C.  Ame intelligente (corps mental) et âmes supérieures

La psychologie propre de l'âme intelligente est ce que l'on appelle couramment de ce nom, et dont la connaissance se trouve développée dans les traités spéciaux ; je ne m'y appesantirai donc pas.

Toutefois la psychologie normale étudie également le fonctionnement des autres âmes dans l'esprit. Je me bornerai à établir ici une rapide esquisse du mode fonctionnel de la pensée.

L'esprit génère l'idée dans son abstraction pure et la transmet à l'âme conscientielle qui lui imprime le cachet de sa personnalité et l'approprie à sa future réalisation au moyen de son organisme particulier après quoi l'idée passe à l'âme intuitive qui lui donne sa forme générale; ensuite l'âme morale la passe à son crible pour se rendre compte si elle est bonne ou mauvaise, et s'il y a lieu ou non de la réaliser ; elle arrive alors à l'âme causale, dont la volonté l'appuie plus ou moins fermement et dont le souvenir cherche dans la pensée par quel moyen a été réalisée quelque idée analogue ; à la suite, l'âme intelligente après l'avoir concrétisée à l'aide du cerveau lui donne sa forme définitive et pratique et fait agir l'âme sensitive laquelle met en jeu les nerfs moteurs qui, à leur tour, actionnent les muscles auxquels l'âme vitale donne l'énergie nécessaire pour transmuer la pensée en acte.

Appliquons ce schéma à une réalisation et voyons comment agit tout ce machinisme, à première vu assez compliqué mais, en somme, très simple ; supposons la vue d'un fruit.

L'organe sensoriel voit ce fruit, et, par l'intermédiaire du système nerveux vitalisé par l'âme vitale et l'âme sensitive, transmet son impression au cerveau. L'âme intelligente entre alors en scène, dégage l'idée de cette impression et la transmet à l'esprit par le successif intermédiaire des autres âmes supérieures, dont chacune conserve cette impression en vue d'y adapter ensuite, s'il y a lieu, l'idée que peut générer l'esprit. Celui-ci forme la pensée de cueillir le fruit, pensée qu'il transmet à l'âme conscientielle. L'âme conscientielle examine si cette idée la concerne, si le fruit est à portée de son organisme matériel etc.. En un mot, elle adapte l'idée aux moyens de son sarcosôme, puis elle la passe à l'âme intuitive qui l'élabore de façon à lui donner une forme réalisable. L'âme morale, après elle, se rend compte si elle a le droit d'accomplir l'acte ; l'âme causale (mémoire et volonté) reçoit ensuite l'idée et, lui imprimant sa volonté plus ou moins intense, active ou retarde la transmission après avoir cherché dans ses souvenirs les moyens déjà employés, dans des cas antérieurs semblables, pour aboutir, après quoi l'âme intelligente examine les voies et procédés de réalisation, au moyen du travail du cerveau qui, activé par elle, transmet un ordre défini à certains nerfs d'actionner certains muscles, ces deux systèmes sous le contrôle et la dépendance de l'âme sensitive et de l'âme vitale.

S'il s'agit d'une idée générée par un souvenir, la filière est plus simple : les images du passé sont conservées dans l'aura de l'âme intelligente où va les puiser la mémoire de l'âme causale, qui les transmet à l'esprit après quoi l'idée émanée par l'esprit suit la même voie.

L'âme conscientielle semble n'avoir qu'une part assez infime dans cette opération mais cette part devient plus ou moins prépondérante  au point d'en être parfois capitale»  suivant que l'idée générée par l'âme intelligente intéresse plus ou moins l'individu, et il faut reconnaître qu'il y a bien peu d'idées où l'individu ne soit pas directement intéressé.

En somme, l'opération totale est analogue, au point de vue mental, à celle, purement physique, de l'action qui met en jeu les organes matériels que sont le cerveau, les nerfs et les muscles.

Il me reste à parler de certaines particularités relatives à l'âme intelligente, particularités peu connues mais présentant toutefois un assez vif intérêt. J'ai déjà noté certains cas où, dans l'oeil de l'aérosôme I extériorisé, on photographie l'objet suggéré ou, si cet objet est sonore, on peut le faire entendre par les assistants. La pensée a donc ses formes et, par conséquent, son volume, sa coloration ; elle est seulement invisible dans les circonstances ordinaires de la vie.

En des chapitres spéciaux de ce travail, que les circonstances m'ont contraint de supprimer en cette édition, mais qui seront rétablis plus tard, j'étudierai les procédés à l'aide desquels on peut arriver à photographier la pensée.

D'après les sensitifs que nous utilisons comme témoins et contrôles de nos expériences sur l'invisible, la coloration des pensées semble dépendre de leur nature, et ils les voient en formes polychromes sans que nous connaissions encore l'origine de ces formes. C'est ainsi qu'une pensée subite de colère leur apparaît comme un éclair en zigzag rouge écarlate, une pensée de religiosité comme une gerbe bleu azuré très doux, un sentiment de sympathie en une nébulosité vert bleuâtre, etc.

A un autre point de vue, j'ai déjà parlé de la réaction de la pensée sur les cellules cérébrales et sur l'organisme en général.

La pensée étant le produit semi-matériel d'un organisme semi-matériel, la télépathie est par cela même expliquée, et, à la suite, la transmission de pensée qui, aujourd'hui indéniablement prouvée, doublera dans l'avenir le langage verbal en attendant qu'elle le remplace complètement.

Enfin la semi-matérialité de la pensée nous donne l'explication des hallucinations télépathiques sensorielles et de l'audition colorée qui maintenant et dans certains cas, dans certains ordres d'idées, est admise par la science normale.