Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec


Chapitre XII - Le libre arbitre

Nous avons nommé le libre arbitre. Nous allons étudier cette impulsion qui donne, à l'homme principalement, la notion du bien et du mal, car lui seul est capable de pouvoir analyser convenablement cette force, car c'est une force, puisque c'est une impulsion qui domine l'être en bien ou en mal, cela dépend du degré d'intelligence, du milieu où se développe cette intelligence et des circonstances qu'il rencontre dans la vie sociale. Il choisit, pour ainsi dire, son terrain et selon celui qu'il prendra, il récoltera ce qu'il aura semé. Il est responsable envers lui et son créateur de ses actes. Tant que ses actes ne portent pas préjudice à la société collective, dont il est l'un des membres, il est libre. II sera ce qu'il se fera lui-même dans sa position sociale, suivant qu'il aura choisi la route qui conduit à l'élévation du cœur, à la noblesse des sentiments, ou celle qui conduit à l'abrutissement de l'être par sa vie déréglée, ses vices et ses passions matérielles.
Mais il faut aussi tenir compte des conditions et des circonstances dans lesquelles s'est débattu l'être humain dans la lutte pour la vie. Il peut ne pas être seul responsable de ses actes, surtout dans les premières années de son existence, et, tout enfant, avoir sous les yeux de mauvais exemples. Ces mauvais exemples deviennent des suggestions, à force d'être répétés, et malgré que le sentiment du bien prime souvent celui du mal, il lutte moralement pour commencer, mais les mauvais fluides, dont il est entouré, absorbent ceux, plus faibles, du bien, et, ne voyant aucun bon exemple devant lui, ses facultés intellectuelles s'atrophient. II est bercé dans le mal et ne voit absolument que le mal partout, sa conscience est morte, ses sentiments sont nuls, et, obéissant à ses mauvais instincts, à la passion du mal, il répand le mal autour de lui.
Cet être est-il responsable de ses actes ? Vous me répondrez : oui, puisqu'il possède son libre arbitre. Eh bien, moi, je vous répondrai : non ! Il n'en est pas responsable entièrement. Il y a été poussé par des forces invisibles qui sont les suggestions qu'on lui a répétées, étant enfant, et les mauvais exemples qu'il a constamment eus sous les yeux.
Devenu homme, ses passions et ses vices ayant étouffé les bons sentiments, il n'a donc plus son libre arbitre, puisqu'il ne connaît qu'une seule route qu'on lui a toujours fait suivre : celle du mal.
Mais alors, me direz-vous, à qui donc attribuer la responsabilité des actes de cet homme ? A la société, à la collectivité d'hommes dont il fait partie, et si cette société a des droits pour se défendre des attaques individuelles, elle a aussi des devoirs à remplir vis-à-vis de chaque individu de la collectivité, comme l'individu a des droits et des devoirs vis-à-vis de la société, dont il est un des membres.
Cette société a-t-elle rempli ses devoirs vis-à-vis de cet être humain ? Non. Et pourquoi ? Parce qu'elle s'en soucie peu et que les lois ayant été dictées par les plus forts, ils les ont faites à leur profit sans se soucier si elles porteront préjudice à certaines catégories d'hommes.
La bonté, la sagesse, l'amour, et surtout la justice, n'étant pas l'apanage de ceux qui ont fait les lois sur cette malheureuse planète, il s'en suit que le plus fort gouverne au détriment du plus faible, et que, l'éducation morale étant négligée, sinon complètement nulle, il en résulte un affaissement moral dans la masse en général, et plus particulièrement chez certains êtres humains, dans certains milieux immoraux et morbides. Il s'en suit que ces êtres font des révoltés, et la société, n'ayant rien fait pour les ramener vers le bien, récolte à son tour ce qu'elle a semé, c'est-à-dire le mal.
La société se contente de s'emparer de l'individu, lui reproche le mal qu'il lui a fait sans se douter que c'est elle qui est coupable, que, si elle use si facilement de ses droits, elle pourrait user, non moins facilement de ses devoirs et ramener vers le bien, vers les sentiments élevés de l'humanité civilisée, des frères égarés dont le seul reproche est de n'avoir pas reçu d'éducation morale. Le libre arbitre n'existant réellement que par la connaissance du bien et du mal, l'individu aurait eu des chances de progresser plutôt du côté du bien que du côté du mal, mais ne connaissant pas le bien, n'ayant qu'une route à suivre, celle du mal, puisqu'on ne lui a enseigné que celle-là, il n'a pas hésité, et comme un voyageur égaré, parcourant une route inconnue, il a marché, sans cesse, s'enfonçant de plus en plus dans les ténèbres, jusqu'à ce que, rencontrant un obstacle, il vienne s'y briser en maudissant les hommes, ses frères, lui-même et jusqu'à son Créateur. Cet obstacle, c'est la loi inflexible qui punit celui qui y a contrevenu, c'est la loi des hommes, mais ce n'est pas la loi de l'Etre Suprême. Les hommes qui ont établi cette loi n'ont envisagé que le côté matériel, ils n'ont pas cherché s'il existait d'autres causes qui engendrent les mêmes effets ? Non, puisqu'ils ont toujours nié les forces invisibles. Pour eux, un homme qui fait le mal est un être nuisible qu'il faut supprimer de la société, sans se douter que c'est la société qui l'a poussé au mal.
Le libre arbitre n'existe qu'en tant que l'homme est sain de corps et d'esprit. Les hommes qui se sont désignés pour juger cet homme qui a fait le mal, ont-ils eux-mêmes leur libre arbitre ? Qui en répondra? Qui le prouvera ? Qui est-ce qui prouve que ces juges, s'ils s'étaient trouvés dans les mêmes conditions, n'auraient pas agi comme lui?
Le corps, étant matière, peut être visité et ausculté par les praticiens de la science médicale, mais, l'esprit, la conscience de l'homme, peut-on les ausculter, les peser, et encore seraient-ils bien sûrs de leur diagnostic, ceux qui chercheraient à analyser les forces invisibles enfouies dans les profondeurs de l'âme humaine ? Pour moi, ils risqueraient de se fourvoyer, car, sachez-le bien, nul être humain ne peut sonder la conscience de son semblable. Cette conscience n'est visible dans ses grandes profondeurs que pour le Créateur qui est omniscient, et, par conséquent, des hommes ne peuvent juger leur semblable avec connaissance de cause, parce que les causes qui ont engendré le mal, dont s'est rendu coupable cet homme, leur échappe. Ils ne les connaissent pas, puisqu'ils ne les ont pas étudiées, et que, les auraient-ils étudiées, ils ne les comprendraient peut-être pas.
Dans l'état actuel de la civilisation terrestre, les lois sont caduques et ne répondent pas aux besoins du Progrès et de l'Emancipation des êtres. La peine de mort devrait être abolie, car aucune créature quelle qu'elle soit, n'a le droit de supprimer l'existence d'un autre. Si Dieu a donné la vie à un être, c'est à lui seul à la lui retirer quand il le juge à propos, et celui qui tue son semblable est un criminel, aussi bien dans le sens individuel, que dans le sens collectif du mot.
Si un homme a commis un crime, est-il toujours responsable ? A-t-on bien étudié quels sont les mobiles, les circonstances qui l'ont conduit à commettre son crime ? Est-on bien sûr que cet homme possède son libre arbitre ? N'a-t-il pas été influencé par des causes inconnues, indépendantes de sa volonté ?
Pour éclairer, et surtout pour tranquilliser la conscience des juges, on leur dépêche de prétendus savants, qui, orgueilleux de leur savoir, et ayant entendu dire que la science était infaillible, et que, par conséquent, eux, possédant cette science, sont infaillibles aussi, font des expériences, basées sur les connaissances matérialistes, ne voient absolument que la matière, ne conçoivent pas, ne peuvent pas concevoir qu'il existe des forces invisibles, qui n'en sont que plus redoutables, parce qu'elles se dérobent à nos sens ; par conséquent ils affirment avec un aplomb imperturbable que tel effet matériel ayant été engendré par telle cause matérielle, l'accusé est reconnu coupable, sans circonstances atténuantes. C'est donc la peine de mort que le malheureux subira.
D'autres, reculant devant l'effrayante responsabilité morale, et leur conscience, leur faisant entrevoir toute l'horreur d'un pareil châtiment, reconnaissent à ce malheureux des circonstances atténuantes, et le condamnent aux travaux forcés.
Sont-ils bien sûrs, ces hommes qui ont condamné un de leurs semblables, que cet homme soit coupable; sont-ils bien sûrs qu'ils ne condamnent pas un innocent, comme cela se produit malheureusement beaucoup trop souvent ? Non, n'est-ce pas. Leur conscience est troublée, et malgré l'apparence de leur impassibilité, une réaction se produit en eux : c'est le doute, c'est le remords, c'est la voix de la conscience qui leur parle et qui leur dit : as-tu ton libre arbitre pour condamner cet homme ? Es-tu bien sûr de n'avoir pas reçu l'influence de forces étrangères à la tienne ? Connais-tu toutes les forces invisibles ? Qui te prouve qu'il soit innocent ? Mais qui te prouve qu'il soit coupable ? Il va expier peut-être pour un autre. S'il est innocent, c'est un effroyable supplice pour lui et sa famille. S'il est coupable, de quel droit t'ériges-tu en souverain maître de la vie de cet homme ? N'y a-t-il donc pas d'autres moyens, de l'empêcher de nuire, et surtout de tâcher de lui inculquer dans sa conscience le repentir, le remords, et de l'amener progressivement sur la route du bien. Est-ce que cela ne serait pas préférable, plutôt que de le supprimer brutalement.
Voilà la voix de la conscience d'un honnête homme, mais combien peu l'entendent, combien peu la comprennent, enchaînés par les préjugés de leur caste, ne connaissant de la loi que le côté matériel. Ils s'abritent derrière leur procédure et condamnent mécaniquement, mathématiquement, comme ils respirent et comme ils pensent. La justice humaine actuelle est barbare. Heureusement que le Spiritualisme, quand il sera connu, l'améliorera, car elle ne répond plus aux besoins de la civilisation actuelle.

 

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