Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec

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CHAPITRE III
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LE CIEL.

1. - Le mot ciel se dit, en g�n�ral, de l'espace ind�fini qui environne la terre, et plus particuli�rement de la partie qui est au-dessus de notre horizon ; il vient du latin coelum, form� du grec co�los, creux, concave, parce que le ciel para�t aux yeux comme une immense concavit�. Les Anciens croyaient � l'existence de plusieurs cieux superpos�s, compos�s de mati�re solide et transparente, formant des sph�res concentriques dont la terre �tait le centre. Ces sph�res, tournant autour de la terre, entra�naient avec elles les astres qui se trouvaient dans leur circuit.

Cette id�e, qui tenait � l'insuffisance des connaissances astronomiques, fut celle de toutes les th�ogonies qui firent des cieux, ainsi �chelonn�s, les divers degr�s de la b�atitude ; le dernier �tait le s�jour de la supr�me f�licit�. Selon l'opinion la plus commune, il y en avait sept ; de l� l'expression : Etre au septi�me ciel, pour exprimer un parfait bonheur. Les Musulmans en admettent neuf, dans chacun desquels s'augmente la f�licit� des croyants. L'astronome Ptol�m�e[1] en comptait onze, dont le dernier �tait appel� Empyr�e[2], � cause de l'�clatante lumi�re qui y r�gne. C'est encore aujourd'hui le nom po�tique donn� au lieu de la gloire �ternelle. La th�ologie chr�tienne reconna�t trois cieux : le premier est celui de la r�gion de l'air et des nuages ; le second est l'espace o� se meuvent les astres ; le troisi�me, au-del� de la r�gion des astres, est la demeure du Tr�s-Haut, le s�jour des �lus qui contemplent Dieu face � face. C'est d'apr�s cette croyance qu'on dit que saint Paul fut enlev� au troisi�me ciel.

2. - Les diff�rentes doctrines concernant le s�jour des bienheureux reposent toutes sur la double erreur que la terre est le centre de l'univers, et que la r�gion des astres est limit�e. C'est par-del� cette limite imaginaire que toutes ont plac� ce s�jour fortun� et la demeure du Tout-Puissant. Singuli�re anomalie qui place l'auteur de toutes choses, celui qui les gouverne toutes, aux confins de la cr�ation, au lieu du centre d'o� le rayonnement de sa pens�e pouvait s'�tendre � tout !

3. - La science, avec l'inexorable logique des faits et de l'observation, a port� son flambeau jusque dans les profondeurs de l'espace, et montr� le n�ant de toutes ces th�ories. La terre n'est plus le pivot de l'univers, mais un des plus petits astres roulant dans l'immensit� ; le soleil lui-m�me n'est que le centre d'un tourbillon plan�taire ; les �toiles sont d'innombrables soleils autour desquels circulent des mondes innombrables, s�par�s par des distances � peine accessibles � la pens�e, quoiqu'ils nous semblent se toucher. Dans cet ensemble, r�gi par des lois �ternelles o� se r�v�lent la sagesse et la toute-puissance du Cr�ateur, la terre n'appara�t que comme un point imperceptible, et l'un des moins favoris�s pour l'habitabilit�. D�s lors, on se demande pourquoi Dieu en aurait fait l'unique si�ge de la vie et y aurait rel�gu� ses cr�atures de pr�dilection ? Tout au contraire, annonce que la vie est partout, que l'humanit� est infinie comme l'univers. La science nous r�v�lant des mondes semblables � la terre, Dieu ne pouvait les avoir cr��s sans but ; il a d� les peupler d'�tres capables de les gouverner.

4. - Les id�es de l'homme sont en raison de ce qu'il sait ; comme toutes les d�couvertes importantes, celle de la constitution des mondes a d� leur donner un autre cours. Sous l'empire de ces nouvelles connaissances, les croyances ont d� se modifier : le ciel a �t� d�plac� ; la r�gion des �toiles, �tant sans limites, ne peut plus lui en servir. O� est-il ? Devant cette question, toutes les religions restent muettes.

Le Spiritisme vient la r�soudre en d�montrant la v�ritable destin�e de l'homme. La nature de ce dernier, et les attributs de Dieu �tant pris pour point de d�part, on arrive � la conclusion ; c'est-�-dire qu'en partant du connu on arrive � l'inconnu par une d�duction logique, sans parler des observations directes que permet de faire le Spiritisme.

5. - L'homme est compos� du corps et de l'Esprit ; l'Esprit est l'�tre principal, l'�tre de raison, l'�tre intelligent ; le corps est l'enveloppe mat�rielle que rev�t temporairement l'Esprit pour l'accomplissement de sa mission sur la terre et l'ex�cution du travail n�cessaire � son avancement. Le corps, us�, se d�truit, et l'Esprit survit � sa destruction. Sans l'Esprit, le corps n'est qu'une mati�re inerte, comme un instrument priv� du bras que le fait agir ; sans le corps, l'Esprit est tout : la vie et l'intelligence. En quittant le corps, il rentre dans le monde spirituel d'o� il �tait sorti pour s'incarner.

Il y a donc le monde corporel, compos� des Esprits incarn�s, et le monde spirituel, form� des Esprits d�sincarn�s. Les �tres du monde corporel, par le fait m�me de leur enveloppe mat�rielle, sont attach�s � la terre ou � un globe quelconque ; le monde spirituel est partout, autour de nous et dans l'espace ; aucune limite ne lui est assign�e. En raison de la nature fluidique de leur enveloppe, les �tres qui le composent, au lieu de se tra�ner p�niblement sur le sol, franchissent les distances avec la rapidit� de la pens�e. La mort du corps est la rupture des liens qui les retenaient captifs.

6. - Les Esprits sont cr��s simples et ignorants, mais avec l'aptitude � tout acqu�rir et � progresser, en vertu de leur libre arbitre. Par le progr�s, ils acqui�rent de nouvelles connaissances, de nouvelles facult�s, de nouvelles perceptions, et, par suite, de nouvelles jouissances inconnues aux Esprits inf�rieurs ; ils voient, entendent, sentent et comprennent ce que les Esprits arri�r�s ne peuvent ni voir, ni entendre, ni sentir, ni comprendre. Le bonheur est en raison du progr�s accompli ; de sorte que, de deux Esprits, l'un peut n'�tre pas aussi heureux que l'autre, uniquement parce qu'il n'est pas aussi avanc� intellectuellement et moralement, sans qu'ils aient besoin d'�tre chacun dans un lieu distinct. Quoique �tant � c�t� l'un de l'autre, l'un peut �tre dans les t�n�bres, tandis que tout est resplendissant autour de l'autre, absolument comme pour un aveugle et un voyant qui se donnent la main ; l'un per�oit la lumi�re, qui ne fait aucune impression sur son voisin. Le bonheur des Esprits �tant inh�rent aux qualit�s qu'ils poss�dent, ils le puisent partout o� ils le trouvent, � la surface de la terre, au milieu des incarn�s ou dans l'espace.

Une comparaison vulgaire fera mieux encore comprendre cette situation. Si, dans un concert, se trouvent deux hommes, l'un bon musicien � l'oreille exerc�e, l'autre sans connaissance de la musique et au sens de l'ou�e peu d�licat, le premier �prouve une sensation de bonheur, tandis que le second reste insensible, parce que l'un comprend et per�oit ce qui ne fait aucune impression sur l'autre. Ainsi en est-il de toutes les jouissances des Esprits, qui sont en raison de l'aptitude � les ressentir. Le monde spirituel a partout des splendeurs, des harmonies et des sensations que les Esprits inf�rieurs, encore soumis � l'influence de la mati�re, n'entrevoient m�me pas, et qui ne sont accessibles qu'aux Esprits �pur�s.

7. - Le progr�s, chez les Esprits, est le fruit de leur propre travail ; mais, comme ils sont libres, ils travaillent � leur avancement avec plus ou moins d'activit� ou de n�gligence, selon leur volont� ; ils h�tent ainsi ou retardent leur progr�s, et par suite leur bonheur. Tandis que les uns avancent rapidement, d'autres croupissent de longs si�cles dans les rangs inf�rieurs. Ils sont donc les propres artisans de leur situation, heureuse ou malheureuse, selon cette parole du Christ : �A chacun selon ses oeuvres !� Tout Esprit qui reste en arri�re ne peut s'en prendre qu'� lui-m�me, de m�me que celui qui avance en a tout le m�rite ; le bonheur qu'il a conquis n'en a que plus de prix � ses yeux.

Le bonheur supr�me n'est le partage que des Esprits parfaits, autrement dit des purs Esprits. Ils ne l'atteignent qu'apr�s avoir progress� en intelligence et en moralit�. Le progr�s intellectuel et le progr�s moral marchent rarement de front ; mais ce que l'Esprit ne fait pas dans un temps, il le fait dans un autre, de sorte que les deux progr�s finissent par atteindre le m�me niveau. C'est la raison pour laquelle on voit souvent des hommes intelligents et instruits tr�s peu avanc�s moralement et r�ciproquement.

8. - L'incarnation est n�cessaire au double progr�s moral et intellectuel de l'Esprit : au progr�s intellectuel, par l'activit� qu'il est oblig� de d�ployer dans le travail ; au progr�s moral, par le besoin que les hommes ont les uns des autres. La vie sociale est la pierre de touche des bonnes et des mauvaises qualit�s. La bont�, la m�chancet�, la douceur, la violence, la bienveillance, la charit�, l'�go�sme, l'avarice, l'orgueil, l'humilit�, la sinc�rit�, la franchise, la loyaut�, la mauvaise foi, l'hypocrisie, en un mot tout ce qui constitue l'homme de bien ou l'homme pervers a pour mobile, pour but et pour stimulant les rapports de l'homme avec ses semblables ; pour l'homme qui vivrait seul, il n'y aurait ni vices ni vertus ; si, par l'isolement, il se pr�serve du mal, il annule le bien.

9. - Une seule existence corporelle est manifestement insuffisante pour que l'Esprit puisse acqu�rir tout ce qui lui manque en bien et se d�faire de tout ce qui est mauvais en lui. Le sauvage, par exemple, pourrait-il jamais, dans une seule incarnation, atteindre le niveau moral et intellectuel de l'Europ�en le plus avanc� ? Cela est mat�riellement impossible. Doit-il donc rester �ternellement dans l'ignorance et la barbarie, priv� des jouissances que peut seul procurer le d�veloppement des facult�s ? Le simple bon sens repousse une telle supposition, qui serait � la fois la n�gation de la justice et de la bont� de Dieu et celle de la loi progressive de la nature. C'est pourquoi Dieu, qui est souverainement juste et bon, accorde � l'Esprit de l'homme autant d'existences que cela est n�cessaire pour arriver au but, qui est la perfection.

Dans chaque existence nouvelle, l'Esprit apporte ce qu'il a acquis dans les pr�c�dentes en aptitudes, en connaissances intuitives, en intelligence et en moralit�. Chaque existence est ainsi un pas en avant dans la voie du progr�s [3].

L'incarnation est inh�rente � l'inf�riorit� des Esprits ; elle n'est plus n�cessaire � ceux qui en ont franchi la limite et qui progressent � l'�tat spirituel, ou dans les existences corporelles des mondes sup�rieurs qui n'ont plus rien de la mat�rialit� terrestre. De la part de ceux-ci, elle est volontaire, en vue d'exercer sur les incarn�s une action plus directe pour l'accomplissement de la mission dont ils sont charg�s aupr�s d'eux. Ils en acceptent les vicissitudes et les souffrances par d�vouement.

10. - Dans l'intervalle des existences corporelles, l'Esprit rentre pour un temps plus ou moins long dans le monde spirituel, o� il est heureux ou malheureux, selon le bien ou le mal qu'il a fait. L'�tat spirituel est l'�tat normal de l'Esprit, puisque ce doit �tre son �tat d�finitif, et que le corps spirituel ne meurt pas ; l'�tat corporel n'est que transitoire et passager. C'est � l'�tat spirituel surtout qu'il recueille les fruits du progr�s accompli par son travail dans l'incarnation ; c'est alors aussi qu'il se pr�pare � de nouvelles luttes et prend les r�solutions qu'il s'efforcera de mettre en pratique � son retour dans l'humanit�.

L'Esprit progresse �galement dans l'erraticit� ; il y puise des connaissances sp�ciales qu'il ne pouvait acqu�rir sur la terre ; ses id�es s'y modifient. L'�tat corporel et l'�tat spirituel sont pour lui la source de deux genres de progr�s solidaires l'un de l'autre ; c'est pourquoi il passe alternativement dans ces deux modes d'existence.

11. - La r�incarnation peut avoir lieu sur la terre ou dans d'autres mondes. Parmi les mondes, il en est de plus avanc�s les uns que les autres, o� l'existence s'accomplit dans des conditions moins p�nibles que sur la terre, physiquement et moralement, mais o� ne sont admis que des Esprits arriv�s � un degr� de perfection en rapport avec l'�tat de ces mondes.

La vie dans les mondes sup�rieurs est d�j� une r�compense, car on y est exempt des maux et des vicissitudes auxquels on est en butte ici-bas. Les corps, moins mat�riels, presque fluidiques, n'y sont sujets ni aux maladies, ni aux infirmit�s, ni aux m�mes besoins. Les mauvais Esprits en �tant exclus, les hommes y vivent en paix, sans autre soin que celui de leur avancement par le travail de l'intelligence. L�, r�gnent la v�ritable fraternit�, parce qu'il n'y a pas d'�go�sme ; la v�ritable �galit�, parce qu'il n'y a pas d'orgueil ; la v�ritable libert�, parce qu'il n'y a pas de d�sordres � r�primer, ni d'ambitieux cherchant � opprimer le faible. Compar�s � la terre, ces mondes sont de v�ritables paradis ; ce sont les �tapes de la route du progr�s qui conduit � l'�tat d�finitif. La terre �tant un monde inf�rieur destin� � l'�puration des Esprits imparfaits, c'est la raison pour laquelle le mal y domine jusqu'� ce qu'il plaise � Dieu d'en faire le s�jour des Esprits plus avanc�s.

C'est ainsi que l'Esprit, progressant graduellement � mesure qu'il se d�veloppe, arrive � l'apog�e de la f�licit� ; mais, avant d'avoir atteint le point culminant de la perfection, il jouit d'un bonheur relatif � son avancement. Tel l'enfant go�te les plaisirs du premier �ge, plus tard ceux de la jeunesse, et finalement ceux plus solides de l'�ge m�r.

12. - La f�licit� des Esprits bienheureux n'est pas dans l'oisivet� contemplative, qui serait, comme il a souvent �t� dit, une �ternelle et fastidieuse inutilit�. La vie spirituelle, � tous les degr�s, est au contraire une constante activit�, mais une activit� exempte de fatigues. Le supr�me bonheur consiste dans la jouissance de toutes les splendeurs de la cr�ation, qu'aucun langage humain ne saurait rendre, que l'imagination la plus f�conde ne saurait concevoir ; dans la connaissance et la p�n�tration de toutes choses ; dans l'absence de toute peine physique et morale ; dans une satisfaction intime, une s�r�nit� d'�me que rien n'alt�re ; dans l'amour pur qui unit tous les �tres, par suite de l'absence de tout froissement par le contact des m�chants, et, par-dessus tout, dans la vue de Dieu et dans la compr�hension de ses myst�res r�v�l�s aux plus dignes. Elle est aussi dans les fonctions dont on est heureux d'�tre charg�. Les purs Esprits sont les Messies ou messagers de Dieu pour la transmission et l'ex�cution de ses volont�s ; ils accomplissent les grandes missions, pr�sident � la formation des mondes et � l'harmonie g�n�rale de l'univers, charge glorieuse � laquelle on n'arrive que par la perfection. Ceux de l'ordre le plus �lev� sont seuls dans les secrets de Dieu, s'inspirant de sa pens�e, dont ils sont les repr�sentants directs.

13. - Les attributions des Esprits sont proportionn�es � leur avancement, aux lumi�res qu'ils poss�dent, � leurs capacit�s, � leur exp�rience et au degr� de confiance qu'ils inspirent au souverain Ma�tre. L�, point de privil�ge, point de faveurs qui ne soient le prix du m�rite : tout est mesur� au poids de la stricte justice. Les missions les plus importantes ne sont confi�es qu'� ceux que Dieu sait propres � les remplir et incapables d'y faillir ou de les compromettre. Tandis que, sous l'oeil m�me de Dieu, les plus dignes composent le conseil supr�me, � des chefs sup�rieurs est d�volue la direction des tourbillons plan�taires ; � d'autres est conf�r�e celle des mondes sp�ciaux. Viennent ensuite, dans l'ordre de l'avancement et de la subordination hi�rarchique, les attributions plus restreintes de ceux qui sont pr�pos�s � la marche des peuples, � la protection des familles et des individus, � l'impulsion de chaque branche du progr�s, aux diverses op�rations de la nature jusqu'aux plus infimes d�tails de la cr�ation. Dans ce vaste et harmonieux ensemble, il y a des occupations pour toutes les capacit�s, toutes les aptitudes, toutes les bonnes volont�s ; occupations accept�es avec joie, sollicit�es avec ardeur, parce que c'est un moyen d'avancement pour les Esprits qui aspirent � s'�lever.

14. - A c�t� des grandes missions confi�es aux Esprits sup�rieurs, il y en a de tous les degr�s d'importance, d�volues aux Esprits de tous ordres ; d'o� l'on peut dire que chaque incarn� a la sienne, c'est-�-dire des devoirs � remplir, pour le bien de ses semblables, depuis le p�re de famille � qui incombe le soin de faire progresser ses enfants, jusqu'� l'homme de g�nie qui jette dans la soci�t� de nouveaux �l�ments de progr�s. C'est dans ces missions secondaires que l'on rencontre souvent des d�faillances, des pr�varications, des renoncements, mais qui ne nuisent qu'� l'individu et non � l'ensemble.

15. - Toutes les intelligences concourent donc � l'oeuvre g�n�rale, � quelque degr� qu'elles soient arriv�es, et chacune dans la mesure de ses forces ; les unes � l'�tat d'incarnation, les autres � l'�tat d'Esprit. Partout l'activit�, depuis le bas jusqu'au haut de l'�chelle, toutes s'instruisant, s'entraidant, se pr�tant un mutuel appui, se tendant la main pour atteindre le sommet.

Ainsi s'�tablit la solidarit� entre le monde spirituel et le monde corporel, autrement dit entre les hommes et les Esprits, entre les Esprits libres et les Esprits captifs. Ainsi se perp�tuent et se consolident, par l'�puration et la continuit� des rapports, les sympathies v�ritables, les affections saintes.

Partout donc, la vie et le mouvement ; pas un coin de l'infini qui ne soit peupl� ; pas une r�gion qui ne soit incessamment parcourue par d'innombrables l�gions d'�tres radieux, invisibles pour les sens grossiers des incarn�s, mais dont la vue ravit d'admiration et de joie les �mes d�gag�es de la mati�re. Partout, enfin, il y a un bonheur relatif pour tous les progr�s, pour tous les devoirs accomplis ; chacun porte en soi les �l�ments de son bonheur, en raison de la cat�gorie o� le place son degr� d'avancement.

Le bonheur tient aux qualit�s propres des individus, et non � l'�tat mat�riel du milieu o� ils se trouvent ; il est donc partout o� il y a des Esprits capables d'�tre heureux ; nulle place circonscrite ne lui est assign�e dans l'univers. En quelque lieu qu'ils se trouvent, les purs Esprits peuvent contempler la majest� divine, parce que Dieu est partout.

16. - Cependant, le bonheur n'est point personnel ; si on ne le puisait qu'en soi-m�me, si on ne pouvait le faire partager � d'autres, il serait �go�ste et triste ; il est aussi dans la communion de pens�es qui unit les �tres sympathiques. Les Esprits heureux, attir�s les uns vers les autres par la similitude des id�es, des go�ts, des sentiments, forment de vastes groupes ou familles homog�nes, au sein desquelles chaque individualit� rayonne de ses propres qualit�s, et se p�n�tre des effluves sereins et bienfaisants qui �manent de l'ensemble, dont les membres, tant�t se dispersent pour vaquer � leur mission, tant�t s'assemblent sur un point quelconque de l'espace pour se faire part du r�sultat de leurs travaux, tant�t se r�unissent autour d'un Esprit d'un ordre plus �lev� pour recevoir ses avis et ses instructions.

17. - Bien que les Esprits soient partout, les mondes sont les foyers o� ils s'assemblent de pr�f�rence, en raison de l'analogie qui existe entre eux et ceux qui les habitent. Autour des mondes avanc�s abondent des Esprits sup�rieurs ; autour des mondes arri�r�s pullulent les Esprits inf�rieurs. La terre est encore un de ces derniers. Chaque globe a donc, en quelque sorte, sa population propre en Esprits incarn�s et d�sincarn�s, qui s'alimente en majeure partie par l'incarnation et la d�sincarnation des m�mes Esprits. Cette population est plus stable dans les mondes inf�rieurs, o� les Esprits sont plus attach�s � la mati�re, et plus flottante dans les mondes sup�rieurs. Mais, des mondes, foyers de lumi�re et de bonheur, des Esprits se d�tachent vers les mondes inf�rieurs pour y semer les germes du progr�s, y porter la consolation et l'esp�rance, relever les courages abattus par les �preuves de la vie, et parfois s'y incarnent pour accomplir leur mission avec plus d'efficacit�.

18. - Dans cette immensit� sans bornes, o� donc est le ciel ? Il est partout ; nulle enceinte ne lui sert de limites ; les mondes heureux sont les derni�res stations qui y conduisent ; les vertus en frayent le chemin, les vices en interdisent l'acc�s.

A c�t� de ce tableau grandiose qui peuple tous les coins de l'univers, qui donne � tous les objets de la cr�ation un but et une raison d'�tre, qu'elle est petite et mesquine la doctrine qui circonscrit l'humanit� sur un imperceptible point de l'espace, qui nous la montre commen�ant � un instant donn� pour finir �galement un jour avec le monde qui la porte, n'embrassant ainsi qu'une minute dans l'�ternit� ! Qu'elle est triste, froide et glaciale, quand elle nous montre le reste de l'univers avant, pendant et apr�s l'humanit� terrestre, sans vie, sans mouvement, comme un immense d�sert plong� dans le silence ! Qu'elle est d�sesp�rante, par la peinture qu'elle fait du petit nombre des �lus vou�s � la contemplation perp�tuelle, tandis que la majorit� des cr�atures est condamn�e � des souffrances sans fin ! Qu'elle est navrante, pour les coeurs aimants, par la barri�re qu'elle pose entre les morts et les vivants ! Les �mes heureuses, dit-on, ne pensent qu'� leur bonheur ; celles qui sont malheureuses, � leurs douleurs. Est-il �tonnant que l'�go�sme r�gne sur la terre, quand on le montre dans le ciel ? Combien alors est �troite l'id�e qu'elle donne de la grandeur, de la puissance et de la bont� de Dieu !

Combien est sublime, au contraire, celle qu'en donne le Spiritisme ! Combien sa doctrine grandit les id�es, �largit la pens�e ! - Mais qui dit qu'elle est vraie ? La raison d'abord, la r�v�lation ensuite, puis sa concordance avec le progr�s de la science. Entre deux doctrines dont l'une amoindrit et l'autre �tend les attributs de Dieu ; dont l'une est en d�saccord et l'autre en harmonie avec le progr�s ; dont l'une reste en arri�re et l'autre marche en avant, le bon sens dit de quel c�t� est la v�rit�. Qu'en pr�sence des deux, chacun, dans son for int�rieur, interroge ses aspirations, et une voix intime lui r�pondra. Les aspirations sont la voix de Dieu, qui ne peut tromper les hommes.

19. - Mais alors pourquoi Dieu ne leur a-t-il pas, d�s le principe, r�v�l� toute la v�rit� ? Par la m�me raison qu'on n'enseigne pas � l'enfance ce qu'on enseigne � l'�ge m�r. La r�v�lation restreinte �tait suffisante pendant une certaine p�riode de l'humanit� : Dieu la proportionne aux forces de l'Esprit. Ceux-ci re�oivent aujourd'hui une r�v�lation plus compl�te sous les m�mes Esprits qui en ont d�j� re�u une partielle en d'autre temps, mais qui depuis lors ont grandi en intelligence.

Avant que la science e�t r�v�l� aux hommes les forces vives de la nature, la constitution des astres, le v�ritable r�le et la formation de la terre, auraient-ils compris l'immensit� de l'espace, la pluralit� des mondes ? Avant que la g�ologie e�t prouv� la formation de la terre, auraient-ils pu d�loger l'enfer de son sein, et comprendre le sens all�gorique des six jours de la cr�ation ? Avant que l'astronomie e�t d�couvert les lois qui r�gissent l'univers, auraient-ils pu comprendre qu'il n'y a ni haut ni bas dans l'espace, que le ciel n'est pas au-dessus des nuages, ni born� par les �toiles ? Avant les progr�s de la science psychologique, auraient-ils pu s'identifier avec la vie spirituelle ? concevoir, apr�s la mort, une vie heureuse ou malheureuse, autrement que dans un lieu circonscrit et sous une forme mat�rielle ? Non ; comprenant plus par les sens que par la pens�e, l'univers �tait trop vaste pour leur cerveau ; il fallait le r�duire � des proportions moins �tendues pour le mettre � leur point de vue, sauf � l'�tendre plus tard. Une r�v�lation partielle avait son utilit� ; elle �tait sage alors, elle est insuffisante aujourd'hui. Le tort est � ceux qui, ne tenant point compte du progr�s des id�es, croient pouvoir gouverner des hommes m�rs avec les lisi�res de l'enfance. (Voir Evangile selon le Spiritisme, chap. III.)

 



[1]��� Ptol�m�e vivait � Alexandrie, en Egypte, au deuxi�me si�cle de l'�re chr�tienne.

[2]��� Du grec, pur ou pyr, feu.

[3]��� Voir la note, chapitre I, n� 3, note 1.

 



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