CHAPITRE V.
MANIFESTATIONS PHYSIQUES SPONTANEES.
Bruits, tapages et perturbations. - Objets lanc�s. - Ph�nom�ne des apports. - Dissertation d'un esprit sur les apports.
Bruits, tapages et perturbations.
82.�Les ph�nom�nes dont nous venons de parler sont provoqu�s�; mais il arrive quelquefois qu'ils ont lieu spontan�ment, sans participation de la volont�; loin de l�, puisqu'ils deviennent souvent tr�s importuns. Ce qui exclut, en outre, la pens�e qu'ils peuvent �tre un effet de l'imagination surexcit�e par les id�es spirites, c'est qu'ils se produisent chez des personnes qui n'en ont jamais entendu parler, et au moment o� elles s'y attendent le moins. Ces ph�nom�nes, qu'on pourrait appeler le spiritisme pratique naturel, sont tr�s importants, parce qu'ils ne peuvent �tre suspect�s de connivence�; c'est pourquoi nous engageons les personnes qui s'occupent des ph�nom�nes spirites � recueillir tous les faits de ce genre qui viendraient � leur connaissance, mais surtout � en constater avec soin la r�alit� par une �tude minutieuse des circonstances, afin de s'assurer qu'on n'est pas le jouet d'une illusion ou d'une mystification.
83.�De toutes les manifestations spirites, les plus simples et les plus fr�quentes sont les bruits et les coups frapp�s�; c'est ici surtout qu'il faut craindre l'illusion, car une foule de causes naturelles peuvent en produire�: le vent qui siffle ou qui agite un objet, un corps que l'on remue soi-m�me sans s'en apercevoir, un effet acoustique, un animal cach�, un insecte, etc., voire m�me les espi�gleries des mauvais plaisants. Les bruits spirites ont d'ailleurs un caract�re particulier, tout en affectant une intensit� et un timbre tr�s vari�s, qui les rendent ais�ment reconnaissables et ne permettent pas de les confondre avec le craquement du bois, le p�tillement du feu ou le tic-tac monotone d'une pendule�; ce sont des coups secs, tant�t sourds, faibles et l�gers, tant�t clairs, distincts, quelquefois bruyants, qui changent de place et se r�p�tent sans avoir une r�gularit� m�canique. De tous les moyens de contr�le le plus efficace, celui qui ne peut laisser de doute sur leur origine, c'est l'ob�issance � la volont�. Si les coups se font entendre dans l'endroit d�sign�, s'ils r�pondent � la pens�e par leur nombre ou leur intensit�, on ne peut m�conna�tre en eux une cause intelligente�; mais le d�faut d'ob�issance n'est pas toujours une preuve contraire.
84.�Admettons maintenant que, par une constatation minutieuse, on acqui�re la certitude que les bruits ou tous autres effets sont des manifestations r�elles, est-il rationnel de s'en effrayer�? Non, assur�ment�; car, dans aucun cas, il ne saurait y avoir le moindre danger�; les personnes auxquelles on persuade que c'est le diable, peuvent seules en �tre affect�es d'une mani�re f�cheuse, comme les enfants auxquels on fait peur du loup-garou ou de Croque-mitaine. Ces manifestations acqui�rent dans certaines circonstances, il faut en convenir, des proportions et une persistance d�sagr�ables, dont on a le d�sir bien naturel de se d�barrasser. Une explication est n�cessaire � ce sujet.
85.�Nous avons dit que les manifestations physiques ont pour but d'appeler notre attention sur quelque chose, et de nous convaincre de la pr�sence d'une puissance sup�rieure � l'homme. Nous avons dit aussi que les Esprits �lev�s ne s'occupent pas de ces sortes de manifestations�; ils se servent des Esprits inf�rieurs pour les produire, comme nous nous servons de serviteurs pour la grosse besogne, et cela dans le but que nous venons d'indiquer. Ce but une fois atteint, la manifestation mat�rielle cesse, parce qu'elle n'est plus n�cessaire. Un ou deux exemples feront mieux comprendre la chose.
86.�Il y a plusieurs ann�es, au d�but de mes �tudes sur le spiritisme, �tant un soir occup� d'un travail sur cette mati�re, des coups se firent entendre autour de moi pendant quatre heures cons�cutives�; c'�tait la premi�re fois que pareille chose m'arrivait�; je constatai qu'ils n'avaient aucune cause accidentelle, mais dans le moment je n'en pus savoir davantage. J'avais � cette �poque occasion de voir fr�quemment un excellent m�dium �crivain. D�s le lendemain, j'interrogeai l'Esprit qui se communiquait par son interm�diaire sur la cause de ces coups. C'est, me fut-il r�pondu, ton Esprit familier qui voulait te parler. - Et que voulait-il me dire�? R�p.�: Tu peux le lui demander toi-m�me, car il est l�. - Ayant donc interrog� cet Esprit, il se fit conna�tre sous un nom all�gorique (j'ai su depuis, par d'autres Esprits, qu'il appartient � un ordre tr�s �lev�, et qu'il a jou� sur la terre un r�le important)�; il me signala des erreurs dans mon travail, en m'indiquant les lignes o� elles se trouvaient, me donna d'utiles et sages conseils, et ajouta qu'il serait toujours avec moi, et viendrait � mon appel toutes les fois que je voudrais l'interroger. Depuis lors, en effet, cet Esprit ne m'a jamais quitt�. Il m'a donn� maintes preuves d'une grande sup�riorit�, et son intervention bienveillante et efficace a �t� manifeste pour moi dans les affaires de la vie mat�rielle, comme en ce qui touche aux choses m�taphysiques. Mais d�s notre premier entretien les coups ont cess�. Que voulait-il en effet�? Entrer en communication r�guli�re avec moi�; pour cela il fallait m'avertir. L'avertissement donn�, puis expliqu�, les relations r�guli�res �tablies, les coups devenaient inutiles, c'est pourquoi ils ont cess�. On ne bat plus le tambour pour r�veiller les soldats une fois qu'ils sont debout.
Un fait � peu pr�s semblable est arriv� � un de nos amis. Depuis quelque temps, sa chambre retentissait de bruits divers qui devenaient tr�s fatigants. L'occasion s'�tant pr�sent�e d'interroger l'Esprit de son p�re par un m�dium �crivain, il sut ce qu'on lui voulait, fit ce qui lui fut recommand�, et depuis lors il n'a plus rien entendu. Il est � remarquer que les personnes qui ont avec les Esprits un moyen r�gulier et facile de communication, ont beaucoup plus rarement des manifestations de ce genre, et cela se con�oit.
87.�Les manifestations spontan�es ne se bornent pas toujours � des bruits et � des coups frapp�s�; elles d�g�n�rent quelquefois en v�ritable tapage et en perturbations�; des meubles et objets divers sont boulevers�s, des projectiles de toutes sortes sont lanc�s du dehors, des portes et des fen�tres sont ouvertes et ferm�es par des mains invisibles, des carreaux sont bris�s, ce qui ne peut �tre mis sur le compte de l'illusion.
Le bouleversement est souvent tr�s effectif, mais quelquefois il n'a que les apparences de la r�alit�. On entend du vacarme dans une pi�ce voisine, un bruit de vaisselle qui tombe et se brise avec fracas, des b�ches qui roulent sur le plancher�; on se h�te d'accourir, et l'on trouve tout tranquille et en ordre�; puis, � peine sorti, le tumulte recommence.
88.�Les manifestations de ce genre ne sont ni rares ni nouvelles�; il y a peu de chronique locale qui ne renferme quelque histoire de ce genre. La peur a sans doute souvent exag�r� des faits qui ont d� prendre des proportions gigantesquement ridicules en passant de bouche en bouche�; la superstition aidant, les maisons o� ils se sont pass�s ont �t� r�put�es hant�es par le diable, et de l� tous les contes merveilleux ou terribles de revenants. De son c�t�, la fourberie n'a pas laiss� �chapper une si belle occasion d'exploiter la cr�dulit�, et cela souvent au profit d'int�r�ts personnels. On con�oit, du reste, l'impression que des faits de ce genre, m�me r�duits � la r�alit�, peuvent faire sur des caract�res faibles et pr�dispos�s par l'�ducation aux id�es superstitieuses. Le plus s�r moyen de pr�venir les inconv�nients qu'ils pourraient avoir, puisqu'on ne saurait les emp�cher, c'est de faire conna�tre la v�rit�. Les choses les plus simples deviennent effrayantes quand la cause est inconnue. Quand on sera familiaris� avec les Esprits, et que ceux auxquels ils se manifestent ne croiront plus avoir une l�gion de d�mons � leurs trousses, ils n'en auront plus peur.
On peut voir, dans la Revue spirite, le r�cit de plusieurs faits authentiques de ce genre, entre autres l'histoire de l'Esprit frappeur de Bergzabern, dont les mauvais tours ont dur� plus de huit ans (num�ros de mai, juin et juillet 1858)�; celle de Dibbelsdorf (ao�t 1858)�; celle du boulanger des Grandes-Ventes, pr�s Dieppe (mars 1860)�; celle de la rue des Noyers, � Paris (ao�t 1860)�; celle de l'Esprit de Castelnaudary, sous le titre d'Histoire d'un damn� (f�vrier 1860)�; celle du fabricant de Saint P�tersbourg (avril 1860), et beaucoup d'autres.
89.�Les faits de cette nature ont souvent le caract�re d'une v�ritable pers�cution. Nous connaissons six soeurs qui habitaient ensemble, et qui, pendant plusieurs ann�es, trouvaient le matin leurs robes dispers�es, cach�es jusque sur les toits, d�chir�es et coup�es en morceaux, quelques pr�cautions qu'elles prissent de les enfermer � clef. Il est souvent arriv� que des personnes couch�es et parfaitement �veill�es voyaient secouer leurs rideaux, arracher violemment leurs couvertures et leurs oreillers, �taient soulev�es sur leurs matelas, et quelquefois m�me jet�es hors du lit. Ces faits sont plus fr�quents qu'on ne croit�; mais la plupart du temps, ceux qui en sont victimes n'osent pas en parler par la crainte du ridicule. Il est � notre connaissance que l'on a cru gu�rir certains individus, de ce qu'on regardait comme des hallucinations, en les soumettant au traitement des ali�n�s, ce qui les a rendus r�ellement fous. La m�decine ne peut comprendre ces choses, parce qu'elle n'admet dans les causes que l'�l�ment mat�riel, d'o� r�sultent des m�prises souvent funestes. L'histoire, un jour, racontera certains traitements du dix-neuvi�me si�cle, comme on raconte aujourd'hui certains proc�d�s du moyen �ge.
Nous admettons parfaitement que certains faits sont l'oeuvre de la malice ou de la malveillance�; mais si, toutes constatations faites, il demeure av�r� qu'ils ne sont pas l'oeuvre des hommes, il faut bien convenir qu'ils sont celle, les uns diront du diable, nous, nous dirons des Esprits�; mais de quels Esprits�?
90.�Les Esprits sup�rieurs, pas plus que parmi nous les hommes graves et s�rieux, ne s'amusent � donner des charivaris. Nous en avons souvent fait venir pour leur demander le motif qui les porte � troubler ainsi le repos. La plupart n'ont d'autre but que de s'amuser�; ce sont des Esprits plut�t l�gers que m�chants, qui se rient des frayeurs qu'ils occasionnent, et des recherches inutiles que l'on fait pour d�couvrir la cause du tumulte. Souvent, ils s'acharnent apr�s un individu qu'ils se plaisent � vexer et qu'ils poursuivent de demeure en demeure�; d'autres fois ils s'attachent � un local sans autre motif que leur caprice. C'est quelquefois aussi une vengeance qu'ils exercent comme nous aurons l'occasion de le voir. Dans certains cas, leur intention est plus louable�; ils veulent appeler l'attention et se mettre en rapport, soit pour donner un avertissement utile � la personne � laquelle ils s'adressent, soit pour demander quelque chose pour eux-m�mes. Nous en avons souvent vu demander des pri�res, d'autres solliciter l'accomplissement en leur nom d'un voeu qu'ils n'avaient pu remplir, d'autres enfin vouloir, dans l'int�r�t de leur propre repos, r�parer une mauvaise action commise par eux de leur vivant. En g�n�ral, on a tort de s'en effrayer�; leur pr�sence peut �tre importune, mais non dangereuse. On con�oit, du reste, le d�sir qu'on a de s'en d�barrasser et l'on fait g�n�ralement pour cela tout le contraire de ce qu'il faudrait. Si ce sont des Esprits qui s'amusent, plus on prend la chose au s�rieux, plus ils persistent, comme des enfants espi�gles qui harc�lent d'autant plus ceux qu'ils voient s'impatienter, et qui font peur aux poltrons. Si l'on prenait le sage parti de rire soi-m�me de leurs mauvais tours, ils finiraient par se lasser et par rester tranquilles. Nous connaissons quelqu'un qui, loin de s'irriter, les excitait, les mettait au d�fi de faire telle ou telle chose, si bien qu'au bout de quelques jours, ils ne revinrent plus. Mais, comme nous l'avons dit, il y en a dont le motif est moins frivole. C'est pourquoi il est toujours utile de savoir ce qu'ils veulent. S'ils demandent quelque chose, on peut �tre certain qu'ils cesseront leurs visites d�s que leur d�sir sera satisfait. Le meilleur moyen d'�tre renseign� � cet �gard, c'est d'�voquer l'Esprit par l'interm�diaire d'un bon m�dium �crivain�; � ses r�ponses, on verra tout de suite � qui l'on a affaire, et l'on agira en cons�quence�; si c'est un Esprit malheureux, la charit� veut qu'on le traite avec les �gards qu'il m�rite�; si c'est un mauvais plaisant, on peut agir envers lui sans fa�on�; s'il est malveillant, il faut prier Dieu de le rendre meilleur. En tout �tat de cause, la pri�re ne peut toujours avoir qu'un bon r�sultat. Mais la gravit� des formules d'exorcisme les fait rire et ils n'en tiennent aucun compte. Si l'on peut entrer en communication avec eux, il faut se d�fier des qualifications burlesques ou effrayantes qu'ils se donnent quelquefois pour s'amuser de la cr�dulit�.
Nous reviendrons avec plus de d�tails sur ce sujet, et sur les causes qui rendent souvent les pri�res inefficaces, dans les chapitres des lieux hant�s et de l'obsession.
91.�Ces ph�nom�nes, quoique ex�cut�s par des Esprits inf�rieurs, sont souvent provoqu�s par des Esprits d'un ordre plus �lev�, dans le but de convaincre de l'existence des �tres incorporels et d'une puissance sup�rieure � l'homme. Le retentissement qui en r�sulte, l'effroi m�me que cela cause, appellent l'attention, et finiront par faire ouvrir les yeux aux plus incr�dules. Ceux-ci trouvent plus simple de mettre ces ph�nom�nes sur le compte de l'imagination, explication tr�s commode et qui dispense d'en donner d'autres�; pourtant quand des objets sont bouscul�s ou vous sont jet�s � la t�te, il faudrait une imagination bien complaisante pour se figurer que pareilles choses sont quand elles ne sont pas. On remarque un effet quelconque, cet effet a n�cessairement une cause�; si une froide et calme observation nous d�montre que cet effet est ind�pendant de toute volont� humaine et de toute cause mat�rielle, si de plus il nous donne des signes �vidents d'intelligence et de libre volont�, ce qui est le signe le plus caract�ristique, on est bien forc� de l'attribuer � une intelligence occulte. Quels sont ces �tres myst�rieux�? c'est ce que les �tudes spirites nous apprennent de la mani�re la moins contestable, par les moyens qu'elles nous donnent de communiquer avec eux. Ces �tudes nous apprennent en outre � faire la part de ce qu'il y a de r�el, de faux ou d'exag�r� dans les ph�nom�nes dont nous ne nous rendons pas compte. Si un effet insolite se produit�: bruit, mouvement, apparition m�me, la premi�re pens�e que l'on doit avoir, c'est qu'il est d� � une cause toute naturelle, parce que c'est la plus probable�; il faut alors rechercher cette cause avec le plus grand soin, et n'admettre l'intervention des Esprits qu'� bon escient�; c'est le moyen de ne pas se faire illusion. Celui, par exemple, qui, sans �tre approch� par personne, recevrait un soufflet ou des coups de b�ton dans le dos, comme cela s'est vu, ne saurait douter de la pr�sence d'un �tre invisible.
On doit se tenir en garde non seulement contre des r�cits qui peuvent �tre tout au moins entach�s d'exag�ration, mais contre ses propres impressions, et ne pas attribuer une origine occulte � tout ce que l'on ne comprend pas. Une infinit� de causes tr�s simples et tr�s naturelles peuvent produire des effets �tranges au premier abord, et ce serait une v�ritable superstition de voir partout des Esprits occup�s � renverser les meubles, briser la vaisselle, susciter enfin les mille et une tracasseries de m�nage qu'il est plus rationnel de mettre sur le compte de la maladresse.
Objets lanc�s.
92.�L'explication donn�e du mouvement des corps inertes s'applique naturellement � tous les effets spontan�s que nous venons de voir. Les bruits, quoique plus forts que les coups frapp�s dans la table, ont la m�me cause�; les objets lanc�s ou d�plac�s le sont par la m�me force qui soul�ve un objet quelconque. Une circonstance vient m�me ici � l'appui de cette th�orie. On pourrait se demander o� est le m�dium dans cette circonstance. Les Esprits nous ont dit qu'en pareil cas il y a toujours quelqu'un dont le pouvoir s'exerce � son insu. Les manifestations spontan�es se produisent tr�s rarement dans les endroits isol�s�; c'est presque toujours dans des maisons habit�es qu'elles ont lieu, et par le fait de la pr�sence de certaines personnes qui exercent une influence sans le vouloir�; ces personnes sont de v�ritables m�diums qui s'ignorent eux-m�mes, et que nous appelons, pour cette raison, m�diums naturels�; ils sont aux autres m�diums ce que les somnambules naturels sont aux somnambules magn�tiques, et tout aussi curieux � observer.
93.�L'intervention volontaire ou involontaire d'une personne dou�e d'une aptitude sp�ciale pour la production de ces ph�nom�nes para�t �tre n�cessaire dans la plupart des cas, quoiqu'il y en ait o� l'Esprit semble agir seul�; mais alors il se pourrait qu'il puis�t le fluide animalis� ailleurs que chez une personne pr�sente. Ceci explique pourquoi les Esprits qui nous entourent sans cesse ne produisent pas � chaque instant des perturbations. Il faut d'abord que l'Esprit le veuille, qu'il ait un but, un motif, sans cela il ne fait rien. Il faut souvent ensuite qu'il trouve, pr�cis�ment dans le lieu o� il voudrait agir, une personne apte � le seconder, co�ncidence qui se rencontre assez rarement. Cette personne survenant inopin�ment, il en profite. Malgr� la r�union des circonstances favorables, il pourrait encore en �tre emp�ch� par une volont� sup�rieure qui ne lui permettrait pas d'agir � son gr�. Il peut ne lui �tre permis de le faire que dans certaines limites, et dans le cas o� ces manifestations seraient jug�es utiles, soit comme moyen de conviction, soit comme �preuve pour la personne qui en est l'objet.
94.�Nous ne citerons � ce sujet que l'entretien provoqu� � propos des faits qui se sont pass�s en juin 1860 dans la rue des Noyers, � Paris. On en trouvera les d�tails dans la Revue spirite, n��d'ao�t 1860.
1.�(A saint Louis). Auriez-vous la bont� de nous dire si les faits qu'on dit s'�tre pass�s dans la rue des Noyers sont r�els�? quant � la possibilit�, nous n'en doutons pas.
"Oui, ces faits sont vrais�; seulement l'imagination des hommes les grossira, soit par peur, soit par ironie�; mais, je le r�p�te, ils sont vrais. Ces manifestations sont provoqu�es par un Esprit qui s'amuse un peu aux d�pens des habitants du lieu."
2.�Y a-t-il, dans la maison, une personne qui soit cause de ces manifestations�?
"Elles sont toujours caus�es par la pr�sence de la personne � laquelle on s'attaque�; c'est que l'Esprit perturbateur en veut � l'habitant du lieu o� il est, et qu'il veut lui faire des malices, ou m�me cherche � le faire d�loger."
3.�Nous demandons si, parmi les habitants de la maison, il y a quelqu'un qui soit la cause de ces ph�nom�nes par une influence m�dianimique spontan�e et involontaire�?
"Il le faut bien, sans cela le fait ne pourrait avoir lieu. Un Esprit habite un endroit de pr�dilection pour lui�; il reste dans l'inaction tant qu'une nature qui lui soit convenable ne s'est pas pr�sent�e dans cet endroit�; quand cette personne arrive, alors il s'amuse autant qu'il le peut."
4.�La pr�sence de cette personne sur les lieux m�mes est-elle indispensable�?
"C'est le cas le plus ordinaire, et c'est celui du fait que vous citez�; c'est pourquoi j'ai dit que sans cela le fait n'aurait pu avoir lieu�; mais je n'ai pas entendu g�n�raliser�; il en est o� la pr�sence imm�diate n'est pas n�cessaire."
5.�Ces Esprits �tant toujours d'un ordre inf�rieur, l'aptitude � leur servir d'auxiliaire est-elle une pr�somption d�favorable pour la personne�? cela annonce-t-il une sympathie avec les �tres de cette nature�?
"Non, pas pr�cis�ment, car cette aptitude tient � une disposition physique�; cependant cela annonce tr�s souvent une tendance mat�rielle qu'il serait pr�f�rable de ne pas avoir�; car plus on est �lev� moralement, plus on attire � soi les bons Esprits, qui �loignent n�cessairement les mauvais."
6.�O� l'Esprit va-t-il prendre les projectiles dont il se sert�?
"Ces divers objets sont, le plus souvent, pris sur les lieux, ou dans le voisinage�; une force venant d'un Esprit les lance dans l'espace, et ils tombent dans un endroit d�sign� par cet Esprit."
7.�Puisque les manifestations spontan�es sont souvent permises et m�me provoqu�es dans le but de convaincre, il nous semble que si certains incr�dules en �taient personnellement l'objet, ils seraient bien forc�s de se rendre � l'�vidence. Ils se plaignent quelquefois de ne pouvoir �tre t�moins de faits concluants�; ne d�pendrait-il pas des Esprits de leur faire donner quelque preuve sensible�?
"Les ath�es et les mat�rialistes ne sont-ils pas � chaque instant t�moins des effets de la puissance de Dieu et de la pens�e�? Cela ne les emp�che pas de nier Dieu et l'�me. Les miracles de J�sus ont-ils converti tous ses contemporains�? Les Pharisiens qui lui disaient�: "Ma�tre, faites-nous voir quelque prodige", ne ressemblent-ils pas � ceux qui, de votre temps, demandent que vous leur fassiez voir des manifestations�? S'ils ne sont pas convaincus par les merveilles de la cr�ation, ils ne le seraient pas davantage quand bien m�me les Esprits leur appara�traient de la mani�re la moins �quivoque, parce que leur orgueil les rend comme des chevaux r�tifs. Les occasions de voir ne leur manqueraient pas s'ils les cherchaient de bonne foi, c'est pourquoi Dieu ne juge pas � propos de faire pour eux plus qu'il ne fait pour ceux qui cherchent sinc�rement � s'instruire, car il ne r�compense que les hommes de bonne volont�. Leur incr�dulit� n'emp�chera pas la volont� de Dieu de s'accomplir�; vous voyez bien qu'elle n'a pas emp�ch� la doctrine de se r�pandre. Cessez donc de vous inqui�ter de leur opposition qui est � la doctrine comme l'ombre est au tableau, et lui donne un plus grand relief. Quel m�rite auraient-ils � �tre convaincus par la force�? Dieu leur laisse toute la responsabilit� de leur ent�tement, et cette responsabilit� sera plus terrible que vous ne pensez. Bienheureux ceux qui croient sans avoir vu, a dit J�sus, parce que ceux-l� ne doutent pas de la puissance de Dieu."
8.�Croyez-vous qu'il serait utile d'�voquer cet Esprit pour lui demander quelques explications�?
"Evoquez-le si vous voulez�; mais c'est un Esprit inf�rieur qui ne vous donnera que des r�ponses assez insignifiantes."
95.�Entretien avec l'Esprit perturbateur de la rue des Noyers.
1.�Evocation.
"Qu'avez-vous donc de m'appeler�? Vous voulez donc des coups de pierres�? C'est alors qu'on verrait un beau sauve-qui-peut, malgr� votre air de bravoure."
2.�Quand tu nous enverrais des pierres ici, cela ne nous effrayerait pas�; nous demandons m�me positivement si tu peux nous en envoyer.
"Ici, je ne pourrais peut-�tre pas�; vous avez un gardien qui veille bien sur vous."
3.�Dans la rue des Noyers, y avait-il une personne qui te servait d'auxiliaire pour te faciliter les mauvais tours que tu jouais aux habitants de la maison�?
"Certainement, j'ai trouv� un bon instrument, et aucun Esprit docte, savant et prude pour m'en emp�cher�; car je suis gai, j'aime parfois � m'amuser."
4.�Quelle �tait la personne qui t'a servi d'instrument�?
"Une servante."
5.�Etait-ce � son insu qu'elle te servait d'auxiliaire�?
"Oh�! oui�; la pauvre fille�! elle �tait la plus effray�e."
6.�Agissais-tu dans un but hostile�?
"Moi, je n'avais aucun but hostile�; mais les hommes qui s'emparent de tout le feront tourner � leur avantage."
7.�Qu'entends-tu par l�? nous ne te comprenons pas.
"Je cherchais � m'amuser�; mais vous autres, vous �tudierez la chose et vous aurez un fait de plus pour montrer que nous existons."
8.�Tu dis que tu n'avais pas de but hostile, et pourtant tu as cass� tous les carreaux de l'appartement�; tu as ainsi caus� un pr�judice r�el.
"C'est un d�tail."
9.�O� t'es-tu procur� les objets que tu as lanc�s�?
"Ils sont assez communs�; je les ai trouv�s dans la cour, dans les jardins voisins."
10.�Les as-tu tous trouv�s, ou en as-tu fabriqu�s quelques-uns�? (Voir ci-apr�s chapitre VIII).
"Je n'ai rien cr��, rien compos�."
11.�Si tu n'en avais pas trouv�, aurais-tu pu en fabriquer�?
"C'e�t �t� plus difficile�; mais, � la rigueur, on m�le des mati�res, et cela fait un tout quelconque."
12.�Maintenant, dis-nous comment tu les as lanc�s�?
"Ah�! ceci est plus difficile � dire�; je me suis aid� de la nature �lectrique de cette fille, jointe � la mienne moins mat�rielle�; nous avons pu transporter ainsi ces diverses mati�res � nous deux."
13.�Tu voudras bien, je pense, nous donner quelques renseignements sur ta personne. Dis-nous donc d'abord s'il y a longtemps que tu es mort�?
"Il y a assez longtemps�; il y a bien cinquante ans."
14.�Qu'�tais-tu de ton vivant�?
"Pas grand-chose de bon�; je chiffonnais dans ce quartier, et on me disait parfois des sottises, parce que j'aimais trop la liqueur rouge du bonhomme No�; aussi je voulais les faire tous d�camper."
15.�Etait-ce toi-m�me et de ton plein gr� que tu as r�pondu � nos questions�?
"J'avais un instituteur."
16.�Quel est cet instituteur�?
"Votre bon roi Louis."
Remarque. Cette question est motiv�e par la nature de certaines r�ponses qui ont paru d�passer la port�e de cet Esprit, par le fond des id�es et m�me par la forme du langage. Il n'y a donc rien d'�tonnant � ce qu'il ait �t� aid� par un Esprit plus �clair�, qui voulait profiter de cette occasion pour nous donner une instruction. Ceci est un fait tr�s ordinaire, mais une particularit� remarquable dans cette circonstance, c'est que l'influence de l'autre Esprit s'est fait sentir sur l'�criture m�me�; celle des r�ponses o� il est intervenu est plus r�guli�re et plus coulante�; celle du chiffonnier est anguleuse, grosse, irr�guli�re, souvent peu lisible, et porte un tout autre caract�re.
17.�Que fais-tu maintenant�; t'occupes-tu de ton avenir�?
"Pas encore�; j'erre. On pense si peu � moi sur la terre, que personne ne prie pour moi�: aussi je ne suis pas aid�, je ne travaille pas."
Remarque. On verra plus tard combien on peut contribuer � l'avancement et au soulagement des Esprits inf�rieurs par la pri�re et les conseils.
18.�Quel �tait ton nom de ton vivant�?
"Jeannet."
19.�Eh bien�! Jeannet, nous prierons pour toi. Dis-nous si notre �vocation t'a fait plaisir ou t'a contrari�?
"Plut�t plaisir, car vous �tes de bons enfants, de gais vivants, quoique un peu aust�res�; c'est �gal, vous m'avez �cout�, je suis content."
JEANNET.
Ph�nom�ne des apports.
96.�Ce ph�nom�ne ne diff�re de ceux dont nous venons de parler que par l'intention bienveillante de l'Esprit qui en est l'auteur, par la nature des objets presque toujours gracieux, et par la mani�re douce et souvent d�licate dont ils sont apport�s. Il consiste dans l'apport spontan� d'objets qui n'existent pas dans l'endroit o� l'on est�; ce sont le plus souvent des fleurs, quelquefois des fruits, des bonbons, des bijoux, etc..
97.�Disons d'abord que ce ph�nom�ne est un de ceux qui se pr�tent le plus � l'imitation, et que par cons�quent il faut se tenir en garde contre la supercherie. On sait jusqu'o� peut aller l'art de la prestidigitation en fait d'exp�riences de ce genre�; mais, sans avoir affaire � un homme du m�tier, on pourrait �tre facilement dupe d'une manoeuvre habile et int�ress�e. La meilleure de toutes les garanties est dans le caract�re, l'honorabilit� notoire, le d�sint�ressement absolu de la personne qui obtient de semblables effets�; en second lieu dans l'examen attentif de toutes les circonstances dans lesquelles les faits se produisent�; enfin dans la connaissance �clair�e du spiritisme, qui seule peut faire d�couvrir ce qui serait suspect.
Dissertation d'un esprit sur les apports.
98.�La th�orie du ph�nom�ne des apports, et des manifestations physiques en g�n�ral, se trouve r�sum�e d'une mani�re remarquable dans la dissertation suivante, par un Esprit dont toutes les communications ont un cachet incontestable de profondeur et de logique. On en trouvera plusieurs dans la suite de cet ouvrage. Il s'est fait conna�tre sous le nom d'Eraste, disciple de saint Paul, et comme Esprit protecteur du m�dium qui lui a servi d'interpr�te�:
"Il faut n�cessairement, pour obtenir des ph�nom�nes de cet ordre, avoir avec soi des m�diums que j'appellerai sensitifs, c'est-�-dire dou�s au plus haut degr� des facult�s m�dianimiques d'expansion et de p�n�trabilit�; parce que le syst�me nerveux de ces m�diums, facilement excitable, leur permet, au moyen de certaines vibrations, de projeter autour d'eux avec profusion leur fluide animalis�.
Les natures impressionnables, les personnes dont les nerfs vibrent au moindre sentiment, � la plus petite sensation, que l'influence morale ou physique, interne ou externe, sensibilise, sont des sujets tr�s aptes � devenir d'excellents m�diums pour les effets physiques de tangibilit� et d'apports. En effet, leur syst�me nerveux, presque enti�rement d�pourvu de l'enveloppe r�fractaire qui isole ce syst�me chez la plupart des autres incarn�s, les rend propres au d�veloppement de ces divers ph�nom�nes. En cons�quence, avec un sujet de cette nature, et dont les autres facult�s ne sont pas hostiles � la m�dianimisation, on obtiendra plus facilement les ph�nom�nes de tangibilit�, les coups frapp�s dans les murs et dans les meubles, les mouvements intelligents, et m�me la suspension dans l'espace de la mati�re inerte la plus lourde. A fortiori, obtiendra-t-on ces r�sultats si, au lieu d'un m�dium, on en a sous la main plusieurs �galement bien dou�s.
Mais de la production de ces ph�nom�nes � l'obtention de celui des apports, il y a tout un monde�; car, dans ce cas, non seulement le travail de l'Esprit est plus complexe, plus difficile, mais, bien plus, l'Esprit ne peut op�rer qu'au moyen d'un seul appareil m�dianimique, c'est-�-dire que plusieurs m�diums ne peuvent pas concourir simultan�ment � la production du m�me ph�nom�ne. Il arrive m�me, au contraire, que la pr�sence de certaines personnes antipathiques � l'Esprit qui op�re entrave radicalement son op�ration. A ces motifs qui, comme vous le voyez, ne manquent pas d'importance, ajoutez que les apports n�cessitent toujours une plus grande concentration, et en m�me temps une plus grande diffusion de certains fluides, et qu'ils ne peuvent �tre obtenus qu'avec des m�diums les mieux dou�s, ceux, en un mot, dont l'appareil �lectrom�dianimique est le mieux conditionn�.
En g�n�ral, les faits d'apports sont et resteront excessivement rares. Je n'ai pas besoin de vous d�montrer pourquoi ils sont et seront moins fr�quents que les autres faits de tangibilit�; de ce que je dis, vous le d�duirez vous-m�me. D'ailleurs, ces ph�nom�nes sont d'une nature telle, que non seulement tous les m�diums n'y sont pas propres, mais que tous les Esprits eux-m�mes ne peuvent pas les produire. En effet, il faut qu'entre l'Esprit et le m�dium influenc� il existe une certaine affinit�, une certaine analogie, en un mot, une certaine ressemblance qui permette � la partie expansible du fluide p�rispritique de l'incarn� de se m�ler, de s'unir, de se combiner avec celui de l'Esprit qui veut faire un apport. Cette fusion doit �tre telle que la force r�sultante devienne, pour ainsi dire, une�; de m�me qu'un courant �lectrique, en agissant sur le charbon, produit un foyer, une clart� uniques. Pourquoi cette union, pourquoi cette fusion, direz-vous�? C'est que, pour la production de ces ph�nom�nes, il faut que les propri�t�s essentielles de l'Esprit moteur soient augment�es de quelques-unes de celles du m�dianimis�; c'est que le fluide vital, indispensable � la production de tous les ph�nom�nes m�dianimiques, est l'apanage exclusif de l'incarn�, et que, par cons�quent, l'Esprit op�rateur est oblig� de s'en impr�gner. Ce n'est qu'alors qu'il peut, au moyen de certaines propri�t�s de votre milieu ambiant, inconnues pour vous, isoler, rendre invisibles, et faire mouvoir certains objets mat�riels, et des incarn�s eux-m�mes.
Il ne m'est pas permis, pour le moment, de vous d�voiler ces lois particuli�res qui r�gissent les gaz et les fluides qui vous environnent�; mais, avant que des ann�es soient �coul�es, avant qu'une existence d'homme soit accomplie, l'explication de ces lois et de ces ph�nom�nes vous sera r�v�l�e, et vous verrez surgir et se produire une nouvelle vari�t� de m�diums, qui tomberont dans un �tat cataleptique particulier d�s qu'ils seront m�dianimis�s.
Vous voyez de combien de difficult�s la production des apports se trouve entour�e�; vous pouvez en conclure tr�s logiquement que les ph�nom�nes de cette nature sont excessivement rares, comme je l'ai dit, et avec d'autant plus de raison que les Esprits s'y pr�tent fort peu, parce que cela motive de leur part un travail quasi mat�riel, ce qui est un ennui et une fatigue pour eux. D'autre part, il arrive encore ceci�: c'est que tr�s souvent, malgr� leur �nergie et leur volont�, l'�tat du m�dium lui-m�me leur oppose une barri�re infranchissable.
Il est donc �vident, et votre raisonnement le sanctionne, je n'en doute pas, que les faits tangibles de coups, de mouvements et de suspension, sont des ph�nom�nes simples, qui s'op�rent par la concentration et la dilatation de certains fluides, et qu'ils peuvent �tre provoqu�s et obtenus par la volont� et le travail des m�diums qui y sont aptes, quand ceux-ci sont second�s par des Esprits amis et bienveillants�; tandis que les faits d'apport sont multiples, complexes, exigent un concours de circonstances sp�ciales, ne peuvent s'op�rer que par un seul Esprit et un seul m�dium, et n�cessitent, en dehors des besoins de la tangibilit�, une combinaison toute particuli�re pour isoler et rendre invisibles l'objet ou les objets qui font le sujet de l'apport.
Vous tous, spirites, vous comprenez mes explications et vous vous rendez parfaitement compte de cette concentration de fluides sp�ciaux, pour la locomotion et la tactilit� de la mati�re inerte�; vous y croyez, comme vous croyez aux ph�nom�nes de l'�lectricit� et du magn�tisme, avec lesquels les faits m�dianimiques sont pleins d'analogie, et en sont, pour ainsi dire, la cons�cration et le d�veloppement. Quant aux incr�dules, et aux savants pires que les incr�dules, je n'ai que faire de les convaincre, je ne m'occupe pas d'eux�; ils seront un jour convaincus par la force de l'�vidence, car il faudra bien qu'ils s'inclinent devant le t�moignage unanime des faits spirites, comme ils ont �t� forc�s de le faire devant tant d'autres faits qu'ils avaient d'abord repouss�s.
Pour me r�sumer�: si les faits de tangibilit� sont fr�quents, les faits d'apport sont tr�s rares, parce que les conditions en sont tr�s difficiles�; par cons�quent, nul m�dium ne peut dire�: � telle heure, � tel moment, j'obtiendrai un apport�; car souvent l'Esprit lui-m�me se trouve emp�ch� dans son oeuvre. Je dois ajouter que ces ph�nom�nes sont doublement difficiles en public, car on y rencontre presque toujours des �l�ments �nergiquement r�fractaires qui paralysent les efforts de l'Esprit, et � plus forte raison l'action du m�dium. Tenez, au contraire, pour certain que ces ph�nom�nes se produisent presque toujours en particulier, spontan�ment, le plus souvent � l'insu des m�diums et sans pr�m�ditation, et enfin fort rarement quand ceux-ci sont pr�venus�; d'o� vous devez conclure qu'il y a motif l�gitime de suspicion toutes les fois qu'un m�dium se flatte de les obtenir � volont�, autrement dit de commander aux Esprits comme � des serviteurs, ce qui est tout simplement absurde. Tenez encore pour r�gle g�n�rale que les ph�nom�nes spirites ne sont point faits pour �tre donn�s en spectacle et pour amuser les curieux. Si quelques Esprits se pr�tent � ces sortes de choses, ce ne peut �tre que pour des ph�nom�nes simples, et non pour ceux qui, tels que les apports et autres semblables, exigent des conditions exceptionnelles.
Rappelez-vous, spirites, que s'il est absurde de repousser syst�matiquement tous les ph�nom�nes d'outre-tombe, il n'est pas sage non plus de les accepter tous aveugl�ment. Quand un ph�nom�ne de tangibilit�, d'apparition, de visibilit� ou d'apport se manifeste spontan�ment et d'une mani�re instantan�e, acceptez-le�; mais, je ne saurais trop vous le r�p�ter, n'acceptez rien aveugl�ment�; que chaque fait subisse un examen minutieux, approfondi et s�v�re�; car, croyez-le, le spiritisme, si riche en ph�nom�nes sublimes et grandioses, n'a rien � gagner � ces petites manifestations que d'habiles prestidigitateurs peuvent imiter.
Je sais bien ce que vous allez me dire�: c'est que ces ph�nom�nes sont utiles pour convaincre les incr�dules�; mais sachez que, si vous n'aviez pas eu d'autres moyens de conviction, vous n'auriez pas aujourd'hui la centi�me partie des spirites que vous avez. Parlez au coeur, c'est par l� que vous ferez le plus de conversions s�rieuses. Si vous croyez utile, pour certaines personnes, d'agir par les faits mat�riels, pr�sentez-les au moins dans des circonstances telles qu'ils ne puissent donner lieu � aucune fausse interpr�tation, et surtout ne sortez pas des conditions normales de ces faits, car les faits pr�sent�s dans de mauvaises conditions fournissent des arguments aux incr�dules, au lieu de les convaincre."
ERASTE.
99.�Ce ph�nom�ne offre une particularit� assez singuli�re, c'est que certains m�diums ne l'obtiennent que dans l'�tat somnambulique�; et cela s'explique facilement. Il y a chez le somnambule un d�gagement naturel, une sorte d'isolement de l'Esprit et du p�risprit qui doit faciliter la combinaison des fluides n�cessaires. Tel est le cas des apports dont nous avons �t� t�moin. Les questions suivantes ont �t� adress�es � l'Esprit qui les avait produits, mais ses r�ponses se ressentent parfois de son insuffisance�; nous les avons soumises � l'Esprit Eraste, beaucoup plus �clair� au point de vue th�orique, et qui les a compl�t�es par des remarques tr�s judicieuses. L'un est l'artisan, l'autre le savant, et la comparaison m�me de ces deux intelligences est une �tude instructive, car elle prouve qu'il ne suffit pas d'�tre Esprit pour tout comprendre.
1.�Veuillez, je vous prie, nous dire pourquoi les apports que vous faites ne se produisent que dans le sommeil magn�tique du m�dium�?
"Cela tient � la nature du m�dium�; les faits que je produis quand le mien est endormi, je pourrais �galement les produire dans l'�tat de veille avec un autre m�dium."
2.�Pourquoi faites-vous attendre si longtemps l'apport des objets, et pourquoi excitez-vous la convoitise du m�dium en irritant son d�sir d'obtenir l'objet promis�?
"Ce temps m'est n�cessaire afin de pr�parer les fluides qui servent � l'apport�; quant � l'excitation, ce n'est souvent que pour amuser les personnes pr�sentes et la somnambule."
Remarque d'Eraste. L'Esprit qui a r�pondu n'en sait pas davantage�; il ne se rend pas compte du motif de cette convoitise qu'il aiguillonne instinctivement sans en comprendre l'effet�; il croit amuser, tandis qu'en r�alit� il provoque sans s'en douter une plus grande �mission de fluide�; c'est la cons�quence de la difficult� que pr�sente le ph�nom�ne, difficult� toujours plus grande quand il n'est pas spontan�, surtout avec certains m�diums.
3.�La production du ph�nom�ne tient-elle � la nature sp�ciale du m�dium, et pourrait-il se produire par d'autres m�diums avec plus de facilit� et de promptitude�?
"La production tient � la nature du m�dium et ne peut se produire qu'avec des natures correspondantes�; pour la promptitude, l'habitude que nous prenons, en correspondant souvent avec le m�me m�dium, nous est d'un grand secours."
4.�L'influence des personnes pr�sentes y est-elle pour quelque chose�?
"Quand il y a de l'incr�dulit�, de l'opposition, on peut beaucoup nous g�ner�; nous aimons bien mieux faire nos preuves avec des croyants et des personnes vers�es dans le spiritisme�; mais je n'entends pas par l� dire que la mauvaise volont� pourrait nous paralyser compl�tement."
5.�O� avez-vous �t� prendre les fleurs et les bonbons que vous avez apport�s�?
"Les fleurs, je les prends dans les jardins, o� elles me plaisent."
6.�Et les bonbons�? le marchand a d� s'apercevoir qu'ils lui manquaient.
"Je les prends o� cela me pla�t�; le marchand ne s'en est pas aper�u du tout, parce que j'en ai mis d'autres � la place."
7.�Mais les bagues ont une valeur�; o� les avez-vous prises�? Est-ce que cela n'a pas fait de tort � celui � qui vous les avez emprunt�es�?
"Je les ai prises dans des endroits inconnus � tous, et de mani�re que personne ne puisse en �prouver aucun tort."
Remarque d'Eraste. Je crois que le fait est expliqu� d'une mani�re insuffisante en raison de la capacit� de l'Esprit qui a r�pondu. Si�; il peut y avoir un tort r�el de caus�, mais l'Esprit n'a pas voulu passer pour avoir d�tourn� quoi que ce soit. Un objet ne peut �tre remplac� que par un objet identique, de m�me forme, de m�me valeur�; par cons�quent, si un Esprit avait la facult� de substituer un objet pareil � celui qu'il prend, il n'aurait pas de raison pour le prendre, et devrait donner celui qui sert de rempla�ant.
8.�Est-il possible d'apporter des fleurs d'une autre plan�te�?
"Non, ce n'est pas possible � moi."
-�(A Eraste.) D'autres Esprits auraient-ils ce pouvoir�?
"Non, cela n'est pas possible, en raison de la diff�rence des milieux ambiants."
9.�Pourriez-vous apporter des fleurs d'un autre h�misph�re�; des tropiques, par exemple�?
"Du moment que c'est sur terre, je le puis."
10.�Les objets que vous avez apport�s, pourriez-vous les faire dispara�tre et les remporter�?
"Aussi bien que je les ai fait venir, je puis les remporter � ma volont�."
11.�La production du ph�nom�ne des apports vous cause-t-elle une peine, un embarras quelconque�?
"Elle ne nous cause aucune peine quand nous en avons la permission�; elle pourrait nous en causer de tr�s grandes si nous voulions produire des effets sans y �tre autoris�s."
Remarque d'Eraste. Il ne veut pas convenir de sa peine, quoiqu'elle soit r�elle, puisqu'il est forc� de faire une op�ration pour ainsi dire mat�rielle.
12.�Quelles sont les difficult�s que vous rencontrez�?
"Aucune autre que de mauvaises dispositions fluidiques qui peuvent nous �tre contraires."
13.�Comment apportez-vous l'objet�; le tenez-vous avec les mains�?
"Non, nous l'enveloppons en nous."
Remarque d'Eraste. Il n'explique pas clairement son op�ration, car il n'enveloppe pas l'objet avec sa propre personnalit�; mais comme son fluide personnel est dilatable, p�n�trable et expansible, il combine une partie de ce fluide avec une partie de fluide animalis� du m�dium, et c'est dans cette combinaison qu'il cache et transporte l'objet sujet de l'apport. Il n'est donc pas juste de dire qu'il l'enveloppe en lui.
14.�Apporteriez-vous avec la m�me facilit� un objet d'un poids consid�rable�; de 50 kg, par exemple�?
"Le poids n'est rien pour nous�; nous apportons des fleurs, parce que cela peut �tre plus agr�able qu'un poids volumineux."
Remarque d'Eraste. C'est juste�; il peut apporter cent et deux-cent kg d'objets, car la pesanteur qui existe pour vous est annul�e pour lui�; mais ici encore il ne se rend pas compte de ce qui se passe. La masse de fluides combin�s est proportionn�e � la masse des objets, en un mot la force doit �tre en raison de la r�sistance�; d'o� il suit que, si l'Esprit n'apporte qu'une fleur ou un objet l�ger, c'est souvent parce qu'il ne trouve pas dans le m�dium, ou en lui-m�me, les �l�ments n�cessaires pour un effort plus consid�rable.
15.�Y a-t-il quelquefois des disparitions d'objets dont la cause est ignor�e, et qui seraient le fait des Esprits�?
"Cela arrive tr�s souvent, plus souvent que vous ne le pensez, et l'on pourrait y rem�dier en priant l'Esprit de rapporter l'objet disparu."
Remarque d'Eraste. C'est vrai�; mais quelquefois ce qui est enlev� est bien enlev�; car tels objets qu'on ne retrouve plus chez soi sont souvent emport�s fort loin. Cependant, comme l'enl�vement des objets exige � peu pr�s les m�mes conditions fluidiques que les apports, il ne peut avoir lieu qu'� l'aide de m�diums dou�s de facult�s sp�ciales�; c'est pourquoi, lorsque quelque chose dispara�t, il y a plus de probabilit� que c'est le fait de votre �tourderie que celui des Esprits.
16.�Y a-t-il des effets que l'on regarde comme des ph�nom�nes naturels et qui sont dus � l'action de certains Esprits�?
"Vos jours sont remplis de ces fait-l� que vous ne comprenez pas, parce que vous n'y avez pas song�, et qu'un peu de r�flexion vous ferait voir clairement."
Remarque d'Eraste. N'attribuez pas aux Esprits ce qui est l'oeuvre de l'humanit�; mais croyez � leur influence occulte, constante, qui fait na�tre autour de vous mille circonstances, mille incidents n�cessaires � l'accomplissement de vos actes, de votre existence.
17.�Parmi les objets apport�s, n'y en a-t-il pas qui peuvent �tre fabriqu�s par les Esprits�; c'est-�-dire produits spontan�ment par les modifications que les Esprits peuvent faire subir au fluide ou � l'�l�ment universel�?
"Pas par moi, car je n'en ai pas la permission�; un Esprit �lev� le peut seul."
18.�Comment avez-vous introduit ces objets l'autre jour, puisque la chambre �tait close�?
"Je les ai fait entrer avec moi, envelopp�s, pour ainsi dire, dans ma substance�; quand � vous en dire plus long, ce n'est pas explicable."
19.�Comment avez-vous fait pour rendre visibles ces objets qui �taient invisibles un instant auparavant�?
"J'ai �t� la mati�re qui les enveloppait."
Remarque d'Eraste. Ce n'est pas de la mati�re proprement dite qui les enveloppe, mais un fluide puis� mi-partie dans le p�risprit du m�dium, mi-partie dans celui de l'Esprit qui op�re.
20.�(A Eraste.) Un objet peut-il �tre apport� dans un endroit parfaitement clos�; en un mot, l'Esprit peut-il spiritualiser un objet mat�riel, de mani�re qu'il puisse p�n�trer la mati�re�?
"Cette question est complexe. Pour les objets apport�s, l'Esprit peut les rendre invisibles mais non p�n�trables�; il ne peut rompre l'agr�gation de la mati�re, ce qui serait la destruction de l'objet. Cet objet rendu invisible, il peut l'apporter quand il veut, et ne le d�gager qu'au moment convenable pour le faire appara�tre. Il en est autrement pour ceux que nous composons�; comme nous n'introduisons que les �l�ments de la mati�re, et que ces �l�ments sont essentiellement p�n�trables�; que nous p�n�trons nous-m�mes et traversons les corps les plus condens�s avec autant de facilit� que les rayons solaires traversent les carreaux de vitre, nous pouvons parfaitement dire que nous avons introduit l'objet dans un endroit, quelque clos qu'il soit�; mais c'est seulement dans ce cas."
Nota. Voir ci-apr�s, pour la th�orie de la formation spontan�e des objets, le chapitre intitul�: Laboratoire du monde invisible.
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