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CHAPITRE VIII
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LES ANGES.

Les anges selon l'Eglise. - R�futation. - Les anges selon le Spiritisme.

LES ANGES SELON L'EGLISE.

1. - Toutes les religions ont eu, sous divers noms, des anges, c'est-�-dire des �tres sup�rieurs � l'humanit�, interm�diaires entre Dieu et les hommes. Le mat�rialisme, niant toute existence spirituelle en dehors de la vie organique, a naturellement rang� les anges parmi les fictions et les all�gories. La croyance aux anges fait partie essentielle des dogmes de l'Eglise ; voici comment elle les d�finit[1]:

2. - �Nous croyons fermement, dit un concile g�n�ral et oecum�nique[2], qu'il n'y a qu'un seul vrai Dieu, �ternel et infini, lequel, au commencement du temps, a tir� tout ensemble du n�ant l'une et l'autre cr�ature, la spirituelle et la corporelle, l'ang�lique et la mondaine, et ensuite a form�, comme moyenne entre les deux, la nature humaine, compos�e de corps et d'esprit.

�Tel est, selon la foi, le plan divin dans l'oeuvre de la cr�ation ; plan majestueux et complet, comme il convenait � la sagesse �ternelle. Ainsi con�u, il offre � nos pens�es l'�tre � tous les degr�s et dans toutes les conditions. Dans la sph�re la plus �lev�e apparaissent l'existence et la vie purement spirituelles ; au dernier rang, l'existence et la vie purement mat�rielles ; et dans le milieu qui les s�pare, une merveilleuse union des deux substances, une vie commune tout � la fois � l'esprit intelligent et au corps organis�.

�Notre �me est d'une nature simple et indivisible ; mais elle est born�e dans ses facult�s. L'id�e que nous avons de la perfection nous fait comprendre qu'il peut y avoir d'autres �tres simples comme elle, et sup�rieurs par leurs qualit�s et leurs privil�ges. Elle est grande et noble ; mais elle est associ�e � la mati�re, servie par de fragiles organes, limit�e dans son action et dans sa puissance. Pourquoi n'y aurait-il pas d'autres natures plus nobles encore, affranchies de cet esclavage et de ces entraves, dou�es d'une force plus grande et d'une activit� incomparable ? Avant que Dieu e�t plac� l'homme sur la terre pour le conna�tre, l'aimer et le servir, n'avait-il point d� appeler d�j� d'autres cr�atures � composer sa cour c�leste et � l'adorer au s�jour de sa gloire ? Dieu, enfin, re�oit des mains de l'homme le tribut d'honneur et l'hommage de cet univers ; est-il �tonnant qu'il re�oive des mains de l'ange l'encens et la pri�re de l'homme ? Si donc les anges n'existaient pas, le grand ouvrage du Cr�ateur n'aurait pas le couronnement et la perfection dont il �tait susceptible ; ce monde, qui atteste sa toute-puissance, ne serait plus le chef-d'oeuvre de sa sagesse ; notre raison elle-m�me, quoique faible et d�bile, pourrait facilement le concevoir plus complet et plus achev�.

�A chaque page des livres sacr�s de l'Ancien et du Nouveau Testament, il est fait mention de ces sublimes intelligences, dans des invocations pieuses ou dans des traits d'histoire. Leur intervention appara�t manifestement dans la vie des patriarches et des proph�tes. Dieu se sert de leur minist�re, tant�t pour intimer ses volont�s, tant�t pour annoncer les �v�nements futurs ; il en fait presque toujours les organes de sa justice ou de sa mis�ricorde. Leur pr�sence est m�l�e aux diverses circonstances de la naissance, de la vie et de la passion du Sauveur ; leur souvenir est ins�parable de celui des grands hommes et des faits les plus importants de l'antiquit� religieuse. Il se trouve m�me au sein du polyth�isme, et sous les fables de la mythologie ; car la croyance dont il s'agit est aussi ancienne et aussi universelle que le monde ; le culte que les Pa�ens rendaient aux bons et aux mauvais g�nies n'�tait qu'une fausse application de la v�rit�, un reste d�g�n�r� du dogme primitif.

�Les paroles du saint concile de Latran contiennent une distinction fondamentale entre les anges et les hommes. Elles nous enseignent que les premiers sont de purs Esprits, tandis que ceux-ci sont compos�s d'un corps et d'une �me ; c'est-�-dire que la nature ang�lique se soutient par elle-m�me, non seulement sans m�lange, mais encore sans association r�elle possible avec la mati�re, quelque l�g�re et subtile qu'on la suppose ; tandis que notre �me, �galement spirituelle, est associ�e au corps de mani�re � ne former avec lui qu'une seule et m�me personne, et que telle est essentiellement sa destination.

�Tant que dure cette union si intime de l'�me avec le corps, ces deux substances ont une vie commune, et exercent l'une sur l'autre une influence r�ciproque ; l'�me ne peut s'affranchir enti�rement de la condition imparfaite qui en r�sulte pour elle : ses id�es lui arrivent par les sens, par la comparaison des objets ext�rieurs, et toujours sous des images plus ou moins apparentes. De l� vient qu'elle ne peut se contempler elle-m�me, et qu'elle ne peut se repr�senter Dieu et les anges sans leur supposer quelque forme visible et palpable. C'est pourquoi les anges, pour se faire voir aux saints et aux proph�tes, ont d� avoir recours � des figures corporelles ; mais ces figures n'�taient que des corps a�riens qu'ils faisaient mouvoir sans s'identifier avec eux, ou des attributs symboliques en rapport avec la mission dont ils �taient charg�s.

�Leur �tre et leurs mouvements ne sont pas localis�s et circonscrits dans un point fixe et limit� de l'espace. N'�tant attach�s � aucun corps, ils ne peuvent �tre arr�t�s et born�s, comme nous le sommes, par d'autres corps ; ils n'occupent aucune place et ne remplissent aucun vide ; mais, de m�me que notre �me est tout enti�re dans notre corps et dans chacune de ses parties, de m�me ils sont tout entiers, et presque simultan�ment, sur tous les points et dans toutes les parties du monde ; plus prompts que la pens�e, ils peuvent �tre partout en un clin d'oeil et y op�rer par eux-m�mes, sans autres obstacles � leurs desseins que la volont� de Dieu et la r�sistance de la libert� humaine.

�Pendant que nous sommes r�duits � ne voir que peu � peu, et dans une certaine mesure, les choses qui sont hors de nous, et que les v�rit�s de l'ordre surnaturel nous apparaissent comme en �nigme et dans un miroir, suivant l'expression de l'ap�tre saint Paul, ils voient sans effort ce qu'il leur importe de savoir, et ils sont en rapport imm�diat avec l'objet de leur pens�e. Leurs connaissances ne sont point le r�sultat de l'induction et du raisonnement, mais de cette intuition claire et profonde qui embrasse tout ensemble le genre et les esp�ces qui en d�rivent, les principes et les cons�quences qui en d�coulent.

�La distance des temps, la diff�rence des lieux, la multiplicit� des objets ne peuvent produire aucune confusion dans leur esprit.

�L'essence divine, �tant infinie, est incompr�hensible ; elle a des myst�res et des profondeurs qu'ils ne peuvent p�n�trer. Les desseins particuliers de la providence leur sont cach�s ; mais elle leur en d�voile le secret, lorsqu'elle les charge, dans certaines circonstances, de les annoncer aux hommes.

�Les communications de Dieu aux anges, et des anges entre eux, ne se font point, comme parmi nous, au moyen des sons articul�s et des autres signes sensibles. Les pures intelligences n'ont besoin ni des yeux pour voir, ni des oreilles pour entendre ; elles n'ont point non plus l'organe de la voix pour manifester leurs pens�es, cet interm�diaire habituel de nos entretiens ne leur est pas n�cessaire ; mais elles communiquent leurs sentiments d'une mani�re qui leur est propre et qui est toute spirituelle. Pour �tre comprises, il leur suffit de le vouloir.

�Dieu seul conna�t le nombre des anges. Ce nombre, sans doute, ne saurait �tre infini, et il ne l'est point ; mais, d'apr�s les auteurs sacr�s et les saints docteurs, il est tr�s consid�rable et vraiment prodigieux. S'il est naturel de proportionner le nombre des habitants d'une ville � sa grandeur et � son �tendue, la terre n'�tant qu'un atome en comparaison du firmament et des immenses r�gions de l'espace, il faut en conclure que le nombre des habitants du ciel et de l'air est beaucoup plus grand que celui des hommes.

�Puisque la majest� des rois emprunte son �clat au nombre de leurs sujets, de leurs officiers et de leurs serviteurs, qu'y a-t-il de plus propre � nous donner une id�e de la majest� du Roi des rois que cette multitude innombrable des anges qui peuplent le ciel de la terre, la mer et les ab�mes, et la dignit� de ceux qui demeurent sans cesse prostern�s ou debout devant son tr�ne ?

�Les P�res de l'Eglise et les th�ologiens enseignent g�n�ralement que les anges sont distribu�s en trois grandes hi�rarchies ou principaut�s, et chaque hi�rarchie en trois compagnies ou choeurs.

�Ceux de la premi�re et de la plus haute hi�rarchie sont d�sign�s en cons�quence des fonctions qu'ils remplissent au ciel. Les uns sont appel�s S�raphins, parce qu'ils sont comme embras�s devant Dieu des ardeurs de la charit� ; ceux-ci Ch�rubins, parce qu'ils sont un reflet lumineux de sa sagesse ; ceux-l� les Tr�nes, parce qu'ils proclament sa grandeur et en font resplendir l'�clat.

�Ceux de la seconde hi�rarchie re�oivent leurs noms des op�rations qui leur sont attribu�es dans le gouvernement g�n�ral de l'univers ; ce sont : les Dominations, qui assignent aux anges des ordres inf�rieurs leurs missions et leurs charges ; les Vertus, qui accomplissent les prodiges r�clam�s par les grands int�r�ts de l'Eglise et du genre humain ; les Puissances, qui prot�gent par leur force et leur vigilance les lois qui r�gissent le monde physique et moral.

�Ceux de la troisi�me hi�rarchie ont en partage la direction des soci�t�s et des personnes ; ce sont les Principaut�s, pr�pos�es aux royaumes, aux provinces et aux dioc�ses ; les Archanges, qui transmettent les messages de haute importance ; les Anges gardiens, ceux qui accompagnent chacun de nous pour veiller � notre s�curit� et � notre sanctification.�

REFUTATION.

3. - Le principe g�n�ral qui ressort de cette doctrine, c'est que les anges sont des �tres purement spirituels, ant�rieurs et sup�rieurs � l'humanit�, cr�atures privil�gi�es vou�es au bonheur supr�me et �ternel d�s leur formation ; dou�es, par leur nature m�me, de toutes les vertus et de toutes les connaissances, sans avoir rien fait pour les acqu�rir. Ils sont au premier rang dans l'oeuvre de la cr�ation ; au dernier rang, la vie purement mat�rielle, et entre les deux l'humanit� form�e des �mes, �tres spirituels, inf�rieurs aux anges, unis � des corps mat�riels.

Plusieurs difficult�s capitales r�sultent de ce syst�me. Quelle est, d'abord, cette vie purement mat�rielle ? S'agit-il de la mati�re brute ? Mais la mati�re brute est inanim�e et n'a pas de vie par elle-m�me. Veut-on parler des plantes et des animaux ? Ce serait alors un quatri�me ordre dans la cr�ation, car on ne peut nier qu'il y ait dans l'animal intelligent plus que dans une plante, et dans celle-ci plus que dans une pierre. Quant � l'�me humaine, qui est la transition, elle est unie directement � un corps qui n'est que de la mati�re brute, car, sans �me, il n'a pas plus de vie qu'une motte de terre.

Cette division manque �videmment de clart�, et ne s'accorde point avec l'observation ; elle ressemble � la th�orie des quatre �l�ments tomb�e devant les progr�s de la science. Admettons pourtant ces trois termes : la cr�ature spirituelle, la cr�ature humaine et la cr�ature corporelle ; tel est, dit-on, le plan divin, plan majestueux et complet, comme il convenait � la sagesse �ternelle. Remarquons d'abord qu'entre ces trois termes, il n'y a aucune liaison n�cessaire ; ce sont trois cr�ations distinctes, form�es successivement ; de l'une � l'autre, il y a solution de continuit� ; tandis que, dans la nature, tout s'encha�ne, tout nous montre une admirable loi d'unit�, dont tous les �l�ments, qui ne sont que des transformations les uns des autres, ont leur trait d'union. Cette th�orie est vraie, en ce sens que ces trois termes existent �videmment ; seulement, elle est incompl�te : il y manque les points de contact, ainsi qu'il est facile de le d�montrer.

4. - Ces trois points culminants de la cr�ation sont, dit l'Eglise, n�cessaires � l'harmonie de l'ensemble ; qu'il y en ait un seul de moins, l'oeuvre est incompl�te, et n'est plus selon la sagesse �ternelle. Cependant, un des dogmes fondamentaux de la religion dit que la terre, les animaux, les plantes, le soleil, les �toiles, la lumi�re m�me ont �t� cr��s et tir�s du n�ant il y a six mille ans. Avant cette �poque, il n'y avait donc ni cr�ature humaine, ni cr�ature corporelle ; pendant l'�ternit� �coul�e, l'oeuvre divine �tait donc rest�e imparfaite. La cr�ation de l'univers remontant � six mille ans est un article de foi tellement capital, qu'il y a peu d'ann�es encore, la science �tait anath�matis�e parce qu'elle venait d�truire la chronologie biblique en prouvant la haute antiquit� de la terre et de ses habitants.

Cependant le concile de Latran, concile oecum�nique qui fait loi en mati�re d'orthodoxie, dit : �Nous croyons fermement qu'il n'y a qu'un seul vrai Dieu, �ternel et infini, lequel, au commencement du temps, a tir� tout ensemble du n�ant l'une et l'autre cr�ature, la spirituelle et la corporelle.� Le commencement du temps ne peut s'entendre que de l'�ternit� �coul�e, car le temps est infini, comme l'espace : il n'a ni commencement ni fin. Cette expression : le commencement du temps est une figure qui implique l'id�e d'une ant�riorit� illimit�e. Le concile de Latran croit donc fermement que les cr�atures spirituelles et les cr�atures corporelles ont �t� form�es simultan�ment, et tir�es tout ensemble du n�ant � une �poque ind�termin�e dans le pass�. Que devient donc le texte biblique, qui fixe cette cr�ation � six mille ans de nos jours ? En admettant que ce soit l� le commencement de l'univers visible, ce n'est assur�ment pas celui du temps. Lequel croire, du concile ou de la Bible ?

5. - Le m�me concile formule en outre une �trange proposition : �Notre �me, dit-il, �galement spirituelle, est associ�e au corps de mani�re � ne former avec lui qu'une seule et m�me personne, et telle est essentiellement sa destination.� Si la destin�e essentielle de l'�me est d'�tre unie au corps, cette union constitue son �tat normal, c'est son but, sa fin, puisque telle est sa destination. Cependant, l'�me est immortelle et le corps est mortel ; son union avec le corps n'a lieu qu'une seule fois, selon l'Eglise, et f�t-elle d'un si�cle, qu'est-ce que cela aupr�s de l'�ternit� ? Mais, pour un tr�s grand nombre, elle est � peine de quelques heures ; de quelle utilit� peut �tre pour l'�me cette union �ph�m�re ? Quand, sur l'�ternit�, sa plus longue dur�e est un temps imperceptible, est-il exact de dire que sa destination est d'�tre essentiellement li�e au corps ? Cette union n'est en r�alit� qu'un incident, un point dans la vie de l'�me, et non son �tat essentiel.

Si la destination essentielle de l'�me est d'�tre unie � un corps mat�riel ; si, par sa nature et selon le but providentiel de sa cr�ation, cette union est n�cessaire aux manifestations de ses facult�s, il en faut conclure que, sans le corps, l'�me humaine est un �tre incomplet ; or, pour rester ce qu'elle est par sa destination, apr�s avoir quitt� un corps, il faut qu'elle en reprenne un autre, ce qui nous conduit � la pluralit� forc�e des existences, autrement dit � la r�incarnation � perp�tuit�. Il est vraiment �trange qu'un concile regard� comme une des lumi�res de l'Eglise ait identifi� � ce point l'�tre spirituel et l'�tre mat�riel, qu'ils ne peuvent en quelque sorte exister l'un sans l'autre, puisque la condition essentielle de leur cr�ation est d'�tre unis.

6. - Le tableau hi�rarchique des anges nous apprend que plusieurs ordres ont, dans leurs attributions, le gouvernement du monde physique et de l'humanit�, qu'ils ont �t� cr��s � cette fin. Mais, selon la Gen�se, le monde physique et l'humanit� n'existent que depuis six mille ans ; que faisaient donc ces anges avant ce temps-l�, pendant l'�ternit�, puisque les objets de leurs occupations n'existaient pas ? Les anges ont-ils �t� cr��s de toute �ternit� ? Cela doit �tre, puisqu'ils servent � la glorification du Tr�s-Haut. Si Dieu les e�t cr��s � une �poque d�termin�e quelconque, il e�t �t� jusque-l�, c'est-�-dire pendant une �ternit�, sans adorateurs.

7. - Plus loin, il est dit : �Tant que dure cette union si intime de l'�me avec le corps.� Il arrive donc un moment o� cette union n'existe plus ? proposition contredit celle qui fait de cette union la destination essentielle de l'�me.

Il est dit encore : �Les id�es lui arrivent par les sens, par la comparaison des objets ext�rieurs.� C'est l� une doctrine philosophique vraie en partie, mais non dans le sens absolu. C'est, selon l'�minent th�ologien, une condition inh�rente � la nature de l'�me, de ne recevoir les id�es que par les sens ; il oublie les id�es inn�es, les facult�s parfois si transcendantes, l'intuition des choses que l'enfant apporte en naissant et qu'il ne doit � aucune instruction. Par quel sens ces jeunes p�tres, calculateurs naturels qui ont �tonn� les savants, ont-ils acquis les id�es n�cessaires � la solution presque instantan�e des probl�mes les plus compliqu�s ? On en peut dire autant de certains musiciens, peintres et linguistes pr�coces.

�Les connaissances des anges ne sont point le r�sultat de l'induction et du raisonnement� ; ils savent parce qu'ils sont anges, sans avoir besoin d'apprendre ; Dieu les a cr��s tels : l'�me, au contraire, doit apprendre. Si l'�me ne re�oit les id�es que par les organes corporels, quelles sont celles que peut avoir l'�me d'un enfant mort au bout de quelques jours, en admettant avec l'Eglise qu'il ne renaisse pas ?

8. - Ici se pr�sente une question vitale : L'�me acquiert-elle des id�es et des connaissances apr�s la mort du corps ? Si, une fois d�gag�e du corps, elle ne peut rien acqu�rir, celle de l'enfant, du sauvage, du cr�tin, de l'idiot, de l'ignorant, restera toujours ce qu'elle �tait � la mort ; elle est vou�e � la nullit� pour l'�ternit�.

Si elle acquiert de nouvelles connaissances apr�s la vie actuelle, c'est qu'elle peut progresser. Sans le progr�s ult�rieur de l'�me, on arrive � des cons�quences absurdes ; avec le progr�s, on arrive � la n�gation de tous les dogmes fond�s sur son �tat stationnaire : le sort irr�vocable, les peines �ternelles, etc. Si elle progresse, o� s'arr�te le progr�s ? Il n'y a aucune raison pour qu'elle n'atteigne le degr� des anges ou purs Esprits. Si elle peut y arriver, il n'y avait aucune n�cessit� de cr�er des �tres sp�ciaux et privil�gi�s, exempts de tout labeur, et jouissant du bonheur �ternel sans avoir rien fait pour le conqu�rir, tandis que d'autres �tres moins favoris�s n'obtiennent la supr�me f�licit� qu'au prix de longues et cruelles souffrances et des plus rudes �preuves. Dieu le peut, sans doute, mais si l'on admet l'infini de ses perfections, sans lesquelles il n'y a pas de Dieu, il faut admettre aussi qu'il ne fait rien d'inutile, ni rien qui d�mente la souveraine justice et la souveraine bont�.

9. - �Puisque la majest� des rois emprunte son �clat au nombre de leurs sujets, de leurs officiers et de leurs serviteurs, qu'y a-t-il de plus propre � nous donner une id�e de la majest� du Roi des rois que cette multitude innombrable des anges qui peuplent le ciel et la terre, la mer et les ab�mes, et la dignit� de ceux qui demeurent sans cesse prostern�s ou debout devant son tr�ne ?�

N'est-ce pas rabaisser la Divinit� que d'assimiler sa gloire au faste des souverains de la terre ? Cette id�e, inculqu�e dans l'esprit des masses ignorantes, fausse l'opinion que l'on se fait de sa v�ritable grandeur ; c'est toujours Dieu ramen� aux mesquines proportions de l'humanit� ; lui supposer le besoin d'avoir des millions d'adorateurs sans cesse prostern�s ou debout devant lui, c'est lui pr�ter les faiblesses des monarques despotes et orgueilleux de l'Orient. Qu'est-ce qui fait les souverains v�ritablement grands ? Est-ce le nombre et l'�clat de leurs courtisans ? Non ; c'est leur bont� et leur justice, c'est le titre m�rit� de p�res de leurs sujets. On demande s'il y a quelque chose de plus propre � nous donner une id�e de la majest� de Dieu que la multitude des anges qui composent sa cour ? Oui certes, il y a quelque chose de mieux que cela : c'est de le repr�senter pour toutes ses cr�atures souverainement bon, juste et mis�ricordieux ; et non comme un Dieu col�re, jaloux, vindicatif, inexorable, exterminateur, partial, cr�ant pour sa propre gloire ces �tres privil�gi�s, favoris�s de tous les dons, n�s pour l'�ternelle f�licit�, tandis qu'aux autres, il fait acheter p�niblement le bonheur, et punit un moment d'erreur par une �ternit� de supplices...

10. - Le Spiritisme professe � l'�gard de l'union de l'�me et du corps une doctrine infiniment plus spiritualiste, pour ne pas dire moins mat�rialiste, et qui a de plus pour elle d'�tre plus conforme avec l'observation et la destin�e de l'�me. Selon ce qu'il nous enseigne, l'�me est ind�pendante du corps, qui n'est qu'une enveloppe temporaire ; son essence est la spiritualit� ; sa vie normale est la vie spirituelle. Le corps n'est qu'un instrument pour l'exercice de ses facult�s dans ses rapports avec le monde mat�riel ; mais, s�par�e de ce corps, elle jouit de ses facult�s avec plus de libert� et d'�tendue.

11. - Son union avec le corps, n�cessaire � ses premiers d�veloppements, n'a lieu que dans la p�riode qu'on peut appeler son enfance et son adolescence ; lorsqu'elle atteint un certain degr� de perfection et de d�mat�rialisation, cette union n'est plus n�cessaire, et l'�me ne progresse plus que par la vie de l'Esprit. Quelque nombreuses que soient, du reste, les existences corporelles, elles sont n�cessairement limit�es par la vie du corps, et leur somme totale ne comprend, dans tous les cas, qu'une imperceptible partie de la vie spirituelle, qui est ind�finie.

LES ANGES SELON LE SPIRITISME.

12. - Qu'il y ait des �tres dou�s de toutes les qualit�s attribu�es aux anges, cela ne saurait �tre douteux. La r�v�lation spirite confirme sur ce point la croyance de tous les peuples ; mais elle nous fait conna�tre en m�me temps la nature et l'origine de ces �tres.

Les �mes ou Esprits sont cr��s simples ou ignorants, c'est-�-dire sans connaissances et sans conscience du bien et du mal, mais aptes � acqu�rir tout ce qui leur manque ; ils l'acqui�rent par le travail ; le but, qui est la perfection, est le m�me pour tous ; ils y arrivent plus ou moins promptement, en vertu de leur libre arbitre et en raison de leurs efforts ; tous ont les m�mes degr�s � parcourir, le m�me travail � accomplir ; Dieu ne fait la part ni plus large ni plus facile aux uns qu'aux autres, parce que tous sont ses enfants, et qu'�tant juste, il n'a de pr�f�rence pour aucun. Il leur dit : �Voici la loi qui doit �tre votre r�gle de conduite ; elle seule peut vous mener au but ; tout ce qui est conforme � cette loi est le bien, tout ce qui y est contraire est le mal. Vous �tes libres de l'observer ou de l'enfreindre, et vous serez ainsi les arbitres de votre propre sort.� Dieu n'a donc point cr�� le mal ; toutes ses lois sont pour le bien ; c'est l'homme lui-m�me qui cr�e le mal en enfreignant les lois de Dieu ; s'il les observait scrupuleusement, il ne s'�carterait jamais de la bonne voie.

13. - Mais l'�me, dans les premi�res phases de son existence, de m�me que l'enfant, manque d'exp�rience ; c'est pourquoi elle est faillible. Dieu ne lui donne pas l'exp�rience, mais il lui donne les moyens de l'acqu�rir ; chaque faux pas dans la voit du mal est pour elle un retard ; elle en subit les cons�quences, et apprend � ses d�pens ce qu'elle doit �viter. C'est ainsi que peu � peu elle se d�veloppe, se perfectionne et avance dans la hi�rarchie spirituelle, jusqu'� ce qu'elle soit arriv�e � l'�tat de pur Esprit ou d'ange. Les anges sont donc les �mes des hommes arriv�es au degr� de perfection que comporte la cr�ature, et jouissant de la pl�nitude de la f�licit� promise. Avant d'avoir atteint le degr� supr�me, ils jouissent d'un bonheur relatif � leur avancement, mais ce bonheur n'est point dans l'oisivet� ; il est dans les fonctions qu'il pla�t � Dieu de leur confier, et qu'ils sont heureux de remplir, parce que ces occupations sont un moyen de progresser. (Voir chapitre III, le Ciel.)

14. - L'humanit� n'est point born�e � la terre ; elle occupe les innombrables mondes qui circulent dans l'espace ; elle a occup� ceux qui ont disparu, et occupera ceux qui se formeront. Dieu a cr�� de toute �ternit� et il cr�e sans cesse. Longtemps donc avant que la terre exist�t, quelque anciennet� qu'on lui suppose, il y avait eu sur d'autres mondes des Esprits incarn�s qui ont parcouru les m�mes �tapes que nous, Esprits de formation plus r�cente, nous parcourons en ce moment, et qui sont arriv�s au but avant m�me que nous fussions sortis des mains du Cr�ateur. De toute �ternit�, il y a donc eu des anges ou purs Esprits ; mais leur existence humanitaire se perdant dans l'infini du pass�, c'est pour nous comme s'ils eussent toujours �t� des anges.

15. - Ainsi se trouve r�alis�e la grande loi d'unit� de la cr�ation ; Dieu n'a jamais �t� inactif ; il a toujours eu de purs Esprits �prouv�s et �clair�s pour la transmission de ses ordres et pour la direction de toutes les parties de l'univers, depuis le gouvernement des mondes jusqu'aux plus infimes d�tails. Il n'a donc pas eu besoin de cr�er des �tres privil�gi�s, exempts de charges ; tous, anciens ou nouveaux, ont conquis leurs grades dans la lutte et par leur propre m�rite ; tous, enfin, sont les fils de leurs oeuvres. Ainsi s'accomplit �galement la souveraine justice de Dieu.



[1]��� Nous empruntons ce r�sum� au mandement de Mgr. Gousset, cardinal-archev�que de Reims, pour le Car�me de 1864. On peut donc le consid�rer de m�me que celui des d�mons, puis� � la m�me source et cit� dans le chapitre suivant, comme la derni�re expression du dogme de l'Eglise sur ce point.

[2]��� Concile de Latran.



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