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Au bruit de l'Angelus qui sonne,
Sa m�moire c�leste est vibrante et revit.
SAINT-YVES D'ALVEYDRE
Au pied des coteaux qui bordent la Meuse, quelques chaumi�res se groupent autour d'une modeste �glise ; en aval, en amont, s'�tendent de vertes prairies qu'arrose la petite rivi�re aux eaux limpides. Sur les pentes se succ�dent des cultures et des vignes jusqu'� la for�t profonde, qui se dresse comme une muraille au front des collines, for�t pleine de murmures myst�rieux et de chants d'oiseaux, d'o� surgissent parfois, � l'improviste, les loups, terreur des troupeaux, ou les hommes de guerre, pillards et d�vastateurs, plus dangereux que des fauves.
C'est Domremy, village jusqu'alors ignor�, mais qui, par l'enfant dont il vit la naissance en 1412, va devenir c�l�bre dans le monde entier.
Rappeler l'histoire de cette enfant, de cette jeune fille, est encore le meilleur moyen de r�futer les arguments de ses contempteurs. C'est ce que nous ferons tout d'abord, en nous attachant de pr�f�rence aux faits rest�s dans l'ombre, et dont quelques-uns nous ont �t� r�v�l�s par voie m�dianimique.
De nombreux ouvrages, chefs-d'oeuvre de science et d'�rudition, ont �t� �crits sur la vierge lorraine. Loin de moi la pr�tention de les �galer. Ce livre s'en distingue cependant par un trait caract�ristique. Il est illumin� �� et l� par la pens�e de l'h�ro�ne. Gr�ce aux messages d'authenticit�, messages qu'on trouvera surtout dans la deuxi�me partie de ce volume, celui-ci devient comme un �cho de sa propre voix et des voix de l'espace. C'est � ce titre qu'il se recommande � l'attention du lecteur.
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Jeanne n'�tait pas de haute naissance ; fille de pauvres laboureurs, elle filait la laine aux c�t�s de sa m�re ou gardait son troupeau dans les prairies de la Meuse, lorsqu'elle n'accompagnait pas son p�re � la charrue[1] .
Elle ne savait ni lire ni �crire[2] ; elle ignorait tout des choses de la guerre. C'�tait une douce et bonne enfant, aim�e de tous, surtout des pauvres, des malheureux, qu'elle ne manquait jamais de secourir, de consoler. On raconte, � ce sujet, des anecdotes touchantes. Elle c�dait volontiers sa couchette � quelque p�lerin fatigu�, et passait la nuit sur une botte de paille, pour procurer le repos � des vieillards �puis�s par une longue route. Elle soignait les malades, comme ce petit Simon Musnier, son voisin, qui grelottait la fi�vre ; s'installant � son chevet, elle le veillait pendant la nuit.
R�veuse, elle aimait, le soir, � contempler le ciel plein d'�toiles ou bien � suivre, le jour, les gradations de la lumi�re et des ombres. Le bruit du vent dans les branches ou les roseaux, le murmure des sources, toutes les harmonies de la nature l'enchantaient. Mais, � tout cela, elle pr�f�rait encore le son des cloches. C'�tait, pour elle, comme un salut du ciel � la terre. Et lorsque, dans la paix du soir, loin du village, dans quelque repli de terrain o� s'abritait son troupeau, elle percevait leurs notes argentines, leurs vibrations calmes et lentes, annon�ant le moment du retour, elle s'ab�mait dans une sorte d'extase, dans une longue pri�re o� elle mettait toute son �me, avide des choses divines. Malgr� sa pauvret�, elle trouvait moyen de donner au sonneur du village quelque gratification, pour qu'il prolonge�t la chanson de ses cloches au del� des limites habituelles[3] .
P�n�tr�e de l'intuition que sa venue sur la terre avait un but �lev�, elle plongeait par la pens�e dans les profondeurs de l'invisible, pour discerner la voie o� elle devrait s'engager. � Elle se cherchait elle-m�me �, nous dit Henri Martin[4] .
Tandis que, parmi ses compagnons d'existence, tant d'�mes restent enferm�es et comme �teintes en leur prison charnelle, tout son �tre s'ouvre aux hautes influences. Dans le sommeil, son esprit, d�gag� des liens mat�riels, plane dans l'espace �th�r� ; il en per�oit les clart�s intenses, il se retrempe dans les courants puissants de vie et d'amour qui y r�gnent, et, au r�veil, il conserve l'intuition des choses entrevues. Ainsi, peu � peu, par ces exercices, ses facult�s psychiques s'�veillent et grandissent. Bient�t, elles vont entrer en action.
Cependant, ces impressions, ces r�veries n'alt�raient pas son amour du travail. Assidue � sa t�che, elle ne n�gligeait rien pour satisfaire ses parents et tous ceux avec qui elle avait affaire. � Vive labeur ! � dira-t-elle plus tard, affirmant ainsi que le travail est le meilleur ami de l'homme, son soutien, son conseiller dans la vie, son consolateur dans l'�preuve, et qu'il n'est pas de vrai bonheur sans lui. � Vive labeur ! � c'est la devise que sa famille adoptera et fera inscrire sur son blason, lorsque le roi l'aura anoblie.
Jusque dans les humbles d�tails de l'existence de Jeanne se manifestent un sentiment tr�s vif du devoir, un jugement s�r, une claire vision des choses qui la rendent sup�rieure � tous ceux qui l'entourent. On reconna�t d�j� l� une �me extraordinaire, une de ces �mes passionn�es et profondes, qui descendent sur la terre pour accomplir une grande mission. Une influence myst�rieuse l'enveloppe. Des voix parlent � ses oreilles et � son coeur ; des �tres invisibles l'inspirent, dirigent tous ses actes, tous ses pas. Et voil� que ces voix commandent. Des ordres imp�rieux se font entendre. Il faut renoncer � la vie paisible. Pauvre enfant de dix-sept ans, elle devra affronter le tumulte des camps ! Et � quelle �poque ? A cette �poque farouche o�, trop souvent, les soldats sont des bandits. Elle quittera tout : son village, son p�re et sa m�re, son troupeau, tout ce qu'elle a aim�, pour courir au secours de la France qui agonise. Aux bonnes gens de Vaucouleurs qui s'apitoient sur son sort, que r�pondra-t-elle ? � C'est pour cela que je suis n�e !�
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La premi�re vision se produisit un jour d'�t�, � l'heure de midi. Le ciel �tait sans nuages, et le soleil versait sur la terre assoupie tous les enchantements de sa lumi�re. Jeanne priait dans le jardin attenant � la maison de son p�re, pr�s de l'�glise. Elle entendit une voix qui lui disait : � Jehanne, fille de Dieu, sois bonne et sage, fr�quente l'�glise[5], mets ta confiance au Seigneur[6] . � Elle fut saisie ; mais, �levant son regard, dans une clart� �blouissante elle vit une figure ang�lique, qui exprimait � la fois la force et la douceur, et qu'entouraient des formes radieuses.
Un autre jour, l'Esprit, l'archange saint Michel et les saintes qui l'accompagnaient, l'entretiennent de la situation du pays et lui r�v�lent sa mission. � Il faut que tu ailles au secours du dauphin, afin que par toi il recouvre son royaume[7] . � Et Jeanne, tout d'abord, se d�fend : � Je suis une pauvre fille, ne sachant ni chevaucher ni guerroyer ! � � Fille de Dieu, va, je serai ton secours �, lui r�pond la voix.
Peu � peu ses entretiens avec les Esprits devenaient plus fr�quents ; ils n'�taient pas de longue dur�e. Les conseils d'en haut sont toujours brefs, concis, lumineux. C'est ce qui r�sulte de ses r�ponses aux interrogatoires de Rouen. � Quelle doctrine vous montra saint Michel ? � lui demande-t-on. � Sur toutes choses, il me disait : Sois bonne enfant et Dieu t'aidera[8] ... � Cela est simple et sublime � la fois, et r�sume toute la loi de la vie. Les Esprits �lev�s ne se r�pandent pas en longs discours. Aujourd'hui encore, ceux qui peuvent communiquer avec les plans sup�rieurs de l'Au-del�, n'en re�oivent gu�re que des instructions courtes, profondes et marqu�es au coin d'une haute sagesse. Et Jeanne ajoute : � Saint Michel m'a appris � me bien conduire et � fr�quenter l'�glise. � En effet, pour toute �me qui aspire au bien, la rectitude des actes, le recueillement et la pri�re sont les premi�res conditions d'une existence droite et pure.
Un jour, saint Michel lui dit : � Fille de Dieu, tu conduiras le dauphin � Reims, afin qu'il y re�oive son digne sacre[9]. � Sainte Catherine et sainte Marguerite lui r�p�taient sans cesse : � Va, va, nous t'aiderons ! � Alors s'�tablissent entre Jeanne et ses guides des rapports �troits. Chez ses � fr�res de paradis �, elle va puiser la r�solution n�cessaire pour accomplir son oeuvre : elle en est toute p�n�tr�e. La France l'attend, il faut partir !
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Aux premi�res lueurs d'un jour d'hiver, Jeanne s'est lev�e ; elle a pr�par� son l�ger bagage, un petit paquet, son b�ton de voyage ; puis, elle va s'agenouiller au pied du lit o� reposent encore son p�re et sa m�re, et, silencieuse, elle murmure un adieu en pleurant. Elle se rappelle, � cette heure douloureuse, les inqui�tudes, les caresses, les soins de sa m�re, les soucis de son p�re, dont l'�ge courbe d�j� le front. Elle pense au vide que va causer son d�part, au chagrin de tous ceux dont elle partagea jusqu'ici la vie, les joies, les douleurs. Mais le devoir commande : elle ne faillira pas � sa t�che. Adieu, pauvres parents ! adieu, toi qui as con�u tant d'inqui�tudes au sujet de ta fille, vue, en r�ve, en compagnie de gens d'armes[10]! Elle ne se conduira pas comme tu en avais l'appr�hension, car elle est pure, pure comme le lis sans tache ; son coeur ne conna�t qu'un amour : celui de son pays.
� Adieu, je vais � Vaucouleurs �, dit-elle en passant devant la maison du laboureur G�rard, dont la famille �tait li�e � la sienne. � Adieu, Mengette �, fit-elle � sa compagne. � Adieu, vous tous, avec qui j'ai v�cu heureuse jusqu'ici ! �
Il fut pourtant une amie dont elle �vita de prendre cong� : sa ch�re Hauviette. Les adieux eussent �t� trop �mouvants, Jeanne s'en serait peut-�tre sentie �branl�e, et elle avait besoin de tout son courage[11].
Elle partit pour Burey o� habitait un de ses oncles, pour, de l�, gagner Vaucouleurs et la France. A dix-sept ans, elle partit seule, sous le ciel immense, sur une route sem�e de dangers. Et Domremy ne la revit jamais.
[1] J. FABRE, Procès de réhabilitation , t. I, pp. 80, 106, etc.
[2]
J. FABRE, Procès de réhabilitation , t. II, p. 145.
[3] Voir J. FABRE, Procès de réhabilitation , t. I, p. 106.
[4] Histoire de France , t. VI, p. 140.
[5] A cette époque, la religion catholique était la seule connue. C'est pourquoi, l'Esprit qui s'annonçait sous le nom de saint Michel, entrant dans les vues du siècle pour mieux atteindre son but, ne pouvait tenir un autre langage. Voir plus loin : la Médiumnité et l'Idée de religion chez Jeanne d'Arc .
[6] HENRI MARTIN, Histoire de France , t. VI, p. 142.
[7] HENRI MARTIN, Histoire de France , t. VI, p. 142.
[8] J. FABRE, Procès de condamnation , p. 174.
[9] Procès , t. I, p. 130.
[10] J. FABRE, Procès de condamnation , pp. 142-143.
[11]
J. FABRE, Procès de réhabilitation , Dépositions de six laboureurs.
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