Chapitre IV  - Anatomie de l'âme (suite) contrôle et reconstitution, contrôle de l'âme vitale (double éthérique)

 

 

Lorsque le dédoublement du sujet est complet, le premier souci de l'opérateur doit être de s'assurer que le double est bien réellement, quoique invisible à l'œil normal, sur le siège voisin de celui du sujet : plusieurs moyens s'offrent à cet égard pour contrôler les indications du sujet, mais une notion facilite singulièrement l'emploi de tous ces moyens c'est que le double est très généralement dans la même position que le sujet et qu'il fait synchroniquement les mêmes gestes, les mêmes mouvements que celui-ci34  ; par suite, connaissant la distance à laquelle il se trouve du sarcosôme dont il émane, il est facile de repérer, dans le vide, la situation exacte de toutes ses parties. Le sujet donne d'ailleurs à cet égard, toutes les indications qui lui sont demandées. 

Parmi les moyens de contrôle se trouve  comme il a été dit plus haut la mise en état de voyance de sujets magnétiques secondaires que l'on utilise pour leur faire observer et décrire le phénomène ; leurs indications doivent, cela va de soi, concorder entre elles et avec celles du sujet principal35 . 

La photographie peut aussi être employée, mais il faut dire que ce genre de contrôle est des plus aléatoires, car nous ignorons absolument les conditions qui doivent être remplies pour assurer une bonne impression de la plaque. J'ai vu prendre des clichés donnant d'une façon admirable la phase de dédoublement et il en existe d'autres reproduisant exactement l'image du double extériorisé, alors que des essais différents tentés dans des conditions rigoureusement semblables de pose, d'éclairage, de milieu, etc., n'ont donné aucun résultat, sans que nous sachions à quelle cause attribuer la réussite ou l'échec.

Un autre procédé de contrôle consiste à faire pénétrer doucement la main dans le double, ce qui produit une sensation de fraîcheur tout à fait particulière qui va même, pour certains opérateurs jusqu'à l'impression d'une toile d'araignée glacée36 Mais ce moyen est à déconseiller pour deux motifs : d'abord, la sensation n'est pas la même pour tous, et, pour chacun, elle peut varier suivant des causes personnelles ou extérieures encore mal connues (l'état de santé individuelle, la thermométrie, la pression atmosphérique, etc.) ensuite il est reconnu que toute lésion subie par le double se répercute, comme nous le verrons plus loin, sur l'organisme physique, ce qui force à user d'une souveraine prudence ; ce moyen est donc à la fois incertain et dangereux  deux raisons pour le faire éliminer de l'expérience. 

Le moyen de contrôle le plus simple et en même temps le plus efficace, est basé sur ce fait que le double comporte en soi la sensibilité du corps physique37  ; on peut l'utiliser de bien des façons différentes dont les principales sont les deux qui suivent : 

1° Sachant que le double extériorisé prend très ordinairement la position du corps physique, sachant de plus à quelle distance exacte il se trouve à la gauche  ou exceptionnellement à la droite  du sujet, on pince l'air en se rapprochant peu à peu de l'emplacement où on le suppose, jusqu'à ce que le pincement l'atteigne ; il y a alors répercussion de la sensation sur le corps matériel et un mouvement réflexe se produit chez le sujet, analogue à ce qu'il serait si le pincement avait été appliqué directement sur son corps ; par exemple si c'est la jambe droite du double qui a été pincée, le sujet repliera sa jambe pour la mettre hors d'atteinte ; si c'est sur l'épaule gauche du double que s'est exercé le pincement, le sujet se frottera l'épaule gauche pour faire disparaître la douleur38  :  ce procédé s'appelle méthode du pincement d'air. 

2° A l'aide d'une pince, on prend un fragment de coton hydrophile que l'on trempe dans une solution de caféine, d'acide tartrique, etc., ou tout simplement dans de l'eau salée, vinaigrée ou sucrée, et que l'on place par tâtonnement, ou bien en se faisant aider par le sujet lui-même, dans la bouche du fantôme ; par suite de la répercussion des sensations, le sujet décrit celle que lui cause la gustation de son double et la preuve est ainsi faite de l'objectivité du fantôme.

Une double remarque est cependant à faire en ce qui regarde ce procédé :

La première est que, le sommeil somnambulique produisant une hyperesthésie des sens, il faut éviter de faire goûter au double des liquides à forte senteur, tels que de l'alcool camphré, de l'éther ou de l'eau de Cologne parce que, en pareil cas on pourrait se demander si ce n'est pas l'odorat hyperesthésié du sujet qui l'avertit et si, par suite, le dédoublement existe.

L'autre remarque est que si l'on veut répéter ce genre de contrôle à bref intervalle, il convient de graduer la force des sensations successives, car il est de la dernière évidence que si l'on administre de l'eau pure après du vinaigre, le sujet, ayant le goût momentanément perdu, ne pourra pas reconnaître la saveur neutre de l'eau après la saveur violente du vinaigre.

Enfin, il y a, dans ce genre de contrôle, une cause d'erreur uniformément répandue dans toutes les expériences de psychologie expérimentale, à laquelle on ne pense que trop rarement et dont il me faut parler ici : il s'agit de la suggestion mentale dont la réalité est incontestable mais dont les lois primordiales nous sont encore presque inconnues.  Il est clair que si l'on administre de l'eau sucrée au double et que le sujet accuse une sensation sucrée, l'opérateur, sachant la nature du produit qu'il a fait goûter, pourra toujours se demander s'il n'y a pas eu suggestion mentale de sa part et si ce n'est pas dans son propre cerveau que le sujet a puisé la réponse donnée. Pour obvier à cet inconvénient, je recommanderai d'avoir dix ou douze flacons absolument semblables et renfermant chacun une dissolution différente ; on trempe au hasard dans l'un d'eux le tampon d'ouate que l'on fait goûter au double, et l'on vérifie ensuite, en goûtant soi-même le liquide du tampon, si le sujet a répondu correctement39 . Il va de soi que le procédé de contrôle gustatif ne peut être utilisé que quand le fantôme, le double est bien formé, bien condensé, pour employer le terme technique, et que ce contrôle ne donnera que des résultats très aléatoires, pour ne pas dire nuls si l'on veut l'employer alors que le fantôme n'est encore qu'à l'état nébuleux. Ce n'est d'ordinaire qu'après quelques séances que le sujet comprend bien ce qu'on lui demande en lui donnant l'ordre de condenser son fantôme au point de lui imposer une similitude parfaite avec soi. Jusque là, il ne faut avoir recours qu'à la méthode du pincement d'air, et encore convient-il de ne pas s'attendre, en ce cas, à une localisation parfaite de la sensation ; c'est ainsi que récemment, agissant sur un sujet soumis pour la première fois à l'expérience du dédoublement, et l'opération s'étant faite très rapidement, je crus tout d'abord à une erreur de la part du sujet quand il m'annonça voir se former une forte nébulosité, assez brillante, sur le fauteuil placé à sa gauche. Pour vérifier son dire, je m'arrangeai de façon à pincer le double au mollet gauche ; aussitôt, le sujet porta vivement la main à son genou gauche et le frotta quelque temps comme pour y calmer de la douleur : il est évident qu'alors le double n'avait pas encore condensé sa jambe, et je pensai que la souffrance avait plutôt été vague et diffuse. Pour m'en assurer, je prévins le sujet pour que, en examinant le soir sa jambe, il notât exactement s'il y rencontrait un noir et à quel endroit. En effet, dans l'opération du pincement d'air, l'opérateur, ne sentant aucun obstacle sous ses doigts, a toujours tendance à appuyer fortement l'index contre le pouce, ce qui, dans la réalité, produit un « pinçon » violent. A la séance suivante, le sujet me dit avoir eu, au genou, un noir très vif qui durait encore. 

Il résulte du, fait que si le double n'est pas parfaitement formé, bien condensé, la lésion est vague sur lui et peut se répercuter à un endroit différent de l'organisme physique.

Par quel procédé a lieu cette répercussion ? C'est ce que je vais maintenant examiner.

Il ne faut pas croire que la séparation est complète entre le double et l'organisme si cette séparation complète se produisait, ce serait la mort pour le sujet40 . Au contraire, il existe, entre les deux parties de l'être, une sorte de lien fluidique qui répond absolument au cordon ombilical reliant le nouveau-né à sa mère. Ce lien part de l'organisme physique, à hauteur de la poitrine, vers la rate41 , est peu extensible et s'irradie vers le double en une sorte de réseau qui se confond avec lui. De même que le double paraît, aux sujets ou aux sensitifs doués de voyance naturelle ou artificielle, comme coloré de rouge et de bleu de même ce lien, épais généralement de quelques centimètres, leur semble parcouru très rapidement par des sortes de stries vibratoires, alternativement bleuâtres et orangeâtres allant du corps physique au double, ou vice-versa, et analogues au courant électrique passant dans certains milieux raréfiés (tubes de Geissler, etc. ). Il est surtout bleuâtre au-dessus et orangeâtre en-dessous. 

Lorsque l'on introduit la main  et il faut le faire très lentement pour ne pas léser le sujet  entre le double et l'organisme physique, on arrive à un point où l'on détermine chez le sujet un geste réflexe de défense ou de douleur : c'est que l'on vient de toucher le lien fluidique. Toutefois ce lien fluidique n'est bien marqué qu'autant que le double est lui-même parfaitement condensé ; dans le cas où il est flou, vague et nébuleux, le lien ne présente aucune délimitation nette, et les intercommunications entre les deux parties de l'être se font d'une manière diffuse et imprécise.

Il semble bien exister d'autres liens entre l'âme vitale et le sarcosôme, notamment entre le cerveau matériel et le cerveau fluidique mais ces autres liens, d'une visibilité très fugitive, ne paraissent pas comporter de circulation intérieure.

A noter encore ce détail, que, avant toute tentative de dissociation, le sujet en somnambulisme voit son propre organisme assez brillant d'une lumière propre qui émane de lui-même, mais cette lumière s'affaiblit et s'estompe au fur et à mesure que le double s'extériorise et se condense lorsque le double est bien condensé, l'organisme physique devient sombre comme si toute son illumination propre était passée dans le fantôme ; nous sommes donc fondés à voir dans cette luminosité, de l'énergie vitale matérialisée, puisque le double extériorisé est détenteur de la vie matérielle du sujet. Ce « double », ou aérosôme I, dont nous venons d'étudier le mode de formation et les conditions générales constituent le fantôme proprement dit de l'être humain vivant. Aussi, arrivé à ce point et avant de poursuivre notre travail de dissection anatomique de l'âme, nous faut-il, pour éviter des confusions possibles au cours des pages qui vont suivre, distinguer nettement les éléments les uns des autres.

Nous appellerons donc sarcosôme (corps de chair) l'organisme physique, le quasi-cadavre du sujet assis dans le premier fauteuil et ne vivant plus que sous l'impulsion de l'âme vitale séparée de lui.

Et cette âme complète, séparée de son sarcosôme et assise sur le deuxième fauteuil, nous l'appellerons, puisqu'elle a la forme, du corps physique et qu'elle est fluidique, aérosôme I, pour la distinguer des autres aérosômes qui sont les apparences suivantes que revêt l'âme lorsque l'on poursuit sur elle le travail de dissection anatomique déjà présenté en son ensemble dans les pages qui précèdent, et dont nous étudions ici certains détails.