Chapitre II - La matière de l'âme

 

 

L'âme, intermédiaire plastique entre l'esprit et le corps, doit être constituée par une substance qui n'est ni spiritique comme l'esprit ni matérielle comme le corps, mais qui semble bien devoir tenir le milieu entre l'un et l'autre.

Une substance de telle nature existe-t-elle dans notre monde ? Oui, c'est l'éther.

L'éther est un fluide cosmique répandu dans tout l'espace et entre toutes les particules des corps ; il est éminemment élastique, et son état statique dépend de la répulsion qu'il exerce sur lui-même et des actions qu'il éprouve de la part des atomes pesants ; sa densité est constante dans le vide, mais varie dans l'espace occupé par un corps solide, liquide ou gazeux, et, par suite, son élasticité subit les mêmes variations que celles des corps pondérables dont il occupe les interstices.

Son existence n'est pas encore admise par l'universalité des physiciens, mais la grande majorité d'entre eux pensent que, sans lui, il serait impossible d'expliquer de nombreux phénomènes, tels que la transmission des lumières solaire ou stellaire qui ne pourrait se produire dans le vide absolu, puisqu'elle nous arrive par ondulation. Par contre, quelques physiciens, encore en petit nombre, admettent l'existence soit de plusieurs éthers différenciés, soit, en conservant l'unité de l'éther, la possibilité pour cet éther unique, de constitutions moléculaires variables.

Quoi qu'il en soit, c'est cet éther qui forme et cela d'une façon constante tous les corps dont la nature a besoin : nous allons le prouver.

La géologie admet qu'à l'âge primaire de notre globe l'acide carbonique formait un épais écran entre la chaleur solaire et la surface terrestre, et que les forêts de l'époque houillère ont absorbé tout cet acide carbonique. Mais la géologie oublie tous les carbonates qui constituent au moins la moitié des 108 milliards de kilomètres cubes que représente la terre. Or, si tout l'acide carbonique qui entra dans leur composition était remis en liberté comme il devait l'être, suivant cette théorie, en la période du Permien supérieur, il constituerait autour de la terre une atmosphère uniquement carbonique de 600 kilomètres de hauteur au minimum. D'abord, aucune vie ne serait possible sous cette atmosphère, et cependant nous savons que la vie y existait. De plus, comme la masse des carbonates n'a pu se former instantanément d'une part et que, d'autre part, les forêts houillères eussent été insuffisantes à absorber cette quantité d'acide carbonique, on est bien forcé d'admettre que ce corps se forme constamment, et cela aux dépens de l'éther1  lequel, je le répète, constitue tous les corps connus, puisque, sans l'unité de substance primordiale, nous ne pourrions nous expliquer des quantités de phénomènes tels que ceux de l'isomérie, de l'allotropie, de l'état colloïdal, etc. 

D'un autre côté un phénomène analogue à celui de la carbogenèse se produit pour tous les corps indistinctement. Du blé semé dans un sol sans trace d'acide phosphorique produit des grains contenant des phosphates. Des plantes, cultivées dans un sol privé de fer et alimentées d'air et d'eau soigneusement filtrés, finissent par contenir des quantités notables de sels de fer. Des graines de cresson, semées dans du verre pilé étendu lui-même sur un plateau de verre, arrosées d'eau distillée et alimentées d'air rigoureusement filtré, donnent, à l'analyse de leurs cendres, de la potasse, du soufre, des oxydes de fer et de manganèse, etc.. Tous ces corps, c'est l'éther qui les a produits par une transmutation de lui-même.

Si donc l'éther constitue, par suite de modifications spéciales, tous les corps du Cosmos, nous sommes fondés à regarder la substance de l'âme comme étant de nature éthérique.

 

Mais, d'autre part, quand nous aborderons l'étude des divers éléments de l'âme, nous verrons qu'ils sont loin de posséder la même constitution intime, au point de vue, par exemple, de la pénétration des corps, de la conductibilité de l'électricité, etc. C'est ainsi que le premier élément, le plus proche de l'organisme, l'âme vitale, dans un parfait état de condensation, peut être à la fois visible, audible et tangible ; le suivant (âme sensitive), isolé dans les mêmes conditions, ne peut être que visible ; le troisième (âme intelligente) ne peut être saisi que par la plaque photographique ; quand aux suivants, ils n'ont été jusqu'à présent, que vus par des sujets en état d'hypnose. Nous sommes donc amenés, à admettre, comme certains physiciens, ou qu'il existe des éthers différenciés, ou bien que l'éther unique est susceptible de présenter une certaine variété de constitutions moléculaires différentes : ce sera aux expérimentateurs de demain d'établir ce qu'il convient d'en penser.

J'ajouterai un dernier mot relativement à la substance de l'âme.

En ce qui me concerne, je crois pouvoir être assuré que les trois éléments inférieurs de l'âme dont il vient d'être question sont réellement constitués par une substance éthérique de plus en plus subtile ; pour le quatrième (âme causale) j'hésite à me prononcer mais pour les trois éléments les plus élevés (âmes morale, intuitive et conscientielle) il me semble bien que leur substance est constituée soit par un éther infiniment ténu, je dirai presque métaphysique, soit par un principe en quelque sorte spiritique. Là encore l'expérience de demain pourra seule nous fixer. Nous allons maintenant étudier la constitution de l'âme telle qu'elle ressort de nos expériences les plus récentes.