Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec


Avant propos

Nous sommes des voyageurs en marche. Comme le temps, nous nous acheminons vers l'avenir, dévorant l'horizon des yeux pour tâcher de découvrir ce qu'il prépare. Mais si nous voulons nous faire une claire vision de cet avenir, retournons-nous pour contempler les étapes progressives du chemin parcouru. Remontons dans le passé et arrêtons-nous là-bas, quelques siècles en arrière, dans le souvenir qui s'efface d'une époque d'où, comme aujourd'hui, nous regardions en avant.
Voyons quelles promesses l'avenir a tenues envers ce passé.
Nous voici arrêtés dans le moyen âge, à une période d'insouciante ignorance. Nous croyons avoir conquis tout ce que le génie humain tenait de découvertes en réserve.
Mais on n'en est pas encore arrivé à inventer le télescope. L'Univers n'existe pas en dehors d'une uniforme calotte céleste, émaillée de quelques points d'or. Ils constituent pour le naïf contemplateur des joyaux animés d'un léger souffle lumineux, mal accrochés, qui, s'imaginait- on, se détachaient du ciel pour tomber vers nous, s'égrenant en étoiles filantes qui plongeraient bientôt le firmament dans l'ombre, privant la nuit de ses diamants.
On ne connaît pas non plus le microscope, ce qui nous dérobe l'extension de la vie au-delà du champ visuel.
Pasteur n'est pas encore venu dévoiler les microbes et les infiniment petits.
Roentgen n'a pas plongé en nous ses rayons investigateurs.
La Photographie n'a dérobé au visible et à l'invisible aucun de ses secrets.
Nous ne sommes pas allés voir ce qui se passait au haut des airs ni au sein des eaux. La mer, dont la paisible surface nous cache tout un monde, comme le rideau encore baissé sur une scène où se préparent des émerveillements, n'est qu'une nappe superficielle qui se chauffe au soleil.
Nous ne connaissons que la locomotion animale ; la poudre et l'imprimerie ne sont pas venues révolutionner le monde.
L'électricité, les ondes hertziennes, la radiation, la radio activité, les fluides, l'évolution, l'hypnose, le dédale de notre être caché, rien n'est sorti de son incubation. Cette mise en scène de la création sommeille dans notre ignorance.
Nous sommes, ne l'oublions pas, au moyen âge, que nous croyons le dernier mot des progrès possibles. Nous en sommes fascinés, quand nous contemplons les civilisations du passé, la brillante époque des empereurs romains, que nous avons laissée si loin en arrière. Remontant jusqu'aux Ramsès et Cyrus, ces temps nous paraissent presque sauvages à côté des nôtres. L'Athènes de Périclès, qui semblait l'antichambre de l'Olympe, est à nos yeux comme la présomptueuse adolescence de l'humanité virile que nous sommes.
Nous nous laissons bercer avec complaisance par le mirage de notre apogée, car nous croyons avoir atteint le sommet et surpris tous les secrets de la Création. Telle est la douce illusion de notre ignorante quiétude.
Mais un bon génie qui s'appelle tantôt Archimède, tantôt Newton, tantôt Kepler ou Lavoisier, Euler, Pasteur, Crookes, surgit, nous entraîne et nous fait franchir les siècles, semant et récoltant en chemin une inépuisable moisson, qui s'en va, grandissant à chaque pas, sous nos regards émerveillés.
Nous voici arrivés à notre époque, nous nous éveillons sur une apothéose. Cette fois, il fie reste aucun doute, tout l'inconnu a été conquis le ciel a épuisé ses surprises.
— Détrompez-vous, reprend le bon génie, ce que vous dites aujourd'hui est ce que vous disiez dans le passé et ce que vous direz dans l'avenir. Darius, Alexandre, Agélisas, Auguste en disaient autant. Vos progrès ne sont encore qu'une étape. Jouissez-en, mais loin d'en avoir épuisé les possibilités, vous les avez à peine effleurées. Reprenez haleine, nous allons continuer la route et, à la prochaine étape, vous pourrez contempler avec fierté une moisson égale à celle qui vous enorgueillit aujourd'hui, mais malgré ses grisantes surprises, ce ne sera encore là qu'un relais. La route du progrès est parallèle à celle de l'évolution, c'est la route de l'infini, parce qu'elle n'a de sommet que Dieu, qui est le seul infini, l'infini absolu.
Dans 2.000 ans, vous sourirez de votre naïveté d'aujourd'hui, comme vous souriez aujourd'hui de vos illusions d'autrefois ; et la somme de vos progrès, cependant, ne sera encore que la naïveté d’alors au prix des richesses sans cesse croissantes qu'apportera la succession des siècles.
C'est l'image d'un artisan qui met de côté tout ce qu'il gagne et qui, parti de l'indigence, arrive à accumuler la fortune, se croyant au faîte des grandeurs à chaque écu qu'il ajoute à son pécule.
Sceptiques, incrédules, vous êtes le voyageur qui n'a encore parcouru aucune de ces étapes.
Matérialistes, vous êtes une molécule effritée de l'inerte matière, sans flambeau de vie.

 

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