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La plupart des êtres qui peuplent notre monde sont des inconscients, des instinctifs. Ils savent qu'ils existent ; Descartes le leur a dit (Cogito, ergo sum). Ils savent qu'ils doivent mourir un jour. Craignant cette mort comme une fin sans appel, ils se cramponnent à la vie, cherchant, par tous les moyens, à en jouir avant de céder à d'autres leur place au soleil.
En dehors de cela, ce sont autant de fœtus surnageant, emportés par le grand fleuve de l'humanité. Peu cherchent à remonter le courant, ils vivent de leurs sens, de ce qui les frappe et ne cherchent pas à rien concevoir au-delà.
Notre planète est un déchet solaire qu'une fermentation chimique a recouvert d'une moisissure, vie végétale d'où sont sortis la vie animale et les infiniment petits appelés des humains. Elle est fille d'un rayon de soleil, d'un effluve de sa matière incandescente, effluve qui est le père générateur et contient tout. Il s'est condensé en gaz, puis en liquide, puis en solide. De pure flamme, de chaude onde insaisissable qu'il était, il s'est matérialisé pour donner un champ d'action aux âmes qui vont descendre de la vie spirituelle dans la vie matérielle. C'est alors que commence la fermentation vitale et l'évolution humaine. Les êtres primitifs, échappés de la bestialité, obéissent à la première fonction éveillée en eux : la faim. Ils ont la voracité en même temps que la reconnaissance de leur estomac de haut fourneau et jouent des mandibules en virtuoses. Puis, frémissants d'énergies génésiques, ils vivent comme l'animal, souvenir organique de leurs existences dans la faune.
Quand, plus tard, s'affirme le principe pensant, premier grand progrès humain, ils considèrent la vie en matérialistes, la pensée, chez eux, étant encore fonctionnelle et à l'état rudimentaire dans le domaine moral.
Ils s'ignorent eux-mêmes, inconscients du rôle qui les appelle sur la terre, comme tout ce que produit la nature et qui se laisse vivre sans savoir pourquoi. Elle les pousse dans la vie, sans leur dire le secret de cette existence qu'elle leur donne.
Leur but est de satisfaire toutes les jouissances, acquérir des biens, fêter Sybaris, Epicure et Lucullus ; être quelqu'un, se gorger des délices de Capoue, se faire respecter avec les poings et les dents, vivre et bien vivre, tirer à soi tout l'édredon, ignorer autrui, jouir et s'asseoir sur un pavois.
Qui reconnaîtrait dans cette âme, encore endormie dans son rêve terrestre, la chrysalide de l'ange ? Quelle sera la destinée de cet être de hasard sans boussole et sans frein ?
Lorsque l'on donne la liberté à un ballon, il s'élance follement dans l'air, ivre de liberté, sans avoir conscience qu'il se livre sans contrôle à tous les vents, sans but possible. Voilà la vie de cet animal humain, charrié par les courants qui passent, sans jamais se demander où le vent le pousse et ce que lui ménage la descente.
Mais, plus tard, à l'horizon de ses premiers ébats dans l'ignorance de la vie, quand s'éveilleront la conscience, le sentiment du devoir et surtout la révélation du spirituel, une aurore le tirera de sa nuit. Il ne sera plus l'image de l'incontrôlable enveloppe de baudruche, mais du dirigeable qui sait où il va et comment il atterrira, avec un gouvernail pour diriger sa course.
Tout, dans la vie des hommes, comme dans la vie des peuples, dépend de l'orientation première. Le premier pas en avant décide l'avenir. Il imprime à une nation la direction que suivra sa trajectoire en ce monde.
La Grèce, fille d'Orphée, abritait de son épée la science et l'art. Les sanctuaires de Delphes et d'Eleusis sont la floraison des semences qu'il y sema. Tous ses philosophes, à qui Dieu avait soufflé les secrets des destinées humaines, étaient les fils du divin créateur des mystères de Dionysos.
Romulus, premier roi de Rome, qu'il fonda, était un belliqueux qui représente à lui tout seul toute l'âme et toute l'histoire romaine. Si Horace tua Camille, sa sœur, il ne fut que l'écho, de Romulus, qui assassina son frère Remus. Caïn a eu des émules dans l'histoire.
Ce point de départ trace toute la route du peuple de proie qu'il fut, jusqu'au jour où il émigra vers Byzance. Rome ne connaissait que l'épée. L'héritage de Romulus se résume dans un seul mot : la domination ; héritage qui passa de la Rome impériale à la Rome papale. Tout ce qui n'y convergeait pas était brûlé et détruit par le Sénat romain, hydre assoiffée de conquêtes, tant qu'il restait un coin du monde qui ne lui appartînt pas. Le Teuton en est l'imitation dans ses aspirations, avec la noblesse en moins.
Aussi avaient-ils remplacé l'ésotérisme et combattu le Christianisme, devant lesquels leur orgueil répugnait de s'incliner, par des dieux et des temples auxquels ils commandaient comme à leurs légions.
Que de chemin, de ces appétits tapageurs à l'Inde mystique, assise sur les marches du trône de Dieu, recueillie dans la méditation des Vedas, qui furent l'immortelle impulsion donnée à ce peuple et dont tous les grands messies antiques ont descendu les degrés pour conduire leur génération dans les voies religieuses.
L'épée de Clovis a fait la France belliqueuse. Si nous avions commencé avec un Pythagore ou un Platon, nous aurions perpétué l'orientation druidique et nous serions probablement devenus un peuple moral d'une haute spiritualité.
Enfants de cette Gaule qui valait moralement mieux que nous, nous pouvons saluer avec fierté nos aïeux les Druides et ce grand patriote Vercingétorix, qui, de son épée, avait osé arrêter, dans sa marche, le torrent romain et César. C'était un admirable médium, sans cesse évoquant ses morts et vivant en communion avec eux, car son peuple était spirite d'instinct et, par ses légendaires institutions, les néophytes inconscients de l'ésotérisme. Leurs forêts, qui leur servaient de temple, étaient comme un écho affaibli de ceux de Dionysos et d'Eleusis.
Ils nous ont laissé de poétiques légendes, comme celle des Korrigans à la recherche d'une incarnation nouvelle, et une poésie mystique dont les bardes ont longtemps perpétué les échos.
Une impulsion première peut décider d'une destinée, et elle trace aux parents le grand devoir de leur vie envers leurs enfants. Les trois ou quatre premières années de l'enfant se passent dans l'espèce de somnolence psychique où il a été plongé en quittant l'autre monde, tout comme le sommeil nous plonge peu à peu dans l'oubli de l'état de veille, et quand le réveil survient, ce n'est pas pour le rendre au monde qu'il vient de quitter, mais pour lui faire prendre conscience de sa nouvelle vie, par une initiation lente, sans qu'il se rende compte de son état.
Le souvenir de son rêve s'efface graduellement et l'être spirituel, voué à une vie dans la matière, fait son éducation terrestre par un stage dans la vie animale.
Il entre dans ce rôle avec tous les défauts de l'inconscience. Il est volontaire, impitoyable et cruel. Il n'a pas la perception du bien et du mal, il vit d'impulsions. Tout ce qui est petit et se permet de vivre est condamné à mort et écrasé sous son talon sans pitié.
Vous l'entendrez par exemple dire : Oh ! Une bête, tue-la !
Quel est son crime ? Son crime, c'est d'exister.
C'est dans la première période que les parents doivent lui inoculer le sentiment de l'obéissance, car, déjà tout petit, il a une propension à être un vrai tyran. Dans la seconde période, doit venir l'impulsion morale.
Cette première enfance est un problème d'algèbre psychique. La mort astrale de l'Esprit qui s'incarne et la naissance dans l'inconnu d'une nouvelle vie ne forment pas d'équation.
L'avenir de cet enfant trace la responsabilité des parents. C'est alors qu'ils doivent, non pas décider de ce qu'il sera, mais étudier ses penchants, ses dispositions, l'apport de son Karma, pour le pousser dans la direction que ses aptitudes lui rendent la plus abordable.
Si beaucoup d'Esprits s'incarnent dans le rôle de mère, c'est qu'il y a là pour la femme une grande et périlleuse épreuve. Elle est responsable d'une âme qui peut lui ouvrir ou lui fermer le ciel, suivant ce qu'elle aura su en faire.
Sera-t-il un monstre ou un saint, redoutable inconnue ?
Quand la mère se penche avec des gazouillements sur cette miniature d'être qu'elle enveloppe d'amour, se dit-elle jamais qu'il y a là une âme venue sur la terre pour payer une dette de souillures ? Quelle anxiété ne serait-ce pas pour elle de penser qu'elle allaite peut-être quelque criminel passé ou futur et qu'après lui avoir donné son lait, elle devra lui donner ses larmes ! Quel supplice pour la mère d'un Néron, d'un Caligula, d'un Attila !
Quelle anxiété également pour son cœur de mère à la pensée qu'elle prépare peut-être une victime à la méchanceté des hommes, aux hécatombes qui sont le marchepied des ambitieux conquérants !
Mais quelle joie s'il allait être un grand citoyen, un homme de bien, un homme illustre, l'honneur de ses vieux jours, la récompense de son dévouement et de son amour !
Tous les bébés sont intelligents, c'est entendu ; si vous en doutez, demandez à leurs parents.
On entend souvent aussi les parents s'enorgueillir d'avoir de beaux enfants, tout comme si ceux-ci étaient leur œuvre. Ils ignorent qu'ils n'en sont que le véhicule ; que, l'atavisme à part, l'enfant est le fils des propres œuvres de son Esprit, du périsprit, qui préside au modelage de ce que sera l'être terrestre. L'atavisme et l'hérédité sont très limités du côté des parents, mais illimités du côté de l’incarné, qui a derrière lui le bagage de toutes ses vies. La loi fatale de son Karma dessinera malgré lui dans les bosses du crâne, dans les traits du visage, les signes de la main et d'autres encore, tout l'itinéraire de la vie.
L'enfant pourrait dire à ses parents : Vous êtes les auteurs de mon corps, mais pas de mon âme. Nous sommes une association. Vous avez fourni l'enveloppe, je l'ai meublée.
Vous avez produit le corps et moi l'Esprit. Entre vous et moi, c'est une collaboration. Je ne suis à vous que partiellement, mais votre sang a créé des liens d'amour.
Assurément la vie en commun, soit avec des parents, soit avec d'autres, déteint toujours sur les êtres par son influence morale, mais le grand redresseur, le pilote, c'est l'éducation.
L'enfant abandonné à l'influence des impressions ambiantes est comme une mauvaise herbe ; l'éducation l'assouplit, l'oriente, et il vaut mieux, dans la société, être une plante utile qu'une plante parasite. Arrêtons-nous un instant à cet important problème.
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