24 février 1870, 9 h. quinze du soir.

Silhouette d'Odilon Barrot.

" Odilon, égaré dans l'arène publique,

N'eut jamais en son temps ni force ni verdeur,

Dans le dédale obscur de sa pâle rubrique, 

Put-il glorifier un seul jour sa couleur ?

Honnête homme toujours, mais d'un élan débile, 

Toujours compromit-il le pouvoir et les siens ! 

La popularité fut toujours son mobile,

Mais la montagne, en lui, n'enfanta jamais rien. Alfred de Musset. "

 

26 février 1870, 9 h. et demi du soir.

Silhouette de Schneider, Président du corps législatif.

" Schneider, maître de lui, préside avec sagesse.

Il possède un sens droit, un esprit délié. 

Avec aménité, bannissant la faiblesse,

A sa voix tout écart est soudain ramené.

Habile industriel, profond économiste,

Vers l'ère du progrès il s'avance hardiment. 

Et l'art de s'enrichir, en ses calculs consiste, 

A marquer tous ses pas d'un reflet bienfaisant. Alfred de Musset. "

 

Même séance. 26 février 1870, 9 h. cinquante du soir.

Silhouette du général Changarnier.

" Changarnier appartient à l'illustre pléiade, 

Qui grandit son drapeau sur le sol africain,

Il montra sa bravoure à l'arabe nomade,

Il comprima sa fougue et lui riva le frein.

Vieux débris mutilé des champs de la discorde,

Il n'a pas déserté son glorieux drapeau !

Son épée, à regret rentrant dans le fourreau,

L'amour de la patrie en son âme déborde,

Et fait naître en son cœur toujours un feu nouveau ! Alfred de Musset, inspiré de ton Dieu. "

 

Cette silhouette remarquable se résume en ces derniers vers prophétiques, glorifiant le vénérable soldat en son dévouement à son pays ! Oh ! Ce noble cœur devait bientôt, au camp de Metz (août 1870), offrir ses glorieux services à l'Empereur et déposer son épée octogénaire dans la balance de la fortune de la France !

 

 

27 février 1870, 9 h. du soir.

Silhouette de l'impératrice Eugénie.

" D'Eugénie, en mes vers, la saisissante image, 

En flots majestueux frappera tous les cœurs. 

Des vertus d'ici-bas, elle est l'illustre page ! 

Elle reçoit du ciel son sublime courage, 

Qui servira d'exorde à de profonds malheurs !

Sous les lambris dorés, que la plainte importune,

Près d'elle le malheur pénètre sans efforts !

Son cœur compatissant, ouvert à l'infortune, 

De son amour divin épanche les trésors ! 

Elle a l'orgueil des rois, elle en a l'héroïsme !

Elle reçut du ciel le don de gouverner !

Avec calme à ses pieds, elle sonde l'abîme ! 

Sans le craindre, elle veut, des siens le détourner !

Attachée aux grandeurs sur un sol qui décline, 

Elle restera ferme au dernier échelon ! 

Fidèle à son devoir, en sublime héroïne, 

Du trône et de l'autel défendra le fleuron ! Alfred de Musset, inspiré de ton Dieu."

28 février 1870, 9 h. du matin.

Silhouette du prince impérial.

" C'est l'enfant du malheur ! C'est sur lui que la rage 

Des cloaques infects vomira son poison ! 

Sur les débris épars de son noble héritage, 

D'ardentes passions se disputant un gage, 

A leur sombre fureur elles l'immoleront !

Mais avide de sang, la tourbe démagogue, 

Développant tout haut ses odieux desseins,

Ne saurait assouvir ses monstrueux instincts ! 

La terre frémira de son sanglant prologue,

Qui, du monde vieilli doit combler les destins ! Alfred de Musset, inspiré de ton Dieu. "

 

C'est ici l'organe de Dieu qui soulève le coin du rideau et découvre la scène où doit s'accomplir le drame terrible qui se prépare ! La fureur démagogique qui s'est ruée déjà sur le monument consacré aux triomphes et à la gloire de la France, et s'est acharnée à renverser l'immortelle figure qui le couronnait, n'a pu se souiller encore du sang du petit neveu du grand homme qui a illustré sa patrie !

 

 

2 mars 1870, 8 h. et demi du soir.

Silhouette du député Dugan.

" Dugan, jeune talent, promet à la tribune 

Un jouteur plein de nerf, de courage et d'honneur. 

En ses brillants efforts, trahi par la fortune, 

Il ne trouvera pas le chemin du bonheur !

Entouré de récifs, en des mers orageuses, 

En vain cherchera-t-il à regagner le port !

Abattu sous les coups de lames furieuses, 

En héros du devoir, il trouvera la mort ! Alfred de Musset, inspiré de ton Dieu. "

 

 

20 mars 1870, 9 h. et demi du soir. 

Silhouette de monseigneur Dupanloup.

" Dupanloup, promoteur d'une arche d'alliance, 

Peut-il concilier tant d'intérêts divers ?

De ses fervents efforts éclate l'impuissance. 

Il n'écartera pas les périls de la France,

Et de Rome il ne peut conjurer les revers ! "

 

Les événements accomplis et leur développement depuis le 20 mars 1870, justifient suffisamment les prévisions prophétiques caractérisant cette première strophe.

 

" Il comprend les dangers qui menacent l'Eglise. 

Il voudrait au progrès arborer son drapeau, 

Et sur le sol brûlant d'une nouvelle assise, 

De l'avenir chrétien redresser le flambeau !

Pour réédifier le temple qui s'écroule,

Dont les murs lézardés ne peuvent plus tenir, 

Qu'il ouvre un large lit au torrent qui s'écoule, 

Sans prétendre arrêter le cours de l'avenir !

Tout sombrera bientôt en la scène du monde ! 

Les feux du Tout-Puissant brûleront en tout lieu ! 

Et l'on verra jaillir de leur source féconde 

La justice en la terre et le règne de Dieu ! Alfred de Musset, inspiré de ton Dieu."

 

 

22 mai 1870, 11 h. et demi du matin.

Silhouette de Gramont, ministre des affaires étrangères.

" Gramont va déchaîner la crise qui commence, 

Et doit inaugurer un régime nouveau.

Il résiste au torrent qui brise la puissance, 

Qui bientôt sur les grands passera le niveau13 . 

Son esprit s'épanchant en l'ère politique,

Attache son reflet au fier reflet des rois.
Mais dans le cours brillant de la fièvre publique, 

Il verra s'affaisser sa pompeuse rubrique,

Des monuments vieillis s'abîmer les parois ! Alfred de Musset, inspiré de ton Dieu." 

 

L'histoire enregistrera ces divines révélations. 

 

20 mai 1870, 11 h. du matin.

Silhouette de Mége, ministre de l'instruction publique.

" Cet homme sérieux, plein de zèle et de cœur, 

Sera digne, en tout point, du poste de ministre. 

Sans hésiter jamais, il suivra son labeur, 

Et de son portefeuille il grandira le titre.

Regrettant le passé, comprenant l'avenir, 

Il lui dévouera son travail, ses lumières.

 En ses puissants efforts, il saura parcourir

Avec honneur, éclat, sa brillante carrière. Alfred de Musset. "

 

 

24 mai 1870, 7 h. du soir.

Silhouette de Plichon, ministre des travaux publics.

" Plichon est un rêveur, éclos en l'ancien monde.

Sur un passé lointain il calque l'avenir.

Le présent l'ahurit, en sa sève féconde !

Il résiste au torrent qui le pousse, l'inonde !

Et contre le ciel même il voudrait réagir.

Dans le camp de la gauche, en vain il s'évertue, 

Son incolore voix ne représente rien, 

Et dans le dur labeur de sa carrière ardue, 

De la locomotive il serrera le frein.

Tels sont ces opposants, peints de toute nuance, 

Qui retardent le char, en voulant le guider ! 

Qui font sonner bien haut leur minime importance, 

Et d'un pas impuissant veulent rétrograder ! Alfred de Musser. "

16 juin 1870, 9 h. du soir.

Silhouette de Paradol, ambassadeur aux Etats-Unis.

Paradol, des Débats, pâle, inerte figure, 

Apporte au cabinet son orgueil déraillé.

Au champ clos du pays, il endosse l'armure, 

Qui, du choc ennemi, sur un doux ton murmure, 

Par traits et mots piquants, en langage émaillé !

Sur un ton si léger, il court à l'aventure. 

Chez un peuple brutal, que peut la fioriture, 

En son tour élégant, le mot prétentieux ? 

Ce peuple ne s'émeut qu'au geste impérieux ! 

De ces abruptes bords de leur mâle nature, 

Du fantastique élan de sa villégiature, 

Pourra-t-il rapporter des fruits bien plantureux ?

Qu'il reprenne plutôt sa plume académique, 

Qu'au langage élégant il donne un libre cours, 

Qu'il laisse vivre en paix la fière république, 

Qu'il n'aille pas jouter en sa pôle rubrique, 

Parader sans vigueur dans les parvis des cours. Alfred de Musset. "

 

 

Le 22 février 1870, huit heures et demie du matin, j'adressai la prière suivante à Dieu.

" Mon divin Père, pendant les deux nuits précédentes, j'ai eu des inspirations formulées en vers, communications dont je n'ai pu conserver le souvenir. Puis-je, ô mon Dieu, sans vous offenser, vous supplier de me les rappeler ? "

Réponse.

" Ecris, mon enfant chéri.

Le passé s'enveloppe en ses linceuls funèbres ! 

Le glas de son décès sonne de toutes parts !

Ses suppôts, ses appuis sombrent dans les ténèbres, 

Et l'on voit s'effondrer ses derniers boulevards !

Détache ton regard de cette triste scène, 

Et de ce deuil profond qui règne en tous les cœurs !

Jette les yeux, mon fils, sur la lueur sereine 

Qui succède à la mort et calme les frayeurs !

Flambeau de l'avenir, ta mission divine 

Est de te montrer fort au sein des ouragans ! 

Le rameau de la paix, que ton Dieu te destine, 

Eteindra les douleurs de tes frères souffrants.

Que ton cœur enflammé d'une ardente espérance, 

Dédaigne le présent et glisse sur ses maux !

Que ton esprit franchisse une courte distance, 

Qui de la nuit fera surgir des jours si beaux !

Inspiré de ton Dieu, calme dans la tempête, 

Tends ta main secourable aux pauvres naufragés !

Élève leurs regards au-dessus de leur tête ! 

Que par ta voix si pure ils soient encouragés !

Des rayons de ton Dieu, toi le foyer suprême, 

Au sein de ce chaos tu viendras commander.

Les éléments en feux, en leur fureur extrême, 

Se tairont à ta voix et viendront t'écouter !

Sois donc grand, mon cher fils, pour le salut du monde ! 

Que ta foi sans faiblesse égale ta grandeur ! 

Qu'à la voix de ton Dieu, ta parole féconde,

Au fond de tous les cœurs apporte le bonheur ! Ton Dieu. "

 

Comme une rosée céleste, la parole de Dieu vient ici, répandre le baume de son amour sur les plaies douloureuses qu'ouvrira l'épouvantable choc qui se prépare ! Choc d'où jaillira la transition déchirante du vieux monde au nouveau, laquelle doit présider à la régénération de l'humanité et à la glorification de l'ère nouvelle. Oh ! Réveillez vous, enfants du siècle, le grand jour apparaît ! Prenez courage, ayez confiance en Dieu ! Aux menaces de mort qui planeront sur vos têtes, répondez par le sourire de l'espérance, cette manne du ciel, qui calme les angoisses cruelles et ouvre les portes divines à vos augustes destinées ! 

 

 

Prière à Dieu. 29 mars 1870, 8 h. du matin.

" Mon divin Père, cette nuit j'ai entendu votre parole paternelle. Puis-je, ô mon Dieu, sans vous offenser, vous supplier de me faire connaître votre divine volonté ? " 

Réponse : " Mon fils chéri, ton Dieu est en toi, t'a dit la voix qui s'est fait entendre. Oui, mon fils chéri, c'est ce que tu dois avoir toujours présent à l'esprit. Toutes tes paroles, toutes tes actions émanent de ton Dieu, qui t'inspire. Tu craignais hier, en discutant avec ton frère, d'avoir apporté trop de vivacité dans la discussion. Rassure-toi mon fils chéri, c'est ton Dieu qui animait ta parole et l'accent de ta foi, parce que tu proclamais des vérités éternelles qui devaient être fortement accentuées devant tes frères et laisser dans leur esprit l'impression de la conviction profonde qui t'animait. C'est ainsi mon fils chéri, que tu annonceras à tous la parole de ton Dieu. Oui, elle doit retentir par des éclats de tonnerre et réveiller dans le cœur de tous des sentiments de foi, de respect qui s'imposent du ciel. Ainsi, ta parole brève, solennelle, ferme, a inspiré le recueillement à tous ceux qui t'écoutaient, et a développé en eux un salutaire retour sur eux-mêmes. Elle a fait naître, tout à la fois dans leur cœur, la crainte et l'espérance, car tu leur as signalé le péril imminent qui menace leur vie terrestre, et tu leur as montré les bras ouverts de ton Dieu pour les recevoir. Tu leur as promis les effets de sa divine justice, de son amour infini et les trésors de sa divine miséricorde, réservés à leur sincère repentir. Telle est, mon enfant chéri, la tâche divine que te confie ton Dieu ! Ranime au cœur de tes frères l'amour de ton Dieu. Dis-leur à tous combien la voie qui leur est ouverte est facile pour arriver jusqu'à lui ! Tous t'écouteront avec joie, et se jetteront sur tes pas pour te suivre. Vis en paix, mon enfant chéri. Ton Dieu."

 

Telles sont les instructions que je reçois de mon Dieu. Elles sont à l'adresse de tous et doivent faire impression sur tous, car elles émanent de la source de la vérité, de Dieu même. Oh ! Sachez-le bien, mes paroles sont sincères ou plutôt tout ce que je vous dis m'est inspiré de mon Dieu.

 

 

Le 2 avril 1870, quatre heures quinze du soir, j'évoquai l'esprit Saint Bernard dans les termes suivants.

" Mon cher esprit, tu t'es communiqué le 4 mars à la Société spirite de Paris prenant pour texte le grand " inconnu ". N'aurais-tu pas voulu me donner un avertissement, une leçon de charité, dans l'avant-dernier paragraphe de ta communication ? "

Réponse : " Non, mon cher ami, ce n'était nullement ma pensée. Tes sentiments de charité spirite sont trop connus dans le monde invisible, pour que pas un de tes frères puisse les révoquer en doute et en faire l'objet d'une admonition. Tu écris, mon cher ami, sous l'inspiration de ton Dieu, et ta plume obéit à l'impulsion la plus pure. Tu es appelé à dire la vérité à tes frères, mais la pensée de les offenser ne naît jamais en toi. Tu répands même le baume de la charité sur les plaies dont tu réveilles la douleur, ou bien que ta mission divine t'oblige de faire ! Ta tâche est de secouer la torpeur de tes frères, de vaincre leur obstination, leur orgueil. Tes paroles doivent donc être fermes, incisives, elles doivent porter le scalpel dans tout membre gangrené afin de le purger du mal qui le ronge et qui menace sa vie ! Tu es, mon cher ami, l'organe, le ministre de ton Dieu sur la terre et dans le ciel, et tes actes, animés de l'esprit de ton Dieu, sont bénis de sa main divine. Vis en paix, fils bien-aimé de ton Dieu. Saint Bernard. "

 

Vous l'entendez, mes frères, cet organe autorisé de votre Dieu. Il rend témoignage à la sincérité de mes paroles, paroles que vous pourrez trouver parfois incisives, mais qui ne dérogent pas à la charité de mon cœur, et me sont inspirées de mon Dieu.

D. " Mon divin Père, ne vous aurais-je pas offensé par l'évocation qui précède ? "

Réponse : " Non, mon enfant chéri. Ton âme pure et divine s'émeut à la seule pensée d’avoir démérité de son Dieu. Rassure-toi mon enfant et vis en paix. Tu es toujours, selon ton Dieu, digne de tout son amour, pleinement et entièrement justifié devant lui. Oui, mon enfant chéri, écoute bien ceci, pleinement et entièrement justifié pour l'éternité. Vis en paix, mon enfant chéri. Ton Dieu. "

 

Oh ! Qu'il est prompt à vous justifier, votre Dieu, alors que vous l'aimez de tout votre cœur !

 

 

Le 5 avril 1870, quatre heures et demie du soir, j'évoquai le peintre Monvoisin, récemment décédé et qui, en son dernier passage sur la terre, avait été un adepte très convaincu de la doctrine spirite.

" Mon cher esprit, en tes convictions de fervent spirite, n'aurais-tu rien à me dire, avec la permission de Dieu ? "

Réponse : " Mon cher ami, ton triomphe approche. Ce sera celui de notre sainte doctrine, mais attends toi à de bien rudes assauts. Tu vas ébranler le monde chrétien et répandre sur lui la terreur. Ton nom sera bafoué, insulté. Tu seras livré à la plus cruelle dérision, mais ton Dieu debout à tes côtés, défendra son messie de toute atteinte, et glorifiera sa mission. Ne crains pas, mon cher ami, la rage de tes ennemis, elle viendra expirer à tes pieds, et la vérité éternelle éclatera pour tous, par des éclats de tonnerre et l'intervention ostensible de ton Dieu, qui fera briller sur ton front l'étoile du salut, de la gloire et de l'amour de ton Dieu. Vis donc en paix, mon cher ami. Plein d'énergie et de courage, brave tous les obstacles qui s'amoncelleront sous tes pas ! Comme une ombre légère, ils se dissiperont à ta voix et les montagnes s'abaisseront pour te livrer passage ! N'écoute donc que ta voix intime. C'est la voix de ton Dieu qui te parle et qui ramollira les cœurs irrités contre toi. C'est ton Dieu qui m'inspire. Vis en paix, mon cher ami. Monvoisin. "

 

A leur apparition, les grandes vérités émeuvent les hommes. Elles sont frappées de réprobation par l'opinion publique, réfractaire à toute idée qui pousse le monde dans des voies nouvelles. Oh ! Quelle ne sera pas l'émotion universelle, le jour où l'envoyé de Dieu proclamera la divine mission qui lui est confiée ! Mais Dieu protégera son Messie et le justifiera devant tous.

 

 

Évocation de Lacordaire. 10 avril 1870, une heure du soir.

" Mon cher esprit, voudrais-tu bien, avec la permission de Dieu, te communiquer à moi ? "

Réponse : " Que puis-je te dire ? Tu es inspiré de ton Dieu ! Tu sais tout ce qui t'est donné de savoir, et tu n'as pas à demander aux esprits qu'ils t'éclairent. Ta marche est toute tracée, tu n'as qu'à suivre l'inspiration et l'impulsion de ton Dieu ! Oh ! Je n'ai rien à t'apprendre. Tout ce qui t'a été dit aujourd'hui est l'expression de la vérité. Ces faits te déroulent la vérité qui t'est déjà connue. Courage, cher ami. Persévère dans ta divine mission. Ta tâche est immense car tu es appelé à régénérer la terre et les cieux. Vis en paix, enfant chéri de ton Dieu. Reçois mon cher et vénéré frère, mon accolade sympathique. Lacordaire. "

 

L'esprit, en affirmant ici du sceau de la vérité les faits qui viennent de s'accomplir, fait allusion à une séance de typtologie très émouvante qui avait eu lieu dans l'un des salons de la ville.

 

 

Le 11 avril 1870, huit heures et demie du matin, au moment où les comices de la France venaient d'être convoqués, j'évoquai Alfred de Musset, le priant de vouloir bien, avec la permission de Dieu, m'inspirer quelques vers à l'occasion du plébiscite qui allait s'accomplir !

Réponse.

" C'est le peuple qui doit régler le sort du monde ! 

C'est au peuple que Dieu confère le pouvoir.

C'est dans le sein du peuple, en sa fibre féconde, 

Que le ciel doit dresser l'école du devoir !

Le peuple est la pensée au foyer du grand œuvre ! 

C'est la suprême fin de la création.

Des lois de l'univers, présidant la manœuvre, 

Il en sera le faite et l'exaltation.

En lui doit reposer le faisceau des lumières ! 

C'est en lui qu'apparaît la main du Créateur !

C'est à lui qu'appartient d'opposer des barrières 

Aux passions des grands, à leur flot corrupteur.

Oh ! C'est au nom de Dieu et de sa providence, 

Que l'Empereur, du peuple a décrété l'appel, 

Qu'en comice suprême il convoque la France, 

Qu'il attend sans fléchir son verdict solennel !

Des fureurs des partis, se ruant dans l'arène, 

En sa voix souveraine il dédaigne le flux !

Il sait les dominer de son âme sereine, 

Et réduire à néant leurs efforts superflus.

En ces flots orageux, impassible pilote,  

Il découvre sans crainte, à tous pas un écueil.

Et l'étendard divin, à son grand mât qui flotte, 

D'un sinistre avenir lui montre le linceul !

Instrument de son Dieu, dans des temps de tempête, 

Il fonde l'avenir des ruines du passé !

Son regard pénétrant sur le point noir s'arrête,

Pendant qu'avec fracas retentit sur sa tête 

La foudre jaillissant du fluide massé ! 

L'éclair de toute part sillonne l'atmosphère, 

Et le sol ébranlé s'effondre sous ses pas ! 

D'ennemis menaçants il entend la colère ! 

Il voit leurs bras levés, il ne s'en émeut pas !

C'est ainsi qu'apparaît cette mâle figure,

Qui, du monde vieilli, marque le point d'arrêt ! 

Entraîné par les temps, dédaignant leur injure, 

Il subit de son Dieu le solennel décret ! Alfred de Musset, inspiré de ton Dieu. "

 

Oh ! Ici se déroulent les providentielles pages de l'avenir ! Pages que l'histoire sera appelée à recueillir un jour, et dont au moment où j'écris ces dernières lignes (29 janvier 1871), se dressent un à un les feuillets détachés de ce grand livre de la volonté suprême, écrit de la main du Tout-Puissant, livre d'où émanent, dis-je, les paroles révélatrices qui précèdent, en date du 11 avril 1870. 

 

Même séance. 11 avril 1870, 11 h. du matin.

Je priai Alfred de Musset de vouloir bien, avec la permission de Dieu, m'inspirer quelques vers sur le dogme de l'infaillibilité du Pape, dogme consacré par le concile œcuménique.

Réponse.

" De la terre et du ciel le Pape est le pontife ! 

D'ici-bas et d'en-haut il est donc inspiré.

Il roule sous ses pas le rocher de Sisyphe, 

Qu'entraînent les courants dont il est entouré.

Il supporte le joug d'un ingrat sacerdoce, 

Qui marquera la fin du vieux monde expirant !

Il assiste avec crainte à ce drame émouvant, 

Sa voix est hésitante en ce labeur précoce, 

Qu'inaugure déjà le doigt du Tout-Puissant !

En l'ère qui surgit serait-il infaillible,

Alors que son mandat vers son sceptre puissant, 

Dirigeant ses efforts, le relie au présent ?

L'avenir lui prescrit de rester impassible, 

Et du monde en travail suivre le mouvement.

Sa main sur le présent, qu'il attende en silence 

La parole de Dieu, qui doit l'édifier !

Qu'il rive ses destins aux destins de la France ! 

C'est le phare qui brille et qui doit l'éclairer ! Ton Dieu. "

 

Les conditions sacerdotales qui incombent à Pie IX, constituent un point d'attente et de recueillement ! La tâche que lui réserve la Providence est un mystère dont il ne lui appartient pas de pénétrer le secret, avant l'instant marqué du doigt de son Dieu, sous l'empire duquel il doit être infaillible.

 

 

2 mai 1870, 8 heures du matin.

" Mon cher Alfred de Musset, voudrais-tu bien, avec la permission de Dieu, m'inspirer quelques vers à l'occasion de la conspiration ourdie contre la personne de l'Empereur (arrestations du 30 avril) ? "

Réponse.

" Du vieux monde ébranlé, gravitant vers sa ruine, 

L'Empereur est le chef et le couronnement. 

Les instincts subversifs menacent sa poitrine ! 

Ils visent en leurs coups le haut du monument !

C'est sur ce chef puissant, qu'anime un fier courage, 

Rattachant au passé l'ère de l'avenir,

Que les démolisseurs accumulent leur rage, 

Pour déblayer le sol qu'ils veulent envahir !

Mais Dieu, qui de son bras ouvre l'ère nouvelle,

Protège encore des jours mesurés ici-bas ! 

Il en fera jaillir la féconde étincelle,

Qui, résistant aux temps, doit féconder leurs pas.

Instrument de son Dieu, impassible Messie, 

Dirigé par son Dieu, son mandat s'accomplit !

Oh ! Les conspirateurs, en leur vaine furie, 

Ne sauraient infirmer ce que le ciel écrit !

Les temps s'accompliront, mais Dieu, dans sa sagesse, 

A décrété son heure et l'instant opportun. 

Homme fier, orgueilleux, sois humble en ta faiblesse. 

Tu ne peux amoindrir la part faite à chacun ! 

Téméraires fauteurs du grand jour qui va poindre, 

Vous jetez à la mer les agrès du vaisseau !

Sur ce fragile esquif prétendriez-vous rejoindre 

Le port de la patrie, où flotte son drapeau ?

Le pilote divin qui, de la traversée,

Dirige la manœuvre en sa puissante main, 

Saura bien arrêter cette fougue égarée,

Et des erreurs du jour garer le lendemain !

Oh ! Pour vous, animés de passions haineuses, 

Au cœur pétri d'orgueil, mu par l'avidité,

Dieu ne permettra pas que vos mains désastreuses 

Puissent froisser longtemps la triste humanité !

Vous rentrerez honteux, dans votre infect cloaque, 

Lorsque de votre Dieu brillera le grand jour ! 

Les élans de son cœur briseront tout obstacle,

Vous subirez le poids de son bras redoutable, 

Mais serez inondés de ses rayons d'amour ! Ton Dieu. "

 

A ces paroles divines se dessinent à grands traits les péripéties de la guerre, les tendances révolutionnaires des hommes du 4 septembre et les événements terribles qui, au mois de mai 1870, reposant encore en les secrets mystérieux de la Providence, menaçaient notre malheureuse patrie ! Ici se déroule, dis-je, sous le trait divin, le rôle odieux que rempliront les mauvaises passions, dans la crise qui se prépare pour la transformation et la régénérescence de l'humanité ! Passions insensées dont les efforts d'un jour viendront se briser et s'anéantir aux pieds du trône du Tout-Puissant, devant l'accomplissement de ses desseins éternels et de sa volonté suprême, et qui de sa main miséricordieuse bénira même, en sa bonté infinie, les pervers et les méchants !

 

 

Évocation. 3 mai 1870, 8 heures du matin.

" Mon cher Alfred de Musset, voudrais-tu bien, avec la permission de Dieu, m'inspirer quelques vers se rattachant aux signes providentiels qui marqueront l'année 1870 et les temps qui s'accomplissent ? "

Réponse. 

" Tout signale les temps, et la terre stérile 

Refuse au dur labeur d'ouvrir son sein fécond ! 

Arrosé de sueurs, le sillon infertile,

Insensible au labour, le trompe et le confond !

L'air n'a plus sa saveur, son souffle réfractaire

A l'arbuste altéré refuse son concours !

Il ne l'immerge plus de sa vapeur légère,

Pour garer ses rameaux des feux brûlants du jour !

Le gazon diapré qui fécondait la plaine, 

En rapportant au sol le suc qu'il a livré, 

Ne reçoit plus d'en-haut, zone toujours sereine, 

La tendre goutte d'eau dont il est abreuvé !

Le soleil s'obscurcit, et sous des voiles sombres, 

Ses rayons affaiblis, en son feu qui s'éteint, 

Expirent sur le sol qu'envahissent les ombres, 

Et qui glacé, subit l'effet de son déclin.

L'astre pompeux des nuits, éclatant satellite, 

Du soleil qui s'en va, fidèle réflecteur, 

Semble avoir oublié les lois de son orbite, 

Et ne réfléchit plus qu'une pâle lueur.

Tout prend l'habit de deuil sur la terre éplorée ! 

La mort brandit partout son sinistre linceul ! 

Oh ! L'âme, en sa frayeur haletante, effarée, 

N'ose de l'avenir envisager le seuil !

Mais du sein de la nuit doit scintiller l'aurore ! 

C'est du chaos profond qu'a surgi l'univers !

C'est de la nuit des temps que doit jaillir encore 

L'amour dont le Très-Haut immerge le pervers ! Alfred de Musset, inspiré de ton Dieu. "

 

En février 1871, je jetai un regard rétrospectif sur les révélations qui précèdent, notamment sur celle du 3 mai 1870. Je constatai qu'elles avaient été pleinement justifiées par une sécheresse inouïe, désastreuse en cette même année 1870, qui régna à la fin du printemps, l'été et une partie de l'automne, et par les intempéries incessantes de l'hiver le plus rigoureux, les horreurs d'une guerre sauvage et les miasmes pestilentiels saturant l'atmosphère et semant la mort de toutes parts. Attendons les pronostics qui pèsent sur les années qui vont lui succéder et qui viendront bientôt confirmer les révélations plus explicites de l'esprit, inspiré de son Dieu.

 

 

Le 3 mai 1870, neuf heures du soir, cédant une inspiration secrète, j'évoquai de nouveau le peintre Monvoisin. L'esprit, que j'avais évoqué déjà en sa qualité d'adepte de la doctrine spirite, s'était communiqué à moi sous l'inspiration de son Dieu. Or, ce jour-là, à en juger par son empressement à se communiquer à moi, il avait dû provoquer mon appel, mu qu'il était par le désir de me témoigner en toute l'effusion de son cœur, ses sentiments de profonde sympathie.

Evocation.

" Mon cher esprit, voudrais-tu bien, avec la permission de Dieu, te communiquer à moi ? "

Réponse : " Volontiers mon cher ami, j'attendais avec impatience ton évocation. Sois heureux mon cher ami, car tu es en possession des grâces de ton Dieu. Tu vis en ton Dieu et pour ton Dieu, et tu possèdes ton Dieu ! Oh ! Que ne t'ai-je connu, pendant que j'étais avec toi sur la terre ! Oui, je me serais rendu auprès de toi, pour m'édifier de ta parole et de ta sainte pensée !

Oh ! Tu es bien grand, mon cher et vénéré frère, car tu es le ministre de ton Dieu sur la terre et dans le ciel ! Que de grandes choses tu es appelé à accomplir, au nom de ton Dieu ! Tu es et seras la providence de tous tes frères, car tu leur indiqueras à tous la voie du Seigneur ! Ton nom, mon frère, est aimé et vénéré dans le monde invisible, où ta mission commence, ainsi qu'il le sera bientôt sur la terre. Tu es la boussole de tous tes frères désincarnés, et ta parole est écoutée de tous, comme l'organe de ton Dieu. Ecoute donc tes frères suppliants auprès de toi. Sois leur intermédiaire auprès de ton Dieu. Obtiens pour eux les grâces divines dont tu es immergé ! Prie, prie, mon cher frère, ton Dieu. Prie-le sans cesse, afin que sa miséricorde et ses grâces s'épanchent sur tous tes frères et assurent leur salut ! Adieu mon frère vénéré. Monvoisin. "

 

L'esprit, en sa chaleureuse communication, sollicite pour lui et tous ses frères désincarnés, les prières du Messie de son Dieu, comme gage de la solidarité qui relie le ciel à la terre, et qui unit tous les enfants de Dieu, solidarité née de la pensée du Créateur, et qui proclamée solennellement en ce jour, constitue la tâche providentielle, la mission divine qui m'est confiée.

 

 

Le 5 mai 1870, sept heures du matin, je priai Alfred de Musset de vouloir bien, avec la permission de Dieu, m'inspirer quelques vers sur les résultats du plébiscite.

Réponse.

" Tout marche vers ses fins, au souffle de son Dieu ! 

Le monde renaîtra du foyer de ses ruines ! 

Le bras du Tout-Puissant se révèle en tout lieu !

Son doigt pèse, en ce jour, sur toutes les poitrines !

Du vieux monde au nouveau, dure transition, 

Les peuples, déchirant les langes de l'enfance, 

Dans le ciel trouveront un nouvel horizon, 

Et, sous la main de Dieu, fonderont leur puissance !

Oui, le peuple a parlé. Ses accents précurseurs 

Marquent, des temps prédits, la terrible tourmente !

Du calme de sa voix jaillira la fureur,

Que ne peut contenir une main impuissante.

L'homme, en son faible bras, résisterait en vain 

Aux torrents déchaînés, à l'ardeur du délire !

Mais sur la terre en pleurs, de son divin sourire, 

Qui porte l'espérance et fait le jour serein, 

Dieu viendra proclamer les lois de son empire !

La douce charité déployant son drapeau, 

De son front rayonnant jaillira la lumière ! 

La solidarité dressera sa bannière ! 

Electrisant les cœurs de son reflet nouveau,

Elle clora les temps de l'éclat de son ère. Ton Dieu. "

 

Le plébiscite proclamé par Napoléon III, est donc la consécration de l'affranchissement des peuples !  Oh ! Il soulèvera sans doute les bas-fonds impurs, les couches infimes de l'élément social, mais sous le doigt de Dieu, le fleuve débordé rentrera dans son lit, laissant sur ses bords envahis en son cours, le limon fécondant de la charité, duquel s'élèvera jusqu'aux cieux la bannière divine de la solidarité, lien sacré qui relie la créature à son Créateur et toutes les créatures entre elles.

 

 

Evocation. 15 mai 1870, 9 heures du matin.

" Mon cher esprit Villemain, voudrais-tu bien, avec la permission de Dieu, te communiquer à moi, pour l'édification de nos frères ? "

Réponse : " C'est une belle pensée qui t'anime ! Edifier tes frères est le but que tu te proposes, c'est aussi celui auquel je m'arrêterai. Tout disparaît aux yeux du croyant, pour arriver à son Dieu ! Telle est ton aspiration suprême ! Ne crains pas que ta pensée soit stérile dans le champ que tu sillonnes, au nom de ton Dieu ! Oui, tout converge vers le but qui t'est indiqué par ton Dieu, et les puissances célestes qui se rangent à tes côtés concourent à l'œuvre que tu as mission d'accomplir. Oh ! Ne crains donc pas d'être seul engagé dans la lice. Les bataillons célestes combattent avec toi. Tu es leur guide car tu es inspiré de ton Dieu, et ses décrets s'accomplissent. Tu peux donc tout pour le salut de tes frères ! Ton bras est tout puissant et ta parole est écoutée par tes frères désincarnés, comme une émanation du Tout-Puissant ! Tout doit donc s'accomplir par ton initiative divine, et le monde en émoi attendra de toi le signal et la lumière qui doit jaillir de l'avenir ! Ne crois pas que ma voix vienne ici, te flatter en louanges mensongères. Rigide philosophe et sévère penseur, j'avais apporté sur la terre le caractère qui m'est propre, et j'ai appris depuis longues années, en de multiples existences, à dire la vérité. Tu n'apprendras de moi que ce que je dois te révéler, au nom de ton Dieu qui m'inspire et qui me dicte les paroles que je t'adresse. Sois donc édifié et édifie tes frères sur la divine mission que te confie ton Dieu. Elle est grande, elle est immense ! Elle n'a pour limites que la puissance de Dieu et sa miséricorde infinie ! Vis donc en paix, fils bien-aimé de ton Dieu. Tu es grand, le plus grand des enfants de ton Dieu qui dépose en toi tout son amour et sa divine volonté ! Adieu, mon vénéré frère, reçois l'accolade d'un frère soumis à ta divine volonté. Villemain. "

 

Prière.

" Mon divin Père, que dois-je penser des paroles si émouvantes que je viens d’écrire ? "

R. " Mon fils chéri, ce sont les paroles de ton Dieu. C'est la vérité éternelle qui t'est transmise, conformément à la volonté de ton Dieu. Vis en paix, mon fils chéri. Ton Dieu. "

 

La miséricorde de Dieu est infinie, et l'homme doit s'humilier avec respect devant sa divine volonté ! C'est avec la conscience de mon indignité que je proclame ici encore une fois, la mission divine qui m'est confiée ! Mission dont Dieu permet la confirmation par la voix de mes frères, afin que tous ceux qui entendent ma parole soient édifiés dans la voie qui s'ouvre pour leur salut.

 

 

C'est le même témoignage, le même langage, inspiré de mon Dieu, que le 23 mai m'adressait le général de Goyon, évoqué dans les termes suivants.

" Mon cher esprit, as-tu quelque chose à me dire avec la permission de Dieu ? "

Réponse : " Ecris, mon cher ami. Tu es le grand pivot de la régénération du monde ! Que puis-je te dire qui ne te soit connu ? Tu domines toutes les puissances terrestres et célestes puisque tu es le ministre de ton Dieu ! Ton pouvoir est immense puisque tu commandes au nom du Tout-Puissant et que la parole doit retentir au nom de ton Dieu ! L'ère qui commence sera ton œuvre, et le ciel et la terre feront retentir ton nom ! Ta gloire surpassera toutes les gloires ! Et tes frères viendront à tes pieds rendre hommage au titre suprême que t'a conféré ton Dieu, pour l'accomplissement de leur salut et de leur bonheur ! Sois heureux, fils bien-aimé de ton Dieu, car ses grâces t'immergent ! Tu es son fils de prédilection et le canal sacré de sa miséricorde ! Tout ce que je te dis m'est inspiré par ton Dieu, qui le comble de son amour ! Tu es dans le ciel le guide et la boussole de tous tes frères qui reconnaissent en toi l'organe de leur Dieu ! Adieu, mon vénéré frère. De Goyon. "

 

Un tel langage m'humilie et fait éclater en mon âme le sentiment profond de mon indignité !

 

 

Le 24 mai 1870, six heures et demie du matin, j'adressai une prière fervente à Dieu, dans les termes suivants.

" Mon divin Père, cette nuit vous m'avez fait entendre votre parole divine. Oh ! Je serais bien heureux si vous vouliez bien la rappeler à mon crayon. "

Réponse : " Mon enfant chéri, je t'exprimais cette nuit tout l'amour de ton Dieu ! Le prix qu'il attache à ton dévouement et la marque glorieuse qu'il accorde aux sacrifices que tu fais pour lui plaire ! Ton Dieu t'a béni, mon enfant chéri, il t'a béni pour l'éternité ! Il t'a annoncé la consécration éternelle de ton union avec lui ! Il a imprimé sur ton front le sceau ineffable de son amour ! Tu braves tout, mon enfant chéri, pour ton Dieu. Tu ne crains pas d'encourir les railleries injurieuses de tes frères et l'expression de leur mépris, attachée à l'épithète d'insensé ! Ton Dieu récompensera en Dieu tant d'abnégation, tant de dévouement à sa cause ! Vis en paix, mon enfant chéri. Ta gloire remplira le ciel et la terre (écris, mon enfant chéri, écris), et tu régneras à côté du trône de ton Dieu pendant l'éternité. L'univers t'appartient, ton Dieu le partage avec toi, et il t'immerge en son amour divin ! Sauveur de tes frères, tu leur ouvres à deux battants la voie qui conduit à leur    Dieu ! Tu fais naître en leur cœur le feu sacré qu'y déposa en germe la main du Créateur ! Tu fais jaillir l'étincelle de leur essence divine ! Tu leur ouvres le sein de leur Dieu, où ils trouveront tous le bonheur éternel  ! La joie de tes frères, mon enfant chéri, retombera sur toi à torrent, et t'immergera de son effluve, indicible pour tes sens et inexplicable au travers de ton enveloppe terrestre ! Ecoute. Ton Dieu te bénit des feux de son amour ! Il t'immerge en sa gloire, en sa béatitude éternelle. Sois heureux sur la terre, pendant ta laborieuse mission. Tout s'aplanira devant toi, et le ciel et la terre s'humilieront à tes pieds ! Vis en paix, mon fils chéri. Ton Dieu. "

D. " Mon divin Père, dois-je communiquer à mes frères vos brûlantes paroles ? Le puis-je sans orgueil ? "

R. " Oui, mon enfant chéri. Ton Dieu te fait grand devant tes frères, afin que ta parole divine soit écoutée de tous, et que les desseins de ton Dieu s'accomplissent. Sois humble devant ton Dieu, et ton Dieu t'exaltera pour sa gloire et le salut de tes frères, la glorification de sa justice divine et l'expansion de son amour infini sur sa créature. Ton Dieu. "

 

Oh ! Ces divines paroles, émanées du foyer ardent, du foyer divin d'amour de mon Dieu, paroles qui, en leurs accents ineffables, remplissent de confusion le cœur, l'entendement de son infinie et indigne créature, m'étaient adressées au moment où je venais de livrer à l'imprimeur le neuvième chapitre des Mémoires d'un Spirite, de l'Œuvre de Dieu ! Le jour même où j'osais proclamer à la face du ciel et de la terre que j'avais reçu de mon Dieu la mission de régénérer l'humanité entière ! Et que je bravais en son nom, la répulsion, l'indignation de mes frères !

 

 

Le 24 mai 1870, sept heures et demie du soir, j'évoquai M. Bourgeac, mon ancien collègue au conseil général de Tarn et Garonne.

" Mon cher esprit, lui disais-je, voudriez-vous bien vous communiquer à moi, avec la permission de Dieu ? "

Réponse : " Volontiers. J'attendais avec impatience votre évocation. Vous m'avez ahuri, pendant que j'étais avec vous sur la terre. J'avais lu votre livre La Raison du Spiritisme, avec un profond étonnement, et j'étais à me demander si votre sens mental n'était point altéré ? Aujourd'hui il m'est donné de voir. La vérité éclate à mes yeux, et je reconnais que vous êtes inspiré, inspiré de Dieu, pour le salut de vos frères. Oh ! Que j'étais loin de penser, en parcourant les pages de votre livre, d'ailleurs supérieurement écrit, que c'était le génie, la pensée de Dieu, sa volonté éternelle qui dirigeait votre plume et que vous étiez l'organe de l'univers, le messie de Dieu, pour la régénération de l'humanité entière ! Votre tache est bien grande ! Mais vous devez y suffire car vous êtes soutenu par le bras du Tout-Puissant ! Que d'heureux vous êtes appelé à faire ! Tous vos frères désincarnés se pressent autour de vous, et fidèles à votre appel, ils vous suivent tous les jours aux pieds du trône de votre Dieu. Oh ! C'est là que la joie est grande ! Oh ! Combien de malheureux recouvrent l'espérance et entrevoient enfin l'image de leur Dieu, plein de miséricorde et d'amour ! C'est à l'efficacité de vos prières que se calment les maux autour de vous. Aussi, quelles bénédictions unanimes s'épanchent sur vous, de la part de tous vos frères ! Vous êtes leur providence, car vous représentez votre Dieu ! Vous êtes son ministre, l'organe de sa miséricorde divine ! Vous êtes, mon vénéré frère, le fils bien-aimé de votre divin Père et le canal sacré de son amour divin ! Adieu, mon bien-aimé frère. Je viens tous les jours prier avec vous. Bourgeac. "

 

Oh ! Ma mission est divine, vous l'entendez. Elle m'a été confiée pour le bonheur de tous !

 

 

Le 28 mai 1870, huit heures du soir, j'évoquai, le jour de son enterrement, M. Laborde, décédé à Villeneuve. C'était un homme pieux, entouré de la vénération publique.

" Mon cher esprit, lui dis je, voudrais-tu bien, avec la permission de Dieu, te communiquer à moi ? "

Réponse : " Oui, et c'est avec reconnaissance ! Combien tes saintes prières m'ont rendu heureux ! De quelles joies ineffables elles m'ont inondé, en déversant sur moi la miséricorde de ton Dieu ! Tu as demandé pour moi, à notre divin Père, la communion des anges ! Et dans mon exaltation aux pieds du trône de mon Dieu, j'ai pu contempler ses splendeurs ! Oh ! Quel moment d'ivresse ! Quelle extase divine est venue galvaniser mon âme ! Oh ! Mon cher ami, qu'elles sont efficaces les grâces que tu obtiens de ton Dieu, et que tu répands, à si grands flots, sur tes frères ! Tu m'as initié à la communion divine ! Et j'ai senti pénétrer en moi l'essence de mon Dieu ! Oh ! Mon cher ami, je viendrai tous les jours prier avec toi, pour m'immerger dans le bonheur des élus ! Oh ! Que tu es heureux, mon cher ami, d'avoir mérité ainsi tout l'amour de ton Dieu et de pouvoir puiser pour tes frères et pour toi, dans les trésors de sa miséricorde divine !  Ta mission est bien belle ! Que d'heureux tu es appelé à faire ! Que de grâces dont tu es le canal béni ! Oh oui ! Tu es béni de ton Dieu, et tu es la providence de tous tes frères qui accourent sur tes pas, à ton sympathique appel ! Ne crains pas, mon cher ami, les rigueurs de la vie. Tu planeras au-dessus de tes frères incarnés et désincarnés et tu seras l'intermédiaire béni de tes frères à ton Dieu ! Vis en paix, mon cher ami, et reçois mon frère vénéré, l'expression des sentiments chaleureux que tu développes dans mon cœur ! Ton frère dévoué. Laborde. "

 

D. " As-tu suivi le cortège qui accompagnait ton corps à sa dernière demeure ? "

R. " Oui. J'étais à côté de toi. Oh ! Je t'ai pressé sur mon cœur lorsque tu as adressé ta fervente prière à Dieu ! Oh ! J'étais dans le délire, lors de ma communion   céleste ! Que Dieu te rende la joie dont tu m'as immergé, au nom de ton Dieu. Laborde. "  

 

L'esprit lève ici un coin du voile qui recèle les splendeurs célestes, et il peint le délire qui s'est emparé de son âme, au contact de la béatitude éternelle ! 0 sceptiques insensés ! Ayez foi dans les paroles qu'il fait retentir au-dessus de vos têtes et qui sont un solennel avertissement de votre Dieu !

 

 

Le 30 mai 1870, deux heures du soir, j'adressai à Dieu la prière suivante.

" Mon divin Père, que dois-je penser du retard que subit l'impression du neuvième chapitre14  ?" 

Réponse : " Rassure mon fils chéri, ton œuvre s'accomplira. Mais elle doit subir des retards nés du mauvais vouloir de ton imprimeur et des craintes qu'il éprouve. C'est avec répugnance qu'il imprime ce chapitre et s'il lui était permis de reculer, il s'y refuserait formellement. Mais il est engagé, et il ne peut manquer à ses engagements sans compromettre ses avances. Il le comprend, il ne peut s'y soustraire. Ainsi, mon enfant chéri, vis en paix. Ton œuvre arrivera au temps voulu. Son heure n'a pas encore sonné, mais elle ne tardera pas. Tous les obstacles s'effaceront devant la volonté de ton Dieu. Utilise, mon enfant chéri, les moments de répit qui te sont donnés. Relis et corrige ton manuscrit. Tu ne saurais trop le relire, car tu feras disparaître ainsi, les imperfections qu'il contient encore. Ne te décourage pas, mon enfant chéri. Remets-toi tous les jours à l'œuvre, et tu accompliras ainsi, à la sueur de ton front, la mission que l'a confiée ton Dieu, et pour laquelle il te réserve une divine récompense ! Vis en paix, mon enfant chéri. Ton Dieu. "

 

D. " Mon divin Père, ai-je à relire le dixième chapitre ? "

R. " Non, mon enfant chéri. Tu n'as rien à y corriger, si ce n'est en revoyant les épreuves. " 

D. " Et l'avant-propos ? "

R. " Tu le reliras. "

 

Avec quelle ineffable bonté Dieu daigne s'entretenir avec son infime créature !

 

 

Le 4 juin 1870, onze heures du matin, j'évoquai l'esprit frappeur de Carcassonne, au sujet d'un apologue mordant rapporté dans la Revue Spirite et qui avait pour épigraphe le Chien glouton.

Évocation.

D. " Dis-moi mon cher esprit, qui as-tu voulu désigner en ton apologue ayant pour titre le Chien Glouton ? "

Réponse.

" Ma foi, mon cher ami, tu le connais déjà 

Cet innommé glouton ou plutôt tu devines 

Quel est l'original, soit prince, soit goujat, 

Qui, de ma verve, ici, subit les étamines.

Ton cœur, pur et serein, est peut-être offusqué 

Du ton si dégagé dont j'en parle à mon aise. 

Mais je le vois encor sur le morne efflanqué, 

Méditant un grand coup, du haut de la falaise !

Cependant je comprends ton trait admirateur, 

Dressant au haut des cieux sa pompeuse statue. 

S'il remplit ici-bas le rôle d'empereur,

Il reprendra là-haut sa figure inconnue. Esope. "

 

D. " Pourquoi as-tu pris le nom de Tertullien sur la minute au crayon ? "

R. " C'est que Tertullien a été Esope. "

 

Il. faut reconnaître ici qu'Esope, esprit, n'a pas cessé d'être malin. Le génie et l'exaltation terrestre s'effacent en la sphère divine ! La pureté du cœur, seule, fait la grandeur !

 

 

Évocation. 6 juin 1870, une heure du soir.

" Mon cher Alfred de Musset, je me livre à tes inspirations. Réponds-moi, si Dieu le permet. "

Réponse.

" Te livrer à ton Dieu, mon fils, c'est là ta gloire ! 

Suis toujours ce fanal qui scintille à tes yeux ! 

C'est le trait du bonheur, le trait de la victoire ! 

Sous tes pas s'ouvrira le cours de jours heureux !

Que t'importent les maux qui règnent sur la terre, 

D'où s'élèvent tes yeux, vers le ciel qui t'attend ? 

Que t'importent à toi les périls de la guerre, 

Alors que l'avenir est pour toi souriant ?

Les sueurs d'ici-bas, qui pour toi s'accomplissent, 

Rehausseront un jour tes splendides destins !

Oh ! Subis sans émoi les douleurs qui finissent

Et dont le dur passage ouvre des jours sereins.

Tout doit s'évanouir en la terre qui sombre ! 

Tout doit s'anéantir pour renaître à nouveau ! 

Le présent qui s'enfuit, s'échappe comme une ombre 

Et trace, en s'enfuyant, le suprême niveau !

Oui, tout s'abimera en cette ère infinie ! 

Fortune, titre, honneurs, par les hommes créés. 

Sous le règne de Dieu, la seule hiérarchie 

Est celle des bienfaits, nés de cœurs épurés.

En Dieu seul est la fin d'une frêle existence, 

Qu'animent des désirs fourvoyés ici-bas ! 

Désirs, hélas ! Nourris de vaines espérances, 

S'éteignant à jamais dans la nuit du trépas !

Oh ! Des temps en travail naîtra l'ère féconde, 

Qui, sécrétant sa sève aux ruines, à la mort ! 

Plongera dans leur sein ses artères profondes, 

Et de sucs bienfaisants rajeunissant le monde, 

Des monuments vieillis accomplira le sort.

Le sol est enflammé, le feu divin l'inonde ! 

Tout est galvanisé sous les flots de son onde ! 

Oui, tout va grandissant sous l'empire de Dieu ! 

Oh ! Dans l'ébranlement que son souffle féconde, 

Brillera le rayon qui jaillira des cieux ! Ton Dieu. "

 

Oh ! Ces paroles révélatrices, émanées de l'initiative divine, ne s'accomplissent-elles pas à l'heure qui sonne (26 mai 1871), en leurs premières et providentielles phases ! Les monuments orgueilleux, les splendeurs terrestres, legs de tant de siècles, ne croulent-ils pas sous la violence des rafales révolutionnaires ? La fragilité de ces superbes monuments, nés de la main des hommes, n'éclate-t-elle pas ici, sous l'imposante autorité de la parole de Dieu ?

Oui, l'éclat fantasmagorique des institutions humaines s'efface en présence des desseins arrêtés, de toute éternité, dans la volonté du Tout-Puissant ! L'ère nouvelle, le règne de Dieu apparaît pour galvaniser les ruines que jonchent les pas de l'homme, et en faire jaillir la foi, la charité, la vertu et le bonheur ! 0 enfants de Dieu, reconnaissez donc vos augustes destinées, et que toutes vos aspirations convergent désormais vers un seul but, vers les biens impérissables, les biens éternels que vous réserve votre Dieu !

 

 

Le 8 juin 1870, sept heures du matin, j'adressai à Dieu la prière suivante.

" Mon divin Père, cette nuit vous m’avez donné vos suprêmes instructions. J'en ai perdu le souvenir. Daigneriez-vous, ô mon Dieu, me rappeler vos divines paroles ? "

Réponse : " Mon enfant chéri, je t'ai dit que ta médiumnité était une médiumnité divine, et que tout ce qui t'est dicté vient de Dieu. C'est donc la vérité divine qui t'arrive sous ton crayon. Tout s'accomplit sous le souffle de ton Dieu qui t'inspire et qui te communique sa pensée (écris) éternelle. Ne crains donc pas, dans les actes de ta vie, de te séparer de ton Dieu. Ton cœur pur est le garant et la sauvegarde de toutes tes pensées et le canal sûr des inspirations de ton Dieu. Que tes frères s'inclinent donc devant toi et respectent ta parole car elle émane de leur Dieu et elle s'impose à eux comme un acte de sa volonté divine ! Ils te reconnaîtront tous, car j'entourerai ta mission de l'auréole divine. Tous tes pas seront ostensiblement marqués du doigt du Seigneur, et les plus aveugles verront, car la lumière éclatera pour tous ! Heureux ceux qui ne fermeront pas leur cœur à la miséricorde infinie de leur Dieu ! Qu'ils ne repoussent pas les insensés, le message de leur divin Père, et qu'ils reçoivent avec respect et reconnaissance l'envoyé de leur Dieu ! Il leur apporte la paix du cœur et l'espérance ineffable d'un avenir divin car leur Dieu, en sa miséricorde et son amour infini pour sa créature, leur ouvre les portes de son empire pour le partager avec eux ! Qu'ils se rendent donc dignes de la munificence de leur Créateur et que leurs cœurs tournent toutes leurs aspirations vers ces fins dernières ! Courage, mon enfant chéri. Ta tâche est grande, elle est solennelle. Les regards de ton Père divin sont fixés sur toi. Il sera avec toi dans toutes les circonstances de ta vie. Il t'inspirera, te soutiendra et il te défendra contre les aveugles passions de tes frères, à qui tu devras beaucoup pardonner, sous l'inspiration de l'amour infini de ton Dieu, qui s'inocule tous les jours et à chaque instant de ta vie, en toi, en ton ascension vers ton Dieu. Vis en paix, mon enfant chéri. Ton Dieu. "

 

La parole de Dieu affirme, proclame ma médiumnité divine ! Oh ! Cette parole suprême retentissant sur ma tête, s'accentue toujours de plus en plus, et ses divines instructions prennent un caractère de plus en plus solennel. Ici, Dieu s'adresse ostensiblement à mes frères, il leur annonce, leur signale les insignes auxquels ils reconnaîtront le messager de sa volonté, et il les exhorte à ne pas fermer l'oreille à la voix autorisée de son ministre, toujours inspiré de sa parole divine ! Nous rapporterons ici, pour l'édification de tous, un passage de révélations instructives, émanées d'un esprit qui s'est communiqué le 17 novembre 1870 (médium M. N.), Révélations suprêmes, transmises à la terre par un inspiré de la science divine, et reproduites dans la Revue Spirite du 1er janvier 1872 : " Dès les temps les plus reculés, Dieu a manifesté sa prédilection pour ceux qui ont honoré sa loi et l'ont pratiquée selon leurs moyens. Il a su l'imprimer lui-même dans le cœur de l'homme. C'est elle que vous nommez vulgairement la loi naturelle. Oui, c'est la loi naturelle mais elle est aussi divine, parce que l'auteur c'est Dieu lui-même. " L'homme qui suit la loi naturelle se rapproche de Dieu, et Dieu en son amour, se rapproche de l'homme.

 

 

Le 8 juin 1870, une heure du soir, j'adressai la prière suivante à Dieu.

" Mon divin Père, puis-je, sans vous offenser, vous prier de me dire quelle est la signification des temps que nous traversons. "

Réponse.

" La pensée est de Dieu, mais le style est de l'homme.

Les temps qui vont surgir sont l'épreuve du monde !

C'est le songe agité  ! C'est le réveil demain !

C'est l'appel de ton Dieu ! C'est sa sève féconde 

Qui ramène à ses pieds l'immense genre humain !

C'est un point menaçant dans le flot qui bouillonne ! 

C'est le calme de plomb qui comprime les airs !

C'est le moment que suit le tonnerre qui gronde, 

Que précèdent déjà de sinistres éclairs !

C'est le repos des champs, que le volcan domine ! 

Et qui sont menacés de ses foyers ardents ! 

C'est le cri de l'effroi ! C'est la mort, c'est la ruine, 

Qui, suspendus sur tous, attendent leurs moments !

Paisible, sommeillant en l'ardente atmosphère,

L'homme ne prévoit pas son terrible réveil ! 

De sa vie, ici-bas, l'intérêt éphémère 

Remplit seul sa pensée et trouble son sommeil !

Oh ! Ne l'a-t-il pas dit, l'autorisé prophète ? 

Pendant que l'Eternel préparera ses feux, 

Qui, de l'homme égaré, menaceront la tête, 

L'insensé s'oubliera dans des ébats joyeux !

Mais l'heure sonnera ! La terreur, l'épouvante 

Envahiront soudain tous les cœurs attardés ! 

Ils seront atterrés en cette heure émouvante ! 

Et glacés des horreurs dont ils sont immergés !

En ce jour solennel, l'éternelle justice 

Planera sur les grands, honteux de leurs méfaits !

Mais un rayon d'amour abrégeant leur supplice, 

D'un regard paternel, au bord du précipice, 

Fera poindre pour tous l'ère de ses bienfaits !

Sur les ruines des temps, une éclatante aurore 

Luira pour éclairer la triste humanité !

Le soleil radieux qu'elle aura fait éclore, 

Des ténèbres fera surgir la vérité !

Dans les secrets de Dieu, de sa vue étonnée,

L'homme découvrira les lois de l'univers !

Et du foyer divin, son essence inspirée,

De Dieu s'appropriera la divine pensée,

Et ses trésors cachés en leurs filons divers !

Il verra la grandeur de son âme inconnue !

De son humble berceau connaîtra le néant. 

Et d'un essor joyeux s'élevant dans la nue, 

Il verra son zénith, de son œil palpitant !

Il verra les splendeurs que son Dieu lui destine ! 

Il verra l'univers s'abîmer à ses pieds ! 

Il aura découvert sa divine origine ! 

Il aura reconquis ses titres oubliés ! Ton Dieu. "

 

Hommes courbés sous le joug de vos attaches terrestres, tel est donc le splendide avenir qui se déroule à vos yeux, sous le crayon de l'envoyé du Seigneur, inspiré de son souffle divin. Mais le travail terrible de l'ère nouvelle va s'accomplir sous vos pas. Armez votre cœur de courage et de foi, et sanctifiez votre vie militante, par vos ardentes aspirations vers votre Créateur, votre Père divin !

 

 

Le 13 juin 1870, je fus interpellé avec une certaine vivacité par l'un de mes amis, qui me demandait la preuve des communications suprêmes que je disais obtenir du ciel. Je lui répondis que je pouvais lui annoncer la conversion du Pape au spiritisme. Mais, par un prompt retour en moi-même craignant d'avoir cédé à un défi irrévérencieux, je ne soutins que faiblement mon affirmation.

Rentré dans mon cabinet, j'adressai une prière à Dieu, dans les termes suivants.

" Mon divin Père, un défi vient de m'être porté ; défi auquel j'ai répondu, en affirmant que le Pape deviendrait spirite, mais je n'ai pas osé soutenir mon dire. 0 mon Dieu, vous aurais-je offensé ? "

Réponse : " Rassure-toi, mon fils chéri, ta foi en ton Dieu est entière, et le doute qui a traversé un instant ton esprit n'a pas altéré ta confiance en les paroles de ton Dieu. Tu as affirmé l'événement que t'avait annoncé ton Dieu ; mais tu n'as pas voulu accepter le défi qui t'était porté, par respect pour la doctrine, et surtout par un sentiment de soumission révérencieuse à la volonté de ton Dieu dont tu n'avais pas encore reçu le mandat de divulguer ses desseins. Vis donc en paix, mon enfant chéri, ta pensée est toujours pure. Elle est tout entière dévouée à ton Dieu, et tu as foi en lui et en sa parole. Tu pourras à l'avenir, répondre avec assurance à un tel défi. Il fera impression sur l'esprit de tes frères, qui attendront avec anxiété l'événement ; lequel accompli, ils seront forcés de croire. Ne crains pas, mon cher fils, que cette révélation puisse nuire à l'effet réservé à la publication de ton livre. Au contraire, cette prédiction viendra à l'appui et fera naître le désir de le lire. Tout ce qui s'accomplit en toi, mon enfant chéri, est l'œuvre de ton Dieu, et doit aboutir à la solution divine des desseins de ton Dieu. Vis en paix, mon enfant chéri. Ne crains pas d'avoir offensé ton Dieu qui t'aime et te bénit, en son amour éternel ! Ton Dieu. "

 

J'accepte donc ici, conformément à la parole de mon Dieu, le défi de mes frères, et je proclame, à la face du ciel et de la terre, que le pape Pie IX sera spirite.

 

 

Evocation. 15 juin 1870, 8 h. et demi du matin.

" Mon cher Alfred de Musset, voudrais-tu bien, avec la permission de Dieu, me donner l'esquisse, la physionomie de l'année 1871 ? " 

C'est Dieu lui-même qui daigne répondre à mon évocation.

" Que t'importent à toi les phases de ce monde ? 

Que t'importent les maux qui doivent l'envahir ? 

Que la terre fléchisse ou devienne inféconde, 

Que la rouille des temps la subjugue, l'inonde, 

Que du ciel sur son sort s'exhale un long soupir ?

Eh ! Que craindrais-tu donc ? Toi, dont l'âme limpide 

Converge vers son Dieu, vers son trône éternel ?

Qui, désertant ce sol de son aile rapide,

Domine l'univers de son vol immortel ?

Dans le sein de ton Dieu tu puises la science. 

Ministre de ton Dieu, tu connais ses secrets. 

Oh ! Tu sais que la mort est une délivrance, 

Et que c'est de ton Dieu l'ineffable décret !

De ton œil inspiré, contemplant les désastres, 

Que son doigt tout-puissant répandra près de toi. 

Tu suivras sans émoi l'inclinaison des astres, 

Dont le déraillement causera tant d'effroi !

Des instincts destructeurs mugissant sur ta tête, 

Inspiré de ton Dieu, tu restreindras le cours. 

A ta céleste voix cessera la tempête !

A tes accents pieux renaîtront les beaux jours !

Des horreurs du chaos affranchissant la terre, 

Tu seras son recours et son consolateur !

A ta voix, dans les airs, s'éteindra le tonnerre, 

Et l'atmosphère émue éteindra sa fureur !

De l'amour de ton Dieu sois le canal suprême ! 

Qu'en toi naisse la joie et l'ère du bonheur ! 

Que tes frères, touchés en leur douleur extrême, 

Sentent s'évanouir les heures de terreur !

Organe de ton Dieu, bras de sa providence, 

De son souffle divin ton cœur est imprégné !

Ministre délégué de sa toute-puissance, 

Sous ton sceptre béni, le ciel aura régné ! Ton Dieu. "

 

Prière.

" Mon divin Père, que puis-je faire de ces vers, écrits en traits de feu ? "

Réponse.

" Tu dois les lire à tes frères, mon enfant chéri, et les publier dans ton livre. C'est la consécration suprême de ta divine mission. Ton Dieu. "

 

D. " Mon divin Père, dois-je les lire à mes frères avant de les publier ? "

R. " Non, mon enfant chéri ! Une telle communication nuirait à la publication de ton ouvrage qui doit frapper l'esprit de tes frères, comme un coup de foudre, et sans prévention aucune de leur part. Vis en paix, mon enfant chéri. Ton Dieu. "

 

 

Évocation. 21 juin 1870, 7 h. et demi du soir.

" Mon cher Alfred de Musset, voudrais-tu bien, avec la permission de Dieu, me donner la silhouette de Bismark ? "

C'est Dieu qui daigne répondre à mon évocation.

" La pensée est de Dieu, mais le style est de l'homme.

Bismark est un poltron, mais poltron plein d'audace. 

Au fier ton qui commande, il s'incline aussitôt !

Habile en l'art de feindre, il se montre, il s'efface. 

Chassez de lui l'intrigue, elle y rentre au galop.

Toujours en son esprit s'ourdit nouvelle trame, 

Dont il faut surveiller les tissus cauteleux. 

D'astucieux projets il se nourrit, s'enflamme, 

Et de l'ambition qui subjugue son âme,

Il guette les moments, saisit l'instant heureux.

Du repos des Etats, hardiment il se joue ! 

A de perfides fins il pose son enjeu ! 

Parole, honneur et foi sont traînés dans la boue ! 

La honte d'y manquer le préoccupe peu !

En ses calculs secrets, le point noir, c'est la France. 

Comme un spectre effrayant se dressant devant lui ! 

Il sait son fier élan, redoute sa puissance, 

Et contre sa colère il mendie un appui.

Oh ! Son bras défaillant n'ose rien entreprendre, 

Et risquer en un choc la chance des combats. 

Il surveille sa proie, il cherche à la surprendre, 

Et médite sa perte en d'inégaux ébats.

Mais le souffle de Dieu protège sa rivale, 

Enflamme son courage et raffermit son cœur !

Bismark, un jour, saura que la lutte est fatale 

A qui brave les coups de son tranchant vengeur !

Oh ! C'est dans le champ clos des hasards de la guerre,

Qu'il prétend entraîner les enfants de Berlin. 

Mais c'est sur ses créneaux que fondra le tonnerre ! 

C'est aux pieds de ses murs que l'attend le destin ! Ton Dieu. "

 

 

Le 25 janvier 1871, au moment où je transcris ce bulletin prophétique de l'histoire, cet homme, photographié de la main de Dieu, apparaît à nu. Le voile de ses intrigues se déchire.

 

Paroles inspirées.

" Oh ! Vous l'entendrez bientôt, enfants de la patrie, cet homme, pousser un cri menaçant (7 décembre 1871), cri déchirant sorti de la poitrine de l'astucieux vampire de la France, de la France humiliée, qu'un souffle de Dieu a abattue, mais qu'un souffle de Dieu relèvera ! " La première phase des événements annoncés s'accomplit. Attendons le dernier acte de ce drame sanglant, qui doit être fatal à la race avide qui se rue impitoyablement sur le sol français !

 

 

Évocation. 21 juin 1870, 9 h. dix du matin. 

" Mon cher Alfred de Musset, voudrais-tu bien, avec la permission de Dieu, me donner la silhouette de l'Espagne ? "

C'est encore Dieu qui daigne répondre à mon évocation.

" L'Espagne est le chaos où s'éteint la lumière ! 

Le sol est fatigué du poids de ses enfants !

Ce peuple déraillé se traîne en la poussière. 

Il se consume en vain en efforts impuissants !

En proie à vingt partis, qu'un sombre orgueil dévore, 

La terre, sous ses pas, doit s'effondrer un jour ! 

Sur ses ruines, hélas, les temps viendront se clore, 

Et marquer du repos le solennel retour !

Tel est écrit au ciel le sort de l'Ibérie ! 

Devant elle apparaît un sinistre horizon ! 

Oh ! Sur elle la mort exerçant sa furie, 

De ses coups répétés labourera son front !

La faux de l'avenir tranchera bien des têtes ! 

Les favoris du sort, tombant avec fracas, 

Les monuments pompeux crouleront par leurs faîtes ! 

La mort, sur les sommets, imprimera ses pas !

Le sang, en longs sillons, ravinera ses rives ! 

Les monstres du désert y viendront s'abreuver ! 

Les échos du malheur, en cent hymnes plaintives, 

Retentiront au ciel et viendront l'attrister !

En cette sombre nuit, une pure étincelle, 

Une voix s'élevant de ce sol ébranlé,

Fera vibrer son timbre en la voûte éternelle,

D'où renaîtra la vie, en son sein désolé ! Ton Dieu. "

 

Le drame de la régénérescence ibérienne fait éclater déjà15 , ses signes précurseurs. La lutte est engagée sur le terrain mouvant des institutions politiques, terrain tourmenté par les partis. Le point noir se manifeste, à tout œil clairvoyant, en les tiraillements et compétitions ardentes qui labourent ce sol brûlant jusque dans ses entrailles. 

 

 

Évocation. 6 juillet 1870, 9 h. et demi du matin.

" Mes bons amis mes protecteurs du monde invisible, avez-vous quelque chose à me dire, au nom et avec la permission de Dieu ? "

Réponse : " Oui, écris. Tu traverses une épreuve solennelle que t'envoie ton Dieu, au moment de te donner l'investiture définitive de ta mission. Sois résigné et accepte sans murmurer ce que ton Dieu t'enverra. Sois grand de la grandeur qu'il attend de toi. Sois l'humble serviteur de ton Dieu et accepte, avec dévouement et amour, toutes les vicissitudes qu'il te prépare, car c'est sa sollicitude paternelle qui veille sur son enfant. Cependant ne t'effraie pas. Ton Père divin ne veut pas te donner du chagrin, mais il veut que tu rompes avec la terre, afin que tu sois tout à lui, sans réserve aucune. Oh ! Mon fils chéri, que ta pensée s'accomplisse. Tu veux être à ton Dieu, tout à   lui ! Eh bien, mon enfant chéri, ton Dieu te vient en aide, et il te réserve la joie et le bonheur en son sein ! Oui, dans ses bras qu'il te tend ! Il veut, ton Dieu jaloux, posséder tout ton cœur, car c'est en cette possession absolue, sans partage, que doivent se développer tes aspirations de bonheur et de quiétude ! Oui, mon enfant chéri, c'est auprès de ton Dieu seul que se prépare ton triomphe ! C'est auprès de ton Dieu seul que tu trouveras cette béatitude éternelle qui t'est promise et qui t'est réservée par ton Dieu ! Un grand pas est déjà fait par toi, en cette voie. Oh ! Persévère, mon enfant chéri, c'est ce que ton Dieu attend de toi. Il bénira tes efforts, mon fils bien-aimé, tu en as la promesse. Ton Dieu ne t'abandonnera pas, il sera avec toi, il combattra avec toi. Oui, mon enfant chéri, ton divin Père est en toi, il est uni à toi pour l'éternité ! Courage donc, enfant chéri de ton Dieu ! Vois le but devant toi, et dans tes moments d'angoisses et de défaillance, tourne tes regards vers ton Dieu et il viendra à ton secours, de son bras tout-puissant. Vis en paix, mon enfant chéri. Ton Dieu."

 

Prière.

" Mon divin Père, aurais-je démérité de vous ? Aurais-je cessé d'être, un seul instant, ce que vous daignez m'annoncer dans vos divines communications ? "

Réponse.

" Rassure-toi, mon enfant chéri ! Vis en paix. Oui, mon bien-aimé, tu es et seras toujours, pendant l'éternité, l'enfant chéri de ton Dieu, son enfant de prédilection, son vrai messie, son organe, sa pensée et sa voix. Vis en paix, mon enfant chéri, mon fils bien-aimé. Ton Dieu. "

Oh ! J'accepte avec amour toutes les épreuves que mon Dieu me réserve, et je m'abandonne tout entier à sa miséricorde divine, à sa sollicitude paternelle ! Hélas ! Les épreuves qui m'étaient annoncées par mon divin Père, ne devaient pas longtemps se faire attendre !

 

 

Évocation. 8 juillet 1870, 4 h. un quart du soir.

" Mon cher Alfred de Musset, peux-tu me dire, avec la permission de Dieu, quelle sera, pour la France, l'issue des complications politiques qui surgissent ? "

Réponse.

" De malheurs inouïs c'est la première phase. 

L'avenir en est gros, et, dans de courts instants, 

La France éprouvera le sinistre passage

De maux que combattront ses efforts impuissants.

Au sombre branle-bas des peuples en furie, 

La France, avec orgueil, élevant son drapeau, 

Fidèle au champ d'honneur, prodiguera sa vie ! 

L'imprégnant de son sang et de l'immortel sceau !

Aux ébats glorieux d'une longue agonie, 

Elle fera jaillir son rayon le plus beau !

Ses ennemis, ligués pour abattre son sceptre, 

Verront ses bataillons s'abîmer sous leurs coups ! 

Son antique splendeur, un moment disparaître, 

Et le monde vieilli s'effaçant comme un spectre,

Fera place au nouveau, qui régnera sur tous.

Que de sang, que de pleurs, au sein de tant de ruines ! 

Oh ! Le sol affligé, détrempé dans leur cours, 

Deviendra le champ clos de luttes intestines,  

Sur lequel doit briller l'éclat de nouveaux jours.

En ce penchant fatal, sur lequel rien n'arrête, 

Sa suppliante voix, vers la voûte céleste, 

Arrachera le fer qui déchire son sein ! 

Le Tout-Puissant clora cette scène funeste ! 

Surgira devant elle un horizon serein !

Mais un point noir encor menacera la terre, 

La France appellera ses valeureux enfants ! 

Elle l'écartera de son sceptre puissant, 

Et le pied sur le seuil du temple de la guerre, 

Elle le fermera de son mâle ascendant !

C'est du sort des combats que naîtra la lumière ! 

C'est des tronçons épars que surgira la paix ! 

C'est des derniers efforts d'une race guerrière, 

Que du calme du ciel adviendra le bienfait ! Ton Dieu. "

 

Le 26 janvier 1871, le jour où je transcrivais les vers inspirés qui précèdent, pour livrer à l'imprimeur, ces paroles divines déchirant les voiles de l'avenir, ces révélations suprêmes venaient de recevoir une première et solennelle consécration ! Déjà notre malheureuse patrie éprouvait les premières défaillances de l'agonie ! Oh ! Combien de jours néfastes, jours de désastres et de deuil, s'étaient appesantis déjà sur la France ! Hélas ! Les capitulations de Sedan et de Metz inaugurant ses malheurs, avaient désarmé son bras ! Ces deux événements, marqués du doigt de Dieu, lui avaient ravi ses chefs d'armée, ses intrépides soldats. Ils l'avaient dessaisie, démunie de son matériel de guerre, son sol était dévasté, ses villes pillées, incendiées sous les pas de hordes sauvages, qui, en leur rage, accomplissaient une infâme hécatombe de femmes, d'enfants et de vieillards ! Sa glorieuse cité, capitale du monde civilisé, enserrée dans un cercle de fer, s'atrophiait sous l'étreinte de la faim, qu'irritaient de longs et sinistres jours Et sa population résignée, en proie aux plus atroces souffrances, aux angoisses les plus cruelles, assistait, haletante, à l'exécution d'un système de destruction d'origine sauvage, et inventé par le génie du mal ! Ces hordes envahissantes démolissaient froidement, en leur rage calculée, pour ne former qu'un seul monceau de ruines, l'inoffensive demeure du citoyen, les pompeux monuments, legs de la gloire de tant de siècles, le laboratoire de la science, elles n'épargnaient même pas l'asile de la souffrance, ce sanctuaire respecté chez tous les peuples ! Oh ! La violation criminelle des droits sacrés de la civilisation et de l'humanité, sera burinée un jour par l'histoire, en sa mission divine de léguer aux méditations de la postérité indignée, cette page flétrie du délire des peuples ! Page empruntée aux siècles de barbarie, évoquée de la sauvagerie vandale, et venant stigmatiser d'un reflet de honte l'ère du XIXe siècle, qui a présidé à ce crime flagrant de lèse-humanité ! Dieu nous annonce, en les vers qui précèdent, la résurrection de la France ! Oh ! Acceptons avec amour cette divine révélation ! Mais quand poindra-t-il ce jour, où notre chère patrie verra jaillir des tronçons épars des combats et des monceaux de ses ruines, le splendide rayon proclamé en sa parole divine ? Oh ! Quand donc la France purgera-t-elle son noble sol souillé et foulé sous les talons de la barbare Germanie ? Oh ! Quand luira le jour où elle expulsera de son sein déchiré, ces populations avides qui, poussées sous les murs de son opulente cité, nourrissant des aspirations féroces, des velléités cupides, attendaient le moment, ardemment convoité, de dévorer cette riche proie ? Oh ! Cette seconde phase des paroles divines est le secret de sa miséricorde    infinie ! Elle s'accomplira au cri de détresse poussé par la France, cette fille coupable envers son Dieu, mais immergée encore, malgré ses regrettables défaillances, en son amour infini et entourée de toute sa sollicitude paternelle ! Oh ! Qu’elle écoute plutôt ces paroles divines, lui signalant la voie de la résipiscence.

« Sa suppliante voix vers la voûte céleste, 

Arrachera le fer qui déchire son sein ! »

Je relisais ce passage au moment où les événements qui se succédaient avec tant de rapidité, se couvraient d'un voile sombre, sous la sinistre apparition de la guerre civile ! Au moment où la nuit de l'avenir étendait ses ombres effrayantes de tous les points de l'horizon ! Or, pendant que je subissais une si poignante douleur, tomba sous mes yeux un article de l'Univers, signé Louis Veuillot, article édicté sous l'impression de ces symptômes alarmants qui semblaient faire pressentir, en tous les cœurs, la dissolution sociale. Symptômes qui avaient profondément impressionné l'esprit transcendant de l'illustre écrivain. Ici, le clairvoyant publiciste, jetant un cri d'alarme, tempéré cependant par une prévision profonde, formulée en une secrète espérance, s'écriait.  Oh ! La tâche de sauver la France ne peut être remplie que par un homme de Dieu ! Ce point lumineux jaillissant du front de l'homme, déchirant les voiles de l'avenir où venait poindre à ses yeux le sauveur du monde, révélait ici le trait du génie, ou plutôt le rayonnement de la prescience divine ! C'est à ce titre si remarquable que j'inscris en cette page, ce trait de lumière, comme reflet des paroles suprêmes s'accentuant dans les deux vers qui précèdent.

Or, voici comment s'exprime Veuillot dans le journal l’Univers du 22 mai 1871 : " Nous avons connu le mensonge de notre force militaire, nous allons connaître le mensonge de notre force civile. Nous avons vu la folie de la révolution extrême, nous voyons l'impuissance de la révolution modérée. Puissions-nous ne pas expérimenter une seconde fois la férocité de la révolution sauvage ! Nous sommes un pauvre peuple empoisonné et plus qu'empoisonné, car le poison est entré dans l'âme. Nous cherchons un médecin, c'est un exorciste qu'il nous faut. Au point où nous en sommes, ce n'est point un homme de guerre, ni un homme politique qui peut nous sauver ; cette tâche ne peut être remplie que par un homme de Dieu. Le démon qui nous tient est de ceux qui ne peuvent être chassés que par le jeûne et la prière. Nous en avons le sentiment, et tous nous disons " Perimus ! " Mais telle est la profondeur de notre mal que personne ne sait ou n'ose dire " Domine, salva nos ! " Et la tempête fera ce qu'elle voudra de la pauvre barque en péril. " 0 triste peuple sans Dieu ! " 

La tâche de sauver la France, dit Veuillot, ne peut être accomplie que par un homme de Dieu et, ajoute-t-il, le démon qui nous tient est de ceux qui ne peuvent être chassés que par le jeûne et la prière. Le jeûne, dit Veuillot, sur la pente du mal ? Oh ! Disons plutôt que la France ne peut être sauvée que par un rayon du ciel qui inocule au cœur de l'homme l'image ineffable de son Dieu et la science de la grandeur de ses fins éternelles ! Rappelons encore ici les mémorables paroles, paroles prophétiques aussi, s'épanchant de la tribune française le 23 juillet 1871 ; paroles qui furent applaudies avec un si chaleureux, un si fiévreux entraînement.

" J'ose dire, s'écriait Mgr Dupanloup en un éclat d'éloquence et d'inspiration, oui j'ose dire que la France parle, et nous ne sommes pas très loin de l'heure où Dieu lui viendra en aide. Oui, je dis que Dieu attend la France et que la France attend Dieu. Il est un premier et infaillible prétendant, son heure arrivera, soyez-en certains. Il viendra avec un drapeau incontesté. Oh ! S'exclamait l'illustre prélat, au sein de l'Assemblée Nationale, Dieu attend la France et la France attend Dieu ! N'est-ce pas là le reflet des paroles divines, formulées le 8 juillet 1870, qui révélant les malheurs de la France, lui ouvrent aussi la voie de la résipiscence, en ces deux vers prophétiques ?

« Sa suppliante voix, vers la voûte céleste, 

Arrachera le fer qui déchire son sein ! »

Pour clore ce passage saisissant de la prescience divine (16 août 1871), s'épanchant sur notre malheureuse France, nous rappellerons la réponse faite par Napoléon III, le 29 juillet 1871, aux inspirations du chanoine Pope, de Dublin : " J'ai reçu, Monsieur l'Abbé, le livre que vous m'avez envoyé, et je l'ai lu avec intérêt. Vous avez bien raison de dire que la régénération de la France ne peut être réalisée autrement que par un régime basé sur la religion, la conscience et la moralité. "

 

 

Évocation. 10 juillet 1870, 6 h. et demi du soir.

" Mon cher Alfred de Musset, voudrais-tu bien, avec la permission de Dieu, m'inspirer quelques vers à l'adresse de la Prusse, en son entraînement militant ? "

C'est encore mon Dieu qui daigne répondre à mon évocation.

" La Prusse échouera dans sa fougue guerrière.

D'un orgueilleux empire elle rêve les fins. 

Sous ses pas imprudents surgira la barrière 

Qui doit anéantir d'ambitieux desseins.

Bismark verra pâlir ses projets téméraires, 

Ils viendront se briser en leurs fils géminés. 

Ils s'évanouiront, ces traités éphémères, 

Ils seront renversés, ces suppôts couronnés !

De tant de royautés, une immense hécatombe 

Sapera les pavois qu'il veut édifier.

De la Prusse imprudente, il creusera la tombe, 

Que le fer des vaincus viendra terrifier !

Ministre de malheur, sur sa triste patrie, 

Il provoque en ce jour la foudre et ses éclats. 

La rage dans le cœur, oh ! La France envahie 

Relèvera le gant par de sanglants combats !

Terrible en sa fureur, ses phalanges guerrières 

Sèmeront la terreur, qui devance leurs pas ! 

Oh ! Malheur aux Germains ! Ils mordront la poussière 

Au rendez-vous d'honneur d'un peuple de soldats !

La Prusse sombrera dans sa joute funeste ! 

Bientôt va retentir le glas de son destin ! 

Le sort des nations s'agite sur sa tête, 

Et le doigt du Seigneur pèsera sur Berlin. Ton Dieu. "

 

Le patriotisme du cœur, les prévisions de l'homme subissent les déceptions de l'insuffisance humaine, mais la Providence, en sa sagesse divine, poursuit ses vues éternelles ! La volonté de Dieu est immuable, et sa parole sacrée s'impose à l'avenir, comme la fatalité du destin. J'écris ces mots inspiré de mon Dieu (29 mai 1871).

 

 

11 juillet 1870, midi et demi

Silhouette du maréchal Primm.

" En son sang espagnol, Primm a nourri la haine 

Que le nom de la France a fait naître en son cœur ! 

Ce feu s'est ravivé dans l'ère mexicaine,

Et son orgueil froissé médite un coup vengeur ! 

Oh ! La soif des grandeurs subjugue aussi son âme ! 

S'il ne peut en ce jour viser au premier rang, 

Il tend à s'élever. Le démon qui l'enflamme, 

Sur les degrés d'un sceptre hèle ses pas glissants.

Cromwell au petit pied, en les ruines d'un trône, 

Renversant une reine, il a voulu régner ! 

En un courant rapide il a su s'élever.

Sous ce prisme enivrant, reflet d'une couronne, 

A l'appel de Bismark, son grand orgueil détonne. 

Au sort du continent il prétend se mêler.

Géant, en son orgueil, en ses actes, pygmée ! 

Qu'il sache réfréner son cœur audacieux. 

Comparse recruté d'une triste épopée, 

En son rapide élan, ardent à la curée, 

Il verra se briser son cours aventureux. Ton Dieu. "

 

Ces paroles solennelles, émanées de Dieu, ont déjà reçu leur sanction suprême en la fin tragique de l'orgueilleux prétendant ; et ce, pendant que le dénouement du drame dont il s'était fait acteur, s'accomplit dans la douleur, le paroxysme de vues ambitieuses, sur la pente fatale du déraillement !

 

 

Évocation. 11 juillet 1870, 7 h. du soir (à Vichy). 

" Esprit Sévigné, je t'évoque aujourd'hui, au souvenir de ton séjour à Vichy. Aurais-tu quelque chose à me dire, avec la permission de Dieu ? "

Réponse : " Oui, j'ai beaucoup à te dire. Tu domines l'époque où j'ai vécu, par les progrès acquis à l'humanité. Toi, surtout, tu domines ton époque par les lumières qui te viennent de Dieu. Tu n'as donc pas à évoquer les lumières d'un siècle qui, sans doute, avait sa grandeur, mais une grandeur terrestre, et non celle qui émane du ciel. Que sont les annales du grand siècle, les splendeurs de la cour du grand roi et l'éclat qui a illustré son règne, devant les merveilles qui te sont révélées et qui bientôt seront le domaine de tous tes frères ? Oh ! Vanité des vanités ! Humiliez-vous, grands de la terre, qui avez vécu sous le sceptre imposant de votre illustre maître ! Humiliez-vous, vous tous, et reconnaissez le néant de votre orgueil ! Oh ! Que vous êtes petits dans le ciel, où vos figures ignorées se perdent dans la foule coupable des enfants de Dieu ! Réduits encore, en leur état infime, au travail réparateur et régénérateur de leur nature attardée ! Oh ! Mon cher ami, vous êtes encore incompris de la plupart d'entre eux, de la plupart de vos frères. Votre doctrine, votre attitude les étonne, les déconcerte. Vous leur en imposez, mais ils refusent encore de croire. Oh ! Le moment arrivera, où leurs yeux s'ouvriront à la lumière, et alors émus, ils reconnaîtront votre divin drapeau, ils se presseront sur vos pas. Oh ! Courage, enfant béni de votre Dieu, vous êtes le sauveur du monde car vous faites appel à tous vos frères, au nom de votre Dieu qui vous inspire et dont vous êtes le ministre ! Oh ! Soyez béni de vos frères, comme vous l'êtes de votre Dieu ! Votre sœur dévouée. De Sévigné. "  

 

Les grands de la terre, surtout en leurs hiérarchies suprêmes, déchoient de leurs splendeurs dans le monde invisible, où ils viennent se confondre en la foule militante, s'évertuant dans la voie du progrès, de l'expiation et de l'avancement, pour accomplir leurs fins dernières.

 

 

Le 3 juillet 1870 je partis pour Vichy, laissant ma femme dans un état de souffrance persistant et dégénérant même en une maladie de langueur, qu'accusait un dépérissement s'aggravant chaque jour. Le 12 je reçus une lettre dont les termes redoublaient mes inquiétudes. En ma douloureuse sollicitude, j'adressai à Dieu la prière suivante.

" Mon divin Père, oh ! Faites que ma femme me survive, afin que je puisse l'édifier avant de quitter la terre. "

Réponse : " Vis en paix, mon enfant chéri. Ton divin Père est touché de ta prière, et il t'accorde la prolongation de la vie de ta femme. Elle vivra, mon enfant chéri, pour bénir ta mémoire et imiter tes vertus ! Vis en paix, mon enfant chéri, ta pieuse pensée est montée aux pieds du trône de ton Dieu. Tout s'accomplira selon tes désirs, ta femme et ton fils te survivront l'un et l'autre. Tu leur auras montré la voie du salut, qu'ils suivront, et tu les attendras dans les bras de ton Dieu. Vis en paix, mon enfant chéri. Ton Dieu. "

 

Prière.

" 0 mon Père, mon divin Père, oh oui ! Daignez m'accorder la grâce, qu'avant de quitter la terre j'édifie ma femme et mon fils. Mais surtout, permettez, qu'à mon lit de mort, je leur montre le ciel et vos bras ouverts pour me recevoir ! 0 Marie, mon bon ange gardien, prie avec moi notre divin Père, qu'il daigne exaucer ma prière ! "

Communication spontanée : " Oui, mon enfant chéri, cette grâce te sera accordée par ton Dieu, mais tu vivras, oui, mon enfant chéri, tu vivras sur la terre, pour jouir de la plénitude de ta gloire. Tu verras tes ennemis, ou plutôt les ennemis de ton Dieu, terrassés à tes pieds, rouler dans la poussière, et tes frères émus, accourus de toutes parts, déposer à tes pieds le tribut de leur amour, de leur gratitude, de leur respect et de leur   vénération ! C'est donc, entouré de tous les trophées de la victoire, couvert de la poussière du combat, ton corps noblement, glorieusement labouré des cicatrices résultant de la lutte que tu auras soutenue au nom de ton Dieu, que tu te présenteras devant lui en triomphateur, pour recevoir de lui l'accolade des braves ! Il te pressera, mon fils chéri, sur son cœur divin ! Il apposera sur ton front le baiser de son amour, oui, mon fils chéri, le baiser de sa gloire, et il te fera asseoir à ses côtés, pour participer à sa béatitude éternelle. Vis en paix, mon enfant chéri. Ton Dieu. "

 

A partir du 12 juillet, (conformément à la promesse de mon Dieu) l'état de ma femme s'améliora. Une toux sèche, qui durait depuis trois mois et qui avait résisté à tous les traitements, s'apaisa bientôt et cessa tout à fait dans les premiers jours de septembre. Le rétablissement devint complet, et il s'est soutenu depuis, jusqu'au moment où j'écris ces lignes, 29 janvier 1871.

 

 

Le 15 juillet 1870, quatre heures quarante cinq du soir, j'adressai à Dieu la prière suivante.

" Cette nuit, mon divin Père, vous avez daigné m'apparaître, je crois, à en juger à mon indicible émotion. Etait-ce l'effet d'une hallucination ou bien la réalité ? Oh ! Puis-je, sans vous offenser, ô mon divin Père, vous supplier de vouloir bien m'édifier, quant à l'impression ineffable que j'ai éprouvée pendant mon sommeil ? "

Réponse : " Mon fils chéri, ton âme repose chaque nuit dans le sein de ton Dieu, et elle s'immerge en son effluve divine. Tu es donc en contact avec ton Dieu, et ton âme le voit, mais elle en perd l'image en réintégrant le corps. C'est donc par le fait d'une réminiscence qui lui est propre, que tu sais que ton Dieu lui a apparu cette nuit, ou plutôt, elle en a emporté l'image en revenant dans le corps, mais elle n'a pu la transmettre à ses organes, qui n'ont donc pu en conserver le souvenir. Oh ! Tu le verras distinctement, ton Dieu, avant de quitter la terre ! Cette grâce ineffable te sera accordée, mon fils chéri ! Tu le verras, tu entendras sa voix et il te sera donné encore d'apposer tes lèvres émues sur son front divin ! Oui, mon fils chéri, c'est le bonheur que te réserve ton Dieu sur la terre, pour l'édification de tes frères et pour rémunération de ton dévouement et de ton amour pour lui, ton Dieu. Vis en paix, mon enfant chéri, mon fils de prédilection. Ton Dieu. "

 

Au moment de transcrire cette communication, j'adressai la prière suivante à Dieu.

" Oh ! Mon divin Père, dois-je communiquer à mes frères ces ineffables, ces incroyables paroles, émanées de votre miséricorde divine ? "

Réponse : " Oui, mon fils chéri. C'est le livre de ton Dieu que tu écris, il doit contenir l'affirmation solennelle de son amour pour son enfant chéri, et le témoignage de ta justification éternelle devant ton Dieu. Ton Dieu. "

 

 

Évocation. 20 juillet 1870, midi et demi.

" Mon cher Alfred de Musset, voudrais-tu bien, avec la permission de Dieu, m'inspirer un chant patriotique pour nos soldats, vengeurs de la provocation prussienne ? "

Réponse.

" Le démon des combats murmure ! 

Preux Français, saisis ton armure, 

De la gloire suis le chemin ! 

Va, sous les yeux de ta patrie, 

Défendre ta France chérie !

Va, ton point de mire est Berlin !

Le ton rageur et la menace, 

L'orgueil, la jactance et l'audace 

Ont armé des bras ennemis, 

Mais leur branle-bas téméraire 

Aura sa durée éphémère, 

Leurs coups seront anéantis !

Que peuvent de lourdes phalanges,

De leur foyer quittant les langes, 

Pour affronter vos bataillons ! 

L'effroi glacera leur courage, 

A l'aspect du rayon de rage 

Qui scintillera sur vos fronts !

Malheur à la foule barbare,

Osant entonner la fanfare

Et donner le signal des combats ! 

De sang elle teindra la terre !

Mais de sa démence guerrière 

Se joue un peuple de soldats.

La Prusse, en son pompeux orbite, 

Verra réduire sa limite,

Le ruisseau reprendra son lit,

Et, suivant un cours plus modeste, 

Qu'elle cesse, sous vain prétexte, 

D'élever de sanglant conflit.

Bismark méditant la conquête, 

A-t-il vu briller sur sa tête 

Le glaive ardent de Damoclès ? 

La France a brandi son épée ! 

Elle clora son épopée

Sous le règne d'un Périclès. "

 

Sans retracer ici les phases, soit les péripéties de la lutte qui s'engage, Alfred de Musset en indique le dénouement fatal. Espérons.

 

 

Évocation. 21 juillet 1870, midi et demi.

" Mes bons amis mes protecteurs, voudriez-vous bien me dire, avec la permission de Dieu, quelle sera l'extension de la guerre qui commence ? "

Réponse : " Ecris, mon fils bien-aimé. La guerre qui commence est l'œuvre de la Providence. Elle dessinera les artères qui doivent présider à l'œuvre de transformation de l'humanité ! Elle doit donc frapper dans le vif et entraîner bien des victimes. Cette guerre fera prédominer la nation qui doit marcher à la tête de l'humanité ! Cette nation, je l'ai nommée, c'est la France. Mais quelles luttes terribles elle aura à soutenir ! Oh ! Toutes les puissances réfractaires élèveront leur drapeau contre elle, mais, forte de l'appui du ciel, elle triomphera. Ainsi, mon cher fils, tu verras toutes les nations rivales, se disputant le règne terrestre, se liguer contre elle pour détruire sa prépondérance. Mais vains seront leurs efforts, parce que le doigt de Dieu sera là pour la protéger. Ne sois pas étonné de voir la jalouse Angleterre, oublier pour la combattre, ses longues années d'astucieuse amitié, qui l'unissent, en ce jour, à son éternelle rivale. La Russie s'agitera dans ses projets séculaires d'ambition, et l'Italie accomplira ses suprêmes aspirations vers la ville éternelle, qui doit couronner son autonomie. Cependant, la France ne sera pas isolée. Elle trouvera de sincères amis, qu'elle a eu le tort de méconnaître, et qui, dans cette tourmente, oublieront leurs griefs. Cette période accomplie, pour le triomphe de la France, celle-ci donnera, sous l'impulsion du Messie de ton Dieu, le signal de la résipiscence et d'un retour à des idées chrétiennes, qui doivent clore, à tout jamais, l'empire de ce monde et anéantir les maximes terrestres. Vis en paix, mon enfant chéri. Tu seras le grand pivot de cette régénérescence. Ton Dieu. "

 

Au moment où je transcris cette communication suprême (28 Janvier 1871), pour la livrer à l'imprimeur, la scène du monde se dessine sous les traits de la révélation divine qui précède. Rome est envahie par les légions italiennes et attend son souverain. La Russie est l'alliée de la Prusse, aux termes d'un traité secret. Et pendant que celle-ci lance ses hordes compactes et pèse sur le cœur de la France, sa puissante alliée, le colosse du nord, dénonce brusquement les traités de 1856 et menace l'équilibre européen. L'Angleterre, complice morale de la Prusse envahissante, oublieuse des liens d'honneur qui l'obligent envers son alliée fidèle s'abstient d'élever sa voix pour arrêter une inique agression ; agression dont la férocité insulte à l'humanité, à la civilisation du XIXe siècle, férocité que l'histoire flétrira de son burin indigné, sur le front des peuples qui y ont participé ou qui l'ont tolérée ! Non seulement l'Angleterre se tait ou ne proteste point, mais encore elle accorde son concours effectif à l'invasion ennemie, sur le sol de sa rivale jalousée, et la honte au front, elle permet à l'envahisseur de couler brutalement ses propres vaisseaux, pour intercepter l'embouchure des fleuves sur le territoire français, et assurer ainsi le succès des hostilités ennemies. Les états du nord effrayés restent spectateurs immobiles de la lutte sanglante.

La vindicative, l'ambitieuse République Atlantique accrédite un agent sympathique au camp prussien, et croit avoir suffisamment payé sa dette de reconnaissance envers sa noble et ancienne alliée, en tolérant, en sa faveur, l'aumône de quelque matériel de guerre ; aumône qu'elle n'aurait même pu refuser, sous l'empire des principes si larges que lui imposent ses institutions. L'Autriche, humiliée par la France, fait entendre sa voix timide, mais sympathique. L'Afrique suspend sa lutte nationale contre sa dominatrice, pour mêler, sur les champs de bataille, son sang généreux à celui des enfants du sol envahi. Oh ! Par-dessus tout se fait entendre, sous la pulsation de fibres nobles et généreuses, le cri de l'humanité, de la fraternité, de la solidarité des peuples ; cri jaillissant de la poitrine de la patrie de Guillaume Tell, et qui, à l'appui de sa voix mâle et sympathique, porte la main sur la garde de son épée. Tels sont, le 21 juillet 1870, les aperçus que signale, dans le domaine de l'avenir, la parole divine ; aperçus dont l'économie et la solution suprême sont réservées, ici, à la sagesse de la Providence, et doivent être scellées du sceau de ses décrets éternels.

 

 

Comme écho spirite, comme reflet providentiel de la révélation divine qui précède, nous citerons une communication de l'esprit Allan Kardec, rapportée dans un journal publié à Vienne (Autriche), la Lumière d'outre-tombe, reçue à la fin de l'année 1871 et reproduite dans la Revue Spirite du 1er Décembre 1871.

Évocation.

" Je te prie, cher ami Kardec, de nous dire quelques mots sur les événements qui ont dévasté ton pays et sur les conséquences spirites qui devront en découler. "

Réponse : " Partout dans toute la création, l'action immédiate de la justice réside dans les lois simples des causes et des effets. Les peuples, comme les individus isolés, marchent dans la voie de leur développement, suivant les qualités et les caractères propres à chacun. Ils s'élèvent à une certaine hauteur, selon que leur tendance est plus noble, plus spirituelle ou plus matérielle. Ils abandonnent souvent la bonne voie, s'éloignent de la sérieuse contemplation du monde et deviennent, par leur présomption, la proie de ceux qui leur sont supérieurs par l'intelligence. C'est ce qui est arrivé au peuple français. Il fut humilié à cause de son orgueil, et vaincu à cause de la dégénération de son sens moral. Mais ces malheurs serviront à l'avancement moral de ce peuple. Ils feront, en lui, mûrir les meilleurs fruits pour l'avenir. Depuis longtemps trop enclin au matérialisme, il s'attachera un jour, dans la même mesure, à une direction spirituelle supérieure, et les enseignements qu'il puisera dans les circonstances actuelles, lui donneront l'impulsion pour marcher bien plus vite vers le développement des grandes aptitudes dont il est doué. Au nombre des obstacles que rencontre cette marche en avant, il faut citer la présomption et le dédain pour le mérite d'autrui, deux tendances qui, chez les français, occupent le premier rang. Ces épreuves, ces calamités avaient leur raison d'être, elles seront le salut intellectuel et moral de cette nation. La fraternité ne renaîtra, la haine n'aura disparu, un nouvel élan ne se produira dans la vie morale, un souffle et une tendance spirituelle ne se manifesteront en tout que par l'apparition d'incarnés, dont la bienvenue donnera de profondes racines à l'enseignement spirite. Toutes les classes sociales en seront saturées et relevées. Oui, de cette tempête surgira une ère nouvelle, non seulement pour la France, mais aussi pour les autres peuples civilisés. Le progrès marchera avec une force irrésistible. Les incarnations promises ouvriront une vie nouvelle, où il existera plus d'unité dans la manière d'envisager la vérité. Présomptions et ténèbres du passé, vous disparaîtrez, pour laisser aux peuples le droit de se donner fraternellement la main. Allan Kardec. " 

 

L'esprit Allan Kardec vise, en sa communication, ces paroles divines du 21 juillet 1870. " La guerre qui commence est l'œuvre de la Providence ; elle dessinera les artères qui doivent présider à l'œuvre de la transformation de l'humanité. Elle doit donc frapper dans le vif et entraîner bien des victimes. Cette guerre fera prédominer la nation qui doit marcher à la tête de l'humanité. Je l'ai nommée, cette nation est la France, etc., etc. " Et cet autre passage. " Cette période accomplie pour le triomphe de la France, celle-ci donnera, sous l'impulsion du Messie de ton Dieu (l'apparition d'incarnés), le signal de la résipiscence et d'un retour à des idées chrétiennes, qui doivent clore à tout jamais l'empire de ce monde et anéantir les maximes terrestres. "

 

 

Communication spontanée. 6 août 1870, 8 h. du soir.

A la nouvelle de la bataille perdue par le maréchal Mac-Mahon.

" Ecris, mon enfant chéri. Tout s'accomplit conformément à la volonté de ton Dieu ! La victoire se prépare, les attaquants seront attaqués et leurs bataillons rouleront dans la poussière ! Un grand coup sera porté. Les ennemis épouvantés fuiront de toutes parts. Ils ne voudront plus supporter la vue des vainqueurs ! La Prusse est vaincue, son courage s'en va, et les populations indignées ouvrent leurs bras à l'armée libératrice qui les délivre du joug oppresseur de leurs maîtres ambitieux ! Tout va céder sous l'ascendant des armes françaises, et Bismark terrifié brisera son épée et son sceptre de fer. Désarmé, humilié, il gémira sur ses actes de démence, et maudit des siens, il expiera dans l'exil ses fautes, ou plutôt ses crimes envers l'humanité, dont il ensanglante les fastes. Mais il aura encore son retour. Il cherchera à troubler le repos de l'Europe, et ses intrigues infernales auront le succès d'un moment. Mais sombrant de nouveau en ses aspirations audacieuses, il viendra expirer aux pieds de l'idole à laquelle il sacrifie. Il mourra en lâche ! Victime de sa démence et de son ambition ! Telles sont, mon fils chéri, les phases de cette levée de boucliers, qui inondera la terre du sang de ses enfants ! Vis en paix, mon fils chéri. Ton Dieu. "

 

D. " Dois-je divulguer cette communication émanée de mon Dieu ? "

R. " Oui, mon enfant chéri, fais-la connaître à tes frères, elle les édifiera. C'est ton Dieu qui t'inspire. "

 

Un grand coup, un coup décisif doit être porté. Mais quand ? Attendons.

 

 

Évocation. 10 août 1870, 4 h. trente cinq du soir.

" Esprit Napoléon 1er voudrais-tu bien, avec la permission de Dieu, me faire connaître l'ordre de bataille qui sera adopté ou qui devrait être adopté pour assurer la victoire contre les Prussiens ? "

Réponse : " Mon cher ami, Dieu le génie des batailles, protège la France et saura bien inspirer les chefs de ses armées. Les dispositions du combat, préparées par le stratégiste, sont le plus souvent modifiées pendant l'action et suivent l'inspiration du moment, dans le coup d'œil du chef qui commande. Bazaine organise la victoire. Il pressent avec justesse les attaques et la tactique de l'ennemi. Il ne sera pas pris au dépourvu. C'est ce coup d'œil sûr qui assurera le succès du choc terrible qu'il va accomplir. L'ennemi ahuri de sa superbe attaque sera ébranlé dès le premier moment, démoralisé par la valeur de nos soldats, leur fougue et leur entrain. Il se sentira vaincu et il ne résistera que mollement, le cœur glacé d'effroi. "

 

L'esprit fait connaître, le 10 août, les opérations de Bazaine, en sa qualité de général en chef, alors que ce titre de commandement ne devait lui être conféré que le 12. Il retrace les habiles évolutions du maréchal autour de Metz, et les victoires éclatantes qui, couronnant sa savante stratégie, infligeront des pertes énormes à l'ennemi et disloqueront ses armées, notamment dans les combats des 15, 16, 17, 18 août, etc., période brillante qui devait se terminer par les capitulations de Sedan et de Metz. L'esprit humilié de ces navrantes défaillances et des désastres qu'elles devaient infliger à nos armes, franchit d'un bond ces époques néfastes, qui vont jeter un voile de deuil sur la gloire militaire de son illustre patrie. Il se reporte au dénouement de cette glorieuse épopée, et il continue en déroulant les derniers actes de cette lutte gigantesque. Les charges impétueuses de l'armée française, ajoute-t-il, culbuteront les bataillons et amèneront une débâcle complète dans l'armée ennemie, qui se débandera au cri de " sauve qui peut ", pendant que l'armée victorieuse, cédant à l'enivrement de la victoire et de l'enthousiasme d'un si brillant succès, recueillera les débris des corps disloqués de l'ennemi, dont il ornera son char de triomphe, au milieu des populations en délire. Ici, protestant contre l'humiliation prochaine que la France va subir. Non, s'écrie-t-il, non, la France n'a pas dégénéré. C'est au milieu des revers de la fortune, que son puissant génie surgit de ses entrailles vivaces et que les rayons de sa gloire viennent illuminer son front ! Je sens frémir dans son fourreau l'épée de Wagram, d'Iéna, et je tiens dans ma main la palme qui doit couronner les dignes fils des héros qui ont foulé le sol de l'Europe sous leurs aigles glorieux ! Napoléon 1er. 

 

Prière.  

" Dois-je, mon divin Père, divulguer cette communication ? "

Réponse : " Oui, mon enfant chéri, elle ranimera le courage de tes frères et marquera sur ton front le doigt de ton Dieu qui t'inspire en ce moment solennel. Ton Dieu. "

 

 

Communication spontanée. 13 août 1870, 6 h. quarante du matin.

" Ecris, mon enfant chéri, ton Dieu a à te révéler de grandes choses. Tu as annoncé à tes frères une grande victoire, une victoire décisive, mais aujourd'hui ton Dieu va te révéler les événements qui en seront la suite. Cette victoire va changer la face du monde, et ouvrira pour les peuples un nouveau courant, qui les entraînera tous dans leurs nouvelles destinées. La France présentera au globe entier l'ascendant d'un grand peuple qui s'élève par son propre génie et le feu sacré de son patriotisme, à la hauteur du sublime, et ce rayon divin illuminera l'univers. C'est donc sur la France que tourneront, que convergeront tous les regards, c'est de la France que s'inspireront tous les conseils du monde ! C'est alors, mon enfant chéri, que ta voix, retentissant au sein de tes frères émus, apportera l'éclat de la vérité aux extrêmes limites du globe, et que la parole de ton Dieu sera entendue de tous. Recueille-toi, mon fils chéri. Le grand jour de ta mission divine approche, et le ciel ébranlé se range sous ta bannière bénie ! Sois grand, mon fils chéri, de la grandeur de ton Dieu. Elève-toi jusqu'aux pieds de son trône, d'où tu reçois les inspirations qui t'illuminent. Anime-toi de l'amour de ton Dieu dont tu es immergé. Va, intrépide soldat de ton Dieu ! Galvanise tous les cœurs du feu sacré de leurs divines destinées ! La glace rompt autour de toi. Le scepticisme s'arrête étonné. La raillerie devient timide et n'ose plus diriger contre toi ses traits mordants et acérés. Oh ! C'est que la vérité, déchirant ses voiles épais, fait scintiller déjà ses rayons éclatants. Oh ! Elle jaillira bientôt, à torrents, sur tes frères, lorsque l'œuvre de ton Dieu apparaîtra, entourée de toutes les manifestations de son intervention divine. Courage, enfant chéri de ton Dieu. Ta mission se promulgue et son autorité suprême va se revêtir du sceau divin de ton Dieu tout-puissant. Vis en paix, mon enfant chéri. Ton Dieu. "

 

D. " Mon divin Père, l'impression de votre œuvre divine doit-elle subir un bien long retard ? "

R. " Vis en paix, mon enfant chéri. Confie-toi à la sagesse de ton Dieu, et suis avec respect l'accomplissement de ses vues providentielles. Tout arrivera à point, tout arrivera en temps opportun. Ton Dieu. "

 

 

Le 27 août 1870, sept heures dix du matin, j'adressai la prière suivante à Dieu.

" Mon divin Père, puis-je vous demander, sans vous offenser, quel sera le résultat immédiat de l'anéantissement de l'armée prussienne et de son expulsion du territoire ? "

Réponse : " Ecris, mon fils chéri. L'armée française franchira les frontières et s'avancera triomphalement sur le sol ennemi. Les provinces annexées feront éclater leur joie de la délivrance du joug qui leur avait été imposé par Bismark. Quant à la Prusse, épouvantée, elle tendra ses bras suppliants à toutes les puissances européennes, pour solliciter leur appui. L'Angleterre répondra la première à cet appel. La Belgique, qui se croira menacée, suivra l'impulsion de sa puissante protectrice. Le Nord sera ébranlé. Hésitant, il fera des vœux pour la France. L'Autriche viendra à son secours. L'Italie portera la main sur la garde de son épée amie. La Russie tournera ses regards vers Constantinople, et un grand drame s'accomplira pour ouvrir la voie à l'ère nouvelle qui se prépare. Vis en paix, mon fils chéri. Ton Dieu. "

 

Tel est l'avenir qui se prépare. Attendons avec respect et foi. Signalons ce trait de l'avenir. Les révélations divines annoncent ici, la délivrance des provinces annexées par Bismark ; annexion qui ne devait s'accomplir que cinq mois plus tard, en mars 1871, aux termes de la capitulation de Paris et des préliminaires de paix, convertis en traité à Francfort, le 10 mai 1871.

 

 

Le 29 août 1870, sept heures dix du matin, j'adressai la prière suivante à Marie.

" Ma bonne mère Marie, pourrais-tu m'expliquer, avec la permission de Dieu, les faits surnaturels qui se sont accomplis dans la vallée de Lourdes et la glorification de la jeune bergère qui y a été illuminée et à qui tu es apparue ? "

Réponse : " Mon fils chéri, tu le sais, la miséricorde de ton Dieu s'épanche en ce jour sur tous ses enfants. Les signes précurseurs des temps prédits s'accomplissent. L'apparition de Marie à cette jeune enfant, âme pure, détachée du trône de ton Dieu, a eu pour fins de frapper l'opinion publique, et par son immense retentissement, de préparer les esprits aux grandes manifestations divines qui vont rayonner sur la terre. Oui, mon fils chéri, c'est ta mère Marie qui est apparue à cette jeune enfant, pour lui révéler les choses à venir. Le choix de ton Dieu s'est fixé sur cette fille ignorante, afin que toute supercherie pût être écartée de sa part, dans l'esprit des hommes qui devaient constater ces signes éclatants du ciel ! Ces signes, mon fils chéri, sont les précurseurs de ceux qui doivent glorifier ta mission divine. Les prédictions qui sont sorties de la bouche de cet enfant, se réalisent en ce jour, et les secrets qui lui ont été confiés ne sont point cachés pour toi. Tu as mission de les révéler à la terre et au ciel. Ces secrets couvrent l'événement de ta mission divine d'un voile mystérieux, et que ton Dieu lui-même déchirera au moment, à l'heure marqués en ses desseins éternels. Ces voiles laissent percer déjà le premier rayon de sa miséricorde divine, il éblouit tes frères et il fait pénétrer dans leur cœur le sentiment de respect, dont son messie doit être entouré en l'accomplissement de son message. Tout s'apprête autour de toi. Toutes les voies se déblaient devant toi, et les grands drames qui s'accomplissent sur la terre sont les avant-coureurs de la transformation radicale que doit subir l'humanité à ta voix. Vis en paix, mon fils chéri. Une lutte décisive va travailler l'humanité qui, dans sa détresse, se rangera sous ta loi et te reconnaîtra avec enthousiasme, comme le messie et l'étoile des temps prédits. Vis en paix, mon enfant chéri. Ton Dieu. "

 

Les signes des temps apparaissent. 0 vous tous qui, sans songer à vos fins, vous livrez exclusivement aux soins des intérêts terrestres, recueillez-vous et écoutez la voix suprême de miséricorde que vous apporte le messager de votre Dieu !

 

 

Le 30 août 1870, sept heures quinze du matin, j'adressai la prière suivante à Dieu.

" Mon divin Père, puis-je, sans vous offenser, vous demander quel sera le sort de la dynastie de Napoléon III ? "

Réponse : " Ecris, mon fils chéri. Napoléon III a accompli son œuvre providentielle, il n'a plus à régner. De grands malheurs menacent sa dynastie. Ce faible enfant ne saurait résister à la tempête ! Faible roseau, il sera brisé. Son héroïque mère soutiendra son sceptre, le défendra jusqu'à la dernière heure, mais il lui sera arraché par la fureur des partis animés du désir ardent de partager ses dépouilles. Mais leur triomphe, souillé de ruisseaux de sang, sera court, et une tige de cette race homésienne reprendra en ses mains ce même sceptre brisé à ses pieds. Sa mission sera de continuer l'œuvre de la providence de ton Dieu, et d'inaugurer, par de sages institutions, l'ère nouvelle qui doit surgir de la fournaise ardente des temps prédits ! Vis en paix, mon fils chéri. Au milieu de la nuit sombre qui va envelopper la terre du sinistre linceul de la mort, que ton front soit calme et serein, et tu répondras aux cris de désespoir de tes frères, par la voix suave de ton Dieu qui fera naître l'espérance dans tous les cœurs. Vis en paix, mon enfant chéri car tu seras le phare éclairant le port. Tu seras l'étoile polaire, la boussole du navire battu par la tempête. Tu apporteras à tes frères le rameau de la paix que t'a confié ton Dieu. Vis en paix, mon enfant chéri. Ton Dieu. "

 

La nuit des temps étend ses voiles épais, elle sera terrible, elle sera affreuse. Mais de cette nuit sinistre naîtra une aurore resplendissante, inaugurant l'ère nouvelle, le règne de Dieu. Courage ! Courage ! Enfants de la terre ! Espérez en la miséricorde de votre Dieu, et réfugiez-vous, pendant la tempête, dans le port de la foi, dont le phare resplendissant se dresse devant vous ! Signalons encore ici, à la date du 30 août, la révélation de la chute de l'empire, déchéance qui ne devait se consommer que le 4 septembre. Citons encore ici les révélations confirmatives, émanées de l'esprit supérieur qui s'est manifesté le 17 octobre 187016  : " Les temps prédits avancent à grands pas. Un jour sans nuit doit succéder à l'obscurité où est plongée l'espèce humaine. Ce phare prédit de la lumière éternelle se construit et monte lentement vers le ciel, sous la surveillance de l'architecte infini et infaillible. Les feux qui sont placés sur son sommet, sont préparés depuis longtemps. Aussitôt allumés, ils sont destinés à ne jamais s'éteindre, et ils s'étendront, au contraire, de plus en plus. Sans s'en douter, les hommes aident aussi à l'avènement de la vérité, et la vérité doit réjouir le cœur des peuples, comme elle remplit de crainte, d'effroi et d'un trouble inconcevable pour eux, celui des princes et des rois qui, voyant se préparer quelque chose d'extraordinaire, de surnaturel, veulent s'étourdir au milieu de distractions sanglantes et criminelles. Ils sentent que le règne des hommes doit finir là où commence le règne de Dieu, et au lieu, ces insensés, de préparer de bon cœur les voies, de se mettre à la tête des légions pacifiques, ils préfèrent se donner la satisfaction de la résistance à outrance à la volonté divine. Un esprit. " 

Telle est l'affirmation céleste consacrant l'authenticité des révélations divines rapportées dans ce chapitre à des dates antérieures et se reflétant de proche en proche, jusqu'à l'avènement des décrets éternels qui s'accomplissent.

 

 

Le 4 septembre 1870, onze heures et demie du matin, j'adressai la prière suivante à Dieu.

" 0 mon divin Père, ayez pitié de ma malheureuse patrie ! 0 mon divin Père, que votre volonté s'accomplisse ! "

Réponse : " Mon fils chéri, vis en paix. Ton Dieu accueille ta sainte prière. La France à l'agonie, se relèvera de son humiliation. Elle grandira de ses ruines. Son sort est entre les mains de son Dieu. Vis en paix, mon fils chéri. Ton Dieu. " 

 

 

Le 30 janvier 1871, en transcrivant pour l'imprimeur, les paroles divines qui précèdent, j'étais sous l'action du feu ardent de patriotisme qui brûlait en moi, j'étais en proie à la poignante douleur des malheurs de ma patrie. Oh ! Je m'abandonnais avec complaisance, avec entraînement même, aux espérances qu'avait fait naître en moi la voix ineffable de mon Dieu ! Ah ! Emporté par le désir ardent de voir réaliser ses divines promesses, mon imagination surexcitée en ses vœux, en rapprochait le terme. Oh ! Mon esprit suivait, avec plus ou moins d'abandon, avec plus ou moins de rectitude, le cours, les péripéties des événements graves qui s'accomplissaient, événements qui, au lieu de toucher au dénouement que j'attendais avec impatience, constituaient au contraire, dans les desseins de Dieu, le paroxysme des angoisses réservées à ma malheureuse patrie. C'est donc sous l'empire et en la confusion de mes douleurs et de mes espérances patriotiques, qu'à la suite des révélations de mon Dieu, j'écrivais les lignes suivantes : « La résurrection de la France va s'accomplir. Hier, un armistice a été proposé entre Bismark et Jules Favre. Oh ! Quels qu'en soient les termes, attendons-en l'issue avec confiance, la France à l'agonie doit se relever de son humiliation.  C'est Dieu qui l'a dit. »

L'armée de Paris vient de faire subir à l'ennemi son énergique supériorité. L'armée de l'ouest renforcée de nouveaux contingents, va reprendre l'offensive, l'armée du nord victorieuse grossie de 50.000 hommes, maintiendra son ascendant sur les forces ennemies. L’armée du centre se réorganise et menace Orléans. L'armée de l'est victorieuse, coupe aux contingents ennemis ses communications avec l'Allemagne et leurs convois de vivres et de munitions. Les Allemands démoralisés refusent de combattre. L'ennemi est vaincu, terrassé. Il ne reste plus à la France valeureuse que d'anéantir ses féroces envahisseurs ! Oh ! Les lignes qui précèdent, tracées, ainsi que nous venons de le dire, sous les traits d'une plume qu'anime un chaleureux patriotisme, s'immisçaient ici, en leur entraînement, dans les voies secrètes, mystérieuses de la Providence divine, voies recouvertes d'un voile impénétrable et qu'il n'appartient pas à l'homme de soulever. Non, mes téméraires prévisions ne devaient pas s'accomplir. L'heure du triomphe, marquée du doigt de Dieu, n'avait pas encore sonné. Hélas ! Paris affamé allait capituler. L'armée de l'est, subissant à son tour les rigueurs fatales de la faim et d'une saison meurtrière, pressée en sa détresse par un ennemi implacable, le poursuivant l’épée dans les reins, au mépris des stipulations d’un armistice, se réfugiait sur le sol hospitalier de la Suisse !

Oh ! L'agonie de la France ne touchait donc pas à sa fin, mais elle s'accentuait au contraire, et elle devait se développer en de terribles convulsions ! Oh ! Attendons avec confiance l'heure de la miséricorde de Dieu, et soumettons-nous avec respect aux actes de sa divine volonté ! Humilions-nous surtout devant les secrets impénétrables de sa pensée et la sagesse de ses desseins éternels ! Citons ici un passage de la communication de l'esprit supérieur, qui s'est manifesté le 17 septembre 1870, à Paris : " Je vous ai dit que vous ne deviez pas vous préoccuper outre mesure de la destinée de la France, votre patrie. Je l'affirme de nouveau, les nations disparaîtront de sur la terre, la vérité seule restera victorieuse. Mais il faut que l'esprit se dématérialise, il faut que l'orgueil soit vaincu par l'humilité, que l'égoïsme soit écrasé par la charité. Il faut enfin que le règne de Dieu arrive. "

 

 

Le 5 septembre 1870, neuf heures du matin, j'adressai la prière suivante à Dieu.

" Mon divin Père, puis-je, sans vous offenser, vous demander quel sera le résultat immédiat du mouvement révolutionnaire qui s'accomplit à Paris ? "

Réponse : " Ecris, mon fils chéri. La révolution inaugure ses premières étapes. Hardiment elle élève son drapeau, elle l'arbore sur les boulevards de la capitale, au nom du salut de la patrie, pour l'expulsion et l'anéantissement de l'étranger, qui doit trouver son tombeau sur le sol envahi. Son premier acte sera patriotique et enflammera tous les cœurs, il ralliera toutes les dissidences. Un seul cri se fera entendre d'un bout du territoire à l'autre. Périsse l'étranger cruel, barbare, audacieux, qui a osé le souiller ! Mais cette main, mise sur le pouvoir, au nom de la patrie, n'est que le prologue des vues ambitieuses et personnelles aux acteurs et comparses du grand drame qui va ensanglanter la terre. Malheur à la génération qui est appelée à voir les horreurs de leur fureur en délire ! La terreur planera sur toutes les têtes ! Il n'existera d'autre refuge contre le glaive et le feu, que Dieu et sa divine miséricorde. Pour toi et ta famille, l'ouragan passera au-dessus de ta tête, ou il viendra expirer à tes pieds. Le front calme et serein, tu attendras du ciel le rameau de la paix. Tu le montreras à tes frères, tu feras connaître à leur cœur l'espérance, et tu y inoculeras l'amour de leur Dieu. Vis en paix, mon enfant chéri. Les décrets de ton Dieu s'accomplissent et la parole de ton Dieu va retentir sur toute la terre et dans le ciel, pour ouvrir à tous ses enfants l'ère de sa miséricorde et les trésors de son amour. Vis en paix, mon enfant chéri. Ton Dieu. "

 

D. " Au milieu de cette tourmente, quel sera le sort de la publication de mon livre ? "

R. " Rassure-toi, mon fils chéri. L'œuvre de ton Dieu s'accomplit. Ton livre, la parole de Dieu, doit être lu. C'est le grand pivot de la régénération qui se prépare. Il verra le jour au moment arrêté en la sagesse de ton Dieu. Tout ce qui pourrait faire obstacle à son impression s'évanouira sous le souffle de ton Dieu, conformément à ses décrets éternels. Vis en paix, mon enfant chéri. Ton Dieu. "

 

Ainsi, en ses voies cauteleuses et sous la pression d'un péril imminent, la révolution se montrera calme, honnête même, peut-être modérée dans la forme, mais affranchie des hordes étrangères, elle deviendra violente et sanguinaire.

 

 

Le 13 juin 1871, relisant les paroles divines qui précèdent, je fus frappé de la saisissante actualité de cette révélation suprême, se reflétant en les événements qui s'accomplissent et qui forment un point noir à l'horizon.

 

 

Le 19 septembre 1870, sept heures du matin, j'adressai la prière suivante à Dieu.

" Mon divin Père, je vous adresse ma prière pour ma chère patrie, préservez la France mon Dieu, des périls qui la menacent  ! "

Réponse : " Vis en paix, mon enfant chéri. La France est sous l'égide, sous la protection de ton Dieu. Elle vaincra ses ennemis, elle les terrassera, les anéantira. Elle les expulsera de son sol. Son auréole grandit au milieu des périls qui l'environnent. Elle deviendra le phare providentiel de l'Europe et du globe entier. Elle sera le grand foyer d'où partira la lumière, dont le rayonnement s'étendra en tout lieu. Ce foyer sacré sera la parole de ton Dieu, qui doit retentir sur toutes les têtes, arriver à tous les cœurs et frapper toutes les intelligences. C'est, mon enfant chéri, l'accomplissement de ta sainte mission qui se prépare dans les événements qui surgissent au sein de ta patrie et qui aplaniront la voie que tu es appelé à suivre, sous l'impulsion et la direction de ton Dieu. Vis en paix, mon enfant chéri. Ton Dieu. "

 

C'est encore à cette révélation suprême que semblent se référer ces paroles prophétiques, se détachant des lèvres de Mgr Dupanloup, à la tribune de l'Assemblée Nationale, en la séance du 23 juillet 1871. Oui, je dis que Dieu attend la France, et que la France attend Dieu ! Non, non, la France ne périra pas ! Elle est sous la protection de Dieu. Ses destinées sont marquées du doigt de Dieu. Elle doit être le phare de la terre et le foyer de la parole de Dieu ! Foyer sacré d'où elle rayonnera sur l'humanité entière ! Ecoutons encore ces paroles solennelles, ces paroles prophétiques de l'illustre prélat, empreintes de l'esprit de Dieu. Il est un premier et infaillible prétendant, son heure arrivera, soyez-en certains, il viendra avec un drapeau non contesté. 

 

 

Nous croyons devoir citer ici, un article de la Revue Spirite du 1er décembre 1871, qui reproduit une communication de l'esprit Allan Kardec, sous la date du 19 septembre 1871, et dans laquelle l'esprit, initié à la prescience de son Dieu, confirme les révélations qui précèdent et celles qui, faisant suite à celles-ci, sont antérieures à cette même communication d'Allan Kardec.

L'avenir de la France.

19 septembre 1871 (médium M. X.).

" Cher ami, la France, cette nation si belle et si abondante en cœurs généreux, est sur le point de voir son navire sombrer et faire naufrage au port. Il s'échouera sur des écueils contre lesquels il court se briser, si son pilote abandonne le gouvernail, qu'il n'a cessé jusqu'ici de diriger.  Infortuné pays, je te plains, et je déplore les catastrophes que tu endures depuis un an ! 0 nation malheureuse, que ta destinée est triste ! Quels jours lugubres n'as-tu pas encore à passer, avant de voir ton sceptre rétabli, et avant de dominer par ton intelligence sur toutes les nations étrangères ! Te relèveras-tu de ton abaissement ? Ta prédominance est-elle à jamais perdue ? Tes enfants seront-ils désormais le jouet d'une horde froide, aussi impassible dans ses actes que rigoureuse dans l'exécution de ses desseins ? Oh non ! Cela n'arrivera pas, Dieu ne permettra pas une telle destruction, et dans sa bonté, il enverra des hommes graves, honnêtes, profonds, instruits, en un mot, des âmes d'élite, pour tirer du néant ce beau pays tombé si bas. Je les vois déjà à l'œuvre. Sous leur gouvernement paternel tout se transforme, tout se rétablit, leur administration est si bien organisée, leur pouvoir si admirablement distribué et conduit, que leurs actes respectés, leurs lois exécutées, leurs arrêts acceptés, changent la face de ce malheureux pays.

0 France ! Nation généreuse, nation éclairée, brillante par les sciences et l'industrie, tu renais, tu rajeunis, tes forces vitales qui s'étaient étiolées au contact d'un gouvernement impur, se développent, grandissent et, pleines de vigueur, elles t'élèvent à un rang où tu n'étais jamais parvenue. Tu pourras alors commander, mais non comme autrefois par la terreur et la crainte de l'invasion, ta puissance ne fera plus envie à tes anciens ennemis, car au lieu d'être un épouvantail pour eux, tu seras riche par la douceur, la charité, la moralité et le bien que tu prodigueras à ceux qui s'adressent à toi.

Mais quels sont donc ces hommes qui apparaissent, qui rendent à la France un tel prestige ? D'où viennent-ils ? Personne ne les connaissait, et cependant ils sont là, à l'œuvre, rétablissant l'ordre où régnait le désordre, transformant une société avilie en un corps viril et respectable, établissant des lois nouvelles, dont le caractère bien différent des anciennes, est d'autant plus excellent, que l'application et l'exécution en sont faciles, ils simplifient le code de la nation en réduisant cette volumineuse compilation à quelques articles nettement sentis, et en tout, conformes  aux vœux et aux besoins des citoyens. 

Encore une fois, quels sont ces hommes extraordinaires ? Ce sont les envoyés d'une ère nouvelle. Après s'être épurés au contact des habitants célestes, ces esprits viennent, par l'ordre de Dieu, se réincarner sur cette terre, pour bannir l'égoïsme, l'orgueil, la vanité, l'immoralité et toutes les passions qui avaient entraîné le vieux monde dans le plus vil dévergondage. Ils apportent aux hommes nouveaux " la foi, l'amour, la charité, le pardon et toutes les vertus," sous le patronage desquelles s'ouvre une ère d'existence heureuse. Chacun oubliant ses malheurs passés, ne se souviendra des faits antérieurs, que pour goûter un bonheur d'autant plus appréciable, qu'il avait été auparavant gâté par l'infortune et la douleur ! Ces événements s'accompliront-ils bientôt ? C'est ce que je ne saurais trop préciser mais je puis affirmer que ce jour est proche, et que mon pays, cette noble France, est appelée à jouir de ce flambeau de lumière que Dieu, dans sa bonté, lui ménage avant toute autre nation. Allan Kardec. "

 

 

Évocation. 1er octobre 1870, 7 h. et demi du matin. 

" Mes bons amis, mes chers esprits protecteurs, voudriez-vous bien avec la permission de Dieu, m'édifier sur le credo catholique, touchant la résurrection des morts au jugement dernier ? "

Réponse : " Mon fils chéri, la résurrection des morts ne saurait être une réincarnation, mais l'exaltation de la créature vers son Dieu. Le royaume de Dieu n'est point de ce monde, il ne peut donc emprunter à la terre ses éléments périssables. La résurrection des corps ne saurait se concilier avec les fins de l'homme, qui vit en son âme et non en son corps. L'âme est immortelle et doit retourner à son Dieu, à son créateur. Le corps, enveloppe périssable, n'est qu'un point de repère pour l'âme, en son ascension vers son origine divine, elle n'est que le foyer transitoire de son épuration. Ces vérités te sont familières, mon fils chéri, elles ne doivent pas embarrasser la solution que tu cherches. La résurrection de la chair, formulée dans le credo catholique, est une fausse interprétation du texte de l'Evangile, où il est question de la résurrection des morts et des paroles du prophète Jean, se rattachant au jugement dernier. Les pères de l'Eglise n'auraient-ils pas dû se pénétrer de la véritable portée de ce qui est dit en l'art. 30, chap. XXII de l'Evangile selon Saint Mathieu, en réponse aux Saducéens interpellant Jésus ? En l'art. 29, il leur dit. Vous êtes dans l'erreur, parce que vous n'entendez pas les écritures, ni quelle est la puissance de Dieu. Et en l'art. 30, ajoute-t-il. Car après leur résurrection, les hommes ne prendront pas de femmes, ni les femmes de maris, mais ils seront comme les anges de Dieu qui sont dans le ciel. La résurrection ne sera donc pas corporelle, mais fluidique, elle prendra la forme de l'homme, sans doute, mais éthérée et non sujette aux vicissitudes de la dissolution, qui est la loi suprême des corps matériels. Telle est, mon enfant chéri, la solution que tu dois donner à tes frères, pour leur édification. Vis en paix, mon fils chéri. Ton Dieu. "

 

La parole divine vise ici, le fait, la loi de la séparation des âmes d'avec leur corps, soit de leur migration de la terre dans le monde invisible. Elle en définit l'économie. Or, tout en insistant sur le phénomène de la transformation humaine, elle paraît glisser sur le dogme catholique qui consacre un acte solennel de la justice divine, le jugement revêtu du caractère de jugement dernier, acte qui serait la sanction du bien et la réprobation irrévocable du mal, accomplis par l'homme en un seul passage sur la terre. Jugement qui aurait pour fins l'exaltation des esprits épurés et l'immersion des esprits réfractaires dans les flammes éternelles. Or ici, les flammes éternelles ne sont autres pour les esprits attardés, que le feu créateur, que le foyer terrestre réservé à leur épuration.

 

Pour complément de la question posée et de la révélation divine qui précède et qui, ainsi que je l'ai déjà dit, semble glisser sur l'avènement solennel du jugement dernier, qu'il me soit permis, à la date du 1er janvier 1872, de reproduire, pour l'édification de tous, un dernier passage des révélations du 17 novembre 1870 (médium M. N.), émanées d'un esprit inspiré de son Dieu, ainsi que je l'ai déjà dit et reproduites en la Revue Spirite. 

" On vous dit que Dieu lui-même présiderait à votre sentence. Cela n'est pas, Dieu ne sera pas encore là. Comment, vous voudriez que cet être, infiniment parfait, fût mis en contact, à cause de sa pureté sans égale, avec les méchants de tous les genres qui passent de vie à trépas ! Dieu, le trésor inépuisable du bien, lui la source intarissable de toutes les vertus, serait contraint de se présenter à l'homme souillé et dégradé ? Oh non ! Dieu est infiniment pur, aucune créature, tant perfectionnée soit-elle, ne peut l'égaler. Mais plus une créature se rapproche de lui par la pureté, plus il se rapproche d'elle par l'amour. Il arrive donc qu'à force d'épuration, l'esprit se rapproche de Dieu, de même que le coupable s'en éloigne par ses méfaits. C'est donc encore l'homme qui sera son juge au dernier jugement. L'esprit, en présence de sa conscience, l'interrogera, elle lui reprochera le peu de fruits qu'auront produit ses avertissements, et ces deux parties indivisibles de l'être humain finiront un jour par s'entendre sur le nombre, la gravité des fautes et sur la gravité de la punition, qui se trouve souvent moins forte qu'elle n'a été demandée. La réduction de la peine arrive aussitôt que le repentir, et ce repentir sincère ne se fait le plus souvent sentir, qu'après la séparation du corps et de l'esprit. Dégagé du corps, l'esprit se repent à regret d'avoir offensé Dieu, juste et bon. C'est bien l'iniquité à genoux et couverte de honte, en face de la pureté infinie, tandis que votre repentir sur la terre n'est jamais, ou du moins bien rarement, sincère parce qu'il arrive plutôt pour ménager, pour sauver le corps que l'esprit. C'est la peinture des flammes éternelles qui effraie les mortels et fait qu'ils ont un semblant de repentir, mais bien peu, hélas, laissent le corps de côté, pour se repentir en esprit et en vérité. Un esprit. "

 

 

Evocation. 9 octobre 1870, 7 h. et demi du matin. 

" Mes bons amis mes protecteurs, n'auriez-vous rien à me dire, avec la permission de Dieu ? "

Réponse : " Ecris, mon fils chéri. Les décrets de ton Dieu s'accomplissent. La France va sortir de son agonie, un rayon resplendissant va jaillir de ses ruines. La victoire va couronner son front. L'ennemi, entouré d'un cercle de fer, pâlira de terreur et il consultera la boussole immobile, pour découvrir le point du salut. Ses chefs, frappés de vertige, comprennent la témérité de leur orgueil. Ils songent à la retraite, mais le terrain glisse et s'effondre sous leurs pas. Le quart d'heure fatal de Rabelais a sonné. L'horizon s'obscurcit et la trombe dessine déjà son disque menaçant. Oh ! Le sol envahi brûle sous leurs pas ! Ses entrailles bouillonnantes vont s'entrouvrir pour donner passage à des fleuves de lave incandescente. La nuit, de ses voiles sombres, couvre à leur œil inquiet le drame funeste qui se prépare. Nuit que les éclairs menaçants sillonnent de toute part de leur sinistre lueur. L'heure fatale approche, et les destins de ce peuple orgueilleux, ambitieux et cruel, s'accomplissent. Il rentrera dans son ornière infime, la honte au front et le désespoir dans l'âme, sous le poids du stigmate le plus humiliant qui puisse être infligé à un peuple. Telle est, mon fils chéri, la première phase du grand drame régénérateur du globe terrestre, et qui marque le point lumineux qui doit éclairer l'humanité et ouvrir l'ère nouvelle. Vis en paix, mon enfant chéri. Ton Dieu. "

 

La parole divine résume ici, et caractérise le drame sanglant qui se déroule. Dieu marque de son doigt divin l'issue de cette lutte gigantesque, qui s'accentue pour l'accomplissement de ses desseins éternels et pose les bases de la transformation suprême qui incube laborieusement sur la terre ! C'est la première phase de l'ère nouvelle, vous dit votre Dieu. Oh ! Ecoutez-la donc, la parole divine qui retentit en tous lieux ! Vous le savez, elle est immuable et elle pèse sur vos têtes comme la fatalité du destin ! Oui ! Vous les avez entendues ces révélations suprêmes que votre Dieu, en sa miséricorde infinie, a daigné confier à la plume inspirée de son infime créature, et qui accepte avec courage la mission divine de vous les annoncer. Oh oui ! J'accepte avec foi et abnégation tout ce qui me vient de mon Dieu ! Je me soumets avec respect à sa divine volonté, et c'est avec un dévouement sans bornes que je transmets à mes frères la parole divine qui doit les édifier. Plein d'un ardent amour pour mon Dieu, je m'abandonne tout entier à sa sollicitude paternelle. Je m'anéantis aux pieds de son trône. J'abîme mon être en sa volonté éternelle et j'aspire, de toutes les fibres de mon âme, à me confondre un jour dans son sein, conformément aux desseins de sa miséricorde divine, et je me livre avec bonheur aux flammes inextinguibles de son amour infini !

 

 

31 janvier 1871.

Cette page qui, dans ma pensée, devait clore le vingtième chapitre de mon œuvre, ouvre aujourd'hui une large marge à de nouvelles inspirations, qui doivent trouver place ici, et sont destinées à développer l'entente et la portée divine du livre que j'écris.

Évocation. 24 mars 1871, 7 h. du soir.

" Mon cher esprit Chénier, la France traverse, de nos jours, les phases nouvelles d'une transformation sociale, aux premiers actes de laquelle tu as assisté, à la fin du siècle dernier ; voudrais-tu bien, avec la permission de Dieu, m'édifier sur la portée et le caractère de si graves événements ? " 

Réponse : " Mon frère vénéré, tu assistes au drame le plus effrayant qu'aient engendré les aberrations des hommes ! Tout est confusion sur la scène du monde ! Tous les ressorts de l'ordre social sont rompus, et le vaisseau de l'Etat, battu par la tempête, est livré, ses mâts brisés, ses voiles déchirées, et sans boussole, aux courants destructeurs qui le poussent dans des écueils homicides. Tout sombre autour de toi, mon vénéré frère ! Toi seul, debout au milieu des éclairs et du tonnerre, tu diriges le doigt vers l'horizon et tu indiques à tes frères épouvantés une éclaircie qui doit les sauver d'un irréparable naufrage ! Calme, au sein d'une agitation fébrile, tu signales le phare qui domine le port, et tu montres le but aux efforts de l'équipage ! Vis en paix, mon vénéré frère. De la nuit qui enveloppe la terre naîtra la lumière, et le jour ruisselant qui succédera à ces épaisses ténèbres, éblouira tous les yeux ! L'éclat de ce nouveau jour remplira l'univers de joie et d'allégresse, et les échos célestes retentiront de la gloire du Tout-Puissant. Heureux élu de ton Dieu ! A toi appartient d'inaugurer cette ère nouvelle qui va luire pour l'humanité ! Tu es le grand pivot sur lequel roulent les destinées du monde ! Ta voix est l'organe de ton Dieu et apaisera, à la vue de tes frères ébahis, les terribles rafales qui labourent le sol sur lequel reposent leurs pieds ! Oh ! Trois fois heureux celui qu'immerge la miséricorde de son Dieu, celui qui devient l'instrument béni de sa miséricorde divine ! Que ta joie soit grande, mon frère vénéré, car ton sort est prédestiné dans les décrets éternels de ton Dieu, à sauver tes frères du naufrage et conquérir une couronne immortelle, aux pieds du trône de ton Dieu ! C'est ton Dieu qui m'inspire et qui découvre à mes yeux ébahis, les pages célestes qui doivent glorifier ton message divin et assurer le gage de sa munificence divine. Reçois, mon frère vénéré, mon accolade sympathique. Chénier. "

 

" Chénier, inspiré de son Dieu, vous annonce, enfants du siècle, la fin des temps et l'éclosion de l'ère nouvelle. Espérez donc et réjouissez-vous, au milieu des ruines qui jonchent votre chemin ! Car l'avenir se dresse devant vous, resplendissant de bonheur et de gloire ! "

 

 

Évocation. 25 mars 1871, 8 h. du soir.

" Mon cher esprit Lacordaire, j'ai lu avec émotion ton éloquente dissertation du 2 février 1871, à l'adresse des spirites. Tu leur recommandes l'œuvre de la propagande divine. 0 mon bon esprit, daigne me dire si je fais fausse route ! "

Réponse : " Rassure-toi, mon cher et vénérable ami. Tu es l'élu de ton Dieu, pour l'accomplissement de l'ère nouvelle ! Tu es, mon frère vénéré, l'organe de ton Dieu, inspiré de ton Dieu. Oh tu ne peux faillir ! La voie que tu suis est la plus pure, et tous les esprits marchent avec toi et te soutiennent de leur effluve sympathique ! Va, tu ne manqueras pas à ton mandat, parce que tu es entouré des grâces de ton Dieu, qu'il veille sur toi et qu'il est à tes côtés, à tous les instants de ta vie. Oh ! Vis en paix, mon frère vénéré ! Tous tes actes sont marqués au coin d'un cœur pur, et ils reflètent la miséricorde de ton Dieu ! Tous les bons esprits seconderont tes efforts, et sous le souffle de ton Dieu, ils t'aideront dans la tâche laborieuse que tu as acceptée de ton Dieu, pour la régénération de tes frères ! Vis en paix, mon vénéré frère. Reçois l'accolade céleste de ton frère tout dévoué. Lacordaire. "

 

Prière à Dieu.

" 0 mon divin Père, ne vous aurais-je pas offensé ? "

R. " Non, mon enfant chéri. Vis en paix. Ton divin Père te bénit. Ton Dieu. " 

 

Les cohortes, les légions célestes s'ébranlent sous le souffle de Dieu. Elles se massent autour de son Messie, pour concourir à l'ère suprême de salut qui se prépare, pour l'humanité entière !

 

 

Prière à Dieu. 5 avril 1871, 8 h. du matin.

" Mon divin Père, daignez m'inspirer ! "

Réponse.

" Ecris, mon fils chéri.

Tout palpite ici-bas, à la voix du Très-Haut !

Ses décrets éternels en tous lieux s'accomplissent !

Du monde décrépit les boulevards périssent !

De sinistres agents accourent à l'assaut !

Les instincts destructeurs en tous lieux s'assouvissent !

Tout est confusion, tout sonne le chaos !

Les arcs-boutants minés désagrègent le temple !

De ses parois croulantes jaillissent tous les maux ! 

Le monde, avec effroi, se tait et les contemple ! 

Et retentit le glas de l'éternel repos !

Déjà le sang ruisselle, avec le sang les larmes ! 

A Dieu seul appartient d'en arrêter le cours ! 

Dieu seul viendra tarir la source des alarmes, 

Dissiper les points noirs de ces sinistres jours !

C'est donc vers votre Dieu, peuples grands de la terre, 

Que doivent se tourner vos regards attristés ! 

C'est pour vous avertir que gronde son tonnerre, 

Que ses feux tout-puissants sur vous sont arrêtés !

Ecoutez, écoutez cette voix solennelle, 

Qui signale à vos pas la planche du salut ! 

Oh ! Retrouvez en vous cette flamme immortelle, 

Qui, rivée à la terre, a l'infini pour but !

Que sont les courts instants d'un pénible passage, 

Ce moment redouté, l'épreuve de la mort ?

C'est un retour heureux vers l'éternel rivage ! 

C'est là votre destin, oui, c'est là votre port !

Oh ! C'est là le bonheur qu'un décevant mirage 

Fait scintiller des flancs d'un sol déshérité ! 

Bonheur dont seul le ciel vous assure le gage, 

Et qui donne le sceau de l'immortalité ! Ton Dieu. "

 

 

Dans la nuit du 6 au 7 avril 1871 (du jeudi au vendredi Saint), je fus réveillé en sursaut par la voix de mon Dieu. 

" Tu vas, me dit le Seigneur, recevoir la pensée de ton Dieu et ses instructions. En te levant, tu prendras ton crayon pour accomplir sa volonté. Ton Dieu. "

 

 

Le 7 avril, six heures du matin, j'adressai à Dieu la prière suivante. 

" Mon divin Père, j'attends avec respect et amour votre divine parole. Je suis entièrement soumis à votre divine volonté. "

Réponse : " Ecris, mon fils chéri. Tu arrives au point culminant des épreuves que te prépare ta divine mission. Attends-toi aux fureurs de la tempête ! Tu vas soulever l'orage des passions, de l'orgueil, des préjugés des hommes ! De concert ils t'immoleront ! Mais ne te laisse pas abattre. Marche, le front haut, car ton Dieu est debout à tes côtés ! Le point noir qui t'enveloppe s'évaporera sous son souffle tout-puissant ! Sois ferme et inébranlable en ta foi, qui sera ta force devant ton Dieu et ton égide auprès de tes frères !  Ta pensée divine émanant des cieux, se dressera dans leur esprit et y apportera la stupeur ! Elle arrêtera dans leur bouche le sarcasme et la raillerie ! Ils n'oseront toucher à cet homme providentiel, derrière lequel s'élève, pour le soutenir, la grandiose image de leur Dieu, qui fera éclater sur le front de son Messie son auréole divine ! Oh ! Courage, enfant chéri de ton Dieu. Devant toi s'ouvre la plus belle page de l'histoire de l'humanité ! Oh ! Commence à poindre le grand jour de sa régénérescence, d'un courant nouveau et salutaire, vers ses nouvelles destinées ! L'homme, enchaîné par la vie terrestre, au sol qui pourvoit à sa subsistance animale et à la joie de ses sens, ferme les yeux à la lumière céleste et atrophie son âme au contact impur de ses aspirations malsaines et du découragement d'une courte existence qui ne peut satisfaire ses instincts de bonheur ! Oh ! Tu apprendras à tes frères que le bonheur n'existe qu'au sein de Dieu ! Que celui qu'ils poursuivent sur la terre est un vain mirage, et qu'arrivés au bout de leur carrière laborieuse, avec de grands efforts pour l'atteindre, tous reconnaissent qu'ils ont voué leur existence, octroyée par l'amour de leur Dieu, pour s'élever jusqu'à lui, à poursuivre une chimère qui s'évapore et disparaît, ne laissant après elle que les angoisses de la mort ! Courage, enfant chéri de ton Dieu. Ta tâche est immense, mais tu es soutenu du bras de ton Dieu tout-puissant et immergé en son amour divin. Vis en paix, mon fils chéri. Ton Dieu. "

 

Oh ! La tâche que me confie mon Dieu est surhumaine ! Mais en sa bonté, en sa miséricorde divine, il me promet solennellement l'appui de son bras tout-puissant. J'ai foi en sa parole divine. Oh non ! Rien au monde ne saurait arrêter mon élan de dévouement et d'amour, en l'accomplissement de l'œuvre providentielle qui m'est confiée par mon Dieu ! Ce but, je le poursuivrai en son nom, sans défaillance, j'espère, sous l'égide de son souffle divin et animé d'une foi inébranlable.

 

 

Évocation. 8 avril 1871, 7 h. du matin.

" Mes bons amis mes protecteurs, cette nuit mon sommeil a été profondément agitée par des scènes et des révélations étranges. Que s'est-il donc passé en moi ? Voudriez-vous bien, avec la permission de Dieu, m'édifier sur un tel mirage, et dissiper le trouble qui a envahi mon esprit ? "

Réponse : " Mon fils chéri, ton sommeil est l'image de ta vie, qui subit les étreintes de la mission divine qui t'est confiée. Tu es l'homme de ton Dieu, et tu parcours, haletant, le sentier accidenté que te trace ton Dieu. Courage, enfant chéri de ton Dieu, marche toujours avec une ardeur imperturbable vers le but qui se dresse devant toi. Ce but, c'est le salut de tes frères, c'est la gloire de ton Dieu ! C'est ta glorification devant lui ! C'est ton bonheur éternel, le bonheur réservé aux élus de ton Dieu ! Cette nuit, un voile s'est déchiré devant toi. Les diverses migrations de ton âme se sont déroulées à tes yeux. Tu as vu, au travers de ton enveloppe terrestre, les secrets de ta transformation. C'est un pas vers cette intuition suprême, qui participe de la science de ton Dieu, qui découvre le passé et qui pénétrera un jour dans l'avenir, sous le souffle de ton Dieu. Vis en paix, mon enfant chéri. Ta gloire est grande devant ton Dieu, et tu es immergé en son amour infini. Ton Dieu. "

 

Sous le souffle de Dieu et l'impulsion de sa sollicitude paternelle, se déroulent en ce jour, aux yeux de ses enfants, les profonds mystères du passé et de l'avenir !  L'un découvrant sur leur tête leur splendide destinée, l'autre pour les préserver de l'écueil de l'orgueil, reportant leur regard dans les ténèbres de leur incubation et le néant dont les a fait surgir l'amour infini de leur Dieu.

 

 

Évocation. 10 avril 1871, 11 h. du matin.

" Mon cher Alfred de Musset, inspire moi, avec la permission de Dieu, quelques vers sur l'entente sacrée, la signification providentielle de la Semaine Sainte ? "

Réponse.

" Ecris, mon fils chéri, c'est ton Dieu qui t'inspire. 

Jours consacrés au Christ, jours bénis de ton Dieu ! 

Jours de joie et marqués de sa miséricorde ! 

Rayons du Créateur, ruisselant en tout lieu ! 

Flux infini d'amour, qui de son cœur déborde !

L'espérance, en ces jours, surgit de la douleur ! 

Du néant, la grandeur, de la honte la gloire ! 

Des tortures du corps rayonne le bonheur !

De l'immolation éclate la victoire !

Du souffle de ton Dieu, c'est le courant divin ! 

Le foyer éternel des flammes éternelles ! 

Feu qui, de l'homme impur, accomplit le destin !

Creuset épurateur de son âme immortelle !

Courage, enfant de Dieu ! Trace ton dur sillon ! 

Sur les pas de Jésus, affronte le Calvaire !

N'écarte pas les dards qui labourent ton front !

Remplis ta mission en imitant ton frère !  

Au grand jour, comme lui, tu ressusciteras ! 

Du Tout-Puissant sur toi planera la parole ! 

Tu surgiras des morts et tu triompheras ! 

De ton Dieu, sur ton front, brillera l'auréole ! Ton Dieu. "

 

Du calvaire ? Je devais le gravir, hélas, à tous instants ! (29 février 1872) Oh ! Le ciel est ouvert devant moi ! La mission divine qui m'est confiée par mon Dieu, éclate dans toute sa splendeur. Oui, j'ai reçu le mandat divin de proclamer, de signaler à mes frères l'enceinte fortunée, le banquet divin auquel ils sont conviés ! Hélas ! Les insensés chercheront à étouffer ma voix inspirée ! Mais la miséricorde de leur Dieu touchera leur cœur et ils verront la lumière !

 

 

Le 31 mai 1871, 6 heures 50 du matin, j'évoquai M. d'Amarzit, receveur particulier de l'arrondissement de Villeneuve-sur-Lot. Cet homme de bien venait d'accomplir sa dernière existence terrestre, en laquelle il avait su si bien, se concilier l'estime et l'affection de tous.

Évocation.

" Mon cher esprit, daigne, avec la permission de Dieu, me rendre compte, pour l'édification de tes frères, de ton heureuse migration dans le monde invisible ; migration qui a dû être pour toi un bien heureux réveil ? "

Réponse : " Mon cher ami et vénéré frère, je te sais gré de ton sympathique appel. Oh ! Je te remercie surtout de tes saintes prières, qui m'ont procuré le bonheur ineffable de me rapprocher de mon Dieu. Oh oui ! J'ai senti la joie réservée aux élus, en la communion céleste que tu as obtenue pour moi de ton Dieu, par tes saintes prières. Oh ! Qu'elles sont efficaces, tes prières, mon vénéré frère, et que ta mission est belle, aux pieds du trône de ton Dieu ! Tu es l'ange protecteur de tous tes frères, et ton Dieu bénit tes suppliques au nom de tous, et épanche sur tous les trésors de sa miséricorde et de son amour ! Tu es donc le ministre de ton Dieu dans le ciel ! Tu es aussi son ministre, son messie sur la terre ! C'est là le titre que je te contestais pendant que j'étais avec toi sur la terre. J'admirais ta bonne foi, mais je ne croyais pas à ce que j'appelais tes hallucinations. Courage, mon frère vénéré. Ta foi inébranlable fait ta gloire dans le ciel et t'inonde de l'amour de ton Dieu ! Elle fera bientôt ton triomphe sur la terre, et elle entraînera la masse des incrédules, qui accueillent avec tant de dédain, de mépris même mêlé de pitié, les efforts surhumains avec lesquels tu poursuis ta sainte, ta divine mission ! Oh ! Que l'arbre du salut grandira à ta voix inspirée de ton Dieu ! Que ses branchages deviendront puissants ! Oh ! Leur végétation luxuriante couvrira la terre de leurs salutaires rameaux ! Oui, mon frère vénéré, le monde ahuri de l'intervention divine sur la terre, s'inclinera devant son Dieu et refoulera dans son cœur les passions qui bouillonnent en lui, et dont jaillit à grands flots la lave incandescente. Mes paroles, mon vénéré frère, me sont inspirées par ton Dieu, qui te protège et qui glorifie ta mission, pour l'édification de tous tes frères. Adieu mon vénéré frère, reçois mon accolade sympathique. Au revoir. d'Amarzit. "

 

Vous l'entendez, mes chers frères ! Oh ! Vous entendez les paroles que vient de tracer mon crayon ! Elles sont inspirées de votre Dieu. Oh ! Ecoutez-les. Le Tout-Puissant daigne vous montrer, de son doigt divin, l'arbre éternel du salut ! Venez donc vous abriter sous son ineffable branchage. Ouvrez les yeux à la lumière et immergez-vous en la grâce divine, que votre Dieu épanche sur vous avec tant d'effusion et d'amour !

 

 

Évocation de Monseigneur Darboy, Archevêque de Paris. 

2 juin 1871, 6 h. 20 du matin.

" Cher esprit, martyr des fureurs d'une démagogie criminelle, n'as-tu rien à me dire ? "

Réponse : " Ecris, mon vénéré frère. Tout s'accomplit conformément à la volonté de notre Dieu et à la sagesse de sa providence divine ! Que sommes-nous sur la terre ? De simples passagers que Dieu y a placés pour l'accomplissement de ses desseins éternels et la glorification de sa miséricorde infinie ! Les générations se succèdent et accomplissent leurs fins. Chaque comparse de la scène du monde vient apporter son appoint au grand œuvre de la création, et concourir aux lois de l'univers ! Ma mort tragique, mon vénéré frère, doit avoir sa réaction morale dans la fibre publique, et édifier nos frères qui attardés en les voies de leurs aspirations terrestres, oublient de lever leurs yeux vers le suprême moteur de leur existence, vers le Père divin qui les appelle à lui, avec toute l'ardeur de son amour infini. Oh ! Mon frère vénéré, qu'il est salutaire l'exemple du pardon épanché en la foi du croyant, le pardon octroyé à ses malheureux frères qui, dans le paroxysme de leur démence, portent un fer fratricide sur la poitrine de celui qui, s'imprégnant de la miséricorde, de la mansuétude inaltérables de son Dieu, bénit ses assassins et prie pour eux ! Oh ! C'est là l'exemple qu'est venu apporter à la terre Jésus, le sauveur du monde, l'exemple du mépris de la mort ! L'exemple de la foi en Dieu, plein de miséricorde et d'amour ! Oh ! Il vivra à jamais dans les fastes du monde, l'exemple qui a révolutionné le cœur humain, régénérescence dans le sang si pur de ce divin Messie, détaché du trône de notre Père divin, en sa sollicitude infinie pour sa faible créature ! Oh ! Il ne sera pas perdu non plus pour le salut de l'humanité, l'exemple des massacres qui ont ensanglanté les pavés de cette cité splendide, foyer où venait rayonner la civilisation du monde, en la magnificence du progrès, mais aussi avec les vices et les travers qu'engendrent cette activité fiévreuse, ces aspirations malsaines, au confortable, aux joies, à tous les entraînements désordonnés de la vie terrestre. Non, il ne sera pas perdu l'exemple terrible, dis-je, des aberrations, des passions humaines, qui aura sa réaction mon vénéré frère, et produira son impression salutaire sur l'esprit du philosophe, du penseur, de l'économiste et surtout sur celui du chrétien qui s'est écarté des divines maximes que Jésus, le messie de Dieu, est venu inoculer à la terre. C'est là le premier pas, la première phase en la régénérescence du cœur de l'homme, arrivé au dernier degré d'indifférence, marquant dans la prescience de Dieu les temps prédits, et nécessitant le cataclysme héroïque qui s'accomplit, pour galvaniser la fibre divine, qui existe en lui, et que son Créateur ne peut laisser s'anéantir. Telle est, mon frère vénéré, la voie providentielle qui s'ouvre devant toi, pour l'accomplissement de la mission divine que t'a confiée ton Dieu. C'est ainsi que le champ qui t'est donné de cultiver, pour y répandre la semence divine du salut, sera purgé par la main de ton Dieu, des ronces, des plantes malsaines qui l'ont envahi et qui étoufferaient, en leur pernicieuse végétation, le germe suprême de la parole de Dieu, dont tu es le dépositaire sacré ! Courage, fils bien-aimé de ton Dieu, l'élu de sa miséricorde divine ! Traverse, avec la sérénité de ta foi inébranlable, les convulsions du monde, s'agitant sur son lit de douleur !  Et le front élevé jusqu'aux pieds du trône de ton Dieu, tu illumineras tes frères des rayons de sa pensée divine, qui s'y reflète et qui le couronnera de son auréole immortelle. Vis en paix, mon vénéré frère. Ton Dieu m'inspire et te bénit. Darboy, Archevêque de Paris. "

 

Tel est le langage sublime du martyr de la Providence divine ! Martyr qui, en sa foi chrétienne, a béni ses assassins, ses frères égarés, et qui a quitté ce sol tourmenté des passions des hommes, où reposaient ses pas endoloris, en tournant vers son Dieu un regard de reconnaissance et d'amour, illuminé du sourire inaltérable de l'espérance, jaillissant à longs traits de son âme limpide ! Oh ! Glorifiant le sang si pur versé par le divin Messie, il élève le sacrifice de sa vie jusqu'aux pieds du trône de son Dieu ! Sacrifice solennel et sacré, appelé à refouler en ses sanglantes traces, les instincts pervers de la terre, par l'exemple des vertus célestes retournant à leurs sources, au sein de Dieu ! Oh ! Tels sont les rayons de la sphère divine, venant flétrir des scènes d'horreur et qui, se reflétant en lames de feu dans le cœur de l'homme, y galvaniseront l'étincelle divine déposée en lui et le ramèneront à son Dieu qui, l'immergeant de sa clémence infinie, pendant le paroxysme même de ses criminelles défaillances, lui réserve encore son sourire ineffable et paternel ! Telles sont les phases providentielles, nous dit le saint martyr, de l'ère nouvelle qui se prépare !

 

 

Prière à Dieu. 6 juin 1871, 1 h. du soir.

" Mon divin Père, que s'est-il passé en moi cette nuit ? Je n'en ai pas gardé le souvenir. Seraient-ce des instructions que vous auriez daigné me donner ? "

Réponse : " Ecris, mon fils chéri. Ce que tu as éprouvé est l'indice de ce qui se prépare, car tu as subi les épreuves que te réserve ton Dieu. Tu as été transporté dans ta vie future. En toi s'accomplissaient les vues de ton Dieu. Tu as été transporté au sommet de ta vie, et tu as vu les points divers que tu as traversés, pour arriver au point que tu occupes aujourd'hui et ceux qui te restent à parcourir. Ne t'effraie pas de ce qui t'arrive, tout s'accomplit selon les vues providentielles de ton Dieu, qui te conduit par la main et t'amène au but de ses desseins éternels. Courage et patience, mon enfant chéri. Ton avenir s'élabore et tu seras étonné des résultats, malgré la foi en ton Dieu qui t'anime. Prépare-toi à de grands événements, qui t'attendent et qui seront le couronnement de ta mission divine. Tes frères en seront ébahis, et toi mon fils chéri, tu tourneras les yeux vers le ciel, qui t'éclairera sur la marche que tu auras suivie sous la main de ton Dieu et sur celle qu'il te restera à suivre pour accomplir sa volonté. Ecoute, ta voix va retentir dans l'univers entier. Elle sera écoutée, parce que nul ne pourra contester sa divine origine. Elle sera la boussole qui se dressera devant toutes les puissances, lesquelles s'humilieront devant toi et se prosterneront à tes pieds. Ecoute encore, ta voix doit être accentuée, elle doit s'inspirer de ton Dieu dont tu es le représentant, le ministre suprême auprès de tes frères. C'est donc au sein de ton Dieu que repose ton esprit, qui t'immerge de grâces infinies ! Grâces que ton divin Père épanche sur tous ses enfants, et dont tu es le canal suprême ! Courage, mon enfant chéri. Tu touches au but de tes héroïques efforts, et la couronne que te destine ton Dieu, est déposée sur son trône, à la vue du ciel et de la terre ! Vis en paix, mon enfant chéri. Ton Dieu. "

 

Le Tout-Puissant dévoile ici, aux yeux de tous ses enfants, l'amour divin, l'amour infini dont il immerge sa créature ! Avec quelle sollicitude ineffable il se plaît à lui venir en aide ! Quelle récompense divine ne réserve-t-il pas à ses constants efforts, à ses aspirations ardentes vers lui ! Oh ! Descendant des sommités incommensurables de sa divinité, il daigne s'entretenir, en les accents du Père le plus tendre, avec son infime créature ! Oh ! Electrisant sa foi et l'entourant des insignes d'un mandat divin, il l'envoie solennellement à ses frères, pour proclamer son amour infini, rosée divine qu'il épanche sur tous ! Il leur envoie son Messie pour leur annoncer le pardon de leurs fautes, leur révéler le banquet suprême qu'il leur prépare dans son sein, où il les attend tous pour leur ceindre la couronne de l'immortalité ! Couronne déposée pour tous sur le trône même de sa Toute-puissance ! 0 vous tous qui m'entendez, brisez donc avec une héroïque détermination les liens honteux qui vous rivent à la terre, et qui constituent le stigmate de votre asservissement à la matière ! Oh ! Donnez à votre âme divine son irrésistible essor, qui l'entraîne vers ses fins, vers son Créateur ! 

 

 

Le 12 juin 1871, huit heures du soir, j'évoquai l'infortuné Bonjean, le vénérable président de chambre en la Cour de Cassation, malheureuse et si regrettable victime des massacres accomplis au nom des saturnales de la liberté.

" Mon cher esprit, n'as-tu rien à me dire, au nom de notre Dieu ? "

Réponse : " Si, Ecris. Mon vénéré frère, tu tiens le crayon de l'avenir ! Que tous les voiles se rompent pour toi. Tu approches d'un moment solennel pour la glorification de ta sainte mission. Tout se prépare pour les manifestations qui doivent combler ta gloire. Oui, le moment solennel approche, et bientôt s'accomplira le dénouement du drame qui clora la fin des temps. Redouble de courage, car tu seras soumis à de rudes épreuves. Tu seras violemment attaqué, et tes frères te jetteront la pierre avec fureur. Mais ces moments seront courts. Bientôt tu surgiras triomphant du milieu des criailleries et des outrages qui seront déversés sur toi, et ton nom envahissant l'espace, ébranlera le globe entier, en proie à une indicible émotion. Oh ! Ne crains pas le mauvais vouloir de tes frères, ils seront atterrés, même en leur fureur ! Oh ! C'est que le doigt de ton Dieu pèsera sur eux et qu'ils reconnaîtront son intervention divine ! Ecoute, ta foi sera ton égide, ta sauvegarde. Nul n'osera la combattre, tous sentiront en leur cœur surgir le respect de l'âme, qui s'impose à l'orgueilleuse raison ! C'est donc un grand jour qui se prépare, pour le salut du monde ! Jour qui fera éclater ton message béni. Tous, après le premier moment d'émotion répulsive, viendront à toi, sous une impulsion irrésistible qui leur viendra d'en-haut ! La milice céleste, sous le souffle de Dieu, combattra à tes côtés l'incrédulité et le scepticisme, et la tête altière du libre penseur s'humiliera devant toi et reconnaîtra ton message divin ! C'est au nom de ton Dieu que je te parle. C'est sa parole divine que je te transmets. C'est une mission divine que je remplis auprès de toi. Vis en paix, mon frère vénéré, et reçois l'accolade sympathique de ton frère affectueux. Bonjean. "

 

Oh ! Que la vérité émanée du ciel s'épande en flots de lumière et qu'elle règne en tous lieux pour le salut de la créature et la gloire du Créateur ! Ecoutez, hommes froids et sceptiques, dominés par un inflexible orgueil ! Oh ! Ecoutez, en votre attitude altière !  Le sol glisse sous vos pas ! Ne sentez-vous pas défaillir votre cœur ? Aux sinistres éclairs qui vous environnent, aux éclats de tonnerre qui grondent sur vos têtes, vous frémissez ! Vous vous raidiriez en vain, reconnaissez votre néant ! En votre feinte assurance, avouez-le, votre émotion est grande ! Oh ! A votre insu peut-être, vous levez instinctivement vos regards terrifiés vers le ciel ! Oh ! Que deviennent donc, en ces moments suprêmes, les combinaisons si fragiles de votre superbe raison ? Cet insigne glorieux de votre divinité, scellé sur votre front par votre Dieu ! Attribut que par un défi impie, vous osez élever jusqu'au trône de sa toute-puissance ! La profondeur de votre néant pèse en ce jour sur vous ! Oh ! Le moment est solennel. Tout sombre autour de vous ! Les monuments élevés de vos débiles mains, s'effondrent avec fracas, et de leurs ruines fumantes jaillit une voix inspirée, émanant des pieds du trône de votre Dieu ! C'est la voix même de votre Dieu, qui vous signale à l'horizon une oasis fortunée, resplendissante de son amour paternel, c'est le foyer de sa miséricorde divine, mais distancée par un homicide désert, qui s'élargit autour de vous. Oh ! Attachez vos regards sur ce point lumineux, c'est la terre promise du salut. C'est là que s'épanchera un baume réparateur sur vos membres mutilés, déchirés au travers des aspérités de votre course périlleuse ! Oh ! Ecoutez-la donc cette voix suprême qui vous montre le but de vos pérégrinations laborieuses, c'est la voix, vous dis-je, de votre Dieu, de votre Père divin ! 

 

 

Prière à Dieu. 18 juin 1871, 3 h. du soir.

" Mon Dieu, cette nuit vous avez daigné vous entretenir avec moi. Puis-je, mon divin Père, sans vous offenser, vous prier de me rappeler vos divines paroles ? "

Réponse : " Ecris, mon fils chéri. Ton Dieu a glorifié tes saintes aspirations vers ton Dieu. Il t'a dit que le désir ardent, en ton cœur, de t'élever à ton Dieu par l'épuration suprême de ton âme, était en toi une flamme divine, qui te justifiait devant ton Dieu et te conciliait son concours divin, pour lutter contre les entraînements de ton enveloppe terrestre. Il t'a dit qu'il ouvrait à l'ascension suprême de ton âme, la source de la toute-puissance de ton Dieu, qui vient toujours en aide à son enfant chéri, en sa détresse, lorsqu'il l'implore avec foi et amour. Ton divin Père t'a rassuré, mon fils chéri, quant à tes faux pas dans la vie, qui sont l'effet de ta faiblesse, faiblesse que ton Dieu connaît et qu'il vient secourir au plus léger cri de détresse poussé vers lui par son enfant bien-aimé. Ton divin Père t'a expliqué tes moments d'angoisses et de découragement en la voie militante de ton ascension vers ton Dieu. Ton divin Père t'a dit, mon enfant chéri, que tu devais comparer tes défaillances, en tes aspirations de perfectibilité divine, aux ennuis d'un voyage en chemin de fer, qui, quelque rapide qu'il puisse être, arrête tes regards sur des points divers, qui ne sont pas le but que tu te proposes d'atteindre, et qui te font désirer avec impatience le terme de ta course et de tes fatigues au travers de l'espace. Ton divin Père t'a dit encore que la locomotive de ton ascension vers ton Dieu, était la grâce de sa toute-puissance, non susceptible de dérailler, et qui t'emportait avec toute l'impulsion du feu divin de tes aspirations, chauffant la locomotive divine à toute vitesse. Comprends donc, mon enfant chéri, que l'aspiration ardente de l'âme vers son Dieu, l'immerge en son amour divin, en ses grâces infinies, et la fait participer à sa toute-puissance, qui, venant se confondre ici, en les aspirations de son enfant chéri, constitue l'unité de concours qui assure l'infaillibilité des efforts de la créature, en l'amour, en la miséricorde, en la toute-puissance du Créateur. 0 mon enfant chéri, la foi transporte les montagnes et fait les élus. Vis en paix, mon enfant chéri. Communique à tes frères ces instructions de ton Dieu, Elles galvaniseront leurs fibres divines. Ton Dieu. "

 

0 vous tous qui m'écoutez, je livre à vos méditations les paroles divines qui précèdent. Oui, ainsi que le dit votre Dieu, elles sont destinées à galvaniser votre fibre divine, elles dressent dans votre âme le flambeau du salut, elles ouvrent à vos aspirations divines la source ineffable des grâces qui s'épanche de l'amour infini de votre Dieu ; source qui n'est autre que les rayons de sa toute-puissance ! Oh ! Vous dit encore votre Dieu, la foi transporte les montagnes et fait les élus. Oui aimez votre Dieu, aspirez à être à lui, et votre Dieu en son amour divin, vous livrera tous les trésors de sa divinité ! Il vous élèvera à la hauteur de son trône, aux sommets de sa toute-puissance. Vous êtes tous des dieux, disait Jésus au peuple d'Israël ; vérité éternelle que glorifie la parole de votre Dieu en ce jour solennel !

 

 

Le 25 juin 1871, cinq heures du matin, j'adressai à Dieu la prière suivante.

" Mon divin Père, dois-je accomplir le pèlerinage de Lourdes, que j'ai projeté ? "

Réponse : " Oui, mon fils chéri. C'est une démonstration, c'est un acte pieux, c'est l'accomplissement de la volonté de ton Dieu, qui rattache à ce pèlerinage les signes des temps ! C'est de ce rocher aride de la vallée de Lourdes, que ton Dieu a fait jailli, sous la main de Marie, cette source salutaire qui enseigne aux hommes que le soulagement de leurs maux, que leurs espérances n'ont pas de plus sûr canal que l'intermédiaire de Marie, que Dieu a élevée sur son trône pour le salut de l'humanité ! C'est sur ce rocher de Lourdes, que ton Dieu a voulu instituer le sanctuaire du culte à Marie, et la source des grâces, pour rappeler les hommes à leur Créateur. C'est aux pieds du rocher de Lourdes que tu retrouveras ta mère Marie et que tu entreras en communication divine avec elle, pour le salut de tes frères. Elle t'apparaîtra, mon fils chéri, comme elle est apparue à la simple fille de la montagne, à la naïve Bernadette, et elle t'apprendra les grandes choses qui doivent t'être annoncées. Elle te donnera les instructions qu'elle tiendra de son Dieu. Ton pèlerinage à Lourdes sera donc une phase solennelle de ta mission, ta mère Marie t'initiera aux secrets de l'avenir et te dévoilera les desseins de ton Dieu et les vues de sa miséricorde divine. Ecoute donc avec respect ses paroles inspirées. Elles seront ta boussole dans les événements, le cataclysme, qui vont s'accomplir sur la terre ! Ne demande pas à Marie la guérison de tes maux, elle ne saurait t'être accordée, alors que ton existence sur la terre a son terme fixé dans les décrets de ton Dieu, et que ton heure est marquée pour retourner à ton Dieu et t'immerger en sa béatitude éternelle. Vis en paix, mon enfant chéri. Ton Dieu. "

D. " Mon divin Père, vous offenserais-je si je demandais à Marie celte grâce en votre nom ? "

R. " Non. Mais ton Dieu qui t'aime et qui veut préserver son Messie, son fils chéri, des dangers de l'orgueil, l'appellera à lui au moment opportun, pour conjurer les dangers que fera naître autour de lui son triomphe divin.  Vis en paix, mon enfant chéri. Abandonne-toi tout entier à la sollicitude de ton divin Père. Il te presse sur son cœur divin et te bénit. Ton Dieu. "

D. " Mon divin Père, dois-je boire à la source sainte et puis-je recueillir de ses eaux bénies ? "

R. " Oui, mon enfant chéri. C'est là un témoignage de ta foi, que tu donneras solennellement à tes frères et qui les édifiera. "

D. " Ne pourront-ils pas dire aussi que ces eaux bénies n'ont point la vertu surnaturelle qu'on leur attribue, alors qu'elles n'auraient pu guérir celui qui se dit votre divin Messie ? 0 mon divin Père, vous daignez accueillir tous mes doutes avec une si ineffable bonté !  Oh non je ne voudrais pas vous offenser ! "

R. " Vis en paix, mon enfant chéri. Confie-toi à la sagesse de ton Dieu qui te parle. Non chéri, tu ne l'offenses pas, ton Dieu, parce que ton cœur est pur, que tu l'aimes, ton Dieu et que tu respectes sa volonté ! Ton Dieu. "

 

Oh ! En relisant cette communication, je fus frappé de l'irrévérence se dégageant du ton présomptueux et résistant que j'avais pris en parlant à mon Dieu. Oh ! Je fus surtout profondément touché de l'ineffable bonté avec laquelle ce Père divin rappelait son téméraire enfant au respect de sa volonté. Mais que s'était-il donc passé en moi, en ce moment regrettable ? Quel est donc le sentiment d'orgueil qui m'avait entraîné à ce coupable oubli ? Oh ! Dieu qui lit dans mon cœur, qui démêle tous les mouvements de mon âme, le sait, et il daigne me pardonner ma faiblesse ! 0 vous tous qui m'écoutez, adressez-vous à ce Père divin, en tous les faux pas qui vous attendent dans le sentier périlleux de la vie ! Demandez-lui avec ferveur d'oublier vos défaillances, et vous recueillerez son sourire divin, venant immerger votre faute dans le flux de sa mansuétude, de sa miséricorde infinie, s'épanchant de la source intarissable de son amour ! Oh ! Ramené par un prompt retour sur moi-même, à des sentiments d'une pieuse et respectueuse soumission à sa parole divine, je promis à mon Dieu de m'abstenir, aux pieds de la grotte sainte, de demander à Marie la guérison de mes maux.

 

 

Le 27 juin 1871, j'accomplis le saint pèlerinage de Lourdes, et aux pieds de la grotte, consacrée par la miséricorde suprême, au culte de Marie, je sollicitai avec effusion sa divine protection. Je bus à la source de vie, qui a jailli sous sa main bénie, et je lui adressai avec ferveur la prière suivante.

" 0 Marie ! Mon bon ange gardien, ma bonne mère adoptive, prie avec moi notre Dieu, afin que cette eau bénie en sa miséricorde divine, me sanctifie, en toi, aux pieds de son trône éternel ! "

Je puisai à cette source de grâces et je recueillis de son eau, pour ma famille et tous ceux de mes frères qui ont foi en la miséricorde divine et à l'intercession de Marie auprès de son Dieu !

 

Le 29 juin 1871, à huit heures du matin, j'adressai à Dieu la prière suivante.

" Mon divin Père, en mon pèlerinage de Lourdes me suis-je conformé en tout à votre divine volonté ? N'aurais-je pas failli ? "

Réponse : " Oui, mon enfant chéri, vis en paix. Tu as accompli en tout point la volonté de ton Dieu. Ne crains pas, mon enfant chéri, d'avoir encouru la disgrâce de ton Dieu, alors que Marie ne t'est point apparue et qu'elle n'a point ostensiblement répondu à tes ferventes prières. Le moment n'est pas encore venu, et les yeux de tes frères, fermés à la lumière, ne sauraient être frappés encore des rayons qui jaillissent du trône de ton Dieu. Aie foi, mon enfant chéri, dans les paroles de ton Dieu. Tout ce qui t'a été dit s'accomplira. Oui, la parole de ton Dieu est immuable, et sa sagesse est infinie. Ecoute-la avec respect, la parole de ton Dieu, abandonne-toi tout entier à sa miséricorde divine et aux vues providentielles qu'il a arrêtées sur toi ! Ne songe pas à l'apparence qui semble contrarier ce qui t'avait été annoncé par ton Dieu. Sa volonté est voilée pour s'imposer à sa créature. Au moment solennel arrêté en ses desseins éternels, tout s'accomplit, mon fils chéri, pour la gloire de ton Dieu et la manifestation de sa miséricorde divine. N'aie donc aucune appréhension sur l'issue de ton pèlerinage à Lourdes, qui a consacré le point culminant de ta divine mission, en recommandant à tes frères, par un tel acte de foi, le culte de Marie, dont la magnificence doit éclater sur le rocher aride, où ton Dieu a posé la première pierre de l'Eglise nouvelle de la chrétienté ! Vis en paix, mon enfant chéri. Ton Dieu te bénit en son amour infini. Ton Dieu. "

D. " Mon divin Père, je n'ai donc pas à demander à ma mère Marie les instructions qui m'étaient annoncées en vos paroles divines ? "

R. " Non, mon enfant chéri. Ces instructions solennelles t'arriveront spontanément, au moment marqué du doigt de ton Dieu. Vis en paix, mon enfant chéri. Ton Dieu. "

 

 

Le 13 juillet 1871, huit heures du matin, me trouvant à Bordeaux, chez Mme X., remarquable médium, j'évoquai les bons esprits mes protecteurs, les priant de me donner des instructions, au nom de mon Dieu.

Réponse sous le crayon de madame X.

" Mon ami, me voilà. Marie. "

Mentalement je priai ma bonne mère Marie de me donner les instructions de notre Dieu.

Réponse toujours sous le crayon de madame X.

" Prie pour ceux qui souffrent. Marie. Prie pour ceux qui souffrent ". 

 

C'est donc là ma mission divine ! C'est Marie, c'est la voix de la charité qui vous le dit. Ecoutez-la cette voix divine, c'est la voix de votre Dieu, émanée de son amour infini !  A mon retour de Lourdes, mon fils fut pris de symptômes alarmants, caractérisant une exaltation fébrile. Le vendredi soir, 30 juin, je lui fis prendre un verre d'eau de la grotte de Lourdes, qu'il but sans répugnance aucune, et même avec le sentiment d'un religieux respect. Le lendemain, son exaltation avait progressé, et le surlendemain 2 juillet, il éprouva quatre accès de transport au cerveau, des plus violents ; accès qui, d'après l'avis des médecins appelés, avaient eu le caractère de crises mortelles. Ce diagnostic fut confirmé, le lendemain, 3 juillet, par le médecin distingué aux soins duquel fut confié mon fils, à Bordeaux. Ce médecin me disait, en termes incisifs et saisissants, que mon fils avait échappé à quatre boulets de canon, qui l'avaient rasé. Or, d'après les prévisions de cet habile et savant praticien, ces cruelles attaques devaient se renouveler très incessamment, et constituaient pour le malade l'état le plus grave et le plus alarmant. Mais faut-il ajouter qu'à son grand ébahissement, et contrairement à ses désespérantes prévisions, à son terrible diagnostic, deux jours, trois jours, cinq jours, etc., s'écoulèrent, sans que ces crises redoutables eussent reparu. Or, nous dirons pour l'édification de tous, qu'une médaille rapportée de la grotte de Lourdes, avait été attachée aux vêtements de mon fils, et qu'à la suite d'une intervention surnaturelle qui sera rapportée plus bas, le calme se fit chez lui. En effet, celui-ci au bout de trois semaines était complètement revenu en son état normal. Il écrivait à sa femme. Il se livrait à toute l'effusion des entretiens de famille, il reprenait le fil interrompu de ses affaires, il raisonnait sur les péripéties de sa maladie, remontait à ses causes et en définissait les effets. Et cette réintégration complète en sa santé mentale, arrachait à son médecin l'aveu sincère et solennel, qu'une telle guérison présentait tous les caractères d'une intervention divine, dont il fallait rendre grâces à Dieu. Il ajoutait que sur cent malades entourés de tels symptômes, pas un ne serait guéri, ou tout au moins arrivé si rapidement à une si complète guérison. Oh ! Disons-le, répétons-le, pour la glorification de la vérité. C'est que de pieuses et ferventes prières à Dieu et à Marie, une foi imperturbable avait épanché sur mon fils les mérites de l'eau sainte et de la médaille bénie, rapportées de la grotte providentielle de Lourdes ! Prières auxquelles une voix divine répondait par ces ineffables accents. Ta divine prière, mon fils chéri, remonte jusqu'aux pieds du trône de ton Dieu, qui l'accueille avec amour et te bénit. Vis en paix. Ton fils te sera rendu !

Mais remontons un instant à la cause déterminante d'une si violente maladie. Sans doute, son germe apparent semblerait résulter d'un régime excitant, adopté inconsidérément par mon fils, et de fortes impressions morales, mais une telle prédisposition chez lui fût restée très vraisemblablement inoffensive en son cerveau, parfaitement sain, si une influence occulte, brutalement déterminante, en un mot, si l'obsession d'un esprit hostile et violent n'eût provoqué l'explosion de la maladie. Oh ! Plutôt, écoutons la parole suprême.

 

 

Le 2 juillet 1871, deux heures du matin, le jour où mon fils fut frappé de quatre attaques, de quatre accès de transport au cerveau, j'évoquai les bons esprits mes protecteurs, dans les termes suivants.

" Mes bons amis, voudriez-vous bien me dire, avec la permission de Dieu, quelle est la cause de l'état de souffrance, ou plutôt de la crise violente qu'éprouve mon fils ? "

Réponse : " Mon fils bien-aimé, ton fils subit une obsession. C'est l'esprit du mal qui lutte contre ton Dieu. Evoque-le, il te répondra. Ton Dieu. "

Évocation.

" Esprit obsesseur de mon fils, viens, mon cher ami, t'expliquer avec moi. Aie pitié d'un père et d'une mère, que tu tortures en la personne de leur fils. "

R. " Aurais-je quelque compte à te rendre ? "

D. " Non très certainement, mais puisque tu me fais souffrir, je puis bien te demander le motif de tes hostilités. "

R. " La mission que tu remplis me déplaît. Pourquoi ne laisses-tu pas le monde à ses errements et veux-tu le réformer ? C'est de l'orgueil ! "

D. " Serait-ce bien de l'orgueil, alors que je m'humilie devant mes frères, qui ne croient pas à ma mission, et que d'ailleurs j'obéis à mon Dieu ? "

R. " Ta ligne de conduite me déplaît. "

D. " Dis-moi, mon cher ami, quel avantage peux-tu retirer de ton acrimonie ? "

R. " Le monde tel qu'il est me plaît, plus que celui que tu veux lui substituer. J'aime l'agitation des passions et les péripéties qui tourmentent la face du monde. "

D. " Dis-moi, mon cher ami, peux-tu trouver le bonheur dans la perpétration du mal ? "

R. " Non, mais je cède à une fièvre dévorante qui certes, n'est pas le bonheur, mais le mouvement ! "

D. " 0 mon cher ami, crois-moi, aspire au repos, à la quiétude, ou plutôt à l'activité de l'amour, qui constitue la béatitude de ton Dieu ! "

R. " Mais puis-je jamais prétendre à ce bonheur, qui est le partage de Dieu seul ? "

D. " Oui, mon cher ami, ton Dieu est si bon qu'il veut bien partager son bonheur avec toi, il t'offre, en sa miséricorde, tous les moyens de l'obtenir. Ne te montrerais-tu pas ingrat en repoussant avec dédain sa main paternelle ? "

R. " Oh ! Je vois bien que tu veux en venir à tes fins, faire du monde un vaste couvent, le triomphe de l'hypocrisie. "

D. " L'homme ne fait pas acte d'hypocrisie quand il pratique le bien, qu'il est bienveillant et charitable pour ses frères. "

R. " En somme, tu es un bon homme et je conviens que j'ai tort de te tourmenter. "

D. " 0 mon cher ami, quelle bonne action si tu voulais bien dégager mon fils de tes étreintes ! Combien cet acte serait agréable à ton Dieu qui te bénirait ! "

R. " Eh bien ! Je veux bien dégager ton fils de mon obsession, mais de ton côté, montre-toi moins tracassier à l'égard de mes amis. "

D. " Je ne cherche pas à les tracasser, je veux les appeler au bonheur. "

R. « Cette bonne pensée me touche. Eh bien ! Je ne te contrarierai plus. "

D. " Oh ! Tu vas dégager mon fils de tes cruelles étreintes ? "

R. " Oui, je te le promets. "

D. " A l'instant même ? "

R. " Oui, il l'est déjà. "

D. " Tu ne me trompes pas ? "

R. " Non, tu le verras. "

D. " Comment t'appelles-tu ? Quel est ton nom ? 

R. " Je suis Attila. " 

 

Nous retrouvons ici, un exemple frappant de ces manifestations traditionnelles, enregistrées dans les annales du monde. C'est ainsi qu'à toutes les époques de la vie humaine, se sont révélés à l'homme des êtres haineux, méchants, qui, chez les Païens, étaient signalés, en leur funeste influence, sous la dénomination de mauvais génies, et qui, en les croyances des patriarches, du peuple hébreu et de l'ère chrétienne, apparaissaient sous la figure fantastique de Satan. Etres qui ne sont autres, en somme, que des esprits attardés, et qui encore étreints dans les langes d'une nature abrupte, obéissent à de violentes et féroces passions.  Dominés par un orgueil indomptable, ils vivent séparés de Dieu. En révolte contre toutes les lois divines, ils sont réfractaires à l'accomplissement du bien. Etouffant en eux le foyer divin des aspirations saines et vivifiantes, ils abusent, pour pratiquer le mal, du libre arbitre que leur a octroyé le Créateur. Mais en cet état de révolte contre leur Dieu, ils sont en proie aux angoisses, aux souffrances se rattachant à la perpétration du mal. Oh ! Dans le paroxysme de la fièvre ardente qui les dévore, errants dans l'espace, ils s'éloignent de la sphère de miséricorde de leur Dieu, dont ils font un être implacable en sa justice et inaccessible en son milieu de bonheur, auquel ils n'osent et ne croient pouvoir jamais prétendre. Oh ! Tel est le sort réservé à l'homme qui, rivé au joug de ses passions brutales, et s'évertuant pour apaiser le cri, l'arrêt sévère de sa conscience, nie même l'existence de son Dieu, de son créateur, et cherche ainsi en une incrédulité illusoire et mensongère, la quiétude intime, la paix de l'âme, qui se dérobe à lui, pour faire place à l'implacable remords ! Glissons sur ces aperçus psychologiques et reprenons l'historique de l'obsession de mon fils.

 

 

Peu de jours après l'évocation qui précède, le 12 juillet 1871, se manifestait chez mon fils quelque recrudescence en les velléités de violence caractérisant sa maladie. J'évoquai de nouveau les bons esprits mes protecteurs, dans les termes suivants.

" Mes bons amis, pourriez-vous m'édifier, avec la permission de Dieu ? Que dois-je penser de la communication du 2 juillet, signée Attila ? "

Réponse : " Ecris, mon fils chéri. L'esprit obsesseur de ton fils résiste encore et persiste en son maléfice. L'obsession n'entraînera pas la mort. Ton fils guérira. Il te faut l'évoquer de nouveau et le prier d'abandonner sa victime, et tu l'obtiendras. Vis en paix, mon enfant chéri. Ton Dieu. "

Évocation.

D. " Esprit obsesseur de mon fils tu m'avais promis d'abandonner ta victime, tu n'as pas tenu ta promesse. Oh ! Je t'en supplie, mon cher ami, écoute ma prière. "

R. " Ta prière ? Pourquoi l'écouterais-je, alors que tu me contraries. "

D. " Tu as reconnu que mes intentions étaient pures, et que je n'aspirais qu'à faire le bien ? "

R. " C'est vrai, mais je n'aime pas le bien. "

D. " Cependant mon cher ami, tu dois désirer d'être heureux ; car être malheureux fait mal. Pourquoi donc te montres-tu ainsi réfractaire au bien auquel ton Dieu rattache le bonheur ? "

R. " Oh ! Puis-je jamais espérer d'être heureux ! Le bonheur est une chimère. "

D. " Non, mon cher ami, le bonheur n'est point une chimère car il constitue le domaine de ton Dieu, de ton Père divin ; domaine qu'il voudra bien partager avec toi, lorsque tu imploreras sa miséricorde. "

R. " Bah ! Bah ! Je n'écoute pas tes sornettes, je ne crois pas au bonheur. "

D. " Eh bien ! Je vais t'indiquer un moyen de le découvrir. "

R. " Voyons. Quel est donc ce moyen ? "

D. " C'est de venir tous les jours prier avec moi ton Dieu. "

R. " Oh ! Prier Dieu ! Est-ce qu'il m'écouterait ? 

D. " Oui, mon cher ami, essaie, et tu verras si mon conseil n'est pas bon ! "

R. " Et tu me demandes la délivrance de ton fils ? Eh bien ! Je te l'accorderai si tu ne me trompes pas. "

D. " Non, mon cher ami, je ne te trompe pas, car je te parle au nom de ton Dieu. "

R. " Eh bien ! Je viendrai. "

D. " Mais si tu trouves quelque soulagement à tes maux, tu me promets d'abandonner ta victime ? "

R. " Oui, je te le promets. "

D. " Oh ! Je t'en supplie, rends-le-moi, mon pauvre fils. Comment pourrais-tu douter qu'un tel acte de commisération ne fût agréable à ton Dieu, et qu'il ne te rendit heureux de mon bonheur ! Allons, laisse-toi toucher, je te promets l'amour de ton Dieu. "

R. " Tu es si pressant, qu'il faut bien faire ce que tu veux. Au reste, à part tes doctrines, j'ai de la sympathie pour toi. Eh bien ! Je te promets de ne plus tourmenter ton fils. "

D. " Oh ! Je t'en supplie, ne me trompe pas. "

R. " Non, je te le jure. Tu le sauras quand tu iras le voir17 . " 

D. " Mais viens prier tous les jours avec moi. Tu verras combien ton Dieu est bon ! "

R. " Oui, je viendrai, je te le promets. Je veux savoir à quoi m'en tenir. "

D. " Oh ! Tu sauras quelle est la joie intime qu'on éprouve quand on tourne ses regards vers son Dieu, qui attend tous ses enfants, les bras ouverts, pour les pardonner, leur prodiguer ses caresses et les immerger en son amour. "

R. " Ton langage est chaleureux, il est séduisant. Je viendrai prier avec toi. Au revoir. Attila. "

D. " Mais prions maintenant ! "

R. " Je t'écoute. "

 

A l'instant même, je formulai la prière que chaque jour j'adresse à Dieu, pour mes frères désincarnés, et conçue dans les termes suivants : " 0 mon divin Père, vous voyez à vos pieds vos enfants désincarnés. Accueillez-les comme l'enfant prodigue, pardonnez leurs fautes, répandez sur eux les trésors de votre miséricorde et de votre amour. Bénissez-les, et votre divine bénédiction fécondera, développera les germes, l'étincelle d'amour que vous avez déposés en eux, resserrera les liens qui se forment chaque jour à vos pieds, et qui doivent se river un jour dans votre sein, conformément aux vues de votre miséricorde divine et de votre amour infini. "

 

Paroles divines.

" Oui, je bénis tous tes frères, que tu as amenés à mes pieds. Mais toi ! 0 toi, mon fils bien-aimé, je te bénis par-dessus tous ! Sois béni à tout jamais mon enfant chéri, toi qui as su dérober à ton Dieu, à ton divin Père, les trésors de sa miséricorde et de son amour, pour les répandre sur tes frères ! Que la joie des frères, leur bonheur, leur félicité, leur gratitude et leur amour retombent sur toi à torrents et t'inondent, jusqu'au jour où tu viendras te confondre dans mon sein, pour partager ma gloire. Je t'immergerai, mon fils chéri, dans une mer de délices, sans fonds, sans rivages et sans fin, afin que ton âme saturée participe à ma béatitude éternelle. Vis en paix, mon fils chéri, mon fils bien-aimé, mon fils de prédilection, etc. "

D. " Eh bien ! Attila, les entends-tu les paroles d'amour de ton Dieu ? "

R. " Oui, tu as dit vrai. "

D. " Oh ! Je te rappelle ta promesse. "

R. " Je la tiendrai. Tu le verras. Adieu. "

D. " Viens donc prier tous les jours avec moi. "

R. " Je te le promets. Attila. " 

 

Si nous résumons les événements se rattachant à la maladie de mon fils, ici, le doigt de Dieu, son intervention divine, les desseins de sa miséricorde infinie, apparaissent dans tout l'éclat, en l'autorité imposante de leur manifestation providentielle ! Oui, je dirai, pour l'édification de tous, que mon pèlerinage à la grotte de Lourdes, était venu se substituer dans mes projets au voyage de Vichy ; voyage que j'accomplissais tous les ans, quelques jours avant l'époque où devait éclater cette année, la maladie de mon fils. Je dirai encore que j'avais renoncé à ce voyage, afin d'aller à Lourdes, et que j'avais pris résolument cette dernière détermination, alors qu'une saison thermale à Vichy était jugée presque indispensable au rétablissement de ma santé, et que par mon abstention, je résistais aux instances réitérées de ma famille.

Oh ! Je dirai de plus que mon départ pour Lourdes, dont le jour avait été fixé, s'accomplit irrévocablement, par un acte énergique de ma volonté, le jour même qui avait été arrêté, et ce, malgré les obstacles géminés qui semblaient militer pour un ajournement, obstacles auxquels je me refusai de céder. Oh ! Ici, dis-je, au concours de tant de circonstances, se référant aux soins que je devais apporter à la maladie de mon fils, ne faut-il pas ajouter que ma détermination, toute providentielle par son incontestable opportunité, était marquée en son urgence même, et que ce pèlerinage à Lourdes, suscité, déterminé par un souffle inspirateur allait ouvrir à la ferveur, à l'exaltation de ma foi, la source bénie, s'épanchant de la grotte sainte de Marie, oui, du sanctuaire de Marie, cette mère divine, qui devait intervenir aux pieds du trône de son Dieu, pour conjurer le coup mortel qui menaçait mon fils, et neutraliser l'effet fatal des désordres morbides provoqués, suscités chez  lui par un esprit méchant et animé d'une haine profonde !

Disons bien haut que pendant que la miséricorde divine arrachait mon fils (en vertu de l'intercession de Marie) à un péril imminent, menaçant son existence, elle réveillait dans son cœur l'étincelle divine, et par une grâce ineffable, le rappelait à son Dieu. Disons enfin, à la glorification de l'intervention de Marie, que par le même acte de sa miséricorde divine et de sa bonté infinie, qui rendait mon fils à sa famille et à son Dieu, le Tout-Puissant ouvrait la voie de la résipiscence à l'esprit égaré qui exerçait son cruel maléfice sur mon malheureux enfant, et ramenait cet esprit réfractaire aux pieds de son trône, où il venait humilier son orgueil, reconnaître ses égarements, implorer l'oubli de ses fautes et solliciter sa place au banquet paternel de l'amour infini de son Dieu ! Oh ! Tout se lie dans les errements de la miséricorde, de la sagesse suprême ! Tous les actes de la Providence divine ont leurs ramifications profondes, infinies, et leur réseau insaisissable enveloppe la vie de l'homme, la féconde en ses aspirations secrètes vers son Dieu, réveille en lui les instincts de son essence divine, et ouvre sous ses pas la voie qui doit accomplir sa justification devant son Créateur ! 

Oui, j'ai dit que le trait de la miséricorde divine, qui a si ostensiblement rayonné sur mon fils, en l'arrachant à un péril imminent, l'avait aussi, par une grâce suprême, ramené à son Dieu, à qui il adresse matin et soir une fervente prière ! Oh ! Que ce même rayon divin, si miséricordieux, illumine le sens intime de tous ceux qui ont été témoins de son malheur et des larmes si amères qui ont coulé autour de lui, et que le parfum de la grâce divine qui l'a inondé si ostensiblement, s'épanche sur tous comme un baume ineffable et réparateur, venant cicatriser les plaies saignantes qu'ouvrent avec tant de déchirements, sous les pas de l'homme, les coups inattendus du ciel ! Oh oui ! Que l'éclat de la miséricorde divine frappe tous les yeux ! Oh ! Que surtout la chaleur de son rayonnement électrise mon fils à tout jamais, et que la lumière éternelle se fasse pour lui ! 0 mon Dieu ! Je sollicite de votre amour la sanctification de mon fils et de tous les siens, par l'intercession de Marie, l'arche sainte du salut du monde, aux pieds de votre trône éternel ! Le récit de la scène émouvante qui précède, et que le Tout-Puissant avait ostensiblement marquée du doigt de ses desseins éternels a trouvé une certaine hésitation sous les presses de mon imprimeur, et ce n'est qu'avec répugnance, regret même, qu'il a cédé à mon insistance, inspirée de mon Dieu.

 

 

Le 29 août 1871, à cinq heures et demie du matin, je me réveillai en sursaut. Un demi-jour éclairait ma chambre. Je vis à trois pas de mon lit une dame dont je ne pus distinguer les traits. Ma première impression fut celle d'une sensation de surprise répulsive. Je me soulevai brusquement et me mis sur mon séant. L'apparition s'éloigna peu à peu et disparut. Aussitôt revenant à moi, je m'écriai.     

D. " Serait-ce toi, ma bonne mère Marie ? "

R. " Oui, mon enfant chéri, je venais te consoler. "

D. " Je suis donc menacé de quelque grand malheur ? "

R. " Non, mon enfant, mais je t'apportais les paroles d'amour de ton Dieu. "

D. " 0 ma bonne Marie ! T'aurais-je offensée par mon brusque et répulsif mouvement ? "

R. " Non, mon enfant chéri, rassure-toi. "

D. " Oh ! Tu reviendras ? "

R. " Oui, mon enfant chéri, je t'apparaîtrai souvent à l'avenir ; Dieu le permet. "

D. " Oh! Je recevrai donc souvent les consolations de Marie ! Oh ! Merci, mon Dieu, mon divin Père, des grâces divines dont vous ne cessez de m'immerger ! "

 

La veille en me couchant, j'avais prié avec ferveur et donné mon âme à Dieu, il avait daigné me répondre par des paroles suaves, ineffables et en les accents du Père le plus tendre. Oh oui ! Je m'étais abandonné sans réserve aucune à sa sollicitude paternelle, à sa providence divine. Il avait daigné accepter mes sentiments d'abandon, pleins d'amour, et me promettre, pour moi et ma famille, sa protection divine !

 

 

30 août 1871, 6 h. et demi du matin.

Prière à Dieu.

" Mon divin Père, cette nuit j'ai eu un rêve, une vision affreuse. Un malheureux, étreint par la faim, est venu expirer à mes pieds ! Serait-ce là un avertissement, une instruction ? Daignez m'éclairer, mon divin Père ! "

Réponse : " Mon enfant chéri, la faim est la plaie saignante de ton divin Père en ses enfants sur la terre ! Oh ! Veille à tous les instants de ta vie, à en préserver tes frères. Ton Dieu viendra à ton aide et centuplera tes efforts ! Oui, mon enfant chéri, sois la providence de tes frères, et tes sentiments de commisération se confondront avec ceux de ton Dieu, qui remplira ta main libérale, à mesure qu'elle se videra ! Oh ! Mon enfant chéri, c'est ainsi que tu identifieras ton essence divine, avec l'amour infini de ton Dieu, qui s'épand sur tous les êtres qui souffrent dans leur travail d'élaboration, pour arriver jusqu'à lui, leur Créateur. L'amour, ah ! L’amour émané du ciel est, mon fils, l'éternel vestibule du temple de l'ère nouvelle, dont tu poses, au nom de ton Dieu, les premières assises, et qui, sous ta main bénie, verra bientôt son immortel couronnement ! Courage, mon enfant chéri, la voie se déblaie devant toi, sous le souffle de ton Dieu, qui s'épand sur la surface du monde et pénètre dans ses incommensurables profondeurs ! Oh, courage mon enfant chéri, ta tâche est divine ! Ton Dieu t'associe à son œuvre, à la pensée éternelle qui a présidé à la création, et qui ouvre les voies de l'exaltation de la créature jusqu'aux pieds du trône de son Créateur ! Oui, mon enfant chéri, c'est au nom de l'amour de ton Dieu qui a tout créé, que tu rallies l'œuvre de la création à son principe éternel, et que tu réintègres le réseau de la miséricorde divine, rompu ou altéré par les travers et les égarements de l'homme, en sa marche ascendante vers son Dieu ! Oui, mon enfant chéri, tu es le chaînon suprême qui relie tes frères à ton Dieu ! Tu es le canal suprême de sa miséricorde ! Tu es le ministre suprême de ton Dieu, et sur la terre et dans le ciel ! Oh ! Vis en paix, mon enfant chéri ! Ton Dieu t'immerge en son amour infini, en son amour éternel ! Ton Dieu. "

 

D. " 0 mon divin Père, je m'abandonne tout entier à votre amour divin ! Je m'abîme en votre miséricorde infinie ! 0 mon Dieu ! Je n'aspire qu'au bonheur de vous appartenir pendant l'éternité ! Mais, mon divin Père, puis-je communiquer à mes frères vos brillantes paroles ? Ne seront-ils pas révoltés de tant d'orgueil ? "

R. " Ecris mon enfant chéri ce que te dicte ton Dieu ! C'est sa volonté suprême ! C'est le baptême de ton exaltation ! C'est le sceau de ta justification devant sa justice éternelle ! C'est la glorification de ton essence divine ! C'est la pensée suprême du Créateur se développant en toi ! C'est l'effusion de l'amour divin, de l'amour de ton Dieu ! Vis en paix, fils chéri de ton Dieu. Ton Dieu. "

 

 

Évocation. 29 août 1871, 4 h. du soir.

" Mon cher Alfred de Musset, voudrais-tu bien, avec la permission de Dieu, me donner la silhouette de Grévy, le président de l'Assemblée Nationale ? "

Réponse.

" Volontiers, cher ami. Lasse de son repos,

Ma muse, à ton appel, réserve un doux sourire.

Le crayon à ta main se présente à propos ! 

Alerte sur tes pas, elle te dit d'écrire.

De ses épanchements reçois les premiers mots.

Grévy, de vœux ardents, calme l'impatience. 

De l'ordre, en le progrès, élevant le drapeau, 

Des débats irritants rompant l'intempérance, 

Il éteint des partis les combats à outrance, 

Et sur les combattants il passe le niveau.

Homme du mouvement, sa pensée est honnête, 

Avec courage, honneur, il flétrira le mal. 

Et si vers l'avenir est sa pente secrète, 

Il ne veut au passé porter le coup fatal. Alfred de Musset. "

 

Même séance.

Silhouette de Pouyer-Quertier, ministre des finances.

" Pouyer-Quertier poursuit une inique croisade 

Contre l'ère nouvelle et l'élan qui surgit. 

Du libre-échange il veut renverser le crédit. 

D'un lucre personnel est-ce la sauvegarde ? 

Est-ce en son propre nom qu'il soutient le conflit ?

Croit-il qu'à ses côtés le pays le seconde !

L'égoïsme a vécu sur la face du monde.

Tomberont sous leurs poids les barrières de fer, 

Parquant les nations en zones infécondes, 

Appauvrissant le sol de ses produits divers.

Que, ministre d'un jour, il réserve à la France 

Les filons précieux emplissant son trésor. 

De son système usé, que l'insigne impuissance 

D'un splendide avenir ne brise le ressort.

Les peuples, autour d'eux, épanchant leurs richesses, 

Par de nombreux canaux se donneront la main. 

De leurs efforts communs, l'incessante largesse, 

Par des bienfaits nouveaux comblera leur destin. "

 

 

Évocation. 2 septembre 1871, 4 h. du soir.

Silhouette de Lambrecht, ministre de l'intérieur.

" De Lambrecht écoutons la débile parole. 

Il est honnête au fond, il médite le bien. 

De l'intérim social, terne et pâle auréole, 

Son reflet, dans les temps, ne représente rien.

En un frêle pouvoir, ministre provisoire,

Il laisse à son courant le vaisseau démâté.

De le sauver il sait qu'il n'aura pas la gloire, 

Et livre à tous les vents sa faible autorité ! "

 

Même séance. 4 h. et demie du soir.

Silhouette de Jules Simon, ministre de l'instruction publique.

" Jules Simon, hélas, a-t-il fait fausse route ? 

Oh ! Des clubs au pouvoir, en son rapide élan, 

A-t-il su refouler des amis qu'il redoute ? 

Pour leur compte ou le sien s'est-il fait si puissant ?

Du point si hasardé d'où part l'économiste, 

A-t-il pu jusqu'ici déblayer le chemin ? 

De l'Internationale a-t-il laissé la piste ? 

Doit-il lui résister ou bien briser son frein ?

Tribuns, avouez donc votre palinodie, 

Et soyez repentants des maux que vous causez. 

Ployez les deux genoux devant votre patrie !

Demandez-lui pardon ! Pleurez son agonie ! 

Et conjurez les cieux par vos cœurs offensés ! "

 

 

Évocation. 11 septembre 1871, 8 h. et demi du matin.

" Mon cher Alfred de Musset, voudrais-tu bien me donner, avec la permission de Dieu, la silhouette de Dufaure, ministre de la justice ? "

Réponse.

" Dufaure est avocat, remplira-t-il sa tâche ? 

Est-il bien soucieux du choix de ses moyens ? 

Est-ce la bonne cause, en son dossier, qu'il cache ? 

A-t-il pour la gagner l'argument souverain ?

Au champ de l'avenir, il faiblit, il s'égare, 

Son étoile polaire a perdu son zénith ! 

Sur les récifs cachés, où scintille son phare, 

Viendra-t-il s'abîmer aux feux qui l'ont séduit ?

Aux détours du palais, dont il connaît les êtres, 

Il cherche à s'inspirer et renforce sa voix. 

Mais sur ce sol mouvant, n'existe-t-il des traîtres ? 

Est toujours imprudent qui fait fléchir la loi. "

Silhouette de Cissey, ministre de la guerre.

 

 

11 septembre 1871, 2 h. et demi du soir.

"Cissey, plein de talent, qui s'élève au génie, 

Cherche à recomposer vos bataillons épars. 

Tout dévoué de cœur à sa chère patrie, 

Il galvanisera sa suprême agonie !

Il en fera surgir l'indomptable étendard ! "

 

Même séance. 2 h. quarante cinq du soir.

Silhouette du général Chanzy.

" Chanzy tient du soldat. Il est né capitaine. 

Intrépide au combat, il a su commander.

Il a, dans vos malheurs, glorifié l'arène.

Au grand jour du triomphe il saura s'illustrer. "

 

Même séance. 2 h. cinquante du soir.

Silhouette du général Faidherbe.

" Faidherbe, de hauts faits a scellé sa carrière. 

Saura-t-il couronner ses illustres fleurons ? 

L'ambition, jamais, de son feu délétère, 

Ne doit-elle ternir ses belles actions ? "

 

Même séance. 3 h. dix du soir.

Silhouette de Pothuau, ministre de la marine.

" De nos braves marins, digne chef, digne enseigne, 

Pothuau, du combat, donnera le signal.

Oh ! Quel que soit le bras qui le pousse et l'étreigne, 

Il saura sous ses pas porter le coup fatal. "

 

 

Prière inspirée à la lecture de la vie de Jean-Marie Vianney, curé d'Ars, mort en odeur de sainteté, le 5 août 1859.

" Chaque jour, ô mon Dieu, de votre voix divine, 

Vous m'élevez à vous, en vos feux tout-puissants !

Vous exaltez en moi mon obscure origine !

Me nommez le plus pur, le chef de vos enfants !

Mon Dieu je crois en vous, j'écoute vos paroles ! 

Mais je sens mon néant et mes instincts fangeux.

Mon âme, subissant sa terrestre alvéole, 

Chancelante, à vos pieds, aspire vers les cieux !

Oh ! Que suis-je ici-bas ? Infinie créature ! 

Et qui rampe humblement sur un sol tourmenté ! 

Où brillent près de moi de célestes natures, 

Dignes de votre amour et de votre bonté !

Que d'efforts généreux ! Que de vertus sublimes ! 

Dans l'infini des temps, glorifiant vos lois !

De mon indignité me montrant les abîmes, 

Ont dressé sous leurs pas leurs éternels pavois !

Se dégageant du sol qui captive mon âme,

Ils immolaient leur corps et comprimaient leurs sens ! 

Et du ciel dérobant l'inextinguible flamme,

Dans le cœur de leur Dieu empruntaient leurs accents !

Oh ! De la charité saisissant la bannière, 

Du sourire du ciel illuminaient leurs pas ! 

Et, recueillant d'en-haut leur rayon de lumière, 

Fécondaient sa chaleur en bienfaits ici-bas !

Serait-ce en leur zénith, où ces âmes d'élite

Ont attaché déjà leur glorieux fleuron,

Que je pourrais prétendre à l'orgueilleux mérite 

D'arborer au-dessus mon humble pavillon ? "

 

Paroles divines.

" Rassure-toi, mon fils. Dans l'empire céleste 

La justice de Dieu fait la part à chacun.

Le rang qui t'est acquis, en ton âme modeste, 

Un jour conquis par tous, à tous sera commun.

En toi, du Tout-Puissant éclate la pensée.

En toi sa volonté s'accentue en tous lieux.

En toi, de ses desseins, existe la traînée,

Et son doigt sur ton front doit frapper tous les yeux !

Le dernier au labeur, en ta tâche bénie, 

Tu signales à tous le chemin du salut !

En ton céleste amour, ta belle âme est ravie !

Tu livres à ton Dieu le souffle de ta vie ! 

A tes frères errants tu découvres le but !

Inspiré de ton Dieu, t'élevant dans l'espace, 

Tu pénètres la nuit des lois de l'univers ! 

Du grand œuvre, à ta voix, le mystère s'efface,

La lumière se fait jusqu'au fond des déserts !

Ton mérite est ta foi ! Ta gloire est ton courage ! 

Ton exaltation est l'amour de ton Dieu !

De son souffle éternel reçois ici le gage !

Oui, sa voix en ta voix doit vibrer en tout lieu ! Ton Dieu. "

 

 

Évocation. 30 octobre 1871, 6 h. du matin. 

" Esprit Vianney, toi qui, en ta dernière existence terrestre, en ton ministère de pasteur de la paroisse d'Ars, as donné à tes frères l'exemple de toutes les vertus, toi qui as signalé à leurs yeux la voie du salut, voudrais-tu bien te communiquer à   moi ? "

Réponse : " Volontiers. C'est avec admiration que je contemple ton message divin ! Oui, mon frère vénéré, tu es la boussole de tous tes frères, tu es le phare lumineux du ciel, car c'est ton Dieu qui t'inspire, pour le salut de l'humanité entière ! Ne crois pas que ta mission sur la terre soit celle d'un infime pèlerin, cheminant péniblement dans la voie que lui a tracée la tradition des siècles d'ignorance, siècles que n'éclairaient pas encore les rayons célestes partis des pieds du trône de ton Dieu, et qui t'illuminent de la grâce et de la miséricorde divine, pour dissiper les ténèbres dans lesquelles se traîne l'humanité ! Ma mission sur la terre a été plus humble. Elle avait pour fins de tourner les regards de l'homme vers son Dieu, de l'effrayer de ses turpitudes, de ses iniquités, et de lui montrer la bannière de la fraternité, de la solidarité divine. Ma mission était de montrer aux riches, aux heureux de la terre, l'usage qu'ils doivent faire du superflu que leur Dieu leur a octroyé, et leur apprendre que, dépositaires de la munificence providentielle de leur Dieu, le soulagement des misères, des souffrances de leurs frères est une tâche divine qui leur est imposée. Ma mission avait pour objet de leur enseigner à vaincre, par le jeûne, la macération et la prière, l'ennemi de leur âme divine, ce vil corps auquel elle est attachée, ce tyran aux instincts terrestres, l'entraînant dans la fange des passions immondes, et la séparant ainsi de son Dieu. Oh ! Je galvanisais ces âmes, abruties sous l'empire de leurs sens, par l'image d'un Dieu vengeur et implacable en sa justice éternelle. Je la voilais ainsi, cette image divine, et je frappais mes frères de terreur, au lieu de leur inspirer de l'amour ! Oh oui, de l'amour, ce lien indissoluble qui unit la créature à son Créateur, à son Dieu, à son Père divin ! Oh ! Sous ta plume inspirée, toi, tu restitues à ton Dieu cet attribut ineffable, ce rayonnement suprême de sa toute-puissance, l'amour divin, infini, éternel et qui exclut la colère, la vengeance et la répression implacable de l'éternité ! Oui, mon frère vénéré, je menaçais mes frères de la justice de Dieu, et toi tu les rassures. Je retournais dans leur cœur le glaive du remords, et toi tu les consoles. J'ouvrais à leurs yeux effrayés les portes de l'enfer, et toi tu leur promets pour fin, en la miséricorde de leur Dieu, les splendeurs du ciel et de sa gloire divine ! Ma pensée était pure. J'étais plein d'amour pour mon Dieu, plein d'amour pour mes frères ! Oh ! Inspiré de cet amour, j'ai fait un peu de bien en passant sur la terre, et Dieu, en sa miséricorde infinie, m'a comblé de sa munificence divine. Oh ! Vis en paix, fils bien-aimé de ton divin Père. Ton amour si pur pour ton Dieu sera ta gloire suprême aux pieds de son trône éternel où tu seras immergé de son amour infini ! Reçois, mon frère vénéré, mon accolade céleste. Vianney, curé d'Ars. " 

 

L'esprit signale ici, les deux phases divines d'apostolat qui s'évincent des enseignements du Christ : l'une qui, s'imposant aux sens, a été appelée à contenir par la crainte, leurs emportements et à comprimer la brutalité de leurs instincts ; l'autre qui, s'adressant à l'esprit, au sens moral de l'homme, doit faire vibrer en lui ses fibres divines, par l'image de son Dieu, image ineffable illuminée de sa miséricorde et de son amour infinis ! Ce sacerdoce suprême doit surtout détacher l'homme de ses aspirations terrestres, les élever, les diriger vers ses fins dernières, cet océan de gloire, de bonheur, de béatitude éternelle ! Le bon pasteur d'Ars est ému ici, de la sainte frayeur qu'il inspirait à ses ouailles chéries, aussi s'écrit-il de sa voix limpide. J'étais plein d'amour pour mon Dieu, plein d'amour pour mes frères ! Oh ! Dans sa sainte émotion, il se reproche la terreur divine qu'il jetait dans le cœur des fidèles qui l'écoutaient. Il s'excuse de ses pratiques comminatoires, dont il fait remonter l'inspiration chez lui aux traditions des siècles d'ignorance. Mais ce bon pasteur n'aurait-il pas plutôt à faire une part plus large aux exigences du mandat sacré qui lui incombait, afin de combattre les entraînements de la réfractaire humanité, résistant à l'appel de son Dieu, ce Dieu si bon qui l'immerge de ses grâces, et se montrant si oublieuse de ses bienfaits paternels, bienfaits dont elle est inondée. Oh ! Disons-le hélas, une seule fibre palpite en l'homme, la fibre terrestre et dans l'égoïsme de ses appétits sensuels qui ferment son cœur aux pulsations de l'amour pour son Dieu, il ne sait s'humilier devant ce bienfaiteur divin, que par la crainte du châtiment ! Ici, la sollicitude toute paternelle du bon pasteur d'Ars s'évertuait pour arracher, par l'image effrayante des tourments éternels, ses ouailles bien-aimées à l'abîme corrupteur de leurs passions, impuissant qu'il était de les ramener à l'amour de leur Créateur et à leur justification divine aux pieds de son trône éternel !

 

 

Le 7 décembre 1871, sept heures du soir, j'évoquai Rossel, condamné à mort par un conseil de guerre et exécuté en novembre 1871.

Évocation.

" Mon cher esprit, tu as terminé ta dernière existence terrestre par une mort bien dramatique. N'aurais-tu rien à me dire, avec la permission de Dieu ? "

Réponse : " Si, écris. Ton Dieu est le mien. J'aspirais sur la terre à affranchir mes frères du réseau d'égoïsme sous l'empire duquel ils gémissent. J'ai été l'un des champions de l'ère nouvelle, mais j'ai glissé sur un sol détrempé de sang ! Oh ! Ma pensée était pure, je voulais le règne de la justice pour tous, mais j'ai violé les lois de mon pays, j'ai mérité la mort parce que j'ai donné l'exemple de la défaillance dans un péril imminent pour ma patrie ! Oh ! Que tous ceux qui sentent palpiter leur cœur pour leur pays, ne suivent pas mes traces. C'est manquer le but sacré que de le poursuivre par la violence. La sagesse divine qui préside aux destinées du monde, mesure ses coups, elle attend son moment et l'heure de ses desseins ! Toi, calme sur les brisées de l'avenir, d'un regard serein, tu contemples sans t'émouvoir, le drame qui s'accomplit ! Tu plains tes frères égarés, tu déplores leur démence, mais tu les absous de leur élan trop prompt et inconsidéré. Tu aperçois à l'horizon l'oasis qu'ils poursuivent, et tu voudrais retenir leur course téméraire au travers de l'espace, où la voie n'est pas encore ouverte, pour donner cours à leurs ardentes aspirations. Tu es la vigie céleste dont la mission est d'avertir tes frères au bord du précipice qui s'ouvre sous leurs pas. Tu es le phare de l'avenir, et en toi repose le salut de l'humanité ! Oh ! Courage, enfant chéri de ton Dieu, ministre de sa volonté. Ta main s'ouvre sur la tête de tes frères, pour épancher sur eux l'amour et les bienfaits de ton Dieu ! Sois béni à jamais sur la terre, comme tu l'es dans les cieux ! Tes frères désincarnés se pressent autour de toi, comme leur guide divin, et pour te témoigner leurs sentiments de gratitude, de respect et de vénération ! L'ère, dont tu es le précurseur, s'approche ; tous les liens du vieux monde se rompent, et la régénérescence de l'humanité entière va s'accomplir à ta voix inspirée de ton Dieu, dont le souffle m'électrise en ce moment et me dicte les paroles brûlantes qui suintent de ton crayon ! Au revoir cher ami, dans la sphère divine où je t'attends pour te donner l'accolade de reconnaissance et d'amour, au nom de l'humanité entière, au nom surtout de notre chère patrie, dont tu seras le sauveur ! Adieu mon cher ami et vénéré frère. Rossel. " 

 

Peuples et souverains, vous l'entendez cet enfant d'une idée généreuse, et animé d'une pensée divine, reconnaître, confesser ses torts, son élan inconsidéré dans le domaine de la justice éternelle de l'avenir ! Ecoutez-le. Il vous enseigne en son profond repentir, à ne jamais agir qu'avec le calme de la sagesse divine, ou plutôt d'attendre l'heure marquée en la sollicitude miséricordieuse de votre Dieu. Il vous exhorte surtout à vous attacher toujours au pas de sa clémence divine.

 

 

Le 22 décembre 1871, six heures du matin, je me trouvais entre la veille et le sommeil, tout à coup m'apparut une fosse ouverte, à côté de laquelle était assis un vieillard aux cheveux blancs. Ses yeux étaient tournés vers le ciel, avec le sourire de la foi et de l'espérance ! A mon réveil complet, qui suivit de près cette apparition, je priai les bons esprits mes protecteurs, de vouloir bien, avec la permission de Dieu m'inspirer quelques vers sur un si sublime sujet. 

Réponse.

" Ecris.

J'aime à voir le vieillard au bout de sa carrière, 

Délaisser le chemin qu'il vient de parcourir ! 

Calme, arrêter ses yeux sur son heure dernière ! 

En l'oubli du passé supputer l'avenir !

Sur les aspérités du sentier de la vie, 

Avec sérénité reporter son regard ! 

Et de ces bords ingrats, en son âme ravie, 

Attendre sans regret le signal du départ !

Ses membres, fatigués d'une si longue course, 

Font pressentir au corps son éternel repos !

A l'âme, son retour vers sa divine source !

Ils lui font les adieux qui vont clore leurs maux !

Fille du Tout-Puissant, l'âme va vers son Père ; 

Sa main, pleine de biens qu'elle a su recueillir ; 

Elle va regagner la divine atmosphère, 

Le règne de l'amour et la fin des désirs !

Tel est donc l'avenir pour la foi, l'espérance ! 

En un sol tourmenté, c'est l'ineffable adieu,

C'est la migration du séjour de l'enfance ; 

C'est un degré franchi pour arriver à Dieu.

C'est le courant divin, qui vers Dieu vous entraîne !

C'est le point culminant qui vous est révélé ! 

C'est la palme dressée au sommet de l'arène ! 

C'est le but glorieux en un sol éprouvé !

0 vieillard ! Cheminant sous le poids des années ! 

Sans trouble, vois creuser la fosse qui t'attend ! 

Reconnais sous tes pas les divines traînées, 

Qu'ouvre pour ton bonheur l'amour du Tout-Puissant !

D'un regard dédaigneux, contemple la poussière 

Qui souillait, en passant, tes augustes destins ! 

Sur ton front, dont jaillit la céleste lumière, 

Sont écrites de Dieu tes immortelles fins ! Lamartine, inspiré de ton Dieu. "

 

La mort du vieillard, qui a suivi sur la terre la voie du Seigneur, est l'image du coucher radieux du soleil, après une journée d'orage et tourmentée par la tempête !

 

 

Évocation. 28 janvier 1872, 3 h. cinquante cinq du soir.

" Mon cher esprit Persigny, n'aurais-tu rien à me dire, avec la permission de Dieu ? "

Réponse.

" Ecris, mon frère vénéré. Tu tiens dans ta main le sort du monde ! Ta voix sonore, inspirée de ton Dieu, doit retentir en tout lieu ! L'avenir doit déchirer ses voiles pour tous ! En ta marche triomphante, tu foules des ruines sous tes pas ! L'ère dont tu es le promoteur commence à poindre à l'horizon des destinées de l'humanité ! Que les hommes qui occupent le pouvoir en la scène du monde, s'humilient devant leur Dieu ! Leur grandeur croule par sa base ! Leurs desseins, leurs projets éphémères se dissiperont comme la fumée qui se perd en l'immense atmosphère ! Leurs mains sont impuissantes à fonder ! Les matériaux, gisant autour d'eux, désagrégés, ont subi les injures du temps ! Seul, le Tout-Puissant peut relever le monument de l'ordre social, avec les éléments, que de son souffle divin, il fera surgir du chaos ! Le cœur de l'homme, séparé de son Dieu, s'étiolait chaque jour à l'ombre de ses passions et de l'égoïsme, qui seuls en réglaient les pulsations ! Le marasme, une lutte acharnée entre tous les appétits désordonnés, se dressaient comme un spectre menaçant, ouvrant l'abîme où toutes les vitalités sociales devaient fatalement s'engloutir ! Dieu seul pouvait conjurer cet immense naufrage, et rappeler la vie au cadavre social, qui gisait presqu'inanimé dans les convulsions d'une suprême agonie ! Oh ! Rassure-toi, mon frère vénéré. Le sourire du ciel va illuminer la terre ! A ta voix bénie, le calme du bonheur va rayonner sur tous ! La paix du cœur née du souffle de Dieu, viendra clore les scènes désolantes du cataclysme qui se prépare !

Vis en paix, fils bien-aimé de ton Dieu ! Tu seras l'homme fort, le juste au milieu des ruines du monde ! Le front calme et rayonnant de l'amour de ton Dieu, tu suivras son impulsion divine, et debout à tes côtés, il te protégera contre tous.

C'est ton Dieu qui m'inspire et qui me dicte les paroles de feu que je t'adresse.

Adieu, mon frère vénéré, reçois mon accolade sympathique. De Persigny. "

 

Entendez vous, peuples et grands de la terre, la trompette des temps prédits ?

 

 

Le 4 février 1872, cinq heures et demie du matin, j'étais dans mon lit. Je venais d'adresser ma prière à Dieu, pour le remercier de la grâce qu'il m'avait accordée, de prendre mon sommeil dans ses bras paternels. Tout-à-coup éclata au-dessus de mon lit une vive lumière, de laquelle se détacha une splendide figure. Des éclairs jaillissaient de son front. Je m'écriai aussitôt. " 0 mon Dieu ! " Cette figure était suivie d'une armée française qui, en sa marche, laissait quelques morts étendus sur le sol.

Prière à Dieu. 8 h. quarante du matin.

" 0 mon divin Père, puis-je, sans vous offenser, vous demander quelle est la signification de l'apparition qui m'est advenue ce matin ? "

Réponse : " Ecris, mon fils chéri. L'image qui t'a apparue ce matin est celle de ton Dieu. C'est le Dieu des armées, qui dirigeait les bataillons de la France. Leur triomphe doit s'accomplir pour la glorification des desseins de ton Dieu. C'est son bras tout-puissant qui les conduira à la victoire, à l'heure marquée en ses décrets éternels. Tout se prépare pour l'ère divine qui doit être inaugurée sur la terre, à la voix de ton Dieu, qui est en toi, et dont tu es l'écho béni. Annonce à tes frères le dénouement de la scène émouvante qui terrifiera leur cœur, et dont le dernier acte fera dresser les cheveux sur leur tête ! De ta voix solennelle et autorisée, inocule en eux le courage, et au milieu des ruines que sèmera la tempête, montre-leur le port et l'oasis fortunée qui leur promet le repos pour leurs membres fatigués. Oh ! Montre-leur surtout le phare divin qui, se dressant sur la terre, élèvera le sommet de sa colossale colonne jusqu'aux pieds du trône du Tout-Puissant, ce foyer infini de lumière, de miséricorde et d'amour ! Qu'ils brisent avec un héroïque courage leurs attaches terrestres, que la main du temps doit dissoudre un jour, et ne leur laissant que de courts instants pour former les seuls liens durables, les liens qui doivent les unir à leur Dieu et qui sont à l'abri des injures du temps. Dis à tes frères, au nom de ton Dieu que, sur la pente qui les entraîne, ils ouvrent les yeux à la lumière, éclairant le fond de l'abîme béant à leurs pieds, pour les engloutir. Dis-leur à tous que c'est entre le ciel et l'enfer que s'accomplit leur agitation fébrile ! Le ciel, ce sourire de miséricorde et d'amour ! L'enfer, les flammes éternelles de leur épuration, douleurs poignantes où doit s'élaborer leur tardive régénérescence. Telle est mon fils chéri, ta tâche bénie que t'a confiée ton Dieu. Elle est grande, elle est immense, elle est laborieuse, mais n'oublie pas un seul instant, que dans l'accomplissement de ta suprême mission, tu es le ministre suprême de ton Dieu, qui t'inspire, te soutient, te protège de son bras tout-puissant, et qui tient dans sa main la palme immortelle qui t'est destinée ! Vis en paix, mon enfant chéri. Ton Dieu. "

 

Écoutez, écoutez, peuples et grands de la terre, écoutez votre Dieu qui vous parle, en tout l'épanchement de sa miséricorde divine ! L'heure est solennelle, il vous ouvre ses bras paternels ! Il vous convie au banquet de son amour ! Oh ! Ne soyez pas sourds, ne soyez pas réfractaires à l'appel suprême de votre Dieu ! Les signes des temps. Le jour même de la vision qui m'est advenue et rapportée ci-dessus, est apparu vers sept heures du soir un éclatant météore qui, pendant toute la nuit, a couvert le ciel d'un reflet de sang. Cette remarquable perturbation atmosphérique, astronomique, faut-il peut-être dire, se rattachant ici, par une coïncidence frappante, à la vision constatée ce même jour dans mon lit, à cinq heures et demie du matin, revêtirait, avec une certaine évidence, les caractères saisissants d'un avertissement du ciel. Ne nous étonnons pas que les populations, et notamment celle de Paris, aient été profondément émues de l'aspect insolite que présentait cette nuit rutilante, émotion que justifiait suffisamment, en leur esprit, le souvenir d'un phénomène pareil, qui s'était manifesté déjà à une époque mémorable, et qui avait fait naître, comme celui-ci, de sinistres pressentiments et ce, quelques jours après le 4 septembre, date ouvrant la série des désastres inouïs qui sont venus, coup sur coup, accabler la France ! Qu'il nous soit permis d'ajouter que si c'est là un signe du ciel, ainsi que nous ne saurions en douter, ce présage menaçant, qui trace une traînée de sang au cours des événements terribles qui se préparent, ce présage alarmant venant se combiner ici, par une coïncidence saisissante, avec la vision qui m'est advenue, semblerait annoncer qu'après des jours sinistres, la France en son extrême agonie, serait galvanisée en son génie, en sa fibre héroïque, et se relèverait avec un ascendant suprême, de l'état d'affaissement, d'humiliation qu'elle subit !

 

 

Quant au caractère de l'impression produite sur la population de Paris, par le météore du 4 février 1872, laissons parler le courrier politique correspondant du Journal de Lot-et-Garonne, et enregistrons les réflexions qui lui ont été suggérées.

" Versailles, 5 février.

Peu de temps après le crime du 4 septembre, les parisiens furent distraits un soir, des poignantes préoccupations que leur causaient les manœuvres des prussiens autour de la ville investie, par un phénomène splendide qui donnait au ciel l'aspect d'un immense et rayonnant incendie. Des bords de l'horizon, de longues flammes rouges s'élançaient vers la voûte céleste, avec une sorte d'impétuosité sinistre ; il y avait comme un cratère invisible d'où sortait, pour se répandre dans le profond azur du soir, une lave sanglante. Tout Paris assista à ce spectacle inattendu, l'aurore boréale devint l'objet de toutes les conversations. Les masses, vous le savez, sont superstitieuses, vous n'empêcherez jamais les esprits de s'attacher aux présages, et pour peu que les circonstances soient inquiétantes, cette tendance s'exalte et se généralise. Or, quelles circonstances tragiques ! L'ennemi en armes autour de la cité, et la population livrée au souffle meurtrier de la démagogie ! Les présages n'apparurent point favorables. Sous les lueurs rouges du ciel, les fronts s'assombrirent. Le pis, c'est que les événements sont venus d'eux-mêmes, en quelque sorte : famine, capitulation commune, massacres, se placer sous le dais de pourpre effrayant que le météore semblait ainsi leur avoir préparé ! Ce nimbe flamboyant attendait, pour leur faire auréole, l'épouvantable année 1871 ! Il faut déplorer ces tristes coïncidences, certainement il est malsain pour les imaginations populaires, de subir ces aveugles impressions, mais autant il est facile d'en démontrer l'inanité, autant il est impossible de les détruire. Aussi, n'est-ce pas sans une sorte de serrement de cœur qu'on a pu hier voir, dans les rues de Paris, les regards de tous les passants levés vers le ciel, et contemplant un fleuve de flammes rouges qui, partant d'une mer rutilante à l'horizon, s'étendait sur la ville, c'était l'aurore boréale, l'aurore sanglante qui revient. Parmi tous ces parisiens arrêtés, la tête renversée sur les épaules, au bord des trottoirs, il n'en est pas un, peut-être, qui consentît à avouer que de noirs pressentiments venaient l'assaillir, bon nombre sans doute faisaient effort pour ne pas se l'avouer à eux-mêmes, mais il est certain que d'amers et douloureux souvenirs ont été pour tous, brusquement évoqués par le retour du phénomène. Pour quelle part la superstition, la foi aux présages, les faiblesses de l'imagination entreront dans les impressions reçues par la population parisienne ? Etc., etc. "

 

Remarque : 0 esprits forts, qui du haut de votre scepticisme frondeur, croyez devoir vous apitoyer en termes lamentables sur les aberrations de l'imagination humaine, qui cherche dans le ciel le phare qui doit guider ses pas ! Oh ! Dites-le, prétendriez-vous par hasard que l'Etre suprême, qui vous a fait surgir du néant, ait voulu abandonner son œuvre, la créature de son amour, aux hasards de la fatalité ? Mais à un autre point de vue oseriez-vous prétendre que l'Etre suprême ait daigné soumettre les voies impénétrables de sa sagesse infinie au contrôle de votre orgueilleuse raison ? Eh quoi ! Vous vous étonnez ? Vous regrettez même avec humeur que des événements sinistres que nous déplorons tous, soient venus donner raison à de prétendues prévisions, selon vous, prévisions superstitieuses des masses ! Les masses, permettez-moi de le dire, sont peut-être ici, en leur pieuse spontanéité, plus près que vous de la vérité. Le bon sens chez l'homme, le sens intime que n'a point étouffé encore les données éphémères d'une science quelquefois téméraire, ne lui permet pas d'hésiter en des moments suprêmes. Il tourne ses regards attristés vers le ciel et y cherche les signes que son Dieu, ce Père divin, à son heure, fait éclater en sa sollicitude paternelle, aux yeux de ses enfants ; signes qui peut être bientôt viendront confondre votre superbe dédain ! 

 

 

Inspiration. 8 février 1872, 5 h. et demi du matin.

Hymne à la charité.

" La charité naquit un jour, de la souffrance !

Sur le trône de Dieu se dressa son berceau ! 

L'amour du Tout-Puissant sourit à sa naissance, 

Et sur tous ses enfants étendit son réseau !

Cette fille du ciel visite la chaumière, 

Contemple le grabat, de son œil attristé, 

Et du souffle du cœur soulage la misère ! 

Sur un frère souffrant rayonne sa bonté !

De son regard d'azur, reflet de bienveillance, 

Au cœur du malheureux dérobe le soupir ! 

Et du sein de son Dieu fait jaillir l'espérance ! 

Baume des maux présents et trait de l'avenir.

Elle apaise la faim, elle sèche les larmes ! 

Du sourire du ciel empruntant le parfum,

Elle tarit pour tous la source des alarmes ; 

Et de sa tendre main fait la part à chacun !

Vous qui voulez donner, si votre main est vide, 

Oh ! Demandez à Dieu le prêt de ses trésors ! 

Sous vos pas coulera l'onde pure et limpide, 

Qui d'un sol éprouvé rafraîchira les bords !

Dans le champ des bienfaits, suivez la Providence ! 

Des biens de votre Dieu devenez débiteur,  

Et vous recueillerez pour prix de sa créance, 

Son sourire divin et l'éternel bonheur ! "

Paroles divines.

" 0 mon fils ! Sois béni de ta sainte pensée !

Tu signales à tous les trésors de ton Dieu.

Oh ! Trace sous tes pas la divine traînée

Que son reflet pénètre et rayonne en tout lieu !

Oui, des biens de ton Dieu sois le dépositaire, 

Sollicite, en ton nom, sa libéralité !

Mon fils, laisse grossir ta dette envers ton Père.

Ton crédit dans le ciel s'ouvre en l'éternité ! Ton Dieu. "

 

Charité ! Charité ! Épigraphe suprême de toute œuvre spirite ! Oh ! C'est par un hymne à tes vertus, à tes fibres divines, que devait être couronnée l'œuvre de Dieu !