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Certaines personnes consid�rent � tort la m�diumnit� comme un ph�nom�ne propre aux temps modernes. En r�alit�, la m�diumnit� est de tous les si�cles et de tous les pays. Depuis les �ges les plus lointains, des rapports ont exist� entre le monde des vivants et le monde des Esprits.
Si nous interrogeons les V�das de l�Inde, les temples de l��gypte, les myst�res de la Gr�ce, les enceintes de pierre de la Gaule, les livres sacr�s de tous les peuples, partout, dans les documents �crits, dans les monuments et les traditions, nous trouverons l�affirmation d�un fait qui a persist� � travers les vicissitudes des temps ; et ce fait, c�est la croyance universelle aux manifestations des �mes d�livr�es de leurs corps terrestres. Nous verrons ces manifestations m�l�es d�une mani�re �troite et constante � l��volution des races humaines, � tel point qu�elles sont ins�parables de l�histoire de l�humanit�.
C�est d�abord le culte des anc�tres, l�hommage rendu aux m�nes des h�ros et aux lares, g�nies tut�laires du foyer. On leur �rige des autels ; on leur adresse des invocations ; puis le culte s��tend � toutes les �mes aim�es : � l��poux, � l�enfant, � l�ami d�funt. Selon Lucain, les ombres des morts se m�lent aux vivants. Elles glissent dans nos rues et dans nos demeures ; elles apparaissent, elles parlent, dans la veille comme dans le r�ve, et d�voilent l�avenir. La t�l�pathie, la pr�monition, la psychographie, les mat�rialisations de fant�mes abondent partout et toujours.
A Delphes, � �leusis, l�Esprit inspire la pythie fr�missante et lui dicte ses oracles. Aux rivages d�Ionie, sous la blancheur des marbres, au murmure des flots bleus, Pythagore enseigne aux initi�s les divins myst�res et, par la bouche de Th�ocl�a endormie, converse avec les g�nies invisibles.
A Endor, l�ombre de Samuel r�pond aux appels de Sa�l. Un g�nie avertit C�sar, la veille de sa mort, de ne point aller au S�nat, et plus tard, lorsque Domitien tombe sous le fer des conjur�s, de l�extr�mit� de l�Empire, Apollonius de Tyane, dans une vision, assiste � ce drame sanglant.
Dans les cercles de pierre de la Gaule, sous la vo�te sombre des ch�nes ou dans les �les sacr�es autour desquelles l�Oc�an gronde et �cume, jusque dans les temples du Centre-Am�rique, la communion des �mes est pratiqu�e. Partout la vie interroge la mort, et la mort r�pond.
Sans doute, les abus, les superstitions pu�riles, les sacrifices superflus se m�lent au culte des Invisibles ; mais, dans ce commerce intime, les humains puisent des forces nouvelles. Ils savent qu�ils peuvent compter sur la pr�sence et l�appui de ceux qu�ils aimaient. Cette certitude les rend plus fermes dans l��preuve. Ils apprennent � ne plus redouter la mort.
Les liens de famille en sont �troitement resserr�s. En Chine, dans l�Inde, au pays celtique, on se r�unit � jour fixe dans la � chambre des anc�tres �. Les m�diums sont nombreux, leur foi est vive, leurs facult�s vari�es et puissantes, et les ph�nom�nes obtenus d�passent en intensit� tout ce que nous voyons de nos jours.
A Rome, des c�r�monies publiques �taient institu�es en l�honneur des morts. On se rendait en foule � l�entr�e de quelque grotte. Les sibylles se livraient aux incantations et, des lieux obscurs, disent les �crivains du temps[1], comme aujourd�hui des cabinets de mat�rialisation, on voyait les ombres surgir, para�tre � la lumi�re. Parfois m�me, les compagnons, les amis du pass�, reprenaient, pour un moment, leur place � la table et au foyer communs.
Dans les myst�res orphiques, disent Porphyre et Proclus[2], les �mes des d�funts apparaissent sous la forme humaine et s�entretiennent avec les assistants. Ils leur enseignent la succession des existences et l�ascension finale de l�esprit dans la lumi�re divine par des vies pures et laborieuses. Ces entretiens communiquaient aux initi�s une foi profonde en l�avenir. Ils leur procuraient une force morale, une s�r�nit� incomparables ; ils entra�naient leur pens�e vers les r�gions sublimes o� le g�nie grec s�est complu.
Mais voici l��poque de d�cadence, l�abaissement des �tudes, les intrigues sacerdotales, les rivalit�s des puissants et, finalement, les grandes invasions, la ruine et la mort des dieux.
Un vent de barbarie souffle sur les myst�res sacr�s. Les Esprits, les g�nies tut�laires ont fui. La divine Psych�, bannie de ses autels, est remont�e aux c�lestes espaces. Une � une, les lumi�res des temples s��teignent. La grande nuit, une nuit de dix si�cles, se fait sur la pens�e humaine.
Cependant, le christianisme est venu. Lui aussi s�appuie sur les manifestations d�outre-tombe. Le Christ marche dans la vie, entour� d�une foule invisible, dont la pr�sence se r�v�le en tous ses actes. Lui-m�me, apr�s sa mort, appara�tra � ses disciples constern�s, et sa pr�sence ranimera leur courage. Pendant deux si�cles, les premiers chr�tiens communiqueront ouvertement avec les esprits des morts et recevront d�eux des instructions[3]. Mais bient�t l��glise, inqui�te des ing�rences occultes, souvent en opposition avec ses vues, cherchera � les emp�cher. Elle interdira aux fid�les tous rapports avec les Esprits, se r�servant le droit exclusif de provoquer et d�interpr�ter les ph�nom�nes.
Pourtant, la religion du Christ apporte avec elle une notion nouvelle : l�utilit� de la douleur, divinit� bienfaisante et purificatrice, dont le monde pa�en n�a pas compris tout le r�le. Par l�, l��me luttera avec plus de succ�s contre la mati�re et vaincra la sensualit�. Cette lutte est de toute la vie, dont le but est le triomphe de l�esprit sur le corps et la conqu�te de la vertu. Quelques-uns, clercs ou la�ques, acquerront la puissance de la foi, qui domine les sens et emporte l��me au-dessus des r�gions terrestres, vers les sph�res o� la pens�e se dilate et s�exalte.
C�est l� encore un moyen de p�n�tration dans l�invisible. L��me, d�tach�e des choses humaines dans la contemplation et l�extase, communie avec les puissances sup�rieures et leur pr�te les formes ang�liques ou divines famili�res � sa croyance. Ces ph�nom�nes, simple loi de la nature, l��glise verra en eux des miracles et se les appropriera. Les autres manifestations des morts seront consid�r�es comme diaboliques et conduiront les voyants au supplice. Sous la cendre des b�chers, on cherchera � �teindre l�id�e renaissante.
Mais l�esprit � souffle o� il veut �. En dehors de l��glise, parmi les h�r�tiques, les manifestations continuent. Avec Jeanne d�Arc, elles rev�tiront un tel caract�re de grandeur, que, devant elles, la critique la plus malveillante h�site, d�sarme et se tait.
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Les temps ont chang�. Dans le pass�, la communion des �mes a �t� surtout le privil�ge des sanctuaires, la pr�occupation de quelques groupes d�initi�s. En dehors de ces milieux �clair�s, asiles de l�antique sagesse, les manifestations d�outre-tombe �taient trop souvent consid�r�es comme surnaturelles et m�l�es � des pratiques superstitieuses qui en d�naturaient le sens. L�homme, ignorant des lois de la nature et de la vie, ne pouvait saisir l�enseignement cach� sous les ph�nom�nes.
Pour pr�parer le mouvement actuel des id�es et la compr�hension de ces faits, il a fallu, l�immense travail des si�cles et les d�couvertes de la science. Celle-ci a fait son oeuvre. Quoique bien incompl�te encore, elle a tout au moins explor� le domaine mat�riel, depuis les couches profondes du sol jusqu�aux ab�mes de l�espace. Elle nous a dit l�histoire de la terre, sa gen�se, son �volution. Elle a d�nombr� les mondes qui gravitent dans le ciel, calcul� leur poids, leur dimension, leur marche. L�homme s�est rendu compte du peu de place qu�il occupe dans l�univers ; s�il a appris � conna�tre la grandeur de son intelligence, par contre, il a pu mesurer la faiblesse de ses sens.
La vie s�est r�v�l�e partout, dans le domaine des �tres microscopiques comme � la surface des globes qui roulent dans l��tendue. L��tude du monde invisible vient compl�ter cette ascension de la science ; elle ouvre � la pens�e des horizons nouveaux, des perspectives infinies. D�sormais, la connaissance de l��me et de ses destin�es ne sera plus le privil�ge des sages et des initi�s. L�humanit� tout enti�re est appel�e � participer aux biens spirituels qui constituent son patrimoine. Comme le soleil se l�ve pour tous les regards, la lumi�re de l�au-del� doit rayonner sur toutes les intelligences en r�chauffant tous les c�urs.
[1] TACITE, Hist. ; SUETONE, Auguste ; PLINE LE JEUNE, Lettres, liv. VIII ; CICERON, De Divinatione, 2 ; APULEE, De Gen. Socrat. ; AMMIEN MARCELLIN, Hist., I, 20 c. 6, p. 267.
[2] Commentaires de La R�publique, de Platon.
[3]LEON DENIS, Christianisme et Spiritisme, chap. V.
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