Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec


VII. LE SPIRITISME ET LA FEMME.


On rencontre d�excellents m�diums dans les deux sexes ; pourtant, c�est � la femme que semblent d�volues les plus belles facult�s psychiques. De l�, le grand r�le qui lui �choit dans la diffusion du nouveau spiritualisme.

Malgr� les imperfections inh�rentes � tout �tre humain, la femme, pour qui l��tudie impartialement, ne peut �tre qu�un sujet d��tonnement et parfois d�admiration. Ce n�est pas seulement sous ses traits que se r�alisent, dans la nature et dans l�art, les types de la beaut�, de la piti�, de la charit� ; sous le rapport des pouvoirs intimes, de l�intuition et de la divination, elle a toujours �t� sup�rieure � l�homme. C�est parmi les filles d��ve que l�antiquit� a trouv� ses c�l�bres voyantes et sibylles. Ces pouvoirs merveilleux, ces dons d�en haut, l��glise a cru devoir les fl�trir et les supprimer au moyen �ge, � l�aide des proc�s de sorcellerie[1]. Ils retrouvent aujourd�hui leur application ; car c�est surtout par la femme que s�affirme la communion avec la vie invisible.

Une fois de plus, la femme se r�v�le dans son r�le sublime de m�diateur. M�diateur, elle l�est dans toute la nature. D�elle vient la vie ; elle en est la source m�me, le r�g�n�rateur de la race humaine, qui ne subsiste et ne se renouvelle que par son amour et ses tendres soins. Et ce r�le pr�pond�rant qu�elle joue dans le domaine de la vie, elle vient encore l�accomplir dans le domaine de la mort ; mais nous savons que la mort et la vie sont une, c�est-�-dire les deux formes alternantes, les deux aspects continus de l�existence.

M�diateur, la femme l�est aussi dans le domaine des croyances. Elle a toujours servi d�interm�diaire entre la foi nouvelle qui monte et la foi ancienne qui d�cline et s�appauvrit. Ce fut son r�le dans le pass�, aux premiers temps du christianisme ; c�est encore son r�le dans le pr�sent.

Le catholicisme n�a pas compris la femme, � qui il devait tant. Ses moines, ses pr�tres, vivant dans le c�libat, loin de la famille, ne pouvaient appr�cier le charme et la puissance de cet �tre d�licat, en qui ils voyaient plut�t un danger.

L�antiquit� pa�enne a eu cette sup�riorit� sur nous, de conna�tre et de cultiver l��me f�minine. Ses facult�s s��panouissaient librement dans les myst�res. Pr�tresse dans les temps v�diques, � l�autel domestique, m�l�e intimement, en �gypte, en Gr�ce, en Gaule, aux c�r�monies du culte, partout la femme �tait l�objet d�une initiation, d�un enseignement sp�cial, qui en faisaient un �tre presque divin, la f�e protectrice, le g�nie du foyer, la gardienne des sources de la vie. C�est � cette compr�hension du r�le de la femme, personnifiant en elle la nature, avec ses intuitions profondes, ses sensations subtiles, ses divinations myst�rieuses, que sont dues la beaut�, la force, la grandeur �pique des races grecque et celtique.

Car telle est la femme, tel est l�enfant, tel sera l�homme. C�est la femme qui, d�s le berceau, fa�onne l��me des g�n�rations ; c�est elle qui fit ces h�ros, ces po�tes, ces artistes dont les actions, dont les �uvres rayonnent � travers les si�cles. Jusqu�� sept ans, l�enfant restait, dans le gyn�c�e, sous la direction de la m�re. Et l�on sait ce que furent les m�res grecques, romaines, gauloises. Mais, pour accomplir cette mission sacr�e de l��ducation, il fallait l�initiation du grand myst�re de la vie et de la destin�e, la connaissance de la loi des pr�existences et des r�incarnations ; car cette loi, seule, donne � la venue de l��tre qui va �clore sous l�aile maternelle son sens si touchant et si beau.

Cette influence bienfaisante de la femme initi�e, qui rayonnait sur le monde ancien comme une douce clart�, fut d�truite par la l�gende biblique de la chute originelle.

D�apr�s les �critures, la femme est responsable de la d�ch�ance de l�homme ; elle perd Adam, et, avec lui, toute l�humanit� ; elle trahit Samson. Un passage de l�Eccl�siaste la d�clare � une chose plus am�re que la mort �. Le mariage m�me parait un mal : � Que ceux qui ont des �pouses soient comme s�ils n�en avaient pas �, s��crie Paul.

Sur ce point comme sur tant d�autres, la tradition et l�esprit juda�ques ont pr�domin� dans l��glise sur les vues du Christ, qui fut toujours bienveillant, secourable, affectueux, pour la femme. En toutes circonstances, il la couvre de sa protection ; il lui adresse ses paraboles les plus touchantes. Toujours, il lui tend la main, m�me quand elle est fl�trie, m�me quand elle est tomb�e. Aussi, les femmes, reconnaissantes, lui forment une sorte de cort�ge ; plusieurs l�accompagneront jusqu�� la mort.

Pendant de longs si�cles, la femme a �t� rel�gu�e au second plan, abaiss�e, exclue du sacerdoce. Par une �ducation pu�rile, �troite, superstitieuse, on l�a entour�e de liens ; on a comprim� ses plus belles aptitudes, obscurci, refoul� son g�nie[2].

La situation de la femme, dans notre civilisation, est difficile, parfois douloureuse. La femme n�a pas toujours pour elle les lois et les usages ; elle est entour�e de mille pi�ges, et si elle faiblit, si elle succombe, rarement une main secourable se tend vers elle. Le rel�chement des m�urs a fait de la femme la victime du si�cle. La mis�re, les larmes, la prostitution, le suicide, tel est le sort d�un grand nombre de pauvres cr�atures dans nos soci�t�s opulentes.

Une r�action se produit. Sous le nom de f�minisme, un mouvement s�accentue, l�gitime dans son principe, exag�r� dans son but ; car, � c�t� de justes revendications, il affirme des vues qui feraient de la femme, non plus une femme, mais une copie, une parodie de l�homme. Le mouvement f�ministe m�conna�t le v�ritable r�le de la femme et tend � la rejeter loin de sa voie naturelle et normale. L�homme et la femme sont n�s pour des r�les diff�rents, mais compl�mentaires. Au point de vue de l�action sociale, ils sont �quivalents et ins�parables.

Le spiritualisme moderne, par ses pratiques et ses doctrines, toutes d�id�al, d�amour, d��quit�, juge autrement la question et la r�sout sans effort et sans bruit. Il rend � la femme sa vraie place dans la famille et dans l��uvre sociale, en lui montrant le r�le sublime qu�il lui appartient de jouer dans l��ducation et l�avancement de l�humanit�. Il fait plus. Elle redevient, par lui, le m�diateur pr�destin�, le trait d�union qui relie les soci�t�s de la terre � celles de l�espace.

La grande sensibilit� de la femme fait d�elle le m�dium par excellence, capable d�exprimer, de traduire les pens�es, les �motions, les souffrances des �mes, les divins enseignements des Esprits c�lestes. Dans l�application de ses facult�s, elle trouve des joies profondes, une source vive de consolations. Le c�t� religieux du spiritisme l�attire et satisfait les aspirations de son c�ur, ses besoins de tendresse, qui s��tendent par del� la tombe sur les �tres disparus. L��cueil, pour elle, comme pour l�homme, c�est l�orgueil des puissances acquises, c�est l�extr�me susceptibilit�. La jalousie, en suscitant des rivalit�s entre m�diums, devient souvent une cause de d�sagr�gation pour les groupes.

De l�, la n�cessit� de d�velopper chez la femme, en m�me temps que ses pouvoirs intuitifs, ses admirables qualit�s morales, l�oubli de soi-m�me, la joie du sacrifice ; en un mot, le sentiment des devoirs et des responsabilit�s attach�s � sa mission m�diatrice.

Le mat�rialisme, ne voyant en nous que l�organisme physique, fait de la femme un �tre inf�rieur par sa faiblesse et l�entra�ne vers la sensualit�. Avec lui, cette fleur de po�sie se penche sous le poids des influences d�gradantes, se d�prime et s�avilit. Priv�e de son r�le m�diateur, de sa pure aur�ole, devenue l�esclave des sens, elle n�est plus qu�un �tre instinctif, impulsif, ouvert aux suggestions de l�amour malsain. Le respect mutuel, les fortes vertus domestiques disparaissent ; la m�sintelligence, l�adult�re, se glissent au foyer ; la famille se dissout ; le bonheur s��vanouit. Une jeune g�n�ration, sceptique, d�senchant�e, surgit du sein d�une soci�t� en d�cadence.

Mais avec le spiritualisme, la femme rel�ve son front inspir�. Elle s�associe �troitement � l��uvre d�harmonie sociale, au mouvement g�n�ral des id�es. Le corps n�est qu�une forme d�emprunt ; l�essence de la vie, c�est l�esprit et, � ce point de vue, l�homme et la femme sont �galement partag�s. Ainsi, le spiritualisme moderne reprend les vues de nos p�res, les Celtes ; il �tablit l��galit� des sexes sur l�identit� de la nature psychique et le caract�re imp�rissable de l��tre humain. Il leur fait une place �gale dans les groupes d��tude.

Par le spiritualisme, la femme se d�gage de l�ab�me des sens et remonte vers la vie sup�rieure. Son �me s�illumine d�un plus pur rayon ; son c�ur devient le foyer de tendres sentiments et de nobles passions. Elle reprend au foyer sa mission toute de gr�ce, de piti�, de d�vouement, son grand et divin r�le de m�re, de s�ur, d��ducatrice, de doux conseiller.

D�s lors, la lutte des deux sexes prend fin. Les deux moiti�s de l�humanit� s�unissent, s��quilibrent dans l�amour, pour coop�rer ensemble au plan providentiel, aux �uvres de l�intelligence divine.


[1] Voir MICHELET, la Sorci�re, passim ; JOSEPH FABRE, Proc�s de condamnation de Jeanne d'Arc. Delagrave, �dit. C. Flammarion, dans sa pr�face au livre de M. Sage sur Madame Piper, dit ceci : � La derni�re victime des proc�s de sorcellerie est Anna Goeldi, supplici�e � Glaris (Suisse) le 7 juin 1784. Pendant quatorze si�cles, on a ex�cut� plus d'un demi-million d'hommes et de femmes sous pr�texte de sorcellerie. �

[2] Le concile de M�con (585) a discut� � si la femme a ou n'a pas d'�me �.

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