|
|
Au premier rang des abus que nous devons signaler, il faut placer les fraudes, les supercheries. Les fraudes sont, ou conscientes et voulues, ou bien inconscientes ; dans ce dernier cas, elles sont provoqu�es, soit par l�action d�Esprits malfaisants, soit par des suggestions exerc�es sur le m�dium par les exp�rimentateurs et les assistants.
Les fraudes conscientes proviennent, tant�t de faux m�diums, tant�t de m�diums v�ritables, mais d�loyaux, qui ont fait de leur facult� une source de profits mat�riels. M�connaissant la noblesse et l�importance de leur mission, d�une qualit� pr�cieuse, ils font un moyen d�exploitation et ne craignent pas, lorsque le ph�nom�ne se d�robe, de le simuler par des artifices.
Les faux m�diums se rencontrent un peu partout. Les uns ne sont que de mauvais plaisants qui s�amusent aux d�pens du vulgaire et se trahissent eux-m�mes, t�t ou tard.
Il en est d�autres, industriels habiles, pour qui le spiritisme n�est qu�une marchandise ; ils s�ing�nient � imiter les manifestations en vue du gain � r�aliser. Plusieurs ont �t� d�masqu�s en pleine s�ance ; quelques-uns ont �t� la cause de proc�s retentissants. Dans cet ordre de faits, on a vu se produire les plus audacieuses fourberies[1]. Certains hommes, se jouant de la bonne foi de ceux qui les consultent, n�ont pas h�sit� � profaner les sentiments les plus sacr�s et � jeter la suspicion sur une science et des doctrines qui peuvent �tre un moyen de r�g�n�ration. Le sentiment de leur responsabilit� leur �chappe le plus souvent, mais la vie d�outre-tombe leur r�serve des surprises d�sagr�ables.
Le mal que ces fourbes ont fait � la v�rit� est incalculable. Leurs man�uvres ont d�tourn� bien des penseurs de l��tude s�rieuse du spiritisme. Aussi est-il du devoir de tout honn�te homme de les d�masquer, de les fl�trir. Le m�pris dans ce monde, le remords et la honte dans l�autre, voil� ce qui les attend. Car tout se paie, nous le savons ; le mal retombe toujours sur celui qui l�a caus�.
Il n�est rien de plus vil, de plus m�prisable, que de battre monnaie avec la douleur des autres, de contrefaire pour de l�argent les amis, les �tres chers que nous pleurons, de faire de la mort elle-m�me une sp�culation �hont�e, un objet de falsification !
Le spiritisme ne saurait �tre rendu responsable de tels agissements. L�abus ou l�imitation d�une chose ne peut rien faire pr�juger contre la chose elle-m�me. Ne voyons-nous pas les ph�nom�nes de la physique imit�s fr�quemment par les faiseurs de tours et cela d�montre-t-il quoi que ce soit contre la science v�ritable ? Le chercheur intelligent doit se tenir sur ses gardes et faire un usage constant de sa raison. S�il est quelques officines o�, sous pr�texte de manifestations, on se livre � un trafic odieux, il est de nombreux cercles compos�s de personnes dont le caract�re, la position, l�honorabilit� sont autant de garanties de sinc�rit� et o� aucun soup�on de charlatanisme ne saurait p�n�trer.
�
� �
Il est arriv�, disons-nous, que certains m�diums, dou�s de facult�s remarquables, n�ont pas craint de m�ler, dans leurs s�ances, les supercheries aux faits r�els, dans le but d�accro�tre leurs profits ou leur renom.
On se demandera peut-�tre comment les habitants de l�Au-del� consentent � pr�ter leur concours � des �tres aussi indignes. La r�ponse est facile. Ces Esprits, dans leur ardent d�sir de se manifester � ceux qu�ils ont aim�s sur la terre, trouvant en ces m�diums les �l�ments n�cessaires pour se mat�rialiser, appara�tre et d�montrer ainsi leur survivance, n�h�sitent pas � utiliser les moyens qui s�offrent � eux, malgr� l�indignit� des sujets.
C�est ce qui eut lieu, en 1906, 1907, 1908, au cours de s�ances donn�es � Paris par un m�dium �tranger, et dont j�ai d�j� parl� dans la pr�face de cet ouvrage.
Le 18 juin 1908, chez M. David, boulevard des Batignolles, le m�dium �tant assis en dehors du cabinet de mat�rialisations, en demi-lumi�re, dans le cercle des assistants, on vit se former un bras, qui semblait sortir d�un angle de la salle. Il d�crivit un mouvement circulaire et vint me toucher la t�te, ainsi qu�au r�v�rend Benezech, pasteur protestant, assis pr�s de moi. Un fant�me vaporeux sortit du parquet, se dressa sous les regards de tous ; une voix en sortit, qui fit entendre un nom bien connu. Puis il s�affaissa et s��vanouit graduellement dans le parquet. Le m�dium, tr�s �veill�, signalait lui-m�me ces ph�nom�nes, au moment où ils se produisaient sur des points de la salle qu�il n�aurait pu atteindre.
A la s�ance du 12 juillet, chez Mme Corn�ly, j��tais plac� � l�entr�e du cabinet, devant l�ouverture des rideaux. Un Esprit de taille enfantine, n�gligeant cette ouverture, traversa l��toffe, � ma gauche, pr�s de M. Debrus, assis derri�re moi, et pronon�a ces mots : Marie, R..o..s..e, puis : papa, maman ! Il toucha M. Debrus, et l�on vit son joli bras rond s�allonger au-dessus de sa t�te et de la mienne. M. et Mme Debrus sont convaincus d�avoir vu l� une apparition de leur propre fille, d�c�d�e � Valence, le 4 novembre 1902, et dont j�ai parl� dans le Probl�me de la Destin�e. Dans ce cas, la simulation nous parut impossible, le m�dium n�ayant jamais connu la jeune fille.
L�authenticit� de ces ph�nom�nes est incontestable, car ils avaient lieu en d�excellentes conditions de contr�le. Il n�en fut pas de m�me par la suite. D�s que le m�dium s��tait retir� sous les tentures et que l�obscurit� �tait faite, des bruits significatifs se faisaient entendre. Au cours des onze s�ances auxquelles j�assistai, j�acquis la certitude que le m�dium se d�shabillait, �tait ses chaussures, puis se grimait pour simuler les apparitions.
A l�une des s�ances tenues chez Mme Noeggerath, rue Milton, deux dames plac�es favorablement pour bien observer, alors que j��tais assis plus loin, virent distinctement le m�dium d�v�tu, accroupi, puis allong� sur le parquet, se relevant peu � peu pour soulever le tulle flottant qui lui servait � imiter les fant�mes. Ces dames, dont l�une �tait Mlle Noeggerath, me firent part s�par�ment de leurs impressions, qui concordaient, avant de s��tre entretenues du fait observ�.
Le 9 septembre, M. Drubay, spirite int�gre et convaincu, trouva chez lui, au lendemain d�une s�ance, en d�faisant le cabinet de mat�rialisations, un lambeau de tulle de soie, d�une grande finesse, qui semblait d�tach� ou arrach� d�un morceau plus grand. Quelques jours apr�s, au local de la Soci�t� des �tudes psychiques, rue du Faubourg Saint-Martin, dans les m�mes conditions, il ramassait un chiffon noir, assez long, fortement impr�gn� d�une odeur de santal et de rose combin�e, que l�on respire � certains moments des s�ances et que le m�dium pr�tendait provenir des Esprits. En r�sum�, plus de vingt t�moins constat�rent les fraudes, au cours de s�ances ult�rieures[2]. L�engagement formel qu�ils avaient pris d�observer le r�glement, les emp�cha seul de d�masquer le coupable.
Les Annales des Sciences psychiques ayant d�nonc� ces agissements, je crus devoir �lever la voix � mon tour pour d�gager nos responsabilit�s et celle d�une cause compromise par ces divulgations[3]. Par l�, le public put voir que les spirites ne se laissent pas duper et qu�ils savent discerner le vrai du faux. En effet, signaler les fraudes partout o� elles se produisent est le plus s�r moyen de les d�courager.
En proc�dant comme je l�ai fait, j�ai accompli une besogne d�sagr�able, mais n�cessaire, et les honn�tes gens m'ont approuv�. Si, d�une part, j�ai �t� l�objet de critiques malveillantes, de l�autre, j�ai re�u de hautes et chaleureuses approbations. Un �minent psychiste, qui occupe une situation �lev�e dans la magistrature, m��crivait � ce sujet :
Paris,
8 avril 1910. - J�ai admir� votre courage dans l�affaire M.... parce que je
devinais combien vous avez d� souffrir d��tre oblig� de protester. Vous
avez bien fait et vous vous �tes montr� encore une fois l�homme honn�te et
sinc�re que vous �tes. Je sais que certains groupes vous en ont un peu voulu,
mais vous avez accompli un devoir en chassant les � marchands du temple �.
Ce qui jette de la d�faveur sur le mouvement dont vous �tes un des chefs les
plus respect�s, c�est justement l�aveuglement de certains groupes, qui
favorisent, par leur indiff�rence � la sinc�rit� des ph�nom�nes, et les
fraudeurs et ceux qui se r�jouissent de ces fraudes.
En
ce qui me concerne, je suis avec vous. La fraude de M... m�a �t� d�montr�e
d�s les premi�res s�ances et j�ai compris facilement ses proc�d�s, qui
sont grossiers. Je n�en ai rien dit publiquement, par �gard pour les
personnes dont j��tais l�h�te. M... m�avait d�ailleurs promis des s�ances
s�rieuses ; il n�a pas tenu ses promesses.
Ces faits eurent un �pilogue. Les spirites r�unis � Bruxelles, en congr�s international, en mai 1910, ont �mis le v�u suivant :
Le
Congr�s spirite de Bruxelles, �mu des fraudes nombreuses et r�p�t�es qui se
produisent dans les s�ances obscures donn�es par des m�diums professionnels,
�mu du pr�judice moral qu�elles causent � notre doctrine,
Invite
les groupes d��tudes et les exp�rimentateurs qui recherchent les faits
physiques, les apports et les ph�nom�nes de mat�rialisation, � n�utiliser
les s�ances obscures ou en demi-lumi�re que dans des conditions de rigoureux
contr�le.
Il
recommande notamment de faire tenir les mains et les pieds du m�dium par deux
assistants �prouv�s, pendant toute la dur�e de la s�ance, ou bien d�isoler
le m�dium � l�aide d�un filet tendu ne pr�sentant aucune solution de
continuit� ; ou encore de le placer dans une cage soigneusement close et
dont la cl� restera en possession d�une personne s�re.
Les
s�ances en demi-lumi�re sont de beaucoup pr�f�rables, car les ph�nom�nes
sont contr�l�s par tous les assistants. Un m�dium bien dou� doit s�en
contenter. Il devient suspect quand il exige l�obscurit�, quoique celle-ci
augmente la force psychique, car on peut craindre qu�il n�en profite pour
frauder, ce qui a eu lieu dans certains cas. On doit se contenter de r�sultats
moindres, mais plus s�rs.
Le Congr�s adresse, en outre, un pressant appel aux m�diums honn�tes et d�sint�ress�s. Il leur demande de redoubler de z�le pour le service d�une v�rit� sacr�e, v�rit� compromise par des simulateurs �hont�s. Il leur rappelle que, si la fourberie entra�ne une juste et s�v�re r�probation, par contre le d�vouement et la sinc�rit� leur m�riteront l�estime et la reconnaissance de tous et l�assistance des hautes Intelligences invisibles, qui veillent au progr�s de nos croyances dans le monde.
�
� �
Il est des fraudes inconscientes, avons-nous dit, qui s�expliquent par la suggestion. Les m�diums sont tr�s sensibles � l�action suggestive, soit des vivants, soit des d�funts[4]. L��tat d�esprit des personnes participant aux exp�riences r�agit sur eux et exerce une influence dont ils n�ont pas conscience, mais qui, parfois, est consid�rable.
Des m�diums parfaitement honn�tes et d�sint�ress�s avouent �tre pouss�s � tricher, dans certains milieux par une force occulte. La plupart r�sistent et pr�f�reraient renoncer � l�exercice de leur facult� plut�t que de glisser sur cette pente. Quelques-uns se laissent aller � ces influences. Et il suffira d�un instant de faiblesse pour jeter le doute sur toutes les exp�riences auxquelles ils auront particip�.
Certaines fraudes, constat�es chez divers m�diums, peuvent �tre attribu�es � des suggestions ext�rieures, soit humaines, soit spirites. Parfois, les deux influences se combinent et s�ajoutent l�une � l�autre. Les sceptiques malintentionn�s sont aid�s par des auxiliaires de l�Au-del�. D�s lors, la puissance suggestive sera d�autant plus irr�sistible que le m�dium sera plus impressionnable, plus profond�ment endormi, insuffisamment prot�g�. On voit quels dangers celui-ci peut courir ; dans certaines s�ances mal compos�es, mal dirig�es, il peut devenir la victime des forces ext�rieures combin�es. Ce n��tait pas le cas pour le m�dium M., dont nous venons de parler et qui apportait sur lui le tulle et les autres objets n�cessaires aux simulations. Chez lui, la pr�m�ditation �tait �vidente. Les supercheries �taient calcul�es, pr�par�es � l�avance.
Il arrive que le m�dium, surtout le m�dium �crivain, se suggestionne lui-m�me et, d�un mouvement automatique, trace des communications, qu�il attribue abusivement � des Esprits d�sincarn�s. Cette autosuggestion est comme un appel du moi normal au moi subconscient, qui n�est pas un �tre distinct, comme nous l�avons vu pr�c�demment, mais une forme plus �tendue de la personnalit�. Dans ce cas, de la meilleure foi du monde, le m�dium r�pond � ses propres questions ; il ext�riorise ses pens�es cach�es, ses propres raisonnements, les produits d�une vie psychique plus profonde et plus intense. Allan Kardec, Davis, Hudson Tuttle, Aksakof, etc., ont parl�, dans leurs oeuvres, de cette cat�gorie de m�diums, que M. G. Delanne appelle des automatistes :
� L�automatisme de l��criture, � dit-il[5], � l�oubli imm�diat des id�es �nonc�es, qui donne � l��crivain l�illusion d��tre sous l�influence d�une volont� �trang�re, la personnification des id�es, les notions qui gisent dans la m�moire latente, les impressions sensorielles inconscientes, tous ces faits se comprennent et s�expliquent par des raisons tir�es de l��tude plus compl�te de l�intelligence humaine et ne supposent aucunement la n�cessit� de l�intervention des Esprits. �
La cr�dulit� sans bornes, l�oubli de tout principe �l�mentaire de contr�le, qui r�gnent dans certains milieux, favorisent et entretiennent ces abus. Il existe, en diff�rents pays, des groupes de spirites b�n�voles, o� de pseudo-m�diums automates �crivent de vastes �lucubrations, sous l�inspiration de saint Antoine de Padoue, de saint Joseph, de la Vierge. Ou bien ils incarneront Socrate et Mahomet, et ceux-ci, dans un langage vulgaire, viendront d�biter mille absurdit�s � des auditoires �merveill�s, leur d�fendant de lire et de s�instruire, afin de les soustraire � toute influence �clair�e, � tout contr�le s�rieux.
Dans ces milieux, les mystifications ne se comptent plus. J�ai connu un brave jardinier qui, sur les conseils d�un Esprit, allait creuser, � minuit, dans un endroit d�sert, un trou �norme, � la recherche d�un tr�sor imaginaire. Une dame de 55 ans, tr�s d�vote, �pouse d�un officier retrait�, poussait la na�vet� jusqu�� pr�parer la layette d�un enfant qu�elle devait mettre au monde et qui serait la r�incarnation du Christ, disaient ses instructeurs invisibles. Les uns voient partout l�intervention des Esprits, jusque dans les faits les plus mat�riels. D�autres consultent les Invisibles sur les moindres d�tails de leur existence, sur leurs entreprises commerciales et leurs op�rations de Bourse.
On attribue g�n�ralement ces aberrations � des Esprits trompeurs. Certes, les mystifications d�outre-tombe sont fr�quentes. Elles s�expliquent ais�ment par le fait que l�on demande trop souvent aux Esprits des choses qu�ils ne peuvent ou ne veulent pas dire. On fait du spiritisme un moyen de divination et l�on attire � soi les Esprits l�gers. Mais, souvent, la suggestion mentale a une grande part dans ces erreurs.
C�est pourquoi, dans ce domaine difficile et parfois obscur de l�exp�rimentation, il importe d�examiner, d�analyser les choses avec un jugement froid, une grande circonspection, et d�admettre seulement ce qui se pr�sente avec un caract�re d�authenticit� bien tranch�. Notre connaissance des conditions de la vie future et le spiritisme tout entier reposent sur les ph�nom�nes m�dianimiques. Il convient d��tudier s�rieusement ceux-ci et d��liminer avec rigueur tout ce qui ne porte pas la marque d�une origine extra-humaine. Il ne faut pas, sous pr�texte de progr�s, remplacer l�incr�dulit� syst�matique par une confiance aveugle, par une cr�dulit� ridicule, mais faire avec soin la part du factice et du r�el. L�avenir du spiritisme en d�pend.
�
� �
Abordons maintenant une question extr�mement d�licate ; celle de la m�diumnit� professionnelle. La m�diumnit� peut-elle �tre r�tribu�e ? ou doit-elle �tre, exerc�e avec un d�sint�ressement absolu ?
Remarquons d�abord que la facult� m�dianimique est, de sa nature, une chose variable, mobile, intermittente. Les Esprits n��tant aux ordres ni au caprice de personne, on n�est jamais assur�, au pr�alable, du r�sultat des s�ances. Le m�dium peut �tre indispos�, mal entra�n� ; l�assistance, mal compos�e au point de vue psychique. D�autre part, la protection des Esprits �lev�s ne s�allie gu�re avec une mise � prix du spiritisme. Aussi le m�dium professionnel, celui qui s�est habitu� � vivre du produit de sa facult�, s�expose-t-il � bien des m�comptes. Comment fera-t-il argent d�une chose dont la production n�est jamais certaine ? Comment satisfera-t-il les curieux, lorsque les Esprits ne r�pondront pas � son appel ? Ne sera-t-il pas tent� quelque jour, quand les assistants seront nombreux et la perspective du gain all�chante, de provoquer frauduleusement les ph�nom�nes ? D�s qu�on a gliss� sur cette pente, il est difficile de la remonter. On arrive � user habituellement de supercherie et l�on tombe peu � peu dans le charlatanisme le plus �hont�.
Les d�l�gu�s am�ricains au Congr�s spirite de 1900, � Paris, Mme Addi-Balou, entre autres, ont d�clar� que la m�diumnit� professionnelle et les fraudes qu�elle entra�ne, ont �t� depuis quelques ann�es une cause de recul et de discr�dit pour le spiritisme aux Etats-Unis.
La meilleure garantie de sinc�rit� que peut offrir un m�dium, c�est le d�sint�ressement. C�est aussi le plus s�r moyen d�obtenir l�appui d�en haut.
Pour conserver son prestige moral, pour produire des fruits de v�rit�, la m�diumnit� doit �tre pratiqu�e avec �l�vation et d�tachement ; sans quoi, elle devient une source d�abus, l�instrument de contradiction et de trouble dont se serviront les Entit�s malfaisantes. Le m�dium v�nal est comme le mauvais pr�tre qui introduit dans le sanctuaire ses passions �go�stes et ses int�r�ts mat�riels. La comparaison n�est pas d�plac�e, car la m�diumnit�, elle aussi, est une sorte de sacerdoce. Tout �tre humain marqu� de ce signe doit se pr�parer au sacrifice de son repos, de ses int�r�ts et m�me de son bonheur terrestre ; mais, en agissant ainsi, il obtiendra la satisfaction de sa conscience et se rapprochera de ses guides spirituels.
Faire commerce de m�diumnit�, c�est disposer de ressources dont on n�est pas ma�tre ; c�est abuser du bon vouloir des morts, les asservir � une �uvre indigne d�eux ; c�est d�tourner le spiritisme de son but providentiel. Il est pr�f�rable, pour le m�dium, de chercher ailleurs des moyens d�existence, et de ne consacrer aux s�ances que le temps dont il pourra disposer. Il y gagnera en estime et en consid�ration.
Toutefois, il faut reconna�tre que des m�diums publics et r�tribu�s ont rendu de r�els services. Les personnes peu fortun�es ne peuvent pas toujours r�pondre aux appels des savants, se d�placer, entreprendre des voyages, comme l�exige l�int�r�t de la cause qu�ils servent.
Voici ce que dit Stainton Moses, qui fut un exp�rimentateur consciencieux et un bon juge en la mati�re[6] :
�
Parmi les m�diums publics, certains ne voient que les b�n�fices � r�aliser
et ne reculent pas toujours devant les fraudes pour arriver � leur but.
Cependant, il en est beaucoup dont on ne peut dire que du bien et qui sont fort
utiles. Neuf fois sur dix, ceux qui viennent � eux en si grand nombre,
incapables de comprendre et de suivre une exp�rience scientifique, demandent
seulement que pour leurs dix francs on leur fasse la preuve de l�immortalit�.
La foule �puise vite les facult�s du m�dium, qui, pour ne pas rester court, c�de
� la tentation de recourir � la fraude. Malgr� ces d�testables conditions,
j�ai �t� souvent �tonn� des r�sultats obtenus et des preuves �clatantes
qui ont �t� fournies. �
Que d�duire de tout ceci ? C�est qu�il est une juste mesure que le m�dium, dou� de conscience, �clair� sur la valeur de sa mission, peut facilement observer. Si, dans certains cas, il est contraint d�accepter un d�dommagement pour le temps perdu et les d�placements effectu�s, que ce soit de fa�on � ne pas compromettre sa dignit� en ce monde et sa situation dans l�autre. L�usage de la m�diumnit� doit rester un acte grave et religieux, d�gag� de tout caract�re mercantile, de tout ce qui peut l�amoindrir ou l�abaisser.
[1] Le Banner of Light, de Boston, du 5 ao�t 1899, annonce qu'on a saisi la trace d'une vaste association entre certains m�diums de profession, pour l'exploitation du bon public spiritualiste. Cette association a adress� � tous les m�diums professionnels sa circulaire offrant une s�rie d'appareils destin�s � imiter les manifestations spirites, avec indication des prix, de 1 � 5 dollars.
[2] Voir Revue spirite, f�vrier et avril 1909.
[3]Voir Annales des Sciences psychiques, d�cembre 1908.
[4]Cette action n'est plus gu�re contest�e en haut lieu. La science officielle, dit le professeur Falcomer, enseigne maintenant qu'un sujet peut tromper par une suggestion mentale venant d'autrui (Ph�nom�nographie, par le professeur FALCOMER). Voir Revue spirite, 1903, p. 173.
[5] GABRIEL DELANNE, Recherches sur la M�diumnit�, p. 185.
[6] STAINTON MOSES (alias OXON), Spirit Identity. Revue scientifique et morale, janvier 1900, p. 397.
Téléchargement | Bulletin nous écrire | LAgora Spirite |