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ORIGINE DES CELTES. - GUERRES DES GAULOIS. - DECADENCE ET CHUTE. - LONGUE NUIT ; LE REVEIL. - LE MOUVEMENT PANCELTIQUE. -
Aux premi�res lueurs de l'Histoire nous trouvons les Celtes �tablis sur une grande moiti� de l'Europe. D'o� venaient-ils ? Quel fut le lieu de leur origine ? Certains historiens placent le berceau de leur race dans les montagnes du Taurus, au centre de l'Asie Mineure, dans le voisinage des Chald�ens. Devenus nombreux, ils auraient franchi le Pont-Euxin (mer Noire) et p�n�tr� jusqu'au coeur de l'Europe. Mais, de nos jours, cette th�orie para�t �tre tomb�e en d�su�tude en m�me temps que l'hypoth�se des Aryens.
M. Camille Jullian, du Coll�ge de France, dans son plus r�cent ouvrage sur l'Histoire de la Gaule, se contente de fixer � six ou huit cents ans avant notre �re l'arriv�e en Gaule des Kymris, branche la plus moderne des Celtes. Ils venaient, croit-il, des bouches de l'Elbe et des c�tes du Jutland, chass�s par un puissant raz de mar�e qui les avait contraints d'�migrer vers le Sud.
Parvenus en Gaule, ils rencontr�rent une branche des Celtes plus ancienne, les Ga�ls, qui s'y trouvaient fix�s depuis longtemps et qui �taient de plus petite taille, et g�n�ralement bruns, alors que les Kymris �taient grands et blonds. Ces diff�rences sont encore sensibles dans l'Armorique, o� les c�tes de l'Oc�an, dans le Morbihan, sont peupl�es d'hommes petits et bruns, m�lang�s d'�l�ments �trangers, atlantes ou basques, qui se sont fondus avec les populations primitives, tandis que celles des C�tes-du-Nord ou de la Manche poss�dent des habitants de plus haute stature auxquels sont venus se joindre les Celtes bretons chass�s de la grande �le par les invasions anglo-saxonnes.
Les vues de M. C. Jullian se trouvent confirm�es par la parent� des langues celtiques et germaniques, semblables par leur structure, leurs gutturales, l'abus des lettres dures, comme le K, le W, etc. Au milieu des courants migrateurs, qui se croisent et s'entrecroisent dans la nuit pr�historique, la science trouve un proc�d� plus s�r dans les �tudes linguistiques pour reconstituer la filiation des races humaines[1] .
Nous ne retracerons qu'� grands traits l'histoire des Gaulois. On sait que nos anc�tres ont, pendant des si�cles, rempli le monde du bruit de leurs armes. Avides d'aventures, de gloire et de combats, ils ne pouvaient se r�signer � une vie effac�e et tranquille, et ils allaient � la mort comme � une f�te, tant �tait grande leur certitude de l'au-del�.
On conna�t leurs nombreuses incursions en Italie, en Espagne, en Germanie et jusqu'en Orient. Ils envahissaient leurs voisins et, de par la loi du choc en retour, ils furent envahis par la suite et r�duits � l'impuissance.
L'�me de la Gaule se trouve dans ses institutions druidiques et bardiques. Les druides n'�taient pas seulement des pr�tres, mais aussi des philosophes, des savants, des �ducateurs de la jeunesse. Les ovates pr�sidaient aux c�r�monies du culte, et les bardes se consacraient � la po�sie et � la musique. Nous exposerons plus loin ce qu'�tait l'oeuvre et le v�ritable caract�re du druidisme.
Au commencement de notre �re les Romains avaient d�j� p�n�tr� en Gaule, remont� la vall�e du Rh�ne et, apr�s avoir occup� Lyon, ils s'avan�aient jusqu'au coeur du pays.
Les Gaulois r�sist�rent avec �nergie et firent subir parfois de rudes �checs � leurs ennemis ; cependant ils �taient divis�s et n'offraient souvent que des r�sistances locales. Leur courage, pouss� jusqu'� la t�m�rit�, leur m�pris des ruses guerri�res et de la mort tournaient � leur d�savantage. Ils combattaient en d�sordre, nus jusqu'� la ceinture, avec des armes mal tremp�es, contre des adversaires couverts de fer, astucieux et perfides, fortement disciplin�s et pourvus d'un mat�riel consid�rable pour l'�poque.
Vercing�torix, le grand chef arverne, soutenu par la puissance des druides, r�ussit un moment � soulever la Gaule enti�re contre C�sar, et une lutte grandiose s'engagea. Elev� par les bardes, Vercing�torix avait en partage les qualit�s qui s'imposent � l'admiration des hommes, et qui leur commandent l'ob�issance, le respect. Son amour de la Gaule grandissait avec le progr�s croissant des arm�es romaines.
Quelle diff�rence entre Vercing�torix et C�sar ! Le h�ros gaulois, plein de foi dans la puissance invisible qui gouverne les mondes, soutenu par sa croyance aux vies futures, avait pour r�gle de conduite le devoir, pour id�al la grandeur et la libert� de son pays.
C�sar, lui, profond�ment sceptique, ne croyait qu'� la fortune. Tout en cet homme �tait ruse et calcul ; une soif immense de domination le d�vorait. Apr�s une existence de d�bauches, cribl� de dettes, il venait en Gaule chercher dans la guerre les moyens de relever son cr�dit. Il convoitait de pr�f�rence les villes riches, et apr�s les avoir livr�es au pillage, on voyait chaque fois de longs convois s'acheminer vers l'Italie et porter l'or gaulois aux cr�anciers de C�sar.
Est-il besoin de rappeler qu'en fait de patriotisme, C�sar, parjure, an�antit les libert�s romaines et opprima son pays. Certes, nous ne nierons pas le g�nie politique et militaire de C�sar, mais nous devons � la v�rit� de rappeler que ce g�nie �tait terni par des vices honteux.
Et c'est dans les �crits de cet ennemi de la Gaule que l'on va souvent chercher la v�rit� historique ! C'est dans ses Commentaires, �crits sous l'inspiration de la haine, avec l'intention �vidente de se rehausser aux yeux de ses concitoyens, que l'on �tudie l'histoire de la guerre des Gaules. Mais deux auteurs romains, Pollion et Su�tone, avouent eux-m�mes que cette oeuvre fourmille d'inexactitudes, d'erreurs volontaires.
En r�sum�, les Gaulois, ardents, enthousiastes, impressionnables, avaient b�n�fici� du courant celtique, de ce grand courant, v�hicule des hautes inspirations qui, d�s les premiers �ges, avait r�gn� sur tout le nord-ouest de l'Europe. Ils s'�taient impr�gn�s des effluves magn�tiques du sol, de ces �l�ments qui, dans toutes les r�gions de la terre, caract�risent et diff�rencient les races humaines[2] .
Mais leur fougue juv�nile, leur passion pour les armes et les combats les avaient men�s trop loin, et les perturbations caus�es � l'ordre et � la marche r�guli�re des choses retomb�rent lourdement sur eux en vertu de cette loi souveraine qui ram�ne, sur les individus comme sur les peuples, toutes les cons�quences des oeuvres qu'ils ont accomplies. Car tout ce que nous faisons retombe sur nous � travers les temps en pluies ou en rayons, en joies ou en douleurs, et la douleur n'est pas l'agent le moins efficace de l'�ducation des �mes et de l'�volution des soci�t�s.
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Le druidisme s'attachait surtout � d�velopper la personnalit� humaine en vue de l'�volution qui lui est assign�e. Il en cultivait les qualit�s actives, l'esprit d'initiative, l'�nergie, le courage ; tout ce qui permet d'affronter les �preuves, l'adversit�, la mort avec une ferme assurance. Cet enseignement d�veloppait au plus haut degr� chez l'homme le sentiment du droit, de l'ind�pendance et de la libert�.
Par contre, on lui a reproch� d'avoir trop n�glig� les qualit�s passives et les sentiments affectifs. Les Gaulois se savaient �gaux et libres, mais ils n'avaient pas une conscience suffisante de cette fraternit� nationale qui assure l'unit� d'un grand pays et constitue sa sauvegarde � l'heure du danger.
Le druidisme avait besoin de ce compl�ment que le christianisme de J�sus lui a apport�. Nous parlons du christianisme primitif, non encore alt�r� par l'action des temps, et qui, dans les premiers si�cles, pr�sentait tant d'analogie avec les croyances celtiques puisqu'il reconnaissait l'unit� de Dieu, la succession des vies de l'�me et la pluralit� des mondes[3] . C'est pourquoi les Celtes l'adopt�rent avec d'autant plus d'empressement qu'ils y �taient mieux pr�par�s par leurs propres aspirations. Encore au IV� si�cle, on peut voir par la controverse de saint J�r�me avec le Gaulois Vigilancius, de saint Bertrand de Comminges, que la grande majorit� des chr�tiens de cette �poque admettaient la pluralit� des existences de l'�me.
P�n�tr�s de l'id�e qu'ils �taient anim�s d'un principe imp�rissable, tous �gaux dans leurs origines, dans leurs destin�es, nos p�res ne pouvaient supporter aucune oppression. Aussi leurs institutions politiques et sociales �taient �minemment r�publicaines, d�mocratiques. Et c'est en elles qu'il faut rechercher la source de ces aspirations �galitaires, lib�rales, qui sont un des c�t�s de notre caract�re national.
Tous les Gaulois prenaient part � l'�lection du S�nat, qui avait mission d'�tablir les lois. Chaque r�publique �lisait ses chefs temporaires, civils et militaires. Nos p�res n'ont pas connu les diff�rences de caste. Ils faisaient d�couler les droits des hommes de leur nature m�me, de leur immortalit� qui les rendaient �gaux en principe. Ils n'auraient pas souffert qu'un guerrier, qu'un h�ros m�me, p�t s'emparer du pouvoir et s'imposer au peuple. Les lois gauloises d�claraient qu'une nation est toujours au-dessus d'un homme.
Au moment o� C�sar p�n�tra en Gaule, gr�ce � l'action des druides et du peuple des villes, l'unit� nationale se pr�parait. Si la paix avait permis l'accomplissement de ces grands projets, les r�publiques gauloises, unies par des liens f�d�ratifs, comme les cantons suisses ou les Etats-Unis d'Am�rique, eussent form�, d�s ces �ges lointains, une puissante nation.
Mais les dissensions, les rivalit�s des clefs, compromirent tout. Une aristocratie s'�tait form�e peu � peu dans les tribus. Gr�ce � leurs richesses, certains chefs gaulois avaient su se cr�er des suites nombreuses de serviteurs, de partisans, � l'aide desquels ils pesaient sur les �lections et troublaient l'ordre public. Des partis s'�taient constitu�s. Pour triompher de leurs rivaux, quelques-uns s'appuyaient sur l'�tranger, de l� le d�chirement de la Gaule, puis son asservissement.
On fait souvent ressortir � nos yeux qu'en �change de son ind�pendance perdue, la Gaule recueillit de grands avantages de la domination romaine. Oui, sans doute, Rome apporta � nos p�res certains progr�s mat�riels et intellectuels. Sous son impulsion des routes s'ouvrirent, des monuments s'�lev�rent, de grandes cit�s se b�tirent. Mais tout cela se serait probablement cr�� par la suite, sans Rome, et tout cela ne rempla�ait pas la libert� perdue.
Quand la guerre prit fin, deux millions de Gaulois avaient succomb� sur les champs de bataille. Rome imposa un tribut annuel de 40 millions de sesterces. La Gaule, �puis�e d'hommes et d'argent, se coucha, agonisante, sous la hache des licteurs.
Puis, quand de nouvelles g�n�rations eurent grandi, quand la Gaule eut pans� ses plaies sanglantes, l'astre de Rome commen�a � p�lir. Du fond des bois et des marais de l'Allemagne, semblables � des bandes de loups affam�s, les Francs accoururent � la cur�e. Qu'�tait-ce donc en r�alit� que ces Francs qui ont donn� leur nom � la Gaule ? Des barbares, comme cet Arioviste qui se vantait d'�tre rest� quatorze ans sans coucher sous un toit. Les Francs formaient une tribu de race germanique et n'�taient que trente-huit mille. Mais, au lieu de communiquer � la Gaule leur barbarie, ils se fondirent en elle. Pourtant, les Gaulois n'ont fait que changer d'oppresseurs. Les Francs se sont partag� la terre et ont implant� chez nous la f�odalit�. Ces rois fain�ants et cruels, ces nobles seigneurs du moyen �ge, ducs, comtes et barons, �taient pour la plupart des Francs ou des Burgondes, et leurs rudes instincts rappelaient leur origine.
Si la domination romaine, qui dura quatre si�cles, apporta � la Gaule quelques bienfaits, d'autre part, son administration rapace consomma sa ruine en d�truisant toute sa force de r�sistance.
C'est ce que M. Ed. Haraucourt, de l'Acad�mie fran�aise, nous explique dans un article auquel nous empruntons les lignes suivantes publi�es dans une de nos grandes revues[4] :
� C'est par eux (les Romains) et non par les barbares que la Gaule est morte. Elle est morte de son organisation int�rieure qui fut une d�sorganisation syst�matique, elle a p�ri rong�e par le fonctionnarisme et par l'imp�t, an�mi�e par des lois qui pompaient sa richesse, supprimaient son travail et ruinaient sa production. Les envahisseurs ne sont venus qu'ensuite pour achever l'oeuvre des l�gislateurs. �
Quand on avance devant nous que nos p�res furent les Romains ou les Francs, protestons de toute notre �me. Tous les grands et nobles c�t�s du caract�re national, nous les tenons des Gaulois. La g�n�rosit�, la sympathie pour les faibles et les opprim�s, nous viennent d'eux. Cette force qui nous fait lutter et souffrir pour les causes justes, sans espoir de retour, ce d�sint�ressement qui nous porte � soutenir les peuples asservis dans leurs revendications, ces tendances qu'on ne retrouve � titre �gal chez aucun autre peuple, tout cela nous vient de nos p�res h�ro�ques. Malgr� la longue occupation romaine, malgr� l'invasion des barbares du Nord, notre caract�re national est encore impr�gn� du vieil esprit celtique. Le g�nie de la Gaule veille toujours sur notre pays.
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Pendant la longue nuit du moyen �ge, l'id�al celtique put para�tre oubli�, mais il subsistait et sommeillait dans la conscience populaire. Les druides, les bardes ont �t� chass�s de la terre des Gaules et sont pass�s dans l'�le de Bretagne. Chez nous, les nobles, les seigneurs sont divis�s en partis rivaux et s'�puisent en luttes intestines. Le pauvre peuple des villes et des campagnes est courb� sous une lourde t�che, absorb� par les soucis mat�riels, et souvent souffre de la faim et de la mis�re.
Pourtant, le christianisme ayant p�n�tr� en Gaule a, dans une certaine mesure, adouci ces maux. Il repr�sentait un bienfait, un progr�s ; la religion de J�sus s'adaptait bien � la faiblesse humaine ; si la loi d'amour et de sacrifice qu'elle apportait avait trouv� son application, elle pouvait suffire au salut des �mes et � la r�demption de l'humanit�.
Dans un but de perfectionnement moral la religion chr�tienne comprimait la volont�, la passion, le d�sir, tout ce qui constitue le moi, le centre m�me de la personnalit�. La doctrine celtique, au contraire, s'appliquait � donner � l'�tre toute sa puissance de rayonnement, s'inspirant de cette loi d'�volution qui n'a pas de terme, l'ascension de l'�me �tant infinie. L'�me chr�tienne aspire au repos, � la b�atitude dans le sein de Dieu, l'�me celtique s'attache � d�velopper ses puissances intimes afin de participer dans une mesure grandissante, de cercles en cercles, � la vie et � l'oeuvre universelles.
L'�me chr�tienne est plus aimante, l'�me celtique est plus virile. L'une cherche � gagner le ciel par la pratique des vertus, par l'abn�gation et le renoncement ; l'autre veut conqu�rir gwynfyd par la mise en action des forces qui dorment en elle. Mais toutes deux ont soif d'infini, d'�ternit�, d'absolu. L'�me celtique y ajoute le sens de l'invisible, la certitude de l'au-del� et le culte fervent de la nature.
Mais souvent ces deux �mes coexistent ou plut�t se superposent dans les m�mes �tres. C'est le cas pour beaucoup de nos compatriotes ; chez eux ces deux �mes s'ignorent encore, mais fusionneront un jour.
Faut-il rappeler que la doctrine du Christ, elle aussi, avait perdu sur bien des points son sens primitif ? La France s'est trouv�e en face d'un enseignement th�ologique qui avait restreint toutes choses, r�duisant les proportions de la vie � une seule existence terrestre, tr�s in�gale, suivant les individus, pour les fixer ensuite dans une immobilit� �ternelle. Les perspectives de l'enfer rendirent la mort plus redoutable. Elles firent de Dieu un juge cruel qui, ayant cr�� l'homme imparfait, le punissait de cette imperfection sans r�paration possible. Et de l� les progr�s de l'ath�isme, du mat�rialisme qui, � la longue, ont fait de la France une nation en majorit� sceptique, d�pourvue de ressort moral, de cette foi robuste et �clair�e qui rend le devoir facile, l'�preuve supportable et assigne � la vie un but pratique d'�volution et de perfectionnement.
Le joug f�odal et th�ocratique a longtemps pes� sur elle, puis, l'heure est venue o� elle a repris sa libert� de penser et de croire. Alors on a voulu passer au crible toute l'oeuvre des si�cles et, sans faire la part de ce qui �tait bon et beau, sous pr�texte de critique et d'analyse, on s'est livr� � un travail acharn� de d�sagr�gation. A un moment donn�, on ne voyait plus dans le domaine de la pens�e que des d�combres, rien ne restait debout de ce qui avait fait la grandeur du pass�, et nous ne poss�dions plus que la poussi�re des id�es.
Des �crivains de m�rite, des penseurs consciencieux se sont bien appliqu�s dans leurs oeuvres � faire ressortir la valeur et le prestige du druidisme, mais le fruit de leurs travaux n'a pas p�n�tr� dans les couches profondes de la nation. Nous avons m�me eu l'�tonnement de voir des universitaires, des membres distingu�s de l'enseignement, faire cause commune avec les th�ologiens pour d�nigrer, travestir les croyances de nos p�res. Le travail s�culaire de destruction a �t� si complet, la nuit a �t� si profonde sur leurs conceptions que rares �taient devenus ceux qui en go�taient encore la puissance et la beaut�.
Ce serait une grande cause de faiblesse, et par cons�quent un malheur pour la France, de rester d�pourvue de notions pr�cises sur la vie et sur la mort conformes aux lois de la nature et aux intuitions profondes de la conscience. Pendant des si�cles elle avait oubli� ses traditions nationales, perdu de vue le g�nie de sa race, ainsi que les r�v�lations donn�es � ses a�eux pour diriger sa marche vers un but �lev�.
Elle affirmait, cette r�v�lation, que le principe de la vie dans l'homme est indestructible, que les forces, les �nergies qui s'agitent en nous ne peuvent �tre condamn�es � l'inaction, que la personnalit� humaine est appel�e � se d�velopper � travers le temps et l'espace pour acqu�rir les qualit�s, les puissances nouvelles qui lui permettront de jouer un r�le toujours plus important dans l'univers.
Et voici que cette r�v�lation se r�p�te, se renouvelle. Comme aux �ges celtiques, le monde invisible intervient. Depuis pr�s d'un si�cle, la voix des Esprits se fait entendre sur toute la surface de la terre. Elle d�montre que, d'une fa�on g�n�rale, nos p�res n'avaient pas �t� tromp�s. Leurs croyances se trouvent confirm�es par les enseignements d'outre-tombe en tout ce qui concerne la vie future, l'�volution, la justice divine, en un mot, sur l'ensemble des r�gles et des lois qui r�gissent la vie universelle.
Gr�ce � cette lumi�re, l'infini s'est ouvert pour nous jusque dans ses intimes profondeurs. Au lieu d'un paradis b�at et d'un enfer ridicule, nous avons entrevu l'immense cort�ge des mondes, qui sont autant de stations que l'�me parcourt dans son long p�lerinage, dans son ascension vers Dieu, construisant et poss�dant en elle-m�me sa f�licit� et sa grandeur par les m�rites acquis. A la place de la fantaisie ou de l'arbitraire, partout se montrent l'ordre, la sagesse et l'harmonie.
Et c'est pourquoi aux g�n�rations qui se l�vent et cherchent un id�al susceptible de remplacer les lourdes th�ories scolastiques nous dirons : remontez avec nous � ces deux sources, qui n'en font qu'une, se confondant dans leur identit� ; remontez aux sources pures o� nos anc�tres ont tremp� leur pens�e et leur �me. Vous y puiserez la force morale, les qualit�s viriles, l'id�al �lev� sans lesquels la France serait vou�e � une d�cadence irr�m�diable, � la ruine et � la mort !
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Pendant des si�cles les Celtes ont occup� dans l'occident de l'Europe la m�me situation. Refoul�s par les bandes germaniques sur le continent, dans les �les britanniques par les invasions anglo-saxonnes, ils avaient perdu leur unit� mais non pas leur foi dans l'avenir. La Gaule �tait devenue la France, et l'on ne parlait plus sa langue originelle que dans la p�ninsule armoricaine. Quant aux �les, les Celtes s'y trouvaient r�partis en quatre peuples ou groupes diff�rents, s�par�s par des bras de mer ou de larges estuaires : ce sont l'Irlande, la haute Ecosse, le Pays de Galles et la Cornouaille.
Quelle force morale, quelle volont� opini�tre n'a-t-il pas fallu � cette race celtique pour maintenir sa langue, ses traditions, son caract�re propre ! L'histoire des pers�cutions subies par l'Irlande pendant dix si�cles est impressionnante. L'usage du ga�lique �tait interdit et chaque enfant qui en pronon�ait un seul mot � l'�cole �tait frapp� de la peine du fouet.
Et cependant l'Irlande, par sa t�nacit�, a triomph� de l'oppression anglaise. Aujourd'hui, l'Irlande a reconstitu� sa langue primitive. Elle est le seul pays o� ses accents retentissent comme langage officiel. Les Celtes d'outre-Manche et nous, n'avons plus le m�me verbe, mais nous avons la m�me pens�e ; sans nous parler nous nous comprenons toujours.
Dans la Bretagne fran�aise la pers�cution fut plut�t morale et religieuse. A tous les embl�mes du druidisme, � tous les noms sacr�s des anciens Celtes on a substitu� des symboles catholiques et des noms de saints. Les moindres souvenirs du culte ancestral ont �t� minutieusement expurg�s.
Dans les temps modernes, c'est aux Gallois que revient le m�rite d'avoir provoqu� le r�veil de l'�me celtique, c'est-�-dire d'avoir donn� l'impulsion � un courant d'opinion qui, en rapprochant les tron�ons �pars de la race, � r�tabli le contact entre eux.
Le mouvement panceltique, qui tend � faire converger vers un but commun les ressources et les forces des cinq groupes celtiques, a pris naissance dans le pays de Galles vers 1850. Il s'est d�velopp� rapidement et ses cons�quences promettent d'�tre vastes et profondes.
D�j� depuis 50 ans, malgr� la guerre mondiale, la situation des Celtes a bien chang�. L'Irlande a reconquis son ind�pendance ; la principaut� de Galles et l'�le de Man poss�dent leur pleine autonomie ; l'Ecosse travaille efficacement � r�aliser la sienne ; la Bretagne fran�aise seule est rest�e stationnaire.
Le premier but � atteindre �tait la sauvegarde des langues celtiques, palladium de la race enti�re. L'Irlande y a r�ussi ; les autres dialectes reprennent aussi force et vigueur dans leurs milieux respectifs. Les instituteurs qui les enseignent sont subventionn�s par la Ligue Celtique. Celle-ci suscite une unit� d'impulsion d'abord litt�raire et artistique mais qui, par la suite, devient peu � peu philosophique et religieuse.
D�s 1570 une assembl�e solennelle, dite Eisteddfod, fut pr�sid�e par William Herbert, comte de Pembroke, le grand patron de la litt�rature galloise et le m�me qui fonda la c�l�bre biblioth�que de n�o-gallois du ch�teau de Rhaglan, d�truite plus tard par Cromwell. Dans une autre r�union, tenue � Bowpyr, en 1681, sous la direction de Sir Richard Basset, les membres du Congr�s proc�d�rent � une r�vision compl�te des anciens textes bardiques : Lois et Triades. Les Eisteddfodau se sont succ�d�s r�guli�rement depuis 1819. Le Gorsedd qui les pr�pare, les organise et en assure la direction est un libre institut recrut� dans toutes les classes de la soci�t�[5] . Il fut dans le principe une cour de justice tenue par les druides. Malgr� les �clipses temporaires et les pers�cutions il s'est maintenu � travers les si�cles et c'est encore lui, � l'heure actuelle, qui pr�side au mouvement g�n�ral panceltique. Au si�cle dernier ce mouvement s'accentuait, les Eisteddfodau d'Abergavenny, de Caer-Marthen r�unissaient de nombreux repr�sentants des cinq grandes familles celtiques. Lamartine y envoyait son adh�sion sous la forme d'un po�me dont voici la premi�re strophe :
� Et puis nous vous disons : � O fils des m�mes plages !
� Nous sommes un tron�on du vieux glaive vainqueur ;
� Regardez-nous aux yeux, aux cheveux, aux visages ;
� Nous reconnaissez-vous � la trempe du coeur ? �
Puis vint le Congr�s de Saint-Brieuc, r�uni sous la convocation d'Henri Martin, d'H. de la Villemarqu� et d'un comit� de celtisants renomm�s. D'autres d�l�gations celtiques pass�rent la Manche pour fraterniser avec les Bretons fran�ais.
En retour, le Congr�s de Cardiff re�ut la visite de vingt et un de nos compatriotes. En 1897 des d�l�gu�s gallois furent envoy�s � Dublin pour participer � la restauration du Feiz-C�oil. A l'h�tel de ville de Dublin, sous la pr�sidence du lord-maire Sir James Henderson, Lord Castletown, descendant des anciens rois celtes, fit entendre ces paroles :
� La Ligue panceltique, qui a pris l'initiative du Congr�s, se propose uniquement de r�unir des repr�sentants des Celtes de toutes les parties du monde, pour manifester aux yeux de l'univers leur d�sir de pr�server leur nationalit� et de coop�rer � garder et � d�velopper les tr�sors de langue, de litt�rature et d'art que leur l�gu�rent leurs communs anc�tres. �
Des associations celtiques se fondaient en France, l'enseignement sup�rieur faisait une place � l'histoire et � la litt�rature celtiques. Des chaires sp�ciales �taient fond�es � la Sorbonne, au Coll�ge de France, en 1870 � Rennes et � Poitiers.
La Revue celtique fut cr��e et n'a pas cess� de para�tre, � Paris, sous la haute direction de Gaidoz et de d'Arbois de Jubainville. Apr�s la publication des oeuvres c�l�bres d'Henri Martin, Jean Reynaud, A. Thierry, un marin illustre, l'amiral R�veill�re, pouvait �crire :
� Il est dans l'ordre des choses que les Celtes, un jour ou l'autre, se groupent suivant leurs affinit�s, se constituent en f�d�rations pour la d�fense de leurs fronti�res naturelles et pour la propagation de leurs principes. Il faut que le panceltisme devienne une religion, une foi... L'oeuvre de notre �poque est double. C'est d'abord le renouvellement de la foi chr�tienne ent�e sur la doctrine celtique de la transmigration des �mes, doctrine seule capable de satisfaire l'intelligence par la croyance en la perfectibilit� ind�finie de l'�me humaine dans une s�rie d'existences successives. La seconde est la restauration de la patrie celtique et la r�union en un seul corps de ses membres aujourd'hui s�par�s. �
La France a envoy� parfois � ces Eisteddfodau d'illustres repr�sentants. On y a vu successivement MM. Henri Martin, Luzel, H. de la Villemarqu�, de Blois, de Boisrouvray, Rio de Francheville et, plus r�cemment, MM. Le Braz, Le Goffic, etc. Partout, les d�l�gations fran�aises furent re�ues en grand honneur, log�es en des ch�teaux ou en de riches maisons bourgeoises. Lorsqu'elles d�filaient dans les rues des antiques cit�s galloises ou � l'entr�e des Eisteddfodau, ses sonneurs de biniou en t�te jouant l'air national gallois la Marche des hommes de Harlech, les foules leur faisaient ovation. Pourtant, quel contraste avec ces d�l�gations �cossaises, compos�es de ces higdlanders de haute stature, avec leurs puissantes cornemuses, et comme pr�s d'elles nos binious avaient pi�tre mine !
A propos de cette Marche des hommes de Harlech M. Le Goffic rappelle un fait historique assez touchant. A la bataille de Saint-Cast, lorsque l'arm�e anglaise d�barquait sur les c�tes de Bretagne, une compagnie de fusiliers gallois s'avan�ait � la rencontre des hommes du duc d'Aiguillon qui d�fendaient le sol national. Des rangs de ceux-ci un chant s'�leva dans lequel les Gallois reconnurent l'hymne celtique. Aussit�t, ils s'arr�t�rent h�sitants, �tonn�s. L'officier anglais qui les commandait les interpella rudement, leur disant : � Avez-vous peur ? � - � Non, r�pondirent-ils, mais � l'air que chantent ces gens nous avons reconnu des hommes de notre race. Nous aussi, nous sommes Bretons ![6] �
La musique celtique, d'une m�lancolie p�n�trante, est riche et vari�e ; ses hymnes, ses m�lodies, ses chants populaires sont fort anciens et M. Le Goffic est port� � croire que les grands compositeurs allemands y ont fait de notables emprunts. Il est certain que Haendel a habit� longtemps l'Angleterre et a connu les m�lodies populaires galloises et �cossaises. Certains morceaux de Haydn et de Mozart ressemblent de tr�s pr�s � des airs anciens remontant � deux ou trois si�cles.
Ces Eisteddfodau, par leur c�r�monial, ont pu para�tre surann�es et susciter les railleries de certains critiques ignorants, mais voici ce qu'�crit � ce sujet un t�moin oculaire[7] :
� Ceux qui ont vu dans le cercle de pierres sacr�es se lever l'archidruide, grand vieillard blanc au pectoral d'or massif, la t�te ceinte d'un feuillage de ch�ne bronz�, et qui l'ont entendu psalmodier sur la foule, inclin�e et d�couverte, la pri�re solennelle du Gorsedd, ceux qui ont fait attention surtout � l'�motion religieuse de cette foule, au vaste sanglot qui la secouait, quand le h�rault d�roulait la liste fun�bre des bardes d�c�d�s, puis l'enthousiasme qui la redressait et l'illuminait toute, quand ce m�me h�rault entonnait l'air national gallois : la Terre des Anc�tres, repris � l'unisson par un choeur formidable de vingt mille voix, ceux-l� n'ont plus souri du spectacle et ont compris la magie puissante, la fascination myst�rieuse qu'il continue d'exercer sur l'�me impressionnable des Gallois. �
Depuis la grande guerre la propagande celtique a pris un nouvel essor. La Ligue celtique irlandaise organisa des f�tes et des r�unions solennelles p�riodiques, d'abord � Dublin, puis dans chacune des villes d'Irlande. Dans le pays de Galles, plusieurs Eisteddfodau se sont succ�d�s. Celle de 1923 fut pr�sid�e par l'archidruide de Galles assist� d'un archidruide australien et d'un autre de la Nouvelle-Z�lande.
Ces d�tails nous d�montrent que le mouvement celtique s'est propag� jusqu'aux antipodes. Partout les foules celtiques se portent avec passion � ces assembl�es o� on se livre � des joutes po�tiques et musicales, � des improvisations oratoires. Et par ces manifestations se renouvellent et s'affirment sans cesse la vitalit� de la race, sa volont� de rester unie dans une pens�e haute et grave, unie dans un id�al commun !
Ainsi se r�alise le r�veil celtique pr�vu par les bardes. A travers les dures vicissitudes de son histoire, la race celtique a toujours affirm� sa volont� de vivre, sa foi in�branlable en elle-m�me et dans son avenir et cela surtout aux heures o� tout semblait perdu. Mais son oeuvre est purement pacifique. Ce qui s'agite au fond de son �me, ce n'est pas un besoin de puissance mat�rielle, c'est seulement le sentiment de sa noble origine et celui de ses droits.
Ainsi que l'a dit Lord Castletown : � L'id�e celtique est une id�e de concorde et de fraternit� et cela est �crit partout dans les l�gendes et les dogmes philosophiques de la race. �
Tous les initi�s savent que le Celtisme r�novateur apportera � l'Europe ce compl�ment de la science et de la religion qui lui fait d�faut, c'est-�-dire une connaissance plus haute du monde invisible, de la vie universelle et de ses lois. C'est l�, en effet, le seul moyen d'att�nuer le d�clin des races blanches en orientant leur �volution vers un but plus �lev� et de meilleurs destins.
[1] M. d'Arbois de Jubainville, dans ses cours du Collège de France, se livrait parfois à une démonstration sur le tableau noir afin d'établir la parenté des langues indo-européennes. Il prenait un mot qu'il traduisait en gaëlique, en allemand, en russe, en sanscrit, en grec, en latin, et il se trouvait que, sous ces différentes traductions, ce mot avait une même racine.
[2]
Voir à la fin de l'ouvrage les messages d'Allan Kardec, n° 5 et 6 sur les courants celtiques, chap. XIII
[3] Voir mon ouvrage Christianisme et Spiritisme .
[4] Reproduit en Braille dans la Lumière du 15 janvier 1926. Cet article est inspiré par les témoignages du temps, et surtout de l'écrivain Lactance.
[5] D'après LE GOFFIC, l'Ame bretonne , t. I, p. 370. Champion, éditeur.
[6]
Voir LE GOFFIC, l'Ame bretonne , t. II, p. 289.
[7] LE GOFFIC, l'Ame bretonne , t. I, p. 371.
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