�nes, il sera hors de doute que ceux qui se produisent accidentellement sont dus � une loi naturelle que nous ignorions jusqu'alors.
C'est pr�cis�ment ce qui va �tre �tabli au chapitre suivant. Poussant m�me plus loin l'exp�rimentation, nous allons constater que certaines apparitions sont si r�elles qu'on les photographie, d�s lors, il ne pourra rester l'ombre d'un doute sur leur objectivit�, si opini�trement contest�e.

[1] Extrait de l'ouvrage allemand : les Phénomènes mystiques de la Vie humaine, par Maximillien Perty, professeur de l'Université de Berne. Heidelberg, 1861.

[2] Foot fulls on the boundary of another World, p. 326.

[3] Les Miracles et le Moderne Spiritualisme, p. 112

[4] Les Hallucinations télépathiques, p. 112.

[5] Les Hallucinations télépathiques, p. 135

[6] Hallucinations télépathiques, p. 372.

[7] Les Hallucinations, p. 376.

[8] Loc. cit., p. 359.

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