13. Comment magnétiser dans les maladies aiguës ?

Vos efforts de volonté doivent être puissants, prolongés, pour être efficaces. Il faut diriger votre action sur l'abdomen ; ne magnétiser le cerveau et la poitrine que secondairement tenir votre main sur ou en face de l'estomac le plus que vous pourrez. Cherchez, si vous avez des connaissances en médecine, l'organe principalement affecté, et dirigez vos doigts en pointe sur sa surface lorsque vous l'aurez découvert.

Une magnétisation fait ordinairement peu de chose dans les cas extrêmes ; ce n'est que dans le commencement qu'on peut les enrayer en changeant les symptômes par quelques heures de magnétisation. Mais maintenant que vous voulez voir plus que des effets curieux, il vous faut prolonger, répéter même à de courts intervalles, l'emploi du magnétisme. Soyez certain que, quelle que soit la gravité du mal, si une crise est possible, elle aura lieu, et si la nature a cherché à la produire et n'y est point parvenue, aidée de vous, elle cherchera de nouveau à se débarrasser de ce qui l'opprime.

N'attendez pas qu'il y ait gangrène des intestins, que des organes soient détruits ou altérés profondément dans les tissus qui les constituent : le mal ainsi fait est irréparable.

Les exemples qui suivent sont destinés à vous servir de guides, dans des cas analogues.

Dans l'impossibilité d'énumérer toutes les infirmités humaines dans un aussi petit écrit, j'ai choisi des maladies dont le traitement peut, jusqu'à certain point, être pris pour type d'affections analogues.

I. Rougeole, scarlatine, variole.

Dans ces affections si nombreuses, et qui ont quelquefois une terminaison si funeste, vous pouvez obtenir des résultats qui dépasseront vos prévisions.

Lorsque la marche de ces affections languit, lorsque les éruptions se font attendre, ou que, s'étant montrées, elles semblent rétrograder au lieu d'avancer, c'est là surtout que vous constaterez l'efficacité du magnétisme.

Ne craignez pas la fièvre, ni la chaleur qui pourront se manifester ; elles ne sont que le résultat du travail qui se fait par vos efforts et de l'augmentation du mouvement nécessaire.

Dans ces cas, votre magnétisation est simple ; elle doit être générale et de courte durée ; quinze ou vingt minutes pour chaque fois et cette application ne dérange en rien le traitement judicieux qu'un médecin aura indiqué ou suivi dans pareil cas.

Même marche à suivre dans les maladies dites éruptives, fièvre miliaire, etc.

II. Inflammation du cerveau.

Ce que vous pouvez faire dans ces cas graves est encore immense. Votre action diminue, si elle ne neutralise complètement, l'arrivée des fluides que l'irritation appelle de toutes parts.

Passes à grands courants, jusqu'aux pieds, en suivant la ligne médiane.

Placez une main à plat sur le front, frictionnez légèrement les arcades sourcilières, puis terminez votre magnétisation par des passes sur les jambes.

La paralysie, l'absence de la parole, la rigidité des membres, et même, dans certains cas, les convulsions, ne doivent point vous empêcher de tenter la guérison. Ne sauveriez vous qu'un malade sur six, vous le pouvez : n'est-ce pas un résultat qui doit vous encourager ?

Dans ce groupe sont comprises : la méningite, l’encéphalite, l’apoplexie, les différents degrés de congestion cérébrale ou coup de sang.

III. Phlegmasies du tube digestif.

Cette dénomination comprend : la gastrite, la duodénite, l’entérite, la gastro-entérite, la diarrhée aiguë et la dysenterie.

Des frictions magnétiques, c'est-à-dire votre main promenée légèrement de place en place et lentement sur le ventre, diminueront les ténesmes et les coliques, et pourront empêcher le développement d'une maladie qui mène souvent et rapidement à la mort.

Revenez souvent à ces procédés, ne quittez pas le malade qu'il ne soit mieux. Vous verrez peut-être survenir le sommeil magnétique, dans une intermittence des douleurs.

Appliquez votre main, parfois, sur la région de la vessie mais que les pressions soient légères. Touchez aussi les reins en descendant jusqu'au sacrum.

Pour vous montrer que le magnétisme n'est point le patrimoine exclusif de quelques individus, mais qu'il appartient à tous, je prendrai quelques exemples en dehors de ma pratique. Ils justifient mes opinions, et montrent, jusqu'à la dernière évidence, que l'agent magnétique a des propriétés thérapeutiques qui lui appartiennent en propre, et, par conséquent, indépendantes de la croyance du magnétiseur et de sa foi.

Le fait suivant est extrait d'un ouvrage ayant pour titre : De la gastrite, par le docteur Bésuchet.

« Pendant l'hiver de 1830, madame F..., jeune femme de vingt-quatre ans, fut prise d'une maladie inflammatoire des plus intenses. Tous les viscères du ventre étaient le siège d'une phlegmasie portée au degré le plus violent qui se puisse voir. Bientôt les fâcheux 20 symptômes qui caractérisaient son état se compliquèrent de violentes douleurs de tête, qui furent suivies d'une congestion cérébrale des plus graves.

Madame F... était d'un tempérament sanguin très prononcé, vive, impatiente à l'excès, et d'un caractère, par conséquent, très irritable ; je n'ai pas besoin de dire que la médecine la plus active fut employée par moi dès le début de la maladie, mais malheureusement sans aucun succès ; les saignées réitérées, les applications nombreuses de sangsues, les bains, etc., etc., tout fut inutile, ou du moins ne parvint point à entraver la marche de la maladie. M. le professeur Fouquier, appelé en consultation, joignit ses efforts aux miens ; mais des vésicatoires aux cuisses, qu'il proposa, furent obstinément repoussés par la malade ; il ne paraissait plus possible de tenter de nouvelles saignées, à cause de l'état de faiblesse où se trouvait la malade. Nous jugeâmes le cas tellement grave, que nous annonçâmes à la famille que nous prévoyions une catastrophe comme infiniment probable et prochaine. Je voyais la malade trois fois par jour ; elle déclinait sensiblement, et dans les derniers jours, on accourait souvent en toute hâte chez moi, me priant d'y aller bien vite, car on croyait à tout instant qu'elle allait périr.

Un soir qu'elle était extrêmement mal, je voulus la voir une dernière fois avant de rentrer chez moi ; il était entre dix et onze heures, la journée avait été mauvaise ; toute la famille, épuisée de fatigue, prenait un peu de repos ; la garde même, luttant contre le sommeil, veillait à moitié sur son siège. Ma venue ne dérangea personne, et je m'approchai de ma malade, qui était sans mouvement ; je m'assis en silence à côté d'elle, et contemplai quelques instants cette intéressante femme, dont la mort semblait, déjà s'emparer. Sa belle figure était à peine éclairée par la lueur d'une bougie qui finissait : c'était le calme précurseur du néant. La malade fit un léger mouvement ; je lui pris la main et lui fis connaître que j'étais près d'elle ; elle me reconnut, mais ne me parla pas. Il me vint tout à coup la pensée de la magnétiser ; je ne sais eu vérité comment cette idée me vint, car il y avait bien deux ans que je n'avais eu occasion de renouveler des expériences magnétiques, et je n'aurais certes point songé à proposer un pareil moyen dans de telles circonstances. Enfin, je magnétisai, je puis bien dire, en présence de Dieu seul, car la garde, contente de me savoir là, s'abandonnait au sommeil en toute sûreté de conscience, et ma malade, coup sûr, n'était guère en état de s'occuper de ce que je faisais. Je magnétisai donc, et je magnétisai avec cette confiance résolue que donne une bonne intention. Vingt minutes environ s'écoulèrent pendant lesquelles le silence le plus profond régnait dans l'appartement ; je n'avais certes pas envie de le rompre ; j'avais trop peur, en cherchant à interroger ma malade, de détruire l'espoir que je commençais à prendre en voyant un calme bienfaisant s'emparer d'elle peu à peu. Je continuai jusqu'à ce que la fatigue me contraignit à m'arrêter pour reposer un peu mes bras ; alors je remarquai que la malade était comme inondée par une sueur abondante qui couvrait son visage et sa poitrine ; mais, craignant de me tromper à cause de l'obscurité qui nous enveloppait presque, je portai la main sur son front ; aussitôt elle me dit d'une voix à peine articulée : « Mon Dieu! Quel bien, vous me faites ... » Puis un peu après : « Que faites-vous donc qui me fait tant de bien ? » J'avoue que ces paroles et la manière dont elles furent prononcées produisirent sur moi un sentiment indéfinissable de plaisir ; je lui répondis : « Ne vous occupez d'aucune autre chose que de vous rétablir ; vous avez une transpiration qui vous sera salutaire ; on va vous changer de linge, et la nuit sera bonne, j'espère. » Tout de suite je réveillai la garde, qui se mit en devoir de donner à sa malade les soins dont elle avait besoin, et je me retirai, l'esprit fort occupé de ce qui venait de se passer.

Le lendemain de très bonne heure je courus chez la malade ; je la trouvai sensiblement mieux ; elle n'avait qu'un souvenir très confus de l'état où elle s'était trouvée la veille : seulement elle se souvenait m'avoir vu pendant la nuit, et que je lui avais donné ou fait quelque chose qui lui avait fait beaucoup de tien. « Alors, lui dis-je, vous voulez bien que je continue ? — Oh ! Sans doute, » répondit-elle.

J'étais un peu contrarié de magnétiser en présence d'un tiers, et j'avoue que je regrettais de ne pas me trouver, sous ce rapport, dans les mêmes conditions que la veille. Il y a dans le magnétisme quelque chose d'intellectuel qui fait qu'on a presque honte de le prodiguer en présence de gens qui ne le comprennent pas, et d'ailleurs je me souciais fort peu que cette garde-malade allât rapporter de maison en maison que je traitais mes malades par le magnétisme4 . Cependant le désir de sauver ma malade l'emporta sur la puérile considération de ce qu'on pourrait dire de moi. Je magnétisai de nouveau en présence de la garde, tout ébahie ; la malade ne tarda pas à entrer dans l'état de somnambulisme complet ; quelques instants après, je l'interrogeai ; elle m'assura que je lui avais sauvé la vie, mais me dit qu'il fallait que je fisse une nouvelle saignée. J'eus beau lui faire observer qu'elle était extrêmement faible, que je craignais d'interrompre la crise salutaire qui semblait vouloir s'opérer, elle n'en persista pas moins dans l'opinion qu'il lui fallait une saignée.

Réveillée, elle n'eut aucune connaissance de ce qu'elle m'avait dit ; elle me confirma seulement qu'elle se sentait beaucoup mieux ; elle connaissait par ouï-dire le magnétisme, mais ne l'avait jamais vu pratiquer. Cependant je n'osai pas saigner le soir, profitant d'un moment où il n'y avait point d'importuns, nous fîmes une nouvelle séance, et de nouveau ma malade se prescrivit une saignée, en me faisant des reproches sur ce que je n'avais point encore exécuté sa prescription. La journée s'était assez bien passée, mais la douleur de tête persistait avec beaucoup d'intensité. Je me décidai donc à faire la saignée le soir même ; le lendemain, la malade fut si bien, que chacun, autour d'elle, s'étonnait d'un changement aussi prompt et aussi complet.

A partir de ce moment, rien n'arrêta le progrès de la convalescence, ainsi que le retour à une santé parfaite, et madame F..., que j'ai depuis perdue de vue, si elle a oublié le médecin, doit garder au moins quelque bon souvenir du magnétisme.

Il y a des milliers de faits semblables. Ils sont tous réels, authentiques, consignés, pour la plupart, dans les divers écrits des magnétiseurs ; je ne veux pas en grossir ce volume.

IV. Fièvres essentielles.

Cette partie compliquée de la pathologie embrasse les fièvres continues, intermittentes et rémittentes, désignées sous les noms aussi nombreux qu'incompréhensibles de : graves, essentielles, inflammatoires, bilieuses, muqueuses, adynamiques, ataxiques, typhoïdes, putrides, malignes, pernicieuses, hectiques, etc., etc. J'abrège cette nomenclature ennuyeuse.

Ici les indications varient selon l'intensité et le siège du mal. La marche du magnétisme est obscure ; le trouble général ne permet pas de distinguer clairement les effets résultant de votre action. Ce n'est que par une saturation que l'on pourrait appeler expérimentale que l'on doit procéder. Il faut chercher l'organe qui répond le plus vite à l'appel que vous lui faites.

La force médicatrice est presque anéantie. Espérez pourtant, car il suffit que l'action d'un seul organe se régularise pour que bientôt, de proche en proche, vous apaisiez le tumulte des forces qui se combattent. Rappelez-vous surtout que la force vitale que vous donnez n'est point viciée ; qu'elle secourt celle du patient en chassant devant elle les matériaux putrides. Etablissez des courants de la tête aux pieds ; mais aussitôt que vous vous sentez affaibli, prenez du repos à l'air, car, lorsque vous n'avez plus la force, vous absorbez à votre tour les miasmes délétères dont votre action a augmenté considérablement l'expansion.

Pénétrez-vous de ce que j'ai dit des cas désespérés, des fièvres intermittentes, plus haut, à l'article Règles générales ; méditez les exemples que j'ai cités au commencement de cet ouvrage, sur l'action du magnétisme dans les maladies aiguës, et si vous voulez en savoir davantage, consultez les faits relatés dans mes autres écrits, vous y trouverez des analogies qui pourront vous guider dans les cas graves qui se présenteront à votre observation.

V. Choléra.

Le docteur Foissac, page 531 de son Rapport, en cite les cas suivants :

1° M. le docteur Douin, sujet depuis dix ans à une névralgie atroce, qui le forçait à prendre soixante-dix grains d'opium par jour, était depuis trente-six heures en proie à toutes les horreurs du choléra bleu. Je me joignis, pour le traitement, à MM. Louyer-Villermay et Piron, ses médecins. Afin de combattre des vomissements verdâtres, accompagnés de vives angoisses à la région épigastrique, je choisis ce moment pour magnétiser le malade. Il ne pouvait assez se louer de cette salutaire influence : « Combien votre main me soulage ! disait-il partout où elle se porte, toute douleur disparaît, j'éprouve un bien-être inexprimable. »

2° M. le comte de Mont..., témoin, dans son enfance, des merveilles de Buzancy, fut frappé d'une attaque de choléra portée à un très haut degré, dans la nuit du 13 au 14 avril.

Je ne négligeai aucun des moyens que la médecine conseillait en pareil cas ; mais j'espérais surtout dans le magnétisme, que j'employai tantôt en frictionnant les membres avec la main pour y rappeler la chaleur, tantôt en faisant des insufflations sur la région du 23 coeur pour y ranimer la vitalité de cet organe. Enfin, après plusieurs heures d'angoisses et de souffrances, tout danger disparut, et le lendemain M. Fouquier, appelé en consultation, déclara qu'il venait d'assister à une convalescence. Cette convalescence fut longue, sans doute, mais une demi-heure de magnétisme par jour en abrégea de beaucoup la durée, et M. le comte de Mont... recouvra une santé parfaite.

3° Je fus appelé, le 14 juillet, pour une jeune fille âgée de onze ans, qui venait d'être prise du choléra. En quelques minutes le pouls avait cessé de battre ; la peau était d'un froid glacial et offrait cette coloration bleuâtre qui caractérisait les cas les plus graves ; les vomissements elles garde-robes se succédaient sans interruption : de toutes les souffrances, la plus insupportable était une soif inextinguible. Aux sangsues, à la glace et aux excitants extérieurs, je joignis un magnétisme de tous les instants, tantôt en réchauffant les mains de la malade dans les miennes, tantôt en frictionnant doucement la région du coeur et de l'estomac. Au bout de douze heures, un peu de vie revint aux extrémités ; les vomissements se calmèrent, et la circulation se rétablit. Le soir, un hoquet ayant paru, j'exécutai quelques passes, et immédiatement le hoquet se dissipa. Cette maladie, qui avait fait craindre pendant deux jours les suites les plus fâcheuses, guérit presque sans convalescence.

Pour éviter une répétition, je passe outre sur les résultats que j'ai obtenus lorsque cette cruelle épidémie sévit à Paris, renvoyant ceux qui sont vraiment désireux de s'instruire à la relation que j'ai consignée dans mon Essai sur l'enseignement philosophique du magnétisme.

L'action magnétique doit être longtemps soutenue et porter principalement sur l'estomac et les intestins.

L'analogie des symptômes qu'offrent les typhus, fièvre des camps, fièvre jaune, me fait penser qu'elles pourraient être heureusement influencées de la même manière ; mais c'est seulement une opinion que je soumets à l'observation de ceux qui sont témoins des ravages de ces fléaux, s'ils veulent bien expérimenter.

VI. Rhumatismes.

Dans ces affections si douloureuses, si communes, si faciles à reconnaître, le magnétisme, plus que tout autre remède, est appelé à rendre d'éminents services. Déjà des cures nombreuses ont eu lieu là où la médecine avait échoué complètement.

La fièvre ne doit point empêcher ou retarder l'emploi du magnétisme. L'exaspération de la douleur est souvent apaisée subitement ; mais il est certains cas où le magnétisme la fait naître ; alors elle n'est que critique, et annonce que les matériaux, cause de la maladie, vont changer de lieu, ce qui est un symptôme favorable. Quand ces affections sont héréditaires, elles reparaissent. Mais si vous avez le bonheur de les atteindre par votre action, les crises sont alors moins fréquentes, comme aussi moins douloureuses, et cèdent plus promptement à l'emploi du magnétisme.

Le rapport magnétique établi par une magnétisation de cinq à dix minutes, vous dirigez vos doigts en pointe dans la direction des nerfs qui sont affectés ou sur l'articulation qui est le siège de la maladie, et vous descendez vos mains lentement, comme si vous vouliez attirer quelque chose vers les extrémités. Vous reprenez ensuite une magnétisation générale pour revenir encore au siège de la maladie. Et surtout ne craignez nullement, je vous le répète, les douleurs que vous aurez ainsi fait naître.

Tout ceci est applicable aux rhumatismes musculaire et articulaire, qu'elle qu'en soit l'acuité.

On peut, dans ces maladies, constater les phénomènes physiques les plus curieux. De loin, on peut, en dirigeant un doigt sur une partie douloureuse, y développer une sensibilité si prodigieuse, qu'un corps quelconque placé entre vous et le malade ne pourra l'empêcher de vous sentir.

VII. Hernies.

L'observation suivante est due au docteur Baudot ; c'est son début magnétique : Une femme de trente-quatre ans, chez laquelle on pouvait reconnaître deux hernies, l'une crurale, de la grosseur d'un oeuf de poule, et qui me parut étranglée ; l'autre ombilicale, du volume du poing, et à laquelle j'attribuai les symptômes suivants, présentés en outre par la malade : pouls à peine sensible, pâleur de la face, froid aux extrémités, efforts pour vomir et vomissements jusqu'à défaillance ; la veille, cette dame avait déjà eu plusieurs vomissements, dont la matière offrait quelques stries de sang. 

Dans cet état déplorable, cette dame fut magnétisée environ trois quarts d'heure : un doux sommeil se déclara pendant ce temps ; réveillée, les vomissements ne reparurent plus, les hernies étaient rentrées. La malade accusait seulement de la pesanteur dans les bras ; du reste, tout présentait l'équilibre le plus satisfaisant. Le lendemain, son bien-être se confirma ; elle m'assura qu'elle ne ressentait plus rien de sa cruelle maladie, etc.

..... Je vois que cette cure a produit sur moi une profonde impression. Le doute après un tel fait paraîtrait qu'un aveugle pyrrhonisme et en conserver, c'est afficher le mépris le plus formel pour l'expérience, mère de toutes nos vérités. Baudot, D-M. P. 

 

Voici un fait plus récent, et que nous avons imprimé dans le Journal du magnétisme, in-8, t. 3, page 433 : A Monsieur Hébert de Garnay. Voici, mon cher ami, une observation curieuse.

M. du Potet nous disait un jour : « Je suis sûr que le magnétisme réduirait des hernies étranglées. » Moi qui étais fort (songez ! un prosecteur d'anatomie, c'est fort par nature, par prédestination) ; donc, moi très fort, j'ouvre de grands yeux, et me permets de sourire in petto, et de douter de toute la force de ma compréhension, et même je pardonne majestueusement cet excès mesmérien, en disant : il a oublié son anatomie. Mais, mon cher, voici qui vient de me corriger pour l'avenir.

Un de mes parents, Edme Flogny, âgé de cinquante-six ans, demeurant à Mérey (Yonne), portait une hernie depuis trente ans, sans jamais avoir été incommodé, bien qu'il n'eût pas de bandage. Il y a quinze jours, ce brave homme s'occupait à ramasser des débris de chaume jetés à terre par les ouvriers qui découvraient sa maison, occupation qui le tint continuellement courbé, les génitoires pendants.

Probablement l'anse intestinale ordinaire entraîna une portion voisine, qui distendit le sac herniaire hors de coutume, et de la inflammation.

A minuit on vint me chercher. Je trouve le malade pâle, respirant à peine ; point de selles, vomissements fréquents. S'il m'eût été permis de me tromper sur le faciès, j'eusse pensé au choléra : songez ! Nous étions en pleine épidémie ! Je vais pour examiner l'abdomen, le malade s'y oppose. « Que diable, lui dis-je, vous n'êtes pas une femme ! »

Je le découvre de force et j'aperçois une tumeur énorme (15 cent. de long, 20 de circonférence). 

« Mais c'est une hernie ! M’écriai-je ; que ne le disiez-vous donc tout de suite ? 

— Oh ! Cousin, voyez-vous, ça se cache, ces infirmités-là ! » 

Et j'eus toutes les peines du monde à lui faire comprendre que cette infirmité était très commune à notre époque, et qu'il n'y avait rien de déshonorant pour lui.

Enfin j'examine les vomissements. Déjà des matières stercorales ! Je tente le taxis, une, deux, trois fois ; point de succès. Et certes je fus à assez bonne école pour dire qu'alors il n'y avait plus d'espoir que dans le bistouri. J'envoie chercher un confrère immédiatement, pour procéder à l'opération. Les accidents se succédaient d’une manière effrayante. Il était quatre heures du matin ; j'attendais.

Tout à coup une idée lumineuse, fatidique se lève en mon cerveau : le dire de M. du Potet. — Voici ma main sur la tumeur, sans mouvement, sans pression, simplement appliquée. Notez bien ceci, c'est important.

Cinq minutes, dix minutes, un quart d’heure, c'est long en magnétisme, dans une semblable perplexité. — Rien. — Vingt minutes, vingt-cinq minutes ; mon homme se tourmentait..., et rien. Les vomissements avaient cessé, et les coliques se calmaient…

Soudain la sueur me monte au front : « toutes mes phrènes, métaphrènes et diaphragmes étaient tendus et suspendus pour incornifistibuler dans la gibecière de mon entendement5   » ce qui venait de se passer.

Je venais de sentir un mouvement vermiculaire comme celui d'un scrotum refroidi, puis quelque chose me glisser sous la main très doucement : c'était l'anse intestinale qui faisait des siennes, et se permettait de rentrer honnêtement en son logis. « Ça y est ! » me crie le malade et immédiatement une selle ronflante, qu'il ne peut retenir inonde son lit. 

J'étais atterré. Je ne puis m'empêcher de rire dans mon escient en relatant ce fait ; ma surprise était épouvantable... Je tiens à mon expression. « Rentrée ? Fis-je avec un profond soupir ; il aura donc toujours raison, ce vieux sorcier de magicien. » Je tiens encore à mon expression, pour faire comprendre combien j'étais désappointé, moi qui tenais tout à l'heure une magnifique opération, et avais été assez innocent pour me faire un puff. J'étais pétrifié. Mais comment, diable ! Le magnétisme a-t-il réduit cette hernie ?

Je croyais pourtant la chirurgie à l'abri des attaques de Mesmer.... Et me voici me remémorant toute l'histoire des hernies. Je me souviens qu'un interne de l'Hôtel Dieu, ayant éthérisé un malade pour une dernière tentative de taxis, sentit l'intestin rentrer comme de lui-même à la première pression, et qu'il expliquait ce fait par le relâchement des tissus blanc dont l'anneau est formé. Le magnétisme aurait donc relâché les ligaments : ce n'est pas la première fois qu'il se recentre avec l'éther. Mais comment l'intestin est-il rentré tout seul, sans pression ? Il est de fait médical qu'un purgatif violent a déterminé seul la rentrée des hernies ; or que faisait là ce purgatif ? Il éveillait tout bonnement le mouvement péristaltique, et l'anse emprisonnée revenait à la liberté. Voici mon affaire : le magnétisme, endormeur par excellence, a changé de rôle : il a éveillé, tonifié, revivifié.

D'un côté, il relâchait les ligaments ; de l'autre, il rappelait à sa place l'intestin descendu.

D'une pierre deux coups : j'éthérisais et purgeais, et cela simplice manu.

Mais, du reste, pensai-je, il n'en pouvait être autrement. Nous guérissons le tétanos ; la hernie est admise comme un tétanos partiel : donc.... Et voici que mon prodige devenait simple comme tisane de violette.

Cette observation est très sérieuse ; nous en comptons bien peu, que je sache ; mais impossible de vous la donner en d'autres termes, mon cher : elle perdrait son naturel. La médecine et la chirurgie battues par le magnétisme, sous la même cape, c'est admirable ! Rien de drôle comme ma physionomie d'alors : mon doute puni, mon petit amour propre vexé, c'était curieux !

A donc, mon cher ami, réhabilitez-moi auprès du maître, dont le coeur fut toujours si débonnaire envers moi ; je m'incline à tout jamais devant sa prodigieuse expérience, avec parfaite contrition.

La Bible l'a bien dit : In antiquis est sapientia, et multo tempore patientia6

Tout à vous, de coeur. »

E.-V. Léger.

VIII. Maladies de la vessie.

J'habitais, nous écrit le docteur B...., une ville de province, lorsque je fus appelé pour donner des soins à une jeune fille âgée d'environ vingt ans, forte, et d'un tempérament sanguin bien prononcé. Elle se trouvait alors en qualité de domestique chez un de mes parents ; j'appris de cette malade que depuis environ quatre mois ses règles s'étaient en partie arrêtées à la suite de l'imprudence qu'elle avait commise de se mettre les pieds dans l'eau froide à l'époque menstruelle. Le premier jour que je la visitai, je la trouvai affectée d'une ophtalmie assez aiguë, accompagnée d'autres symptômes inflammatoires dans différentes régions de la tête ; l'épigastre était brûlant, et la pression y développait de la douleur; du reste, soif ardente, pouls dur, plein et fréquent ; appétit nul. A ces symptômes je crus reconnaître une gastro-céphalite accompagnée d'ophtalmie aiguë, ce qui m'engagea à pratiquer, le jour même, une saignée du bras de plus de trois palettes ; je mis ensuite la malade à une diète sévère, ainsi qu'à l'usage des boissons et fomentations émollientes ; enfin, je fis appliquer des cataplasmes sur les yeux et à la région abdominale.

Le lendemain, les symptômes avaient sensiblement diminué du côté du cerveau, l'ophtalmie était de beaucoup calmée, mais la gastrite faisait des progrès et se compliquait d'entérite. Le moindre mouvement réveillait des douleurs assez vives au creux de l'estomac ; la bouche était sèche et la soif plus pressante. Je proposai une application de sangsues sur l'abdomen ; mais la malade, effrayée de la grande faiblesse que lui avait occasionnée, disait-elle, la saignée de la veille, ne voulut jamais y consentir, Je me bornai donc à prescrire la diète la plus sévère, à continuer l'usage des émollients, et j'ordonnai de plus des lavements de même nature pour remédier à une constipation opiniâtre. Ce traitement était trop peu énergique pour arrêter dans sa marche une phlegmasie aussi bien caractérisée ; la maladie continuait ses progrès ; l'irritation se porta spécialement sur les intestins grêles, où elle donna lieu à des coliques assez vives, et de là s'étendit jusque sur la vessie. L'inflammation de ce dernier organe (cystite) occasionna, comme il arrive presque toujours en ces cas, une rétention d'urine ; cependant la maladie était au septième jour de son invasion et dans la période de déclin, pour parler le langage des pathologistes : la rétention d'urine continuait malgré l'emploi des fomentations et cataplasmes sur l'hypogastre. Depuis trois jours, la malade n'avait pas rendu une seule goutte d'urine, et depuis plusieurs nuits elle n'avait pas fermé l'oeil, éprouvant des envies continuelles d'uriner, et, malgré les plus violents efforts, ne pouvait parvenir à satisfaire ce besoin. La vessie commençait à former une tumeur assez sensible dans la région sous-pubienne ; dans cette extrémité, je ne voyais plus que la sonde qui pût remédier à cet incident, que l'on devait, sans plus attendre, faire cesser, pour en prévenir de beaucoup plus graves. J'en proposai donc l'emploi à ma malade, mais sa pudeur en fut révoltée ; j'insistai, je fis tout pour la déterminer : vains efforts ! Elle répondit toujours, dans le délire d'une vertu assurément mal placée : « J'aime mieux mourir que de me laisser sonder. »

Dans la perplexité où je me trouvais, il me vint à l'esprit d'essayer l’action du magnétisme contre cette ischurie alarmante. Plein de cette idée, je me rends sans différer auprès de ma malade; je la trouve en proie aux mêmes douleurs : j'applique une main sur la région de la vessie, dans l'intention de soulager la malade, que je prie de laisser ma main ainsi appliquée pendant quelques instants. Je magnétisai alors avec toute la force de ma volonté. Durant toute l'opération, dont la malade ne se doute en aucune manière, des besoins d'uriner plus vifs que jamais se firent sentir : la vessie elle-même semblait se contracter sous sa main. Je continuai ainsi mon action magnétique environ pendant vingt minutes, après quoi j'invitai ma malade à essayer d'uriner, ce qu'elle fit, à son grand étonnement, avec assez de facilité. L'écoulement des urines apporta un soulagement très prompt au malaise qu'entretenait nécessairement cette ischurie.

Le lendemain de ce succès magnétique, je quittai la province, je cessai conséquemment de donner mes soins à cette malade ; mais depuis j'ai eu la satisfaction d'apprendre que sa convalescence et sa complète guérison ne s'étaient pas fait longtemps attendre.

Procéder selon cet exposé dans le catarrhe vésical chronique, la néphrite, les diabètes, etc.

IX. Hémorragies spontanées.

Quelques hémorragies essentielles, que je ne saurais préciser, cèdent très promptement ; il en est d'autres, au contraire, où le magnétisme agit comme excitant, et des réactions efficaces ne pouvant avoir lieu à cause des désordres organiques, vous devez craindre qu’il soit tout à fait contraire.

Ce n'est qu'en tremblant, je dois l'avouer, que j'ai quelquefois expérimenté dans ces cas graves.

J'avais soin de tenir un doigt sur une artère, et lorsque la circulation prenait du développement, je cessais.

Des magnétiseurs assurent avoir réussi dans tous les cas ; moi, non. Peut-être sont-ils doués de propriétés que je n'ai pas.

Il est essentiel de ne pas confondre l’hémoptysie ou l'on réussit parfois complètement, et les hémorragies symptomatiques, qu'on arrête aussi, mais qui reviennent à coup sûr si l'organe affecté n'est pas guéri.

En l'absence de données précises, il faut magnétiser avec la plus grande prudence dans les pertes utérines, par la raison que le magnétisme, excitant ordinairement les menstrues, peut, dans ce cas, devenir tout à fait contraire.

L'hématurie rénale et vésicale, l’hématémèse peuvent aussi être heureusement modifiées.

X. Rage, morsure de serpents.

Le magnétisme agissant principalement sur la sensibilité, on doit espérer réussir dans ces affreuses maladies. Deux fois dans ma vie je me suis trouvé en présence d'hydrophobes, et j'étais allé auprès d'eux avec l'intention d'essayer ; mais j'en fus empêché par une coutume absurde : les représentants de l'art médical avaient déjà fait prendre au malade des doses énormes d'opium. Il n'y avait donc plus rien à faire pour moi : on avait tué la sensibilité, c'est-à-dire la force réactive ; ils étaient enfin empoisonnés.

Cependant, sur l'un je produisis des moments de calme extraordinaire. C'est donc à essayer avant toutes choses.

Chez les sauvages, qui ne possèdent point les sublimes connaissances des écoles de médecine, on pratique, dans des cas de morsures de serpents les plus venimeux, une magnétisation véritable. Ils frictionnent légèrement et longitudinalement le malade durant des heures entières, jusqu'à ce que l'enflure diminue et qu'une abondante transpiration se soit établie. Dès lors ils regardent le moribond comme sauvé, et ne se trompent jamais dans leurs prévisions.

Pourquoi ne réussirait-on pas de même dans l'hydrophobie ? Un virus, quel qu'il soit, introduit dans la circulation, si l'on parvient à le diviser, doit perdre de son activité, et la violence de ses désastreux effets s'affaiblir. J'ai la conscience que le magnétisme, plus que tout autre moyen, pourra faire obtenir ce résultat. Quand donc en essaiera-t-on l'emploi raisonné ?

XI. Comment procéder dans les affections chroniques.

Chercher à augmenter la vitalité ; ceci obtenu, produire des crises ; je ne veux pas parler de convulsions, mais de mouvements dans les fluides. Il faut que le malade soit replacé dans l’état aigu, c'est-à-dire dans la disposition où la maladie, montrant toute sa gravité, appelait les secours puissants de la médecine.

Je ne puis ici espérer d'être compris que d'un très petit nombre d'hommes. C'est un travail curieux que de semblables magnétisations : il faut, pour s'en expliquer les effets, les voir, les revoir encore ; alors on conçoit la possibilité d'une espèce de rajeunissement, causé par l'expulsion, souvent moléculaire, de matériaux hétérogènes séjournant dans l'organisation. On conçoit comment des humeurs indolentes, inactives, souvent d'une grande ténuité, et ne jouant sur l'organisme d'autre rôle que celui d'un corps étranger inerte, acquièrent cependant tout à coup, par des courants vitaux, des propriétés physiques et chimiques nouvelles, et peuvent ainsi être expulsées.

Les fondements de cette vérité jetés en passant, suivons les procédés.

Pendant huit ou dix jours vous appliquez la méthode pure et simple, vous ne cherchez le développement d'aucun effet, vous abandonnez même ceux qui surgissent, sans en chercher l'augmentation ou la diminution. Lorsque vous pensez que tout le corps a été parcouru par le magnétisme, vous changez de procédé ; vous dirigez de préférence la magnétisation sur le siège du mal, s'il est bien connu ; dans le cas contraire, sur la région où vous le supposez. Il faut y développer de la chaleur, de la douleur même, et ne rien craindre des nouveaux symptômes qui apparaîtront. Rappelez-vous qu'ils ont existé anciennement ; le malade vous dira qu'il les a déjà sentis. Continuez. Vous ne devez vous arrêter que dans un seul cas, celui où le travail médicateur est trop considérable, où la fièvre se développe, lorsqu' enfin il y a trop de souffrance ; ces cas sont rares. Il faut alors doser votre magnétisme de manière à entretenir le mouvement imprimé; bien voir ensuite où se dirigent les matériaux détachés ainsi les suivre ; s'ils se portent sur un organe dont le jeu est essentiel, donner de la force, de la vie à cet organe, en même temps que vous soutiendrez les efforts qui sont faits au siège même du mal.

Soyez assuré que l'émonctoire qui doit servir de voie d'expulsion se découvrira à vos yeux ; la peau par des transpirations, les reins par des sécrétions ; la poitrine même peut, dans certains cas, par des expulsions glaireuses, des crachats visqueux, jouer le même rôle ; il survient aussi des garde-robes plus fréquentes et plus abondantes.

C'est ainsi que j'ai vu, après plusieurs années d'existence, disparaître des douleurs ostéocopes qui étaient la suite de l'inoculation du virus vénérien et de l'administration de préparations mercurielles. Le travail était évident : des plaques cuivreuses survenaient à la peau ; la vessie, tranquille jusqu'alors, devenait douloureuse, les reins également, mais le sommeil avait reparu; la chaleur du lit, si insupportable avant la magnétisation, n'incommodait plus le malade. Un travail singulier avait lieu dans les os, qui avaient augmenté de volume ; les urines se chargeaient et servaient de véhicule à l'expulsion de ce que les forces médicatrices avaient détaché. Le malade enfin guérissait.

J'ai vu aussi des tumeurs blanches, des engorgements des glandes se résoudre après avoir été le siège de douleurs critiques causées par le magnétisme. Il survenait un dévoiement, une diarrhée sérieuse, qui amenait une diminution sensible dans le volume, et enfin la résolution complète de ces engorgements avait lieu après deux ou trois réapparitions de ces heureux symptômes.

Des paralysies des membres et même des nerfs optiques avaient cessé après des crises ; des surdités aussi, mais en petit nombre. On pouvait toujours suivre la marche et se rendre compte du travail critique qui avait lieu. La nature, renforcée, aidée, ne cachait point ses opérations : l'oeil le moins exercé pouvait les apercevoir.

Quelquefois une, ou quelques magnétisations, ayant eu pour résultat de replacer la maladie dans son état aigu, les effets diminuent, et la réaction que vous avez cherché à opérer et que vous aviez commencée ne se continue pas ; vous ne pouvez plus même reproduire le sentiment des premiers effets.

Si la nature refuse de vous suivre et de vous seconder, le malade est incurable par vos procédés. Mais avant de déclarer qu'il en est ainsi, vous devez répéter vos tentatives, car la nature est souvent paresseuse et a besoin d'être stimulée. Ces cas se présentent surtout lorsque vous avez affaire à des malades qui ont épuisé toutes les ressources, ceux sur qui l'art a fait tous ses essais, en cherchant, comme vous, les réactions nécessaires. En épuisant les moyens on a aussi fatigué les organes ; le principe qui veillait à leur conservation s'est lassé, et il ne répond plus aux nouveaux appels que vous lui faites. Ici pourtant, phénomène singulier, il s'aperçoit que c'est son analogue, que c'est un ami, un frère, qui est entré dans son domaine ; il ne s'insurge pas contre lui, ne cherche point à repousser, comme il l'a fait pour l'agent contraire, qu'un médecin mal inspiré a pu introduire dans la circulation. Mais souvent ce principe de conservation n'est pas assez puissant pour seconder vos efforts ; il laisse faire alors, et c'est à vous seul qu'il confie la réparation de la machine ; il garde ce qu'il a de forces pour entretenir le mouvement et la vie, car quelquefois il est même insuffisant pour ce travail de tous les instants.

Lorsque vous êtes parvenu à introduire assez de richesse, et qu'il peut vous seconder, il se lie avec vous, devient votre auxiliaire, et, si la maladie est curable, il prend alors la direction des travaux. Il attend avec impatience l'heure à laquelle vous devez venir lui donner des matériaux essentiels, il cesse sa besogne si vous ne venez pas, et le malade éprouve l'inquiétude d'un besoin qui n'est pas satisfait.

Ces deux forces, bien différentes des forces mortes, comme l'électricité, le galvanisme, l'aimant ou magnétisme minéral, etc., etc., sont intelligentes ; elles s'allient pour marcher en commun. Ainsi le magnétisme animal ne s'enfuit pas du corps où vous l'avez déposé ; il y reste, au contraire, pour servir aux opérations de la vie.

Le magnétiseur, ici, a déjà besoin de connaître son outil, car il peut, sans le savoir, contrarier la nature en voulant l'aider. Ailleurs, nous développerons nos idées sur cette vérité.

XII. Affections dites incurables.

Il est si naturel de chercher un soulagement lorsqu'on souffre que, quoique la science ait dit : Il n'y a point de remède, on doit pardonner même les tentatives insensées que les malades font presque toujours. Les magnétiseurs ne sont pas plus coupables que les malades en cherchant à produire un soulagement, quelquefois une guérison, là où la science médicale a reconnu son impuissance.

La nature à même tant de voies qui nous sont encore inconnues, quelque chose de si mystérieux accompagne ses opérations, que l'on ne peut jamais prononcer absolument et dire : Ceci est impossible.

Sans ramener nos lecteurs aux miracles, sans leur parler de ce qu'a pu produire, dans certains cas, une cause morale ou physique majeure ; sans chercher enfin à leur présenter le magnétisme comme une panacée, nous devons cependant leur affirmer ce qui est vrai, savoir : que, dans des cas désespérés, la nature, aidée du magnétisme, a quelquefois triomphé complètement.

Abandonnant tous les cas qui paraissent surnaturels, nous ne parlerons que de ce qui peut être soumis au jugement de la raison, et est évidemment le résultat certain d'une cause purement physique.

Mais ici il se présente bien des questions à résoudre.

Quelle est donc cette cause physique ?

Quel est ce magnétisme, agent de tant de phénomènes ?

D'où vient-il ?

Comment peut-il se lier avec la force médicatrice qui sert à nous maintenir ?

Est-il un corps qui en empêche l'action si puissante, qui l'isole enfin7   ?

Hélas! Tout ceci est du domaine de la science, et nous ne sommes pas savant. C'est au physicien, au physiologiste surtout, à étudier ces choses et à nous les enseigner.

Maintenant nous sommes magnétiseur, rien de plus.

Plus tard nous essaierons de donner des explications sur la nature du magnétisme, quoique cette tache nous effraie et ne nous ait pas été dévolue. Si nous ne réussissons pas au gré de nos désirs et selon l'importance du sujet, on ne devra pas nous accuser, puisque, d'avance, nous prévenons de notre impuissance.

Tournons donc, puisque nous ne pouvons les résoudre, les difficultés qui se présentent ici, et reprenons le cours de notre description.

En supposant, pour un instant, qu'on nous ait mis entre les mains un appareil électrique ou galvanique, et que nous sachions nous en servir avec habileté, serions-nous obligé de dire : L'agent que nous employons vient de telle ou telle source ; il obéit à telle ou telle loi, etc., etc. ? Non. Il suffirait que nous fussions éclairé sur sa force et l'étendue des phénomènes qu'il produit.

Le médecin à qui on pose ces questions : Comment se fait-il que le suc de pavot endorme ? Comment le nitre agit-il sur les reins ? Comment l'émétique provoque-t-il les vomissements ?   Balbutie dans ses réponses, car, quelles que soient son habileté, sa sagacité, il emploie des agents d'une grande puissance sans savoir précisément quels sont leur nature et leur mode d'action.

Nous nous plaçons dans le cas de ce médecin, et, sans plus chercher, nous provoquons, comme lui, l'apparition de phénomènes qui ne peuvent venir sans l'emploi du moyen que la nature a mis à notre disposition. Et nous disons à ceux qui veulent nous imiter : procédez de telle manière ; faites ceci ; agissez d'après ce que l'expérience a fait connaître de positif, et ne prenez point la peine de donner des explications.

Ne perdez pas de vue que la gravitation existait avant Newton, et que l'aimant attirera le fer encore longtemps, peut-être avant qu'on sache par quel mystère il le peut.

Soyez circonspects si vous vous permettez de donner des explications sur les phénomènes magnétiques que vous aurez produits  car il se trouvera des hommes très savants qui prouveront que votre explication est mauvaise, et, par cela seul, rejetteront ou parviendront à faire rejeter le fait lui-même, ce qui est absurde, mais pourtant très commun.

Mais revenons aux maux incurables.

Les maladies ont, en général, un commencement obscur. Ce sont souvent de petites causes, des agents d'une faible puissance qui déterminent à la longue Ses plus grands changements, les perturbations les plus considérables. Le médecin le plus clairvoyant, la sagacité la plus exercée ne les aperçoivent pas toujours lorsqu'elles commencent à troubler l'exercice des fonctions. Les malades eux-mêmes ne s'arrêtent point lorsqu'ils éprouvent des malaises, souvent même ils n'y font pas attention. Le trouble augmente ; alors on agit, sur qui ? Sur quoi ? Car, le plus souvent, la cause est inconnue.

Je dis ceci seulement parce que j'ai remarqué que, dans les affections chroniques qu'on a le bonheur de guérir, pour s'en aller, le mal suit exactement le chemin qu'il avait pris pour arriver au point de menacer la vie. De sorte que l'on voit clairement, ou que la nature a été impuissante, ou bien que ses forces ont dévié, et que l'on n'a pas su ou pu lui donner la puissance qui lui manquait, ou la redresser dans ses écarts. La cause réelle se laisse alors apercevoir.

Il y a tout un système nouveau de médecine à faire ici, s'il est vrai que l'agent magnétique avertit, redresse la nature lorsqu'elle s'égare et dévie à ses lois.

Toutes les maladies pouvant, soit par leur nature, l'idiosyncrasie des malades ou l'impuissance de l'art, devenir incurables, je n'ai tracé que des règles générales de conduite ; les règles particulières, variant avec chaque cas, sont laissées à la sagacité de chacun.

L'emploi du magnétisme dans ces traitements n'exclut point les remèdes ordinaires ; mais il faut les laisser au choix du dormeur lorsque vous avez été assez heureux pour provoquer le sommeil lucide.

Les livres du magnétisme sont pleins d'exemples de ce genre, dont le plus authentique est celui de mademoiselle Lahaye, abandonnée de tous les professeurs et des membres les plus distingués de la faculté de Paris. J'entrepris le traitement de cette malade à la recommandation de Broussais, qui, quelques jours avant de mourir, conseilla le magnétisme comme dernière ressource. Ayant traité ailleurs ce sujet8  avec le développement que comporte un cas aussi remarquable, je le rapporterai cependant à la fin de ce volume sans craindre une répétition inutile. D'ailleurs, pour preuve que je ne suis pas seul à faire ces choses, que le pouvoir magnétique est un don que Dieu a réparti à tous, il est bon que je vous initie aux résultats qu'obtiennent d'autres magnétiseurs.

Ecoutez donc ce qu'écrit, à la date du 18 décembre 1840, le docteur Charpignon, d'Orléans, au docteur Frapart :

C'est un exemple à suivre.

Le docteur Georget disait que la médecine des somnambules était la plus parfaite.

Vous avez soutenu cette opinion avec le plus heureux succès dans des occurrences difficiles ; je vais vous conter, à ce sujet, ce qui vient de m'arriver tout récemment.

....Une demoiselle de vingt-trois ans, après avoir passé par les traitements de quatre médecins, me fit demander ; voici comment je la trouvai : bouffissure générale ; hydropisie du ventre ; toux sèche, fréquente, par accès de cinq minutes de durée, et recommençant par intervalle de deux à trois minutes : difficulté très grande de respirer ; douleurs aiguës par tout le thorax, surtout du côté gauche ; battements de coeur précipités, sourds, mais réguliers à la main. Il était impossible de chercher quelque indice par l'auscultation, attendu la fréquence de la toux ; il survenait des syncopes deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures, elles duraient deux, quatre et cinq heures ; l'estomac ne gardait aucune boisson. Cet état était le même depuis près d'un mois, mais la toux et les palpitations avaient plusieurs années de date.

Ce que j'avais à faire en pareille circonstance, c'était de ne pas tourmenter la moribonde par une nouvelle médication, car la mort me semblait ne pas devoir tarder ; la famille, du reste, s'y attendait à la première syncope. Qu'aurais-je tenté après les mille moyens employés par ceux qui m'avaient précédé ?... La malade, qui n'avait entendu parler du magnétisme que depuis peu de jours, me conjurait de l'endormir, car c'est là ce qu'elle désirait par-dessus tout, pour obtenir quelques moments de repos. Après avoir longtemps lutté avec moi-même, je me décidai à la satisfaire, au risque de me faire accuser de vouloir ressusciter un mort... Cinq minutes sont à peine écoulées que la toux est arrêtée et que mademoiselle Rose semble dormir. Je lui parle, elle ne me répond pas.

Plus tard, elle s'agite pour marquer qu'elle entend. Après une heure de sommeil, je la réveille ; mais aussitôt tous les accidents reparaissent. Cependant la nuit a passé sans accès. Le magnétisme provoque instantanément le sommeil ; bientôt la malade m'entend, puis me répond.... Elle est somnambule ! « Où souffrez-vous le plus ? » Elle prend ma main et la pose sous le coeur.... « C'est donc là votre mal ? Qu'y a-t-il donc ? — Du sang ....; il y en a bien trois cuillerées. Il est liquide... Il est entre la pointe du coeur et le plancher (entre le diaphragme et l'extrémité du péricarde). — Est-ce toute la cause de votre maladie ? — Non ; mon ventre est aussi bien mal, mais je n'y vois pas. » Après une dizaine de minutes de silence, elle me dit spontanément : « Voyez-vous ces sangsues ? — Où donc ? — Là, à mon coeur. — Comptez-les. — J'en vois dix ; elles vont bien me soulager ; demain je n'aurai plus de battements de coeur, plus de toux. — Voulez-vous être éveillée ? — Oui, à moitié seulement ; il faut que je dorme toute la nuit, sans sentir mes sangsues ni le sang qui coulera jusqu'au matin. »

Cette intention était un ordre pour moi ; je fis exécuter la prescription, et le lendemain la toux et les palpitations avaient disparu. Nouvelle magnétisation : mademoiselle Rose ne voit plus de sang au coeur, mais elle aperçoit dans son ventre une grande abondance d'eau ; puis son estomac qui est distendu par des glaires, ses membranes sont piquetées de sang. Ces désordres l'affligent. Tout à coup elle dit : « Ces eaux s'en iront, car voilà quatre choses pour composer une tisane. Ceci, c'est de la graine de lin et du cerfeuil ; cela, de la racine d'asperge ; cette autre racine, je n'en connais pas le nom..., et vous ? Moi, je ne voyais rien, et je ne pus dire ce qu'étaient ces petits morceaux de racine noire...

O docte médecin !!! Vous me ferez avec cela une tisane, et vous passerez dessus les mains comme sur moi, parce qu'il en sort quelque chose de semblable aux rayons du soleil qui pénètrent dans une chambre. — Comment se fait-il que les sangsues d'hier vous aient si promptement guérie, quand vous en aviez eu tant de fois inutilement ? — Sans doute on m'en a mis souvent, mais jamais à la place qu'il fallait.... Ma toux provenait aussi d'une grosseur que j'avais dans la poitrine, à droite.... C'est une boule de sang caillé mêlé d'humeur, grosse comme une noix ; elle n'est pas dans le poumon, elle est entre lui et la toile qui le sépare de l'autre.... Cette boule s'est beaucoup fondue par votre magnétisme ; demain je cracherai du sang et de l'humeur. »

Il survint, en effet, une expectoration muqueuse mêlée de sang coagulé ; les urines furent très abondantes, glaireuses et fétides durant les premiers jours. Au douzième, la somnambule assurait ne plus rien voir de malade en elle, et ses paroles étaient, du reste, confirmées par tout ce que l'oeil pouvait constater. La convalescence fut franche, sans rechute, et depuis le quatorzième jour de traitement, mademoiselle Rose est rendue à la vie ordinaire.

Cette observation, mon cher maître, est à enregistrer à côté de celles que vous avez déjà faites, et de leur nombre doit forcément naître cette conclusion : Le somnambule magnétique voit les organes malades, et il a l'instinct des remèdes qui lui conviennent.

XIII. Des affections nerveuses.

Sous cette dénomination, de toutes la plus élastique, la médecine range les nombreuses maladies dont l'appareil nerveux est affecté, soit essentiellement, soit sympathiquement ; toutes affections rebelles à la médecine, et qui, de tous temps, ont été traitées avec le plus grand succès par le magnétisme. Les écrits des magnétiseurs ne tarissent pas sur ce chapitre. Je ne veux point vous eu offrir le tableau pour ne point excéder le cadre que comporte un livre aussi élémentaire que celui-ci.

Ce à quoi je tiens surtout, c'est à vous expliquer le mécanisme de ces guérisons ; pour cela je vais vous dévoiler encore une vérité dont la découverte m'appartient, la voici : il existe un fait général : c'est que si vous magnétisez à grands courants, c'est-à-dire sans vous arrêter, du sommet de la tête à l'extrémité des pieds, le magnétisme suit la route que vous lui tracez. Il s'en va en grande partie, où plutôt il ne reste qu'une saturation incomplète du système nerveux, trop faible pour opérer les réactions que vous cherchez.

Exemple pour fixer nos idées. Toutes les fois que vous ne produirez point le réveil aussitôt que vous aurez jugé devoir faire cesser le sommeil magnétique, magnétisez les jambes, en les touchant ou non, jusqu'aux pieds. L'agent magnétique y est attiré et s'écoule en grande partie.

Plus de vingt fois je me suis trouvé en grand embarras : je ne pouvais éveiller à ma volonté des personnes que j'avais mises en somnambulisme. Mais m'étant aperçu qu'en magnétisant, soit par distraction, soit parce que je croyais bien faire, les extrémités inférieures des personnes soumises au traitement magnétique, leurs yeux s'ouvraient, si déjà il y avait eu commencement de sommeil, cet effet me paraissant singulier, je répétai le procédé avec intention ; alors je vis clairement de quoi dépendait ce réveil subit.

Depuis, dans des circonstances semblables, J'ai fait usage de ce procédé, que je dois à l'observation, et toutes mes craintes ont disparu9

Cette curieuse observation m'a conduit à une autre découverte bien plus importante ; la voici : Il m'est maintenant démontré que, dans beaucoup d'affections nerveuses de nature convulsive, les désordres qui apparaissent sont produits par une véritable rétention des fluides nerveux ou forces vives, qui n'ont pu s'écouler par les extrémités, leur route naturelle. Il suffit d'une cause morale pour produire cet accident.

Ces forces ainsi déviées occasionnent dans les parties où elles séjournent une espèce de congestion nerveuse, bien différente sans doute des congestions sanguines, mais tout aussi réelle, tout aussi appréciable. Les désordres qui en résultent n'ont pas non plus les mêmes dangers, mais ils deviennent pour le médecin plus difficiles à combattre, car contre eux la lancette ne peut rien.

Tous ces accidents disparaissent lorsqu'une voie nouvelle s'est ouverte à la circulation des fluides ainsi retenus ; mais avant qu'il en soit ainsi, que de troubles, que de cris, que de mouvements, que de sensations bizarres et singulières éprouvent les malheureux chez qui ce fait arrive !

Quelquefois ce sont des altérations d'organes qui produisent ces rétentions, ainsi qu'on l'observe dans quelques cas, heureusement rares, d'épilepsie, de catalepsie, d'hystérie, etc.

Mais il suffit de la compression d'un nerf pour que le fait que je signale puisse avoir lieu.

Peut-être même, dans les amputations, le tétanos traumatique, qui arrive si souvent et qui amène toujours la mort, tient-il à la ligature de quelques nerfs ou au spasme des parties voisines de l'amputation. C'est à vérifier, et s'il en est ainsi, il serait facile de faire cesser cet état par un quart d'heure de magnétisation.

Cet aperçu, que je ne veux pas pousser plus loin, va pourtant recevoir un peu plus de lumière par les faits qui suivent.

Voyons si, par le magnétisme, en établissant des courants artificiels, ou en rétablissant la circulation naturelle du fluide nerveux dévié, nous n'allons pas obtenir les plus grands résultats.

Rien n'est si facile, pour le magnétiseur, que de faire cesser les spasmes, des attaques de nerfs, d'épilepsie même. Eh bien, comment s'y prend-il ? Il magnétise de la tête aux extrémités inférieures ; rien de plus. Que sentent alors les malades ? Un dégagement quelquefois subit dans l'organe qui était opprimé. Ils éprouvent la sensation d'une véritable circulation nerveuse vers les extrémités, et il est même facile d'y constater des mouvements qui n'y avaient point lieu avant cette simple opération.

La chaleur revient bientôt dans les membres froids, souvent même il survient de la transpiration aux pieds. On aperçoit de légers mouvements convulsifs sur le trajet que parcourt le fluide qui avait été retenu, comprimé, emprisonné par les spasmes ou contractions des conducteurs où il aurait du passer pour redescendre. Ces spasmes cessant tout à coup, la route est rouverte, les fluides s'y précipitent à flots, et la partie congestionnée d'une manière si singulière, mais pourtant si compréhensible, se trouve débarrassée.

La plupart des affections nerveuses peuvent donc trouver un remède ? Oui, même celles qui, dans le jeune âge, tuent une grande partie des enfants. J'ai essayé tant de fois avec succès qu'il ne me reste plus un doute.

Il y a ici le livre le plus utile, peut-être, que l'on puisse faire ; s'il m'était libre d'expérimenter dans un hôpital comme je le voudrais, et de telle manière qu'il me plairait, je ferais ce livre, appuyé sur des faits que je rendrais d'une vérification facile.

XIV. Paralysies.

Ici vous avez affaire à des parties d'où la vie s'est retirée, les vaisseaux qui lui donnaient passage se sont rétrécis, et les tissus, ne recevant plus leur part de suc nourricier, ont été flétris, altérés. La circulation nerveuse n'a plus lieu, où du moins que d'une manière très imparfaite ; la nature a été forcée de changer la direction de ses forces ; mais tout est à sa place, et vous pouvez espérer encore. Il vous faudra du temps, de la patience ; mais enfin la cause réparatrice peut agir avec efficacité. Elle reprend le chemin qu'elle avait quitté. C'est une source disparue qui revient vivifier le domaine qu'elle fécondait en d'autres temps.

Qu'on ne croit pas pourtant que tous ces malades peuvent guérir ; il en est d'incurables.

Que l'on n'en accuse ni nous, ni la nature. Ce que nous pouvons produire dépasse de beaucoup les limites tracées par la science ; mais que l'on ne nous demande pas l'impossible. Qui ne sait que le terrible travail qui précède la mort commence et se fait souvent peu après la naissance, et que lorsque nous sommes avertis, l'édifice est miné de toutes parts ?

Lorsque, après avoir magnétisé généralement, on s'arrête à une action locale, qu'arrive-t-il ? D'abord de la chaleur dans le membre froid, puis des picotements, et si vous persistez après quelques instants de magnétisation, vous obtenez des contractions et souvent aussi, comme je l'ai dit déjà, une sorte de commotion qui ressemble à de légères décharges électriques.

En continuant, les secousses augmentent d'intensité, et le malade ne tarde pas à recouvrer la souplesse et l'usage du où des membres paralysés.

La vieillesse ne s'oppose pas toujours à un changement heureux ; mais en général, dans ces cas, on ne doit se promettre qu'un demi-succès. Je viens de produire, sur un vieillard hémiplégique, un effet singulier : le gros orteil du côté paralysé était relevé et ne pouvait s'abaisser par la volonté. Au bout de quelques jours, il rentra sous l'empire du mouvement volontaire et reprit sa position naturelle10 .

XV. Chorée ou danse de saint-guy.

Lors de mes expériences de Reims, un homme affecté de chorée depuis quarante ans, s'en vit débarrassé en moins de deux mois par un de mes élèves. C'est en excitant les nerfs, en produisant des mouvements plus forts que ceux qui avaient lieu presque constamment, que ce malheureux vit cesser en si peu de temps, un mal qui avait fait le tourment de sa vie.

Cette marche est également applicable aux tics nerveux, delirium tremens.

XVI. Epilepsie, hystérie.

Contre ces terribles affections la médecine n'a point de remèdes. Si l'on considère, au contraire, le nombre prodigieux de cures opérées par le magnétisme, on est tenté de croire que s'il n'en est l'unique remède, il est au moins le plus puissant.

Les exemples de guérison sont nombreux, et les plus remarquables de ma pratique sont relatés dans mes autres ouvrages, avec des considérations sur la nature et le traitement de ces maladies, qui seraient déplacées dans ce petit Manuel.

Comme je l'ai dit page 42, il faut provoquer des accès artificiels, et les faire prédominer sur les morbides.

Tant que je n'ai fait que chercher à calmer les crises par l'application paisible des procédés enseignés par nos devanciers, je n'ai en rien changé les symptômes de ces maladies. Il m'a fallu provoquer, dans le moment de calme, le système nerveux, et obtenir violemment la manifestation des accès et quelquefois, usant de ce procédé, j'en ai renouvelé plusieurs fois de suite l’apparition. J'ai changé ainsi les heures de leur arrivée, modifié la sensibilité, fait perdre aux nerfs l’habitude qu'ils avaient de se contracter sous l'empire d'une force occulte, qui avait donné une fausse direction à la circulation des fluides et imprimé dans la mémoire un souvenir qu'il fallait effacer.

Ma volonté, d'abord contrariée, a fini par agir avec une grande promptitude, les principaux efforts étant dirigés du côté du cerveau. La rigidité des membres convulsés cessait en faisant simplement des passes longitudinales sur les parties contractées.

Il reste, à la suite de ces crises magnétiques, répétées, de la courbature, de la lassitude ; les muscles, quoique revenus à l'état normal, conservent une sensibilité douloureuse, qui cesse avec le repos.

Voici un cas de guérison que je transcris ici, parce qu'il est complet, et que l'on peut y puiser un utile enseignement, sous le rapport du travail intérieur qui a préparé la guérison et sur les crises qui se sont manifestées. Aucune rechute n'ayant eu lieu, la cure est radicale.

 

« A M. le baron Du Potet11  

Monsieur le baron, 

Avant de terminer un traitement si fructueux pour moi, qu'il me soit permis d'en bénir la source et de remercier l'homme généreux qui se sacrifie avec tant de courage au bien de l'humanité.

Une maladie cruelle avait brisé mon avenir, le bonheur n'était plus pour moi qu'une amère ironie ; l'espérance, ce soutien de l'infortune, avait fui de mon coeur ; ma vie s'échappait de mon corps, brisé par des souffrances continuelles ; mais vous êtes venu à mon secours, et dispensant en moi ce fluide vivifiant qui maîtrise la douleur, vous avez rendu le repos à mon corps en même temps que vous avez ramené le calme dans mon âme. Recevez-en, monsieur le baron, mes sincères remerciements, et afin que, d'après le bienfait, vous jugiez de la reconnaissance, permettez-moi d'esquisser à grands traits et ma maladie et ma guérison, que je considère au moins comme très avancée.

Il est des êtres qui semblent placés sur la terre pour faire chérir la vie au reste des humains, en leur offrant le contraste de la douleur au bien-être dont ils jouissent ; je fus de ce nombre. Mon enfance se passa au milieu des mille maladies qui ne l'assiègent que trop souvent : à huit ans j'eus la fièvre cérébrale, un médecin fameux me mit à la diète la plus sévère et me condamna ; un autre médecin, également célèbre, me voyant mourir de faim, me fit prendre des aliments ; ma mère s'épuisa pour moi en soins les plus tendres, et je fus sauvé ; mais déjà mes parents remarquaient en moi cette irritabilité nerveuse qui se développa plus tard à un si haut point, et de plus des coliques incessantes firent déclarer une gastrite qui me fit souffrir pendant neuf années consécutives, gastrite suivie cependant de quelque temps de repos. Pendant ce calme mensonger, je plongeais déjà dans l'avenir les regards avides de la jeunesse, et je bâtissais avec plaisir dans mes rêves l'édifice joyeux de mon existence, quand une nuit un songe affreux m'agita violemment et me laissa le matin en proie à une fièvre ardente ; le frisson de l'insomnie parcourait tous mes membres, mes dents claquaient avec force, et les convulsions de ma bouche m'empêchaient de parler ; en vain je voulus combattre le mal et me livrer à mes occupations journalières, je ne pus rester sur mon siège, je tombai, et pour la première fois j'eus une crise nerveuse, une attaque d'épilepsie. J'avais dix-huit ans ; c'est l'âge où un jeune homme cherche à se créer un avenir honorable, et tout espoir me fut bientôt interdit. La maladie faisait de rapides progrès ; j'abandonnai mes travaux pour jouir d’un peu de repos, et néanmoins mes crises prenaient de jour eu jour des caractères plus inquiétants. Pendant les trois dernières années, à la tourmente du corps s'ajoutèrent des étouffements horribles, ma respiration, rendue extrêmement pénible, menaçait de cesser pour jamais ; c'est alors que, m'agitant convulsivement, je poussais ces cris aigus que m'arrachait la douleur, et auxquels succédait le râle de l'agonie, puis mon corps tombait dans la plus complète inaction, jusqu'à ce qu'enfin je revinsse lentement à moi. A chacun de ces terribles moments je voyais la vie prête à s'enfuir avec mon dernier souffle. Aussi, monsieur le baron, vous pensez que je dus avoir recours à la médecine ; je vis plusieurs docteurs célèbres, et, ma maladie allait toujours en s'aggravant ; l'un d'eux, qui traitait spécialement les maladies nerveuses, et qui mourut d'une affection de la moelle épinière, me donna ses soins pendant deux ans, et me renvoya en me disant qu'il fallait vivre avec mon mal, plus grand encore, malgré un régime sévère et une médication suivie.

Abandonné ainsi de M. Ollivier d’Angers, je suivis le conseil amical de l'honnête médecin de ma famille, et, j'allai passer une année à la campagne, où je cessai tout traitement. Je m'en trouvai assez bien ; cependant une de mes crises, devenues, du reste, moins fréquentes, me tint pendant deux heures entre la vie et la mort, et fut plus forte que toutes celles qui l'avaient précédée. Ces accès me prenaient le plus souvent après le repas ; souvent aussi les contrariétés les déterminaient subitement. J'étais également incommodé par des maux de tête, contre lesquels ne purent jamais agir efficacement les sangsues ni les saignées ; ils disparurent presque entièrement à la campagne ; mais j'avais toujours, dans l'intervalle de mes attaques épileptiques, ces mouvements des viscères que je ne puis décrire, et qui m'annonçaient le plus ordinairement une chute prochaine. Tel était l'état de ma santé quand, l'année dernière, je revins à Paris, où, comme vous le savez, je retombai en deux mois aussi mal que précédemment. Ce fut alors qu'un de mes bons parents, que vous connaissez si bien pour son coeur droit et bienfaisant, M. Simonneau, entreprit de me faire connaître la science de Mesmer, dans laquelle il avait la plus grande confiance ; j'avoue que je ne la partageais pas avec lui. D'abord je ne connaissais le magnétisme que par des ouï-dire si souvent menteurs ou exagérés, et puis j'avais été traité par des mains si différentes, et avec si peu de succès, que j'avais pris mon parti, comme me l'avait conseillé M. Ollivier d'Angers ; néanmoins j'allai avec M. Simonneau à vos belles conférences du dimanche, où je fus promptement convaincu de l'existence de l'agent que vous mettiez en jeu sur moi car mon extrême sensibilité ne me permettait aucun doute à cet égard. A dater de ce moment, je prenais dans vos leçons et dans vos ouvrages connaissance du magnétisme, lorsqu'un soir je tombai chez M. Simonneau dans une crise nerveuse ; plusieurs de vos élèves étaient présents ; c'était donc le moment de s'assurer de l'efficacité du magnétisme pour mon mal ; un homme aussi aimable qu'intelligent, toujours prêt à faire du bien et à seconder les efforts des propagateurs de la nouvelle doctrine, M. Audriveau, proposa de me soulager, et dirigeant ses mains sur mes membres convulsés, il en calma bientôt l'agitation ; l'oppression cessa aussitôt sous ses efforts, et je fus promptement en état de m'en retourner chez moi. Je me défie toujours des raisonnements des hommes, mais je me rends aux faits, et le magnétisme a cela de sublime, c'est qu'il parle de lui-même : aussi la semaine suivante, c'est-à-dire dans les premiers jours de décembre, j'allai vous voir, et vous commençâtes à me magnétiser régulièrement trois fois par semaine. Je ne vous énumérerai pas toutes les particularités de mon traitement, le récit en serait trop long ; il me suffira de vous dire qu'il forma pour moi trois périodes bien distinctes : dans la première, c'est-à-dire pendant une partie de l'hiver, la rigidité des membres était un des principaux caractères de la magnétisation ; ma sensibilité se manifestait après quelques minutes d'action par une grande agitation des différentes parties de mon corps, mais principalement des intestins, en même temps que des coliques aiguës me causaient parfois de cuisantes douleurs ; il semblait que j'eusse dans le ventre un foyer fixe qui répandait autour de lui des courants de feu ; c'est ce qui vous fit juger que le siège de la maladie était au moins en grande partie dans les intestins, et depuis vous m'avez magnétisé spécialement cette partie ; les effets les plus heureux s'ensuivirent, car mes coliques disparurent ; ma santé semblait renaître sous vos doigts, et en même temps ma sensibilité diminua. Déjà, au commencement du printemps, mes parents et mes amis constataient en moi une amélioration sensible, aucun accident ne m'était survenu depuis le commencement de mon traitement ; je n'avais plus de maux de tête, comme les années précédentes ; je pouvais m'occuper sans fatigue à des travaux sérieux, et dès lors j'étais convaincu qu'il est un moyen universel de soulager et de guérir les hommes.

Ce fut vers le commencement d'avril que ma sensibilité diminua presque subitement ; je ne vous vis plus que deux fois par semaine, et je donnai une série de phénomènes nouveaux. D'abord vous employiez un temps plus long pour m'impressionner ; à ces mouvements brusques et répétés qui avaient lieu lors de mes premières magnétisations, succédèrent des mouvements souples et lents ; la catalepsie avait entièrement disparu. Ce fut à cette époque que vous remarquâtes chez moi les premières extases qui, allant toujours en croissant, vous donnèrent à observer des scènes si bizarres et si dignes des plus hautes réflexions. En effet, comme souvent vous me le dites, et comme purent l'observer M. Hébert et d'autres personnes, tous mes mouvements donnaient l'expression d'une idée conçue ; la joie on la frayeur se dessinaient sur mon visage et dans mes différentes attitudes ; quelquefois vous me vîtes reculer avec effroi, souvent, au contraire, je souriais avec satisfaction, et parfois même, pressant de mes mains ma poitrine haletante, je fondais en larmes, comme ivre de joie et de bonheur. Cependant je n'étais pas somnambule ; ces expressions étaient données par une force particulière qui agissait en moi en dehors de ma volonté ; j'entendais assez bien quand on parlait, mais je ne pouvais vouloir, et une demi-heure après être sorti de chez vous, je me rappelais, quoique assez vaguement il est vrai, la scène dont j'avais été l’acteur, ou plutôt la machine vivante.

C'est, là, je crois, une remarque intéressante car, lorsque nous dormons, nous sommes isolés, séparés de ce qui nous environne, et si nos actions expriment parfois une pensée, notre cerveau l'a réellement conçue ; en effet, si dans le cauchemar nous nous réveillons avec terreur, nous avons vu au moins l'image du poignard qui était près de nous frapper ; mais, dans l'état que j'essaie de vous rappeler, mon esprit est encore au monde extérieur ; j'entends vos paroles, quoique ne pouvant vous répondre, et, remis dans mon état habituel, je me rappelle les parties les plus étranges de mon extase ; mais jamais je ne pus avoir le moindre souvenir de la force qui m'avait fait agir, des idées que j'ai exprimées tour à tour ; aussi est-il pour moi hors de doute que, dans l'extase magnétique, nos actions expriment nettement des pensées, des idées que nous avons conçues, et dont nous n'avons cependant nullement la conscience ; c'est là, ce me semble, une belle arme pour les spiritualistes, qui pensent que dans certains cas l'âme agit chez nous en dehors de ce que nous appelons notre volonté.

Ce furent, comme vous devez vous le rappeler, ces extases qui caractérisèrent si bien la dernière partie de mon traitement car, de très rares qu'elles étaient dans la précédente, elles devinrent dans celle-ci très fréquentes. Ma grande sensibilité, amoindrie pendant un certain temps, s'était de nouveau augmentée ; je n'avais plus ni convulsions brusques, ni catalepsie, et, dans mon état normal, je n'éprouvais rien de mes douleurs passées.

Tel est, comme vous pouvez le voir, le résumé bien succinct du traitement que vous entreprîtes avec tant de bienveillance ; pendant les neuf mois que vous l'avez continué, je n'eus pas une seule de ces crises nerveuses qui m'effrayaient à si juste raison, et j'ai tout lieu de croire qu'elles ont à jamais disparu.

Comment, monsieur le baron, puis-je reconnaître le bien que vous m'avez fait ? Mon avenir était brisé, ma vie n'était plus qu'un mal qu'il fallait prendre en patience ; je n'envisageais qu'en tremblant l'avenir qui se déroulait devant moi; le bonheur de la famille était proscrit de mes projets ; comment, en effet, aurais-je pu le goûter avec la pensée que mes enfants dussent hériter peut-être du mal de leur père ? Du reste, quels projets pouvais-je faire étant moi-même à chaque instant à deux doigts de ma perte ? Mais maintenant un horizon plus vaste et plus lumineux m'entoure, et grâce à vous, monsieur le baron, je puis sans crainte en parcourir l'étendue. Recevez donc mes remerciements bien sincères, et si la Providence m'accorde un jour de jouir du bonheur domestique, permettez que mes enfants, dans les naïves actions de grâces qu'ils adresseront au Créateur, joignent à son nom celui du bienfaiteur de leur père.

Daignez, monsieur le baron, recevoir l'assurance de ma plus haute considération12

Léon Lerolle.

Noyers, 20 septembre 1847. »

XVII. Possession, obsession.

Voici un fait étrange, singulier, diabolique ; cependant, si vous avez bien retenu ce que je vous ai dit des courants artificiels, vous allez vous-même en trouver l'explication.

Un artisan de la ville de Reims était affecté d'une espèce d'hypocondrie ; il se plaignait de douleurs vagues et de maux nerveux. Malgré la médecine et les médecins, il continuait de souffrir, car vainement on avait essayé de le guérir. Sa maladie avec le temps prit plus d'intensité. Il perdit le sommeil et l'appétit. Bientôt même ses nuits furent troublées par l'apparition d'un phénomène étrange. Étant couché, il entendait distinctement frapper de petits coups sur le dossier de son lit, à l'extrémité de ses pieds. D'abord il n'y fit pas grande attention. Cependant ses pieds ne louchaient point le bois ; ces coups étaient très distincts et se répétaient à de courts intervalles. Bientôt ce même bruit se fit entendre au dossier ou était sa tête, bien qu'elle en fut éloignée. La peur prit cet homme : à coup sûr c'était un revenant ; on lui demandait des messes et comme il était crédule et peureux, il fit des prières pour l'âme en peine. Mais l'efficacité des prières fut nulle dans cette circonstance : le phénomène continua. Ne pouvant y tenir, il fit part de ses angoisses aux voisins, et bientôt toute la ville savait que dans la chambre de cet homme il y avait des revenants ; on voulut voir et entendre. Cet homme consentit à toute espèce d'examen, et ou fut confirmé de la réalité du fait, car les coups frappés, le bruit, enfin, arrivaient toujours de la même manière lorsque cet homme, était couché. Les médecins vinrent ; incrédules d'abord, ils parurent se rendre au fait. Ils firent consentir le malade à changer de lit, croyant au fond qu'il y avait là quelque supercherie, que l'examen attentif ferait découvrir. Dans ces cas, les savants supposent toute chose, excepté ce qui est vrai, sauf à reconnaître quelquefois leur erreur et à rendre hommage à la vérité.

Ce possédé fut couché chez un médecin : le lieu était bien choisi ; celui-ci avait pris toutes ses précautions. A sa grande surprise et contre son attente, les coups mystérieux se répétèrent, distinctement, et de manière que des sourds auraient pu les entendre. Il n'y avait plus de doute, cet homme était de bonne foi. Mais quelle était la cause d'une si étrange chose ? On n'en savait absolument rien, et les esprits étaient en suspens. Les dévots seuls ne l'étaient pas: le diable, une âme en peine, tourmentait le malade...

Sur ces entrefaites, un chimiste de Rouen, j'ai su son nom, mais ma mémoire ne me le fournit plus, n'importe, arriva à Reims pour éclairer cette ville par le gaz, et quelques esprits par sa science. On lui conta le fait ; il voulut le constater, et ayant entendu, distinctement entendu, il ne voulut pourtant pas croire aux revenants. Ce savant n'était sans doute rien moins que dévot.

Il proposa au malade de le débarrasser de ces tourments s'il voulait consentir à une simple expérience. Cet homme y consentit avec joie. Ce chimiste donc imagina de faire coucher le malade comme à l'ordinaire, et ceci étant fait, il lui attacha au gros orteil un fil de laiton dont l'extrémité allait plonger dans un vase où il y avait seulement une dissolution saline. O miracle ! plus de bruits, plus de coups frappés ; cet homme était tranquille, le démon s'était enfui. Surprise de tous. La répétition du procédé pendant quelques jours guérit parfaitement le malade13

Dans un autre temps on l'eût exorcisé, et peut-être l'eût-on brûlé, ce qui eût été bien pis.

XVIII. Noctambulisme.

Le traitement de cette affection n'est pas sans danger pour l'opérateur. Il faut faire prédominer le somnambulisme magnétique sur le naturel, pour le diriger à son gré ; mais la contrariété qu'en éprouvent ces malades les fait quelquefois user de leurs forces décuplées contre celui qui veut les guérir, mais qu'ils considèrent comme agresseur. Voici un fait curieux et qui m'est personnel, je l'extrais au Journal du magnétisme, 1845, t. I, p. 42.

Peu de temps après mon arrivée dans une ville étrangère, on vint me prier de venir magnétiser dans une maison un jeune homme qui, tous les soirs, tombait dans une espèce de somnambulisme extatique. Ses nuits se passaient sans que l'on osât l'interrompre, bien qu'il dépérît à vue d'oeil ; cependant ce sommeil paraissait moralement lui être favorable. Il avait alors plus d'esprit ; ses discours, remplis d'images, charmaient tous ceux qui les entendaient. Lorsqu'il prenait un violon, c'était le génie de la musique qui semblait s'être emparé de l'instrument, tant les sons étaient ravissants, tant ses improvisations étaient supérieures à celles des plus grands artistes !

Des médecins avaient été consultés, mais leurs remèdes n'avaient point eu d'efficacité.

Les accès continuaient ; d'ailleurs il en désirait ardemment le retour, car il s'y complaisait, chaque fois leur terminaison lui laissant une espèce de béatitude inexprimable. Lorsque je vis ce jeune homme pour la première fois, il était éveillé, et je lui parlai du magnétisme, cherchant ainsi à l'amener à en subir les effets sans surprise. Il ne voulut pas consentir à l'essai que je lui proposai, tant sa crainte d'être guéri était grande. Mais la famille, de plus en plus inquiète, vint de nouveau me prier de le magnétiser pendant son extase. J'y consentis, sachant que je faisais mal, car il m'avait repoussé ; il était homme et libre, je n'avais nul droit sur sa personne.

J'y allai cependant. J'avais recommandé de ne m'introduire près de lui que lorsque son sommeil mystérieux serait complet, et que ses sens seraient entièrement fermés aux impressions extérieures. 

Voici ce qui arriva : impatient de constater les phénomènes magnétiques, on n'attendit pas que le sommeil fût profond : on m'introduisit près de lui en me donnant l'assurance que la condition exigée par moi pour que j'entrasse existait déjà depuis quelque temps: mais cela n'était pas.

Je trouvai ce jeune homme couché sur un canapé, ayant les yeux ouverts, mais fixes ; les muscles de la face dans un état de repos parfait ; le pouls était petit, fréquent : il avait, quelque chose de fébrile ; une sueur froide couvrait sa peau, et ce sommeil me parut si singulier, si différent de ce que j'avais vu jusqu'alors, que je ne pouvais m'empêcher de considérer celui qui le présentait. Je me mis en devoir de le magnétiser, sans m'approcher de lui, à la distance de trois pas environ ; mais, au bout de quelques instants, ce dormeur se leva ; je me reculai un peu pour lui laisser de la latitude et considérer ses mouvements.

Il marcha dans ma direction, lentement, sans que sa physionomie changeât en rien. S'il était possible de faire marcher un mort, de le faire agir et que cette scène se passât dans le silence et sans que le spectateur fût prévenu des moyens magiques qui auraient été employés, l'individu qui verrait cela serait impressionné singulièrement, comme je l'étais dans ce moment et ne pourrait, rendre les sensations qu'il aurait éprouvées. Je le vis donc avancer avec cette impassibilité automatique que je cherche à faire comprendre ; il vint près de moi et il allongea les bras pour s'assurer si c'était bien, en effet, l'objet qu'il cherchait ; je me laissai saisir par ses mains glacées, et cette espèce de spectre me repoussa doucement vers la porte par laquelle j'étais entré. Je cédai sans résistance ; mais, lorsque j'y fus parvenu, je dégageai une de mes mains et la lui appliquai sur le front, en lui disant doucement : « Retournez à votre place » et je le reconduisis ainsi comme il était venu, mais à reculons et toujours dans un état d'impassibilité que je n'avais vu de ma vie.

Je redoublai d'intention, voulant faire prédominer le somnambulisme magnétique sur cette espèce de somnambulisme extatique et le faire ainsi parler sur lui-même, espérant qu'il serait son médecin et pourrait facilement, se guérir.

Quelques légers spasmes ne tardèrent point à se manifester ; la mobilité de ses traits devint apparente, et pour la première fois, il commença de parler : « Je ne veux pas être magnétisé, disait-il : je ne veux pas être guéri. Allez-vous en, monsieur. » Les parents m'invitèrent à continuer, malgré mon peu d'envie ; mais je recommençai de nouveau à le magnétiser sans geste, mentalement et à la distance de cinq pas. Il se leva plus promptement que la première fois, et se dirigea sur moi sans hésitation, et, comme je restai immobile, il me saisit et me repoussa brusquement du côté de la porte. Je cherchai à me défendre doucement et lui parlai avec calme, cherchant ainsi à agir sur sa raison. Il s'irrita de mon insistance, et sa colère, bien que je ne le magnétisasse plus, devint d'une extrême violence. Il n'était pourtant point éveillé. Il brisa d'abord des petits meubles qui étaient à sa portée, et, comme je voulus l'en empêcher, il saisit une table assez grande, la mit en morceaux avec une facilité surprenante, puis en choisit un des pieds et vint sur moi pour m'en frapper. Ses coups étaient dirigés avec beaucoup d'adresse et une force terrible ; je les évitai d'abord, mais son insistance me fit bien voir qu'il en voulait à ma vie. Je n’avais pas la ressource d'attaquer à mon tour celui qui me traitait en ennemi.

Ses parents, ses amis, comme de braves gens, avaient fui, et reculant moi-même, je gagnai la porte, étant assez heureux pour pouvoir la fermer sur lui. Sa voix devint terrible et menaçante, ses imprécations celles d'un homme en délire ! La porte, fermée à clef, céda à ses premiers efforts, tant ils étaient violents. Une seconde porte, fermée de même, s'ouvrit en un instant ; aucune personne ne venait à mon secours, bien qu'il n'en voulût qu'à moi seul. L'obscurité et le grand nombre de pièces que j'avais à traverser n'étaient point un obstacle pour cet être singulier ; il suivait mes traces comme l'eût fait un chien, et les portes fermées semblaient s'ouvrir d'elles-mêmes. Je n'avais plus qu'une chambre à traverser pour être en sûreté, elle donnait sur l'escalier dérobé par où j'étais monté; la clef qui en ouvrait l'entrée se trouvait au dehors et nul moyen de l'ouvrir n'était à ma disposition. La redoutable voix arrivait toujours dans ma direction. Il n'y avait plus moyen d'échapper ; je devais songer à défendre ma vie.

Ma position était doublement critique ; je ne pouvais à mon tour devenir l'agresseur : dans aucun cas semblable on ne doit y penser. J'avais d'ailleurs perdu la seule ressource que je possédais, celle d'anéantir ses facultés motrices, et cela en temps opportun. J'avoue que, resté seul avec lui, dès le premier moment de son exaltation, des scrupules me vinrent. La fuite de tous avait fait apparaître des craintes en mon esprit, non sur le danger que je courais, car j'aurais pu m’y soustraire d'abord en abandonnant à lui-même ce fou, mais sur la responsabilité qui pouvait m'atteindre. Il était homme et libre ; il n'avait pas voulu consentir à être magnétisé, sa santé le touchait peu. J'étais donc dans mon tort, et je n'eusse pas dû écouter les conseils de la famille.

Toutes ces réflexions, je les fis rapidement et bien d'autres encore ! Mais le cours en fut interrompu par la présence de mon redoutable adversaire, qui, armé de son espèce de levier, commençait à frapper sur moi, en visant à la tête. Mes fuyards arrivèrent à la fin, non de face, mais par derrière, pour ne courir aucun risque. Ils avaient traversé la cour et monté l'escalier pour m'ouvrir cette porte. Je pus gagner ainsi la rue. La colère de cet enragé, calmée un instant par ma disparition, reprit avec plus de force, et de loin j'entendais le rugissement du lion. C'est ému de pitié et non rempli de courroux que je m'éloignais, j'avais bien quelques contusions, car je n'avais pas pu parer tous les coups ; mais je devais cependant me féliciter : je venais d'échapper à un péril certain.

J'appris quelque temps après qu'il s'était calmé une demi-heure après mon départ, et qu'il fut deux semaines sans avoir d'accès de son somnambulisme ce qu'il regrettait infiniment. Enfin ils revinrent et présentèrent à peu près le même caractère. A la longue, ces accès ont amené la faiblesse du cerveau et, une espèce d'hébétement, trop faciles à prévoir. J’ai soupçonné depuis que cet homme faisait usage de préparations narcotiques, car l'action du magnétisme, si certaine et si efficace dans les cas de ce genre, mais naturels, n'avait pas produit d'abord ce que je devais en attendre.

C’était le cas de m'écrier, en sortant de chez ce forcené : Qu'allais-je faire dans cette maudite galère. Mais le médecin va bien au milieu des fous et des pestiférés. Un missionnaire va bien, pour convertir à sa foi des infidèles, braver tous les dangers. Lorsqu’on est, dans le péril, il n'est pas temps de s’occuper des causes qui vous y ont conduit : c'est à l’éviter que l'on doit alors songer. On sait après si l'on a quelque courage. Se connaît-on jamais sans épreuves ?

Je pourrais ici vous entretenir de cas non moins graves : le docteur Pigeaire en cite un dans son ouvrage, où le magnétiseur courut aussi des dangers (Il magnétisait un aliéné) ; mais ils ne doivent point empêcher de faire des tentatives pour sauver un malheureux.

L'homme qui se jette à l'eau pour retirer un infortuné qui se noie, celui qui pénètre dans une maison incendiée, ne courent-ils pas aussi des dangers l'un et l'autre ? La crainte ne pénètre point au coeur de celui qui veut faire le bien. Elle n'agit point non plus sur l'esprit de celui qui veut découvrir l'inconnu. Aujourd'hui même encore, pour revoir une pareille scène, je m'exposerais aux mêmes dangers ; j'en saisirais les principaux traits qui m'ont échappé, et peut-être serais-je assez heureux pour pouvoir les rendre à mes lecteurs, ce qui m'est impossible à présent, tant ce que j'ai vu à la forme d'un rêve.

Ce serait ici le lieu de traiter des hallucinations, des monomanies et autres maladies mentales, mais les emportements, l'indocilité, quelquefois la fureur de ces infortunés, ne permettent pas une application régulière du magnétisme, on n'a que peu de cas de guérisons.

XIX. Névralgies.

Ce groupe comprend les névroses de l'estomac : gastralgie, cardialgie, gastrodynie, vomissements nerveux, pyrosis ou fer chaud, pica ou malacia, boulimie, etc. ; l'odontalgie, l'otalgie, la migraine et autres douleurs nerveuses des diverses régions.

Rien n'est plus facile, pour le magnétiseur, que de faire cesser ces malaises, qui, sans être dangereux, font souvent beaucoup souffrir.

« Mais, dit M. Rostan14 , la puissance du magnétisme sera-t-elle bornée aux maladies du système nerveux ? Nous savons que le cerveau étend son empire sur tous nos organes, sur toutes nos parties. Cet organe roi, étant par ce moyen profondément modifié, ne peut-il pas à son tour opérer quelques changements avantageux dans un organe souffrant ? En suspendant la douleur, ne produira-t-il pas d'abord un premier bienfait ? La douleur étant suspendue, l'appel des fluides qu'elle détermine ne sera-t-il pas aussi suspendu ? Les matériaux de congestion, d'irritation, d'engorgement que ces fluides apportent, et qui augmentent le mal local parce que l'effet augmente la cause, ne cesseront-ils pas d'arriver ? Ne s'opposera-t-on pas, de cette manière, aux progrès ultérieurs du mal, et ne favorisera-t-on pas sa résolution ? Nous supposons seulement la douleur suspendue, et cet effet est incontestable, et déjà nous voyons que les résultats sont immenses : que sera-ce si les expériences physiologiques prouvent d'une manière incontestable que le magnétisme active l'absorption ? »

Bientôt nous parierons de ces cas et de bien d'autres qui ont échappé à la sagacité des magnétiseurs.