2. Effets moraux.

Ces phénomènes sont souvent simultanés des précédents, mais ils en diffèrent essentiellement ; ils sont à l'esprit ce que les premiers sont au corps. Ils sont, par leur apparence merveilleuse et incompréhensible, peu propres à éclairer l'esprit des masses, qu'ils subjuguent plutôt qu'ils ne convainquent. Ils ont égaré l'esprit de plus d'un magnétiseur, et seront cause de bien des extravagances. Leur développement spontané ne permet guère de douter que Mesmer en ait eu connaissance; mais il ne les a pas fait connaître à ses élèves. C'est à l'un deux, M. le marquis de Puységur, qu'est due la première observation de sommeil magnétique lucide, état complexe auquel il donna par analogie, le nom de somnambulisme, mais que l'on commence à appeler préférablement puységurisme.

I. Somnambulisme.

L'agent magnétique, outre les propriétés que nous en avons fait connaître, possède une vertu sédative, et, par suite, exerce une action soporeuse ou dormitive sur un grand nombre de magnétisés. Aussi n'est-il pas rare de voir tomber lentement ou tout à coup un être bien éveillé dans un sommeil profond sans administration d'une dose d'opium ou de tout autre somnifère. Vous n'avez fait que promener vos doigts, avec art, devant la face, et tous les sens se sont assoupis et toutes les impressions venant du dehors n'arrivent plus jusqu'à lui ; il est dominé, anéanti, comme mort, il ne sent plus rien, excepté vous ; un rapport mystérieux s'est établi, entre vos deux systèmes nerveux22

Voici la description, à peu près exacte, de cet incommensurable phénomène. Ce sont des autorités scientifiques qui vont nous la donner.

M. le docteur Husson, parlant à l'Académie de médecine, s'exprime ainsi :

« Lorsque le magnétisme produit le somnambulisme, l'être qui se trouve dans cet état acquiert une extension prodigieuse dans la faculté de sentir. Plusieurs de ses organes extérieurs, ordinairement ceux de la vue et de l'ouïe, sont assoupis, et toutes les opérations qui en dépendent s'opèrent intérieurement.

Le somnambule a les yeux fermés ; il ne voit point par les yeux, il n'entend pas par les oreilles : mais il voit et entend mieux que l'homme éveillé. — Il ne voit et n'entend que ceux avec lesquels il est en rapport. Il ne voit que ce qu'il regarde et ordinairement il ne regarde que les objets sur lesquels on dirige son attention. Il est soumis à la volonté de son magnétiseur, pour tout ce qui ne peut lui nuire, et pour tout ce qui ne contrarie point en lui les idées de justice et de vérité. — Il sent la volonté de son magnétiseur. — Il voit ou plutôt il sent l'intérieur de son corps et celui des autres, mais il n'y remarque, ordinairement, que les parties qui ne sont pas dans l'état naturel et qui en troublent l'harmonie. Il retrouve dans sa mémoire le souvenir des choses qu'il avait oubliées dans l'état de veille. Il a des prévisions et des présensations qui peuvent être erronées dans plusieurs circonstances, et qui sont limitées dans leur étendue. Il s'énonce avec une facilité surprenante. Il n'est point exempt de vanité. Il se perfectionne de lui-même pendant un certain temps, s'il est conduit avec sagesse ; il s'égare, s'il est mal dirigé.

Lorsqu'il rentre dans l'état naturel, il perd absolument le souvenir de toutes les sensations et de toutes les idées qu'il a eues dans l'état de somnambulisme ; tellement que ces deux états sont aussi étrangers l'un à l'autre que si le somnambule et l'homme éveillé étaient deux hommes différents. »

Puis, continuant, il ajoute :

« Des observateurs modernes assurent que, dans cet état de somnambulisme, dont nous venons d'exposer analytiquement les principaux phénomènes, les personnes magnétisées ont une lucidité qui leur donne des idées positives sur la nature de leurs maladies, sur la nature des affections des personnes avec lesquelles on les met en rapport, et sur le genre de traitement à opposer dans ces deux cas. »

Lisez ce qu'ont écrit encore sur ce sujet les de Redern, de Puységur, Deleuze, Rostan, Georget, Bertrand, etc.

Et, si vous voulez, pour plus de sûreté, n'acceptez aucun de ces puissants et nombreux témoignages ; magnétisez vous-même, vous obtiendrez, n'en doutez pas, la production singulière du somnambulisme magnétique. J'étais comme vous, je n'y croyais point, ma raison rejetait au loin toutes ces merveilles mais, les ayant produites, j'ai bien du en accepter la réalité. Plus de cinq cents personnes ainsi endormies m'ont passé par les mains, ou ont été soumises à mon examen.

J'ai magnétisé d'abord sans avoir appris ; j'ai répété les gestes d'un magnétiseur qui savait à peine son métier. Il ignorait bien des choses, mais il produisait des faits, en vertu de cette loi que je vous ai fait connaître, à savoir : que tout homme possède suffisamment de force magnétique pour, lorsqu'il le veut, agir sur le système nerveux d'un autre et y déterminer des désordres momentanés ; plus, le dernier fait que je viens de vous citer, le somnambulisme.

Mais, prenez garde ! Pour avoir produit le fait, vous n'aurez pas la science. Celle-ci ne vient pas tout à coup ; ici, comme en toutes choses, il faut travailler. Vous possédez un instrument, il faut apprendre à vous en servir !

En vous recevant médecin, on vous dit : Vous connaissez un peu de grec, de latin ; vous possédez votre anatomie ; la pathologie vous est familière, la matière médicale aussi. Allez, vous êtes médecin. Et pourtant vous ne l'êtes pas encore ; il vous faut l'observation, la pratique, que sais-je ? Le génie, peut-être !

Un homme à qui l'on donne une palette, un pinceau, des couleurs, une toile, etc., etc., n'est pas pour cela peintre ; il faut qu'il s'exerce longtemps, et souvent, malgré son labeur il reste médiocre. Il fait des tableaux comme beaucoup de médecins font de la médecine, sans art, sans science, sans génie. Peut-être avait-il en lui ce qui fait le grand artiste, une âme ardente, un désir passionné d'apprendre de la nature et de la vérité ; il n'a pas su, on ne lui a pas dit comment arrive le génie !

Ici, croyez-moi, l'étude, toujours l'étude ! Le repos n'est fait dans la vie que pour les laboureurs, les marchands et ceux qui supputent des chiffres. Le médecin, comme l'artiste, doit toujours travailler ; ce n'est qu'à ce prix que la nature lui vend ce qu’on croit qu’elle lui donne: une supériorité marquée sur ceux qui l'entourent.

Je voudrais, dans l'étude que je vous propose de faire, vous éviter les inquiétudes, les embarras qui vont vous assaillir. Je voudrais être votre compagnon, peut-être votre maître, afin de vous initier promptement à quelques secrets de l'art nouveau. Mais ce ne peut avoir lieu que par un écrit imparfait, pâle reflet d'une vérité qui n'a encore trouvé aucun homme qui puisse faire sentir sa grandeur et ses bienfaits.

L'enfant qui apprend à marcher fait des chutes, mais il se relève ; vous serez comme lui, et, plus tard, vous marcherez aussi dans votre force et votre liberté.

N'écoutez pas surtout ces magnétiseurs qui, méprisant toute étude, vous diront : il ne faut point de science en magnétisme ; cet agent fait tout ! Rappelez-vous que la nature elle-même s’égare parfois, et qu'il n'appartient qu'au savoir et à l'expérience de pouvoir la redresser dans ses écarts et déviations. Le magnétisme doit cesser d'être exercé à la manière des toucheurs et rebouteurs des campagnes. L'ignorance ne produit qu'une foi aveugle et un fanatisme imbécile. Puységur avait fait de son cuisinier un magnétiseur ; mais il était là pour surveiller ses oeuvres et lui donner des conseils. Je me rappelle avec amertume, mais je l'avoue sans honte, qu'une croyance exagérer m'a fait dire des absurdités, et magnétiser avec obstination des personnes dont les maladies ne pouvaient en rien être modifiées par le magnétisme.

La chose la plus difficile est de savoir gouverner le somnambule. Vous le croyez tenir, mais c'est un Protée : aujourd'hui il est constant, régulier, vous en tirez des choses merveilleuses ; demain il sera plein d'imperfections. Et ne pouvant prévoir une chute si soudaine, vous vous désespérez ! Laissez-le, il redeviendra sublime, et vous l'admirerez comme si rien ne s'était passé.

Jamais il ne m'est arrivé de produire cette crise singulière sans éprouver une sorte de frémissement nerveux, auquel succédait bientôt une joie secrète, un contentement, comme si mon âme eût voulu m'avertir que je venais de faire une grande chose et que de nouveaux mystères allaient m'être révélés. En effet, il y a tant à apprendre ici ! Chaque somnambule est un instituteur nouveau qui agrandit pour vous le domaine de la nature et qui vous montre la perfection des ouvrages de Dieu. Vous éprouverez le sentiment que je cherche à peindre, non quand vous produirez le sommeil seulement, mais le véritable somnambulisme lucide, II y a alors un choc d'âme à âme que vous sentez parfaitement, une sorte d'illumination subite de votre esprit ; vous n'êtes plus le même homme que tout à l'heure ; quelque chose de divin est sorti de vos mains. Bien des magnétiseurs me comprendront, car ils auront éprouvé ce que je cherche vainement à rendre par des mots.

Vous tous qui avez un ardent désir de faire du bien, magnétisez, et je vous promets les plus doux moments qu'un mortel puisse, éprouver; votre âme s'unira à une autre âme, et un voile mystérieux dérobera aux profanes cette sainte union !

Le somnambulisme est contemporain des premiers hommes. Au commencement du monde, il a dû être permanent ; aujourd'hui il ne se produit que par :

1° une déviation spontanée des forces vives ;

2° certaines maladies ;

3° l'emploi du magnétisme.

 

Sa durée est limitée. Il est le complément de la vie ; c'est par lui seul que l'homme peut se connaître et remonter à son auteur, Dieu ; et les plus grandes découvertes qui se feront successivement auront pour point de départ cet état moral où rien n'est inconnu.

Le sommeil naturel et tout ce qui y a rapport devraient trouver place ici comme préliminaires ; mais ces questions exigent du développement, et eussent allongé ce petit écrit, gui s'adresse aux commençants, auxquels nous n'avons à tracer que des règles pour qu'ils puissent, sans s'égarer, se livrer à la pratique élémentaire du magnétisme23 .

Voyons d'abord quels sont les symptômes précurseurs du sommeil puységurien, les avant coureurs de la voyance.

  1. Prodromes du somnambulisme

Immobilité des traits, changement de coloration de la face, abaissement fréquent des paupières. Les yeux, plus brillants, prennent un caractère de fixité singulière qu'il est impossible de dépeindre. Quand on a l'habitude de magnétiser, on s'aperçoit que l'action a pénétré dans le cerveau lorsqu'un léger soubresaut du bord libre de la paupière supérieure a lieu. On est certain dès lors de pouvoir produire, en persistant, tous les phénomènes magnétiques, et surtout l'attraction. Je n'avais point d'autre indication quand, interrompant mon opération, j'annonçais avec certitude que l'incrédule soumis à mon action était en ma dépendance, et les preuves ne s'en faisaient jamais attendre si j'étais sollicité de les fournir.

Quelquefois le somnambulisme est précédé de phénomènes singuliers, l'âme semble se complaire à examiner curieusement et à jouir du travail qui s'opère dans les organes. Peu de personnes peuvent décrire ces sensations délicieuses, plusieurs l’ont tenté en vain.

Voici ce qui m'a paru le plus remarquable de tout ce que j'ai lu. La première description est extraite de la relation de mon voyage à Saint-Pétersbourg. Cette pièce, écrite en vers russes, est intitulée : Mon premier sommeil magnétique. En voici la traduction libre :

« Oppressée, et pourtant à l'aise..., mon âme agitée semble vouloir briser ses liens matériels ; elle bat des ailes, elle a hâte de prendre son essor.... Si on la libérait, elle s'envolerait vers des régions inconnues.

Des rêves glissent à l'entour... ; ils l'attirent, ils l'appellent ; ils l'appellent au-delà des bornes terrestres.... Ils sont si confus..., et pourtant ils offrent quelque chose de si tristement doux, de si mystérieusement saint !...

Et voila qu'un miroir m'apparaît et une voix sans paroles murmure à mon oreille : « Regarde, regarde ! Dans cette mystérieuse profondeur, la destinée se retracera miraculeusement. »

Obéissante, je plonge dans la glace fatidique mon oeil et mon âme attentive ; mais ma vue n'est pas assez lucide, je ne connais point le sens de ces mirages fugitifs.

Et plus je m'absorbe, et plus mon regard plonge dans un cadre vacillant, plus vif est mon élan, plus libre est ma poitrine... ; et le monde réel est oublié pour moi !

Mais les liens du corps me retiennent toujours ! Mais les chaînes terrestres ne se relâchent point ; encore un instant..., et de nouveau je sens le poids de l'existence, et des brouillards voilent le monde des rêves ! »

Comtesse J. Rostopchine.

 

Cette seconde pièce est extraite d'une lettre qui me fut écrite dernièrement et que j'ai publiée également dans le Journal du Magnétisme24 . C'est, à mon sens, un petit chef-d'oeuvre descriptif des prodromes du sommeil magnétique.

« Quand vous vous asseyez auprès de moi, et que votre puissante main, sans me toucher, agite l'air qui m'environne, je sens comme un réseau invisible s'étendre sur mes membres, les assouplir, les presser sans les serrer, détendre mes nerfs et me pénétrer, me charmer, à la manière dont le parfum de la rose pénètre et charme l'odorat. Puis, à mesure que le magnétisme opère, une douce langueur s'empare de ma personne, les pensées terrestres deviennent plus vagues, se poétisent, pour ainsi dire, et se changent en une rêverie charmante, qui vous isole de la terre, de ceux qui vous entourent, même de votre magnétiseur ; c'est l'état le plus délicieux dans lequel un être humain puisse se trouver ; ce n'est pas le sommeil, ce n'est pas le réveil, et cependant il tient de l'un et de l'autre ; du premier, il emprunte l'adorable repos, l'abnégation complète ; du second, il reçoit la conscience de la vie.

Enfin, monsieur, que vous dirai-je ? Longtemps après que vous êtes parti, je sens encore ce doux bien-être, cette charmante langueur, qui me tient enchaînée sur mon fauteuil, me fait désirer et aimer la solitude. Je ne suis ni à moi, ni à vous, ni à personne, ni de ce monde, ni dans ce monde, mais tout entière à la divinité qui m'a créée, et dont mon âme éprouve tous les effets magiques. Des deux moi qu'il y a en nous, comme dit Sterne, le moi terrestre disparaît sous le moi céleste. Ainsi, monsieur, non seulement le magnétisme me rendra la vue, ce qui est le plus grand des biens de ce monde ; mais il me rendra aussi la santé, bienfait tout aussi précieux ; chaque fois que vous m'avez fait sentir la puissance de votre génie, il m'a semblé, chaque fois, que je recevais un accroissement de vie, de santé, de jeunesse ; et comment ne rajeunirait-on pas ? Le magnétisme employé, comme vous savez vous en servir, monsieur, détend les nerfs, calme les muscles, fait circuler le sang plus régulièrement dans les veines, assouplit les membres et leur rend l'élasticité du premier âge ; la tête aussi est plus légère, et le cerveau, dégagé de ses noires vapeurs, semble ne laisser place qu'à de riantes et d'heureuses pensées. »

Eugénie Foa, née Rodriguez.

  1. Est-il possible de simuler le somnambulisme ?

Lorsqu'un magnétiseur novice a obtenu quelques accès de somnambulisme, il s'exalte, pense que rien n'est plus facile que de produire cette crise, n'examine plus, et il suffit qu'on ferme les yeux pour qu'il s'imagine que le sommeil a lieu. J'ajoute qu'il est extrêmement facile à tromper ; sa bonne foi est si grande, il croit si fermement à l'impossibilité de lui résister, qu'il néglige toute règle de prudence. Ce n'est pas ainsi que nous avons agi au début de notre carrière, et aujourd'hui encore, quoique nous n'ayons pas été trompé, nous prenons nos précautions comme si nous devions l'être, et jamais nous n'annonçons l'existence de ce sommeil qu'après un examen attentif.

Comment, dit-on, croire à une simulation...? Eh! Mon Dieu, les honnêtes gens qui vous accusent d'imposture vous en fourniront les premiers l'exemple. S'ils parviennent à vous tromper, ils convaincront ceux qui les entourent qu'il n'y a rien de réel, que tous les prétendus dormeurs ont fait comme eux. Cette mystification, comme ils l'appellent, a eu lieu plusieurs fois ; ce piège grossier a été tendu à beaucoup de magnétiseurs ; certains s'y sont laissé prendre, et le rire, la moquerie, ont récompensé leur zèle prosélytique. Je pourrais en ce genre citer maintes anecdotes qui passent pour piquantes, mais j'ai honte de pareils faits, et lorsqu'on a, devant moi, essayé l'effet d'un semblable manège, devinant la pensée avant qu'elle se traduisit en actes, je savais faire rougir de honte l'homme sans morale qui avait conçu le dessein de me tromper.

Lorsqu'on veut bien se servir de ses sens pour examiner, la fraude n'est pas possible.

Les symptômes précurseurs que nous avons décrits sont si caractéristiques, et il survient tant de changements dans l'habitude du corps, que la seule inspection doit, suffire pour décider à priori.

Le pouls, à la rigueur, peut aussi fournir une indication, car il est toujours fortement élevé ou abaissé.

La respiration n'est plus la même, et par suite la chaleur animale subît des modifications profondes.

Les paupières ne se ferment jamais sans que les symptômes que nous avons désignés se soient manifestés. Mais à quoi bon nous arrêter ici ? Finissons par une comparaison qui résume tout : Une pièce de monnaie fausse n'est prise pour une de bon aloi que par celui qui ne l'examine point ou qui s'en rapporte à la personne qui la lui donne.

  1. Classification des facultés somnambuliques.

Il y a plusieurs degrés dans le somnambulisme ; mais en cela comme pour les sens, quand on veut les décrire, le nombre en augmente et vous vous y perdez bientôt.

Néanmoins, voici un aperçu de ce que l'on observe le plus fréquemment :

 

1 ° Sur beaucoup de magnétisés : Coma ou sommeil sans perception, comme, sans manifestation volontaire. Espèce de léthargie.

2 ° Sur un certain nombre : Sommeil avec perception commençante, mais confuse et n'apprenant rien de précis

3 ° Sur un petit nombre : Lucidité, ou vue intérieure, avec instinct des remèdes pour eux-mêmes. Prévisions pour ce qui les touche et concerne seulement.

4 ° Sur quelques privilégiés : Tout ce qui manque aux hommes et doit être l'attribut de l'âme dégagée de la matière ; c'est à dire extension prodigieuse de la faculté de voir et de sentir. La vue intérieure étant sans limites, on peut tout voir de près comme de loin, et au travers de tous les corps. Connaissance exacte de la nature et des symptômes des maladies, ainsi que des moyens de les combattre.

Cette classification est loin d'être complète. La synopsie des facultés somnambuliques est encore à faire, chaque jour on observe de nouveaux faits, et il est impossible de fixer les limites où s'arrête l'exercice de ces merveilleuses facultés. Et on a dit avec raison : Le magnétisme par le somnambulisme ouvre une fenêtre sur le monde invisible.

  1. Comment s'altère la lucidité ?

Nous sommes quelquefois injustes envers le somnambulisme ; nous exagérons ses défauts, sans considérer qu'ils viennent en partie de nous-mêmes.

Faites l'arbre bon, le fruit sera bon. Comment espérer un bon résultat d'une direction mauvaise ?

Il est bien difficile de conserver le sommeil lucide dans son état de pureté. Ceux qui consultent les somnambules n'apportent ordinairement qu'un sentiment peu propre à la manifestation des facultés de ces êtres singuliers : le désir de les trouver en faute. Ils détournent autant que possible l'attention du dormeur pour l'appliquer à des niaiseries : « Quel âge ai-je ? Suis-je marié ? Ai-je des enfants? Voyez ce que j'ai dans ma poche. Pouvez-vous lire les yeux fermés ? » Et mille autres questions aussi oiseuses.... Tu veux consulter l'oracle ? Laisse-le donc parler et t'examiner en silence ; laisse-le fouiller en toi, y poursuivre ce qu'il a découvert à l'entrée ; peut-être saisira-t-il quelque chose de ta destinée, te donnera-t-il des avis bons à suivre pour ta santé ou la conduite de ta vie. Tu veux donc qu'il te trompa, et qu'il soit pour toi ce qu'est un tireur de caries, qu'il t'amuse et te fasse mille histoires ? Retire-toi, tu n'es pas digne d'approcher de celui qui voit ; la science divine n'est pas faite pour des pantins.... Mais vous aurez da la peine à éviter ces communications, elles sont maintenant dans les habitudes ; le somnambulisme est devenu un joujou, on la mit entre des mains d'enfants. Il faut être sévères pour les consultations, ne permettre qu'un petit nombre de questions et donner le temps d'y répondre : tout travail forcé est mauvais.

Il faudrait aussi que, lorsque les somnambules sont éveillés, tout entretien avec ceux qui les consultent fut interdit ; que pas un mot sur ce qu'ils ont pu dire ou faire ne parvint à leur connaissance car voici ce qui arrive : les magnétisés qui tombent dans l'état extraordinaire de sommeil lucide, ne pouvant, éveillés, se douter de ce qui se passe durant leur crise, n'ont, par conséquent, nul souci et ignorent leur valeur. Mais que l'on vienne leur dire : Vous avez des facultés merveilleuses ; que vous devez être joyeux de pouvoir rendre tant de services ! Quel bonheur pour moi de vous connaître ! Que de bien vous m'avez fait ! Etc., etc. La première fois qu'on leur tient ce langage, ils en sont peu impressionnés, peu touchés; ils doutent de leurs facultés. Mais qu'une autre personne, tenant le même discours, lève leurs doutes ; l'orgueil commence alors à se développer ; ils croient à leur mérite, prenant pour eux éveillés ce qui n'est du qu'à eux endormis; ils deviennent capricieux, exigeants, ne se laissent endormir qu'avec répugnance, s'occupent d'eux-mêmes plus qu'ils ne le devraient ; et finalement, vous devenez leur esclave, lorsque, pour le bien des deux, vous n'auriez pas du cesser d'être le maître. Mais vous n'êtes pas au bout. Ces somnambules croient toujours que vous leur cachez quelque chose ; ils vous soupçonnent, de profiter de leur sommeil pour obtenir des révélations qu'ils croient sans prix, et s'imaginent que vous gagnez des monceaux d'or. Vos protestations sont sans résultat ; vous ne pouvez les convaincre car, à chaque instant, on exalte ce qu'ils croient leur propre mérite.

La fréquence des communications établit bientôt une intimité avec les consultants ; c'est alors que les propositions leur arrivent de toutes parts ; c'est à qui leur demandera de les magnétiser. Ils cèdent promptement, curieux qu’ils sont de savoir si l'on peut exercer le même pouvoir que vous, magnétiseur en titre. Envahis par deux actions différentes, ils perdent le sens exquis qu'ils possédaient. Mus par deux volontés, ils sont distraits dans leur sommeil, qui devient moins profond, moins régulier, et bientôt il s'établit entre le sommeil et la veille une sorte du communication qui, d'imperceptible qu'elle était d'abord, devient plus manifeste. Ces somnambules dissimulent bien quelque temps ces réminiscences somnambuliques, mais ils ne voient et ne sentent plus qu'imparfaitement.

C'est dans ce moment qu'il faut de la défiance, car ils vous disent que rien n'est changé, qu'ils y voient de même. Erreur voisine de la tromperie !..

Cependant, longtemps encore ils verront assez pour étonner, pour surprendre ; mais les moyens qu'ils indiquent ne sont plus certains : ils se sont composé une sorte de pharmacopée à eux, et, pour éviter tout travail, ils vous ordonnent, à vous qu'ils voient pour la première fois, le médicament qui leur a réussi pour un autre malade. Tant mieux pour vous s'ils rencontrent juste, si vous arrivez dans un de leurs bons moments car ce n'est plus, dès lors, que de la médecine ordinaire, et, comme telle, accompagnée de dangers.

Ce sont, il faut bien l'avouer, pour la plupart, des magnétiseurs qui vous détraquent ainsi vos somnambules ; ils sont constamment en quête de sommeil lucide, et tous les moyens sont bons pour vous ravir l'instrument précieux que vous avez formé. Lorsqu'ils le possèdent, on ne s'informe point ou ils l'ont trouvé et on les regarde comme des gens habiles, tandis qu'il n'en est rien. Un magnétiseur m'en a enlevé ainsi deux sans façon ; l'une dont le traitement avait été si long, si laborieux, qu'il m'avait occasionné des crachements de sang. L'autre sujet avait été guéri d'un cancer de l'estomac, à la suite de sommeils qui durèrent quelquefois trente heures, et pendant lesquels mes angoisses étaient grandes. Je ne dis pas ceci pour me plaindre, mais pour montrer combien il est difficile de conserver le sommeil lucide.

Les parents, les amis mêmes du dormeur ou de la dormeuse convoitent ce trésor nouveau, et la pensée de suppléer le magnétiseur leur vient vite en l'esprit. Il en est autrement, sans doute, lorsque vous développez ce sommeil lucide sur des personnes qui occupent un rang élevé dans la société: vous êtes le seul arbitre, le seul régulateur ; mais les services que vous pouvez rendre sont bornés à la famille, à quelques amis ; et encore ici que de précautions, que de craintes ! On redoute les indiscrétions de la somnambule, ou tremble qu'elle ne s'inocule les maux des personnes qui demandent à être mises en rapport avec elle ; la plus grands sollicitude l'entoure, et le bien qu'elle peut faire ne se fait pas, parce qu'on y met trop d'obstacles.

Ainsi le magnétiseur parvient à former un instrument ; et, de deux choses l'une : ou on le lui gâte, ou on ne lui permet pas de l'utiliser. Souvent aussi, n'ayant que des connaissances magnétiques très imparfaites, il altère lui-même, par des expériences oiseuses ou inutiles, la pureté d'une lumière intérieure qui ne demandait que de la réserve et de la prudence pour se répandre au dehors.

Malgré tant de difficultés et d'empêchements, nous voyons cependant parfois le somnambulisme public (j'appelle ainsi celui qui s'exhibe dans Paris) jouir d'une grande réputation, devenir par des traitements qui réussissent, la cause de conversions au magnétisme. Nous n'en sommes nullement surpris ; mais, mieux conduit, le bien qu'il pourrait faire serait incalculable.

Nous venons d'énumérer quelques-unes des difficultés qu'on rencontre dans l'application du somnambulisme lucide à la thérapeutique; examinons maintenant quel est son degré d'importance dans les traitements.

 

  1. Direction du somnambulisme dans les traitements.

Dans la majeure partie des cas, la clairvoyance des somnambules ne dépasse pas cependant les bienfaits du magnétisme car c'est lui qui donne la vie, la puissance et enlève les douleurs. Ai-je besoin de m'appesantir sur ces faits ? Non, sans doute ; mais je dois vous les signaler. Les remèdes ici ne font qu'aider bien peu ; la lucidité vous guide ou plutôt sert à vous encourager. Ce que vous me faites est bon ; je vois le travail qui s'opère en moi; continuez, je guérirai ; telle est la réponse des personnes endormies magnétiquement. C'est donc vous qui êtes l'instrument, de la guérison. Les remèdes que s'ordonnent les somnambules, quoique bien indiqués, manqueraient leur effet s'ils n'étaient secondés, soutenus par une augmentation du travail médicateur. Il est probable même que l'on arriverait souvent au but sans médicaments. Les plus belles cures que j'aie faites en ma vie ont eu lieu chez des personnes qui n'étaient point somnambules.

Il faut apprendre à se passer de cette lumière somnambulique, et vous la pouvez en étudiant bien la marche du magnétisme, sa force, sa direction ; et vous acquerrez vous-même une sorte d'intuition qui vous fera voir dans les cas obscurs. Le somnambulisme vous manquera souvent, et si vous n'avez appris à vous en passer, comment ferez-vous ? Laisserez-vous les malades sans secours ? Rechercherez-vous la lucidité d'une autre personne pour vous aider ? Mais comment vous garantirez-vous des erreurs qui pourraient être commises ? Comment oserez-vous prendre la responsabilité des remèdes ordonnés ? Comme vous le voyez, il faut encore beaucoup d'études pour savoir ce que c'est que le somnambulisme, sa valeur réelle, et surtout bien apprendre à le régler.

Ce que je vous dis ici n'est dicté par aucune prétention car qu'importe que le bien soit fait par les remèdes ou par le magnétisme, pourvu qu'il ce fasse, ce bien ? J'ai vu des erreurs graves commises par les somnambules, et elles ont refroidi l'enthousiasme que j'avais d'abord pour leur étonnante faculté. La confiance due aux somnambules doit être en raison de leurs connaissances médicales, c'est de celles-ci qu'il faut s'assurer avec soin, et ne donner de consultations à autrui qu'après un sévère examen. Même avec ses erreurs, le somnambulisme magnétique est la plus étonnante merveille et je voudrais pouvoir le louer sans réserve ; mais mon devoir exige que je vous éclaire, que je vous fasse éviter les écueils.

J'ai toujours remarqué que, plus le sommeil magnétique était profond, isolé, plus aussi il y avait de lucidité. J'entends par sommeil profond l'état où il y a insensibilité, où les sens sont fermés complètement aux impressions extérieures. La personne ainsi endormie, placée près d'un malade, doit, lorsque le rapport est établi, sentir dans sa propre organisation les désordres pour lesquels on la consulte ; elle doit accuser les mêmes souffrances. Il faut que le malade reconnaisse pour vraie la description des symptômes de son mal. Chez les somnambules parfaits, ou doit entendre exhaler les mêmes plaintes, sortir de leur bouche les mots même dont se sert le malade pour caractériser son mal. Le rapport intime doit faire éprouver et surgir ces phénomènes. Je l'ai souvent constaté ; j'étais alors certain que le traitement qui allait être prescrit serait efficace.

Dans le cas où les phénomènes que je viens de décrire ne se présentent pas, on doit être en garde, car ce somnambule n'est plus que comme un médecin. Il impose encore une sorte de respect, mais il n'en est plus digne. Tel est le cas des somnambules ordinaires, qui ont un choix de remèdes qu'ils ordonnent tant bien que mal dans différentes affections.

Je ne veux pas, dans cet écrit, vous parler davantage du sommeil magnétique, qu'on a de nos jours rendus beaucoup plus curieux qu'utile. C'est surtout de l'agent qui le produit que je dois vous entretenir, c'est lui que vous devez d'abord et surtout étudier, parce qu'il est la cause première de tous les phénomènes. Sans cesse à votre disposition, il vous dispensera souvent d'auxiliaires, et, si vous savez l'employer avec sagacité, de magnifiques produits sortiront de vos mains. C'est lui qui guérit, et le somnambulisme ne saurait le remplacer. Je ne formule aussi nettement cette proposition que parce que j'ai observé maintes fois que les somnambules s'indiquent le magnétisme comme moyen de traitement, et souvent n'ordonnent de médicaments à ceux qui les consultent que pour que leur magnétiseur ne partage point ses soins.

Ne perdez jamais de vue ces faits d'observation ; ils vous préserveront de beaucoup d'erreurs, et vous empêcheront d'abandonner, comme ou le fait aujourd'hui, le certain pour le douteux, la cause pour l'effet. En ne voyant ainsi partout que phénomènes miraculeux, on retarde l'époque où le magnétisme, comme principe physique ou force naturelle, devra rentrer dans le domaine des sciences.

Dans toutes les consultations soyez prudents et toujours calmes, si vous voulez que vos idées et votre jugement acquièrent de la netteté ; interrogez sobrement, et vous obtiendrez des réponses qui vous guideront dans la recherche des véritables principes du magnétisme.

Je vous offre ici la conversation des deux magnétiseurs avec leurs somnambules ; méditez-la, car elle est propre à votre instruction.

En parcourant les ouvrages qui traitent du somnambulisme, vous pourrez y puiser de grandes lumières, surtout si vous lisez avec attention les réponses des somnambules à des questions qui, pour la plupart, n'étaient pourtant point dictées par un esprit de recherches.

Méditez ce qui suit, et tâchez de vous pénétrer des vérités que ce peu de paroles renferme.

« Mes convulsions ont été un peu fortes ; c'est un peu votre faute si elles ont duré si longtemps. — Dites-m'en la raison. — Vous avez eu peur, vous vous êtes troublé et découragé, vous vous êtes défié de vos forces. — Mais cela peut-il faire quelque chose, quand on a la volonté de faire le bien ? — Oui, sans doute ; il ne suffit pas d'avoir la volonté de faire le bien, il le faut faire; chaque pensée modifie vos nerfs et votre fluide, la crainte ou le trouble les amollit, votre fluide perd sa force ; par conséquent, vous ne faites pas le bien puisque vous voulez imparfaitement. — On ne magnétiserait donc jamais mieux que quand on est en colère, puisque jamais les nerfs ne sont mieux tendus ? — C'est tout le contraire ; les nerfs sont tendus, à la vérité, mais le fluide acquiert par la colère une modification vicieuse, de même que toutes les autres passions, qui ne sont souvent, dans le système de la société, qu'une combinaison de préjugés ; l'instinct n'en a pas ; la nature est simple, et ne doit pas être forcée, etc. »

Voici l'entretien qu'avait dernièrement un de mes élèves, M. Laporte, avec un dormeur de cette espèce, âgé de vingt-trois ans, et ignorant, éveillé, ce qu'est le magnétisme.

D. Dormez-vous ?

R. Je ne dors pas.

— Définissez l'état dans lequel vous êtes. (Il cherche).... Je vois un mot..., attendez, ana... (Il cherche encore, puis il épelle lettre par lettre), ana...go...gie... Oui, c'est cela..., anagogie.

— Que signifie ce mot ?

— Elévation vers les choses d'en haut, vers les choses célestes, vers les choses divines.

— Qu'est-ce que le magnétisme ?

— Le magnétisme, c'est la médecine de la nature (et il écrit ces mots sur un morceau de papier).

— Pourriez-vous me donner une définition du magnétisme autre que celle que vous m'avez déjà donnée ?

— Pour définir le magnétisme tel que je le vois, il faudrait écrire plusieurs chapitres ; ce serait long. Nous le ferons plus tard.

— Donnez-en maintenant une définition abrégée.

— Je vais vous la dicter. Ecrivez.

« Voici le résumé du magnétisme dans son action » ordinaire : L'homme, créature céleste, n'a pas été tellement abandonné de son créateur, qu'il ne lui soit resté un reflet de la divinité. Ce reflet, c'est ce qu'on appelle le magnétisme. C'est cet ascendant que la volonté d'un homme peut exercer sur les sens, la matière et la volonté d'un autre homme.

La science, encore en enfance, à laquelle on donne communément le nom de magnétisme, est divisible en deux parties, que l'on confond toujours, et qui, bien qu'unies dans leurs effets, peuvent être employées séparément.

Ces deux parties sont : 

1° l'essence éthérée, j'oserai même dire immatérielle de la matière, que l'on appelle fluide magnétique ; 

2° la volonté. Cette essence n'est que le corollaire de la volonté ; c'est-à-dire que la volonté passe avant dans les épreuves magnétiques, la dirige et en cause les effets.

La volonté peut se traduire par l'ascendant spirituel qu'un individu peut exercer sur un autre.

Avec la volonté, on a l'ascendant ; avec l'ascendant, on a le pouvoir ou fluide magnétique.

Nous établissons donc dans la nature de l'homme la volonté, qui a son siège dans le cerveau, et qui, fortement exprimée, peut agir sur les sens d'un autre individu, et le fluide qui sert de fil conducteur de cette volonté aux sens du sujet sur lequel on agit. La volonté est actif (Mot pris substantivement dans le sens de levier, moteur.) sur le fluide. Le fluide, passif sous la volonté, est actif sur les sens ; et les sens, passifs sous le fluide, sont actifs sur l'être.

Il est de toute nécessité, pour l'avenir de cette science, avenir immense, que le magnétiseur agisse, non seulement avec une volonté ferme, mais encore avec esprit bienfaisant, c'est-à-dire désir de faire le bien, parce que le contact du magnétiseur au magnétisé est entier, corps et âme, coeur et tête. Il y a entre eux deux corrélations d'idées, d'espérance et de désir. Si le magnétiseur veut le mal, ou agit seulement à la légère, le magnétisé voudra le mal ou pensera à la légère. Si le magnétiseur est mû par de bonnes intentions, si ses principes de moralité sont justes et sévères, si sa conscience est nette, le magnétisé parlera bien, pensera bien, agira bien et sera honnête homme. »

Ce n'est qu'avec réserve que vous devez parler des facultés merveilleuses de vos somnambules, car on vous demandera à vérifier les faits que vous annoncez. Vous voudrez qu'il ne reste aucun doute sur votre véracité; mais vous n'avez, pas calculé que votre instrument n'est pas une machine dont le jeu constant et régulier permet à toute heure les observations. Ici la seule approche d'une personne étrangère dérange, altère l'état régulier du sommeil, Votre trouble augmente les désordres, vous voulez cependant ! Vain espoir ! La lumière n'arrive plus, les facultés ont disparu ! C'est là l'histoire de la déconvenue de beaucoup de magnétiseurs...

Il faut être bien sûr de sa volonté et que rien ne soit capable de la débiliter moralement, ou bien que l’instrument soit d'une grande perfection, pour oser produire en public des phénomènes somnambuliques. L'ignorant magnétiseur peut dans un cas pareil être servi par sa propre ignorance car, ne doutant pas, il agira avec calme ; il rit des doutes ; il a vu, il faut que vous voyiez aussi, et cette certitude qu'il a de lui-même le fera réussir.

Je ne vous parle pas ici des procédés pour établir le rapport entre le somnambule et d'autres personnes. Il suffit qu'il y ait contact, souvent même, il n'est pas nécessaire ; le somnambule voit au loin quand on appelle son attention sur un être souffrant. Une lettre, une mèche de cheveux, un vêtement, un objet quelconque, que la personne a porté ou seulement touché, suffisent dans bien des cas.

 

  1. De la valeur du somnambulisme dans les traitements25  

Il est évident qu'aujourd'hui presque tout le monde confond, comme une seule et même chose, le magnétisme et le somnambulisme. On est, en effet, consulté tous les jours par des personnes qui réclament les secours du magnétisme, et qui se retirent, quand on leur dit qu'une consultation de somnambule n'a d'autre bienfait à offrir qu'une indication actuelle d'une médication pharmaceutique dont la puissance est plus ou moins limitée et subordonnée à mille considérations ; tandis que l'application du magnétisme est un moyen direct d'agir sur l'organisation malade par des forces vives. — C'est une consultation de somnambule qu'on veut, on ne croit pas à l'action du magnétisme ; on se figure que les somnambules trouvent d'inspiration les remèdes infaillibles contre la maladie, et aujourd'hui, comme je le disais, dans le somnambulisme est tout le magnétisme. Cette erreur est grave, elle est funeste aux malades eux-mêmes et au magnétisme considéré comme science.

Il est temps que les hommes sérieux qui étudient et pratiquent le magnétisme, examinent à fond ce qu'est le somnambulisme magnétique dans son essence, quelle est la valeur de ses révélations, et quelle est la cause qui rend efficaces un grand nombre de ses prescriptions médicinales, quoique ces prescriptions soient souvent reconnues sans valeur, et quelquefois même contraires, par la science.

Le somnambulisme est un phénomène dont la magnifique richesse a ébloui beaucoup de magnétiseurs, et qui a grandement contribué à fausser la direction des études, à peine commencées, sur cette science si vaste et encore si peu connue du magnétisme.

L'influence de l'esprit mercantile de notre époque a eu aussi une large part dans la direction qu'à prise le somnambulisme depuis une dizaine d'années. On peut dire, sans crainte d'être démenti, que ce n'est plus le magnétisme qui est un art et une profession, mais bien le somnambulisme. Il n'est pas un journal, en effet, qui chaque jour n'annonce quelque nouveau ou nouvelle somnambule lucide, extra lucide, ayant facultés médicales et prophétiques.

Certes, ce n'est pas moi qui nierai chacune de ces facultés dans tel ou tel somnambule ; mais je ne puis demeurer insouciant à la vue de cet étalage de facultés somnambuliques, toujours prêtes à se montrer à la demande des consultants, qui se renouvellent chaque jour, et souvent à l'heure, pour la satisfaction du caissier.

La lucidité à l'aide de laquelle un somnambule peut indiquer à des malades la nature de leur mal et les remèdes convenables, est assez rare ; elle est peu durable, si elle est fatiguée par un trop fréquent usage ; celle qui permet de voir quelque chose de l'avenir, ou de suivre par rétrospection un événement quelconque, est encore plus rare et ne se commande pas à volonté. Comment donc alors ces nombreuses sibylles et ces nouveaux oracles sont-ils toujours prêts à répondre aux désirs d'un consultant ?

L'expérience, mais l'expérience sévère et dégagée du ver rongeur de l'intérêt, épure une croyance trop enthousiaste au somnambulisme, et permet de rétablir les choses dans leur véritable état; elle laisse au somnambulisme ce qui lui appartient, et elle restitue au magnétisme ce qu'un enthousiasme mal éclairé lui avait ravi.

Deleuze26 , qui devrait servir de modèle sous tant de rapports, dit en parlant des somnambules à consultations : «... Ces somnambules sont rares et ceux qui ont donné des preuves de cette inconcevable clairvoyance ne la conservent pas toujours, et ne la possèdent que dans certains moments. »

M. Koreff, ce médecin si expérimenté, s'exprime ainsi dans sa Lettre à Deleuze27  : « Je ne nie point, et je l'ai vu bien des fois, que les somnambules de profession n’aient souvent des aperçus très justes et très surprenants, qu'ils n'opèrent des guérisons extraordinaires ; mais je persiste dans l'opinion, qu'une longue observation m'a fait adopter, qu'on trouve chez plusieurs d'entre eux un mélange inextricable d'aperçus justes, inspirés par une intuition instinctive, avec des réminiscences et même avec des illusions provoquées par une singulière variété inhérente à cet état, et que sur cet océan obscur, on manque tellement de boussole, qu’il est du devoir de se confier plutôt aux conjectures rationnelles de la science, qu'aux incertitude incalculables d'un instinct si facilement égaré par l'usage arbitraire qu'on en fait. »

Je le demande, a-t-on aujourd'hui trouvé la boussole qui puisse diriger la lucidité si mobile des somnambules ? Celui qui regarde comme sans appel les assertions des somnambules en est à son début, ou manque d'esprit d'observation.

L'étude du magnétisme, qui comprend celle du somnambulisme, est une de celles qui exigent le plus de temps, le plus de sagacité, le plus de profondeur d'esprit ; il faut être à même de faire l'examen comparé de la physiologie dynamique de tous les êtres ; il faut pouvoir comprendre par une philosophie transcendante les forces et les facultés des âmes et quand des savants qui ont toutes ces conditions d'étude n'hésitent pas à mettre la valeur d'application du somnambulisme au-dessous de celle du magnétisme, qui est une force vive, on ne comprendrait pas que je protestasse contre les fastueuses prétentions du somnambulisme moderne !

Je ne puis traiter ici du somnambulisme d'une manière assez complète, et je suis forcé de renvoyer à ce que j'ai dit sur cet important sujet dans la deuxième édition de ma Physiologie du Magnétisme28  ; je veux seulement entrer dans quelques considérations relatives au somnambulisme appliqué aux consultations médicales. 

A ce point de vue médical, le somnambule lucide est celui qui, mis en rapport direct ou indirect avec un malade, indique les parties souffrantes, la cause organique de ces désordres, et les moyens de soulagement ou de guérison.

Cette faculté inhérente au somnambulisme lucide, ne l'est pourtant pas d'une manière tellement absolue, qu'elle soit une conséquence du développement de l'état somnambulique. Loin de là, cette faculté d'instinct médical est plutôt l'exception que la règle ; c'est donc une erreur dont les suites sont très graves, que de croire médecin tout somnambule qui s'annonce comme tel.

L'expérimentation qui doit éclairer sur la véracité et la justesse des dires du somnambule, est plus difficile que ne le pensent généralement bien des personnes. En se renfermant dans des détails généraux, il est facile à quelque somnambule, même de bonne foi, de tromper les autres en se trompant lui-même.

Mais, lorsque le somnambule indique parfaitement les parties malades, qu'il signale les causes physiologiques de la maladie, ce n'est pas une raison pour que cette lucidité soit la preuve que celle qui fait trouver les remèdes existe, et c'est là l'écueil de la médecine somnambulique. On est, en effet, naturellement porté à recevoir avec confiance les remèdes conseillés par un somnambule qui vient de donner les renseignements les plus exacts sur une maladie, et pourtant, il faut qu'on le sache, il n'y a point de solidarité forcée entre ces deux genres et ces deux degrés de lucidité.

Très souvent les somnambules, assez lucides pour sentir et voir le mal dans sa nature et dans ses effets, ne sont plus que des individus à facultés de l'état de veille, quand ils abordent le traitement. Ainsi, les uns ne coordonnent leur médication qu'à l'aide des moyens divers, dont la connaissance leur est acquise par le commerce habituel de la vie ; les autres se sont fait une sorte de méthode de traitement qu'ils appliquent dans tous les cas ; chez d'autres, l'habitude et la réflexion en état somnambulique les guident dans leurs prescriptions à l'aide de certaines études de médecine et de botanique. Bienheureux ceux dont la pharmacopée est inoffensive par sa composition de plantes sans grande puissance car ils n'exposent pas les malades qui les consultent à des accidents sérieux.

Je crois donc, avec Deleuze, avec les médecins magnétistes de l'Allemagne et bien d'autres, que les ressources offertes par le somnambulisme aux malades consultants sont très restreintes, et qu'elles sont inférieures à celles que le magnétisme, agent dynamique, renferme par suite de sa nature et de son mode d'action.

Pour mieux faire comprendre la force des réflexions que je viens d'ébaucher, je citerai deux faits choisis au hasard parmi des centaines consignés dans mes notes.

 

Obs. I. — Depuis plus d'un an, une demoiselle d'environ vingt-cinq ans, éprouvait une maladie singulière. C'étaient des enflures de grosseur d'une noix, d'un oeuf, de couleur rouge ardent ou violacé, qui se développaient sur toutes les parties du corps, soit en même temps, soit en épargnant telle ou telle partie. Elle ressentait, quelques heures avant, un sentiment de brûlure, de picotement à l'endroit qui bientôt de venait gonfler et plus ou moins tuméfié. Les yeux ou les joues, le cou ou les bras étaient tour à tour envahis, quelquefois ensemble ; un autre jour c'était le corps et les jambes. L'enflure une fois établie, la fièvre, qui l'avait précédée, diminuait, et pendant quatre à six jours la tuméfaction continuait, puis disparaissait graduellement, pour se montrer sur d'autres points, après un intervalle de six à quinze jours au plus.

Les forces étaient un peu affaiblies ; il y avait une toux sèche, de la pâleur, peu d'appétit, de la soif. Rien d'anormal dans les autres fonctions.

Plusieurs médecins avaient considéré cette maladie comme scorbutique, et, pendant une année, avaient vainement usé des moyens les plus rationnels.

Cette malade désira que je la soumisse à l'examen d'une somnambule fort lucide que j'avais alors, et qui, dans plusieurs cas difficiles, avait non seulement porté un diagnostic très précis, mais avait aussi guéri par des ordonnances médicinales.

Cette somnambule déclara voir du sang congestionné dans tous les organes, principalement dans les intestins et à la gorge ; selon elle, le sang était trop liquide et altéré.

Traitement. — Infusion de tilleul et d'ache, avec sirop de chicorée pour tisane. Bains de pieds à l'armoise ; cataplasmes sur le ventre avec verveine et sureau ; au bout de huit jours, saignée du pied.

Quinze jours après, il y a eu quelque amélioration. — Nouvelle consultation. Continuer un mois, et saignée du bras. — Purger tous les dix jours.

Ce traitement fini, il y avait beaucoup de mieux ; mais les enflures, quoique moins fortes, revenaient encore. — La somnambule ordonna de prendre chaque mois, huit jours avant les règles, un grand bain avec cerfeuil, verveine, armoise, caille-lait ; continuer les purgations, et, à la sortie du bain, faire une petite saignée au pied. Suivre six mois ce traitement. On suivit ponctuellement ces moyens ; mais il n'y avait pas encore de guérison. Je conseille alors à la malade de laisser de côté toute médication et de recourir au magnétisme.

 

  1. La magnétisation produisit des effets très sensibles.

Le sommeil magnétique se déclara, offrant de particulier une torpeur si profonde, que tous les muscles du corps étaient comme paralysés, et, que, quand, au bout d'une heure, le sommeil perdait de son intensité et laissait la pensée et la volonté fonctionner, il était impossible à la magnétisée de faire le moindre mouvement ou d'articuler une parole, malgré des efforts tentés.

Il est d'observation que, quand le magnétisme produit dans l'organisation des effets puissants et nettement appréciables, il est à peu près certain qu'avec de la persévérance et de la méthode, on obtiendra un soulagement notable, si toutefois il n'y a pas guérison.

Aussi, dans le cas dont nous parlons, espérant beaucoup, je continuai environ un mois une magnétisation quotidienne, puis je la distançai, pour l'abandonner entièrement.

Au second mois, la santé était redevenue parfaite, et nulle trace d'enflure ne paraissait plus. Depuis cette époque, bien des années se sont passées, et jamais cette maladie n'a reparu.

Il est donc évident que, dans ce cas, l'action du magnétisme a modifié l'organisme d'une manière toute salutaire, et que cet agent a régularisé les forces vitales, bien mieux que n'avaient pu le faire des médications appliquées d'après la science rationnelle et d'après la lucidité somnambulique.

 

Obs. II. — Une demoiselle, de trente-cinq ans environ, éprouvait depuis près d'une année des douleurs dans la région de l'estomac et dans les intestins, dont le caractère paraissait nerveux. Les digestions étaient très difficiles, souvent les reins étaient pris, aussi, de douleurs, et les urines contenaient des sables très fins et en petite quantité.

Parfois, la tête devenait très souffrante, des étouffements très pénibles survenaient, se terminant quelquefois par de légères crises nerveuses, accompagnées de sanglots. La menstruation était régulière, mais diminuée, et son approche augmentait toujours les accidents.

Malgré l'emploi de différents moyens appropriés à cette névrose, l'amélioration était loin de se montrer ; la malade, au contraire, perdait ses forces et son courage, et la maladie augmentait d'intensité.

La malade voulut consulter une somnambule. N'en ayant point à ma disposition, je laissai faire ma cliente, qui envoya des cheveux à une somnambule de Paris, et je lus la lettre, qui ne donnait assurément aucun indice sur la maladie.

La consultation fut un mélange de vérités et d'assertions erronées sur la maladie et sur la malade. Néanmoins, des aperçus d'une justesse frappante se faisaient remarquer sur la nature de l'affection et sur son siège.

Le traitement était indiqué d'une manière générale ; mais il était réellement en rapport avec ce que demandait l'état de la malade. Il fut suivi avec exactitude, amena un soulagement, mais ne guérit pas au temps promis.

Je conseillai alors d'avoir recours au magnétisme. Dès la première séance, le sommeil se manifesta : bientôt il devint somnambulisme, mais sans aucune lucidité. Au bout de dix à douze magnétisations, un mieux sensible était obtenu, et, après trois semaines, la santé était devenue aussi bonne qu'autrefois.

Cette seconde observation montre, comme la première, quelle influence salutaire le magnétisme exerce sur l'organisation malade depuis un long temps ; influence bien supérieure à celle de toutes les médications, même somnambuliques.

Loin de moi de vouloir généraliser l'enseignement qui ressort des réflexions qui précèdent ; une pareille prétention sera le fait d'une prévention mal fondée contre le somnambulisme, et de l'ignorance, en attribuant au magnétisme une puissance qu'il n'a pas sur beaucoup d'organisations. J'ai seulement cherché à prémunir les esprits contre les dangers de l'enthousiasme et de la crédulité, et à les ramener à une juste appréciation de la valeur du magnétisme et du somnambulisme, appliqués au traitement des maladies.

II. Extase.

Abandonnant la direction du somnambulisme à votre sagesse, je vais encore vous faire connaître quelques autres résultats du magnétisme.

  1. Préceptes généraux

Qu'est-ce que l'extase ? C'est la mort sans mort décrite par Platon, une espèce de ravissement de l'esprit où l'âme, niée par la science, apparaît dans toute sa majesté, un état dans lequel l'âme, dégagée de la matière, la domine au lieu d'en être dominée, et, semblables aux purs esprits, les extatiques ont des facultés merveilleuses qui remplissent d'enthousiasme les hommes qui les étudient sans les comprendre encore.

On lui assigne pour cause diverses maladies, notamment l'hystérie, les tensions prolongées de l'esprit sur un même sujet, enfin le magnétisme.

L'extase spontanée, morbide ou morale, ayant été traitée ailleurs dans ses causes et ses effets29 , nous n'avons à nous occuper ici que de celle provoquée magnétiquement. En voici les caractères les plus saillants :

Privation totale de la parole, impossibilité absolue de communication ostensible avec le magnétiseur, c'est-à-dire interruption de tout rapport par les sens, même par le toucher, mais communication des pensées.

La volonté du magnétiseur sur son sujet est bornée.

Vue des lieux éloignés et connaissance de ce qui s'y passe à l'instant même.

Pendant cet état, lorsqu'il est complet, la chaleur du corps diminue et le pouls cesse de battre.

Au réveil, la mémoire conserve, seulement pour un temps très court, le souvenir des choses vues.

Cette crise diffère essentiellement du somnambulisme et lui est supérieure. Il faut avoir des connaissances parfaites de cet état pour le bien diriger, et j'essaierai, dans un écrit spécial, de rassembler les matériaux propres à jeter quelque lumière sur ce sujet.

Comme ces métaux brillants qui se ternissent lorsqu'on les laisse exposés au jour, le somnambulisme et l'extase perdent bien vite les divines facultés qui les caractérisent par des communications trop fréquentes, soit avec les malades, soit avec des observateurs peu scrupuleux sur le choix des expériences et des questions.

  1. Conditions de temps et de lieux pour magnétiser.

Bien que l'on puisse magnétiser partout, à toute heure de la journée, on a cependant constaté quelque différence dans le développement des effets. Outre les causes naturelles, celles qui tiennent à la constitution du magnétiseur, à son éducation, etc., on doit mentionner celles-ci.

Dans notre climat, le temps sec et chaud parait être le plus favorable à la magnétisation. Le milieu du jour fait gagner quelque chose.

L'hiver, on doit magnétiser plutôt dans une pièce trop chauffée que pas assez ; préférablement en plein air que dans un courant d'air.

Les hommes qui paraissent avoir profondément réfléchi sur le magnétisme, les prêtres de l'antiquité, l'appliquaient loin du bruit, dans des temples, où l'âme recueillie permettait au corps d'en ressentir d'une manière plus puissante encore les énergiques effets. Le magnétiseur également éprouvait aussi moins de contrainte, moins de distraction, et sa pensée n'était, nullement contrariée.

Souvent on a vu, il est vrai, des faiseurs de miracles opérer sur des places publiques ; mais, outre qu'ils ne s'adressaient qu'a des malades atteints d'affections nerveuses, et par conséquent impressionnables, ils avaient pour eux la foi qui remue l'âme, et une force morale qu'ils tenaient de leur genre de vie car l'austérité, qui donne peu aux sens, affine l'esprit et développe singulièrement la propriété magnétique.

J'ai observé que le temps brumeux, pesant, celui qui vous porte vous-même au sommeil, à la paresse, diminuait les forces magnétiques.

Si, dans une chambre ou vous magnétisez, plusieurs personnes occupent votre attention, celle sur qui vous dirigez votre action se ressentira de vos distractions et sera moins impressionnée.

Si des personnes déjà magnétisées antérieurement sont placées près d'un autre sujet d'expérimentation nouveau pour vous, il suffit même qu'elles soient dans la même chambre, vos émissions magnétiques peuvent être détournées de leur direction et aller frapper leur système nerveux.

Vous réussirez plus sûrement, plus promptement, dans une chambre où vous magnétisez souvent que dans un lieu toujours nouveau. Le magnétisme, comme les odeurs, semble s'attacher aux corps et y rester très longtemps.

  1. Causes inconnues d'insuccès.

J'ai remarqué que, certains jours, tous ceux que je magnétisais étaient vivement impressionnés, et cela en quelques minutes, tandis que dans d'autres temps, où je n'apercevais en moi aucune différence, j'avais beaucoup de peine à obtenir quelques effets appréciables dans un temps plus que double.

Vous remarquerez qu'il est des jours où les effets s'obtiennent plutôt en employant une main que l'autre ; les malades sentent la différence qu'il y a dans l'action de ces conducteurs. Mais vous-même, si vous faites attention, vous reconnaîtrez ce fait d'observation que j'ai eu l'occasion de constater plus de cent fois.

  1. Causes morales d’insuccès.

Lorsque j'agissais sur un somnambule dans le silence et dans le recueillement, et que je n'avais près de moi que des personnes inoffensives qui ignoraient ce qui allait se produire, ou qui l'attendaient sans suspecter mes intentions, j'étais calme et tranquille ; l'action de mon être sur le somnambule était régulière presque comme celle d'une machine physique, et ce qui se passait dans le somnambule était aussi régulier. La nature alors se manifestait sans contrainte, et les phénomènes qui en résultaient avaient un caractère particulier et presque toujours satisfaisant. Mais il en était autrement lorsque mon désir de faire participer des gens qui doutaient de mes récits me faisait les admettre à mes expériences. Bientôt ceux-ci agissaient sur moi par leur doute exprimé souvent par des paroles mordantes ou des rires amers. Dès lors je cessais d'être calme et tranquille, mon esprit entrait dans une agitation extrême: mon coeur battait avec violence, et c'est dans cette disposition physiquement et moralement défavorable que j'étais obligé de justifier mes assertions. J'aurais dû avouer que je ne le pouvais plus, mais l'orgueil empêchait d'écouter la voix de la sagesse. Qu'arrivait-il alors ? L'être que je magnétisais, et qui n'avait aucun motif pour être troublé, car il ignorait souvent ce qui devait se passer dans son sommeil, ne s'endormait plus de la même manière, ses joues se coloraient, son coeur battait comme le mien, et, bien qu'il tombât dans le somnambulisme, j'apercevais bientôt que ce n'était plus l'état régulier de ses sommeils passés, et que l'état d'agitation et de trouble de mon être avait développé chez lui la même surexcitation : et c'est dans cette disposition toute contraire que je le pressais d'obéir, que je le sollicitais de me donner des preuves de sa vision. Il y consentait, à la vérité, avec peine (car il était averti que des changements s'étaient opérés en lui), mais enfin il y consentait, et bientôt nous avions la preuve que sa lucidité n'existait plus, et que toutes ces prévisions étaient inexactes. Ces insuccès, en me mettant hors de moi, ne faisaient qu'ajouter aux difficultés qui existaient déjà, et rendaient les expériences négatives. Plusieurs leçons de ce genre m'éclairèrent enfin, et j'acquis la preuve que j'avais découvert la cause de la non réussite de ces expériences, lorsque, les répétant devant les mêmes hommes, je fus assez résolu pour être insensible à leurs discours et pour ne plus me laisser influencer par leurs regards moqueurs.

L'eau, si transparente qu'elle soit, en état de repos, ne réfléchit plus les objets dès qu'elle est agitée ; de même la glace, ternie par un léger souffle, cesse d'être fidèle. Si vous faites pénétrer des courants humides près d'une machine électrique, vous aurez beau tourner la manivelle, vous n'obtiendrez point d'électricité. Ces accidents passagers ayant cessé, l'ordre reprend son cours ; mais ceux qui n'ont aperçu que le désordre vous accusent de mensonge, et l'on ajoute votre nom à celui de tous les charlatans.

Que faire donc dans ces circonstances ? Plaindre les hommes qui vous forcent à courber la tête sous leurs jugements précipités, attendre que le temps vous donne gain de cause sur eux, car, lorsque les hommes nient un fait que la nature prouve, il est bien certain que celle-ci finira tôt ou tard par avoir raison.

  1. Difficultés naturelles d'appréciations.

Toutes les fois qu'il s'agit de démêler les causes des phénomènes qui éclatent avec tant de variété dans l'économie de l'homme, l'esprit humain rencontre un obstacle inévitable et souvent insurmontable. Cet obstacle vient de la liaison si intime dans l'homme entre le physique et le moral ; la constitution, en effet, est telle qu'une je ne sais quelle cause intérieure a le pouvoir d'imprimer à tous les organes matériels les mêmes mouvements :

Que dis-je ? Des mouvements cent fois plus rapides et plus violents que ne peuvent, les exciter toutes les causes extérieures et physiques. Quel est l'agent extérieur qui ne pourra jamais faire mouvoir le bras d'un homme aussi violemment que sa propre colère, aussi rapidement que sa frayeur ?

Or, de cette ressemblance entre les effets produits dans l'homme par la force intérieure que nous appelons l'âme, et les effets produits par des causes extérieures et physiques, résulte cet embarras inévitable de prononcer :

1° Si tel phénomène observé dans l'homme est l'effet des causes extérieures seulement, ou de la cause intérieure, ou du concours de ces deux causes.

2° Quand même ce phénomène serait évidemment produit par une cause extérieure et physique, on peut toujours douter s'il ne pourrait pas être produit aussi, et même très augmenté par la cause interne et morale.

3° Enfin, on peut douter encore si la plupart des effets produits en nous par une cause physique ne peuvent pas être anéantis ou suspendus par la seule puissance de l'âme ou de cette cause intérieure.

  1. Conditions de succès dans les maladies chroniques.

Constance du magnétiseur, son abnégation. Passivité du magnétisé pendant l'opération.

Résolution de l'un et de l'autre dans les douleurs. Ne pas mesurer le temps, car il ne doit pas se compter par jour, mais par mois. Bien se garder d'user, par de forts travaux ou une application de l'esprit, les forces déposées dans l'organisation. Plus le magnétiseur a le sentiment de sa puissance, moins il doit en user tout à coup. Il faut seulement qu'il dépose graduellement, et par des actes de volonté réglés dans l'organisation malade, une somme de force suffisante : l'excès n'est pas utile.

Plus il rencontre de sensibilité, moins il doit agir. Il est des malades à qui cinq minutes de magnétisation suffisent ; le plus long temps que l'on doit accorder, dans les cas ordinaires, c'est d'une demi-heure à une heure, en partageant en deux cette séance, c'est-à-dire que le repos du magnétiseur est nécessaire pendant quelques instants, lorsque la magnétisation dure plus de trente minutes.

Dans des circonstances graves, le temps ne doit point être mesuré ; la prolongation de la vie dépend souvent des efforts que vous ferez. J'ai cité de ces cas, le choléra, par exemple. Il faut éviter que le malade ait des accès de colère ou de violentes contrariétés ; il arrête ainsi le travail de la nature, lorsqu'il ne détruit pas ce qui a déjà été produit de bon.

Il faut que le magnétiseur ne se laisse point influencer par la crainte. La responsabilité qui pèse sur lui ne doit point l'effrayer, ou il n'est plus qu'un instrument inutile. Puisque la crainte ôte les forces, il a beau vouloir, le fluide magnétique ne franchit plus les extrémités. Cette émission, au reste, quand elle a lieu, n'a plus les qualités requises. La douleur, les cris, le délire, l'agonie même, doivent trouver le magnétiseur impassible ; qu'il garde sa pitié, ce n'est pas cela qu'on lui demande, mais sa force. Son oeuvre accomplie, c'est seulement alors qu'il doit se plaindre, si la nature n'a pas répondu à ses efforts, se réjouir s'il a réussi.

Il ne faut pas que le magnétiseur soit depuis trop longtemps à jeun, ni qu'il ait l'estomac trop chargé.

S'il cause trop, sa besogne s'arrête. Le mieux serait de ne rien dire pendant l'opération : seulement recevoir les observations du malade sur les effets qu'il ressent. Il ne faut pas que le magnétiseur soit fatigué avant l'opération, sans cela il fera peu de bien. Il en est de même du malade : il doit ménager les forces qu'il possède, et ne pas dépenser sans un impérieux besoin la richesse qu'on lui apporte.

Il est extrêmement rare que le magnétiseur n'abuse point de l'état magnétique qu'il a développé ; si c'est du somnambulisme, il le prolongera outre mesure ; il fera du dormeur un instrument d'observation, le forcera à chercher et à voir des choses qui ne sont point utiles à son rétablissement.

Si c'est seulement une sensibilité phénoménale, il l'exagérera encore pour montrer sa puissance, il fera cent essais qui fatigueront le magnétisé. D'un côté, il y aura faiblesse, de l'autre abus coupable.

  1. Effets magnétiques latents.

Les traitements les plus désagréables sont ceux qui n'offrent aucun signe, physique de la marche de la nature ; bientôt la confiance du malade l'abandonne, le zèle du magnétiseur se ralentit : cependant c'est souvent par un travail sourd, moléculaire, que la nature procède ; la vie est en plus pourtant, mais on ne l'aperçoit point, pas plus que l'on ne se sent croître ou décroître, et cependant, dans ces cas, que de choses se passent en nous !

Il est nécessaire de bien étudier ces cas embarrassants. J'ai guéri des individus, bien gravement malades, et pour lesquels la nature depuis longtemps ne faisait rien. Je les ai vus, dis-je, revenir à la santé, sans que l'on ait fait emploi d'aucune drogue ; ils n'avaient été que magnétisés, et rejetaient le magnétisme comme cause de leur rétablissement ; c'était bien lui pourtant, et, pour m'en assurer, dans des cas semblables, j'ai suspendu mon traitement, et le mieux qui existait déjà a bientôt disparu. Puis, je recommençais la magnétisation, et j'amenais ainsi, en reproduisant l'amélioration perdue, le malade à croire à l'efficacité du magnétisme.

Cependant je ne puis autoriser des traitements sans fin et être cause de l'exploitation de quelques malades; il faut que l'on sache que deux mois suffisent pour s'assurer que le magnétisme agit et modifie sourdement l'organisation.

Quelquefois le magnétisme aggrave les symptômes du mal ; le magnétisé et le magnétiseur s'effraient ; il n'y a cependant rien à craindre, mais il faut savoir bien distinguer ce qui est le produit de vos efforts ou de la marche naturelle d'une maladie dont la gravité se manifeste de plus en plus. Ici il faut nécessairement des connaissances en médecine ; heureux sont alors les magnétiseurs qui en possèdent : leur jugement peut être un oracle.

On ne se sent, comme nous l'avons dit, ni croître ni décroître; on voit le fait, il se produit, mais nous ne sentons pas le travail moléculaire qui se fait en nous : cependant il est de tous les instants. Il est des maladies qui procèdent comme la vie, à petit bruit et qui disparaissent sans laisser apercevoir le travail qui s'accomplit en nous-mêmes. Lorsque la vitalité s'augmente par le magnétisme, elle ne change pas toujours cette disposition naturelle, et votre action, quoique réelle, peut être contestée ou vous laisser à vous-mêmes des doutes sur son résultat.

Voyons donc quels sont les procédés à suivre dans le cas où notre marche n'est point éclairée par l'apparition d'effets physiques ostensibles, cas assez nombreux, dont l'examen demande quelque développement.

Un magnétiseur exercé a des ressources infinies, il sait varier ses procédés. Les centres nerveux n'étant point influencés, ou seulement d'une manière générale, il cherche ailleurs ; il dirige son action tantôt sur le coeur, tantôt sur le foie, les intestins grêles, en abandonnant le reste du corps. De cette manière, il obtient quelquefois une sensibilité qu'il n'eût point découverte, et peut rendre non seulement visible, mais aussi activer son travail, qui devient plus efficace.

Nous avons assez laissé apercevoir que certaines guérisons sont difficiles, impossibles même pour beaucoup de magnétiseurs : c'est que le magnétisme glisse sur certains corps sans les pénétrer, comme si quelque chose d'idio-électrique les enveloppait. Il faut s'y ouvrir une porte, chercher avec patience et persévérance la partie impressionnable.

Lorsqu'on l'a trouvée, c'est un point d'introduction où placer le levier qui doit remuer la masse. C'est donc de l'intelligence et du savoir faire que tout dépend. On a égaré l'esprit en disant qu'il suffisait d'une bonne pensée, d'un désir soutenu de faire du bien : il faut plus que cela pour produire des oeuvres merveilleuses. Il faut connaître l'étendue de son pouvoir, les ressources cachées qu'il possède, et suivre, au besoin, une ligne courbe, si sur la droite il existe un obstacle insurmontable.

Mais comment apprendre ces choses ? Par le travail, et en réfléchissant souvent sur les causes qui vous ont fait échouer ou réussir dans vos traitements. Chercher toujours à s'éclairer, sonder tous les organes les uns après les autres, diriger les doigts en pointe suffisamment de temps sur chaque partie, examiner le travail qui s'y fait, travail qu'il faut deviner parfois, car les sens apprennent peu. Que de joie alors ou éprouve quand on a bien saisi ce que la nature cachait !

On est affligé lorsqu'on lit les écrits sur le magnétisme; la plupart ne sont ni d'observateurs profonds ni de magnétiseurs habiles. Sans doute ils font du bien ; mais en suivant les maximes qu'ils renferment, on ne fait que recueillir les paillettes d'or semées sur le sol. Ce qu'il cache encore, c'est la mine riche, et les ouvriers que nous avons examinés n'ont pas cherché à y pénétrer.

Labeur peu profitable ! Sueurs souvent inutiles !... II faut désormais des études plus sérieuses, si les magnétiseurs ne veulent se déconsidérer aux yeux de la science !

A ceux qui me blâmeront de ma critique et de mes attaques, je répondrai : J'ai étudié avec persévérance les procédés enseignés, les effets qui résultent de leur emploi, et, pour les résumer, j'ai pris Deleuze pour modèle. Les phénomènes produits ont été ceux dont il enseigne l'existence, c'est-à-dire modérés, ne sortant pas d'un cercle étroit, et n'élevant en rien la pensée. Je me suis mis alors à chercher moi-même avec d'autres idées ; l'horizon s'est agrandi, et la vérité, sans se montrer tout entière, m'est apparue avec d'autres formes ; une lumière plus vive a frappé mon esprit, et j'ai mieux jugé la grande découverte de Mesmer, que l'on a, il faut le dire, rétrécie un instant.

Est-il beaucoup de magnétiseurs de ces écoles dernières qui sachent raisonner sur les effets qu'ils produisent, satisfaire l'esprit des hommes qui désirent s'instruire, les initier à des principes fixes, leur donner une bonne méthode ? Suivant quelques-uns, une séance expérimentale suffit pour faire des magnétiseurs et un livre creux pour leur enseigner toute la doctrine!..... Comment voulez-vous donc que votre art progresse ainsi ? Vit-on jamais une science se former avec des matériaux incomplets, mal recueillis, souvent tronqués, et des livres bien inférieurs à ceux qui parurent du temps de Mesmer30  et de Puységur31 , les Annales de Strasbourg, par exemple, qui donnaient suite aux savantes leçons de ces grands maîtres ? Sans doute quelques hommes se sont distingués par des faits brillants et quelques aperçus ; mais ils ont abandonné le travail commencé, comme des gens sans courage, qui se sont montrés las dès la première journée.

Je me manquerais à moi-même si je ne disais ces choses, parce qu'elles sont vraies, et qu'à la fin la vérité doit trouver un écho.

Magnétiseurs, ne vous flattez pas de votre pouvoir ; l'être le plus ignorant peut en posséder autant. C'est de la science seule que vous pouvez vous prévaloir, car ceux qui parmi, vous se distinguent doivent leur supériorité au travail et à la réflexion. Je voudrais que tous les magnétiseurs qui vont se former fussent pénétrés de ces idées, et que, dociles à écouter la voix de l'expérience, ils ne se crussent point d'une grande habileté après avoir produit quelques faits....

Tout en avouant l'action curative du magnétisme, le monde ajoute que s'il soulage beaucoup de malades, il en guérit cependant peu. Cela vient de ce que les magnétiseurs n'effacent que les symptômes et ne poursuivent point le mal jusque dans sa source en attaquant les organes primitivement affectés. On sera, je l'espère, bien pénétré de cette vérité par l'exemple de quelques observations de maladies que j’ai citées dans le cours de cet écrit.

Ceci dit, je reviens aux procédés exceptionnels à employer dans les cas qui nous occupent maintenant.

Il est des circonstances où la sensibilité au magnétisme a besoin pour être produite d'une magnétisation qui ne soit pas directe. Je m'explique.

J'appelle magnétisation indirecte celle qui, contre votre attente, développe des effets sur une personne que vous ne magnétisez point, mais qui se trouve placée auprès d'une autre que vous actionnez. Eh bien, ce fait singulier a lieu quelquefois, et des malades qui n'ont rien ressenti d'une forte magnétisation s'endorment ainsi, sans que vous ayez en rien cherché cette crise ; d'autres sans dormir, sentent s'opérer en eux des changements que l'on a désespéré de produire. C'est donc une indication à suivre et que l'on ne doit point négliger lorsque l'on veut absolument agir sur une organisation maladive qui se montre rebelle.

Dans d'autres circonstances, c'est en étant en rapport, par contact, avec un somnambule qu'un malade peut éprouver un commencement de magnétisation inutilement cherchée jusqu'alors. Dans ce cas le magnétisme est soustrait et offre un rapport bien sensible avec les effets de l'électricité, la décharge de la bouteille de Leyde.

En voici un exemple :

« J'avais déjà, dit de Puységur, mis deux fois en crise magnétique (Dénomination primitive du somnambulisme) un homme de trente-trois ans, nommé Louis Segar, de la paroisse de Luy, près de Soissons. Cet homme, fort et robuste, d'une taille de cinq pieds huit pouces, avait une fièvre quarte invétérée et qui résistait d'abord à l'effet du magnétisme. Je voulus savoir un jour ce que pensait de lui un autre malade en crise ; je pris, sans réfléchir, un jeune postillon de la poste de Braine, arrivé seulement à mon traitement de la veille, et qui venait pour la première fois de tomber dans cet état heureux de crise magnétique ; je dis à ce jeune homme de toucher Louis Segar, qui était dans l'état naturel. Ce jeune homme m'obéit sur-le-champ ; mais, loin de me parler et de répondre aux questions que je lui faisais, il s'obstinait à garder le silence et touchait toujours son malade. Enfin, après quatre minutes, il dit très haut et d'un ton très brusque : Eh ! je ne vous trouve point de mal ; au même instant il ouvre les yeux, et de l'air le plus étonné il continue : Ah! Me voilà réveillé ; où suis-je ici ? Cette scène, la première que je voyais de ce genre, me surprit beaucoup... Ce jeune homme s'était débarrassé de la cause de sa crise d'une manière subite, sans que j'y eusse contribué en rien. »

C'était le seul moyen d'agir sur Louis Segar et de le guérir. De Puységur ne nous dit pas s'il usa de ce procédé.

Vous devez, dans d'autres circonstances, recourir à un autre magnétiseur ; il est des analogies, des sympathies secrètes qui favorisent singulièrement le développement des effets magnétiques. J'ai vu des personnes s'endormir promptement sous la main d'hommes qui se croyaient peu propres à devenir magnétiseurs. Plusieurs fois il m'est arrivé, car je cherchais ces cas pour mon instruction, d'endormir et de faire éprouver tous les effets du magnétisme à des gens que l'on avait longtemps magnétisés en vain. On parviendra à montrer qu'il n'y a point, de contradiction dans tous ces faits. Toutes les sciences ont leurs difficultés, à toutes les lois générales il y a des exceptions ; c'est à l'esprit ingénieux à en chercher le pourquoi.

Nous le dirons ici, sous forme d'avis, à ceux qui magnétisent :

La nature souvent épuisée par le mal et les remèdes n'a plus la même activité ; les symptômes d'action sont rares ou très difficiles à reconnaître, surtout pour les observateurs peu exercés, dans le traitement des maladies. Le magnétiseur, dans ce cas, a donc tout à faire, puisqu'il n'est aidé par la nature ; d'où il suit des difficultés sans nombre dans le cours de son traitement. C'est alors qu'il faut réfléchir sur sa position ; voir si l'on est dans le cas de sacrifier son temps, de prodiguer ses soins et ses peines aussi longtemps que peut l'exiger la suite d'une pareille cure, afin de ne jamais abandonner son malade avant sa guérison : car, sans cette résolution, il vaudrait mieux ne pas commencer le traitement. 

  1. Sympathie et antipathie.

La communication des malades entre eux, lorsque la magnétisation a eu lieu en commun, développe des attractions et des répulsions que vous devez connaître. J'en ai constaté un grand nombre d'exemples ; souvent elles donnent lieu à des irrégularités dans le traitement, quelquefois même elles peuvent empêcher tout succès.

Dans l'état d'exaltation nerveuse qui résulte ordinairement du travail qui se fait dans les organes, les malades sont expansifs. Réunis, ils sont portés par une attraction puissante vers tels ou tels d'entre eux. Il est difficile d'empêcher alors un surcroît d'activité rendu fébrile. Votre volonté, partagée, affaiblie par une action sur plusieurs, vous sert peu ; vous êtes dominé. Vous croyez agir, et l'exaltation continue pour ne plus s'arrêter qu'au bout d'un temps très long. Séparez, vous le devez, deux organisations trop impressionnables.

Que vos magnétisations aient lieu à des heures différentes ou ne vous promettez plus la guérison, mais seulement une étude curieuse des sentiments et des penchants. Dans d'autres cas, c'est une antipathie qui se développe. C'est surtout lorsqu'il y a somnambulisme sur plusieurs. Le plus fort en puissance magnétique ou en perceptions intuitives, s'il est mal intentionné, réveillera ou troublera le sommeil des autres dormeurs ; il fera plus encore, il empêchera, par jalousie et pour vous accaparer tout entier, que vos soins deviennent profitables. J'ai vu en ce genre des choses incroyables, et qu'il n'est pas temps de révéler. Prenez l'espèce humaine pour ce qu'elle vaut, ne vous faites point d'illusion. Si quelques êtres se distinguent par des principes sévères et conformes à l'esprit de charité, ce sont les exceptions ; votre métier ici est de guérir les maux et les plaies physiques, ne sortez pas de là. Croyez-moi, ne laissez communiquer vos malades entre eux que lorsqu'ils ne sont point en état magnétique ; il est bon qu'ils puissent se voir et se communiquer leurs sensations, vous n'avez rien à craindre sous ce rapport, vos œuvres pouvant être soumises à l'examen de tous. On puise même dans ces récits un encouragement que vos assertions ne pourraient pas seules produire ; mais ceci fait, agissez isolément.

Je ne prétends pas pourtant que vous vous enfermiez seul avec votre malade. Laissez, au contraire, pénétrer près de vous les assistants, les curieux même et surtout si vous avez à traiter une jeune personne ou une femme. Que toujours il y ait quelqu'un près de vous pour être témoin de vos procédés et de vos actes. Si vous agissez autrement, vous aurez à vous eu repentir.

Une vérité morale ne triomphe que par la persuasion ou la force. Une vérité physique n'a besoin que du temps et de l'expérience.

  1. Action magnétique par irradiation.

Ayant pris les précautions que je vous indique plus haut, vous avez à vous garantir d'accidents imprévus. Celui qui est venu comme témoin, ou comme accompagnateur, peut ressentir les effets, d'un magnétisme direct, bien que vous ne le magnétisiez point et que sa sensibilité magnétique vous soit inconnue.

Voici un fait curieux ; je l'ai publié en 1828 dans mon journal le Propagateur.

Je fus appelé chez madame Béranger, femme d'un conseiller d'Etat, affectée d'une maladie chronique ancienne et compliquée. Persuadé cependant que le magnétisme lui ferait du bien, j'essayai ce moyen, et en effet elle éprouva de suite un peu de mieux. 

Comme elle était sur le point de partir pour la campagne, je lui fis observer que, le traitement devant être long, elle serait obligée, pour ne pas perdre l'impulsion favorable que j'avais commencée, de continuer à se faire magnétiser par quelqu'un de sa maison. A cet effet, elle jeta les yeux sur une femme de chambre intelligente qui lui était attachée, et qu'elle aimait beaucoup. Cette personne vint assister au traitement de sa maîtresse. Elle ne savait nullement ce qu'était le magnétisme, et n'en avait jamais entendu parler. D'abord elle examina attentivement les procédés que j'employais, afin de pouvoir les imiter pour me remplacer, et, soulager ainsi sa maîtresse. Pendant qu'elle fixait son attention sur nous, elle éprouva elle-même les effets du magnétisme ; je ne m'occupais pourtant que de la malade, et ne songeais point à diviser mon action magnétique. D'abord elle ne fit point part des sensations qu'elle éprouvait, elle fit même des efforts pour s'y soustraire, et resta près de nous en luttant contre les atteintes du sommeil qui l'accablait. La séance terminée, les effets s'évanouirent. Le lendemain elle vint comme de coutume se placer à quelques pas de la malade, et à peine avais-je commencé, que les phénomènes de la veille se développèrent avec plus d'intensité ; cette fois, pour ne pas y succomber, elle s'enfuit avec précipitation dans une pièce voisine. Nous ne savions point alors ce que cela voulait dire, et je ne crus pas même devoir y donner mon attention. Au bout d'un quart d'heure environ, elle revint de nouveau s'asseoir à sa place accoutumée, et lui voyant les traits altérés, je crus devoir m'occuper un peu d'elle. Je la vis chanceler, éviter mon regard, se lever de nouveau et s'enfuir en criant. Je la suivis et lui demandai ce qu'elle avait. « Je ne sais, me répondit-elle, mais ce que je viens d'éprouver, je ne l'avais jamais senti. » Je voulus la calmer, car elle tremblait de tous ses membres ; mais quoique ses yeux fussent fermés, elle sentait mon action et me répétait : « Ne me touchez pas, je vous en prie ! Je vois vos mains ; vous me faites du mal ! » Je dus céder à son désir fortement exprimé, quoique a regret pourtant, car j'étais persuadé que le magnétisme la calmerait bientôt. Ayant achevé de magnétiser sa maîtresse, je sortis. La première chose que je fis en arrivant le lendemain, fut de m'informer de la santé de cette femme ; on me l'a dit être fortement dérangée. Je demandai à la voir ; elle y consentit, et après quelques questions sur ce qu'elle éprouvait, je lui proposai de la magnétiser. Cette offre parut lui faire beaucoup de peine, elle refusa ; mais, pressée par toutes nos sollicitations, elle finit par y consentir. En un instant elle fut plongée dans un profond sommeil. Je l'interrogeai sur la cause des désordres qui s'étaient manifestés chez elle la veille, elle ne put me répondre de suite. « J'ai, dit-elle, beaucoup de difficulté à parler pour le moment ; je me trouve bien ; je n'ai plus peur de vous, votre action me soulage beaucoup. J'ai de la bile dans l'estomac ; il faut me donner quelque chose pour la faire évacuer.» Elle s'indiqua de la tisane de chicorée très amère, très amère. Elle insista fortement, disant que cela lui ferait du bien ; ensuite elle demanda de l'eau des Carmes avec un morceau de sucre. Comme tous les somnambules, sortie de cet état, elle ne se souvint, pas d'avoir parlé ; mais, sur l'étonnement des assistants, elle sembla en douter, car elle les pria avec instance de lui répéter ce qu'elle avait dit ; mais il avait été convenu qu'on lui laisserait ignorer ce fait.

Elle passa la journée assez bien, mais la nuit fut mauvaise ; des spasmes se manifestèrent ; elle eut constamment froid aux pieds. Bien persuadé que le magnétisme, cause malgré nous de tous ces accidents, avait la puissance de les détruire, je le proposai ; mais je ne fus écouté ni de la malade ni des personnes qui l'entouraient. Forcé de renoncer à ce moyen, je l'engageai à prendre quelques bains de pieds et entiers, à user d'une boisson rafraîchissante. J'ignore si elle suivit la prescription, mais le malaise augmenta. On appela un médecin, qui, reconnaissant que son état était entièrement nerveux, ne voulut point accéder au désir de la malade, qui voulait absolument être saignée. Il la tranquillisa, lui fit prendre une potion calmante, composée d'eau de laitue, de sirop de nymphoea et diacode.

Cette potion ne lui procura qu'un mieux momentané, et sa maladie parut inquiétante. Le médecin crut reconnaître l'existence d'un anévrisme au coeur. Il se trompait sans doute, car au bout de quinze jours tout avait disparu.

Quelques heures de magnétisation auraient suffi pour détruire tout symptôme et replacer cette personne dans son état habituel ; on ne le voulut pas et je perdis l'occasion qui m'était offerte de produire des accès de somnambulisme lucide, et le moyen de justifier l'action curative du magnétisme sur madame Béranger  car elle ne voulut plus, quoique se trouvant mieux, continuer l'emploi d'un moyen capable de produire de tels désordres.

Ainsi fait la raison humaine : elle demande de la force ; la force se montre, elle la rejette au loin. Et le médecin dira que le magnétisme agite les nerfs. Sans doute il les agite, mais il les maîtrise aussi. Laissez donc agir l'instrument, et attendez le dernier résultat, car il sera la santé et la vie.

Il faut que vous soyez toujours sur vos gardes. C'est une chose sérieuse que le magnétisme ; ne jouez point avec cet agent ; laissez rire les sots, qui, ne voyant rien sortir de vos mains, s'imaginent que toute force est visible. Ils sont dignes de pitié. Celui qui croit que sa vue est faite pour voir tous les objets de la création est un niais. Vous pouvez le détromper en mettant sous ses yeux un instrument d'optique. Pourquoi faut-il qu'il y ait des savants qui pensent qu'il n'y a plus d'agent invisible, qu'ils les ont tous saisis ? Le magnétisme en est un nouveau, et mille peut-être restent à connaître encore. Plus je vis, plus je m'aperçois de l'ignorance des hommes en général, et des préjugés encroûtés des savants en particulier. 

  1. Action magnétique à distance.

Lorsque vous n'avez point de sommeil magnétique à craindre, vous pouvez user de ce moyen. Ce n'est pas ici le lieu d'expliquer par quel mystère l'agent magnétique peut se transporter, envoyé et soutenu par la pensée, à une grande distance ; c'est un fait reconnu. Bien que par ce développement les phénomènes magnétiques perdent un peu de leur efficacité, ils suffisent cependant pour entretenir une action commencée et faire du bien.

J'ai moi-même plusieurs fois usé de ce moyen, et les malades (bien que souvent ils ne fussent pas prévenus) sentaient en eux-mêmes naître les symptômes qu'une magnétisation directe et rapprochée leur avait appris à reconnaître. Mais lorsqu'il y a sommeil magnétique, vous devez craindre sa reproduction, et, comme vous n'êtes plus là pour diriger et maintenir cette crise dans certaines limites, vous devez éviter de l'abandonner au hasard. — Le dormeur magnétique tombe quelquefois, n'étant point maintenu, dans une espèce de somnambulisme naturel ; il en commet les actes, et la durée de son sommeil ne peut vous être connue. Il y a là plus de motifs qu'il n'en faut pour que vous soyez réservé dans de semblables expériences, ou plutôt pour que vous n'en risquiez jamais une. Je conçois que le désir de convaincre des incrédules et de montrer un grand pouvoir ait fait hasarder cette expérience. Beaucoup de magnétiseurs peuvent être cités, qui ont réussi pleinement, mais tous ont eu des craintes fondées sur les suites, quelques-uns même s'en sont cruellement repentis. Un tel pouvoir demande de la sagesse et de la prudence, et le désir de faire du bien ne suffit pas toujours.

  1. Objets magnétisés — Magnétisation intermédiaire.

Dans certains cas, on peut tirer un grand parti d'objets que l'on a magnétisés : du coton, des mouchoirs, des vêtements même, peuvent ainsi être utiles. Déposés sur une partie malade, ils entretiennent un mouvement tonique fort sensible, et l'on peut obtenir la résolution d'engorgements qui résisteraient aux cataplasmes, aux emplâtres, quelque bien combinés qu'ils fussent.

On prend l'objet que l'on veut magnétiser entre les deux mains ; on projette par la volonté la force magnétique, comme si l'on magnétisait une personne malade. Dix ou quinze minutes suffisent.

L'eau magnétisée est aussi d'une grande utilité. On dirige les doigts en pointe sur un vase qui la contient un peu moins du temps ci indiqué. Ceci m'a fourni de curieuses expériences. Donnant à tenir à des personnes qui dormaient l'objet que je voulais magnétiser, elles n'éprouvaient rien pendant la première minute, mais successivement, et au fur et à mesure que le magnétisme complétait la saturation, le surplus suivait les mains, puis les bras, et enfin gagnait tout le système nerveux du somnambule et l'agitait. — Si c'était un verre d'eau, il éprouvait un sentiment de brûlure aux doigts et cherchait à diminuer la surface sentante, ou bien changeait l'objet de place ; si l'on insistait, il souffrait visiblement. D'autres phénomènes bien plus curieux se manifestent lorsque par la pensée on veut donner à l'eau une vertu, une qualité. Pour comprendre ce fait, il faut déjà être avancé en magnétisme, et je dois ajourner mes aveux.

  1. Démagnétisation.

Certaines organisations se saturent outre mesure du magnétisme, c'est pourquoi il faut apprendre à forcer son écoulement. Les passes en travers, faites à la base du front, suffisent dans les cas ordinaires : ici, elles ne font qu'ajouter au trop plein qui existe déjà.

Il faut établir des courants depuis la poitrine jusqu'à l'extrémité des pieds ; bien examiner si la tête se dégage, recommencer plusieurs fois de suite, et, aussitôt les yeux ouverts, s'éloigner car le sommeil peut se reproduire non seulement à votre contact, mais par votre seule approche, ce qui vous place dans une situation embarrassante. Il est, nous le répétons, des corps qui s'emparent avec avidité du principe magnétique ; véritable éponge au contact de l'eau, ils soutirent vos forces avec une promptitude incroyable : si de nombreux exemples n'existaient, on pourrait mettre en doute ce fait. On peut surtout le constater lorsque l'on expérimente devant plusieurs personnes : ces organisations avides soustraient même les forces que vous déposez dans une organisation qui n'est pas la leur.

Il faut éloigner ces personnes, ou renoncer à vos expériences. Ne trouvez point extraordinaires ces cas. N'est-il pas des corps physiques qui absorbent plus que d'autres le calorique et qui le gardent plus longtemps ? Il en est de même pour l'humidité, etc.

Cette absorption magnétique demande quelque prudence. Suivez la règle que je vous trace plus haut : éloignez ces sujets, si vous ne voulez vous préparer des embarras ; vous absent, tout rentre dans l'ordre. Mais ne jouez point avec l'agent magnétique ; c'est une mystérieuse puissance qui porte avec elle des vertus que n'ont pas les autres agents naturels.

Dans les maladies graves ne craignez rien : les désordres que je vous signale sont peu redoutables, mais réveillez après une heure de sommeil. J'ai remarqué que, passé ce temps, le magnétisme ne calmait plus. Il est peu de circonstances où une heure de sommeil ne soit pas assez32 . Mais tous les dormeurs se complaisent dans cet état, ils vous demanderont de les y laisser ; vous ne le devez point. Les magnétiseurs n'écoutent également que leur désir d'apprendre ; ils prolongent autant qu'ils le peuvent cet état fatigant.

III. Dangers du magnétisme.

Comme toute force, comme tous les agents, le magnétisme, à côté de ses avantages, a aussi ses dangers.

Je dois vous signaler ceux que j'ai pu apercevoir ; ils sont de deux sortes : physiques et moraux, et relatifs aux magnétisés aussi bien qu'aux magnétiseurs.

Lorsque le magnétisme rencontre une disposition impressionnable, et qu'il ne la domine pas, il l'augmente et produit un fâcheux excès. Il irrite, agace les nerfs, et vous place ainsi dans une situation qui n'est pas sans dangers. Ou vous devez renoncer à toute magnétisation, et, par conséquent, abandonner le traitement, ou bien, si vous continuez, vous exposez le malade à des crises qui ne se calment qu'avec des précautions et du temps.

Il est des personnes tellement sensibles au magnétisme, que vingt ou trente secondes suffisent pour les mettre en crise, et l'agitation ainsi causée peut durer plusieurs heures, malgré tout ce que vous emploierez de volonté pour les calmer. J'ai renoncé à de semblables traitements  car, contre les règles que j'avais reconnues efficaces, les procédés que j'employais pour diminuer cet état ne faisaient que l'augmenter. Le plus sûr est de s'éloigner et d'attendre qu'une modification se soit opérée.

Ces cas exceptionnels, aperçus par le médecin, lui ont fait dire que le magnétisme irritait toujours les nerfs. Ces cas sont extrêmement rares ; ils se rencontrent aussi dans la médecine ; il est des malades dont les organes s'irritent à l'ingestion de la substance la plus faible ; il en est qu'un vingtième de grain d'émétique super purge. On change de mode, de traitement, voilà tout.

C'est ici le lieu de vous entretenir de la contagion ou inoculation des maladies. Le sujet est grave et mérite une sérieuse attention.

Par cette espèce d'exaltation de la sensibilité dont les somnambules ont souvent besoin pour sentir les maux d'autrui, ils sont exposés à prendre et à s'inoculer les maladies des personnes avec lesquelles on les met en rapport, soit avec, soit sans contact. Les magnétiseurs même sont pareillement exposés.

1° Inoculation par contact.

Parmi les faits que j'ai constatés, je puis citer ceux-ci .Une femme malade d'une affection arthritique goutteuse, et qui par suite avait vu ses articulations se souder, ses membres perdre leur flexibilité, sa mâchoire même ne pouvoir plus s'ouvrir entièrement, fut mise en rapport avec une de mes somnambules ; celle-ci, après avoir parfaitement bien vu le mal et indiqué les eaux thermales qui devaient la guérir, se plaignit de souffrir dans les mêmes parties qui étaient affectées chez la malade. Je ne fis pas beaucoup d'attention, car, pour d'autres maux, il en avait été de même, et aucune suite fâcheuse n'en était résultée. Je la réveillai, mais quelle ne fut pas ma surprise ! Elle ne put se mouvoir, elle ne pouvait ouvrir la bouche. J'essayai vainement de faire cesser ce mal, que je croyais passager. Après plusieurs heures, son état persistant, nous fûmes obligés de la descendre, comme on avait descendu la malade, tout d'une pièce et roide, de la mettre ainsi dans une voiture et de la conduire chez elle. Elle resta ainsi trois jours. Pendant ce temps, on fut obligé de la faire manger comme un enfant, et de lui donner du potage par petites cuillerées, sa bouche étant fermée aux trois quarts. Peu à peu le mal la quitta.

Une autre somnambule, après avoir touché un malade dont le sang était doublement corrompu par un virus syphilitique et scrofuleux, perdit tous ses cheveux quelques heures après le contact seulement.

Un hoquet convulsif, une toux, un point de côté furent transmis par le contact à une autre dormeuse.

Une autre, pour avoir tenu pendant, quelque temps la main d'un idiot, resta hébétée pendant quelques jours. Ce n'est qu'à ce prix pourtant que souvent les somnambules trouvent des moyens de guérison. Plus ils sentent, mieux ils trouvent. Ils causent très peu, mais ils cherchent ; leur médication est singulière, mais efficace. Endormis, ils n'ont aucune peur du mal qui leur arrive dans cet état ; réveillés, ils ont les mêmes craintes que si le mal devait être durable.

Voici, sur ce sujet, ce que dit Puységur :

« La susceptibilité qu'ont les malades en crise magnétique de gagner avec promptitude certaines maladies m'a été plusieurs fois démontrée. J'ai vu des somnambules magnétiques, au milieu d'un essaim nombreux de malades, demander à quitter leur place, en disant que leurs voisins leur faisaient mal ; d'autres s'en éloigner d'eux-mêmes avec précipitation. Et souvent j'ai eu à réparer des accidents causés par l'approche de certains individus.

Un inconvénient aussi grand m'a fait prendre une idée défavorable des traitements nombreux et lorsqu'il m'est arrivé depuis un an de rassembler plusieurs malades ensemble, j'ai toujours eu la précaution de n'y pas admettre des sujets dont j'eusse a craindre l'influence.

J'ai consulté un jour mon somnambule Vielet sur les espèces de maladies qui pouvaient le plus aisément se communiquer aux somnambules ; lui-même en avait fait deux ou trois fois la triste expérience. Sa réponse, qu'il me fit par écrit et que je conserve, fut que les plus dangereuses étaient : l'épilepsie, le scorbut, la diarrhée, la paralysie froide, la goutte sciatique, la catalepsie, la gale, les humeurs froides, et tous les maux vénériens. II ne convient, ajoutait-il, qu'aux magnétiseurs de traiter ces espèces de maux, parce que leur volonté et leur action en repoussent les influences, au lieu que les crises donnent et reçoivent la fluidité, la transpiration, et que, l'action du mal arrivant chez elles en même temps que la sensation, elles sont susceptibles de prendre bien vite ce qu'elles ont voulu faire dissiper. »

Moi-même, je n'ai jamais magnétisé un poitrinaire et un malade qui ait pris du mercure sans, dans le premier cas, ressentir des douleurs de poitrine, et, dans le second, en éprouver également dans les os, et surtout dans les articulations des doigts et du poignet. Magnétisant un jeune homme qui avait une luxation du fémur par suite d'un dépôt lymphatique formé dans l'articulation, je fus pris, en sortant de chez lui, de douleurs très vives dans le membre du même côté. Croyant que cela m'était personnel, je n'y fis d'abord pas beaucoup d'attention ; le mal se passa promptement, mais le jour suivant il en fut de même encore. Cependant, en entrant chez lui, je ne soutirais aucunement ; je ne pouvais croire à ce singulier phénomène, et voulus m'assurer de sa réalité : je suspendis deux jours le traitement, je n'éprouvai rien. Je repris, mon articulation fut malade, et je commençai à traîner la jambe. Je trouvai un prétexte pour ne pas me charger de ce traitement. J'ignorais alors qu'en magnétisant sans contact l'action était de même efficace, et que cette inoculation pouvait être évitée.

Faisant un jour des expériences sur un jeune homme affecté d'une maladie syphilitique, dont j'ignorais l'existence, ses genoux étaient entre les miens (selon les procédés de Deleuze). Au bout d'un quart d’heure environ j'éprouvai de vives douleurs dans les jambes ; je le priai de me dire s'il n'y souffrait pas lui-même ; il me répondit que depuis un instant il n'y souffrait plus, mais qu'habituellement le mal qu'il y sentait était intolérable. Je cessai mes expériences et les douleurs que j'avais prises ainsi persistèrent une partie de la journée.

Par suite de cette découverte, il m'est arrivé plusieurs fois de dire aux malades que je magnétisais : Vous souffrez dans telle partie de votre corps ; cela se trouva vrai chaque fois. N'ayant jamais eu de maladie, n'ayant jamais souffert, lorsque je sens quelques douleurs en magnétisant, je sais qu'elles ne viennent pas de moi, et je m'éloigne du malade suffisamment pour discontinuer les faits de cette inoculation.

D'autres magnétiseurs m'ont raconté le même fait ; j'avoue que pendant longtemps j'ai refusé de croire à leurs témoignages ainsi qu'au mien même. Aujourd'hui cela n'est plus possible, j'ai trop d'observations pour conserver un doute.

Un dernier fait semblable s'est produit sur moi, à Saint-Pétersbourg, pendant que j'écrivais ce traité. Magnétisant une dame gravement malade d'une fièvre nerveuse et putride ; étant obligé de m'approcher souvent d'elle et de la toucher, j'eus une espèce d'épanchement de sang dans tout le tissu cellulaire des paupières. Je n'éprouvais aucune douleur, mais ces larges ecchymoses durèrent près de quinze jours. C'est seulement le jour où cette dame fut dans un danger réel, où la putridité de ses humeurs avait acquis un grand développement et devait faire craindre une décomposition totale, que ce mal m'arriva.

J'éprouvais, en sortant de chez cette malade, des picotements aux paupières, et, pendant un trajet d'un quart d’heure, l'épanchement s'était complètement produit. Mais j'affirme que, pendant cette séance, j'ai senti en moi quelque chose qui m'était étranger, j'aurais pu dire qu'une espèce d'inoculation venait d'avoir lieu.

C'est pour éviter ces accidents que je recommande de magnétiser en touchant le moins possible.

2° Inoculation sans contact.

Par un jeu singulier des forces magnétiques, et peut-être par l'analogie de deux systèmes nerveux, il arrive parfois des phénomènes inattendus. Ainsi, j'ai vu plusieurs fois un rapport s'établir entre des magnétisés qui ne se connaissaient point, et ce qu'éprouvait l'un était senti par l'autre, quoique souvent ils fussent séparés par des murailles. Ceci vous met dans un grand embarras car, tandis que vous prodiguez vos soins à celui qui se trouve affecté sympathiquement, l'autre, que vous avez laissé calme, reprend l'agitation et les crises déjà passées, et vice versa. Des heures s'écoulent ainsi dans un travail inutile et très fatigant ; il faut alors changer les heures ou vous faire suppléer près de l'un des deux malades. Ne croyez pas que l'imagination soit ici pour quelque chose. Dans un hôpital, à Saint-Pétersbourg33 , où l'on m'avait donné à traiter deux affections nerveuses épileptiformes, maladies que j'ai guéries, quoique graves et déjà anciennes, eh bien, quoique les malades fussent séparées par une grande distance, et que l'une occupât le premier étage et l'autre le second, aussitôt que je magnétisais l'une, l'autre tombait en crise. Rien cependant n'avait pu avertir celle que je ne magnétisais pas, et ce n'est pas une fois, mais vingt, et le jour ou la nuit, que nous pouvions observer ce singulier phénomène. Mon entrée était mystérieuse, pas le plus léger bruit, souvent même elles étaient toutes deux en sommeil naturel, et n'importe quelle que fût celle que je magnétisais d'abord, celle à laquelle je ne songeais pas sortait bientôt de son sommeil et poussait des cris affreux. J'ai laissé, pour mon instruction, durer cette sympathie pendant quelque temps, puis je l'ai rompue en produisant des crises artificielles, plusieurs de suite.

J'ai détruit ainsi la sensibilité trop vive de leur système nerveux, entretenue par une trop grande abondance de fluide nerveux qui ne trouvait point son écoulement, à cause des crampes et des spasmes qui existaient presque continuellement.

Voici un fait plus incroyable, mais pourtant non moins vrai.

Le magnétisme est destiné à exercer pour longtemps la pensée du physiologiste et du psychologue. Des faits nouveaux et incompréhensibles se manifesteront à chaque instant par les singulières propriétés de l'agent employé.

Je donnais mes soins à un malade qui demeurait à Paris, rue des Mauvaises-Paroles. Il était peu sensible au magnétisme. Un soir seulement il éprouva des commotions assez violentes ; je le laissai calme. Le lendemain soir même phénomène : mais un autre malade, auquel je donnais aussi mes soins, et qui ne connaissait point le premier, était parti pour Fontainebleau, depuis deux jours. Il était aussi très peu sensible au magnétisme. Mais quel fut mon étonnement, lorsqu'il revint le troisième jour à Paris, d'entendre ses aveux ! Il avait éprouvé des secousses violentes à la même heure, au même instant et pendant le même espace de temps. Je ne fis aucune réflexion sur le moment, mais le soir même je le magnétisai, lui ; il demeurait habituellement rue Coq-Héron. Celui de la rue des Mauvaises-Paroles éprouva les mêmes accidents nerveux. Je cessai, plus rien ne se manifesta ; je repris à d'autres heures, et ce singulier rapport fut rompu. Je le répète, ils ne se connaissaient point, et ils ignorent l'observation curieuse qu'ils m'offrirent ainsi.

3° Dangers moraux.

Je ne puis toucher cette corde que faiblement ici ; j'ai d'ailleurs développé, autant que je l'ai pu, mes idées sur ce sujet dans mon Essai sur l'enseignement philosophique.

Si vous magnétisez avec un coeur corrompu, vous vous exposez à corrompre ; c'est un fait autant moral que physique.

Une vérité que vous reconnaîtrez plus tard dans la vie est celle-ci : c'est qu'à mérite égal, en opérant de la même manière et dans des cas identiques, deux hommes d'une même nature en apparence obtiendront des résultats différents. Et je ne dis pas ceci pour le magnétisme seulement, mais en toutes médecines, et même en chirurgie. Cela vient des principes moraux qu'ils peuvent avoir, et qui ont une influence qui s'étend sur leur ouvrage. Nos mains doivent êtres pures de souillures. On rira de ceci, car on ne comprendra pas mais c'est un fait. La liqueur qui sortira d'un vase malpropre ne sera jamais bonne, elle agira sans doute, mais ses effets seront mauvais ; quelquefois elle peut empoisonner. Il est des hommes qui ont des propriétés malfaisantes ; on ne les aperçoit souvent que lorsqu'il n'est plus temps d'en empêcher les effets. Quelquefois même c'est à leur insu, ils ne savent pas.... Mais, je le répète, il ne s'agit pas seulement de magnétisme.

Placez-vous en dehors et méditez ceci.

Par quel mystère s'opère la réunion des coeurs ? On sent le travail commencer ; un regard, une main qui touche la votre, un mot enfin ! Et souvent votre sort est décidé. Vous aimerez ou vous serez aimé ! La vertu n'a rien à faire ici, la volonté non plus. Ce n'est pas elle qui décide, pas plus que la raison. C'est une espèce de maladie qui vous prend, vous domine, et n'a souvent pour cause qu'une émanation de vos nerfs projetée par les yeux ou exhalée par la peau. Ou ne peut s'en défaire qu'en fuyant, qu'en changeant de lieu promptement. Quelques hommes et, quelques femmes ont ce triste privilège d'inoculer des passions fiévreuses, et la durée de leurs enchantements ne peut être calculée.

Circé avait ce pouvoir, et ce n'est point une pure allégorie. J'ai connu dans ma vie des hommes supérieurs qui étaient le jouet de femmes indignes, et qui ne pouvaient se soustraire à cette domination qui les abrutissait. D'autres hommes, bien inférieurs, dominaient des femmes d'un esprit élevé, et les tenaient ainsi dans un honteux esclavage.

Il n'est que trop vrai que certains êtres exercent une action malfaisante sur ce qui les entoure ; il en est d'autres qui ont des propriétés contraires. Les somnambules savent très bien les distinguer, les malades aussi parfois. Mais que d'obscurité il reste encore ici !

4° Désordres magnétiques.

Bien souvent j'ai été appelé pour faire cesser des crises terribles, et d'une nature tellement singulière que nulle plume ne saurait les décrire. Ces crises avaient pris naissance pendant ou à la suite de magnétisations faites en jouant. C'étaient souvent des jeunes gens qui, ayant vu magnétiser, appliquaient en riant les procédés dont ils avaient vu faire l'emploi. Les jugeant sans conséquences, ils ne pouvaient s'imaginer que leurs gestes à eux, ignorants du magnétisme, pourraient agir et provoquer quelques effets.

L'apparition des phénomènes, loin de les avertir du danger où ils allaient se trouver, ne faisait que les inciter davantage à continuer, et ce n'est que lorsque des convulsions effroyables avaient lieu que la crainte remplaçait le rire. Ce nouvel état de l'esprit du magnétiseur venait augmenter le trouble du magnétisé, et bientôt la folie la plus prononcée apparaissait avec ses cris, ses transports et ses hurlements34 . Il n'était plus temps alors de revenir à une action régulière, la volonté du magnétiseur novice étant également déréglée. Que faire dans ces moments où tout est en désordre, ou un être quelquefois faible soulève les plus lourds fardeaux, où les bras de plusieurs personnes ne peuvent contenir ses mouvements multipliés ? Le temps manque pour aviser. Les médecins ne peuvent rien dans ces cas ; vainement ils ont essayé les moyens mis à leur disposition, et l'état furieux se prolonge. Accourez, vous qui avez enseigné la règle qu'on a dédaignée, vous qui avez fait connaître des dangers que l'on ne croyait exister que dans votre esprit ; accourez, car vous seul êtes capable de rétablir l'ordre et de faire cesser un état de choses qui menace la raison. Ne vous enrayez point, car vous serez d'abord repoussé comme tous.

Tâchez de toucher le cerveau ; que votre main puisse être fixée sur le front ; commandez le calme ; soyez impérieux, mais surtout faites éloigner au plus vite celui qui a causé le trouble ; qu'il parte, qu'il aille loin ; alors vous deviendrez maître, on entendra votre voix, on sentira votre action bienfaisante et régulière ; mais surtout ne quittez pas tant que les effluves de l'imprudent sont encore dans les nerfs ; chassez-les par des passes à grands courants faites jusqu'aux extrémités ; soufflez sur le front, faites cesser le sommeil, voyez s'il reste le souvenir de ce qui s'est passé, et dans ce cas rendormez, car à coup sûr un retour des mêmes crises aurait lieu. Le souvenir effacé, et vous pouvez le détruire, ne soyez point inquiet de la courbature, de la lassitude qui suivent : ce sont de bons symptômes ; ils dureront deux ou trois jours ; mais vous n'avez plus à vous occuper du magnétisé : il sera dès lors dans son état moral habituel.

Dans d'autres circonstances, le magnétiseur, voulant guérir un malade, ne sait pas toujours à quoi il doit son insuccès. Qu'il médite ce qui suit.

La volonté, les désirs ont besoin d'être réglés.

Je regarde comme une chose importante une grande constance dans les idées. Il ne faut pas varier à chaque instant dans votre sentiment et dans votre volonté ; il faut que le lendemain vous trouve ce que vous étiez la veille, et que vous repreniez l'ouvrage où vous l'avez laissé. C'est avec cette conduite, c'est pénétré de cette vérité que vous ferez de grandes choses. Songez que les déterminations de votre esprit se traduisent en actes, et qu'à peine vous avez pensé, qu'un messager invisible a déjà transmis le rudiment de votre vouloir. Qu'arrivera-t-il si vous variez à chaque instant ? Un tiraillement dans l'organisation que vous êtes chargé de réédifier, le déplacement des matériaux posés la veille, et le principe où l'ouvrier principal ne saura plus comment diriger ses travaux. C'est le médecin qui modifie chaque jour son traitement ; qui, sans patience aucune, s'étonne qu'une chose qui demande parfois plusieurs semaines pour se produire n'apparaisse pas dans un jour ; vous serez comme lui. Soyez patient et constant ; sans ces deux qualités vous serez médiocre magnétiseur, et vous ne réussirez que dans des maux légers et de peu de durée ordinairement.

Plus j'avance, plus je me convaincs que le magnétisme est une grande science, un grand art. Avec le secours des phénomènes qu'il produit, on expliquera, par analogie les effets attribués à l'imitation à la sympathie, ces espèces d'inoculation de désordres nerveux qui effrayèrent dans tous les temps et portèrent l'effroi dans tant de familles, dans tant de communautés et de pensionnats. Où l'on ne voit qu'imitation, il y a un agent vicié, subtil, qui se transmet de l'un à l'autre sans contact et par la seule approche, la seule vue, un seul regard. O ignorance des hommes, quand cesseras-tu ? Faut-il donc que les médecins restent dans l'obscurité, tandis que le flambeau de la découverte de Mesmer est là pour les pénétrer de sa vive lumière ?

Ne vous étonnez de rien.

Ainsi parlait une somnambule, à propos de phénomènes bizarres, que les ignorants disent diaboliques, et que les enthousiastes qualifient de miraculeux.

Archimède demandait un levier et un point d'appui pour remuer le monde. Nous disons, nous : Faites que nous ayons un peu plus de vitalité avec ce levier invisible, nous agiterons le corps et remuerons l'esprit de quelque être que ce soit.

Il est curieux de voir la petite partie de l'agent mise à la disposition de notre volonté agiter de grosses masses de matière organisée et tirer l'esprit de son apathie. Tous les phénomènes décrits dans cet ouvrage sont dus à l'emploi, raisonné ou non, de cette puissance, et résultent de son action sur les nerfs, et quel que soit mon désir de les faire tous connaître, je ne le puis, tant ils sont variés et abondants ; mais pour persuader que nous en avons vu une grande quantité et des plus curieux, nous citons ceux qui nous surprirent et nous étonnèrent le plus.

Lorsque par ignorance, ou dans le désir d'expérimenter, on magnétise des personnes faciles à endormir, et qui demandent par conséquent peu de magnétisme, on s'expose à voir surgir des phénomènes surprenants. Le sommeil prend parfois un caractère étrange, il n'est plus pacifique. Une sorte de tourmente du corps et de l'âme se laisse apercevoir : cette agitation et ces phénomènes durent quelquefois plusieurs heures. Le démoniaque se démène, tandis que son esprit, évoquant des souvenirs ou prenant connaissance de choses inconnues encore des mortels, parle sans être interrogé ; quelquefois même la langue dont il se sert est sans doute la langue primitive, s'il en fut une, car quoique bien articulée, il est impossible de la comprendre : cependant on a cru reconnaître qu'elle avait quelque chose de l'hébraïque, mais c'est seulement une supposition d'hommes érudits. Les mouvements du corps sont inimitables dans l'état habituel. Le saltimbanque le plus exercé ne pourrait en approcher en cherchant à les rendre. On dit même que certains démoniaques se soulèvent de terre ; je ne garantis pas ce fait ; mais j'ai vu courir, contre toutes les lois de l'équilibre, un être dans cet état, sur une plinthe autour d'un appartement, et la chute n'avait point eu lieu, et le corps pesant, qui eût dû déranger ou casser cette tringle légère, à peine tenue dans la muraille par quelques pointes, n'avait rien perdu de sa position première.

Les hommes sont donc bien coupables car ils condamnèrent au supplice de malheureux malades qui offraient, dans les temps reculés et même jusqu'au XVIe siècle, les mêmes phénomènes que nous venons de décrire. Étaient-ils dus à l'action pervertie d'autres hommes ? Non, dans certains cas car il n'est pas douteux pour nous que la nature, par une irrégularité dans la distribution de ses forces, peut causer tous ces étranges accidents.

Le diable venait en aide à l'ignorance des hommes et servait souvent leur méchanceté ; on mettait sur son compte le plus odieux des crimes, et c'est ainsi que des milliers d'hommes souffrant de la nature ont vu terminer tragiquement leur existence. Flattez-vous de votre savoir, grands génies de nos académies ; mais si vous voulez apprendre que vous savez peu, examinez la nature dans ses actes qui paraissent bizarres, étudiez ses ressources cachées, sa puissance et cette intelligence qui domine parfois la matière : alors vous saurez que vous ne savez presque rien.

En 1846, nous avons eu sous les yeux une jeune fille, nommée Angélique Cottin, âgée de quatorze ans, qui présentait des phénomènes singuliers. Instrument vivant de physique, elle faisait éprouver à tous les corps avec lesquels elle était mise en contact, par un conducteur ou seulement l'extrémité de ses vêtements, un mouvement de répulsion ou d'attraction. Nous l'avons vue, par la seule approche de son bras, faire dévier une aiguille aimantée, agiter violemment des corps légers et les forcer de fuir, renverser des corps pesants, et dans certains moments être suivie par ceux-ci ; une banquette fut violemment attirée vers cette jeune fille lorsqu'elle l'eut touchée. Plusieurs personnes tenant une chaise, et l'appuyant de toutes leurs forces sur le sol, ne pouvaient empêcher son déplacement violent lorsque cette enfant essayait de s'asseoir. Un guéridon en bois de chêne était secoué, puis renversé, par le seul contact de son vêtement et pourtant déjà cette singulière propriété avait faibli, car, à son origine, cette jeune fille jetait le trouble autour d'elle en renversant tout ce qui se trouvait dans sa sphère d'activité : coffre rempli d'avoine, table de cuisine, etc., etc.: mais cet état singulier n'a rien de l'état magnétique, il n'a pas même troublé la santé de cette enfant.

Plus de quinze cents personnes ont pu constater les faits que nous avançons. M. Hébert (de Garnay) en a fait une étude suivie, dont le résultat est consigné dans le Journal du magnétisme.

Je vous ai donné les moyens de faire cesser toute action déréglée : des passes à grands courants sur les jambes jusqu'aux pieds ; votre main sur le front quand vous pourrez l'y appliquer, Ce qui n'est pas toujours possible. Ayez une tranquillité parfaite, examinez sans cesser d'être actif, c'est-à-dire sans perdre un instant de vue que vous avez été l'instrument du désordre, et que vous pouvez faire cesser. Je n'ai pas besoin de vous dire que vous ne devez jamais le faire naître ; mais vous le verrez dans quelque cas de maladie où la nature, pour se débarrasser de ce qui l'opprime, ayant besoin de produire une grande perturbation, la développe sans se soucier des idées qu'elle peut faire naître en nous, et toujours sans nous demander notre permission. Voilà pourquoi, dans beaucoup d'affections du système nerveux, ou dans certaines maladies de cause inconnue, le médecin combat à toute outrance et cherche à détruire par tous les moyens ce qui peut seul sauver. Pourquoi la lumière m'a-t-elle manqué au début de ma carrière, pourquoi ne l'ai-je pas trouvée dans les livres de magnétisme ? Ma vie sera trop courte maintenant pour combattre l'ignorance et établir la vérité ! Que l'expérience acquise vous serve, ouvriers habiles ; vous édifierez, avec les matériaux que j'accumule, le temple de la science nouvelle, si surtout vous vous laissez guider, non par votre imagination, mais par la lumière acquise de l'observation et surtout de l'expérience.

Doit-on faire des expériences publiques ?

Oui ; bien qu'elles aient des inconvénients. Mesmer en a fait continuellement ; Deslon imitait Mesmer. Puységur, en disant : « Nous ne serons jamais que des tourneurs de manivelle, » cherchait a s'éclairer par des expériences, et ses somnambules étaient soumis à l'observation des gens qui doutaient. C'est par des expériences que les Lutzelbourg et toute l'école de Strasbourg s'étaient avancés dans la connaissance du magnétisme. Plus récemment, Bertrand, Georget, Rostan, Foissac publièrent, avec de judicieuses observations, les expériences qu'ils firent, soit pour arriver à une conviction, soit pour sonder le champ des découvertes.

L'immobilité, tandis que tout marche, vous place en arrière et ceux qui, en magnétisme, ont dit : point d'expériences, ne méritent pas qu'on s'arrête pour les écouter sur ce qu'ils ont pu apprendre ; leurs livres, s'ils en ont écrit, sont nuls pour la science. Comment peut-on espérer établir une croyance sans preuves ? Comment faire arriver la vérité dans les intelligences, sans les pénétrer de la vive lumière jetée par les faits ? N'est-ce pas à l'alchimie que la chimie est redevable de la plus grande partie des découvertes qui l'honorent ? Dans les autres sciences n'est-ce pas aux tentatives, aux expériences réitérées d'esprits aventureux que l'on doit de merveilleuses inventions ? Comment ai-je acquis moi -même une certitude de diagnostic qui manquera longtemps à beaucoup de magnétiseurs, si ce n'est par d'ingénieuses expériences ? Et, pour tout dire enfin, il n'est pas possible de s'éclairer sans cela. Aussi prie-je tous ceux qui me liront de répéter d'abord toutes celles citées au commencement de ce livre et dans mes autres ouvrages. Ce n'est pas dire pour cela qu'il faille tout vous permettre, et compromettre, pour votre propre instruction ou la conviction des autres, la vie des malades, la santé des patients qui se sont confiés à vous en se livrant à vos investigations. Un instinct vous arrête lorsque vous êtes sur le point de faire le mal ; si vous n'obéissez pas au frein qu'il vous oppose, jamais les conseils de la prudence ne vous eussent arrêté. Médecin, vous eussiez essayé vos poisons sans souci des malades ; magnétiseur, vous les torturerez sans vous inquiéter des suites que peuvent produire vos iniques procédés.

Les guérisons, en tant qu'expériences privées, ne suffisent point pour arriver au but capital : la propagation du magnétisme. Tous les malades, d'ailleurs, ne rendent pas hommage à la vérité ; quelquefois même ils contestent que le magnétisme ait été la cause et vous l'instrument de leur guérison. Mais, fussent-ils tous animés d'une noble reconnaissance, que cela n'agirait que faiblement sur l'opinion. Aux yeux d'un médecin, une guérison ne signifie rien ; il objecte qu'il a vu des malades guérir, contre toutes probabilités, par les seules forces de la nature. L'homme du monde dit, eu voyant le résultat de vos efforts, que c'est l'imagination du moribond qui a tout fait. Que dire, quand l'un et l'autre sont de bonne foi ?... C'est donc de l'agent que vous employez qu'il faut à chaque instant donner des preuves physiques ; c'est l'étendue de votre pouvoir, la mesure de vos forces qu'il faut faire connaître, et vous ne le pouvez qu'en agissant devant ceux qui contestent vos assertions et les propriétés de votre être. Cette marche offre, sans doute, des difficultés ; quelques magnétiseurs chercheront à vous en détourner : ce sont des esprits timides et sans beaucoup de pouvoir magnétique ; ils ne connaissent ni le temps ni l'époque où ils vivent ; ils n'ont point de foi en eux-mêmes ; la crainte d'un insuccès leur donne la fièvre, et le grand jour leur fait peur... Ah! Je remercie Dieu de m'avoir donné le courage qui leur manque !

8° Conditions à observer dans les expériences publiques.

Faites vos expériences avec la plus grande simplicité ; annoncez peu ; que vos discours ne soient point ceux d'un enthousiaste et vos gestes ceux d'un acteur. Disputez le moins que vous pourrez sur la valeur des faits : la réflexion fera admettre ce que le raisonnement n'aurait pu démontrer. Ne forcez point les croyances ; elles viendront d'autant plus vite que vous aurez été plus sobre d'explications, et vos défenseurs seront ceux que vous croirez peu persuadés. Tout ce qui semble contradiction ne l'est pas, car c'est ainsi que les choses se passent et doivent se passer. Pour le démontrer, il faudrait entrer dans une explication, dévoiler les secrets du coeur humain, en sonder tous les replis ; je n'aurai que trop d'occasions d'accomplir cette besogne, mieux placée ailleurs qu'en ce Manuel. Lorsque vous serez bien assuré que vous avez la force, l'agent, ne craignez rien ; allez, mais surtout évitez jusqu'à l'ombre du charlatanisme, et que l'on ne puisse dire que vous avez des compères.

9° Chances de succès dans les expériences publiques

Sur dix personnes prises au hasard, trois peuvent être endormies magnétiquement, quatre autres éprouver des effets ostensibles, mais point de sommeil ; les trois dernières enfin ne sentiront que faiblement votre action, et par conséquent ne pourront rendre témoignage. Il faut donc que vous ayez assez de puissance pour magnétiser de suite plusieurs personnes.

Vous vous attachez à celle qui sent le plus vivement, et les expériences que vous pouvez faire sont si nombreuses et peuvent être si concluantes que les doutes doivent cesser.

Je n'ai pas besoin de vous dire que ces expériences publiques doivent être faites sans abus de puissance. Vous qu'on a prié, sollicité de magnétiser avec toute votre force, vous serez accusé d'avoir produit le fait extrême que les incrédules vous demandaient avec instance. Restez à la limite où la souffrance commence.

Ne prélevez surtout aucun salaire ; que tout soit gratuit dans ces sortes de démonstrations. Si vous faites du magnétisme une profession, et que vous soyez habile, les malades viendront vous trouver car vous aurez opéré des convictions, et vous trouverez ainsi une compensation au temps que vous aurez consacré à l'enseignement, une récompense honnête et légitime à votre travail

10° Difficultés que présentent les expériences publiques

Elles sont nombreuses et puissantes, quelquefois même insurmontables. Essayons de les décrire, car elles doivent être connues de tous les magnétiseurs.

Magnétiser et obtenir des effets est chose facile lorsque les conditions de succès se trouvent réunies. Je place en première ligne le silence de l'assemblée, le recueillement et une passivité complète du magnétisé. J'ai bien rarement obtenu qu'il en fût ainsi. Notre caractère est si léger, si moqueur, si rieur, qu'à peine assis le magnétisé est forcé de répondre à des agaceries, à des signes d'intelligence de toutes les personnes de l'assemblée, et vous entendez bientôt les mots : « II dort, il ne dort pas. » Les conversations s'établissent d'abord à petit bruit, le mouvement des chaises commence, les rires se font entendre ; puis c'est une personne qui entre et dérange tout le monde pour se placer ; une toux incommode ou simulée prend l'un des assistants ; les portes s'ouvrent, se ferment sans précaution, et le magnétisé, placé en face du public, considère toutes choses, cherche à comprendre ce que l'on dit de lui, puis il s'écoute pour analyser les changements qui s'opèrent, les effets qui se manifestent en lui, etc., etc. Mais quelle puissance est-ce donc que le magnétisme ? Vous réussissez malgré toutes ces causes d'insuccès, si vous savez, vous magnétiseur, ne rien voir, ne rien entendre, et fonctionner comme une machine toute physique.

L'individu endormi ou commençant seulement à sommeiller, on se lève, on s'approche malgré vous. Si l'action, portant d'abord sur le système nerveux, le perturbe, en homme prudent, vous arrêtez le développement des effets pour ne point effrayer. Si, au contraire, la même action, engourdissant le système nerveux, amène un sommeil profond, vous êtes obligé d'interroger le dormeur bien avant le temps où vous pourriez raisonnablement vous le permettre. Chacun a une demande à faire, une question à poser, une mèche de cheveux à la main... Vous ne pouvez vous refuser à quelques expériences!!! Il faudrait du temps, on ne vous en accorde pas et lorsque le magnétisé est fatigué par des demandes et des questions oiseuses, vous le réveillez. Il n'a point satisfait la curiosité, mais ce que vous avez fait est immense : vous avez provoqué le sommeil, prouvé l'existence du magnétisme ; que voulez-vous de plus ? Les esprits deviendront plus sages ; une autre fois ils vous laisseront conduire convenablement votre opération. Déjà ils reconnaissent que vous êtes sincère, vous n'avez plus à vous justifier du soupçon de charlatanisme ; le temps fera le reste.

11° Le malade, le médecin et le magnétiseur

Lorsque la douleur nous assiège et que, sur notre couche, nous appelons à grands cris un moment de repos ; lorsque, torturés par le mal, la soif, l'insomnie, nos amis alarmés cherchent à nous consoler : Tout à l'heure, nous disent-ils, l'Esculape viendra... ; il a des recettes pour calmer les souffrances ; la nature, dont il a fait l'étude, n'a point de secret pour lui cher ami, attendez, voici bientôt l'heure de sa venue ; peut-être est-il auprès de quelque malheureux.

Une ombre d'espérance se glisse en nos pensées ; elle ne peut y rester pourtant, car un doute cruel efface cette pâle clarté. Nous demandons au ciel un miracle nouveau ; notre pensée s'élève un instant pour retomber anéantie. Notre couche nous paraît plus dure. Qu'importe la voix d'un ami, d'une femme bien-aimée ? Est-ce de leurs sentiments que nous avons besoin ?... Non plus ils sont sympathiques, plus ils sont déchirants, plus ils nous affaiblissent et nous laissent de regrets.

Et nous écoutons le bruit lointain des pas ; notre oeil se dirige sans cesse vers la porte par où doit passer notre sauveur, notre dieu. Mentalement nous l'appelons, craignant que notre voix rapproche de nous nos amis, car ce n'est pas eux que nous demandons. Mais bientôt, de bouche en bouche, une, télégraphie humaine signale le génie tant désiré, celui dont les arrêts sont craints et respectés.

En quelques instants, il a tout vu, tout entendu, tout inspecté : la langue, le pouls et le vide dans les fioles qu'il nous avait vantées. Bientôt sa plume, courant plus vite que la pensée, trace sur le papier la formule banale d'un remède coté dans la science depuis un mois au plus.

L'Esculape essaie de nous rassurer, mais ses paroles, stéréotypées dans le langage par l'usage, ne calment point notre esprit. Nous voyons qu'il ne sait rien, qu'il attend comme nous, comme nos amis, que la nature ait prononcé. Puis il s'échappe, il fuit, tant il craint qu'on ne lui demande quelles sont ses espérances.

Il part, sa besogne est finie ; plus de soins, plus d'ennuis ; que le malade souffre, languisse ou meure, que lui importe, il ne mérite aucun reproche, il a suivi son code, appliqué l’article de la loi. Il était juge sans responsabilité, et personne n'était chargé du soin de la défense ! Il n'a plus qu'à se laver les mains et recevoir son salaire. Il peut, de cette manière, courant toute la journée, sans changer d'allure, gagner une somme assez ronde. Le soir, la table, le jeu le réclament. Il se plaindra pourtant, et sa plainte sera fondée : n'est-il pas fatigant de tâter le pouls d'un malade, d'entendre le récit de ses douleurs ? Croyez-vous qu'il trouve du charme à avoir sous les yeux les misères humaines et la vie aux prises avec la mort ?

Malade, dans ton désespoir, garde-toi d'appeler plusieurs Esculapes ; tu paieras les frais d'une comédie ; il s'en joue tant de semblables sans qu'on s'en fatigue. Ton premier médecin, qui n'a pu réussir, sera approuvé, recommandé ou ne changera rien à ses ordonnances, mais tu auras à payer les lumières de l'école, les hauts et puissants seigneurs de l'art, et ils sont chers, très chers, en raison de leur valeur.

Va, donne de l'or, donnes-en beaucoup, mais pour qu'ils ne fatiguent point leur esprit et ne quittent point leurs gigantesques travaux. Il leur en coûte tant de se déranger, même de se rendre à l'Académie, qu'ils n'y passent communément que pour y prendre leur jeton.

Maintenant, imite la nature, qui rejette sans cesse les fluides qui l'irritent, tout ce qui porte avec soi quelque chose de malfaisant. Débarrasse-toi de toutes les drogues qui t'entourent et sont si soigneusement étiquetées. Ne les jette pas par la fenêtre : tu pourrais être cause d'un double malheur.

Que l'espoir rentre dans ton âme ; cherche autour de toi, parmi tes amis, tes parents, celui qui jouit d'une bonne santé : prie-le de le donner du superflu de sa vie ; qu'il projette sur toi, pendant quelques instants, la force qu'il perd sans fruit, parce qu'il en ignore la vertu bienfaisante. Engage-le à promener ses mains sur les membres roidis, sur ton abdomen gonflé, irrité par le mal et un feu intérieur qu'il le fasse de douces frictions partout où tu souffres ; bois de l'eau qu'il aura touchée et magnétisée avec soin. Si tu n'as pas d'amis, de frère, qu'on aille chercher le premier homme de bonne volonté que l'on rencontrera, que ce soit un valet, un portefaix même. Crois-moi, lors même que ses mains, ses habits exhaleraient une odeur capable de révolter tes sens, souffre une telle approche ; pourvu que cet homme ait un coeur compatissant et qu'il sache ou devine par instinct ce que tu lui demandes, cela suffit.

Tout à l'heure ta langue cessera d'être sèche et ta bouche aride, ton pouls battra moins, tes yeux seront moins brillants, et la cruelle fièvre qui te dévore cessera de t'agiter autant.

On n'a pu te procurer du sommeil ; le sommeil viendra sans narcotique. Mais ce n'est pas assez d'un essai ; répète pendant plusieurs jours cette simple opération et tu rendras grâce à Dieu du secours inattendu que tu auras trouvé, non dans la science, mais dans la nature, Bientôt l'oubli d'un aussi grand bienfait viendra chez toi ; c'est juste, tu ne pourras croire que tu as dû la vie à un moyen si simple, et tes préjugés, la fausse lumière auront le dessus sur un grand fait, sur une grande vérité. Il faut bien du temps pour guérir les hommes de leur faux savoir ; il est plus facile de les guérir de leurs maladies ; mais le temps approche où le médecin lui-même rendra compte de ses oeuvres ; il faudra qu'il s'explique sur ce qu'il sait ou croit savoir ; son silence ne sera plus permis. Une vérité brillante comme le jour s'avance ; elle éclaire déjà une foule d'hommes convaincus par l'expérience et par des faits innombrables. Ces hommes font ce que ne peut la science, ils guérissent des malades abandonnés par elle ; ils sont partout maintenant, enseignant leur art avec plus ou moins d'habileté.

Ah ! Nous vous le disons, dépêchez-vous, médecins, revenez à la vérité que vous avez proscrite, persécutée ! Et qu'importe pour vous que ce moyen nouveau de guérir et de soulager les souffrances soit autre que ceux indiqués par la science, s'il est plus réel, plus efficace ? c'est à vous de le saisir si vous voulez prouver à tous que vous avez du coeur et de l'intelligence. Mais dépêchez-vous, car chaque jour votre faiblesse devient plus manifeste, tandis que le magnétisme voit chaque jour augmenter ses prôneurs. Mais non, vous rirez de nous, et nierez et notre science et nos oeuvres. Peut-être la Providence le veut ainsi, afin qu'il ne vous soit plus permis de tromper les hommes ; et ne faut-il pas pour cela que le magnétisme, par ses bienfaits, soit connu de tous ? Ne faut-il pas enfin que le monde sache ce qu'il en doit attendre, et tous les phénomènes qu'il produit, de manière que, s'il vous prenait un jour fantaisie de guérir vos malades par les nouveaux procédés, vous ne puissiez établir une nouvelle domination, un nouveau despotisme ?

Soyez joyeux, magnétiseurs, la vérité que vous défendez courageusement est appelée à régner sur les esprits ; elle est trop élevée pour que ses ennemis puissent l'atteindre, trop bienfaisante pour être laissée dans l'oubli ; elle a trop d'attraits pour n'être point, aimée et défendue. Et, s'il lui fallait des martyrs, elle en trouverait maintenant ; mais elle régnera sans cela, car nous sommes dans le siècle où toute discussion est permise, où tout ce qui est juste et raisonnable peut s'établir sans faire couler de sang humain.

12° La nature au médecin

Tu prétends être mon guide et mon rival ; ne suffit-il pas à ton orgueil d'être mon disciple et mon héraut ? Comme mon disciple, je veux que tu observes longtemps ma sagesse pour admirer enfin ma puissance et comme mon héraut, je veux que tu ne cesses point d'annoncer l'un et l'autre aux hommes, qui ne cessent point de me méconnaître. Mais si tu veux connaître ma sagesse, connais d'abord la propre témérité et, pour admirer ma puissance, apprends à t'humilier devant ta faiblesse ; en un mot, connais-toi d'abord si tu veux me connaître.

Rappelle-toi que depuis quatre mille ans tu n'as point cessé d'agiter, de tourmenter, de briser tous mes ouvrages pour te faire à toi-même ce que tu appelles un art. Que de travaux, et quels efforts ! Tu as dévasté les végétaux, égorgé les animaux, extrait les minéraux, disséqué des cadavres, discerné les parties les plus subtiles et les plus cachées ; ensuite tu t'es vanté par toute la terre de tes découvertes et des chefs-d'oeuvre de ton imagination et de ton industrie. Cependant sois sincère et réponds-moi : As-tu prolongé la durée de l'homme ? As-tu plus que moi guéri les maux ? Les as-tu du moins adoucis ? N’as-tu pas, au contraire, augmenté les maux qu'il avait, et suscité des maux qu'il n'avait pas ? Je te demande enfin si tu te crois plus grand médecin que ton Hippocrate, qui ne savait rien de ce que tu prétends avoir appris. Rentre en toi-même, ou plutôt reviens à moi ; il n'est qu'un art, et c'est le mien. Cesse de vouloir me dicter tes lois particulières, je ne les connais pas, et connais toi-même enfin les lois générales que je t'ai dictées, ainsi qu'à tous les êtres.

Ma loi universelle est de conduire successivement tous les êtres de la vie à la mort et de la mort à la vie ; d'assigner à chacun l'époque et la forme où il doit paraître, devra fuir et reparaître. La loi générale que j'ai imposée à tous les êtres sensibles est de passer du plaisir à la douleur et de la douleur au plaisir ; tel est mon immuable décret : c'est des maux mêmes que je fais découler tous les biens. Audacieux et aveugles que vous êtes, tantôt vous reconnaissez cette loi pour calomnier ma sagesse, tantôt vous la niez pour vous exagérer votre propre puissance. Vous vous flattez de faire à votre gré durer le plaisir et cesser la douleur : c'est là le but de vos arts, de vos sciences, des travaux de vos journées, des rêves de vos nuits. Vous avez fait une morale où vous cherchez le souverain bonheur, une médecine où vous croyez trouver une santé parfaite ; insensés ! Considérez ce qui vous est revenu de vos chimères : votre fausse morale a voulu guérir vos passions, elle a tué votre âme par l'indifférence ; votre médecine a voulu guérir vos maux, elle a tué vos corps par les remèdes.

Voyez les animaux, bien plus sages que vous, sans efforts de leur part, sans violence de la nature, ils jouissent du plaisir et supportent la douleur. Paisibles et soumis sous l'influence de mes lois, ils abrègent tous leurs maux par la patience, et prolongent tous leurs plaisirs par la tempérance, tandis que vous, au contraire, vous augmentez vos maux par l'inquiétude, et corrompez tous vos plaisirs par la crainte, en les abrégeant, par leurs excès ; enfin en vous débattant avec violence dans les liens par lesquels je vous attachais à la vie, vous vous serrez comme dans un lacet, et vous vous étouffez vous-mêmes. Le malheur de vos arts est de faire penser aux hommes qu'ils ont beaucoup de forces, et le malheur de vos sciences est de leur persuader qu'ils ont beaucoup de lumières. Je laisse le temps et l'expérience les corriger peu à peu et les ramener insensiblement à moi. Mais quand l'homme est malade, quand la folle présomption de la force de ses arts et des lumières de ses sciences peut lui coûter l'existence même, abandonnerai-je cet être, à qui mes lois avaient assigné une plus longue durée ? Non et c'est toi, dirait la nature au vrai médecin, c'est toi que j'ai choisi pour le sauver de lui-même.

Tu le verras, dans cet état de maladie, trembler comme la feuille ou se dépiter comme un enfant, ou s'agiter comme un furieux ; tu l'entendras te demander la vie et la sauté, tantôt avec le ton impérieux d'un maître à son esclave, tantôt avec la soumission d'un homme envers un Dieu et tu riras en toi-même de son orgueil comme de sa faiblesse ; tu le flatteras, tu le calmeras comme un enfant ; promets-lui, j'y consens, plus que tu n'espères et beaucoup plus que tu ne peux ; remplis d'abord son âme du baume de la douce espérance.

L'espérance est pour les maux de l'homme le premier remède de la nature.

Mais l'âme de l'homme, et surtout de l'homme malade, est une mer agitée, et tu verras bientôt succéder à l'espérance les alarmes de l'effroi ; il s'irritera et de ses maux et de ton inaction : il t'accusera de ce qu'il souffre et de ce que tu ne fais pas : il menacera de chercher ailleurs des secours ; il les appellera peut-être, et tu le verras aussitôt environné d'hommes ignorants, qui, sous le nom de remèdes, lui prodigueront des poisons. Prends pitié de ce misérable, éloigne de lui ces secours, pires que son danger ; cache-lui bien, il le faut, que l'unique secours est dans lui-même et dans mes bienfaisantes et inévitables lois ; dis à cet homme crédule que tu possèdes un art, et même un grand art ; descends jusqu'à le tromper pour son bien même: au nom de cet art, présente-lui des boissons douces et des aliments sains ; feins d'agir et ne cesse point de promettre, et crois qu'en agissant à ta place, je démentirai rarement tes promesses.

Si cependant j'avais marqué le moment de la fin de cet être, que je n'ai fait naître que sous les conditions mêmes de finir, baisse la tête, soumets-toi, et supporte avec courage les reproches que les hommes mortels oseront le faire de la mort d'un homme condamné par moi-même.

Mais aussi, quand tu te verras comblé d'éloges et de reconnaissance pour des guérisons qui ne sont que de moi ; quand on appellera tes prodiges les purs effets de mes lois, prends bien garde de me méconnaître dans mes ouvrages, ne rougit point de publier mes bienfaits ; accoutume insensiblement l'esprit des hommes à s'y confier, et tire ta gloire de celle que tu rends à la nature.

Que si pourtant, à force de m'observer, tu parviens à surprendre quelques-uns de mes procédés, je te permets de les imiter ; mais n'oublie jamais, en m'imitant, le respect que tu dois à ma puissance, et la défiance que tu dois à ta faiblesse garde-toi bien alors de confondre le moment où je recueille mes forces et celui où j'en désespère le moment où je suspends pour revenir et celui où j'abandonne sans retour. Rappelle-toi sans cesse que, puisque ma première règle est d'agir ton premier devoir est d'attendre.

Ecoute, dirait encore la nature, je cache au vulgaire les plus beaux de mes secrets, si tu parviens à les pénétrer par ta constance et ta vertu, il y aura peu de limites à ta puissance.

Ce que je ne puis produire seule, aidée de toi, je le ferai ; mais c'est en vain que je te parlerai si tes sens ne s'ouvrent point ; frappe donc à la porte de mon sanctuaire, toutes les vérités s'y trouvent renfermées ; le magnétisme n'est qu'un de mes agents, mais il conduit à la découverte des autres. » Ah ! Pourquoi ne suis-je pas digne moi-même d’être l'interprète de la nature ? Heureux l'homme qui recevra ce don. Ce livre n'est qu'une préface, je le sens trop.

13° Du concours du médecin et du magnétiseur

Question délicate à traiter aujourd'hui, à cause de l'état des croyances. Il est rare, en effet, de trouver un médecin parfaitement disposé pour le magnétisme, et, le fût-il, fera-t-il abnégation de ses principes ? Réduira-t-il son rôle à une passivité d’expectation ? Et si des remèdes sont jugés nécessaires, pourra-t-il consentir à s'en entendre avec le magnétiseur ? Ne doit-on pas craindre que le char embourbé soit tiré tantôt à droite, tantôt à gauche, et qu'il reste ainsi dans l'ornière ? Il ne faut pas ici une demi croyance ; que le magnétiseur soit seulement toléré par le médecin, et que les mauvaises passions entrent en lice. Comment établir une confraternité que le médecin repousse, et marcher d’un pas égal vers le même but, s'il se présente des cas comme celui-ci, par exemple ?

Traitant sous les yeux d'un médecin un jeune enfant affecté d'une maladie nerveuse, mon traitement était agréé par le médecin ; il croyait au magnétisme, mais il jugeait qu'on devait donner au malade un purgatif. Moi, je pensais qu'aucun médicament n'était nécessaire, car l'enfant allait bien ; ses convulsions étaient apaisées. Il s'éleva une discussion à ce sujet, et nous ne pûmes tomber d'accord. Les parents de l'enfant finirent par être de mon avis. Mais que fit le médecin ? Il s'en va faire préparer un purgatif où il entrait du calomélas, rentre lorsque je n'y étais plus, fait avaler de force à l'enfant le contenu de la fiole dont il s'était muni, et les convulsions reviennent. Qu'avais-je à faire en pareil cas ? Me retirer. La raison le conseillait, mais ma conscience réprouvait cette conduite ; l'humanité me faisait un devoir de continuer, et j'y cédai. Devais-je me fâcher contre un homme qui était de bonne foi, qui croyait au magnétisme, mais aussi à l'efficacité du moyen qu'il proposait ?

Sans citer d'autres exemples, on peut voir combien de difficultés peuvent naître de deux volontés, de deux systèmes mis en présence ; il faut que l'un finisse par céder le pas à l'autre et que de vertu, que de philosophie il faut avoir pour ne point murmurer !

Si je voulais sortir du cercle que je me suis tracé, combien je pourrais citer de faits où le magnétisme était employé mystérieusement c'est-à-dire des cas où le médecin, continuant de venir au chevet du malade et paraissant jouir de toute sa confiance, faisait des prescriptions qui n'étaient pas suivies, et s'attribuait souvent l'honneur d'un changement heureux qui n'était dû qu'a mes efforts ! Souvent même je faisais un choix dans ce qui était ordonné, et à l'insu du médecin j'étais le régulateur de son traitement. Que de fois, retiré dans le cabinet voisin, j'entendais ses discours, la description minutieuse de l'état du malade, et porter un pronostic dont j'appréciais la valeur ! Honteuse supercherie ! Dira-t-on, rôle indigne !... Non, mille fois non car, avant d'en agir ainsi, on avait sondé le docteur sur le magnétisme ; il s'en était moqué et avait cherché à détourner le malade de l'emploi d'un moyen dont il niait l'efficacité. Mais pourquoi continuer de voir le médecin ?

... Pour des êtres indifférents la question est toute simple ; mais lorsqu'on a affaire à un ami et qu'on veut conserver son amitié, lorsque cette amitié est fondée sur des services rendus antérieurement, lorsqu'on est enchaîné à lui par des secrets de famille, par des relations journalières qui durent depuis plusieurs années dans ce cas, ne doit-on pas ménager son propre orgueil et une susceptibilité trop grande parfois pour être vaincue ?

Croyez-vous que dans cette circonstance le médecin était le plus malheureux ? Non, c'était le magnétiseur, qui, forcé de se cacher pour faire une action louable, sentait battre son coeur et voyait abaisser un homme qu'il eût voulu relever.

Le magnétisme n'est plus autant repoussé aujourd'hui ; on avoue sa croyance sans craindre le ridicule, mais il n'en a pas toujours été ainsi, et les difficultés que je signale existeront longtemps encore. Lors même que l'agent magnétique sera reconnu par les Facultés avoir des propriétés thérapeutiques, les médecins ne céderont pas pour cela leurs malades aux magnétiseurs. Il y aura lutte, guerre sourde ou apparente. Ce serait mal connaître l'humanité que d'en juger autrement. Sans doute le temps mettra toute chose à sa place ; il n'y aura plus que des oppositions individuelles ; mais bien des malades, qui pourraient guérir, périront avant qu'il y ait entente cordiale entre les magnétiseurs et les médecins.

Nous terminerons cette digression en disant comme Puységur :

« La vérité ne peut perdre ses droits, et la confusion est toujours le partage de ceux qui, par mauvaise foi, ne la veulent pas reconnaître. Une vérité est toujours une vérité, et tôt ou tard son flambeau perce les nuages de l'erreur, de l'ignorance ou de l'envie. Si la science du magnétisme animal n'était qu'un système, je sentirais toute mon insuffisance de la faire adopter. Un système n'est souvent que le fruit d'une imagination exaltée, dont le succès ne tient qu'au plus ou moins d'éloquence de son auteur ; mais ici c'est une pratique à la portée des hommes les plus bornés ; tous ont la puissance de l'exercer, par cela seul qu'ils sont hommes. »

14° Difficultés de réussir dans les traitements

Elles sont nombreuses ; je n'en veux aujourd'hui décrire qu'une seule, mais elle est majeure, et m'a causé, à moi, bien des perplexités.

La voici.

Ce n'est, je l'ai déjà dit, jamais sans un travail critique qu'une guérison s'opère ; mais ce travail, vous seul l'appréciez, le reconnaissez. Pour ceux qui entourent le malade, ce travail n'est autre chose qu'une aggravation de la maladie. Vos raisons seront sans puissance sur des gens prévenus ou peureux. On vous avait abandonné le malade parce qu'il n'y avait plus de ressources, on est tout prêt à vous le retirer parce que vous développez ce qui peut seul le sauver. Quelle autorité avez-vous ? Aucune. Vous êtes un empirique, ou vous traite en conséquence. Il faut que vous sachiez imposer votre croyance, que vos explications soient simples, claires, compréhensibles, et, plus encore, que votre pronostic soit toujours justifié.

Voici, entre cent autres exemples, un fait qui va vous éclairer.

Un malade soutenu par deux domestiques, car il ne pouvait marcher, tant il était accablé de goutte, vint chez moi me demander les secours de mon art. Ses jambes étaient gonflées et tout son corps rempli d'humeurs. Depuis longtemps il était dans cet état et la science ne pouvait rien pour lui. J’entrepris son traitement. Bientôt des crises se manifestèrent ; dix, vingt, tente garde-robes survinrent ; le malade s'affaiblissait à vue d'oeil ; la famille en alarmes entourait le moribond ; c'était à qui consulterait un nouveau médecin et demanderait mon expulsion. Le malade avait de la fortune, et, par conséquent, on s'occupait beaucoup de lui dans la ville. Les médecins qui précédemment lui avaient donné leurs soins étaient aux aguets ; ils blâmaient mon traitement, et, sur les faits qu'on leur rapportait, ils annonçaient la fin prochaine de celui qui m'avait confié le soin de sa vie. Je défendis tout médicament, annonçant hautement que j'abandonnerais immédiatement le malade si une seule drogue lui était administrée. Mais outre les évacuations alvines qui continuaient, des sueurs abondantes se déclarèrent, la faiblesse augmenta et les craintes redoublèrent ce n'était plus qu'avec une sorte d'effroi qu'on me voyait prodiguer mes soins au malade. Il le tue, il l'assassine avec son magnétisme, disait-on de toutes parts. J'avoue que j'eus des moments de découragement cependant j'étais convaincu de la marche régulière du traitement ; je n'espérais sa continuation que si le malade ne perdait point confiance, car j'avais été assez heureux pour lui en inspirer beaucoup. Mais pour parvenir jusqu'à lui, qui était si faiblie, il fallait passer sous les regards terribles de la famille. Enfin, la crise s'arrêta. Le malade qui, depuis quelques jours, sur ma recommandation, ne prenait que de l'eau, put prendre du bouillon de poulet, un potage, etc., etc. Les forces revinrent, et le malade fut sauvé. Il avait perdu plus de la moitié de son poids ; il marchait droit. C'était un miracle du magnétisme ; mais que de peines, que d'angoisses pour celui qui l'avait opéré !

Croyez-vous que l'on fut reconnaissant, que l'on rendit témoignage ? Non ; excepté le malade, qui avait la conscience de ce que j'avais fait pour lui, la haine sourde et cachée de certaines gens, dont les pronostics avaient été démentis, me poursuivit. Quelle bonne fortune pour eux, si le malade était mort entre les mains du magnétiseur !

Vous le voyez, ce n'est qu'au milieu d'écueils que le pauvre magnétiseur conduit sa barque ; mais il les signale à d'autres navigateurs. Lui en sauront-ils gré ? Qu’importe ? Ne perdez pas de vue ce fait-ci. Le magnétisme produit des crises heureuses, sachez les discerner, les distinguer du travail destructeur qui a lieu dans toute maladie grave. Prononcez-vous alors, annoncez le succès si vous y croyez, et, dans le cas contraire, montrez la maladie, plus forte que vous, amenant à grands pas la fin de la vie. Ne vous flattez pas d'être fort et puissant en dehors du possible car souvent la mort a rendu son arrêt, la vie s'en va, et lorsque vous croyez la tenir et la fixer, il ne vous reste qu'un cadavre qui n'a plus que les propriétés de tissus. Votre magnétisme peut le faire mouvoir, mais il n'exerce plus qu'une action galvanoïde que votre éloignement ou le froid fait disparaître.

15°Crises

Rappelez-vous que le magnétisme peut devenir entre vos mains un instrument rival de la nature, portant dans l'économie animale un trouble qui favorise le retour des crises que la médecine ordinaire ne saurait produire ; Hippocrate lui-même en avait désespéré : ce grand homme a bien trouvé et décrit la marche des crises dans les maladies aiguës ; mais il s'est arrêté là. Dans ces maladies, dit-il, la nature seule guérit. Elle a de la force, elle fait elle-même la plus grande partie de l'ouvrage : il n'y a qu'à l'aider ; mais dans les maladies chroniques, il ne vit que les bornes de son art. En effet, les retours périodiques y sont trop variés et trop incertains pour être saisis, trop longs et trop compliqués pour être étudiés, trop faibles pour être aperçus. Tandis que la nature ne fait que des efforts insuffisants pour retourner à la vie, elle ajoute chaque jour un autre pas à ceux qu'elle a déjà faits vers la mort. Toujours traînants, toujours languissants, nous nous voyons mourir sans savoir comment nous mourrons. Aussi, dans ces cas malheureux et trop fréquents, Hippocrate défendait-il expressément les remèdes, et ne prescrivait-il que régime, exercice, bains, frictions et patience. Depuis sa mort, rien n'a été ajouté à la médecine. Par sa découverte, Mesmer aura porté le système des crises dans le champ des maladies chroniques, ce dont Hippocrate avait désespéré. Nous voyons, en effet, que l'agent magnétique, renforçant la nature, accélère et redouble ses efforts, et la force à reprendre une marche progressive vers un retour à la santé.

Ainsi, on peut le dire avec certitude, le magnétisme employé comme moyen de traitement est, en dernier résultat, l'action, constante de la force qui conserve sur la cause qui détruit.

16° Un mot sur la cicatrisation des plaies

Sachez aussi que beaucoup de plaies incurables, et qui nécessitent par cela seul l’emploi de l’instrument, peuvent être modifiées, guéries même par les seules forces de la vie, lorsque, comme dans toute maladie, vous avez magnétisé. La vertu magnétique se fait sentir sur les plaies blafardes, indolentes. Elle va y porter l’excitant nécessaire et ranimer cette sensibilité si utile, sans laquelle rien ne peut se faire. Ne désespérez donc point avant d'avoir tenté quelques essais. Ce qui nous parait grave, incurable même, cède parfois plus promptement qu'un mal léger en apparence.

Combien d'affreuses maladies ont été jusées ne devoir guérir ! Les instruments étaient préparés, on attendait le consentement du malade pour porter le couteau dans ses chairs, et pourtant contre toute apparence, un mince délai, d'heureux changements dans le traitement ont été suffisants pour changer complètement les choses et faire mentir de funestes pronostics.

Je voudrais ici vous indiquer comment la nature procède. Voyez s’accumuler autour d'un ulcère des fluides qui s'altèrent aussitôt et qui, devenus impropres, stagnent dans ce lieu, sans être repris par la circulation générale. Qu'en ferait, au reste, la nature ? Elle sait qu'en les promenant d'une partie à une autre, elle corrompt ou peut corrompre le tout et elle laisse s'accomplir lentement la destruction, car c'est encore gagner du temps ; dans d'autres cas, elle lutte près du foyer purulent, elle le cerne, construit un rempart, et ne se retire enfin un peu plus loin que lorsque ses efforts sont devenus insuffisants. Aidez-moi, semble-t-elle dire, venez à mon secours ; je n'ai qu'une somme de force, hâtez-vous de diminuer le fardeau qui m'opprime. Mais le médecin ne sait pas ou ne voit pas. Magnétiseurs, vous n'avez pas besoin d'une haute intelligence. Donnez de votre vie...

C'est un sacrifice sans doute ; mais vous imagineriez-vous que l'on fait les choses difficiles sans de puissants efforts ? Un fou seul peut le penser, direz-vous ; montrez-vous donc raisonnables en exigeant seulement l'équivalent de ce que vous donnez.

17° Peut-on se faire remplacer dans un traitement ?

Il n'est que bien peu de cas où le magnétiseur puisse, sans faire souffrir son malade, le remettre en d'autres mains. C'est un fait d'observation qui fut saisi dès les premiers temps.

Mesmer, et Puységur, à son exemple, prenaient des précautions infinies. Ils magnétisaient celui qui devait les suppléer, afin de lui communiquer le ton de mouvement qu'ils avaient eux-mêmes.

Cette précaution, alors que les pensées qui animaient les magnétiseurs étaient homogènes, pouvait suffire car l'action, rendue uniforme par ce moyen, n'apportait que peu de différence, assez pourtant pour que les malades la sentissent. Mais aujourd'hui que chacun a des idées à lui, son système, sa doctrine ; qu'il est venu à l'esprit de tous de se croire aussi grands, plus grands que les maîtres, et de chercher partout des phénomènes en dehors de ceux qu'ils ont fait connaître, il ne saurait en être de même, et ce changement d'action affecte le malade d'une manière différente.

Ceci, dira-t-on, est contraire aux principes que vous avez établis. Vous avez dit que le magnétisme se comportait à la manière des autres agents physiques ; que son action était fixe, et que, quelles que fussent la croyance et les idées de celui qui l'exerce, les résultats étaient identiques. Oui, je l'ai dit, je le répéterai souvent, et voici en passant un fait qui le confirme :

Mandé un jour à l'Académie de médecine, pour y magnétiser des malades devant plusieurs membres de ce corps, au lieu de malades, je n'y trouvai que ces messieurs qui me mirent dans l'obligation de les soumettre, eux académiciens, à l'action du magnétisme.

Je leur fis observer qu'il s'agissait de malades : « Mais nous le sommes tous » répondirent-ils, et un rire ironique effleurait leurs lèvres. Poussé à bout par cette plaisanterie que je trouvais déplacée, je me promis de tourmenter autant que je le pourrais le premier d'entre eux qui serait sensible à mon action. Je n'avais, je dois l'avouer, aucune bonne intention. 

La personne que je magnétisai dans cette disposition était un médecin célèbre, M. Itard. Je le mis bien vite dans un état qui rendit ses confrères fort sérieux, et le laissai ainsi. Mais quelle ne fut pas ma surprise ! Le lendemain, il vint me voir, m'assura que je lui avais fait beaucoup de bien, qu'une affection intestinale fort ancienne avait subitement disparu, et qu'enfin il était venu à pied, lui qui ne pouvait depuis longtemps sortir qu'en voiture. Je le félicitai, en lui avouant que tel n'était pas mon désir, et que j'avais voulu seulement lui faire sentir énergiquement l'action magnétique.

Plusieurs fois depuis, des gens m'ont avoué qu'en les magnétisant dans le seul but d'expérimenter, ils avaient éprouvé des modifications heureuses dans leur état habituel.

Un jeune homme qui avait un tic douloureux en fut ainsi débarrassé.

J'ai placé là cet exemple pour vous faire sentir la différence des cas, vous faire remarquer qu'ici j'ai agi seul, au lieu que dans un traitement commencé, l'action est complexe ; il y a un fait préexistant, des modifications ont eu lieu, et elles se sont opérées sous l’empire d'idées, d'intentions qui, cessant tout à coup d’être les mêmes, doivent nécessairement produire un changement. La magnétisation sera d'abord différente, et le nouveau magnétiseur ne suivant pas la marche du premier, le travail critique qui s'opérait dans les organes, sera contrarié, s'il n'est tout a fait interrompu. Puis, outre ses propriétés physiques, l'agent magnétique en revêt de morales, si je puis m'exprimer ainsi, qui, différentes selon les individus, doivent aussi modifier les forces médicatrices du malade. Mais sans entrer dans plus d'explications, disons que, malgré la similitude des effets physiques faciles à observer qui se développent sur le même individu, sous l'influence d'actions différentes, le bien qui en résulte n'est pas le même, et qu'on doit tenir compte de cette différence, grande quelquefois ; cependant, pour l'ordinaire, petit à petit on efface son devancier, et le traitement marche.

Ce n'est, donc, vous le voyez, qu'avec précaution, et seulement lorsqu'il y a nécessité absolue, que l'on doit se faire remplacer : autant vaudrait n'avoir pas commencé.

Rappelez-vous bien aussi que tout somnambule lucide perd de sa clarté quand il se fait magnétiser par plusieurs magnétiseurs, quoique le sommeil paraisse en tout semblable.

C'est un maître nouveau qui est entré dans le domicile, on lui obéit ; mais les ordres n'étant plus les mêmes, la confusion règne dans le service. Les organes sont de même : ils obéissent mieux aux impulsions d'une volonté permanente, et leur jeu en est plus régulier, plus parfait.

C'est dans ce cas ou jamais l'occasion d'indiquer l'utilité que l'on peut retirer de l’emploi des objets magnétisés.

Forcé parfois de manquer une magnétisation, il m'est, arrivé souvent de laisser ou d'envoyer au malade un objet magnétisé pour se l'appliquer à l'heure habituelle des magnétisations. Rien, sans doute, ne peut remplacer une magnétisation directe, mais la pratique que je viens d'indiquer empêche un trop grand vide. Le mouvement imprimé continue, plus faiblement il est vrai ; mais ce peu est bien important car les malades attendent votre arrivée, et si vous ne venez, ils s'irritent, s’impatientent, etc. Or, comme ce trouble est nuisible, vous devez l'empêcher de naître par le procédé que je vous indique ici.

Parmi les objets magnétisés, l'eau est des plus utiles ; vous pouvez en laisser à votre malade ; mais vous seul êtes absolument nécessaire : vous êtes son pain quotidien. Il puise dans votre organisation les forces qui lui manquent, et, lorsque le rapport entre vos systèmes nerveux est bien établi, votre approche est sentie. Que vous ayez ou non alors la volonté, le désir d'agir, le fait d'action a lieu par une attraction secrète qui existe entre lui et vous. Il vous vole sans le savoir et il m'est souvent arrivé de sortir aussi épuisé que si j'eusse fait des efforts de volonté, d'auprès des malades que je n'avais eu aucune intention de magnétiser.

Que de médecins magnétisent ainsi leurs malades sans s'en douter ! Et, dans la société,

combien d'actions magnétiques ont lieu, sans que ceux qui les exercent s'en aperçoivent !

Que Dieu garde encore longtemps un semblable mystère ! Nous, qui cherchons la science

par amour pour elle. Nous avons quelquefois la crainte de trop découvrir et de trop dire.

18° Peut-on se magnétiser et se guérir soi-même ?

Sans nul doute. Ouvrez les Annales du magnétisme, page 255, tome II, M. Birrot y dit : « J'éprouvais depuis un an, dans le genou droit, une douleur assez vive dont la constance me causait quelque inquiétude ; je me suis magnétisé pendant quelques jours, et la douleur a disparu. »

J'aurais pu, à la rigueur, vous faire cette citation, que j'ai prise entre mille, car il n'est pas un magnétiseur quelque peu instruit qui n'ait, dans un but de recherches, essayé sur lui-même les procédés magnétiques, et ne vous dise qu'il s'est vu modifié par l'agent qu'il avait lui-même émis. Cela paraît singulier, inexplicable, mais cela est et sans vous citer les extatiques de l'Inde, qui savent parfaitement se mettre en crise magnétique sans le secours d'aucun magnétiseur, j'ai vu deux exemples de cette auto magnétisation, sur les résultats de laquelle jusqu'alors j'avais gardé des doutes.

Voici un de ces exemples :

Un jeune étudiant en droit, témoin des soins que je prodiguais à sa mère paralysée, se mit à répéter seul dans sa chambre, et sans en faire la confidence à personne, les gestes qu'il m'avait vu faire. Il s'exerça ainsi plusieurs jours à se tourner les mains sur lui-même avant de se coucher. Il survint bientôt une exaltation morale que l'on ne savait à quoi attribuer, et à la suite, un délire furieux qui nécessita l'appel d'un médecin et l'emploi d'une camisole. Ses forces étaient surhumaines, et son langage avait suivi la même progression ; il étonnait, confondait la raison par des improvisations sur des sujets que l'on ne pensait pas qu'il eût jamais approfondis. Il se moquait de la médecine, disant qu'il était moins fou qu'elle, qu'il se guérirait bien quand il le voudrait, et que personne, non plus qu'aucun remède, ne pouvait agir sur lui. On le saigna, on le baigna sans succès ; son état paraissait alarmant ; le délire n'avait pas diminué. Je fus appelé pour l'examiner, et le magnétisai.

Pendant que j'agissais sur lui, il se mit à retourner ses mains sur lui-même, quoiqu'elles fussent enveloppées, et il portait sa propre action magnétique sur les plexus du creux de l'estomac. Il y avait un fait bien curieux à examiner : la lutte évidente de deux volontés, de deux actions. Je le calmais par moments ; mais il détruisait lui-même ce calme, ce demi-sommeil, et, sûr de sa puissance, il riait de mes efforts. Il nous avoua alors la cause de ce dérangement, et nous dit comment il l'avait produit mais nous ne pûmes obtenir la promesse qu'il ne se livrerait plus à ce dangereux exercice.

Il avait, dans cet état de fièvre nerveuse, des facultés surprenantes dont il appréciait la valeur. Aucun raisonnement ne restait sans réfutation, rien ne lui paraissait inconnu ; il se réjouissait de l'étonnement qu'il causait par une supériorité intellectuelle qu'on ne lui connaissait point.

Il passa ainsi trois ou quatre jours, la langue sèche, les yeux enflammés, et sans rien manger. Il fut, dans cet état, transporté dans une maison de santé. Là on lui donna des douches, et la contrariété qu'il en éprouva le fit cesser. Il redevint calme, tranquille, et finalement fut guéri ; non par les douches, sachez-le bien, mais parce que le système nerveux, ne recevant plus l'excitation qu'il avait su lui donner, se calma, et cette excitation elle-même cessa faute de cause prolongatrice. Alors ce pauvre jeune homme s'éveilla, j'emploie ce mot à dessein ignorant où il était, ce qu'il avait fait, ce qui s'était passé, etc. : il n'avait plus que les facultés intellectuelles assez bornées qu'on lui connaissait, et les forces musculaires surprenantes qu'il avait montrées, avaient également disparu. Je rendis Deleuze témoin de ce fait singulier ; il en connut la cause, et me dit qu'il en avait déjà vu un pareil.

Nul, je pense, ne sera tenté d'imiter ce jeune homme, mais chacun fera bien d'essayer sur soi une magnétisation de quelques instants. Lorsqu'un trouble quelconque se manifeste dans la région ou l'organe que l'on actionne, on l'influence davantage en y portant un surcroît de force et de mouvement mais on ne doit jamais chercher à se mettre en crise complète, parce que la volonté se dérègle, et que cet état, dès lors, n'est plus qu'une sorte d'ivresse morale, dangereuse pour l'intelligence, qu'elle peut affaiblir.

19° Contrairement à ce qu'ont dit les magnétiseurs

II existe autant de disposition au somnambulisme puységurique chez les hommes que chez les femmes.

L'idée contraire s'est perpétuée ; chaque ouvrage nouveau renferme un paragraphe où l'on répète soigneusement cette assertion absolument fausse.

Non, il n'est point, vrai que les femmes soient plus sensibles au magnétisme que les hommes ; non, il n'est point vrai qu'il y ait parmi elles plus de somnambules.

La cause de l'erreur que je signala vient de ce qu'influencés par des opinions sans base, les magnétiseurs se sont surtout adressés aux femmes pour expérimenter, et qu'ils n'ont que peu ou point agi sur les hommes. Comment peuvent-ils établir cette différence s'ils n'ont point expérimenté, comparé ?

Par suite de ce faux jugement, de ce défaut d'observation, de ce préjugé enfin, ces magnétiseurs contribuent à égarer l'opinion publique.

Mais cet écrit n'est point un livre de controverse, et je n'ai point envie de redresser tout ce qui me parait erreur dans les ouvrages ou les opinions des magnétiseurs. Il est d'ailleurs si commun d'entendre avancer des propositions absurdes, ridicules, que l'on finit par n'y plus faire attention.

Suivez donc la seule marche rationnelle, étudiez chaque fait ; tenez-en note pour le comparer. Qu'avez-vous à apprendre ? La loi qui préside au développement des phénomènes. Eh bien, elle est à peine soupçonnée dans les livres. C'est à la nature que vous devez faire appel.

20° La croyance au magnétisme est indifférente au succès de l'opération

Nous devons répéter que l'agent magnétique a des propriétés à lui, sans cela il n'existerait pas et c'est en vertu de ses propriétés qu'il produit la série de phénomènes que nous avons cherché à décrire dans cet ouvrage. Sous ce rapport, il est, en tout semblable aux divers agents de la nature. Ainsi l'opium endort, le vin grise, l'émétique fait vomir, l'oxygène exalte la circulation et perturbe les facultés morales, indépendamment de la croyance de celui qui est soumis à leur action. De même pour le magnétisme. 

1° La santé n'exclut point la susceptibilité au magnétisme ; je pense même qu'elle est favorable au prompt développement des phénomènes. J'ai réussi dans un si grand nombre de cas de ce genre, qu'ayant à choisir pour expérimenter, je prendrais de préférence l'individu bien portant car, chez les malades, ce n'est, souvent qu'après avoir produit une sorte de richesse vitale factice qu'apparaissent les effets magnétiques et le sommeil. Influencé par les opinions des magnétiseurs, j'ai pu, au commencement de ma carrière, penser comme eux ; mais aujourd'hui je vois qu'ils étaient dans l'erreur sur les faits que je signale.

2° Le rapport par contact n'est nullement nécessaire : toucher les pouces, passer les mains sur les épaules, les descendre le long des bras, appuyer les genoux contre ceux du magnétisé, sont des procédés constituant une mauvaise méthode qu'il faut réformer.

Qu'elle ait pour origine Puységur ou Deleuze, cela importe peu dès qu'elle est vicieuse.

Par ces procédés, la plus grande partie de l'agent magnétique émis est jeté au vent. En effet, dès le moment où vos mains ne sont plus dirigées sur les grandes surfaces du corps, vous ne les pénétrez point ; le frottement que vous exercez sur les épaules et les bras n'est plus qu'une friction magnétique. Les pouces que vous tenez entre vos mains, quoique bons conducteurs, font suivre la plus longue route à l'agent, magnétique. Une démonstration sur un sujet sensible donne la preuve la plus évidente que l'on puisse obtenir de ce que je vous dis ici.

Vous n'avez pas besoin non plus de ces roulements d'yeux qui, pour un instant, vous placent dans la situation d'un fou. Vous exercez, dites-vous, la fascination ; non : vous faites peur, vous portez le trouble dans l'esprit, vous produisez de l'inquiétude, et cette action irrégulière n'est jamais efficace. Elle fait seulement douter de l'existence du magnétisme  car le premier venu peut par ces procédés, et sans connaître en rien le magnétisme, jeter des femmes impressionnables dans une espèce de délire, ou tout au moins leur donner des spasmes ou des convulsions.

Est-ce là ce que nous enseignons depuis trente ans ? Ne pourrons-nous jamais nous faire comprendre ? Resterez-vous comme ces guerriers d'un autre âge qui voulaient conserver leur fusil à moulinet et à mèche, et rejetaient opiniâtrement l'arme de guerre perfectionnée qu'on remettait entre leurs mains ?

21° Théories des magnétiseurs

Nous pensons, ont-ils dit, que tous les phénomènes magnétiques appartiennent au système nerveux, dont toutes les fonctions ne nous étaient point encore connues ; que c'est à me modification, à une extension de ce système et de ses propriétés, qu'on doit attribuer les effets produits.

Dans l'état actuel de la science tout porte à considérer le cerveau comme un organe sécrétant, une substance particulière dont la propriété principale est de transmettre ou de recevoir le vouloir et le sentir. Celle substance, quelle qu'elle soit, paraît circuler dans les nerfs, dont quelques-uns sont, consacrés au mouvement (à la volonté) ; ils partent de l'encéphale ou de ses dépendances, et vont se rendre aux extrémités ; les autres sont affectés au sentiment, et suivent la même direction : les premiers sont actifs et les seconds passifs.

On peut, aujourd'hui, regarder ces propositions comme démontrées.

Lorsque nous voulons mouvoir un membre, notre cerveau envoie au muscle destiné à exécuter ce mouvement une certaine quantité d'agent nerveux qui détermine la contraction musculaire ; cette transmission se fait au moyen d'un nerf que l'anatomie démontre, et si nous le coupons, ou si nous en faisons la ligature, il nous devient impossible d'exécuter le mouvement, il y a paralysie. Le même phénomène a lieu pour les nerfs du sentiment ; si on les détruit, la sensibilité est anéantie dans la partie d'où ils procèdent. Ces faits, connus de temps immémorial, sont incontestables et généralement admis. Ils avaient fait penser que la fonction de l'innervation était une véritable circulation. Il y avait des vaisseaux nerveux afférents, c'étaient ceux de la volonté ; il y en avait d’efférents, c’étaient ceux de la sensibilité.

Les travaux de Bogros semblent prouver matériellement ce que le raisonnement avait fait admettre.

Mais de quelle nature est cet agent ? Les travaux de MM. Prévost et Dumas portent à croire que cet agent a la plus grande analogie avec le fluide électrique. Ces physiologistes ont démontré que la contraction musculaire était le résultat d'une véritable commotion électrique.

Le savant professeur Béclard assurait qu'ayant mis à nu et coupé un nerf d'un assez gros volume sur un animal vivant, il avait fait souvent dévier le pôle de l'aiguille aimantée, en mettant en rapport ce nerf et cette aiguille.

En 1842, M. du Bois-Raymond avait énoncé la proposition suivante : « Toutes les fois qu'un arc conducteur est établi entre un point quelconque de la coupe longitudinale, soit naturelle, soit artificielle d'un muscle, et un point également arbitraire de la coupe transversale, soit naturelle, soit artificielle du même couple, il existe dans cet arc un courant dirigé de la coupe longitudinale à la coupe transversale du muscle. »

Tout le monde sait que le galvanisme, substitué à l'influence nerveuse, fait contracter les muscles qu'on soumet à son action. On sait comment Galvani et Volta virent et prouvèrent l'existence d'un fluide particulier, que plus tard on a reconnu être le même que l'électricité. On sait aussi que certains animaux ont la singulière propriété de sécréter, au moyen d'un appareil que la nature a disposé pour cela, une grande quantité de fluide électrique, avec lequel ils donnent de fortes, commotions ; commotions quelquefois si violentes, qu'elles peuvent tuer, à une grande distance, d'autres poissons ou même des hommes. Le gymnote électrique, le silurus electricus, le tétraodon, le torpedo unimaculata marmorata, et beaucoup d'autres, possèdent cette faculté.

On est parvenu à apprécier la quantité et la qualité de leur fluide électrique au moyen d'électroscopes et d'électromètres très sensibles ; on s'est assuré que ce fluide était sécrété par le cerveau de ces animaux, puisque, en enlevant celui-ci, ou les nerfs qui se rendent à l'appareil, on anéantissait les effets électriques, ce qui n'avait pas lieu en enlevant les organes de la circulation.

Ainsi, il est bien démontré que, dans quelques animaux, le cerveau sécrète du fluide électrique ; que la contraction musculaire peut avoir lieu par un excitant électrique, etc. ; considérations qui font fortement présumer que l'agent nerveux est du fluide électrique, ou un fluide ayant avec celui-ci une grande analogie.

Toutes ces probabilités sont puissantes, et peuvent faire admettre la circulation d'un agent nerveux, cause des phénomènes magnétiques.

En effet, cet agent, chez nous, ne s'arrête pas non plus aux muscles ou à la peau, il s'élance encore au dehors avec une certaine force, et forme ainsi une véritable atmosphère nerveuse, une sphère d'activité absolument semblable à celle des corps électrisés.

Cette opinion était celle des plus habiles physiologistes de nos jours, Reil, Autenrieth, et de M. de Humboldt.

Dès lors tous les phénomènes du magnétisme nous semblent susceptibles d'une explication plausible.

L'atmosphère nerveuse, active du magnétiseur, augmentée sans doute par l'impulsion que lui donne sa volonté, se mêle, se met en rapport avec l'atmosphère nerveuse, passive de la personne magnétisée, et vient augmenter cette dernière, à tel point que, dans certains cas, il semble y avoir une véritable saturation du système nerveux, susceptible, lorsqu'il y a excès, de se mettre, par des décharges, en équilibre avec les corps ambiants et l'on ne pourrait expliquer, par une autre hypothèse, les secousses qu'éprouvent parfois les magnétisés.

Le système nerveux du magnétisé ainsi influencé, et éprouvant des modifications en raison de sa sensibilité particulière, expliquerait toutes les perturbations que l'on observe, et rendrait parfaitement raison de la communication des désirs, de la volonté, des pensées même de celui qui magnétise. Ces désirs, cette volonté, étant des actions du cerveau, celui-ci les transmet au moyen des nerfs jusqu'à la périphérie du corps et au-delà. C'est seulement pour satisfaire vos esprits, lecteurs, que je glisse ici cette ombre de théorie ; le temps n'est pas encore venu d'expliquer le magnétisme, nul ne sait ce qu'il est, et nul mortel peut-être ne lèvera le voile qui le cache à l'oeil de notre intelligence. Ici nous matérialisons cet agent, nous le saisissons dans sa loi de circulation ; mais sa nature nous échappe. Dès qu'on admet dans les volontés créées une puissance d'agir sur les corps et de les remuer, il est impossible de lui donner des bornes.

Voyez un peu quelle difficulté présente ici l'étude de cette force humaine. Cette cause invisible des effets magnétiques passe au travers de tous les corps de la nature, ou tous les corps sont conducteurs de ce fluide. Il peut s'incorporer dans tous les corps de la nature, ou chaque corps peut recevoir ce fluide, le retenir et produire par lui des effets magnétiques.

La liaison, entre le fluide magnétique animal et les corps qui l'ont reçu est si étroite, qu'aucune force chimique ou physique ne peut la détruire.

Les réactifs chimiques et le feu n'ont point d'effet sur le fluide magnétique animal lui-même.

Quelques expériences appuient ces propositions.

Un corps vitreux magnétisé, qui avait fait dormir un somnambule en quelques secondes, fut lavé avec de l'eau et frotté avec du linge, puis présenté derechef au même sujet. Il s'endormit en une demi-minute.

Un verre magnétisé lavé avec de l’ammoniaque, produisit le somnambulisme en un quart de minute.

Le même, verre fut mis dans de l'acide nitrique fumant après y avoir séjourné pendant cinq minutes, il fut mis dans une tasse de faïence avec de l'eau, et de cette eau le jeune somnambule le prit et s'endormit aussitôt qu'il l'eut dans ses mains.

La même expérience fut répétée avec de l'acide sulfurique concentré. L'effet était absolument le même.

Dans ces expériences, aucun réactif chimique ne peut détruire la force magnétique du verre magnétisé ; on crut s’apercevoir que cette force ne s'attache pas comme les odeurs, l'électricité et d'autres fluides semblables, à la surface des corps, mais qu’elle pénètre dans leur intérieur. L'expérience suivante confirme cette conclusion.

Un gros piston de marbre magnétisé fut entièrement enfoncé dans de l'acide muriatique, jusqu'à ce que l’acide en eût enlevé à peu près la moitié de la masse, puis il en fut ôté, lavé et présenté au somnambule ; il s’endormit aussi vite que par l'attouchement du marbre entier.

Les autres fluides impondérables et expansifs sont entre eux dans un tel rapport, que l'un d'eux étant attaché à un corps solide, il n'en peut être séparé que par l'effet d'un autre fluide, expansif. Par exemple, le fluide magnétique minéral est chassé de l'aimant naturel ou artificiel par l'ignition et par le coup électrique, et la combustion change entièrement tous les rapports des corps avec les fluides expansifs, tels que leurs facultés conductrices, leurs capacités, etc. Ainsi, pour étudier la nature du fluide magnétique, on ne pouvait pas se dispenser d'exposer les corps magnétisés à différents degrés de température et à la combustion même.

Ou a donc fondu la cire, la colophane, le soufre et l’étain magnétisés et après les avoir versés dans des formes cylindriques, semblables à celles qu'ils avaient eues d'abord, on éprouva leur effet sur les somnambules ; ils n'indiquèrent aucune différence dans l'effet avant et après cette opération, ils s'endormirent aussitôt qu'ils les eurent pris dans leurs mains.

Une baguette de fer magnétisée fut mise dans le feu et rougie. Toute rouge, elle fut jetée dans une tasse avec de l'eau et présentée à un jeune homme par la même personne qui avait fait l'opération. Il s'endormit aussitôt qu'il l'eut dans sa main.

Une grande feuille de papier entortillée et magnétisée fut brûlée sur une assiette de faïence. Le charbon et les cendres qui étaient restés sur l'assiette furent présentés au somnambule, qui en prit autant qu'il put avec sa main et s'endormit en peu de moments.

Ou fît plusieurs contre épreuves avec des objets qui étaient journellement entre les mains de tout le monde ; on les lui mit sur les cuisses et dans les mains mais il n'en fut aucunement affecté.

Les objets magnétisés, conservés avec soin, produisirent, au bout de six mois, les mêmes effets. Ils semblaient n'avoir rien perdu de leur force magnétique.

« II y a donc un principe actif qui résiste à toutes les forces mécaniques, physiques et chimiques, qui s'attache aux corps par un lien indissoluble, qui pénètre dans leur substance comme un être spirituel, et triomphe même de l'action du feu. Mais son existence indubitable, par les effets qu'il produit, ne se dévoile pas aux yeux de l'homme dans son état ordinaire : il n'y a que cet épanouissement de notre personnalité effectué par le rapport magnétique, qui nous met à même de voir et de sentir ce principe de vie ; qui reçoit, sa vigueur de la volonté de l'homme, et agit avec une énergie proportionnée à la force de cette volonté. Quand il agit avec une grande énergie, il est comme l'éclair et parait anéantir tout à fait la vie.

La hauteur de l'explication doit être proportionnée à la sublimité du problème, tout l'ordre physique et organique des êtres, et tous les principes établis à ce sujet, ne peuvent résoudre ces problèmes du magnétisme animal, qui appartiennent proprement à la psychologie, où les expériences physiques et chimiques ne peuvent plus servir35 .... 

Je borne cet aperçu, je m'éloignerais trop des limites que je me suis tracées : je ne dois pas oublier que je dois seulement tracer des règles ; mon véritable but est l'application raisonnée du magnétisme au traitement des maladies. On s'apercevrait, bientôt que mon intelligence ferait défaut.

22° L'incrédulité a ses dangers

Il y a quelque temps, une dame vint me demander une consultation somnambulique pour une personne absente. Je lui dis d'apporter les objets nécessaires pour faciliter à ma somnambule l'examen du mal, afin qu'elle pût nous donner les moyens de le combattre. Le lendemain elle revint avec ce que je lui avais demandé, et la somnambule interrogée, dit: « L'infortunée pour qui on me consulte est très malade, beaucoup plus qu'elle ne le pense. Elle mourra bientôt ; elle a un cancer de l'estomac, et au coeur un anévrisme très avancé ; elle éprouve telle ou telle douleur.... Je demandai à cette dame si le dire de la somnambule était fondé. Elle m'assura que tout ce qu'elle venait d'entendre touchant les souffrances de son amie était exactement vrai, et que même elle les manifestait par les mêmes mouvements que la somnambule. La consultation terminée, cette dame partit en me disant qu'elle ferait exécuter la prescription et me reverrait.

En effet, huit jours après elle revint, non pour me donner des nouvelles de son amie, mais pour me compter ses malheurs. Elle s'excusa d'abord sur son manque de franchise en me confessant que les objets qu'elle avait apportés lui appartenaient que ne croyant pas au somnambulisme, elle avait choisi ce moyen pour s'éclairer que, depuis qu'elle avait entendu la somnambule faire la description de ses douleurs et des causes qui y donnaient lieu, elle ne dormait plus que les courts intervalles de repos laissés par son mal avant cette consultation avaient entièrement disparu, et qu'enfin elle venait dans l'espérance que je la remettrais dans un état supportable.

Elle me fit palper la région épigastrique, où je sentis très bien une tumeur de forme oblongue. Ce qu'elle me dit du malaise qu'elle éprouvait au coeur et dans la poitrine me confirma tout ce que la somnambule avait dit. Je cherchai pourtant à lui faire croire qu'on avait pu se tromper en portant un tel pronostic. Mais il était trop tard, le coup était porté ; elle avait reconnu la vérité, il n 'y avait plus d'illusion possible sur son état. Après cette visite, j'interrogeai la somnambule en lui racontant ce qui venait de se passer. « II n'y a plus de repos pour cette malade, me dit-elle. Si vous l'endormez, elle saura peut-être trouver le moyen de se soulager. Je ne pouvais pas prévoir qu'elle fut là ; je ne sens que les personnes avec qui je suis en rapport direct. J'ai senti sa maladie avant de juger les intentions qui la faisaient agir : c'est un malheur qu'elle ne peut attribuer qu'à son incrédulité. »

J'ai rarement, vu une personne s'approcher recueillie d'un ou d'une somnambule, sans le dessein de les mettre à l'épreuve et de les trouver en faute. On consulte toujours avec des réticences dans l'esprit, une affectation marquée et quelque chose de moqueur dans la parole. C'est pourtant alors que l'on demande ce qui ne peut s'obtenir dans son entier que par un calme de l'âme et cette espèce de résignation évangélique qui fait seule supporter la bonne et la mauvaise fortune. Répétons-le, le somnambule est un miroir magique qui reflète ce qui se présente à lui ; si vous soufflez sur cette glace, elle cessera de rendre l'image des objets dans leur vérité, comme l'eau tranquille dont le vent agite la surface cesse de réfléchir fidèlement l'image de ce qui l'environne.

23° Supercherie des somnambules

Plusieurs magnétiseurs se sont laissés tromper par de prétendus somnambules ; la simulation était si parfaite, que des malades même y ont été pris.

« Un paysan du carré d'Estampe, en Bourgogne, dit Puységur, avait passé par l'état de crise magnétique somnambulisme, pour arriver à la guérison parfaite d'une maladie très grave ; dans le temps de ses crises, il avait des sensations très déliées, et tous les malades avaient une très grande confiance en lui ; il découvrait parfaitement la cause du mal, et, apparemment au moyen de quelques connaissances acquises précédemment, s'entendait assez bien à ordonner des remèdes simples et salutaires. Un jour, passant auprès d'un cabaret du village, je demandai la cause de la foule que j'y voyais rassemblée ; on me dit que c'étaient des malades qui venaient consulter le Bourguignon. J'imaginai, d'après ce qu'il était apparemment en crise magnétique ; je m'approche ; mais quelle est ma surprise de le voir les yeux bien ouverts, toucher à droite et à gauche tous ces pauvres gens, et leur ordonner des remèdes à tort et à travers! Heureusement, j'étais arrivé à temps pour désabuser tout le monde. Je déclarai devant tous que, passé le temps de la crise, il était aussi ignorant que moi et les autres hommes dans la connaissance des maladies, et je mis mon rusé paysan dans une confusion extrême. Je lui fis les reproches les plus vifs de la tromperie qu'il venait de faire ; il m'en demanda pardon et m'avoua que, persécuté par beaucoup de gens qui venaient lui demander de leur répéter ce qu'il leur avait dit dans sa crise, il n'avait pas voulu rester court, d'autant qu'on lui promettait de le payer pour ses consultations.

Voilà comme dans tout le mensonge est auprès de la vérité. »

L'exemple qui suit est extrait d'un mémoire que m'adressa, il y a quelques années, une dame de Metz.

« On me présenta, dit-elle, une jeune fille de vingt-cinq ans, pauvre et fort malade depuis onze mois ; elle ne tarda pas à tomber dans un parfait somnambulisme ; elle se voyait très bien ; les remèdes qu'elle s'ordonnait réussirent ; elle me fut également fort utile pour mon enfant qui était extrêmement souffrant ; dans son sommeil, elle était très reconnaissante de mes soins et me le témoignait avec des larmes. Tout ce qu'elle prédit sur sa maladie s'est vérifié. J'attendis un de mes amis, magnétiseur, je le lui dis, et elle me répondit : s'il veut me voir en somnambulisme, il faut qu’il se dépêche, car ma lucidité sera de très peu de durée.

Deux ou trois jours après le terme qu'elle avait fixé pour la cessation de son somnambulisme, je la magnétisai ; elle s'endormit de suite. Etonnée, et d’après quelques observations, je doutais qu'elle dormit du sommeil magnétique. Je la consultai néanmoins sur la santé d'une personne qui m'était chère, et lui demandai si elle voulait rester endormie dans ma chambre pendant mon dîner. Elle me répondit qu'elle en éprouverait du bien ; mais elle me recommanda de l'enfermer et d'emporter la clef ; ce que je fis sur-le-champ, afin qu'elle ne fût point troublée. Je quittai mes souliers et revins très doucement me mettre derrière la porte. J'avoue que j'étais agitée : l'épreuve que j'allais faire devait détruire l'attachement que j'avais conçu pour cette fille à qui j'avais donné les plus grands soins. Cependant, je me décidai à regarder par le trou de la serrure, et je vis cette fille, que j'avais laissée deux minutes avant bien endormie, arrangeant son fichu et se regardant dans une glace avec deux yeux bien ouverts. J'allai chercher une de mes amies, qui, s'approchant avec les mêmes précautions, la vit, comme moi très éveillée. Nous nous retirâmes sans bruit.

Après le dîner, je montai, j'ouvris la porte avec bruit, et je trouvai ma somnambule profondément endormie. Je lui demandai si son sommeil n'avait pas été interrompu ; elle me dit que non. Je la fis réveiller par mon amie, étant trop indignée pour la toucher désormais. Je ne lui fis aucun reproche ; mais le lendemain je la renvoyai.

Cette épreuve a coûté à mon coeur et à mon amour propre ; mais elle m'a rendue moins confiante et crédule en la lucidité des somnambules. Celle-ci était une paysanne ignorante, qui, ayant entendu répéter ce qu'elle avait dit dans ses premières crises, voulut peut-être, en feignant de dormir, connaître ce qui se passait dans son véritable somnambulisme, et faire continuer le tendre intérêt qu'on lui témoignait. Que ne doit-on pas attendre d'une femme d'une classe plus instruite, et dont l'intérêt est de jouer un rôle qui lui donne de l'aisance, et qui ne calcule pas les maux dont elle peut être la cause...?

Par le temps qui court, que de somnambules, qui ne le sont plus, ou qui ne l'ont jamais été, si ce n'est dans les annonces des journaux, donnent chaque jour des consultations approuvées, certifiées bonnes, et qui n'ont, il faut l'avouer, que la valeur du hasard. Que jamais l'idée de semblable collusion ne se présente à votre esprit ! Si vous offrez aux regards des malades un somnambule, qu'il soit ce qu'il doit être : revêtu de son auréole, et possédant les divines facultés que la nature lui a départies et que votre art a développées.

Je ne vous parle point de ces somnambules privilégiés qui reçoivent des grâces d'en haut, à qui des anges jettent des couronnes faites d'un métal terrestre ou des fleurs de votre jardin. N'admettez point ceci, car vous seriez dupe, et votre croyance serait allée au-delà du vrai.

Dans ce monde, il faut tromper pour réussir ; les niais sont les plus nombreux ; les éclairés même ont des préjugés, et c'est ainsi que les habiles trouvent le défaut de leur cuirasse. N'ayez jamais cette habileté ; c'est celle du joueur qui triche au jeu, celle du marchand qui vend à faux poids, celle du voleur enfin.

Pourquoi faut-il que je sois obligé de vous prémunir contre ces abus, qui se commettent parfois et qui viennent bien moins de l'ignorance que d'un désir de lucre !

Il est des gens qui se revêtent de tous les habits. La médecine a sa plaie honteuse, le charlatanisme : le magnétisme commence à avoir la sienne, et des charlatans compromettent, par des actes coupables, la vérité qui se produit. Cela ne fait que commencer ; mais attendez-vous à un débordement effroyable car, je dois le dire, les moyens de tromper sont nombreux et les simulations faciles, si celui qui consulte ces fourbes n'a pas les connaissances nécessaires pour s'en garantir.

Je vous ai donné les signes indicateurs pour distinguer ce qui est réel de ce qui est mensonger ; prenez donc garde de confondre. Etudiez, examinez, et si vous reconnaissez la fraude, démasquez les perfides.

24°Causes qui diminuent ou empêchent complètement l'efficacité du magnétisme.

Il faut placer en première ligne l'opium et tous les narcotiques, l'onanisme, l'abus des plaisirs vénériens, l'usage immodéré des liqueurs fortes, les préparations pharmaceutiques de mercure, d'arsenic, de cuivre, de plomb, le nitrate d'argent et toute cette série de poisons que la nouvelle médecine donne comme remèdes. Avant de soulager les malades, le magnétisme a besoin de repousser de la circulation ces produits étranges de malheureuse invention humaine.

Viennent, ensuite l'abus, je ne dis pas l'usage seulement, du café, du thé, et les préoccupations de l'esprit. Si vous réussissez, dans ce cas, c'est que vous aurez doublé vos efforts et que vous les aurez soutenus très longtemps.

L’embonpoint trop prononcé est aussi un obstacle, non pas au développement des effets, mais à un rétablissement prompt.

Une grande confiance en soi-même, la foi enfin, passe par-dessus bien des difficultés. Avant qu'un malade ait retrouvé tout à fait la santé, lorsqu'il l'entrevoit, lorsque déjà le  poids de la maladie diminue et que les sens retrouvent par degrés une finesse qu'ils avaient perdue, c'est alors que la reconnaissance éclate et que l'on apprécie votre oeuvre.

Vous voyez le convalescent jouir de ce qui ne le touchait plus ; il est comme s'il entrait tout à coup dans la vie. Toutes les beautés de la nature, tous les parfums des plantes l'enivrent. Il est accessible à tous les sentiments généreux, et souvent des pleurs coulent de ses yeux, qui naguère étaient encore desséchés. Vous, son médecin, son sauveur, vous êtes un dieu pour lui ; il sent tout ce qu'il vous doit, et manque souvent de termes pour vous exprimer sa reconnaissance. Moment difficile pour un magnétiseur. Gardez-vous d'imprudence ; n'ouvrez votre âme qu'à moitié ; ce soleil si brillant du matin, et qui doit échauffer toute cette journée, prépare souvent des orages.

Redoublez de soin et d'attention ; ne croyez point votre oeuvre accomplie : agissez encore comme si rien ne s'était passé. Les rechutes sont fréquentes, et la dernière crise peut encore être loin du temps que vous aviez imaginé. Je vous le répète c'est une chose difficile que la cure radicale d'une affection chronique, quels que soient d'ailleurs la sensibilité du sujet et votre pouvoir magnétique.

Notre médecine étant d'un ordre physique et moral, vous devez, lorsque vous avez guéri un malade, l'exhorter à fuir, à éviter les causes qui ont amené sa maladie, lorsque ces causes ne sont point en dehors des connaissances humaines. Souvent des rechutes pourraient être évitées si on eût rompu tout à fait avec les habitudes qui déterminèrent les premiers accidents. Ou vous accuse alors de n'avoir point guéri, mais seulement soulagé, et l'on se tait sur ses propres erreurs. Il est facile de prévoir, en étudiant un peu les habitudes et la vie d'un homme, ce qui doit lui arriver, ce qui l'attend. Soyez ferme, tâchez d'agir sur la raison, c'est votre devoir. Votre mission est presque semblable à celle du prêtre : il a besoin d'être sévère pour accomplir sa mission ; soyez comme lui, imprimez certaines terreurs à l'âme. Beaucoup d'hommes ne sont que de grands enfants ; ils ont besoin d'être éclairés ; il faut veiller sur eux pour empêcher leurs chutes. On vous promet Tout ce que vous voulez tant qu'on est malade, si l'on espère en vous un rétablissement ; rappelez ces promesses en temps et lieu. Vous obtiendrez bien rarement ce que vous désirez, mais alors votre conscience est tranquille, et vous n'avez nul reproche à vous faire. Méditez ce qu'écrivait Pline à Maximus.

« Ces jours passés, la maladie d'un de mes amis me fit faire cette réflexion, que nous sommes fort gens de bien quand nous sommes malades car quel est le malade que l'avarice ou l'ambition tourmente ? Il n'est plus enivré d'amour, entêté d'honneurs ; il néglige le bien, et compte toujours avoir assez du peu qu'il se voit sur le point de quitter. Il croit les dieux, et se souvient qu'il est homme ; il n'envie, il n'admire, il ne méprise la fortune de personne. Les médisances ne lui font ni impression ni plaisir ; toute son imagination n'est occupée que de bains et de fontaines ; tout ce qu'il se propose (s'il en peut échapper), c'est de mener à l'avenir une vie douce et tranquille, une vie innocente et  heureuse. Je puis donc nous faire ici à tous deux, en peu de mots, une leçon dont les philosophes font des volumes entiers. Persévérons à être pendant la santé tels que nous nous proposons de devenir quand nous sommes malades. »

25° Du salaire

Le magnétiseur qui se charge, moyennant salaire de magnétiser un malade, doit se pénétrer que le bien qu'il peut faire est en raison de sa conduite et de son travail. Il doit, pour avoir des forces à sa disposition, éviter soigneusement les excès qui les dissipent. S'il s'adonne aux femmes, il n'a plus qu'une volonté sans valeur, il ne peut plus rien et en supposant qu'elles produisent des effets, ils sont illusoires et n'opèrent aucune modification sérieuse dans les symptômes de la maladie qu'il est chargé de guérir. S'il est distrait, préoccupé, eût-il des forces, elles n'obéissent point ou sont perdues, car elles ont besoin d'un désir et d'une pensée constante vers le bien.

Ce n'est que par un effort de pensée et un véritable travail moral, soutenus pendant un certain temps, qu'on peut produire plus que des effets : la guérison. Une magnétisation est un travail sérieux, fatigant même ; votre organisation doit en souffrir un instant, car vous avez distrait de vos forces pour les faire passer en autrui. Si ce n'est pas la charité qui est votre mobile, que vous ayez mis un prix à vos soins, c'est un vol que vous faites à celui qui vous paie si vous ne remplissez pas les conditions que nous venons de vous faire connaître.

Lorsque le magnétisme sera plus généralement connu, plus étudié, on saura que nous connaissions bien toutes les conditions nécessaires pour obtenir des succès. Mais longtemps encore, nous le craignons, cet agent ne sera considéré que comme ayant peu de valeur, tandis que les instruments qui le dispensent devraient seuls être accusés d'imperfection.

26° Récapitulation

Le magnétisme agit comme force physique ; son action s'exerce immédiatement sur les nerfs et immédiatement sur l'ensemble de l'organisme. Il pénètre de lui-même dans toutes les parties ou dans celles sur lesquelles on le dirige. Il ne s'échappe point de l'organisation ou du corps où on l'a déposé, comme l'électricité, après en avoir ébranlé le système nerveux: il en reste ce qui est nécessaire pour les besoins ultérieurs du corps. Lorsqu'une forte magnétisation l'a mis en plus dans les organes, la nature trouve le moyen de se débarrasser de ce trop plein.

Son action sur l'organisme est en général tonique et sédative.

Il augmente les forces médicatrices, favorise le développement des crises heureuses et combat celles qui ne peuvent être utiles. Doué de propriétés thérapeutiques par excellence, il peut, non pas guérir tous les malades, mais toute espèce de maladies36  car il semble être l'agent qui nous soutient dans la lutte de chaque jour : ainsi les guérisons obtenues résultent de ses propriétés, du rôle qu'il joue dans l'organisation où on le dépose, des réactions qu'il produit et de la vie qu'il augmente.

Vous voyez qu'il n'y a point de miracle en cela, c'est un fait simple que la physique peut étudier. Les sens les plus grossiers peuvent le saisir, la raison l'analyser dans tout son développement.

Il détermine sur l'homme sain ou malade, une longue série de phénomènes dont les plus tranchés peuvent être rangés en quatre groupes principaux, savoir :

Premier groupe. — Chaleur ou froid des membres, accélération ou ralentissement de la respiration, augmentation ou diminution, en force ou en fréquence, de la circulation ; pandiculations, bâillements ; trismus des muscles de la face et quelquefois convulsions ; céphalalgie, roideur des membres, dureté considérable des muscles qui servent à la locomotion, insensibilité, spasmes, soupirs, pleurs, rire convulsif : difficulté de parler, déglutition fréquente et difficile, sécheresse extrême de la gorge, ou afflux considérable de salive ; la tête s'arque convulsivement en arrière ou se penche en avant ; clignotements fréquents des paupières, plus rarement leur immobilité ; rougeur ou extrême pâleur du visage. Transpiration cutanée souvent abondante à la paume des mains surtout.

Deuxième groupe. — Sommeil artificiel profond ou léger, engourdissement des membres et du tronc ; difficulté, quelquefois impossibilité de se maintenir debout (obéissance aux lois de la pesanteur), apparence d'ivresse, trouble des sens ; dans quelques cas, ouverture brusque des paupières, fixité des yeux, dilatation, immobilité de la pupille, qui ne se contracte pas, même par le contact du doigt sur le globe oculaire ou l'approche d'une bougie allumée.

Troisième groupe. — Sommeil artificiel plus profond, dit somnambulique, dans lequel il y a clairvoyance, vue au travers des corps opaques, prévision de toute nature, c'est-à-dire en dehors des choses de pure conversation et souvent pour d'autres personnes.

Connaissance exacte du temps écoulé pendant le sommeil, quelquefois isolément de tous les objets qui ne sont pas en rapport, c'est à dire fermeture d'un ou de plusieurs sens, simultanément ou successivement, aux impressions extérieures, avec une extension prodigieuse, et souvent transposition de l'un d'eux vers des organes doués ou chargés d'autres fonctions : ainsi on peut voir sans les yeux, entendre sans les oreilles, et se transporter en esprit à de grandes distances, prendre connaissance de ce qui s'y passe, en garder le souvenir, etc. Au sortir de cet état, oubli total de ce qui s'y est passé.

Les malades dans ce sommeil peuvent voir leurs maladies, s'indiquer les remèdes favorables, prédire les changements qui doivent arriver dans leur organisation, annoncer les crises, etc., etc. Ils peuvent aussi parfois voir les maladies d'autres personnes, et devenir également leurs médecins. Dans d'autres cas, leur sommeil a quelque chose de plus étendu encore, de plus surprenant : ils peuvent vous donner des idées exactes sur le magnétisme. On doit alors les interroger avec méthode, vaincre les légères difficultés qu'ils opposent, et on obtient des données que la science ne pourrait encore fournir. Mais ne mettez jamais cet état en avant comme preuve de l'existence du magnétisme : éclairez-vous par l'expérience ; rappelez-vous que toutes les tentatives faites pour convaincre par le somnambulisme ont laissé des doutes dans l'esprit de ceux qui étaient appelés à constater ses divines propriétés. Ecoutez cette voix si pure, si ravissante qu'une jeune vierge fait entendre lorsque, loin de tous, elle répète un chant qui lui plaît puis, forcez-la de reproduire, devant témoin, les sons qui vous ont charmé : vous n'entendez, qu'une voix fausse, désagréable même, et vous éprouvez une déconvenue. Les causes n'ont pas besoin d'être décrites, vous les avez toutes saisies.

Il y a une vie à part pour les somnambules. Des êtres faibles en état de veille peuvent, magnétisés, lever les plus pesants fardeaux. Les forces physiques, dans cet état, prennent souvent un développement extraordinaire ; je vais vous en citer un exemple.

M. le docteur Foissac magnétisant un hémiplégique devant la commission chargée de l'examen du magnétisme, on fit l'expérience suivante :

Je cite textuellement le rapport :

« Eveillé, on lui fit essayer ses forces au dynamomètre. Pressée par la main droite, l'aiguille marquait trente kilogrammes, et de la main gauche douze kilogrammes. Les deux mains réunies la firent monter à trente et un kilogrammes. On le magnétisa : en quatre minutes le somnambulisme se déclara. On essaie ses forces : la main droite fait monter l'aiguille du dynamomètre à vingt-neuf kilogrammes (deux de moins qu'avant le sommeil) la main gauche (la paralysée), à vingt-six (quatorze de plus qu'avant le sommeil), et les deux réunies à quarante-cinq (quatorze de plus qu'avant). » 

Quatrième groupe. — Extase ou ravissement de l'esprit. Privation totale de la parole, impossibilité de communication ostensible avec le magnétiseur, c'est-à-dire interruption de tout rapport par les sens, même par le toucher, mais communication des pensées, vue des lieux éloignés et connaissance de ce qui s'y passe à l'instant même ; mais la mémoire ne conserve que pour un temps très court le souvenir des choses vues. La chaleur du corps diminue et le pouls cesse de battre. La volonté du magnétiseur sur le sujet est bornée. Cette crise diffère essentiellement du somnambulisme lucide et lui est supérieure.

Il est essentiel de retenir que, quoiqu'on ait assuré le contraire, les femmes ne sont pas plus susceptibles que les hommes de ressentir les effets du magnétisme.

Il en est de même de l'état sain ou maladif. L'âge avancé diminue les chances du sommeil lucide. La force physique n'est point un obstacle invincible. Quel que soit l'équilibre d'une balance, un petit poids mis d'un coté fera nécessairement pencher le plateau : il suffit qu'on introduise dans la circulation nerveuse quelque peu de magnétisme, pour faire jouer tout le système nerveux d'une étrange manière. Si l'on magnétise toujours dans un même lieu et sur les mêmes sièges, les effets sont plus prompts et ont plus de durée.

La diminution de vos forces vous avertira si vous avez agi, lorsque vos yeux n'auront rien découvert. Certains malades attirent, absorbent, s'emparent, soutirent presque toute la somme de fluide magnétique que vous avez en vous, et vous mettent dans un état de faiblesse extrême. Cette faiblesse n'est pas dangereuse, mais elle peut durer plusieurs heures. Le bien ressenti dans ce cas par les malades est en raison directe des forces soustraites par eux. Tous les malades, heureusement, n'agissent pas ainsi ; tous ne sont pas usés jusqu'à la corde, pour me servir d'une expression vulgaire : sans cela le magnétisme, qui est une oeuvre de dévouement, en serait une de sacrifice. Ce qui, dès le principe, aurait du faire reconnaître l'existence d'un agent, c'est cette faiblesse qui ne peut s'expliquer sans une soustraction de forces.

Combien de fois n'ai-je pas reçu cette confidence de magnétiseurs : « Depuis que je magnétise, j'ai peu de désirs, j'éprouve moins de besoins. »

Serait-ce, par hasard, quelques mouvements de mains qui produiraient les effets que je viens de vous signaler ? Cela est impossible. C'est la vie qui a concouru à vos actes et vous a livré des forces destinées à d'autres opérations. C'est là le secret de votre puissance et la cause de votre faiblesse passagère. La foi sans la force est inutile ; vos oeuvres sont le résultat de la somme de vitalité dont vous pouvez disposer.

L'abstinence recommandée à certaines corporations religieuses d'hommes venait d'un observateur à pensées profondes. Ils pouvaient, alors ce qu'ils ne peuvent plus éprouver de saints transports, et communiquer à ceux qui les approchaient, non seulement la santé du corps, mais une force morale en raison de celle qu'ils possédaient.

En résumé, il est des principes dont l'expérience démontre la certitude, et qu'il faut admettre sans les expliquer et même sans les discuter. Le magnétisme est, jusqu'à ce jour, de ce nombre. En attendant que les savants découvrent les lois qui le régissent, jouissons-en, appliquons le selon ce que l'usage nous a appris.

J’en ai dit assez, vous devez m'avoir compris. Soyez dès lors conséquents avec vos principes. Lorsque vous serez malades, servez-vous avec confiance du moyen que vous aurez employé avec succès sur d'autres ; que l'art douteux des médecins s'éloigne de vous ; qu'un ami veille à votre chevet et vous pénètre des rayons de sa propre vie. Appelez aussi celui que vous aurez rendu lucide, et si vous mourez alors, c'est que votre dernier moment était marqué d'avance, et qu'il n'appartenait à aucune puissance humaine de pouvoir prolonger vos jours. Je ne puis vous offrir un plus bel exemple à suivre que celui d'un de nos maîtres. Puységur ; il est la plus belle conclusion de mon ouvrage, et la plus solide preuve de l'excellence de la vérité que je défends. Ecoutez donc son récit.

 27° Ma maladie et détails relatifs

« Après avoir eu, dit-il37 , le bonheur de rendre la vie à tant, d'individus par le secours du magnétisme animal, rien ne pouvait mieux compléter ma satisfaction, que de devoir ma santé au même moyen dont je m'étais si aveuglément et si utilement servi envers les autres.

Le récit de ma maladie et de ma prompte guérison va donner, je l'espère, une nouvelle idée de la puissance du magnétisme animal et des nouvelles jouissances qu'il m'a procurées.

Le 20 juin, il y avait près d'un mois que je manquais d'appétit, j'avais fort peu de sommeil et beaucoup de lassitude dans les jambes. J'attribuais le dérangement de ma santé à la fatigue que j'avais essuyée à Paris dans les séances si infructueusement multipliées du somnambulisme de Madeleine ; trop de sensibilité ou, pour mieux dire, trop de susceptibilité peut-être, entretenait en moi en même temps un chagrin véritable du peu de confiance que l'on m'avait marqué. Je faisais des réflexions tristes sur la façon de penser de mes amis à mon égard car mes prétentions, trop exorbitantes peut-être, auraient été qu'en dépit de leur raison et de leur surprise ils eussent cru aveuglément à la vérité de mes expériences.

Enfin, quoi qu'il en soit du plus ou du moins de raison que j'avais de me chagriner, j'étais d'une mélancolie affreuse. Je crois bien que la sécheresse de la saison, qui avait influé sur tant d'individus, contribuait encore à me rendre malade ; j'espérais néanmoins que le temps me remettrait, et malgré le malaise que j'éprouvais, je me livrais toujours au plaisir de magnétiser.

La femme du maréchal du village (Buzancy), dont on a lu l'histoire, était au moment de guérir ; déjà elle avait annoncé le terme de ses crises, et j'en éprouvais d'avance la satisfaction que donne une espérance fondée sur beaucoup de succès : elle n'avait plus qu'une fois à être touchée, c'était le soir du 24 mai ; arrive malheureusement dans la journée, une jeune fille malade. Sa mère l'accompagnait : elle me prie de la faire toucher et consulter par un somnambule. Comme la femme du maréchal était un excellent médecin, je la remets au soir au moment de la crise. On sait ce qui en est résulté. 

La peine que me fit l'accident de cette femme, la fatigue que je me donnai toute la nuit dans l'espérance de la soulager, enfin son désespoir à quatre heures du matin, lorsque, pouvant distinguer son état, elle m'apprit qu'elle était sans ressource si je l'abandonnais ; tant de secousses multipliées m'abattirent totalement ; je me sentis un serrement de cœur et une oppression d'estomac qui me firent craindre un moment d'avoir moi-même gagné le mal affreux de cette femme. Je me retraçais sans cesse toutes ses paroles : entre autres il y en avait une qui me saisissait d'effroi. Aussitôt qu'elle avait pu parler, c'avait été pour me dire que ma petite fille, qui n'avait que deux ans et demi, était restée longtemps sous l'arbre de la fontaine, à côté de la malade épileptique ; que si on ne l'en eût pas retirée, je n'aurais pas été longtemps sans lui voir la bouche de travers et tous les symptômes d'une paralysie épileptique. Je ne pense pas encore à ces détails sans frémir ; je me trouvais dans un abattement affreux. Pendant deux jours, je ne pus éprouver du magnétisme d'autre soulagement que de vomir un peu de bile. Enfin, le 27 au matin, la fièvre me prit d'une telle force, qu'il me fallut rester au lit. Je me fis magnétiser par Ritault et par Clément ; ce qui bientôt détermina chez moi des vomissements de bile verte en aussi grande quantité qu'un vomitif l'eût pu faire. Cependant la fièvre revint à tel point, que j'eus le transport et

le délire par intervalles : ma faiblesse était en même temps si grande, que, dans la matinée même, je n'avais plus de force de me lever tout seul sur mon séant. Presque aussitôt je me sentis tourmenté de violentes coliques au point de ne pouvoir les supporter sans me plaindre hautement, et, dans l'après-midi, je commençai à rendre des glaires et du sang ; cet état violent dura, sans discontinuer, depuis vendredi huit heures du matin jusqu'au lendemain huit heures du soir. Alors j'eus une transpiration abondante qui s'entretint pendant plus de deux heures. Lorsqu'elle fut arrêtée, et que l'on m'eut changé de tout, je me trouvai calme : la fièvre avait cessé, de même que les coliques.

J'ai dormi la nuit suivante pendant cinq ou six heures, et le lendemain j'ai pris une médecine qui ne me purgea pas beaucoup. Le surlendemain, je ne conservais de ma maladie qu'une extrême faiblesse et un grand tiraillement d'estomac provenant de tous les efforts que j'avais faits pour vomir pendant près de dix heures. Pendant plus de huit jours, je ressentis des douleurs d'estomac, et en tout j'ai bien été une huitaine à reprendre totalement mes forces ; mais le régime que j'ai suivi et les ménagements que j'ai observés, m'ont remis entièrement au bout de ce temps. Depuis, je puis assurer m'être beaucoup mieux porté qu'avant ma maladie.

Après avoir donné, le détail de ma maladie, je crois devoir parler de mes médecins. Si l'on se représente la situation critique où je me trouvais le matin du 27, on pourra se faire une idée de l'inquiétude et de l'effroi que devait éprouver madame de Puységur. Sans la conviction intime où elle était des bons effets du magnétisme animal, on doit sentir combien elle aurait cru risquer de m'abandonner ainsi aux soins de mes gens sans appeler un médecin. Il est bien vrai que, de temps en temps, elle m'entendait répéter que je n'en voulais aucun mais elle m'a assuré depuis, que quand même je ne m'en serais pas défendu, son intention était qu'aucun ne m'approchât ; mais pourquoi dire qu'elle ne voulait pas de médecins ? Eh ! N’en avait-elle pas un plus sûr que tous ceux qu'elle aurait fait appeler en qui elle avait une confiance aveugle, et qui, par la sûreté de ses lumières,  devait bien la tranquilliser ? C'est de Vielet que je veux parler : oui, c'est à un paysan, c'est à Vielet, en crise de somnambulisme, que je dois ma guérison. Cet homme approchait lui-même du terme de ses crises, et, comme on l'a vu par le détail de sa cure, il était redevenu clairvoyant et habile dans la connaissance des maladies : c'est donc en lui que madame de Puységur mit toute sa confiance. Cinq ou six fois dans la journée on mettait Vielet en crise ; alors, tout en se guérissant lui-même, il pouvait me venir voir et m'ordonner des choses qui m'étaient nécessaires. On m'a rapporté depuis, que sitôt devenu somnambule, son premier soin était de me considérer de loin à travers mes rideaux ; puis il se levait et arrivait à mon lit ; là, sans me toucher, il étendait ses deux mains et jugeait du degré de force de ma fièvre : il disait l'effet que le magnétisme me produisait. Son ordonnance fut, dès la première fois qu'il me vit, de me faire magnétiser toutes les heures par Clément ou Ribault ; quelquefois il voulait qu'ils s'unissent, tous les deux ; ensuite de boire toutes les demi-heures un tasse de bouillon fait avec plus de veau que de boeuf, et coupé de moitié d'eau. Comme ma maladie avait le caractère de la plus grande putridité, au point que l'air de ma chambre en était infecté, je lui demandai dans la journée la permission de boire de la limonade à quoi il ne voulut jamais consentir. Le lendemain, avec beaucoup de répugnance, il m'en permit une tasse ; mais à la séance d'après, il prétendit que ma fièvre était augmentée, et que la limonade seule en était cause : de sorte qu'il la défendit absolument.

Pendant les deux jours de ma fièvre, Vielet ne me donnait pas grande espérance ; il était morne, silencieux : je croyais même le voir inquiet, et il m'a avoué depuis (étant en crise) qu'en effet il l'avait été le premier jour. Enfin le soir du 28, après qu'il eut été mis dans l'état magnétique et qu'il se fut approché de moi, je vis sur-le-champ son visage s'épanouir et l'air de satisfaction s'y peindre d'une manière qui ne peut se rendre. Aussitôt je lui fais une question, sans en obtenir de réponse ; mais se tournant du côté de madame de Puységur, qui épiait ainsi que moi, tous ses mouvements, il lui serre les mains avec l'expression de la plus grande sensibilité, et dit pour toute parole : « Réjouissez-vous, madame, monsieur le marquis est sauvé, il n'y a plus de risque du tout. » Et un moment après, la joie le fait tomber lui-même dans un spasme de plus d'un quart d'heure.

Nous étions restés dans la perplexité que donne l'attente d'une bonne nouvelle dont on doute encore, lorsque, revenu à lui, on questionne de nouveau Vielet : alors, avec son zèle ordinaire, il se rapproche de mon lit, étend de nouveau ses mains vers moi et m'observe en silence. Après m'avoir ainsi considéré quelques instants, il me dit que la détente va se faire chez moi, et que la transpiration que je vais avoir me tirera entièrement d'affaire. Il me promet une bonne nuit et m'ajoute que, comme la fièvre va cesser incessamment, il sera nécessaire de me purger le lendemain. Je lui réponds que, s'il le pense ainsi, je prendrai ma médecine ordinaire, et je la lui indique. « Non pas, me dit-il ; ce sont des poudres d'Ailhaud qu'il vous faut prendre. » Oh ! je l'avouerai, dans ce moment je sentis ma confiance s'ébranler. — Des poudres d'Ailhaud ! m'écriai-je mais c'est un remède que je crains beaucoup ; je n'en ai jamais fait usage, et j'ai toujours entendu dire qu'il n'était pas indifférent de s'en servir. — Rapportez-vous-en à moi, répartit-il avec une tranquillité admirable ; j'ai pris moi-même des poudres d'Ailhaud : j'en connais l'effet, et c'est ce qu'il vous faut : tout autre purgatif serait trop violent pour vous. — Je bataillai encore avec lui longtemps : les poudres d'Ailhaud me révoltaient. Cependant, après en avoir discuté avec madame de Puységur, elle me fit convenir que, dans pareille occasion, si elle-même fût tombée malade, je n'aurais cru mieux faire que de suivre à la lettre les ordonnances de Violet. Cette seule réflexion me fit m'abandonner entièrement à lui. — Eh bien ! Vielet, lui dis-je, j'y consens : dictez-moi votre ordonnance pour après ma médecine : je ferai à la lettre tout ce que vous exigerez. — Alors Vielet, plus content, m'assura de nouveau que je me trouverais bien de ses conseils. — Deux heures après votre médecine, me dit-il, vous prendrez un bouillon à la reine (autrement un lait de poule), et un second deux heures après. — Point d'autres tisanes ? — Non, rien d'autre chose ; à deux heures un bouillon gras, et le soir un autre.

On envoya sur-le-champ chercher à Soissons des poudres d'Ailhaud. Je crois n'en avoir employé qu'une prise. Je dis je crois, parce que, vers onze heures du soir, Vielet, ayant été remis en crise, arrangea lui-même ma médecine, et je ne me suis pas informé à temps de la quantité qui en était restée dans le paquet. Quoi qu'il en soit, le lendemain j'ai suivi l'ordonnance à la lettre, et m'en suis trouvé à merveille.

Mon estomac, comme je l'ai dit, me faisait toujours souffrir. Le lundi 30 était le jour que Vielet devait ne plus pouvoir tomber en crise, de sorte que madame de Puységur, conservant, encore un peu d'inquiétude, voyait avec une espèce de regret la prompte guérison de mon médecin. Il fallut lui demander un régime de conduite pour le temps de convalescence. Beaucoup de ménagements dans la nourriture, avec quelques détails fort  peu intéressants, furent le résultat de ses conseils ; mais ce qui l'est infiniment, c'est le dernier trait de cet honnête homme. Le lundi matin, prévoyant sa guérison pour le soir, il dit à celui de mes gens qui l'avait mis en crise : « Je dois avoir une forte colique ce soir, c'est la fin de ma maladie. Si l'on me magnétise, on me la fera bien vite passer, et demain je serai guéri. Au lieu de cela, qu'on ne me touche pas et qu'on me laisse souffrir, cela ne retardera ma guérison que d'un jour, mais du moins demain matin je pourrai encore tomber en crise et voir comment se porte M. le marquis ; cela fera plaisir à madame... »

Quand, on me rapporta cette marque si sensible d'amitié de ce bon homme, je ne pus m'empêcher d'en pleurer d'attendrissement, et je refusai absolument son offre mais lui, avec son sang-froid et sa tranquillité ordinaires, me répéta qu'il n'y avait aucun risque pour lui à souffrir un jour de plus ; que le plaisir qu'il avait à me rendre service lui ferait du bien, et que le lendemain mardi, il serait aussi bien rétabli que s'il n'avait pas souffert... Ces assurances répétées, jointes à l'inquiétude de madame de Puységur, me firent accepter ses offres généreuses, et le soir, en effet, lorsqu'il eut ses coliques, on ne chercha pas du tout à l'en soulager, quoiqu'il vint lui-même se plaindre de ce qu'il souffrait. Il nous a dit depuis que cette dureté de notre part l'avait fort étonné.

Le lendemain mardi, Vielet put me confirmer le retour de ma santé, et lui-même, s'étant réveillé tout seul au bout d'une heure de crise, me tranquillisa sur son sort, de sorte que le même jour nous nous trouvâmes guéris en même temps, et je pus jouir, avec un plaisir qui ne se peut rendre, de la douce satisfaction de devoir la santé et peut-être la vie, au même homme qui l'avait tenue de moi. Le souvenir de cette action de Vielet sera toujours présente à ma mémoire ; il ne me sera jamais possible, je crois, d'être malheureux en y pensant. Puis-je avoir été mieux payé de toutes les peines que je m'étais données auprès de lui ? Oh! Combien le coeur de l'homme est bon ! J.-J. Rousseau, l'homme peut-être dont l'état habituel approchait le plus de l'état de crise magnétique, répétait sans cesse à ses amis, qui voulaient le réconcilier avec les hommes, dont il s'éloignait sans cesse : L'homme est bon, mais les hommes sont méchants. »

28° Dernier mot

Que les difficultés ne vous rebutent point ; vous aurez constamment à lutter, à combattre ; différent du médecin, dont les ordres sont des décrets : on prendra de ses mains tout ce qui irrite, tout ce qui détériore, tout ce qui empoisonne même, sans aucune objection car il est reconnu que c'est ainsi qu'il guérit : vous, au contraire, quoique n'employant nul remède, votre agent, pour guérir, produit souvent des crises, crises différentes en tout de l'aggravation produite par les agents chimiques mais ou vous dira que vous irritez au lieu de guérir, qu'on attendait de vous toute autre chose. C'est alors qu'il faut faire comprendre au malade que la nature ne procède pas autrement, qu'elle ne le peut même pas, et que si vous calmiez seulement, vous n'agiriez que sur les symptômes du mal, mais que vous ne pourriez guérir qu'à la suite d'une action il y a toujours une réaction, et que c'est celle-ci qui est sentie ; ce n'est même qu'en provoquant, qu'en excitant pour un instant l'organe malade, qu'on le fait sortir de l'inertie où il était, et que l'on change son mode d'activité.

Rassurez surtout sur les suites ; ici elles sont toujours heureuses lorsque l'opération est bien conduite. Différent encore des remèdes ordinaires ou matériels, le magnétisme ne laisse nulle trace fâcheuse.

Convainquez, si vous voulez guérir ; mais soyez certain que toujours vous achèterez le bien que vous ferez, jusqu'à ce qu'enfin le magnétisme ne laisse plus de doute dans les esprits, jusqu'au temps ou tous ses phénomènes seront bien compris.

Voulez-vous que le magnétisme soit exact et fécond ! Recueillez vos observations en tenant compte des moindres faits ; ceux qu'on a négligés parce qu'on les jugeait sans importance avaient une signification et une valeur. Sans doute, il n'appartient pas à tout le monde de rechercher les causes, d'embrasser l'ensemble, et c'est pour cela que la nature a créé des hommes spéciaux dont le génie perce les ténèbres qui les environnent et trouve l'inconnu. Mais ces hommes rares ont besoin d'êtres précédés par des observateurs patients, infatigables, qui suivent avec constance le développement d'un fait, et qui, sans le juger, le dégagent de toute enveloppe. C'est l'ouvrier qui déroule le papyrus sans lire les caractères qui s'y trouvent, mais qui se garde bien d'en effacer aucun, sachant bien que son travail serait dès lors inutile. Ce sont les hommes intelligents qui recherchent dans la pierre et les entrailles de la terre les fragments fossiles d'êtres qui ne sont plus, et donnent ainsi à Cuvier le moyen de reconstruire un monde oublié. A chacun son lot ici-bas.

Lorsque chacun a bien rempli sa tache, accompli son oeuvre, Dieu ne fait pas de différence pour les récompenses qu'il accorde. Si sur cette terre le haut mérite reçoit son tribut d'admiration, il achète cette faveur par la tranquillité de toute sa vie ; le mérite plus obscur n'a pas à prétendre à la renommée, mais il est moins en butte à l'envie. Vous le voyez, il y a compensation, et, des deux rôles offerts à un homme sage, son choix serait longtemps incertain. Tout ceci doit empêcher, chez vous, les désirs trop prompts de surpasser vos devanciers. Connaissez-vous d'abord, entrez dans la science par le labeur, par le travail. Si vous ne devez être qu'ouvrier, contentez-vous de ce lot, car il a son utilité. Si une voix intérieure, qui n'est pas l'orgueil, vous incite, obéissez ; il y aura toujours à perfectionner et à découvrir : vous serez l'instrument du progrès. Que jamais un abus ne puisse vous être imputé. Rejetez de vos pensées celles qui vous inciteraient à de mauvaises actions. Songez que vous êtes responsable de l'avenir de cette science car les hommes dans leur aveuglement, rejettent sur la vérité les torts des gens qui en abusent.

Que le calme de l'âme vous accompagne, vous ferez de grandes choses. C'est lorsque, simple et confiant, j'allais au milieu des incrédules animés de passions que j'ignorais encore, c'est dans ces circonstances que je réussissais au-delà de mes espérances. Mais lorsque j'ai voulu discuter et convaincre par le raisonnement, en cherchant à montrer une sorte de supériorité, je me croyais fort, j'étais devenu faible, et une humiliation que j'eusse pu éviter me frappait instantanément. Il en était encore de même lorsque, venant de produire de grands faits, je voulais, en les expliquant, ajouter à mes oeuvres, et faire pénétrer plus avant dans l'esprit de mes auditeurs la vérité que je venais de faire luire à leurs yeux. Une sorte de réaction avait lieu contre moi, et l'impression produite par les faits, diminuait en raison de mon insistance. Il faut vous retirer à temps et laisser apprécier votre ouvrage ; on vous rendra en votre absence la justice qu'au moment on vous refuserait. Le coeur de l'homme est ainsi fait, et vous ne pouvez le changer. Les mêmes hommes qui, aujourd'hui, vous flétrissent, vous accablent de leurs railleries et de leurs mépris, vous honoreront demain si Dieu vous rappelle à lui.

Plus que toute chose, le magnétisme demande de la modération. Puységur la conserva jusqu'à la fin de sa vie ; il avait le droit de parler en maître. Pourquoi donc ai-je eu un moment de colère, et manqué à la règle que je cherche à imposer ? Je l'ai dit : il est des moments suprêmes où on est forcé d'obéir à des impulsions plus fortes que la raison. J'ai obéi après avoir longtemps résisté ; l'avenir dira si j'ai bien fait, mais aujourd'hui rien ne pourrait me persuader que je n'ai pas accompli un grand devoir. Qu'est-ce, au reste, qu'un jour de plainte sur toute une vie de résignation et de souffrance ? Je viens dans ce petit écrit de vous dévoiler un secret important, le pouvoir que vous pouvez exercer sur vos semblables. Etudiez-le, d'abord, comme on étudie un grand fait physique ; produisez des effets ; réfléchissez ensuite sur leur valeur, et rattachez-les à ce que vous connaissez déjà des lois de la vie. L'amour de la vérité pourra un jour vous saisir et vous déterminer à poursuivre. En ajoutant une connaissance à celles que vous possédez déjà, votre marche sera moins incertaine, vous aurez plus de lumière. N'est-ce donc point assez que cette assurance que vous aurez acquise de pouvoir soulager vos frères qui souffrent et que le malheur frappe, en leur donnant un peu de votre vie, un peu de superflu de votre santé ?

C'est une aumône qui excitera de plus en plus en vous le noble désir que vous avez de vous rendre utile aux hommes et de leur faire du bien. Faites-le, ce bien, d'abord par curiosité pour savoir si vous pouvez le faire. Vous vous arrêterez ensuite difficilement dans cette voie, et, au milieu des amertumes de la vie, car les déceptions vous attendent comme tous, vous vous rappellerez avec bonheur que vous avez rendu en bien le mal que l'on vous a fait. L'ingratitude vous attendra à la porte de celui que vous aurez soulagé, sauvé peut-être !... Qu'importe ? C'est pour nous que nous travaillons en opérant des oeuvres de charité car les jouissances que nous éprouvons ainsi n’apportent jamais de remords avec elles. D'ailleurs il n'y a pas que des ingrats ; ne serez-vous pas ravi de faire couler de douces larmes !

Faites donc quelques oeuvres qui prouvent que vous n'avez pas seulement de l'esprit, mais un coeur qui comprend et qui sait compatir aux souffrances d'autrui.

Je vous ai dit ce que vous pouviez produire ; ne serait-ce que pour prouver que je me suis trompé, agissez. Dites ensuite : malgré nos efforts répétés nous n'avons pu obtenir aucun effet ; le magnétisme est une illusion. Si vous arrivez à cette conclusion, elle sera encore un bienfait car vous vous serez débarrassé d'une erreur, partagée maintenant par un grand nombre d'hommes. Mais nous n'avons pas cette crainte. Ne soyez pas indolent lorsqu'il s'agit d'une vérité ; peut-être celle-ci vous sera utile un jour à vous-même. Faites, quoi qu'on puisse dire ou penser de vous ; n'écoutez point les hommes à préjugés ou ceux que la rouille des siècles passés semble encore couvrir ; méfiez-vous surtout des opinions des gens intéressés à ce que le magnétisme n'arrive point à l'état de science. Ils couvriront leur résistance d'un masque hypocrite, où vous croirez voir la bonne foi, la franchise. On ira jusqu'à vous plaindre de partager des erreurs communes ; votre résistance passera pour déraisonnable. Soyez honnête homme, ne mentez point à votre conscience ; lorsqu'un saint enthousiasme vous prendra en apercevant la grandeur de Dieu, remerciez-le, du fond de votre coeur, d'avoir, par des moyens si simples, donnés à sa créature un pouvoir si grand qui l'élève jusqu'à lui.

Instrument de propagation, vous amènerez d'autres hommes à votre sentiment ; la vérité s'étendra, vous y aurez concouru, et votre vie aura un degré de plus d'utilité.

Rappelez-vous que tout perfectionnement est, ainsi que la vertu, le prix de la victoire. « Toujours combattre est, en ce monde, la condition de l'humanité : vaincre est son devoir, triompher est son immortelle destinée. Toute vérité utile aux hommes est, enfantée avec douleur. Il semble que sans ce pénible enfantement elle serait moins appréciée, moins honorée, moins aimée : une conquête facile a moins de prix. Quand nous voyons, au contraire, la vérité s'avancer à travers les obstacles souffrante et radieuse, nous sentons qu'une main divine soutient cette fille du ciel, et nous sommes tenté de nous écrier avec le poète : Incessu patuit Dea. »

En lisant ce petit écrit, ne le considérez que comme la préface d'un grand livre qui, pour être livré au monde, attend encore des matériaux. Vous pouvez hâter sa publication en produisant vous-même des faits, et en les livrant à la publicité. Ils seront recueillis, et la doctrine se fera.

Dans le tribut de reconnaissance que vous devez à vos maîtres, confondez dans vos hommages Mesmer, Puységur et Deleuze. L'un, par son génie et sa science, a découvert le magnétisme ; les deux autres ont agrandi le champ des phénomènes et usé leur vie à les propager. Ce sont trois bienfaiteurs des hommes encore méconnus. Un jour à venir on leur rendra justice, leur mémoire sera conservée ; mais que jamais devant vous on ne puisse ternir leur renommée : c'est un devoir pour vous de la défendre.