Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec


XVII. PHENOMENES PHYSIQUES. LES TABLES.


Les ph�nom�nes physiques se pr�sentent sous les formes les plus vari�es. La force qui sert � les produire se pr�te � toutes les combinaisons ; elle p�n�tre tous les corps, traverse tous les obstacles, franchit toutes les distances. Sous l�action d�une puissante volont�, elle peut d�composer et recomposer la mati�re compacte. C�est ce que d�montre le ph�nom�ne des apports ou transports de fleurs, fruits et autres objets � travers des murs, dans des chambres closes[1]. Zoellner, l�astronome allemand, observa la p�n�tration de la mati�re par une autre mati�re, sans qu�il f�t possible de distinguer une solution de continuit� dans l�un ou l�autre corps[2].

A l�aide de la force psychique, les entit�s agissant dans les manifestations parviennent � imiter les bruits les plus �tranges.

W. Crookes, dans son ouvrage d�j� cit�, rend compte de ce genre de ph�nom�nes[3] :

� Le nom populaire de raps (coups frapp�s) donne une id�e tr�s fausse de ces ph�nom�nes. A diff�rentes reprises, pendant mes exp�riences, j�ai entendu des coups d�licats qu�on e�t dits produits par la pointe d�une �pingle ; une cascade de sons per�ants comme ceux d�une machine � induction en plein mouvement; des d�tonations dans l�air ; de l�gers bruits m�talliques aigus ; des sons qui ressemblaient � des grattements ; des gazouillements comme ceux d�un oiseau, etc. �

Le c�l�bre chimiste estime que ces coups, qu�il dit � avoir sentis sur ses propres �paules et sur ses mains �, doivent �tre attribu�s, dans la plupart des cas, � des intelligences invisibles, puisque, au moyen de signaux convenus, on peut converser, pendant des heures enti�res, avec ces �tres (loc. cit., p. l47).

En pr�sence du m�dium Home, un accord�on, enferm� dans une cage ou suspendu dans l�air, jouait seul de douces m�lodies[4]. Le poids des corps augmentait ou diminuait � sa volont�. Une table devint alternativement lourde � ne pas pouvoir �tre soulev�e, ou si l�g�re qu�elle s�enlevait au moindre effort.

Home fut re�u par plusieurs souverains. L�empereur Alexandre II obtint, en sa pr�sence, une manifestation peu ordinaire :

� En pleine lumi�re, une main d�Esprit ouvrit un m�daillon qui se combinait avec un des boutons de l�uniforme port� par l�empereur et renfermait le portrait du czar�vitch d�c�d� ; une communication, dict�e par petits coups frapp�s sur le bouton, vint ensuite d�montrer au tsar que l�Esprit qui se manifestait �tait bien celui auquel il avait pens�[5]. �

Dans une s�ance m�morable, le 16 d�cembre 1868, � Ashley-house, � Londres, s�ance � laquelle assistaient lord Lindsay, lord Adare et le capitaine Wyne, son cousin, Home, entranc�, fut soulev� et projet� en dehors d�une fen�tre, suspendu au-dessus du sol de la rue, et rentra par une autre fen�tre.

Lord Lindsay fut appel� � t�moigner de ce fait devant la Soci�t� de dialectique[6] :

� Nous voyions Home �, dit-il, � flotter dans l�air en dehors de la fen�tre, � une distance de six pouces. Apr�s �tre rest� dans cette position pendant quelques secondes, il souleva l�autre fen�tre, glissa dans la chambre, les pieds en avant, et revint s�asseoir. Les deux fen�tres sont � soixante-dix pieds au-dessus du sol, �loign�es l�une de l�autre de sept pieds six pouces. �

Ces ph�nom�nes se produisaient en des demeures o� Home n�avait jamais p�n�tr� auparavant, et o� il n�e�t pu se livrer � aucun pr�paratif, ni recourir � des engins sp�ciaux.

Le 27 mai 1886, � Paris, le docteur Paul Gibier, pr�parateur au Mus�um d�histoire naturelle, observe, en pr�sence du m�dium Slade, un cas de l�vitation d�une table, qui se soul�ve, se retourne et va toucher le plafond de ses quatre pieds � en moins de temps qu�il ne faut pour le dire[7] �.

Dans un but d�exp�rimentation psychique, on a vu, depuis lors, des savants illustres : Ch. Richet, Lombroso, A. de Rochas, Flammarion, etc., poser les mains sur ces tables tant ridiculis�es, en compagnie d�Eusapia Paladino, le m�dium napolitain, et interroger le ph�nom�ne. De nombreuses photographies prises pendant ces s�ances montrent la table compl�tement d�tach�e du sol, alors que le m�dium a les mains et les pieds tenus par les op�rateurs.

Ces s�ances commenc�rent � Naples, en 1891, � la suite d�un d�fi port� par le chevalier Chiaia au professeur Lombroso[8]. Elles se renouvel�rent � Milan, en 1892 ; puis � Naples, en 1893 ; � Rome et � Varsovie, en 1894 ; en 1895, chez M. Ch. Richet, au ch�teau de Carqueiranne et � l��le Roubaud, sur la c�te de Provence ; en 1896, � l�Agn�las, chez le colonel de Rochas ; en 1897, � Montfort-l�Amaury, en pr�sence de M. Flammarion ; en 1901, � Auteuil, o� Sully-Prudhomme s�adjoignit aux exp�rimentateurs habituels[9].

D�autres s�ances eurent lieu au cercle Minerva, � G�nes, en 1901 ; elles ont eu un grand retentissement en Italie.

M. Vassallo, directeur du Secolo XIX, a r�uni en un volume[10] les rapports de ces s�ances, qu�il a suivies avec une attention scrupuleuse. Le 5 avril 1902, il donnait sur le m�me sujet et sous le titre : la M�diumnit� et la Th�orie spirite, � l�Association de la presse, � Rome, une conf�rence pr�sid�e par l�ex-ministre Luzzati, pr�sident de l�Association, dont tous les journaux italiens ont rendu compte avec �loges. Nous r�sumons :

� 1re s�ance. En pleine lumi�re, la table de sapin brut, � quatre pieds, longue d�un m�tre, se soul�ve, se d�tache du sol un grand nombre de fois et reste suspendue � dix centim�tres au-dessus du carrelage, sans qu�aucune main humaine la touch�t. Pendant ce temps, les mains d�Eusapia �taient tenues par ses voisins, qui contr�laient �galement les pieds et les jambes, de fa�on qu�aucune partie de son corps ne p�t exercer le moindre effort. �

� 2�me s�ance. Des coups violents, � briser la table, retentissent. Des mains apparaissent, dont on ressent les attouchements et les caresses, mains fortes et larges d�hommes, mains plus petites de femmes, menottes minuscules de b�b�s. Des l�vres invisibles se posent sur le front des assistants, et des baisers se font entendre. Des empreintes de mains invisibles sont obtenues dans la plastiline.

� 5e s�ance. Le m�dium, dont les mains sont toujours tenues, est soulev� avec sa chaise par une action occulte, sans heurts, sans secousses, par un mouvement lent, et suspendu en l�air, ses deux pieds et les pieds ant�rieurs de la chaise reposant sur la surface de la table, d�j� d�t�rior�e par les chocs. Le poids soulev� est de 70 kilogrammes et n�cessite une force consid�rable.

� Chose plus extraordinaire, de la surface de la table, Eusapia, avec sa chaise, est encore l�vit�e, de telle sorte que le professeur Porro, astronome, et une autre personne peuvent passer leurs mains sous ses pieds et ceux de la chaise, sans accord pr�alable et avec une parfaite concordance d�impressions.

� Le fait de se d�tacher de la table d�note, plus encore que celui de se d�tacher du sol, l�intervention d�une force extrins�que au m�dium, intelligente, calculatrice, qui a su proportionner les actes aux r�sultats et �viter un accident toujours possible, �tant donn� le poids d�Eusapia, l�appui pr�caire d�une table � moiti� bris�e et le fait que deux pieds de la chaise se trouvaient suspendus dans le vide.

� 6e s�ance. Transport d�objets sans contacts : fleurs, anneaux, instruments de musique, ardoises, boussole et surtout d�un de ces dynamom�tres qui servent � mesurer la force avec laquelle une main peut serrer un ressort ; quatre ou cinq fois, comme par un jeu, ce dynamom�tre est enlev� � son propri�taire qui l�avait remis � z�ro, puis rendu chaque fois avec des indications variant depuis un maximum correspondant � une force hercul�enne jusqu�� un minimum pareil �. la force d�un petit enfant.

� Comment attribuer �, dit le professeur Porro, � � un d�gagement d�Eusapia un processus aussi compliqu� d�actes volitifs et conscients, accompagn�s d�une graduation aussi sage d�effets dynamiques ? Pourrait-elle simuler tour � tour diverses entit�s et d�velopper en chaque cas une force � leur mesure ? �

Au cours des s�ances suivantes, des mat�rialisations se produisirent, dont nous parlerons au chapitre sp�cialement consacr� � ce genre de manifestations.

Le docteur Ochorowicz, de Varsovie, a obtenu, en plein jour et souvent � volont�, avec le concours du m�dium Mlle Stanislawa Tomczyk, des d�placements sans contact d�objets mat�riels : crayons, aiguilles, tubes � exp�riences, etc. Il a pu les photographier suspendus dans le vide[11].

C�est par erreur que l�on a consid�r� le ph�nom�ne de la l�vitation comme une violation des lois de la pesanteur. Il d�montre simplement l�action d�une force et d�une intelligence invisibles. Le m�dium ne saurait trouver en lui seul le pouvoir de s��lever sans point d�appui et de rester suspendu. Il faut admettre n�cessairement l�intervention d�une volont� �trang�re, qui accumule la force fluidique en quantit� suffisante pour contre-balancer le poids du  m�dium ou des objets l�vit�s et les d�tacher du sol. Les fluides sont emprunt�s en partie au m�dium lui-m�me, qui, dans ce cas, joue le r�le de pile, puis aux autres personnes pr�sentes et, s�il y a insuffisance, � d�autres Entit�s invisibles, qui pr�tent leur concours � l�op�rateur.

Il en est de m�me pour les raps ou coups frapp�s. Ces bruits sont produits par la condensation et la projection d�amas fluidiques sur des corps durs. Parfois ces amas sont lumineux. On lit, dans les notes de M. Livermore[12] :

� Une boule lumineuse du volume d�une orange, paraissant retenue par un point d�attache, rebondissait sur la table, et un coup r�sonnait chaque fois que la boule retombait sur le plateau de cette table. �

Tous ces ph�nom�nes se rapportent, on le voit, aux lois physiques connues. Il suffit seulement d��tendre l�application de ces lois au monde invisible comme au monde visible ; d�s lors tout s�explique et s��claire. Il n�y a, en tout ceci, rien de surnaturel. Le spiritisme est une science qui nous apprend � conna�tre la nature et l�action des forces occultes comme la m�canique nous fait conna�tre les lois du mouvement, et l�optique, celles de la lumi�re. Ses ph�nom�nes viennent s�ajouter aux ph�nom�nes connus, sans alt�rer ni d�truire l�ordre imposant, qui les r�git. Elle en �largit simplement le champ d�action, en m�me temps qu�elle nous fait p�n�trer les ultimes profondeurs de la nature et de la vie.

Les tables ne jouent pas seulement un r�le important dans les manifestations physiques spontan�es. Elles ont aussi une part dans les ph�nom�nes d�ordre intellectuel.

Les tables tournantes et parlantes ont suscit� bien des critiques et des railleries ; mais, comme l�a dit Victor Hugo : � Cette raillerie est sans port�e. � Si, laissant de c�t� le persiflage st�rile et oiseux, nous consid�rons le fait en lui-m�me, que verrons-nous dans les manifestations de la table ? Presque toujours le mode d�action d�un �tre intelligent et conscient.

La table est un des meubles les plus faciles � d�placer. On le trouve partout, dans tous les appartements. C�est pourquoi il est utilis� de pr�f�rence. Ce qu�il faut voir avant tout dans ces faits, ce sont les r�sultats acquis, et non pas l�objet qui a servi � les produire. Lorsque nous lisons une belle page, ou que nous contemplons un tableau, songeons-nous � la plume qui l�a �crite, au pinceau qui l�a ex�cut� ? La table n�a pas plus d�importance ; elle n�est que l�instrument vulgaire transmettant la pens�e des Esprits. Selon les manifestants, cette pens�e sera tour � tour banale, grossi�re, spirituelle, malicieuse, po�tique ou sublime. Les chercheurs, qui re�oivent, par ce moyen, des marques d�affection des �tres qu�ils ont aim�s, oublient facilement l�insignifiance du proc�d� employ�.

Certains mouvements de la table peuvent, il est vrai, �tre attribu�s � l�action de forces ext�rioris�es par les assistants et transmises par leurs mains au meuble. Dans ces exp�riences, il faut toujours faire la part des mouvements involontaires des op�rateurs, lorsqu�il s�agit de ph�nom�nes physiques, et de la suggestion, lorsqu�il s�agit du fait intellectuel.

Cependant, dans la plupart des cas, ces deux causes sont insuffisantes pour expliquer les ph�nom�nes. D�abord le contact des mains n�est pas toujours n�cessaire pour provoquer les mouvements. Faraday, Babinet, Chevreul et d�autres savants, pour r�soudre le probl�me, avaient adopt� la th�orie des mouvements musculaires inconscients. Mais voici que les tables s�agit�rent en dehors de tout contact humain. C�est ce qu��tablirent les exp�riences de Robert Hare et de W. Crookes, qui contr�l�rent les mouvements du meuble au moyen d�appareils enregistreurs employ�s dans les laboratoires de physique.

Un rapport du Comit� d�sign� par la Soci�t� dialectique de Londres, en 1869[13], vint confirmer leurs d�ductions. Il concluait ainsi[14] : 1� une force �manant des op�rateurs peut agir sans contact ou possibilit� de contact sur des objets mat�riels ; 2� elle est fr�quemment dirig�e avec intelligence.

Les exp�riences poursuivies, pendant plusieurs ann�es, � Paris, rue de Beaune, n� 2, par Eug�ne Nus, le spirituel �crivain, auquel se joignirent le peintre Ch. Brunier, le compositeur Allyre Bureau, l�ing�nieur Franchot, etc., sont parmi les plus c�l�bres. Nous les rappellerons succinctement[15].

On s�y sert d�abord d�une table � manger, lourde et massive, qui se l�ve sur deux pieds et reste immobile en �quilibre. Une �nergique pes�e suffit � peine � la ramener � sa position normale.

On essaie ensuite avec un gu�ridon, qui, plus l�ger, gambade, se dresse sous les mains, imite le mouvement du berceau et le roulis de la vague. � Ce n�est plus une chose. C�est un �tre. Il n�a besoin, pour comprendre, ni de paroles, ni de gestes, ni de signes. Il suffit de vouloir, et, prompt comme la pens�e, il va, vient, s�arr�te, se dresse sur ses deux pieds et ob�it. �

Il parle... � l�aide de coups frapp�s, dicte des sentences, des enseignements, des phrases d�licates ou profondes. Par exemple : � La solitaire exp�rimentation est la source des erreurs, des hallucinations, des folies. Pour faire utilement des exp�riences, il faut �tre pr�occup� de Dieu. �levez vos �mes � Dieu pour �tre revivifi�s contre les affaissements douteurs. �

On lui demande de parler anglais. Elle le fait d�une fa�on tr�s po�tique. Plusieurs expressions inconnues des assistants ne peuvent �tre traduites qu�� coups de dictionnaire.

Puis viennent les d�finitions en douze mots : � Je d�fie, dit Eug. Nus, toutes les Acad�mies r�unies, de formuler brusquement, instantan�ment, sans pr�paration, sans r�flexion, des d�finitions circonscrites en douze mots, aussi nettes, aussi compl�tes et souvent aussi �l�gantes que celles improvis�es par notre table. �

En voici quelques-unes :

Harmonie : L��quilibre par fait de l�ensemble et des parties entre elles.

Amour : Pivot des passions mortelles ; force attractive des sens ; �l�ment de continuation.

Religion future : Id�al progressif pour dogme, arts pour culte, nature pour �glise.

� Parfois, ajoute l��crivain, nouvelle preuve de la spontan�it� du ph�nom�ne, nous refusions d�accepter une d�finition. La table recommen�ait imm�diatement et nous dictait une autre phrase de douze mots, toute nouvelle.

� D�autres fois, nous arr�tions le ph�nom�ne pour chercher nous-m�mes la fin de la phrase et nous ne la trouvions jamais. Un exemple : la table nous donnait la d�finition de la foi : � La foi d�ifie ce que le sentiment r�v�le et...

� Et..., quoi ? dis-je tout � coup en arr�tant le gu�ridon pour l�emp�cher d�achever sa dict�e : plus que trois mots. Cherchons ! - Nous nous regardons, nous r�fl�chissons, et nous restons bouche b�ante. Enfin nous rendons � la table la libert� de ses mouvements, et elle ach�ve tranquillement sa phrase : �... et la raison explique. �

� Quelque volont� que nous eussions de nous borner au r�le d�exp�rimentateurs, il ne nous �tait pas possible de rester indiff�rents aux affirmations de cet interlocuteur myst�rieux, qui posait et imposait son �trange personnalit� avec tant de nettet� et d�ind�pendance, sup�rieur � tous tant que nous �tions, au moins dans l�expression et la concentration des id�es, et parfois nous ouvrant des aper�us dont chacun convenait de bonne foi n�avoir jamais eu l�intuition. �

La m�me table composa des m�lodies. F�licien David en entendit l�ex�cution et en fut charm�. Il y avait entre autres : le Chant de la terre dans l�espace ; le Chant de la mer ; la M�lodie du vent ; le Chant de l�astre satellite lunaire ; le Chant de Saturne, de Jupiter de Vesta ; l�Adoration, etc.[16]

Des messages furent dict�s par coups frapp�s, non plus sur le parquet, mais dans la table m�me. Puis ce fut le crayon de Ch. Brunier, devenu m�dium �crivain, qui interpr�ta la pens�e de l�invisible visiteur. A une question pos�e par Eug. Nus : Qu�est-ce que le devoir ? il r�pondait : � Le devoir est l�accomplissement librement voulu de la destin�e de l��tre intelligent. Le devoir est proportionnel au degr� de l��tre, dans la grande hi�rarchie divine n�cessaire. Je dis ce mot n�cessaire, parce que, toujours, la n�cessit� implique Dieu. �

� Une comparaison pour d�finir la pri�re : � Supposons un �tre repr�sent� par un cercle. Cet �tre a une vie interne et une vie externe. Sa vie externe ou rayonnante, ou expansion divine, part du point qui est au centre et d�passe le cercle qui correspond au fini pour aller dans l�infini. C�est donc l��l�vation dans la vie. � En religion actuelle, cela s�appelle, au point de vue de la pri�re, simple �l�vation � Dieu. Sondez ces trois mots et vous pourrez conclure avec la science. �

Le myst�rieux interlocuteur d�Eug. Nus ne s�est pas fait conna�tre[17]. Mais, en d�autres cas, des personnalit�s invisibles absolument inconnues des exp�rimentateurs, se sont affirm�es par la table, et leur identit� a pu �tre �tablie d�une mani�re pr�cise.

C�est, entre autres, le cas d�Anastasie P�r�lyguine, d�c�d�e � l�h�pital de Tambov (Russie) en novembre 1887, et qui se manifesta spontan�ment par la table le lendemain de sa mort, dans la maison de M. Nartzeff, � un groupe de personnes, dont aucune ne connaissait son existence[18].

Puis c�est Abraham Florentine, soldat de la milice am�ricaine, mort le 5 ao�t 1874 � Broocklyn (�tats-Unis), qui se communique � Shanklyn, �le de Wight (Angleterre), le m�me mois, indiquant, d�une fa�on tr�s nette, son �ge, son adresse, avec force d�tails sur sa vie pass�e. Il r�sulte d�une minutieuse enqu�te que tous ces d�tails �taient exacts[19].

Les preuves d�identit� obtenues au moyen de la table sont nombreuses, mais beaucoup sont perdues pour la publicit� et pour la science, par suite du caract�re d�intimit� qui s�attache � ces manifestations. Bien des �mes sensibles redoutent de livrer � la curiosit� publique le secret de leurs attachements et de leurs douleurs.

Le docteur Chazarain a fait part de deux communications de cet ordre au Congr�s de Paris de 1900, dans les termes suivants[20] :

� Pendant dix ans, dans un groupe familial que je pr�sidais et dont le m�dium (ma fille Jeanne) n�avait que treize ans lorsque nos s�ances commenc�rent, nous avons communiqu� de la mani�re la plus heureuse avec nos amis de l�Au-del�, car ils nous ont donn�, sur la vie de l�espace, des instructions d�un m�rite qu�on rencontre rarement.

� La premi�re communication, du 16 mai 1888, r�pondait � la grande douleur que m�avait caus�e la mort de mes deux meilleurs amis, d�c�d�s deux mois auparavant, � quelques jours d�intervalle l�un de l�autre. La voici :

� Voudriez-vous entendre le concert joyeux qui se produit l�-haut, lorsqu�une �me ch�re et attendue fait sa rentr�e dans le monde des Esprits ? D�sireriez-vous contempler, le spectacle du bonheur du revoir ?

� Oh ! nous qui avons �prouv� ces joies, nous voudrions pouvoir vous les faire partager. Mais h�las ! pourquoi faut-il que trop souvent notre bonheur soit troubl� par vos tristesses ? Lorsque l�un de vous est m�r pour le pays des �mes, il lui faut s��lever au-dessus des souffrances terrestres et briser tous les liens qui l�attachent � la terre. Rien ne saurait le retenir ni l�encha�ner plus longtemps ; semblable au prisonnier, � qui la libert� est rendue, il s�envole vers les horizons nouveaux qui lui sont ouverts. Oh ! ne pleurez pas trop sur vos chers envol�s, car, apr�s avoir connu les amertumes de la s�paration, vous conna�trez aussi les douceurs du revoir. �

Les tables furent consult�es par de hautes intelligences. Mme E. de Girardin, gr�ce � elles, conversait avec des Esprits de choix. Auguste Vacquerie, dans les Miettes de l�Histoire, raconte qu�� Jersey elle initia � ces pratiques toute la famille de Victor Hugo. Nous lui empruntons ce r�cit �mouvant :

� Un soir, la table �pela le nom d�une morte vivante dans tous ceux qui �taient l�... Ici la d�fiance renon�ait : personne n�aurait eu le c�ur ou le front de se faire, devant nous, un tr�teau de cette tombe. Une mystification �tait d�j� bien difficile � admettre, mais une infamie ! Le soup�on se serait m�pris� lui-m�me. Le fr�re questionna la s�ur qui sortait de la mort pour consoler l�exil ; la, m�re pleurait ; une inexprimable �motion �treignait toutes les poitrines ; je sentais distinctement la pr�sence de celle qu�avait arrach�e le dur coup de vent. O� �tait-elle? Nous aimait-elle toujours ? �tait-elle heureuse ? Elle r�pondait � toutes les questions ou r�pondait qu�il lui �tait interdit de r�pondre. La nuit s��coulait, et nous restions l�, l��me clou�e sur l�invisible apparition. Enfin elle nous, dit : � Adieu ! � et la table ne bougea plus. �

Apr�s le d�part de Mme de Girardin, le grand exil� continua ces entretiens myst�rieux et les consigna en plusieurs cahiers, que M. Camille Flammarion a pu compulser, et dont il a publi� des fragments dans les Annales politiques et litt�raires du 7 mai 1899. Il y est dit ceci :

� Mme Victor Hugo[21] et son fils Fran�ois �taient presque toujours � la table. Vacquerie et quelques autres ne s�en approchaient qu�alternativement, Hugo jamais. Il remplissait le r�le de secr�taire, �crivant, � l��cart, sur des feuillets, les dict�es de la table. Celle-ci, consult�e, annon�ait, g�n�ralement la pr�sence de po�tes, d�auteurs dramatiques et autres personnages c�l�bres, tels que Moli�re, Shakespeare, Galil�e, etc. Mais la plupart du temps, lorsqu�on les interrogeait, � la place du nom qu�on attendait, la table frappait celui d�un �tre imaginaire, par exemple celui-ci qui revient, souvent : l�Ombre du s�pulcre.

� Un jour, les Esprits demand�rent qu�on les interroge�t en vers. Victor Hugo d�clara qu�il ne savait pas improviser de la sorte, et demanda de remettre la s�ance. Le lendemain, Moli�re ayant dict� son nom, l�auteur de la L�gende des Si�cles prononce les vers suivants :

Victor Hugo � Moli�re.

Toi qui du vieux Shakespeare as ramass� le ceste,

Toi qui, pr�s d�Othello, sculpta le sombre Alceste,

Astre qui resplendis sur un double horizon,

Po�te au Louvre, archange au ciel, � grand Moli�re !

Ta visite splendide honore ma maison.

Me tendras-tu l�-haut ta main hospitali�re ?

Que la fosse pour moi s�ouvre dans le gazon,

Je vois sans peur la tombe aux ombres �ternelles,

Car je sais que le corps y trouve une prison,

Mais que l��me y trouve des ailes !

� On attend. Moli�re ne r�pond pas. C�est encore l�Ombre du s�pulcre, et, vraiment, nul ne peut lire cette r�ponse sans �tre frapp� de son ironique grandeur :

L�Ombre du s�pulcre � Victor Hugo.

Esprit qui veux savoir le secret des t�n�bres,

Et qui, tenant en main le terrestre flambeau,

Viens, furtif, � t�tons, dans nos ombres fun�bres

Crocheter l�immense tombeau !

Rentre dans ton silence et souffle tes chandelles !

Rentre dans cette nuit dont quelquefois tu sors.

L��il vivant ne lit pas les choses �ternelles

Par-dessus l��paule des morts !

� La le�on �tait dure. Indign� de la conduite des Esprits, Victor Hugo jeta son cahier et quitta la salle. �

� Les communications dict�es par la table de Jersey �, conclut M. Flammarion, � sont d�une grande �l�vation de pens�e et d�une langue superbe. L�auteur des Contemplations a toujours cru qu�il y avait l� un �tre ext�rieur, ind�pendant de lui, parfois m�me hostile, discutant avec lui et le rivant � sa place. Et pourtant, en parcourant ces trois cahiers, on ne peut se d�fendre de l�id�e que c�est l� du Victor Hugo, parfois m�me du Victor Hugo sublime.

� Loin de moi la pens�e d�accuser un seul instant, ni V. Hugo, ni Vacquerie, ni aucun des assistants d�avoir trich�, d�avoir consciemment cr�� des phrases pour les reproduire par le mouvement de la table. A cet �gard, pas de discussion. Il ne reste donc que deux hypoth�ses : ou une action inconsciente de l�esprit de V. Hugo, d�un ou de plusieurs assistants ; ou la pr�sence d�un Esprit ind�pendant. �

Nous ne saurions partager l�h�sitation de M. Flammarion devant ce probl�me. Les vers de l�Ombre du s�pulcre ne sont pas l��uvre de Victor Hugo, puisqu�il d�clare � l�avance � ne pas savoir improviser �, et qu�il s�irrite de la r�ponse hautaine et spontan�e de l�Esprit. S�il n�est pas admissible qu�il ait voulu s�infliger une le�on � lui-m�me, le respect dont il �tait l�objet permet encore moins d�attribuer, cette pens�e aux personnes de son entourage. D�ailleurs, on nous le dit, il n��tait jamais � la table. Quant au langage, n�oublions pas que les Esprits n�en font pas usage entre eux, mais communiquent simplement par la pens�e. Ils n�emploient le langage articul� que par rapport � nous et toujours dans la forme qui nous est habituelle. Quoi d��tonnant � ce qu�un Esprit d�une grande �l�vation, comme para�t �tre l�interlocuteur de Victor Hugo, ait voulu parler au po�te dans son propre langage ? Tout autre style e�t �t� au-dessous des circonstances et du milieu.

Les ph�nom�nes de la table ont amen� des adh�sions nombreuses au spiritisme. La table qui se dresse et bondit, avec ou sans contact, et dicte des mots impr�vus, impressionne les sceptiques, �branle les incr�dules. Mais les convictions ne se fixent et ne se consolident que lorsque le ph�nom�ne rev�t un caract�re intelligent et fournit des preuves d�identit�. Sans cela, l�impression premi�re se dissipe vite, et on arrive � expliquer le fait par une tout autre cause que l�intervention des Esprits.

Les faits purement physiques sont impuissants � faire des convictions durables. Le professeur Charles Richet le reconna�t lui-m�me. Il a vu, � Milan, � Rome, � Paris, des manifestations tr�s significatives ; il a sign� des proc�s-verbaux concluants ; mais peu apr�s, par la force de l�habitude, il retombe dans ses h�sitations d�antan.

� Notre conviction �, dit-il dans son discours prononc�, en 1899, � la Soci�t� anglaise des recherches psychiques[22], � celle des hommes qui ont vu, devrait servir � convaincre les autres ; mais, au contraire, c�est la conviction n�gative de ceux qui n�ont rien vu et ne devraient rien dire, qui affaiblit et arrive � d�truire la n�tre. �

Nous venons de voir, dans les cas cit�s, que la table peut devenir l�instrument d�Esprits �minents. Ces cas sont assez rares. Le plus souvent, ce sont des �mes de faible intelligence qui se manifestent par ce proc�d�. Leurs communications sont g�n�ralement banales ou m�me grossi�res et sans valeur. Plus l�Esprit est inf�rieur, plus il lui est facile d�agir sur les objets mat�riels. Les Esprits avanc�s ne se servent de la table qu�exceptionnellement et � d�faut d�un autre moyen. Le contact et la manipulation des fluides n�cessaires aux manifestations de ce genre impose un certain malaise aux Esprits de nature subtile et d�licate ; mais, bien souvent aussi, leur affection, leur sollicitude pour nous leur fait surmonter bien des difficult�s.

Les manifestations de la table ne sont que le vestibule du spiritisme, un acheminement vers des ph�nom�nes plus nobles et plus instructifs. Ne vous attardez pas aux exp�riences physiques ; mais, lorsque vous en aurez retir� ce qu�elles peuvent vous procurer de certitude, cherchez des modes de communication plus parfaits, susceptibles de vous conduire � la v�ritable connaissance de l��tre et de ses destin�es.

 

[1] RUSSEL WALLACE, le Moderne Spiritualisme, p. 226 ; W. CROOKES, Recherches sur le Spiritualisme, pp. 164 et 167.

[2] EUG�NE NUS, Choses de l'autre monde, pp. 362, 393 ; ZOELLNER, Wissenschaftliche Abhandlungen.

[3] Pages 145, 146, 147.

[4] LOUIS GARDY, le M�dium D. Home, p. 41.

[5] Life and Mission, p. 363. Traduit par L. GARDY, le M�dium Home, p. 39.

[6] Voir Quarterly Journal of Science, janvier 1874, et W. CROOKES, loc. cit., P. 151.

[7] Docteur PAUL GIBIER, Spiritisme ou Fakirisme occidental, p. 326.

[8] Voir Apr�s la mort, p. 206. Le professeur Lombroso, dans le proc�s-verbal, constate � qu'un buffet s'avan�ait seul au milieu de la salle comme un pachyderme �.

[9] Voir Revue des �tudes psychiques, janvier 1902, p . 13.

[10] VASSALLO, Nel Mondo degl' Invisibili. Rome, Voghera, �dit.

[11]Voir Annales des Sciences psychiques, 1910, toute l'ann�e.

[12] R. DALE OWEN, Territoire contest�, 25, s�ance.

[13] Voir W. CROOKES, loc. cit., pp. 149,150.

[14]Voir le rapport in extenso : EUGENE NUS, Choses de l'autre monde, p. 234.

[15] Voir EUGENE NUS, Choses de l'autre monde, pp. 2 � 218.

[16]Voir EUGENE NUS, Choses de l'autre monde, pp. 92 � 103.

[17] Certains critiques ont cru pouvoir expliquer les manifestations de la rue de Beaune par la th�orie de l'inconscient ou subliminal des exp�rimentateurs. Si quelques-uns des ph�nom�nes obtenus paraissent justifier cette explication, l'ensemble des faits y �chappe absolument. Il y a contradiction fr�quente entre les vues, les opinions, les connaissances du manifestant et celles des op�rateurs.

[18]Voir AKSAKOF, Animisme et Spiritisme, pp. 437 � 440, la reproduction des proc�s-verbaux et de toutes les pi�ces se rapportant � ces deux cas d'identit�. Voir aussi le cas de Louis Constant, cit� par EUGENE NUS, dans son ouvrage, A la Recherche des destin�es, p. 224.

[19] Voir AKSAKOF, Animisme et Spiritisme, pp. 437 � 440, la reproduction des proc�s-verbaux et de toutes les pi�ces se rapportant � ces deux cas d'identit�.

[20]Voir Compte rendu du Congr�s spirite et spiritualiste de 1900, pp. 104 � 109. On trouvera aussi, pp. 110, 120, 121, quatre cas d'identit� obtenus par la table.

[21]Reproduit par le Journal du 20 juillet 1899.

[22] Revue scientifique et morale du Spiritisme, 1900, p. 517.

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