CONCLUSION
Nous avons vu comment le mouvement périsprital explique simplement le passage du conscient à l’inconscient, comment s’enregistrent automatiquement, dans le périsprit, tous les états de l’âme. Les conditions de la perception tiennent à deux causes : l’intensité et la durée de la sensation, qui sont différentes suivant l’état vibratoire de l’enveloppe.
Dans les premiers temps de la vie, l’enveloppe de l’âme est grossière, mélangée aux fluides les plus rapprochés de la matière ; son mouvement vibratoire est de la forme la plus inférieure. Le travail de l’âme consiste à épurer cette enveloppe, à la débarrasser de ses scories fluidiques, c’est-à-dire à lui donner un mouvement de plus en plus radiant.
Chaque existence sur la terre laisse son empreinte dans le périsprit. De même que, lorsqu’on coupe un arbre centenaire, il est possible de savoir son âge en comptant les couches concentriques laissées chaque année par l’écorce, de même il existe des zones fluidiques qui vont se superposant, à mesure que l’esprit s’éloigne de son origine. Les souvenirs gravés dans l’enveloppe sont indélébiles comme elle ; bien que ce ne soit qu’une analogie, il est possible de comparer ces couches successives à des photographies qui peuvent se superposer sur la même plaque, sans se confondre ; tous ces mouvements vibratoires ont une existence propre, un degré vibratoire qui leur est particulier, le dernier étant toujours supérieur aux autres.
Notons bien qu’il ne s’agit pas ici d’une superposition physique d’impressions. De même que le phénomène de l’allotropie nous montre tangiblement que les propriétés d’un corps tiennent à un mouvement particulier des molécules de ce corps, et que ces propriétés changent lorsque le mouvement des molécules a un autre mode vibratoire, de même, dans le périsprit, chaque zone atomique peut être constituée par les mêmes atomes, mais avec des associations vibratoires tout à fait différentes, chacun de ces arrangements correspondant à une position déterminée d’équilibre.
En arrivant à l’humanité, l’âme est déjà vieille, son enveloppe a fixé, sous forme de lois, de lignes de force, les états successivement parcourus, et c’est peut-être à cette causse qu’est due l’évolution fatale qui fait repasser l’embryon par tous les states que l’âme a parcouru antérieurement.
Dans l’homme primitif, l’inconscient physiologique est très riche, il ne s’enrichira guère que des actes automatiques secondaires, c’est-à-dire des habitudes manuelles ; l’inconscient psychique, au contraire, est presque vierge ; il est formé par les formes les plus hautes de l’instinct et les plus basses de la conscience et de l’intellectualité.
L’animal n’a, en effet, que des facultés simples, rudimentaires, il a le sentiment de son existence, mais pas la conscience du moi. Les premiers humains devaient se rapprocher beaucoup des anthropoïdes actuels, et la longue durée de l’époque quaternaire a été indispensable pour cette élaboration de la conscience, qui devait les séparer définitivement de l’animalité.
Mais, insensiblement, l’âme s’est dégagée des brumes qui l’enveloppaient, le raisonnement, qui ne brillait que par lueurs, s’est affirmé comme le fond même de l’esprit ; la pensée, l’intelligence ayant à s’exercer sur des sensations plus nettes, plus délicates, ont donné lieu à des rapports mieux établis, à des généralisations, à des abstractions qui ont été en se développant de plus en plus, à mesure que le langage se perfectionnait.
Chaque incarnation amenant un perfectionnement, l’inconscient psychique s’est enrichi progressivement ; l’effort devenant moins considérable à mesure qu’augmentait le nombre des retours ici-bas.
Aujourd’hui, il faut nous débarrasser des passions et des instincts qui sont les restes de notre passage dans les règnes inférieurs. La lutte est longue et difficile, car nous avons à modifier les premiers mouvements périspritaux qui se sont incarnés en nous et qui constituaient seuls notre vie mentale, pendant ces époques lointaines et mille fois séculaires où nous accomplissions notre évolution.
Mais la volonté est toute-puissante sur la matière ; le progrès ouvre devant nous ses perspectives toujours plus brillantes, et cette même force, qui nous a constituée à l’état d’êtres intelligents, saura nous ouvrir la route des mondes meilleurs, où règnent la concorde, la fraternité et l’amour.
Nous espérons avoir montré, dans les études partielles qui forment ce livre, que les phénomènes vitaux et psychiques qui coexistent dans l’homme, reçoivent une explication rationnelle au moyen de la doctrine spirite.
Rien dans les théories que nous avons exposées n’est en opposition avec la philosophie des sciences.
L’existence du périsprit, pendant la vie et après la mort, a été établie expérimentalement, avec toutes les garanties possibles contre la fraude et l’erreur ; sa composition fluidique a été constatée par la photographie, et nous pouvons concevoir sa nature en prenant des analogies dans les états où la matière est d’une rareté extrême. Son impondérabilité n’est pas plus étrange que celle des forces physico-chimiques : lumière, électricité, affinités, etc. Son action sur la matière n’est pas plus extraordinaire que celle du magnétisme sur la limaille de fer, en un mot, aucune de ses propriétés n’est irrationnelle.
Son union avec l’âme est de la même espèce que celle des forces liées aux atomes matériels. Si on ne peut anéantir la matière, on ne peut davantage détruire l’esprit : l’âme, qui se manifeste après la mort, est immortelle.
La réincarnation n’est pas seulement la conciliation logique de toutes les inégalités intellectuelles avec la justice de Dieu, elle se prouve expérimentalement par l’incarnation d’Esprit dans certains milieux déterminés, qui avec toutes les circonstances, prédites à l’avance, qui les feront reconnaître. Si elle est possible une fois, elle l’est un très grand nombre de fois. Ceci admis, on peut en induire que c’est une loi générale pour le principe intelligent et l’appliquer aux animaux, chez lesquels, d’ailleurs, on peut relever des faits qui semblent bien établir cette vérité.
L’existence du fluide vital, bien que mise en doute aujourd’hui, nous semble indispensable pour l’explication des phénomènes de la vie, car l’évolution et la forme de tous les êtres vivants, pas plus que les phénomènes de reconstitution organique, ne sont explicables par la science moderne. Nous, qui connaissons la vraie nature de l’âme, nous offrons notre théorie, qui résout logiquement, un grand nombre de difficultés.
La source de tous les malentendus qui séparent les matérialistes et les spiritualistes des spirites, réside dans l’ignorance où se trouvent les savants et les philosophes de l’existence et de la nature du périsprit.
Pour les physiologistes, l’âme n’est qu’une résultante des fonctions vitales du cerveau. Trompés par la concordance qu’ils constatent entre l’état morbide de cet organe et la disparition corrélative de certaines facultés, ils croient qu’il y a là une corrélation de cause à effet, et ce qui les confirme dans cette manière de voir, c’est que la faculté se rétablit lorsque l’organe revient à son état normal. Nous qui possédons la preuve que l’âme survit à la désagrégation corporelle, nous savons que cette concordance est due à l’action du périsprit sur le corps, qui se trouve entravée si l’action de la force vitale est troublée, mais qui reprend son empire lorsque le calme est rétablit.
La théorie du matérialiste n’explique rien de l’univers, elle constate des faits qu’elle attribue aux lois matérielles qui s’enchaînent en se déterminant successivement.
L’Esprit est une possibilité quelconque, il pourrait ne pas exister, de sorte que l’intelligence n’est qu’un accident dans la création. Nous trouvons cette conclusion absurde, car, sans un être raisonnable, la création ne serait qu’un non-sens.
Nous avons vu concourir par toutes leurs activités les forces naturelles à l’éclosion de l’être pensant, et l’on voudrait que ce dernier produit de l’évolution, qui au lieu de se soumettre passivement, comme ses prédécesseurs, a pris en main la direction de son domaine, soit dû à une surprise, à un jeu du hasard. Tout dans la nature dément cette conclusion, et n’eussions-nous pas la preuve matérielle de l’immortalité de l’âme, que le bon sens ferait justice de ces allégations sans fondement. La matière est aveugle, inerte et passive, ce n’est que sous l’influence de la volonté qu’elle se meut. Ce que nous nommons les forces ne sont que des manifestations tangibles de l’intelligence universelle, infinie, incréée. Ce sont les signes évidents de la volonté supérieure qui maintient l’univers.
De même qu’il faut des agents pour faire exécuter les lois promulguées par nos Chambres, de même il faut une puissance éternellement agissante pour faire exécuter les lois naturelles ; tous les changements que l’on constate dans les états de la matière n’ont qu’un but : l’avancement de l’Esprit, qui est la seule réalité pensante. Nous nous rapprochons ainsi des spiritualistes. Mais ces
philosophes, n’étudiant l’âme que par le sens intime, sont portés à lui attribuer une spiritualité absolue qui, fatalement, les empêche de comprendre son action sur le corps. De plus, cette vue leur interdit l’explication des phénomènes nombreux et variés de la vie inconsciente de l’esprit. Ce n’est pas tout encore.
La physiologie leur démontre que tout état de conscience est attaché nécessairement à un substratum matériel, que le souvenir, par exemple, est intimement lié à un état déterminé du système nerveux, sans lequel il ne pourrait se produire, de sorte que, après la mort, si l’âme est purement spirituelle, elle n’aura plus aucune de ses connaissances passées, puisque le corps sera détruit.
Le temps est venu où tous les voiles doivent se déchirer, le spiritisme apporte des preuves tangibles de l’immortalité, il faut que bravant tous les sarcasmes, tous les préjugés, il oblige les penseurs sérieux à l’étudier attentivement.
Tous les esprits ligotés dans leurs vieilles conceptions seront obligés d’ouvrir les yeux, devant l’éclatante lumière de la vérité, appuyée solidement sur des faits irrécusables ; alors nous aurons la joie de voir des milliers d’intelligences savantes défricher le champ splendide qui s’ouvrira devant elles. Le domaine de la matière impondérable est aussi vaste que celui que nous connaissons, une moisson féconde de découvertes est certaine pour ceux qui se lanceront dans l’étude de ces territoires encore inexplorés.
Avec la certitude des vies successives et de la responsabilité des actes, bien des questions s’offriront sous d’autres aspects. Les luttes sociales qui prennent, à notre époque, un terrible caractère d’âpreté, pourront être assortie par la conviction que la durée d’une existence n’est qu’un moment transitoire dans l’éternelle évolution.
Avec moins d’orgueil en haut et moins d’envie en bas, une solidarité effective prendra naissance au contact de ces consolantes doctrines, et il nous sera peut-être donné de voir disparaître les luttes fratricides, ineptes produits de l’ignorance, se dissipant devant les enseignements d’amour et de fraternité, qui sont la rayonnante couronne du spiritisme.
FIN