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Or, la France gisait au tombeau ! De sa gloire, Que restait-il ?
A l'Ouest, une urne en pleurs : la Loire ;
Une ombre, � l'Est : le Dauphin�.
SAINT-YVES D'ALVEYDRE
Quelle �tait la situation de la France au quinzi�me si�cle, au moment o� Jeanne d'Arc va para�tre sur la grande sc�ne de l'histoire ?
La guerre contre l'Angleterre dure depuis pr�s de cent ans. Dans quatre d�faites successives, la noblesse fran�aise a �t� �cras�e, presque an�antie. De Cr�cy � Poitiers, et des champs d'Azincourt � ceux de Verneuil, notre chevalerie a jonch� le sol de ses morts. Ce qu'il en reste est divis� en partis rivaux, dont les querelles intestines affaiblissent et d�solent la France. Le duc d'Orl�ans est assassin� par les estafiers du duc de Bourgogne, et celui-ci, un peu plus tard, est mis � mort par les Armagnacs. Tout cela s'accomplit sous l'oeil de l'ennemi, qui s'avance pas � pas et envahit les provinces du Nord, alors que, depuis longtemps d�j�, il occupe la Guyenne.
Apr�s une r�sistance acharn�e, au cours d'un si�ge qui surpasse en horreur tout ce que l'imagination peut enfanter de lugubre, Rouen a d� se rendre. Paris, dont la population est d�cim�e par les maladies et la famine, est aux mains de l'Anglais. La Loire le voit sur ses rives. Orl�ans, dont l'occupation livrerait � l'�tranger le coeur de la France, r�siste encore, mais pour combien de temps ?
De vastes �tendues de notre pays sont chang�es en d�sert. Plus de cultures ; les villages sont abandonn�s. On ne voit que ronces et chardons poussant � l'envi, des ruines noircies par l'incendie ; partout, les traces des ravages de la guerre, la d�solation et la mort. Les habitants des campagnes, d�sesp�r�s, se cachent dans des souterrains ; d'autres se r�fugient dans les �les de la Loire ou cherchent un abri dans les villes, o� ils meurent de faim. Souvent, pour �chapper � la soldatesque, ces malheureux se sauvent dans les bois, s'organisent en bandes, et deviennent bient�t aussi cruels que les routiers devant lesquels ils ont fui. Des loups r�dent aux abords des cit�s, y p�n�trent la nuit et d�vorent les cadavres laiss�s sans s�pulture. C'est l�, comme ses voix le disent � Jeanne, � la grande piti� qui est au royaume de France �.
Le pauvre Charles VI, dans sa d�mence, a sign� le trait� de Troyes, qui d�sh�rite son fils et constitue Henri d'Angleterre h�ritier de sa couronne. Et lorsque, dans la basilique de Saint-Denis, sur le cercueil du roi fou, un h�raut d'armes proclama Henri de Lancastre roi de France et d'Angleterre, les restes de nos rois, couch�s sous les lourdes dalles de leurs tombes, durent tressaillir de honte et de douleur. Le dauphin Charles, d�poss�d� et appel� par d�rision � roi de Bourges �, se laisse aller au d�couragement, � l'inertie ; il manque de ressources et de vaillance ; ses conseillers pactisent en secret avec l'ennemi. Lui-m�me songe � gagner l'Ecosse ou la Castille, en renon�ant au tr�ne, auquel, pense-t-il, il n'a peut-�tre pas droit, car des doutes l'assi�gent sur la l�gitimit� de sa naissance. Et l'on n'entend plus que la plainte lamentable, le cri d'agonie d'un peuple que ses vainqueurs s'appr�tent � coucher dans le s�pulcre. La France se sent perdue, elle est frapp�e au coeur. Encore quelques revers, et elle descendra dans le grand silence de la mort. Quel secours pourrait-on attendre en effet ? Nulle puissance terrestre n'est capable d'accomplir ce prodige : la r�surrection d'un peuple qui s'abandonne. Mais il est une autre puissance, invisible, qui veille aux destin�es des nations. Au moment o� tout semble s'effondrer, elle fera surgir du sein des foules l'aide r�demptrice. Certains pr�sages semblent en annoncer la venue.
D�j�, parmi tant d'autres signes, une visionnaire, Marie d'Avignon, s'�tait rendue pr�s du roi ; elle avait vu dans ses extases, disait-elle, une armure que le ciel r�servait � une jeune fille, destin�e � sauver le royaume[1] . De toutes parts, on s'entretenait de l'antique proph�tie de Merlin, annon�ant une vierge lib�ratrice qui sortirait du Bois Chesnu[2] . Et, comme un rayon d'en haut, au milieu de cette nuit de d�solation et de mis�re, Jeanne parut.
Ecoutez, �coutez ! Du fond des campagnes et des for�ts de la Lorraine, le galop de son cheval a retenti ; elle accourt ; elle va ranimer ce peuple d�sesp�r�, relever les courages abattus, diriger la r�sistance, sauver la France de la mort !...
[1] J. FABRE, Procès de réhabilitation , t. I, pp. 157-158.
[2]
J. FABRE, Procès de réhabilitation , t. I, pp. 123, 162, 202, 366.
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