Chapitre 2 - Observations recueillies
I. De Genève et des environs
Observation I. – M. L. Gardy, ancien négociant, 68 ans, excellente santé. Spirite convaincu et militant, il a été l'un des membres les plus zélés du comité de la Société d'Etudes Psychiques dès sa fondation, et il a publié deux ouvrages estimés qui ont certainement beaucoup contribué à faire connaître le spiritisme à Genève et au dehors 4 . – Ne possédant pas lui-même de facultés médianimiques, M. Gardy n'avait pas cru devoir répondre à l'enquête en 1898 ; mais cette année il a eu l'obligeance de m'adresser le mémoire suivant (daté du 22 décembre 1907) :
« ... Puisque vous avez bien voulu m'envoyer votre questionnaire, je ne pense pas devoir garder le silence et vais chercher à vous faire connaître mes opinions et mes sentiments sur ces questions le plus sincèrement et le plus clairement possible. Veuillez-vous souvenir, à la lecture de ces lignes, que je ne suis ni professeur, ni au rang des lettrés – mes études ayant pris fin au début de ma seizième année – et que je ne peux, par conséquent, pas me flatter d'autre chose que de la franchise de mes affirmations....
I. « La médiumnité, chez moi, est complètement nulle ; il en est de même, autant que je peux le savoir, dans toute ma famille et si je n'avais que mes impressions intimes pour me faire une conviction, je serais resté et serais encore absolument inconscient de ces phénomènes. Actuellement ce qui m'intrigue le plus, c'est le rêve. Je rêve constamment ; je ne pense pas, dans les sept à huit heures de mon sommeil normal, rester un quart d'heure au plus sans rêver. Mais ces rêves n'ont, à ma connaissance, rien de prophétique, ni de symbolique, quelle qu'en soit l'étonnante variété. Ils ne me paraissent pas extraordinaires comme réminiscences, mais je me demande où je puise la foule d'événements, de personnages, de paysages et de monuments inconnus, qui se présentent à moi et souvent m'intéressent durant mon sommeil, et qui m'intriguent d'autant plus que je ne me reconnais pas la moindre imagination à l'état de veille. Je n'ai jamais été capable de faire la moindre composition au cours de mes études, et si je me suis lancé dès lors à publier deux courts ouvrages, les idées en étaient toutes puisées au dehors et non dans mon propre fond. Peut-être ces rêves sont-ils parfois des réminiscences d'existences antérieures ? C'est ce qu'il me serait impossible de dire. Un fait curieux, c'est qu'ils me reportent le plus souvent à 40 ou 50 ans en arrière qu'aux événements contemporains. Le spiritisme, en particulier, dont je fais ma nourriture habituelle, entre peu dans mes préoccupations nocturnes ; il ne m'est arrivé que rarement de me souvenir de phénomènes médianimiques dont j'aurais cru être favorisé durant mon sommeil. »
II. « Les séances vraiment intéressantes auxquelles j'ai assisté ont été peu nombreuses. J'ai renoncé à courir après ce genre de preuves pour lesquelles il faut d'abord trouver de bons médiums, puis ne pas craindre d'y consacrer de longues heures. Les circonstances ne m'ont pas été favorables sous ces deux rapports. Je ne citerai, en conséquence, que deux séances :
[1] « La première eut lieu à Londres, avec le médium Williams. A cette époque c'était l'Esprit John King qui apparaissait chez ce médium et se distinguait fort bien au fond de la salle obscure, au moyen d'un objet phosphorescent avec lequel il illuminait son visage : homme de haute stature, tête à barbe noire, dont la photographie a souvent été reproduite et qui avait quelque rapport avec celle de Ben Boa, du général Noël à Alger. Je n'ai pas été convaincu par cette séance faite dans des conditions qui ne pouvaient guère porter la conviction chez un novice, les précautions contre une fraude possible n'ayant pas été prises et l'anglais ne m'étant pas familier. La société réunie à cette séance paraissait plutôt composée de gens convaincus qui, pour cette raison, ne s'étaient pas donné la peine de faire une inspection minutieuse du médium et de la salle. Je dois dire qu'aujourd'hui, après 40 ans d'études et de réflexions, je suis plus disposé à admettre la valeur de cette manifestation, le médium Williams ayant poursuivi sa carrière médianimique sans avoir encouru, à ma connaissance, le reproche de supercherie dont tant d'autres ont été accusés.
[2] « A cette même séance je me trouvais par hasard côte à côte avec le Dr Nehrer, un Autrichien qui, habitant Genève, avait fait partie de notre première Société psychologique. Or, à la fin de cette séance (il était à la gauche du médium) son poignet droit se trouva orné d'un bracelet en métal qui s'était introduit à son bras au cours de la soirée. Je considérais le Dr Nehrer, qui était très bon spirite, comme assez enthousiaste et pour cette raison me méfiais quoique peu de l'authenticité du phénomène, qui a été reproduit dès lors en plus d'une occasion. – Si je raconte ces deux faits, c'est dans le but de démontrer que la crédulité ne s'oppose pas chez moi à une certaine dose de scepticisme ; scepticisme qui ne va pas jusqu'à se refuser à ajouter foi aux milliers et millions de déclarations de gens, dont beaucoup ne passent pour être ni des hallucinés, ni des fourbes, et qui, en tous pays, ont affirmé la réalité de faits que n'expliquent ni la télépathie, ni l'animisme.
[3] « La seconde séance que je vais mentionner est pour moi de bien plus d'importance, quoique, peut-être, elle en ait peu pour d'autres que ceux qui y ont participé. Elle se passait chez moi, le médium était le célèbre propagateur du spiritisme, Daniel Dunglas HOME. Il était accompagné de sa femme, et la réunion se composait, je crois, de huit personnes eu tout. Nous étions au salon, autour d'une table bien éclairée par une lampe. C'était la première fois que Home entrait chez moi, ce fut aussi la dernière – malheureusement, car il est reconnu qu'une première séance est, le plus souvent, médiocre et qu'il en faut une série pour que des résultats de réelle valeur soient obtenus. Quoi qu'il en soit, nous eûmes immédiatement des trépidations bien accentuées des chaises et du parquet, puis des attouchements par des mains que sentirent la majeure partie des assistants, une sonnette tintant sous la table et venant à deux reprises se mettre dans ma main, un accordéon jouant, quoique tenu à l'envers, et des caps.
[4] « Mais le fait principal, celui qui m'a le plus frappé et m'est resté dans la mémoire depuis 34 ans, comme au premier jour – ceci se passait en 1873 – ce fut un doigt, un joli doigt rose de taille moyenne, qui passa rapidement en face de moi, en rasant le bord opposé de la table, comme je le raconte dans mon opuscule sur Home (p. 62). D'autres sitters le virent aussi, plus ou moins bien, tandis que mon vis-à-vis, M. le pasteur T.…, le plus rapproché de l'apparition, déclara avoir vu la main entière. Ce doigt était bien peu de chose et pourtant il a suffi pour me démontrer la réalité des matérialisations, car quelle autre explication, Monsieur le professeur, pourriez-vous en donner ? Je vous en ai parlé à plusieurs reprises et n'ai pas pa obtenir de réponse ; le fait, à ce qu'il me semble, valait cependant d'être examiné. Si l'on me dit que c'était le doigt astral du médium qui se promenait ainsi, je ferai observer que ce doigt serait retourné en sens inverse de son point de départ, car sa pointe était dirigée contre le médium et retournant à lui. Peut-être avait-il fait, invisible, le tour de la table ! C'était, en tous cas, à mon avis, une matérialisation véritable et, quelque minime qu'elle fût, elle m'a grandement facilité la croyance à la possibilité de matérialisations et d'apparitions plus complètes. Si l'on veut voir dans l'animisme l'agent de ce phénomène, il y aurait là, à ce qu'il me semble, une démonstration de l'indépendance de l’âme, venant à l'appui de tous les autres arguments en faveur d'une existence au-delà de la tombe. C'en serait fait, par cela même, des doctrines matérialistes. »
III. « Votre dernière question est la plus importante de toutes, à mon avis, et je vais chercher à y répondre le plus clairement possible, sans entrer dans de trop longues dissertations.
« Les phénomènes médianimiques sont d'une importance capitale pour l'humanité. Après plus de dix-huit siècles de christianisme, grâce aux dogmes absurdes accumulés par les clergés de toutes dénominations, grâce aussi aux progrès de l'instruction rendus possibles à la suite de la découverte de l'imprimerie, les peuples chrétiens ont versé dans l'incrédulité et le matérialisme, et la civilisation courait grand risque de s'effondrer, si des phénomènes spéciaux et en particulier les communications faites dans la famille Fox à Hydesville en 1848, n'étaient pas venus remuer les populations en Amérique d'abord, puis en Europe et dans le monde entier. Après un certain nombre d'années au cours desquelles le grand cheval de bataille des adversaires fut simplement : Fourberie et Superstition, le phénomène se manifesta avec une telle intensité, il fut étudié et admis par des hommes d'une si haute notoriété et dont l'honorabilité ne pouvait être mise en doute, qu'il fallut trouver autre chose. C'est alors que les théories sur la cause de ces phénomènes se produisirent de toutes parts, les unes quelque peu plausibles, la plupart fort excentriques, aucune ne rendant compte de tous les faits si on en éliminait la participation du monde des Esprits.
Mais je dois en venir à ce qui me concerne et suis obligé, pour cela, d'entrer dans des détails plus ou moins intimes. Comme vous le savez, les mentalités diffèrent d'individu à individu et la vôtre, en particulier, vous a lancé dans une direction tout autre de ce qu'il en a été chez moi.
Elevé dans une famille chrétienne, d'orthodoxie modérée, et mon intelligence n'étant pas de nature à me pousser à des recherches de controverses, j'acceptai les dogmes généralement enseignés il y a un demi-siècle, du salut par la foi, du paradis et de l'enfer, de beaucoup d'appelés et de peu d'élus. De bonne heure déjà, le doute me travaillait ; mais je ne m'imaginais pas que l'enseignement donné de toute part fût faux, et je ne me rendais compte ni du véritable blasphème que l'on commettait en attribuant à l'Etre Suprême une cruauté et une injustice qui ne seraient pas permises à la créature humaine, ni de l'absurdité qu'il y avait à donner à un livre – quelque vénérable qu'il parût être – le titre de Parole de Dieu.
Peu après 1860, mon ami d'enfance, le capitaine Bloume, en visite chez moi, nous parlait de l'étonnante découverte dont il était question, de la possibilité d'entrer en rapport avec les Esprits. Naturellement, je haussai les épaules, de même que les autres personnes présentes. Mais lorsque, quelque temps après, il me remit la brochure d'Allan Kardec : Le Spiritisme à sa plus simple expression, la lecture de ce modeste traité modifia du tout au tout mon opinion à cet égard. La théorie des existences successives, dont je n'avais jusqu'alors jamais entendu parler et qui ne m'était nullement venue à l'idée, m'ouvrit des horizons nouveaux qui, dès lors, transformèrent mon existence. Je peux dire que la connaissance de cette doctrine a fait le bonheur de ma vie, en me donnant des notions logiques, et en tous points acceptables, du plan divin. Dès ce moment je commençai à rechercher les preuves de l'ingérence dans nos affaires de ceux qui sont passés dans l'au-delà, et j'ai reconnu que, si bien des obscurités subsistent encore, du moins cette philosophie ne présente-t-elle aucune de ces impossibilités – pour ne pas dire absurdités – qui se rencontrent dans les théories orthodoxes.
Mes études, quant à la provenance des manifestations sur lesquelles s'appuient les spirites, m'ont permis de relever 1200 cas environ de phénomènes divers, plus ou moins probants, chiffre que j'aurais pu facilement décupler, si j'avais voulu enregistrer tous les faits similaires de moindre importance qui sont venus à ma connaissance. Je me borne à vous signaler 155 cas de matérialisations et d'apparitions et 122 cas d'identité, dont je peux indiquer la provenance. Quand on sait qu'un seul de ces cas, absolument authentiques, suffit pour démontrer la persistance de l'individualité au-delà de la tombe, on peut admettre que les savants qui entassent hypothèses sur hypothèses pour trouver une solution répondant à leurs idées préconçues, auraient eu l'occasion de s'enquérir sur le bien ou le mal fondé de telle ou telle de ces manifestations, s'ils avaient été réellement désireux de parvenir à la découverte de la vérité.
La certitude de la persistance de l'être après ce qu'on appelle la mort, a nécessairement une influence immense sur la conduite en ce monde de toute personne sérieuse. Il en est de même des idées qu'on se fait des moyens de salut. La doctrine du salut par la foi, est, dans mon opinion, un oreiller de paresse. La perfection, en effet, n'étant pas de ce monde – l'existence, très courte, ne permettant pas d'y parvenir – il est facile de comprendre comment une foule de gens se découragent, puis trouvent commode de s'appuyer sur une foi plus ou moins vague, pensant qu'il sera temps, vers la dernière heure, d'affermir cette foi pour obtenir le salut désiré. On vaque alors à ses affaires, on cherche à gagner le plus d'argent possible et lorsqu'on a, chaque dimanche, démontré sa croyance en faisant acte de présence au temple, on consacre le reste de la semaine en honnête homme (suivant le monde) et la conscience est satisfaite. Voilà, sauf un certain nombre d'honorables exceptions, en quoi consiste la foi évangélique, assez différente de celle des premiers chrétiens qui, dit l'Evangile, « n'étaient qu'un cœur et qu'une âme ». Si vous mettez en regard d'une foi semblable celle qui s'appuie sur des faits positifs, démontrant péremptoirement la survivance de l'âme ; puis la nécessité du progrès que chacun doit réaliser pour faire son salut – autrement dit, pour se préparer personnellement à une vie supérieure, puis à d'autres, de monde en monde, jusqu'à perfection (?) absolue, – vous vous trouvez alors bien encouragés à mener une vie conforme à la volonté divine, à travailler sur votre égoïsme naturel et à devenir de plus en plus secourables à vos frères moins favorisés. Je tiens donc la maxime spirite : « Chacun récolte selon ce qu'il a semé » pour bien supérieure au dogme de l'Eglise : « Hors la foi point, de salut. » – Cette question mériterait d'être plus développée ; mais elle se comprend toutefois d'elle-même. Je me bornerai à dire que mes relations avec un certain nombre de spirites m'ont démontré les avantages qu'ils ont retirés de leurs rapports avec les Invisibles, et surtout les consolations qu'ils en ont obtenues, car c'est chez les affligés et les déshérités que j'ai rencontré, à cet égard, la plus grande somme de foi et de courage.
Enfin, en ce qui concerne l'éducation, ce que je viens de dire démontre nécessairement ma conviction, que les générations futures auxquelles seront inculquées ces doctrines, en retireront une foi supérieure et une énergie que ne donnent, de nos jours, ni les théories orthodoxes, ni les négations du matérialisme, dont les résultats ne se prouvent que trop par le prodigieux accroissement du nombre de suicides dont nous sommes les témoins, sans parler de toutes les vilenies dont fourmillent les journaux.
Au moment où je préparais ce travail, je recevais le Messager du 15 courant, contenant la fin d'une conférence faite à Liège le 11 novembre (1907) par M. le Dr Dusart sur cette question : L'identité des Esprits est-elle scientifiquement démontrée ? J'ai pensé ne pas pouvoir donner une meilleure conclusion aux réflexions ci-dessus, qu'en vous engageant à lire cette conférence, dont voici quelques lignes qui vous concernent personnellement. M. le Dr Dusart cite le fait des signatures du syndic Chaumontet et du curé Burnier dont il est parlé dans : Des Indes (p. 406) ; puis il ajoute : – Mlle Smith affirme énergiquement qu'elle n'a jamais vu ces signatures et qu'elle n'a fait que traverser les rues de ce village, une vingtaine d'années auparavant dans une excursion de vacances et en assez nombreuse compagnie. Ce seul fait suffit cependant au professeur Flournoy pour jeter le doute sur l'identité des Esprits qui ont reproduit leurs signatures. Ainsi donc il suffira de traverser les rues d'un village pour prendre connaissance de signatures enfermées dans les archives depuis longtemps et pour pouvoir les reproduire fidèlement vingt ans plus tard ! C'est ce même professeur Flournoy qui affirme ne pouvoir penser à la naïve crédulité des spirites sans avoir envie de batifoler, pour nous servir de sa propre expression ! –
Quoique mes espérances de voir ma prose obtenir auprès de vous un succès quelconque soient des plus modestes, je vous l'envoie cependant, vous priant, cher Monsieur, d'agréer, etc. »
Obs. II. – M. P., 38 ans, professeur. Médiumnité nulle.
[5] II. « Ma femme a eu il y a quatre ans diverses visions qui se présentaient toutes de la manière la plus inattendue. L'une d'elles fut également perçue par mon petit garçon, alors âgé de quatre ans. C'était une après-midi de juillet, entre 2 et 3 heures, ma femme et le petit se trouvaient dans le jardin devant la maison, lorsque ma femme vit à quelques pas, devant la porte ouverte d'une chambre, un homme de taille élevée, à grande barbe blanche, vêtu d'une longue robe sombre serrée à la ceinture. Ce personnage passa devant eux, et le petit dit : Eh ! ce monsieur ! puis le voyant descendre quelques marches dans le jardin : Il descend l'escalier ! L'apparition devint alors graduellement plus vague et s'effaça tout à fait. C'est le seul fait qui nous semble mérité d’être cité, parce qu'il avait deux témoins. J'ajoute que pendant cette période de visions fréquentes, ma femme se trouvait dans un état maladif et de grande faiblesse. Dès lors rien de semblable ne s'est présenté.
[6] « J'ai assisté à diverses séances psychiques. Pendant une des plus remarquables, qui eut lieu chez moi il y a deux ans, mon beau-frère et un ami, endormis après avoir passé par l'état de trance, échangeaient quelques paroles relatives à une vision commune, lorsqu'un bruit extérieur réveilla l'un d'eux qui se leva brusquement. Ma femme et moi vîmes alors une vive lueur qui s'épanouissait devant la figure de notre ami tandis que celui-ci s'écriait : Ah ! cela m'a brûlé la figure ! (Cette partie de la séance se passait dans l'obscurité.)
[7] « Si une bonne part des faits médianimiques me parait dépendre de forces dont nous ignorons les lois, et si un grand nombre d'autres sont imputables à l'activité psychique, consciente ou non, du médium et des assistants, il en reste cependant en dernière analyse un petit nombre qui semblent nécessiter l'intervention de personnalités absolument indépendantes du groupe d'observateurs. Ainsi, dans diverses séances typtologiques, après quelques phrases obtenues, certaines questions posées se heurtaient contre un refus de répondre, manifesté par deux coups (non) frappés à réitérées plusieurs fois, et de plus en plus fort à mesure que nous mettions plus d'insistante à réclamer la réponse. D'autres fois, c'étaient des signes évidents d'impatience quand la communication fournie n'était pas comprise des assistants. Tout cela, sur le moment, apporte dans l'esprit la conviction absolue d'une communication avec l'Au-delà ; mais, l'émotion passée, la foi diminue et fait place au doute. Cependant, en examinant à froid ces impressions, je suis forcé de me dire : il y a là quelque chose de réel.
III. « Les phénomènes médianimiques doivent être observés avec un esprit absolument calme ; il faut se défendre de l'enthousiasme et de l'émotion qui font perdre le sens critique... S'ils arrivent à prouver le monde invisible, ce sera la plus puissante confirmation du spiritualisme et de la loi morale ; car si certains hommes ont l'intuition de la vie spirituelle, c'est le bien petit nombre : pour agir sur les masses, il faut des faits concrets et tangibles. – La DOCTRINE spirite, dans ses principes, me paraît expliquer les destinées de l'humanité et de l'individu de la façon la plus logique ; ma raison y trouve complète satisfaction, aussi bien que mes sentiments religieux. Cette doctrine me parait du reste parfaitement s'adapter à l'esprit du Christianisme. En éducation, le rôle des doctrines spirites peut se borner à inculquer à l'enfant ces principes : Nous sommes immortels. Nous devons sans cesse nous perfectionner intellectuellement et moralement. – Nous sommes tous solidaires les uns des autres. – La volonté est ce qui fait l'homme. »
1908 – Pas de faits nouveaux. « Je crois à la réalité du PHÉNOMÈNE médianimique, tout en faisant les plus expresses réserves sur sa ou ses causes. Admis sans contrôle suffisant, il peut occasionner des erreurs déplorables. Au point de vue scientifique et philosophique, il prend une importance énorme en permettant d'étudier le moi humain sous d'autres aspects et d'entrer en relation avec une force d'un ordre nouveau. La DOCTRINE spirite donne satisfaction à mon besoin de logique et de justice en proclamant l'immortalité de la personnalité humaine et son évolution. Ces deux principes ou dogmes me paraissent le pivot normal et la base de toute vie intellectuelle, morale et religieuse, ainsi que le fondement d'une éducation bien comprise. »
Obs. III. – M. Ch. R, 50 ans, chef de bureau. Aucun phénomène notable, mais a assisté à beaucoup des séances de Mlle Smith.
[8] II. « Si beaucoup des faits que j'ai vus me laissent perplexe, d'autres s'imposent à moi comme manifestations spirites, en particulier l'incarnation de ma femme (en Mlle Smith), sa voix, sa demande intime en dehors de ce que j'aurais attendu, etc., choses que je crois fermement n'avoir pas suggérées au médium. Il m'en est resté une impression que le temps n'a pas modifiée.
III. Je trouve dans le spiritisme un moyen précieux pour fixer ou consoler les idées morales et religieuses. Depuis que je m'en occupe, il me semble que je suis devenu plus tolérant et plus confiant. »
1908. – « Pas de faits nouveaux à signaler. Dans les PHÉNOMÈNES médianimiques, je vois un effet qui doit remonter à une cause intelligente. Leur avantage pratique est d'amener à des réflexions sérieuses sur ce que nous nommons en général « l'autre monde ». Leur inconvénient est d'exciter les esprits peu réfléchis en les portant à des interprétations déplacées. Quant à la DOCTRINE spirite, je pense qu'il s'y trouve quelque chose de vrai, qui pourrait être comme la conscience universelle selon Spinoza, dans laquelle serait comprise notre conscience individuelle comme notre corps appartient à la matière universelle. La doctrine spirite est bonne et utile au point de vue intellectuel en nous rendant plus tolérant et plus exigeant pour nous-même ; moral, en étant bonne conseillère comme toute grande et belle chose ; religieux, en fixant notre examen plutôt sur le fond que sur les accessoires critiquables. Mais elle ne doit avoir aucun rôle dans l’éducation première où elle viendrait trop tôt ; il faut la réserver pour les adultes et l'âge mûr.
Obs. IV. – Mme B., 65 ans. Médiumnité nulle. Décédée en 1902.
[9] II. « ...Je suis obligée de confesser avoir été témoin en plein jour de l'apport d'une pierre véritable chez les Dyck [v. obs. LV] ; je ne sais comment expliquer cela, car en ce moment chacun tenait ses mains posées sur la table. »
Obs. V. – M. Dupond, 66 ans, rentier. Médiumnité nulle, mais sans parler des expériences de sa femme et de son fils (obs. XLVIII et XLIX) auxquelles il a naturellement assisté, il cite les faits suivants :
[10] Mon père est mort il y a 32 ans ; depuis lors ma mère avait l'habitude de passer la soirée du dimanche chez moi, et vers 10 heures je la raccompagnais chez elle, mais sans entrer dans sa maison. Quelque temps (un mois peut-être) après la mort de mon père, je venais de quitter ma mère devant chez elle ; elle entra dans son appartement, mais à peine avait-elle fermé la porte qu'elle entendit un bruit comparable à un coup de pistolet ou à un fort claquement de fouet. Quoique ce bruit insolite l'impressionnât, elle alluma une bougie et parcourut tout l'appartement pour se rassurer ; n'ayant rien aperçu, elle se coucha. Le dimanche suivant, le même phénomène eut lieu ; ma mère pensa que c'était peut-être le voisin de l'étage au-dessus qui lui faisait cette vilaine surprise, mais il n'en était rien. Le même bruit, un peu plus faible, se fit entendre le troisième dimanche ; alors ma mère ne voulant plus rentrer seule, le dimanche suivant j'entrai avec elle dans l'appartement, mais ce jour-là elle n'entendit rien ni moi non plus, et depuis lors le bruit cessa. Ma mère avait 69 ans, se portait très bien quoiqu'un peu nerveuse ; elle ne m'a jamais raconté d'autres faits de ce genre.
[11] « En 1887, un jeune homme de 22 ans, médium, venait quelquefois à la maison, et se prêtait à toutes sortes d'expériences. Un de mes amis (homme cultivé, peintre, âgé de 56 ans, ayant du bon sens, mais très impressionnable) à qui j'en parlai, me dit : Si votre médium pouvait répondre à une question mentale que je lui poserais, je croirais fermement à une autre vie. Nous prîmes rendez-vous, et une fois en présence du médium, mon ami lui demanda s'il pouvait entrer en communication avec son père. Le médium lui répondit : Oui, sans hésiter. – Voyez-vous mon père ? – Oui. – Quelle est la couleur de ses cheveux ? – Il est presque chauve. (Cet homme en effet, sur la fin de sa vie, n'avait plus qu'une légère couronne de cheveux derrière la tête.) –Voulez-vous lui demander s'il est content de la situation qui est faite à ma mère chez moi ? – Elle ne dirige pas. – Je ne comprends pas très bien. – Le médium fit un mouvement de bras et de sourcil qui avait l'air de dire : Je ne puis en dire davantage. Mon ami fut si ému de la vérité de ces réponses qu'il ne voulut pas prolonger l'entretien. De retour chez lui, il fut convaincu que son père seul avait pu faire cette réponse, c'était comme un léger blâme, car sa mère, qui du vivant de son mari avait l'habitude de mener seule son ménage et de tout diriger, n'avait plus rien à faire depuis que son fils l'avait prise chez lui. Mon ami s'était attendu à une tout autre réponse. »
1908, – Depuis plusieurs années, M. Dupond et sa femme n'ont plus fait d'expériences spirites, faute d'occasion, mais non par manque d'intérêt, car ils se tiennent au courant des publications sur ce sujet. M. Dupond, qui en 1898 n'avait pas exprimé d'opinion sur le spiritisme et s'en était tenu aux deux faits ci-dessus, ajoute maintenant ceci :
« Ma conviction [spirite] est restée la même, ou plutôt elle s'est renforcée en voyant tant de savants italiens ouvrir leurs yeux devant ces phénomènes nouveaux pour eux.
[12] « Depuis 1853 j'ai assisté à des séances de tables parlantes, et de lévitation, données chez M. Lamunière, peintre sur émail, par deux apprenties ; séances qui m'ont déjà convaincu qu'il existait une force intelligente en dehors des exécutantes.
[13] « Mais c'est surtout après avoir assisté en 1875 aux soirées des frères Davenport au cirque, que ma conviction a été inébranlable ; car je n'étais pas simple spectateur, mais j'ai été aussi enfermé dans l'armoire en compagnie du Dr Coindet, assis tous deux au centre, lui à droite tenant un bras et une jambe d'un des deux frères, moi à gauche tenant le bras et la jambe de l'autre. Tous les phénomènes se sont produits, les instruments jouant et se promenant dans le cirque, les mains sortant des trous de l'armoire et palpées par les spectateurs (dans une autre séance, j'ai pris moi-même une de ces mains de femme, qui a serré fortement la mienne en me soulevant un peu), et nous tenant, les deux frères tout habillés de noir, avec de la farine dans le creux de leurs mains, et liés avec des cordes et de la ficelle que chacun pouvait fournir ; cette opération de ficelage nous avait pris au moins un quart d'heure. Le Dr Coindet, en sortant de l'armoire, rendit compte au public de ses impressions, et affirma que les frères Davenport n'avaient pas bougé de leur banc. Un phénomène tout aussi extraordinaire qui se faisait dans la même soirée, c'était de lier comme bon nous semblait les deux frères sur deux chaises séparées, puis on baissait les lumières, et au même instant leurs fracs étaient lancés dans l'espace, et l'on voyait ces deux habits tomber au milieu des spectateurs en laissant les deux frères en manches de chemise. Cinq minutes après, on baissait de nouveau la lumière, et les deux fracs venaient revêtir les deux médiums toujours liés et sans qu'ils eussent bougé de leurs chaises. Pour moi, le résultat de ces expériences était que ces deux frères – ou un être invisible – avaient le pouvoir de désagréger la matière et de la reconstituer par le seul fait de leur volonté. Je suis trop ignorant pour tirer des conclusions de ces faits extraordinaires, et j'attends toujours avec anxiété l'explication que les savants ne manqueront pas de nous en donner un jour.
Les avantages pratiques des phénomènes médianimiques, c'est qu'ils habituent les hommes à voir dans ces phénomènes autre chose que des tours de prestidigitation. Si chaque ville possédait une Eusapia Paladino, on ne verrait plus la majorité des hommes, et des plus intelligents, douter de la réalité des faits, et cela les amènerait à croire à l'intervention des esprits des morts lors même qu'elle n'est pas prouvée – et les détournerait du matérialisme en portant leurs regards sur l'autre vie. »
Obs. VI. – Mlle Horn, 47 ans, nièce du précédent. Médiumnité nulle.
[14] « J'ai fait, il y 25 ans, des expériences de somnambulisme qui étaient peut-être du spiritisme, car mon sujet. – une jeune fille de 17 ans, à l'esprit inculte et vague, et au caractère capricieux – une fois endormie par le magnétisme et avant de répondre à mes questions, avait souvent l'air de consulter un être invisible qui lui dictait les réponses : c'était soi-disant ma grand-mère défunte (qu'elle n'avait point connue) qui lui apparaissait, radieuse et blanche, et avec qui elle était en conversation. » Mlle H. a gardé les procès-verbaux d'une douzaine de séances avec ce sujet, qui présentait en somnambulisme divers phénomènes étonnants : description exacte de personnes inconnues d'elle, en palpant leurs lettres ; diagnostics de maladies internes et indications de traitement ; dissertations philosophiques et morales dont elle était incapable à l'état de veille ; divination des pensées de Mlle H. etc. « Quelquefois aussi nous lui mettions en main un crayon et elle écrivait inconsciemment des choses assez peu intéressantes, signées de noms célèbres tels que Rubens...
[15] « Mon amie Sophie S.…, spirite et un peu médium (mais qui n'a pas voulu répondre à l'enquête), m'a raconté ceci : Il était décidé l'été dernier qu'elle irait rejoindre aux Mayens le pasteur H. pour faire des courses avec lui et ses pensionnaires ; or dix jours avant la catastrophe [une course de montagne qui coûta la vie à ce pasteur et à l'une de ses pensionnaires] la table dicta : Il ne faut pas que Sophie aille aux Mayens, elle y risquerait sa vie. »
1908. – Mlle Horn cite 3 nouveaux faits : celui de sa grand-mère (déjà relaté par son oncle, v. ci-dessus n° 10), et les suivants :
[16] « Il y a 23 ans, peu de temps après la mort de ma tante, belle-sœur et amie intime de ma mère, celle-ci entendit un soir un bruit formidable dans sa table de toilette en bois recouvert d'étoffe, au moment où elle se couchait ; ce bruit ressemblait à une détonation violente. Ma mère très effrayée ne voulut pas coucher seule dans sa chambre ce soir-là et l'on n'entendit plus rien.
[17] « I1 y a 3 ans, ma domestique âgée de 39 ans, qui s'était toujours raillée des Esprits et de leurs manifestations, venait de perdre sa cousine et amie intime Jeanne, à 4 heures de l'après-midi. Le même soir, entre 8 et 9 heures, un coup violent fut frappé dans l'angle de sa chambre, sur un petit poêle à dessus de marbre. Très saisie par ce choc inattendu, elle s'écria : C'est Jeanne qui vient me faire peur ! Elle n'était pas seule, mais en compagnie d'une nièce qui fut aussi bouleversée qu'elle.
III. « Les PHÉNOMÈNES médianimiques sont destinés à révolutionner la science et la philosophie. D'abord la physique, dont les lois peuvent être suspendues par des forces inconnues. Puis les théories de la connaissance : celle-ci ne dépendra plus absolument des sens, puisque les médiums se jouent de l'espace et du temps et arrivent à connaître des faits qui ne leur ont pas été révélés par les moyens naturels. Puis toutes nos notions sur la vie et la mort seront changées et pourront devenir une source de consolation pour l'humanité... Quant à la DOCTRINE, je ne fais pas du spiritisme une religion. Les principales hypothèses sur les Réincarnations et le Karma, qui lui sont communes avec la théosophie, me semblent assez plausibles, mais je n'ai pas la garantie de leur absolue vérité... Le surnaturel de la Bible s'explique par les faits spirites, dont l'étude rendra ce côté du christianisme acceptable à ceux qui y voyaient une pierre d'achoppement et une raison de ridiculiser l'Évangile. »
Obs. VII. – Mlle L. B., 66 ans, rentière. Médiumnité nulle, mais s'intéresse vivement aux recherches psychiques.
II. « Il est très difficile de se rendre compte de ce qui aide ou empêche les faits médianimiques de se produire : il semble que, dans les mêmes conditions, une fois il y a réussite, et d'autres fois les résultats sont absurdes ou nuls… Exemples :
[I8] « Une personne de mon entourage pouvait autrefois, seule et presque immédiatement, faire tourner et répondre des tables assez lourdes, chose qui lui est maintenant impossible ; et pourtant elle était alors fort jeune et de santé délicate !
[19] « Une dame de ma connaissance s'est crue médium, mais une seule nuit : c'était son père défunt qui, dans une circonstance importante, est venu par l'intermédiaire de la table lui donner des conseils et même des ordres très clairs, très affectueux – me disait-elle avec émotion – et qui ont influencé toute sa vie ; ce qui lui fit croire que c'était bien son père, c'est que ordres et conseils étaient justement le contraire de ce qu'elle eût désiré entendre de lui. Or depuis lors ; jamais plus rien : malgré bien des essais, le fait qu'elle désirait passionnément voir se renouveler ne s'est jamais reproduit.
III. Les doctrines spirites sont des plus consolantes et fortifiantes : la mort n'effraye plus – Mais dans l'éducation il faut être extrêmement prudent, et attendre que les enfants ne soient plus des enfants pour leur en parler... Et combien on a besoin de croire que cette doctrine repose sur quelque chose de plus clair et de plus sûr que ce que nous avons eu jusqu'à présent ! ... »
1908. – « Je n'ai jamais eu aucune faculté psychique... J'aurais vivement désiré voir quelque chose de concluant, mais n'en ai jamais eu l'occasion. La philosophie de la théosophie m'intéresse, mais je suis maintenant trop âgée pour m'en occuper sérieusement. »
Obs. VIII. – Mlle E. D. Médiumnité nulle.
.... Les seuls phénomènes dont j'ai pu faire l'expérience sont des communications reçues par des intermédiaires, et jusqu'à présent je n'ai pas obtenu des preuves d'identité assez convaincantes pour faire de moi – ce que je voudrais être – un disciple zélé et absolument croyant. Je cherche avec le plus ardent désir de trouver, c'est tout ce que je puis dire pour le moment... »
Obs. IX. – M. Voss, 55 ans, régent. Médiumnité nulle.
Spirite convaincu. Sa femme (obs. XXXVI) a des facultés médianimiques, mais il n'a pas cherché à en acquérir lui-même ; quand il se met à la table, ça lui est désagréable, le rend nerveux et l'agite.
1908 – Pas de changement. Spirite convaincu quant à la doctrine, mais très prudent et réservé sur les phénomènes.
Obs. X. – Mme Dupré, environ 50 ans, rentière.
[20] « Il y a dix ans, une amie me raconta avoir été chez une dame médium, qui avait deviné, sans aucune indication, qu'elle souffrait d'une douleur à l'omoplate. Elle m'engagea d'y aller avec elle ; je souris pour toute réponse, étant alors très sceptique. Mon amie insista... bref, je me rendis à cette séance en plaisantant mon amie sur ce qui, à mon avis, n'était que du hasard. Mais je fus bien surprise et il fallut me rendre à l'évidence : me trouvant à 3 mètres du médium, je sentis que l'on me palpait avec le bout d'un doigt au-dessus du poumon droit jusqu'au foie ; c'était bien là que mon mal était ! Dans ma disposition d'incrédulité, si cette dame m'avait dit la chose oralement, je l'aurais prise pour une coïncidence ; mais j'ai senti et ne pus qu'attester le phénomène. » A la suite de cela, Mme Dupré devint spirite, et s'essaya même quelque temps à l'écriture automatique. .
[21] « Un monsieur ne croyait pas aux tables tournantes ; ses amis lui conseillèrent de se mettre seul à la table pour être sûr qu'il n'y aurait pas de tromperie, ce qu'il fit en disant : Je vous garantis que la table ne se soulèvera pas, parce que je m'appuierai de toutes mes forces pour l'empêcher de bouger. A sa grande stupéfaction, la table se souleva ! »
1908. – « Il y a bien des années que je ne m'occupe plus de ces questions si captivantes... En lisant les Ecritures, le spiritisme aide à comprendre la vie du Christ, qui est la meilleure base pour corriger ce qu'il y a de mal dans notre existence. Si l'enfant savait que nous subissons des réincarnations, il serait plus attentif à se débarrasser de ses mauvais penchants, et cette croyance serait plus à sa portée que le purgatoire, l'enfer, etc.… »
Obs. XI. – Mme Brown, Six ans, professeur dans une école supérieure de jeunes filles. Médiumnité nulle, mais a assisté à bien des séances psychiques de divers médiums.
III. « J’ai entendu accuser les médiums de vanité ou d'orgueil, mais je n'ai pas rencontré ce genre-là. Ceux que je connais ont l'air heureux de posséder leur faculté, et ils l'ont été encore davantage lorsqu'ils l'ont découverte. Pour ce qui est des Phénomènes, il faut être très circonspect avant de les attribuer aux Esprits mieux vaut commencer par chercher les causes les plus naturelles avant de s'égarer dans l'inconnu... La DOCTRINE spirite ouvre des horizons grandioses. J'y vois l'évolution de l'âme individuelle qui non seulement existe en nous, mais qui a aussi existé avant nous et existera après. Le but auquel nous devons arriver étant la perfection, une seule existence n'est pas suffisante ; Dieu est infiniment miséricordieux et notre temps pour atteindre le haut de l'échelle est illimité. Aucune de nos souffrances n'est perdue... Cette doctrine a trouvé la meilleure solution pour les différences sociales et intellectuelles, qui me paraissaient injustes avant de l'avoir connue. En un mot elle fait comprendre la vie d'une manière plus rationnelle... Avec les enfants on doit agir avec tact et prudence, et ne pas leur embrouiller les idées en leur disant le contraire de ce que leurs maîtres spirituels leur enseignent... I1 faut en tout cas préparer l'enfant à raisonner par lui-même et à se faire une opinion personnelle, base de sa foi. »
1908. – I. « Mme Brown n'a toujours aucun phénomène « si ce n'est penser à une personne et la rencontrer dans la rue ou en recevoir des nouvelles. » Ces prévisions de rencontre (pour le jour même) et de lettres (se réalisant ordinairement le lendemain) lui arrivent très fréquemment.
II. Voici les faits qui l'ont le plus frappée depuis dix ans :
[22] « Dernièrement, j'ai eu l'occasion d'aller voir les trois tableaux religieux de Mlle Smith ; le grand surtout est remarquable. Ce qui l'est plus, c'est la façon de procéder du médium pour obtenir ces peintures5 .
[23] « J'avais aussi assisté à la séance où Mlle Smith devina l'existence d'une photographie cachée et révéla des choses qui n'étaient connues que d'une dame étrangère présente. [V. Nouv. Observ., p. 191-192.]
[24] « Il y a quatre ans, j'ai assisté à des séances du médium Peters en passage à Genève. Dans l'une de celles-ci, il me décrivit une forme se tenant à mes côtés et que je reconnus très bien pour être ma grand-mère, sauf la description d'un bonnet blanc qui me parut tout à fait fantaisiste. A noter qu'à Londres il y a dix ans, chez Miss Mac Creadie, un des médiums anglais en renom, j'avais également eu la description très reconnaissable de ma grand'mère plus le bonnet blanc que je ne reconnaissais pas du tout ; Miss Mac Creadie s'obstinait à me décrire ce genre de coiffure, qu'elle disait voir pour la première fois et qui lui paraissait fournir la meilleure preuve d'identité. Or un ou deux mois après les séances Peters, quelle ne fut pas ma surprise, à l'occasion d'un déménagement, de retrouver une très vieille photographie où ma grand-mère est représentée avec un bonnet blanc, entouré d'une ruche et noué sous le menton avec ces grandes brides blanches qui avaient si fort intrigué mes deux médiums à six ans de distance !
III. « Plus je réfléchis, moins il m'est paisible d'avoir une opinion générale sur les PHÉNOMÈNES ; ils se présentent sous des formes si diverses que chaque catégorie peut donner lieu à une appréciation différente... Ils ont l'inconvénient d'absorber beaucoup de temps, et aussi d'enlever l'initiative à ceux qui règlent leur vie ou leurs actions d'après les communications reçues... Les DOCTRINES spirites éveillent la spiritualité ; elles ont joué un très grand rôle dans ma vie, stimulé mon intelligence, consolidé mon sens moral, et éclairé ma religion. Dans l'éducation, elles devraient montrer que le principe subtil qui est en nous, joue un grand rôle et a des potentialités plus vastes que le corps physique. L'être, c'est le principe spirituel ; le corps physique, c'est la prison qui doit devenir le temple. »
Obs. XII. – M. Laud. 65 ans. Ancien officier de cavalerie. Aucune médiumnité, mais sa femme est médium intuitif (obs. XLII).
[25] « J'ai assisté il y a une dizaine d'années, à Paris, à plusieurs séances de matérialisations et d'apports remarquables, tant en obscurité qu'en demi-lumière. » Le médium était rue Bablin, et les séances avaient lieu dans les conditions de contrôle les plus rigoureuses, chez un parent de M. Laud ; on y déshabillait et fouillait le médium, toutes les précautions étaient prises contre la fraude, etc. M. Laud a constaté entre autres le dédoublement du médium ; il a vu et touché le double matérialisé, qui a même écrit sous ses yeux une poésie originale qu'il a conservée. Spirite convaincu, M. Laud est mort en 1907 après de cruelles souffrances physiques, stoïquement supportées, laissant à tous ceux qui l'ont connu le souvenir d'un homme de cœur et d'honneur, aussi ferme dans ses croyances personnelles que tolérant pour autrui.
Obs. XIII. – Mme veuve Blanc, 60 ans, rentière.
Elle s'occupe de spiritisme depuis un an et a essayé de l'écriture automatique, mais sans résultats : dès qu'elle tient le crayon, elle s'endort et n'écrit rien. « Je m'intéresse bien à tous ces sujets, mais ne suis pas douée pour y réussir. J'ai assisté à plusieurs séances (de table et d'écriture) où j'ai reçu, par des personnes qui sont des médiums de bonne foi, des messages que j'ai lieu de croire vrais.
[26] « On a remarqué dans ces réunions que non seulement je n'aide pas, mais que j'entrave, bien malgré moi ; j'en ai du reste été avertie par plusieurs messages, un entre autres d'une amie (défunte depuis 8 ans) qui m'a dit, par un médium écrivain, que j'étais mal entourée (d'Esprits), que cela l'empêchait de communiquer avec moi, et que quand la place était libre, mon mari la prenait. » Son mari, qui était pasteur et très opposé au spiritisme, se présente en effet fréquemment dans les séances, soit pour lui adresser de petits sermons, soit pour lui dire qu'elle a des fluides contraires et qu'elle n'obtiendra jamais rien elle-même parce qu'elle ne peut abdiquer sa volonté propre. – Elle est spirite convaincue.
1908. – Pas de changement... « il m'a été impossible d'acquérir la Médiumnité... Il m'a été dit, par l'intermédiaire d'autres médiums, que j'avais trop de volonté et ne pouvais, malgré moi, m'empêcher de résister à des idées contraires, mais que cette volonté était justement celle qu'il fallait pour communiquer depuis l'autre côté, en sorte qu'il me serait facile (une fois désincarnée) d'entrer en rapport avec qui je voudrais...
[27] « Une de mes amies était médium et écrivait facilement ; on reconnaissait la manière de penser, les tournures de phrases des Esprits qui lui dictaient. Elle m'a beaucoup donné de messages de mon mari, on voyait bien que cela venait d'un prédicateur et d'un méridional. Mais mon amie avait tellement le don d'imiter les gens, leur voix, leur manière de parler, que si l'on ignorait qu'elle fût dans la chambre on croyait entendre la personne imitée. Aussi quand même elle n'avait aucun intérêt à simuler les Esprits, et qu'elle était de bonne foi, aimant beaucoup le spiritisme – les incrédules pourraient dire que c'était elle qui imitait les Esprits qu'elle faisait écrire par sa main.
[28] « Mais elle m'a aussi donné des communications de choses que nous ignorions et qui se sont vérifiées. Par exemple, elle savait qu'un jeune homme qu'elle avait connu jadis, s'était marié, puis divorcé, puis était mort, mais elle ignorait ce que sa veuve divorcée, dont elle avait même oublié le nom, était devenue. Or un jour elle se sent l'envie d'écrire, et le mari défunt lui dicte : Prie pour ma femme qui va mourir et n'est pas prête à paraître devant Dieu. Quelques jours après, nous lisons dans le journal qu'une dame s'est tuée en tombant de bicyclette, et quelques semaines plus tard nous apprenons que cette dame était précisément la veuve divorcée en question ! »
Obs. XIV. – M. Metzger, 48 ans, professeur de sourds-muets. – Alsacien d'origine, Daniel Metzger s'était depuis longtemps fixé à Genève, où il est mort d'une attaque d'apoplexie, en décembre 1906, âgé d'à peine 57 ans. Il a publié plusieurs ouvrages, tous inspirés par un ardent souci de la vérité et du bien de l'humanité6 . Spirite convaincu, mais très large d'idées dans la discussion et d'une parfaite courtoisie à l'égard de ses adversaires, il présida la Société d'Etudes Psychiques de Genève, pendant les dix premières années de son existence, avec la plus grande distinction. A tous ceux qui l'ont connu, même à ceux qui ne partageaient pas ses opinions ; il a laissé le souvenir d'une haute intelligence et d'une belle et noble nature, au cœur chaud et généreux, et à la conscience la plus délicate. Le document suivant, où il voulut bien répondre point par point aux 9 questions de l'enquête de 1898, est un des plus soignés qu'elle ait suscités.
1. « Dans les séances auxquelles j'ai assisté, on m'a toujours affirmé que j'étais médium. Je me suis exercé successivement à la table où je n'ai rien pu obtenir seul ; à l'écriture, où ma main est toujours demeurée inerte ; à la vision au verre d'eau sans succès ; à la cristal-vision, où j'ai régulièrement senti mes paupières s'alourdir et le sommeil me gagner. J'étais en droit de conclure de ces résultats, tous négatifs, à une médiumnité purement théorique, nullement pratique.
[29] 2 « Mais il m'est arrivé ceci, il y a huit ans : Un jour d'octobre, me promenant sur la route d'Orbe à Arnex, je vis tout à coup devant moi, à quinze mètres environ de distance, se profiler dans le ciel, à une certaine hauteur, comme un ruban le 6 à 7 centimètres de large, d'une longueur indéterminée. Ce ruban, qu'on eût dit d'un léger nuage, se détachait très nettement sur le gris du ciel. Les bords en étaient continus, l'intérieur formé d'une série de cercles successifs, rentrant légèrement l'un dans l'autre. Point de couleurs, rien que des différences de lumière et d'ombre. Etonné, je me frotte les yeux : le ruban ne s'efface pas. Mobile, il se mouvait d'un côté à l'autre, s'abaissant jusqu'à terre à ma gauche, par exemple, pour se retrouver instantanément à ma droite, en plein ciel. Observation curieuse que je tiens à faire dès maintenant : mon œil suivait forcément les allées et venues de cette vision. Il m'était absolument impossible d'en fixer un point déterminé. Mon regard allait comme la vision, à moins que, hypothèse possible, ce ne fût l'œil qui emportât la vision. Et depuis lors il en a toujours été ainsi. La vision se balance sans cesse de côté et d'autre ; très rarement j'ai pu la fixer pour en contempler les détails à mon aise. J'ai eu l'impression parfois que mon œil, si je puis ainsi dire, portait la vision. Quand il la saisissait juste au milieu, en ce que j'appellerai son point d'équilibre, la stabilité en était plus grande. S'il la saisissait, par contre, sur sa gauche, elle fuyait à droite, et réciproquement.
Bientôt j'aperçus un autre cercle isolé, suspendu vers le milieu du ruban par une substance de même nature que le ruban lui-même, mais d'une élasticité telle qu'elle s'allongeait et se raccourcissait, comme ces fils qui soutiennent les petites balles qu'on donne aux enfants pour leur amusement. Plus tard, ce cercle, au lieu de rester suspendu au ruban, se posa dessus, s'y mouvant à la façon d'un être vivant, avançant et reculant sans jamais tomber. Le ruban lui-même, d'une longueur variable, s'enroulait sur lui-même, formait dans le ciel les plis et les replis les plus curieux, comme un serpent d'une longueur et d'une souplesse indéfinies. Mais pas une fois les bords ne m'en ont présenté ni rides ni tension ; l'extérieur et l'intérieur en étaient également lisses et unis. Seul ce qui vit offre une telle souplesse dans les contours et les allures.
A ce ruban se joignirent avec le temps des silhouettes humaines, comme de nuages plus ou moins opaques, mais très nettement délimitées, et non moins nettement distinctes des nuages ordinaires au milieu desquels, souvent, elles se mouvaient, enveloppées, en outre, les unes et les autres de draperies flottantes plus ou moins amples, épaisses et allongées, éclairées d'une lumière qui semble avoir sa source en elles-mêmes. Parfois, dans ces draperies, je remarquais des guirlandes de fleurs, ou bien des fleurs séparées qui s'y trouvaient piquées en plus on moins grand nombre. Une de ces silhouettes était très évidemment une silhouette féminine ; la splendeur de la lumière qu'elle rayonnait me parait indiquer une nature supérieure de beaucoup à celle des autres silhouettes.
C'était très curieux et très intéressant, mais d'une beauté indescriptible, par cela même qu'elle n'est pas de la terre. Ces silhouettes se sont toujours offertes à moi de profil. Je n'ai jamais pu reconnaître la figure d'une seule. Deux fois seulement, j'ai aperçu, la durée d'un éclair, deux faces très nettes : une de jeune fille, la première, en sortant de Saint-Malo sur un bateau ; un homme barbu, du côté de la Villette, un dimanche que je me promenais par un temps de neige.
Que signifient ces visions ? Signifient-elles seulement quelque chose ? Je ne l'ai jamais pu savoir. Cependant j'ai fini, à la longue, par les considérer comme des amies. Et il me manque quelque chose, quand je ne les vois pas. Les plus éthérées surtout exercent leur attraction sur moi ; je les aime presque comme des protecteurs d'en haut.
J'ai la conviction très nette, d'autre part, qu'elles sont, dans leur forme subtile et insaisissable, très réellement objectives et non pas seulement subjectives. Cette conviction est d'autant plus fortement ancrée en moi, que je puis voir, en même temps, plusieurs de ces formes, parfaitement indépendantes l'une de l'autre, et se mouvant chacune d'un mouvement qui lui est propre, se rapprochant tantôt et tantôt s'éloignant. Un autre point à noter est celui-ci : soit dans les silhouettes humaines, soit dans les cercles qui sont comme des yeux parcourant l'espace, des âmes peut-être, il y a au moins trois degrés de substance les constituant, ou de progrès les différenciant. Les uns sont gris, ternes, lourds, grossiers, se mouvant lentement et avec peine ; les autres, plus affinés, plus légers, d'un éther plus subtil, plaisent déjà davantage et se meuvent avec plus de diligence et de légèreté ; les dernières, enfin, semblent faites de pure lumière, mais d'une lumière qui n'est pas celle du soleil ni celle diffuse dans l'atmosphère, quelque chose d'absolument sui generis.
Une particularité à noter : il y a un certain rapport, mais inexact, entre la grandeur de la vision et sa distance à l'œil : plus elle se rapproche, plus elle diminue, de telle sorte, par exemple, qu'un de ces cercles isolés qui aura cinq centimètres de diamètre vu à une certaine distance, se réduira aux dimensions d'une tête d'épingle, vu à trente centimètres, c'est-à-dire sur le papier où j'écris ou le livre que je lis. Mais, je le répète, la diminution, autant que j'en puis juger, n'est pas dans des proportions mathématiques avec l'éloignement de l'objet. – J'observe, en outre, que ces formes ne sont guère vues que durant le jour et en plein ciel, le ciel formant comme le fond sur lequel se projette la vision. Parfois, cependant, mais plus rarement, je l'aperçois qui passe, comme un très léger nuage incolore, sur un mur blanchi, ou par terre à mon côté. Dans l'obscurité, elle disparaît entièrement. Mais si, à une certaine distance d'une lampe ou d'une bougie, allumées, je ferme à demi les yeux de manière à établir entre la lampe ou la bougie et l'œil ces faisceaux de rayons qui vont s'élargissant à mesure qu'ils s'éloignent de leur point de départ, – alors je vois, au centre du faisceau, ces mêmes cercles très lumineux, qui se détachent on ne peut plus nettement, sur le fond rouge jaune des rayons, au milieu desquels ils se promènent sans les détruire.
Voilà, en un très rapide résumé, tout ce que je possède en fait de faculté médianimique. Cela a de l'intérêt pour moi ; mais je reconnais que cela ne peut guère servir à personne d'autre.
3. « Ces visions qui, à un certain moment, avaient pris un caractère de netteté assez remarquable, vont plutôt s'atténuant, sans que je puisse d'ailleurs attribuer ce léger affaiblissement à aucune cause précise.
4. « Parmi les innombrables rêves que j'ai faits et que je fais encore, il ne s'en est trouvé que deux, l'un et l'autre depuis mon mariage, qui aient eu un sens pour moi :
[30] « Le premier rentre dans la clairvoyance : un objet perdu par une bonne et que je revis en rêve assez nettement pour aller le lendemain matin, à mon réveil, le prendre où je l'avais vu.
[34] « L'autre appartient à la série des rêves prophétiques. Je vis une nuit un de mes beaux-frères, pâle, maigri, diaphane, comme lorsqu'on sort d'une longue maladie qui a conduit jusqu'aux bords de la tombe ; mais je le vis debout. Quelques jours après, je reçus une lettre qui m'annonçait sa très grave maladie et les inquiétudes qu'elle causait. C'était bien mon rêve. Cependant, malgré les mauvaises nouvelles qu'on m'avait communiquées, je demeurai confiant : j'avais vu mon beau-frère debout. Et en effet, il se remit complètement.
5. « Aucun des membres de ma famille n'est, à ma connaissance, doué de facultés médianimiques. Cependant je me rappelle que dans mon enfance, aux veillées d'hiver, il était souvent question de faits extraordinaires – de véritables faits de sorcellerie, le spiritisme n'existait pas alors – qui se seraient passés chez mes grands-parents paternels, antérieurement à ma naissance. Je ne puis malheureusement rien préciser à ce sujet.
[32] 6. « J'ai assisté à de très nombreuses séances : séances de matérialisations où il s'est offert à moi des faits extrêmement intéressants, soit quant à la matérialisation elle-même, soit quant aux apports de fleurs, soit quant aux descriptions des Esprits présents et vus par le médium ; séances de table, et de psychographie ; séances avec des médiums à incarnations, et avec des médiums dessinateurs et, autres. Partout, il m'a été possible d'observer des faits qui, s'ils ne convainquent pas toujours, donnent au moins à réfléchir.
7. « L'état moral du médium au moment de la séance, son humeur bonne ou mauvaise, la fatigue physique, le milieu plus ou moins sympathique, influent très certainement sur les phénomènes. L'âge, je ne sais ; j'ai vu des médiums aux confins de la vieillesse et j'en ai vu de très jeunes, sans qu'il me soit possible de dire jusqu'à quel point la jeunesse ou la vieillesse influent sur le développement médianimique. Autant en dirai-je du sexe. Les médiums-hommes seraient, d'après mon expérience, à peu près aussi nombreux que les médiums-femmes.
8 « Je n'ai pas observé que la médiumnité, comme telle, exerce une réelle influence sur les dispositions morales de ceux qui en sont doués. Leur vie reste à peu près cc qu'elle était : s'ils étaient médisants, calomniateurs, menteurs, avant, ils le demeurent après. Peut-être seulement sont-ils plus exclusifs dans leurs sympathies ou leurs antipathies, ou, médiums, osent-ils dire plus hardiment ce qui leur plait ou leur déplait. Ils sont, en outre, volontiers jaloux les uns des autres, s'accablant réciproquement des pires accusations. Sensitifs, ils sont par-là même capricieux, ne voulant plus le lendemain ce qu'ils ont voulu la veille ; d'où très grande difficulté d'observations régulières et suivies. Ils pardonnent difficilement les conseils. Les conseiller, c'est douter d'eux ; or, ils ne veulent pas qu'on doute. Médiums, ils sont plus et savent mieux que le commun des mortels. La flatterie n'est pas pour leur déplaire. D'autre part, il n'est pas rare d'en trouver parmi eux qui se croient appelés à révolutionner le monde. Ils s'exagèrent la valeur de leurs communications, ils croient aisément aux suggestions qui les élèvent par-dessus tous ceux qui ont vécu sur la terre. L'orgueil est une des grandes pierres d'achoppement de la médiumnité. Bien entendu, ce qui précède, ne s'applique pas à tous les médiums. Mais c'est une tendance, et un fait assez fréquent.
9. « Les faits médianimiques me paraissent prouver très clairement, en des cas assez nombreux, la communication réelle, effective, entre les vivants et les morts. Et c'est une chose de très haute importance pour l'humanité. Rien ne se pouvait, rien ne se peut de plus grand que la démonstration de la survivance de l'âme et des rapports qu'après la mort du corps elle continue d'entretenir avec ceux qu'elle a aimés. Le grave inconvénient, en ce domaine, c'est la quasi impossibilité de séparer l'ivraie du bon grain.
Pour ce qui est des DOCTRINES, elles sont belles entre toutes. Elles ont, entre autres, cet immense avantage d'être d'accord, à beaucoup d'égards, avec les enseignements les plus positifs de la science, relativement, à la marche lente et progressive des choses et des êtres, à la conservation de la force, etc. Elles sont consolantes aussi, puisqu'elles ne séparent jamais entièrement les morts des vivants, et qu'elles leur assurent le revoir. Elles sont en très grande partie mon Evangile, qui d'ailleurs, quoi que prétende une théologie abusive et abusée, n'est pas si éloigné qu'il le semble de l'Évangile du Christ, tel que nous le connaissons par ses disciples les plus immédiats. Pour toutes ces raisons, pour d'autres encore sur lesquelles il serait trop long d'insister, elles ont leur place, une place importante, toute marquée dans l'éducation, ne fût-ce que pour faire ressortir la notion trop oubliée de la justice, qui veut qu'il soit rendu à chacun suivant ses mérites, jointe à celle de l'amour qui laisse la porte ouverte, toujours, pour le retour des enfants prodigues encore des idées évangéliques. »
Obs. XV. – M. C.… régent, 37 ans.
[33] « En juillet 1894, je me suis levé un samedi matin très fatigué et anxieux ; pendant la nuit j'avais vu mon père, âgé de 64 ans, serré entre deux gerbes et souffrant (il était agriculteur et demeurait à environ 8 kilomètres de là). Je suis allé en ville... et au retour je n'osais pas ouvrir ma boîte aux lettres, car je pressentais une mauvaise nouvelle. J'ai aussi passé chez un ami pour l'inviter à souper pour le soir, mais en lui disant bien : S'il n'y a pas eu de mauvaise nouvelle ! et le soir je lui racontai mon pressentiment qui, en effet, se vérifia le lendemain. Mon père, qui avait de la peine à transporter les gerbes sur le fenil, avait été, le vendredi, serré par une gerbe qui avait roulé, et le dimanche à 1 heure après midi, il expirait. »
1908. – M. C.… ne s'est jamais occupé de spiritisme, et n'a jamais eu d'autre fait psychique remarquable que le précédent.
Obs. XVI. — Mme Ct., 59 ans. Décédée en 1902.
« N'étant pas médium, je dirai simplement ce que j'ai entendu et ressenti. J'avais, 19 ans lorsque pour la première fois j'entendis parler de ces choses sublimes des manifestations des Esprits désincarnés. Tout de suite, je fus captivée, et c'était pourtant si peu ! Quelques années plus tard je pus m'en occuper davantage : une jeune fille médium voulut bien s'y prêter : les réponses obtenues par son moyen étaient justes et bonnes, je puisai là une vie qui m'avait toujours manqué. Mais, hélas ! nous reçûmes à ce moment une défense expresse de nous occuper de ces œuvres du diable ! Quinze ans se passèrent, comme dans le vide, lorsqu'un chagrin immense vint m'envahir. De là au suicide il n'y avait qu'un pas. Dieu ne l'a pas voulu ; j'eus le bonheur de faire la connaissance d'un excellent médium, ce qui me sauva.
[34] « Un jour, étant obsédée par le désir de me remémorer un nom bien connu dans mon enfance, mais sans pouvoir y parvenir, j'eus l'idée de prier une vieille connaissance (désincarnée) de venir me le dire ; immédiatement, je m'entendis dire : Eh bien, G.… ! J'étais trop heureuse ! je me rendais compte de la manière d'entendre des médiums !
[35] « Un matin, il y a deux ans et demi, aidant la bonne à faire un lit, nous entendîmes au pied et à la tête du bois de lit des trépidations, celles d'un vrai télégraphe, et cela au moins pendant 4 minutes ; à trois reprises, je fis des questions, mais chaque fois arrêt complet. La bonne était comme rivée sur place et blanche comme de la cire ; moi très heureuse et craignant de perdre un atome de cette chose si merveilleuse ! Cependant, le lendemain, je craignais de voir se renouveler le phénomène ; il n'en fut rien, je ne sais pourquoi.
[36] « Il y a un mois environ, levée dès 4 heures du matin – péniblement préoccupée de la manière dont je passerais un certain temps d'absence, craignant l'ennui – je réfléchissais depuis un quart d'heure environ à un Esprit désincarné, et je me dis : mais si j'écris, j'espère qu'on me répondra ! Immédiatement, un bruit clair, strident, ne ressemblant à rien de connu, et si fort que je crus impossible qu'il n'eût été entendu de l'étage supérieur et inférieur. L’heure du déjeuner venue, je m'attendais à quelque question ; rien ! Ce que je constate de plus singulier, c’est que tandis que le moindre bruit, la moindre chute de n'importe quoi, me fait tressaillir, sursauter et crier, il n'en fut rien alors et je ne ressentis qu'une profonde satisfaction, dont je remercie Dieu ! Oui, chose permise et sublime, qui donnes des ailes à notre pauvre humanité si boiteuse, que ne viens-tu plus souvent nous bercer ! »
Obs. XVIL. – Mlle Black, 67 ans, ancienne dame de compagnie.
1. Aucune médiumnité. Il y a bien des années, j'eus trois rêves prophétiques qui me firent prendre des décisions qui étaient les bonnes »
Voici ces rêves :
[37] Elle rêve qu'un monsieur, qu'on la poussait à épouser, l'embrassait ; mais ouvrant les yeux, elle ne vit plus qu'un squelette devant elle : ce qui la décida à refuser ce mariage.
[38] Comme un jeune prêtre de sa connaissance songeait à jeter le froc aux orties, et qu'elle l'en dissuadait, elle rêva une nuit qu'elle le voyait, à Genève, en costume de moine et entouré de deux gendarmes. Elle apprit ensuite qu'il s’était sauvé de son couvent et avait été repris à Lyon, précisément ce jour-là.
[391] Plus tard, comme ce même prêtre voulait l'épouser, elle rêve qu'elle est en toilette d'épouse, et qu'un de ses souliers étant détaché, il se baisse pour le lui rattacher elle lui tend alors la main pour le relever, mais aussitôt sa main devient toute noire et de grands lambeaux de peau s'en détachent comme par l'effet d'une maladie contagieuse. Le rêve la fit renoncer à ce projet de mariage.
[40] Mlle Black a été témoin d'un cas de maison hantée. « Il y a environ 35 ans, j'ai eu des manifestations étranges ; je n'avais encore jamais entendu parler d'Esprits ou de spiritisme, et j'aurais bien ri de ceux qui croyaient aux revenants... Souffrant de la gorge, j'allai passer l'hiver à Nice, en m'engageant à donner des leçons à une fillette dont la mère, Mme D…, tenait une pension d'Anglais. Au commencement de la saison nous nous installâmes dans une grande propriété de Cimiez, voisine du couvent des Franciscains, et dont le parc renfermait de belles ruines romaines, entre autres un temple d'Apollon où le jardinier avait établi sa demeure. La maison était restée inhabitée une vingtaine d'années, avec les contrevents cloués et la porte verrouillée ; la propriétaire, accusée par l'opinion publique du meurtre de son mari, montait tous les vendredis de Nice et s'enfermait toute la journée dans cette maison abandonnée. A sa mort, ses fils ouvrirent la maison, la réparèrent et la louèrent pour la pension anglaise ; nous en fûmes donc les premiers habitants. Nous y entrâmes seules, la grand-mère, la mère, l'enfant, une bonne et moi, pour y faire les préparatifs nécessaires avant l'arrivée des hôtes. Dès le premier soir, une fois retirées dans nos chambres à coucher, j'entendis un bruit immense, comme de grosses bûches roulées dans l'escalier : je pensai que la domestique, qui couchait en haut, remuait des malles et que l'écho en résonnait sous les hautes voûtes. J’avais si peu peur que je descendis au sous-sol chercher des allumettes. Cette nuit et les suivantes, ce même bruit continua, et tous les ustensiles de mon lavabo bougeaient, ce que j'attribuai à des souris (Mlle Black entendait s'entrechoquer la cuvette, etc., mais elle n'a jamais rien vu, n'ayant pas allumé à ce moment). J'en fis part à D.…, qui me donna une autre chambre, à côté de la sienne. La première nuit que j'y passai, je n'entendis plus de bruit dans l'escalier, mais après 11 heures, j'entendis un frôlement contre le mur où s'appuyait mon lit ; je pensai que c'était Mme D. refaisant son lit et frôlant la paroi avec sa robe de satin ; mais quand je lui en parlai au matin, elle me répondit n'avoir pas bougé et avoir cru que c'était moi qui faisais ce bruit. Le lendemain, vers minuit, 3 gros coups se font entendre dans la muraille (plus jamais dans la paroi où était mon lit), et ensuite presque tous les soirs à la même heure, et à des places différentes de la muraille ; toujours an nombre de 3, et plus forts, plus volumineux, plus lourds que ce qu'aurait pu produire le poing d'un homme vigoureux. J'étais si furieuse et indignée de ces bruits qu'une nuit je sautai à bas du lit et frappai la muraille juste où s'étaient produit les coups. Mais cela continua les nuits suivantes. J'en étais très ennuyée, car cela me faisait sursauter et m'empêchait ensuite de me rendormir. Lorsque j'en parlais à Mme D.... elle ne me répondait pas ou éludait la question, de crainte que cela ne discréditât la pension, où il y avait maintenant beaucoup de monde… » Finalement, ne pouvant plus s'endormir que fort tard, Mlle Black demanda à changer de nouveau de chambre on lui en donna une de l'autre côté de la maison. « Là on entendait toute la nuit pomper dans des profondeurs souterraines, et la pompe paraissait colossale ; tous ces bruits étaient plus puissants, plus sourds que dans la vie ordinaire. A côté de ma chambre dormaient un vieux général et sa femme ; un matin il dit : Mais je ne sais pas ce qu'il y a dans cette maison, on pompe toute la nuit ! – De plus, lorsque je voulais m'endormir (c'était toujours entre 11 heures et minuit) j'entendais le bruit que ferait une aile immense, qui partait de ma fenêtre, s'approchait de mon lit, me frôlait la figure en me faisant une sorte de courant d'air, puis s'éloignait dans la direction de la porte et le bruit mourait dans le lointain. Quand je me rappelle tout cela maintenant, je suis bien étonnée de n'avoir pas eu peur ; aujourd'hui que j'ai entendu parler de spiritisme j'aurais peur, mais alors la colère dominait la peur. Ces bruits durèrent tout l'hiver ; j'étais très énervée, dormant trop peu, mais je ne pouvais rompre mon engagement. Ma chambre aux coups fut occupée tout de suite après moi ; personne ne parla de coups, si ce n'est une dame qui un jour, à table, dit : Je ne sais pas ce qu'il y a dans ma chambre, on entend des coups toutes les nuits. – On m'a raconté que plus tard, de jeunes Anglais, désirant voir l'Esprit, veillaient jusqu'après minuit et parcouraient les vastes corridors sans lumière ; ils ne virent jamais rien.
[41] II. « Une de mes amies avait loué quelques chambres chez une dame K. et y logeait. Une nuit elle est tout à coup réveillée et voit devant elle comme une grande colonne de fumée qui l'enveloppe et la pénètre, et elle entend une voix qui lui dit : Je veux que Mme K. ait ces deux tableaux ; puis suit la description détaillée de deux tableaux, et l'apparition disparaît. Le lendemain, n'ayant jamais vu ces tableaux et ne sachant ce que cela signifie, elle le raconte à la propriétaire qui reste stupéfaite et dit : Mais ce sont deux tableaux qui appartiennent à un monsieur et une dame qui ont été longtemps mes locataires ; j'ai dû les congédier parce que le monsieur avait tenté de se suicider dans sa chambre, que vous occupez actuellement ; et il s'est suicidé il y a quelques jours ! – Le lendemain mon amie eut encore l'apparition, et le surlendemain elle donna son congé.
III. « Les médiums me paraissent en général laids, bilieux, énervés, mais droits, honnêtes, religieux et heureux de leur médiumnité. La médiumnité peut consoler en nous mettant en rapport avec ceux que nous avons perdus, mais elle est aussi un terrain glissant, dangereux pour notre cerveau et notre âme et elle risque de nous rendre coupables de chercher à connaître l'avenir. Je pense que les voix, les apparitions d'anges de l'Ancien Testament, étaient des Esprits envoyés par Dieu pour donner aux hommes ses ordres ou ses consolations ; peut-être ces communications apparentes, visibles, sont-elles maintenant inutiles puisque Jésus-Christ nous a donné une religion complète, qui est la plus parfaite manifestation de Dieu à l'homme... Je ne veux ni juger ni condamner les spirites... Je ne donne au spiritisme aucune place dans ma vie intellectuelle et morale, je ne cherche pas à m'approcher des Esprits. Il est dit dans l'Ancien Testament : N'évoquez pas les Esprits et ne vous approchez pas de ceux qui les évoquent. Nous ne devons donc donner aucune place au spiritisme dans l'éducation, mais nous devons apprendre de bonne heure à l'enfant que ce qui vit, pense, aime en lui, a toujours existé et existera toujours, jusqu'à son retour dans le sein du Grand Esprit Créateur d'où tout provient et à qui tout retourne... »
1908. – Je n'ai plus rien eu de semblable à ce que j'ai relaté il y a dix ans, et n'ai assisté à aucune expérience.
[42] « J'ai seulement vu avec un grand intérêt les peintures religieuses de Mlle Smith. J'ai été surtout frappée du regard de Jésus à Gethsémané : je ne pouvais m'en détacher ; si je me détournais, je devais y revenir ; Mlle Smith nous ayant ensuite expliqué que, lorsqu'elle commençait à peindre, les yeux étaient déjà faits et finis sur la planche, je n'ai pu que rapprocher cela de l'attraction invincible de ce regard. Mlle Smith m'a beaucoup intéressée : on la sent vraie et honnête sous tons les rapports, sans vanité, ni hâblerie, ni emballement ; son calme m'a surprise.
III. « Les phénomènes médianimiques ont existé de tous temps et peuvent se retrouver aussi bien chez les méchants que chez les bons. Les personnages de la Bible qui entendaient des voix étaient des médiums : d'Adam à saint Jean dans Pathmos, de Caïn à saint Paul, tous ont entendu une voix qui leur parlait soit du dehors soit du dedans ; je crois que c'était la voix de Dieu. C'était donc un appel solennel, ce qui doit nous rendre bien prudents dans nos communications avec les Esprits ; Moïse déjà ordonnait de se détourner des devins qui les évoquent (Lév. XIX, 31). La communication avec les morts que nous avons chéris peut consoler et réjouir ; il ne me semble pas qu'elle soit coupable si l'on ne cherche pas à connaître l'avenir et qu'elle se fasse avec sérieux ; pourtant je ne me sens pas libre de le faire, ni ne m'en sens l'envie, trouvant les réponses trop banales et incomplètes et m'étonnant que les témoignages de l'au-delà ne soient pas plus sérieux ou plus importants... Il ne faut rien dire du spiritisme aux enfants tant qu'ils ne nous interrogent pas ; s'il le faut, répondons avec gravité, presque solennité, que c’est un don de Dieu, qui peut nous nuire on nous bénir suivant notre propre mentalité... »
Obs. XVIII. – Mme V., 35 ans, professeur de musique.
I. « Dès l'âge de 15 à 16 ans, j'ai eu souvent des rêves prophétiques qui se sont réalisés. Ils sont toujours symboliques ; j'en ai eu la clef par ma mère, qui elle-même a eu toute sa vie des rêves extraordinaires, vérifiés en général dans les quinze jours à trois semaines. Quand je monte, en rêve, c'est signe de réussite ; quand je descends, c'est de mauvais augure ; les minons (poussière) sont l'annonce certaine d'ennuis et de contrariété ; et les souris, de vol, au point que chez ma mère nous avons découvert les vols d'une bonne, rien que pour avoir rêvé de souris et avoir fait des recherches en conséquence. Si, en rêve, je vois quelqu'un maniant de la viande crue, ou si l'on m'en sert, c'est un deuil prochain. Je me suis trouvée plusieurs fois, en rêve, au sommet d'une tour, presque toujours la même : je pouvais alors être assurée que les choses qui semblaient le plus compromises tourneraient à mon avantage. » Exemples :
[43] « A mes examens de fin d'études, j'étais dans les conditions les plus défavorables, ayant eu, peu de jours avant, une scène terrible avec mon professeur ayant le sentiment intime que tout était perdu, je résolus de ne pas aller à la séance où l'on devait proclamer les résultats et les récompenses. Mais la veille de ce jour, je rêvai ceci : je marchais dans une grande vallée avec une troupe de soldats, et tout à coup je me trouvai seule au haut d'une tour d'où mon regard embrassait un pays immense... Le matin ma mère interpréta ce rêve comme un bon signe et me fit aller à la séance, où en effet je fus nommée la première, ayant obtenu le maximum en tout.
[44] « Je ne me savais pas enceinte, lorsqu'une nuit je rêvai que je montais une montagne très abrupte ; le terrain était couvert de pierres et de neige, très glissant, je n'avançais qu'à grand-peine, reculant sans cesse ; toute haletante, il me semblait que je n'atteindrais jamais le sommet ; enfin, après un dernier effort qui m'avait toute épuisée, me voici en haut ; là, soudain, changement complet, une route délicieuse, ombragée, facile, où j'allais comme portée par des ailes. Je sus peu après que je portais un enfant. Ma grossesse fut extrêmement pénible, avec de constantes rechutes ; je croyais sans cesse à un irrémédiable accident ; les couches furent horribles... Mais depuis tout a bien été, l'enfant n'a jamais été malade et j’ai repris mes forces et ma santé.
Depuis mon mariage, depuis surtout que je suis mère, ces rêves prophétiques si fréquents auparavant, se sont peu à peu espacés jusqu'à cesser presque complètement. » – Pour faire plaisir à son mari, qui est spirite convaincu, mais n'a pas de facultés médianimiques, Mme V. a essayé de l'écriture automatique, mais sans succès ; après sept essais de 20 minutes chacun, en trois semaines, où elle n'obtint que des gribouillages ou un semblant d'écriture illisible, elle cessa parce que cela l'ennuyait et l'énervait trop.
III. « J'ai assisté à quelques séances qui m'ont laissée tout à fait incrédule. Un seul fait m'a donné quelque peu à réfléchir, mais sans me convaincre. Les PHÉNOMÈNES me laissent plutôt froide ; on les recherche trop à mon gré ; je les voudrais plus spontanés ; ils présentent plus d'inconvénients que d'avantages pour les natures portées à les accepter trop facilement. Mais la DOCTRINE me parait supérieure à toutes les autres. Elle me satisfait entièrement et m'a procuré un grand calme, en même temps que j'y ai trouvé enfin une ligne pratique de morale à laquelle ma conscience adhère en tous points. »
1908. – Mme V. a perdu son mari il y a quinze mois ; ce fut un coup terrible, ils s'aimaient profondément et s'étaient promis que le premier qui partirait s'efforcerait de se communiquer à l'autre. Mais elle a eu beau, à maintes reprises, depuis lors, prier ardemment et implorer une manifestation quelconque de lui, elle n'a jamais rien obtenu, « pas même un craquement de meuble. » Une seule fois elle eut une vision indistincte, où elle était comme entouré d'une sorte de mur un peu translucide, à travers lequel elle apercevait son mari lui faisant signe qu'il ne pouvait parvenir jusqu'à elle mais elle est convaincue que tout cela venait d'elle-même. Une dame spirite de sa connaissance lui ayant un jour apporté un soi-disant message de son mari, elle n'y a pas cru et a trouvé cette démarche déplaisante et indiscrète. A l'endroit du spiritisme, elle en est au même point qu'il y a dix ans, très sympathique à la doctrine, mais fort sceptique et plutôt hostile vis-à-vis des phénomènes. Elle admire et envie, sans arriver à la partager, la foi des croyants convaincus qu'ils retrouveront un jour ceux qu'ils ont perdus.
Obs. XIX. – Mme R. E., 66 ans.
1. « Pas de médiumnité caractérisée, mais pressentiments très prononcés. D'avance je prévois qu'une démarche n'aboutira pas ; pour une chose que je veux faire, je peux dire si je serai satisfaite ou non dans l'exécution ; si je ne suis pas ma première impression, j'ai toujours lieu de le regretter ; je ressens cet avertissement au moment où je vais faire la chose. De même, je puis dire la personne que je verrai dans la journée, alors qu'il s'agit d'une personne que je ne vois pas régulièrement, à qui je n'ai pas pensé, ayant peu de rapports ensemble ou même de l'indifférence : tout à coup ma pensée se porte sur elle et m'obsède quelques heures, rien ne peut m'ôter son image, et dans la journée, ou le lendemain (ce qui est rare), je la vois arriver chez moi ; si c'est une personne habitant le dehors, c'est une lettre d'elle que je reçois. » Mme R. E. a eu de ces pressentiments depuis toute jeune. Ils la retiennent d'agir aussi bien qu'ils l'y incitent. Ils ne s'accompagnent d'aucune voix intérieure ni d'aucune impression physique localisée ; c'est purement une « idée », quelque chose qui la pousse ou la retient et qui se trouve avoir toujours raison. « Je ne peux pas dire que j'entende des sons, des voix, c'est comme une idée subite. » Ex. :
[45] Une nuit, l'idée lui vient d'aller voir une personne qu'elle n'a pas vue depuis longtemps, elle y pense toute la nuit, çà l'empêche de dormir ; le lendemain elle y va, et apprend que cette personne, étant tombée malade, a été transportée à l'hôpital et y est morte précisément cette nuit.
[46] « La semaine passée, ma pensée se porte sur une parente de mon mari que je n'avais pas revue depuis neuf ans et pas eu de nouvelles d'elle ; c'était la seconde fois que je la voyais dans l'espace de vingt ans (c'est dire qu'elle ne me préoccupe pas) ; dans la matinée je pense à elle, et à midi, comme nous nous mettions à table, elle nous arrive en nous disant qu'elle était à Genève depuis la veille.
[47] « Lundi passé, je devais sortir ; subitement je pense à une bonne amie que je n'avais pas vue depuis trois semaines ; je me décide à rester chez moi pour le cas où elle viendrait ; on me fait observer que son jour de visite est le mardi, non le lundi : je reste quand même, et à deux heures elle était chez moi. Comme ce n'était pas son jour habituel de venir, elle avait devancé l'heure pour me trouver à la maison.
« Toutes ces choses (pressentiments et impulsions), je les ai observées et ressenties avant de connaître le spiritisme, dont je ne m'étais jamais occupée et que je ne connais encore qu'imparfaitement, mais dont je suis persuadée depuis ma première visite chez Mme Darel [obs. LIII]. » Voici le récit de cette séance qui entraîna la conviction de Mme R. E. (il convient d'ajouter qu'elle et Mme Darel ne se connaissaient nullement jusque-là) :
[48] « Il y a cinq ans, ayant perdu (un an auparavant) un fils de 26 ans, j'étais si éprouvée de cette séparation qu'une dame de ma connaissance me conduisit chez Mme Darel. Celle-ci me renseigne un peu sur une chose toute nouvelle pour moi (la possibilité de communiquer avec les morts) et me propose d'expérimenter, ce que j'accepte avec plaisir. (Ces trois dames se mettent à la table qui promptement commence à dicter.) L'esprit de mon fils est là, il se nomme, dit son âge, le mois, la date, le jour et l'heure de sa mort, m'exhorte à me consoler. Comme il s'adressait à Mme Darel, elle lui dit de s'adresser à moi directement ; la table épelle aussitôt : Oh, vous ayez raison ! A cette réponse, je suis presque sûre qu'il était là ; pour tout ce qu'il avait dit avant, il pouvait y avoir transmission de pensée de moi au médium, mais cette phrase-là je ne l'ai pas pensée, c'était bien la sienne, qu'il répétait très souvent dans le cours d'une conversation. Mme Darel lui demande de citer un fait qui se soit passé entre nous, pour nous prouver que c'est bien lui qui est là ; je m'attendais à ce qu'il allait dire quelque chose qui se serait passé dans la famille, mais il dit : Maman, tu as assez pleuré ton petit Carlo ! Il n'y a plus à douter, car c'est comme cela qu'on l'interpellait tout enfant, jusqu'à l'âge d'homme, pas parce qu'il était de petite taille, mais parce qu'il était doux, bon garçon, que c'était plus amical de l'appeler ainsi, et qu'il ne résistait jamais à ce qu'on lui commandait en lui disant : petit Carlo. Pendant deux ans et demi qu'il a été absent pour sa santé, chaque semaine sans exception j'avais une lettre, et toutes sont signées : ton petit Carlo. » Comme les dictées de la table allaient trop lentement, Mme Darel se mit à écrire, et par ce moyen Carlo dit encore à sa mère : je suis très heureux, très bien, constamment avec toi ; tu as bien raison quand tu as le sentiment de ma présence et que tu penses que je suis là avec toi ; j'y suis en effet très souvent. Mme R. E. vit une nouvelle preuve d'identité dans cette allusion au sentiment, qu'elle a en effet souvent de la présence de son fils. Elle eut encore d'autres séances chez Mme Darel, mais n'obtint plus rien d'aussi probant que dans cette première visite.
[49] Une fois initiée au spiritisme, Mme R. E. s'essaya à l'écriture automatique, mais n'obtint que des dessins linéaires. Un jour, entre autres, qu'elle essayait d'écrire – les yeux fermés et en écoutant la musique d'un café voisin, tandis que sa main continuait d'aller – elle se trouva avoir couvert sa page d'une série de carrés parfaitement réguliers, inscrits les uns dans les autres sans se toucher nulle part et de plus en plus petits jusqu'au centre de la page, tels qu'elle aurait été incapable de les tracer les yeux ouverts sans l'aide d'une règle. – N'obtenant jamais d'écriture, ni de dictées par la table lorsqu'elle y est seule, elle a cessé ces exercices. Elle n'a jamais eu de voix ni de visions, sauf parfois des figures (hypnagogiques) en s'endormant. En revanche elle a eu une impression tactile, bien caractérisée :
[50] Deux ans après la mort de son fils, il y avait à souper un plat qu'il aimait ; cela le lui rappela, elle sentit son cœur se gonfler et quitta la table pour aller pleurer dans sa chambre elle se mit à la fenêtre ouverte, par où on entendait une musique à l'étage au-dessous et, profondément triste, elle pleura abondamment ; elle sentit alors tous les doigts d'une main se poser et peser sur son épaule ; croyant que c'était sa fille entrée sans qu'elle l'eût entendue, elle lui adressa la parole, puis se retourna : il n'y avait personne dans la chambre ! Alors elle pensa que c'était bien la main de son fils défunt, qui était auprès d'elle et voulait la consoler.
En résumé, les dictées de son fils par la table, à la première séance chez Mme Darel, restent pour Mme R. E. ce qu'elle a obtenu de plus frappant : « Pour moi ces quelques phrases ont une grande importance ; je ne les ai pas pensées, ce sont les expressions de celui qui nous a quittés. Je suis convaincue. »
1908 – 1. « Lorsque je vous ai répondu il y a dix ans, il y avait peu de temps que je m'occupais de spiritisme, où j'ai vraiment trouvé une grande consolation de la mort de mon fils.
[51] « Je le croyais autour de moi. Parfois encore il me semble qu'il est là, je pense à lui sans chagrin ; dans mon intérieur il se passe quelque chose qui me rend heureuse, dont je ne puis expliquer la cause : ce phénomène n'est pas continuel, mais assez fréquent.
[52] « J'ai eu des rêves prophétiques, un entre autres que je n'ai pu oublier, et qui a fait ombre dans ma vie. J'avais 19 ans, c'était à la veille de mon mariage, je rêvai ceci : – Je suis chez ma mère, on frappe à la porte, je vais ouvrir, je suis en face d'une femme inconnue qui me dit d'un air mystérieux : Mademoiselle, descendez, je veux vous faire voir quelque chose. J'hésite à la suivre, car elle me fait une impression désagréable ; je regarde ma mère qui me fait signe d'aller. Au rez-de-chaussée de la maison que nous habitions il y avait une chambre inoccupée et obscure, les contrevents étant fermés ; la femme s'y arrête, je ne veux pas y entrer et je reste sur le seuil de la porte, elle me dit : Vous voyez, là-bas dans le fond ? A force de regarder j'aperçois une très faible lumière ; mes yeux s'habituant à l'obscurité, je distingue un lit et un cadavre qui respirait, je me retire épouvantée, la femme me dit : Vous voyez bien, il respire, eh bien, dans trois ou quatre ans, son âme s'envolera ! L'émotion fut si forte que je me réveillai ; de la nuit je ne pus retrouver mon sommeil. Le lendemain je racontai ce rêve à ma mère, qui rit de mon épouvante et me dit que c'était un rêve auquel on ne s'arrête pas ; et comme elle était d'un jugement très juste, je la crus sur parole. Mais voici l'accomplissement de mon rêve. Je me mariai deux jours après ; 14 mois plus tard j'ai un enfant qui jusqu'à 8 mois est très beau et bien portant, puis il prend une fluxion de poitrine et meurt ; la seconde année, de nouveau un enfant qui meurt à dix mois d'une hydropisie du cerveau ; six mois après sa mort, c'est mon mari qui meurt au quatrième anniversaire de notre mariage. Les voilà tous trois disparus dans l'espace de quatre ans ! Je n'ai pas eu d'autre rêve aussi explicite que celui-là ; c'est bien assez pour une existence ! » (Depuis lors elle s'est remariée et a eu cinq enfants.)
III. « J'ai suivi régulièrement les séances de la Société d'Etudes Psychiques qui m'ont beaucoup intéressée, sans me convaincre, et plus tard m'ont causé un affaiblissement (de confiance) en me faisant constater, chez beaucoup des membres de la Société, une grande nervosité et de l'exagération ; cette exaltation vient-elle d'être plongé dans des questions difficiles à résoudre ?... A mon avis, les PHÉNOMÈNES médianimiques, pour ceux qui s'y livrent constamment, ne servent qu'à leur bouleverser l'esprit. La DOCTRINE spirite est la plus compréhensible en ce que, si nous avons une autre existence après notre mort et que nous y expiions ce que nous avons fait de mal dans celle-ci, c'est plus juste que d'être condamné à des peines éternelles. Tout ceci est d'ailleurs encore si obscur, qu'il faut s'en tenir à une vie honnête et aller droit son chemin : nous serons assez récompensés par la tranquillité de notre conscience, qui nous donne la paix et le bonheur. »
Obs. XX. – Mme Dolci, 33 ans, maîtresse d'école.
Elle fut somnambule dans son enfance : la nuit elle se levait et faisait des devoirs en dormant. A 7 ans elle perdit sa mère ; mais « quand mon père vint me dire qu'elle était dans la terre, je répondis : Non, elle est au ciel. Et jamais je ne l'ai cherchée ailleurs ; elle me semblait vivante quoique morte ; que de fois je lui ai parlé à haute voix, toujours en regardant le ciel, dans mes heures de tristesse ! Depuis mes plus jeunes années j'ai compris que tout n'est pas fini avec la mort, et je puis déclarer que je n'ai jamais cru à l'anéantissement de l'âme. » Aussi n'eut-elle pas de peine à admettre le spiritisme lorsqu'il y a 3 ans, profondément ébranlée par la mort d'un protecteur âgé qu'elle aimait comme un père, elle eut l'occasion de s'entretenir avec des spirites et lut : Après la mort, de L. Denis. Cela fut le salut pour elle. « Toute d'épreuves depuis ma plus tendre enfance, j'avais pris un caractère mélancolique et souvent je suis arrivée à la porte du désespoir. La mort de ce vieil ami m'avait jetée dans un abîme profond, et c'est à ce moment que le spiritisme a fait luire sur ma vie un jour nouveau. Lorsque j'ai compris que l'être que je pleurais vivait encore, qu'au besoin il pouvait me guider comme il le faisait sur la terre, j'ai trouvé encore la force de vivre... »
Mme Dolci n'a aucune médiumnité, et elle pense qu'elle est trop impressionnable pour en pouvoir supporter une. En revanche elle a eu de tous temps des rêves prophétiques, des intuitions, et des impulsions à agir ou parler (mais jamais de voix ni de visions à l'état de veille). Ses rêves prophétiques sont saisissants, moins par l'événement important qu'ils concernent et qui parfois pouvait être inféré d'avance, que par l'abondance de petits détails accessoires (de lieux, mobilier, gestes, etc.) impossibles à prévoir et qui se réalisent. – Voici quelques exemples de ces divers phénomènes.
[53] Un petit garçon de ses élèves, pour qui elle avait une sympathie toute spéciale à cause de sa nature douce et aimante, étant tombé malade et ayant manqué l'école le vendredi et le samedi, Mme Dolci, pendant la nuit du samedi au dimanche, vit en rêve « une chambre meublée de rouge, un lit blanc placé dans un angle près d'une fenêtre ; une main écartait les rideaux, et j'ai vu l'enfant mort. Ma première pensée au réveil fut d'envoyer demander des nouvelles : j'en étais sûre, il était mort... J'allai faire visite dans cette demeure où je n'avais jamais pénétré : Oh surprise, c'était la chambre de mon rêve ; le père fit le même geste pour écarter les rideaux et je me penchai pour embrasser ce petit front glacé...
[54] « Il y a trois ans, j'ai fait un rêve m'annonçant la mort de ce vieil ami que j'aimais comme un père : J’ai vu des fleurs mortuaires sur un canapé vert, il était couché sur son lit de mort ; je suppliais sa femme de me le laisser voir ; après son refus, je me vois pénétrant malgré elle dans cette chambre grâce à l'intervention d'un personnage mal défini. Quelques jours plus tard, cet homme est mort et j'ai vu alors se réaliser tous les détails de mon rêve... » La disposition de la chambre, où elle entrait pour la première fois, était exactement comme en rêve ; en particulier les fleurs mortuaires se trouvaient sur le canapé, par le fait d'un caprice de la femme du défunt, qui n'avait pas voulu qu'on les mît sur le lit selon l'usage.
[55] « La semaine dernière je me trouve en rêve dans un appartement tout bouleversé ; on déménageait ; je vois un linoleum blanc avec des dessins bruns très caractéristiques. Le lendemain, mon mari me prie de visiter un appartement qu'il désirait louer, et où je n'avais jamais été. La première chose qui me frappa en entrant dans une chambre, fut ce linoleum blanc avec les mêmes dessins bruns.
[56] « J'ai l'intuition très nette de ce qui se passe autour de moi. Quand je me trouve avec des personnes inconnues, je sais dès l'abord très nettement ce qu'elles pensent de moi. En observant une physionomie, je puis dire assez bien si la personne est franche ou fausse, bonne ou méchante, intelligente ou mal douée... »
[57] Ces intuitions s'accompagnent parfois d'impulsions à parler ou à agir. C'est ainsi que dans la conversation, elle a souvent l'intuition de ce que les autres pensent et vont dire, et elle se sent poussée à s'exprimer de telle façon que, si elle cède sans retard à cette impulsion, ses paroles coïncident exactement avec celles de son interlocuteur. Par exemple : « Un jour nous cherchions avec une personne des noms de campagnes. Si j'avais une campagne, me disait-elle, je l'appellerais Mon Nid, Le Repos... Ici elle cherche un troisième nom ; au bout d'une seconde nous disons ensemble : L'Eglantine. En prononçant ce mot, je le voyais gravé en lettres d'or sur un pilier à l'entrée d'une campagne. Quelque chose m'a obligée à le dire à haute voix. Cela m'arrive très souvent, surtout avec les personnes qui me sont sympathiques ; mais pour prononcer le mot ou la phrase en même temps que l'autre personne, je ne dois pas attendre une seconde, je dois parler à l'instant où j'y suis poussée.
[58] « Dans mes actions aussi, je suis bien souvent l'instrument d'une autre volonté. Que de fois suis-je partie de chez moi n'ayant absolument pas l'idée de me rendre ici ou là, et d'y aller malgré moi, poussée, c'est le mot, par une main charnelle. Depuis que je sais (que c'est un Esprit qui me pousse), j'observe scrupuleusement ; et toujours, lorsque j'ai obéi à cette volonté invisible, je m'en suis bien trouvée. Exemple : J'ai eu beaucoup à lutter dernièrement pour obtenir un avancement scolaire auquel j'avais droit ; très timide et aussi très fière, les démarches me coûtaient beaucoup ; eh bien, je puis dire que pendant que je parlais à tel ou tel personnage, ce n'était pas moi qui parlais, c'était un autre. Lorsque j'avais fini un entretien, ma propre voix m'étonnait et je me disais : Ce n'est pas toi ! Comment as-tu osé ?
« Je voudrais être plus, et pouvoir davantage, pour aider à convaincre les âmes errantes, désolées, désespérées, que le spiritisme petit encourager et relever. La bien faible lueur de spiritisme que j'ai reçue m'a donné du courage, m'a montré ma tâche, ou mes tâches, sous un autre jour : ma vie en un mot a été transformée... Pour le bien de l'humanité il faudrait propager cette doctrine, mais il faut avoir souffert pour comprendre ces choses : les heureux, vivant dans leur égoïsme, n'y comprennent rien... »
1908. – « J'ai toujours des rêves prophétiques très précis : les personnes, les choses, se montrent à moi, pendant le sommeil profond, d'une façon très nette, il n'y a que les lieux qui sont changés... J'ai aussi une intuition très nette de ce qui se passe dans l'âme d'autrui. Ce don de pénétration m'est très précieux : il m'a permis d'éviter bien des pièges, et de consoler bien des cœurs timides. Pour ma vocation il m'est aussi d'une grande utilité, car je puis pénétrer très profond dans ces jeunes cœurs qui me sont confiés... La certitude de la survivance de l'âme est une immense consolation... »
Obs. XXI. – Mme Morse, 58 ans ; a plusieurs enfants et petits-enfants. Son mari, publiciste et conférencier très apprécié, n'est pas spirite.
Née et élevée dans le catholicisme, et très encline au mysticisme. Plus tard la réflexion et les lectures firent crouler ses croyances. Son mariage avec un protestant tourna ses idées de ce côté, mais sa foi resta éteinte jusqu'à ce que, dans une grande épreuve, une amie lui fit connaître le spiritisme. Elle n'a pas de facultés médianimiques ; « même si j'étais sûre d'en avoir en germe, je ne les développerais pas ; il faut laisser ces expériences à ceux qui ont les nerfs plus solides et une volonté assez forte pour ne pas se laisser dominer par une préoccupation unique. » Mais elle a eu de tout temps des faits de prémonition : pressentiments, rêves prophétiques, coups frappés, etc. Voici pour ces derniers :
[59] « J'ai souvent entendu des coups dans mes volets ; je suis sûre alors d'avoir des ennuis ou une mauvaise nouvelle. Jamais je ne les ai entendus sans raison, et pourtant ils ne me semblent d'aucune utilité, si ce n'est de me préparer à supporter patiemment les choses désagréables qu'ils m'annoncent.
[60] « L'an passé ma fille, qui était vers la fin d'une grossesse, me certifia avoir entendu 7 forts coups frappés au-dessus de sa tête et les avoir comptés sans savoir pourquoi. Son mari, qui était auprès d'elle, n'avait rien entendu. Je considérai ces coups comme un avertissement, et quoique ma fille n'attendit son enfant que quelques semaines plus tard, je hâtai mes préparatifs ; la semaine suivante, juste 7 jours après, elle accouchait prématurément. »
Bien jeune, Mme Morse avait déjà des intuitions dont ses compagnes s'étonnaient tout en en profitant ; lorsqu'elle était anxieuse et tourmentée, ou au contraire d'un calme parfait, en dépit des apparences contraires, l'événement donnait raison à ses pressentiments. Aujourd'hui encore elle a « des avertissements par une sorte de voix intérieure qui répond distinctement à mes questions et à mes pensées intimes ; par exemple :
[61] « Un jour, dans une des phases les plus pénibles de ma vie, j'entendis cette voix (non pas avec mes oreilles, mais intérieurement) me répéter pendant plusieurs heures : Cherche, cherche ! J'essayai de me distraire, de me plonger dans la lecture, mais inutilement ; j'avais peine à tenir mon livre, mes yeux s'en détachaient involontairement, et toujours le même mot résonnait dans mon cœur : Cherche ! Chercher quoi, et dans quel but ? Enfin je me laissai guider, j'entrai au hasard dans une des chambres de la maison, mes regards se portèrent d'eux-mêmes sur un objet, et je trouvai ce qu'il était urgent que je trouvasse. » Mme Morse a eu, dans cette période douloureuse qui dura environ dix-huit mois, plusieurs cas de ce genre où elle fut amenée à mettre instinctivement la main sur une chose indispensable (clef, lettre, etc.) là où elle ne s'attendait point à la trouver, en obéissant à cet ordre de chercher, qui la poursuivait tantôt comme une voix intérieure très précise (localisée à l'épigastre), tantôt sous la forme plus vague, mais non moins impérieuse, d'une impulsion ou d'une angoisse la poussant dans telle direction.
[62] « Un autre jour, je longeais, rêveuse, les maisons de la place Longe-malle ; subitement j'entends la voix : Arrête ! Instinctivement je fais deux pas en arrière et au même instant un volet se détache et tombe à mes pieds. Si j'avais fait deux pas en avant au lieu d'en arrière, je recevais le volet sur la tête. » Elle remercia mentalement le bon Esprit qui l'avait avertie ; « j'ai su plus tard [v. n° 66] que cet Esprit n'est autre que celui de ma petite Daisy, que j'ai perdue à peine née, et qui depuis son départ n'a cessé de m'entourer d'une protection constante. Depuis que je crois, je la sens si près de moi que parfois je me surprends à lui parler tout haut. »
Pendant sa période d'incrédulité, elle eut deux rêves qui l'impressionnèrent beaucoup, et qu'elle ne s'expliqua que plus tard, par le spiritisme :
[63] En 1871, n'ayant pas depuis plusieurs semaines de nouvelles de son frère qui était à l'armée française, dans la nuit du 27 au 28 janvier elle rêve sa mort : elle le voit sur le champ de bataille, couché en joue de loin et tué par un Allemand, dont la figure lui est restée si nette que maintenant encore, si elle le rencontrait, elle le reconnaîtrait et lui dirait : « C'est vous qui avez tué mon frère ! » Réveillée par ce songe affreux, elle ne put se rendormir, et son anxiété augmenta encore lorsque le lendemain dans l'après-midi sa mère (à qui elle n'en avait rien dit) lui raconta, très inquiète, avoir vu en rêve son fils « couvert de fleurs et couronné de lauriers. » Trois semaines après, on apprit que la colonne dont il faisait partie, s'étant mise en route dans la nuit du 27 au 28 janvier pour attaquer un détachement allemand, il avait été frappé d'une balle mortelle vers 11 heures du matin.
[64] Quatre ans après, étant inquiète de sa mère malade dans une autre ville, elle eut trois fois dans la même nuit un cauchemar affreux : « Ma mère était là, devant moi, qui me maudissait de la laisser mourir seule... » Elle partit aussitôt le matin venu, mais arriva trop tard ; il n'y avait pas de sa faute, les dépêches qu'on lui avait envoyées la veille ne lui ayant pas été remises. Il y a huit ans que Mme Morse a été gagnée au spiritisme par une amie intime, qui lui fit connaître la doctrine et lui raconta ses propres expériences, entre autres le fait suivant :
[65] Dans une séance tenue en cachette chez cette amie, en l'absence de son mari parti pour une course de montagne, « le médium écrivait avec volubilité ; tout à coup il s'arrête, puis d'une écriture plus accentuée, il trace ces mots :
Cache tout, il vient ! Chacun se regarde, étonné, et se demande qui vient. Dépêchez-vous, il va sonner, écrit de nouveau le médium. Stupéfaites ces dames font disparaître table, crayon et papier, et reprennent leur couture. Et le mari, ramené par un incident imprévu, sonne à la porte au même moment.
[66] Parmi les faits spirites auxquels Mme Morse a elle-même assisté, le suivant l'a particulièrement frappée. « La première fois que je me présentai chez Mme Guelt [obs. LI], médium typtologue, un Esprit vint à la table et se nomma Daisy Morse, Je fouillai dans mes souvenirs et ne trouvai aucun membre de la famille portant le nom de Daisy. L'Esprit, consulté, répondit qu’il était mort depuis 25 ans et qu'il n'avait vécu qu'un mois. Un trait de lumière se fit dans ma mémoire : en effet, 25 ans auparavant, j'avais eu une petite fille du nom de Daisy qui mourut au bout d'un mois. Cette enfant était à ce moment à cent lieues de mes pensées, il n'y a donc pas eu suggestion. Depuis ce jour, chaque fois que je suis allée chez Mme Guelt, ma fille s'est présentée spontanément à la table et m'a donné de bons et affectueux conseils. Mme Guelt dit qu'elle reconnaît toujours son fluide qui doit être très pur, et que sa manière particulière de frapper les coups est un signe certain de son identité. »
III. Mme Morse est devenue une spirite profondément convaincue. « Chez les médiums et les spirites que je connais, j'ai trouvé des idées larges et élevées, de la bienveillance, de la patience, une grande charité, de la résignation et l'esprit de prière. Si le spiritisme était bien compris, il rendrait la société et les hommes plus heureux en détruisant l'ambition, l'amour de l'argent, l'égoïsme et l'orgueil, qui sont les quatre bases de tous les maux et de tous les crimes... La question sociale serait résolue, et les hommes s'achemineraient tous, calmes et résignés, vers les mondes meilleurs... Je puis dire que la DOCTRINE spirite m'a sauvée. Elle m'a été révélée à un moment critique de ma vie ; et sans elle, je ne sais ce que j'aurais fait. J'ai appris d'elle à me détacher des choses d'ici-bas et à tout espérer des choses à venir. J'ai appris à voir dans tous les hommes, même dans les plus criminels, même dans ceux qui m'ont le plus fait souffrir, des frères moins avancés à qui je devais secours, amour et pardon. J’ai appris à ne m'indigner de rien, à ne mépriser personne, et à prier pour tous. Oh ! surtout j'ai appris à prier, et quoique j'aie encore bien à acquérir dans ce domaine, la prière m'apporte toujours plus de force, de consolation et de réconfort... Donc le spiritisme tient une grande place dans ma vie, je puis même dire qu'il y occupe la première place... Quant à son rôle dans l'éducation, je suis un peu de l'avis de J. J. Rousseau qui veut qu'on ne parle de religion aux enfants que lorsqu'ils sont en âge de pouvoir comprendre et raisonner. Quand ils pourront choisir eux-mêmes entre les diverses conceptions religieuses, je suis persuadée que, si leur jugement n'a pas été faussé, le spiritisme ou plutôt la morale spirite deviendra la religion du plus grand nombre, à cause surtout de sa logique et du sentiment de profonde justice qui en émane. »
1908. – Mme Morse, qui a perdu son mari depuis quelques années, continue à présenter le même genre de phénomènes. « Je n'ai aucune médiumnité caractérisée, mais je suis très intuitive et j'ai des pressentiments qui me trompent rarement.
[67] « J'entends parfois des coups (seulement dans ma chambre) que je reconnais parfaitement et que je ne puis confondre avec des craquements de meubles. Pendant longtemps je n'entends rien, puis commence une série correspondant toujours à des ennuis plus ou moins graves qui ne manquent jamais de m'arriver. Ces coups, très fréquents jadis, sont plus rares maintenant. Un soir ils ont fait pour ainsi dire le tour de ma chambre, se répercutant dans tous les meubles ; j'en ai été troublée ; de gros soucis n'ont pas tardé à me visiter. Comme je n'aurais pas pu les éviter, je pense qu'on veut simplement me dire : Prépare-toi, une nouvelle épreuve est là. – A part ces sortes d'avertissements, j'entends quelquefois un coup unique, toujours à la même place de ma table à écrire : il semble répondre à une de mes pensées comme pour l'approuver ; j’ai remarqué qu'il est plus fort quand je prie, surtout quand je prie bien. Je ne suis nullement une spirite emballée, et je suis loin d'ajouter foi à tous les phénomènes qu'on raconte, mais je crois à mes coups. Quelquefois ils ne m'annoncent rien du tout : je ressens alors une sorte de bien-être à penser qu'un des miens (défunts) est là, que je ne suis pas seule, et je jouis de sa présence sans le voir.
« Depuis plusieurs années je n'assiste plus à aucune expérience, mais j'ai gardé le souvenir de quelques séances de table :
[68] « Chez Mlle Dyck [obs. LV], ma fille Daisy, morte à un mois, est venue me parler de choses intimes, qui même me gênaient fort devant une étrangère. Pendant que la table frappait, deux coups violents retentirent derrière moi ; ils provenaient de deux photographies, qui étaient tombées à un mètre de la table où elles étaient placées ; impossible qu'elles eussent glissé.
[69] « Chez M. Z.…, avec Mme Saxo [obs. L] : Une dame défunte, bien connue à Genève, est venue spontanément confesser un crime qu'elle avait voulu commettre avec son fils, qu'elle a nommé ; terrible affaire que seule je savais et qui était ignorée de tous les assistants.
[70] « Chez M. Til : c'est d'abord Châteaubriand qui est venu reprocher à mon mari d'avoir dit (la veille, dans une conférence publique) qu'il doutait de sa bonne foi. Puis ma belle-sœur est venue raconter comment elle était morte empoisonnée par accident, et nommant le poison qu'elle avait pris : elle s'est présentée sous le nom de Lisbeth sous lequel elle fut inscrite à sa naissance, ce que mon mari seul savait, car on l'avait toujours appelée Lise.
[71] « Chez moi, avec Mme Glika [Obs. XL] : Ma fille Daisy est venue m'avertir que mon mari était sérieusement malade et qu'il partirait lorsque les feuilles pousseraient : questionnée sur l'époque, elle indiqua le chiffre 2 et ne voulut plus rien dire. Juste 2 ans après, au printemps, mon mari mourait. – Enfin chez Mme Glika, il y a environ un an : c'est d'abord M... (Un homme connu, mort peu auparavant, asphyxié par un robinet de gaz accidentellement ouvert) qui est venu spontanément demander des prières et avouer qu'il s'était suicidé. Puis mon mari est venu dire que je le troublais en l'évoquant, qu'il avait été aidé au départ par sa fille Daisy, mais qu'il n'était pas heureux, qu'il me regrettait trop, et que je ne le retrouverais pas à ma mort, nos deux destinées étant toutes différentes.
[72] « Une seule fois mon fils cadet, qui avait alors 16 ans, a fait mouvoir une table tout seul. Sa marraine défunte lui a donné une belle communication, mais il en a été impressionné et n'a plus voulu essayer. – Ma fille, qui a une sainte frayeur de tout ce qui touche au spiritisme ; était, jeune fille, très facilement magnétisée : un de nos amis a eu une fois avec elle une séance remarquable, mais je n'ai plus permis qu'on renouvelât. Elle a une fois entendu 7 coups [v. ci-dessus n. 60]. Sauf cela, personne dans ma famille n'a été doué de médiumnité.
III. « Je trouve de grands inconvénients aux PHÉNOMÈNES, surtout pour les personnes nerveuses et impressionnables... Une seule fois, j'ai vu un jeune homme, tout à fait matérialiste, tellement frappé de la révélation de choses secrètes par 1a table, qu'il est devenu un croyant fervent. Il est vrai que si par le spiritisme on pouvait arriver à prouver l'immortalité de l'âme, quel pas immense serait fait dans le domaine moral et spirituel ! Mais les vrais phénomènes sont si rares !... C'est pourquoi je m'en tiens à la DOCTRINE morale : c'est elle qui m'a sauvée, qui m'a rendu la paix en me rendant la foi et l'espérance que j'avais perdues, en me donnant la force de lutter, en m'apprenant à pardonner.
Avant de croire à la pluralité des vies, j'étais révoltée contre Dieu que je considérais comme le plus cruel et le plus injuste des tyrans ; depuis que je sais que c'est moi qui ai préparé ma vie actuelle, je l'accepte telle qu'elle est... Je donne à la doctrine spirite et à quelques points de la doctrine théosophique (car je suis une éclectique) une place de toute importance. C'est ma foi qui m'a consolée et qui m'a fait vivre, qui m'a fait comprendre la bonté et la justice de Dieu... et si j'ai fait quelques pas dans la voie du progrès, c'est à ma chère croyance que je le dois. »
Obs. XXII. – M. Ulysse de l’E.…, 49 ans, professeur de musique.
1. Pas de médiumnité ; mais il a eu divers phénomènes spontanés, par ex. :
[73] En s'éveillant un matin, les yeux encore fermés, il a eu l'impression que sa mère (défunte) flottait dans l'air et s'approchait de lui ; aussitôt son lit s'agita si fort qu'il crut à un tremblement de terre, au point qu'il alla l'annoncer au bureau d'un journal, mais il n'y en avait pas eu.
[74] Un soir, entre 10 et 11 heures, comme il venait de rentrer, et que, debout devant sa table, il tenait entre ses mains et relisait une lettre désagréable qu'il avait reçue, il sentit comme un poids tomber sur cette lettre, et ses mains s'abaissèrent avec elle jusqu'à la table. Aucune marque, ni déchirure du papier. Il essaya de répéter le même mouvement, sans pouvoir reproduire cette curieuse impression.
[78] Un soir, déjà couché, comme il commençait à lire le Lendemain de la mort, de Figuier, par la table des matières, il eut l'impression comme si un gros chat invisible avait bondi sur le pied de son lit et s'avançait sur lui ; il vit le creux se former et s'allonger sur son duvet, il sentit le poids de l'animal sur ses jambes, ses cuisses, jusqu'à l'épigastre ; alors il sauta de son lit et courut tout tremblant respirer à la fenêtre ; puis il se recoucha et put maintenant lire tranquillement.
II. « Il m'a été dit (par l'écriture automatique d'un médium) que j'aurais pu devenir un grand médium si je m'étais exercé ; mais je n'ai pas voulu le faire. En revanche je possède un grand pouvoir de magnétisation. Ce sont des choses que je crois contraires. » A la suite de séances de Lafontaine ; Donato, etc., M. de l'E. a trouvé un ou deux sujets remarquables, présentant le somnambulisme lucide, descriptions exactes de scènes se passant à l'étranger, etc. Plus tard il s'est occupé de spiritisme, et a assisté à des phénomènes physiques extraordinaires : « J'ai été tellement favorisé à cet égard, que si j'étendais les notes laconiques que j'ai prises chaque jour, j'en ferais un volume... Il y a tant de caprices dans la production de ces faits, que je ne suis pas parvenu, malgré mes recherches consciencieuses, à savoir si les phénomènes stupéfiants dont j'ai été témoin provenaient d'une campagne hantée, ou de jeunes gens devenus médiums ; je penche pour cette seconde hypothèse parce que ces faits nous arrivaient aussi en pleine rue... Vous devinez quels phénomènes formidables j'obtenais, quand j'avais dans la même séance jusqu'à trois médiums ! » – Les plus remarquables de ces jeunes gens furent un étudiant bulgare, et surtout un américain de 18 ans, dont les prodiges ont convaincu M. de l'E. de l'absolue réalité des phénomènes spirites et l'ont amené à la conclusion que « bien des tours des prestidigitateurs sont dus, non à leur habileté, mais à ce qu'ils sont médiums ou emploient des médiums cachés. » Voici quelques spécimens de ces faits, qui se produisirent pendant plusieurs mois dans son salon même ou dans sa chambre à coucher :
[76] Dans des séances obscures, où l'Américain restait assis et causait tranquillement à un bout de la chambre, M. de l'E., de l'autre bout, entendait des pas lourds et mous de fantômes ; il fut touché à plusieurs endroits ; il vit des lucioles et des papillons phosphorescents, et une fois qu'il voulut en attraper un, il saisit une main vivante qui se dégagea de son étreinte ; les meubles étaient renversés, etc. Aussi en pleine lumière, les objets se trouvaient tout à coup à une autre place que l'instant d'avant ; des billets qu'il avait écrits et brûlés lui-même à la bougie, sur le conseil de l'Américain, réapparaissaient intacts dans quelque recoin ; il y eut surtout d'innombrables apports dont M. de l’E. a conservé toute une collection. Par exemple, en rentrant dans sa chambre fermée en son absence, il trouvait ses bougies blanches remplacées par d'autres couvertes de dessins bleus ; ou bien, par terre ou sur les meubles, il y avait des papiers pliés en triangles occultes, ou portant des signes maçonniques et cabalistiques effrayants, des têtes de mort, et des inscriptions en langues étrangères et en lettres carbonisées telles que : VӔTIBI, I come from the hell, etc. Jusque dans son bureau toujours fermé à clef, il trouva un jour une enveloppe jaune marquée d'un grand S, signe de Satan, et portant comme suscription : A toi la damnation éternelle. Il a même un de ces messages diaboliques, qu'il a vu tomber du ciel à ses pieds, sur son balcon, alors que l'Américain était tranquillement plongé dans un livre à quelque distance, etc., etc.
III. « Les PHÉNOMÈNES sont d'aucun avantage pour la pratique de la vie, surtout si l'on possède la vraie vie religieuse ; ils n'ont d'utilité que pour la science, et pour atteindre les incrédules qui ne croient qu'à la matière. Quant aux DOCTRINES, je ne suis pas devenu spirite. J'aurais de la peine à accepter la réincarnation, du moins sur cette terre. La doctrine religieuse spirite renverse la divinité de Jésus-Christ, ce qui me froisse. »
1908 – I. « J'ai facilement des pressentiments, et la faculté de sentir la sympathie (ou le contraire) des personnes que je rencontre. J'ai aussi eu un rêve prophétique qui se réalisa trois ans plus tard » :
[77] M. de l'E. rêva qu'il était assis sous des oliviers, sur une hauteur d'où il voyait les gens circuler au-dessous de lui, la voie du chemin de fer avec un train sortant d'un tunnel pour rentrer bientôt dans un autre, puis la mer bleue et sans bateaux, etc. ; tout cela était si net, si éclatant de lumière et de couleur, qu'au réveil il fut tout étonné que ce ne fût pas la réalité. Ce rêve « aussi limpide et naturel qu'un beau jour de soleil » lui resta comme une chose irréalisable, car il n'y avait aucune probabilité qu’il ne pût jamais aller dans le Midi. Néanmoins une occasion inespérée se présenta trois ans plus tard, et dans une promenade au-dessus de Monaco, s'étant assis sur l'herbe, il reconnut l'exacte réalisation de son rêve en tous ses détails : les oliviers, le train qui passait justement entre deux tunnels, la mer bleue et sans voiles, etc.
[78] II. Il a constaté, il y a deux ans, quelques phénomènes physiques inexplicables, en présence d'une demoiselle belge qui était médium (typtologue). Par exemple, un soir qu'il l'avait accompagnée du concert jusqu'à l'entrée de sa maison, elle s'aperçut que son trousseau de clefs avait disparu de son réticule ; la porte n'étant heureusement pas encore fermée, elle entra, repoussa la porte, et il la vit par le vitrage monter l'escalier ; à ce moment il se retourne pour s'en aller, mais il entend aussitôt une chute de ferraille à côté de lui sur le trottoir ; il cherche, c'est le trousseau de clefs perdu et retombé on ne sait d'où ; toutes les fenêtres de la maison étaient fermées, et la demoiselle encore dans les escaliers. Il y eut deux autres cas analogues, où une clef et une lettre, mystérieusement disparues, se retrouvèrent dans des endroits où elles n'avaient pu parvenir par aucun procédé naturel.
III. « Les expériences métapsychiques ont le grand avantage de fortifier la foi dans les miracles bibliques mis en doute par quelques théologiens, de détourner des pensées terre à terre (vie de café, etc.), d'élargir l'horizon et de reculer l'inconnaissable qui sera encore longtemps un océan de mystère... Je ne serai jamais spirite et ne fais guère cas de la doctrine spirite : elle peut convenir à des indécis et même ramener, les incrédules à la foi, mais elle est inutile pour celui qui est vraiment chrétien... Je crois fermement à l'existence de milliards d'Esprits, d'entités extraterrestres, mais quelle est leur nature ? Mystère. C'est là que je diffère des spirites qui ne croient qu'aux esprits des décédés. En tout cas il est avéré qu'il y a une intelligence suprême et une hiérarchie d'intelligences gouvernant l'Univers. Les anciens Hindous, Egyptiens, et Grecs étaient peut-être plus avancés, que les Chrétiens avec leur mythologie. »
Obs. XXIII. – M. Glika, 30 ans, négociant. Médiumnité nulle. A toujours été spirite comme toute sa famille. Sa femme est médium typtologue (obs. XL).
Il a assisté à des séances de divers médiums, entre autres de Mme Guelt et de Mlle Dyck (obs. LI et LV) sans parler de sa femme, et constaté des phénomènes de table (raps, mouvements avec et sans contact, dictées), des apports de pierres, des déplacements de fleurs et d'autres objets. Il a aussi eu les faits suivants :
[79] « Il y a 6 ans, je souffrais beaucoup de la tête et ne pouvais parfois absolument pas respirer par le nez. Ce qui me soulageait le mieux était le magnétisme : il suffisait souvent que quelqu'un mit sa main sur mon front pour me rendre la respiration nasale. Une nuit je me réveillai avec le sentiment angoissant que la respiration me manquait, et je pensais justement que si c'était de jour, je pourrais me faire magnétiser, lorsque je sentis sur mon front une main surhumainement grande, et en même temps je fis une longue respiration par le nez. J'éprouvai un sentiment de reconnaissance envers l'Invisible qui venait de me toucher avec tant de sympathie, j'en fus tout remonté et j'allumai pour me rendre bien compte que j'étais seul dans ma chambre. Je venais de me recoucher lorsque je sentis encore une fois cette grande main sympathique appuyer sur mon front et me serrer sur mon oreiller.
[80] « A la même époque, j'avais eu un dédoublement : je m'étais endormi et je me voyais dans la position que j'occupais, c'est-à-dire dans un fauteuil, comme si je me trouvais devant moi-même.
« L'exercice de la médiumnité, quand elle a des effets matériels, semble fatiguer les nerfs. – En spiritisme, la doctrine est tout ; on peut être bon spirite sans avoir jamais vu de PHÉNOMÈNES ; ceux-ci ne devraient jamais être recherchés que pour la propagande, c'est-à-dire pour appuyer la DOCTRINE, et dans des conditions répondant à ce but sacré. »
1908. – « ... J'ai cru remarquer que les médiums n'ont pas le caractère caustique qu'on rencontre souvent chez les matérialistes, et aussi chez des croyants opposés de parti pris à tout examen d'idées psychiques différentes des leurs. L'inconvénient des pratiques médianimiques est l'état de passivité qu'elles exigent ; la répétition fréquente de ces états passifs peut conduire le sujet à l'abandon de sa personnalité et à l'absence de volonté. Inversement, la médiumnité diminue d'intensité à mesure que la volonté reprend le dessus. Avec des séances peu fréquentes, le sujet peut échapper à ce sacrifice de sa personnalité tout en se mettant momentanément dans la passivité nécessaire aux phénomènes. – Dans les séances, le médium entre facilement dans un état de nervosité analogue à celui produit par les boissons excitantes (café, thé, alcool), avec cette différence qu'au lieu d'être dû à une cause physique (accélération de la circulation sanguine) et de s'accompagner d'un sentiment agréable, l'énervement du médium est désagréable et paraît dû à une cause mentale, à savoir la lutte ou le conflit irritant entre l'attitude naturellement volontaire, et l'attitude passive qu'il faut adopter. Aussi, moins il y a de volonté, moins se fait remarquer cet énervement, qui n'empêche d'ailleurs pas la production des phénomènes, mais qui semble en diminuer l'intensité et la précision. Une pratique très modérée de la médiumnité ne semble pas nuire à un sujet averti de ces risques. Les séances peuvent même être d'un certain profit intellectuel et moral ; mais elles ne doivent être faites qu'avec calme et sérieux, et uniquement pour contrôler les théories psychiques. Le spiritisme pourrait même se passer de cet examen, la doctrine ici étant tout... La doctrine spirite est une philosophie qui remplace pour nous – la religion dogmatique. Il ne faut l'enseigner aux enfants que lorsqu'ils commencent à raisonner... »
Obs. XXIV. – Mlle Blanche X., 15 ans. Nièce de Mlle X. (obs. LII.)
Cette jeune fille, restée orpheline il y a huit ans, a été adoptée par sa tante Mlle X., qui a noté à son sujet les faits suivants :
[81] « Il y a deux mois, ma nièce avait eu la grippe, avec trois jours de forte fièvre, les 7, 8 et 9 mars. La semaine suivante il n'en restait d'autre trace qu'une faiblesse générale et une absence pénible de sommeil. Dans la nuit du 13 au 14, elle se tournait depuis longtemps dans son lit sans pouvoir dormir, lorsque tout à coup elle entendit des mots étranges prononcés près d'elle ; elle écouta en se demandant ce qu'ils pouvaient bien signifier ; alors la même voix fit entendre ces paroles : Tourne-toi du côté du mur ! Elle obéit et s'endormit. Elle me raconta la chose le lendemain, toute contente d'avoir reçu et suivi ce bon conseil inattendu, qui lui avait procuré le repos. A mes questions, elle me répondit les détails suivants : la voix lui avait paru se produire non dans sa tête, mais en dehors, à côté d'elle ; c'était une voix inconnue, toute douce ; les mots étranges lui avaient semblé de l'arabe (je ne sais pas au juste quelle idée elle se fait de l'arabe, mais peu importe) ; elle avait nettement désiré en avoir la signification, qui lui fut donnée dans le conseil de se tourner ; elle n'avait pas songé à avoir peur, mais avait obéi tout de suite sans savoir pourquoi. J'ai noté tout cela, me demandant si ce ne serait pas l'éclosion de quelque médiumnité chez elle, ce que je désirerais vivement parce que cela m'aiderait à contrôler ce que je reçois par l'écriture. Je lui ai recommandé de bien s'observer si le fait se reproduisait, mais il ne s'est pas renouvelé. Quelques jours après, me trouvant chez Mme Guelt, et mon frère défunt, père de ma nièce, s'étant manifesté, je lui demandai son avis sur ce sujet ; il ne constate pas chez sa fille une médiumnité en voie de développement et pense que c'était un état accidentel de l'organisme, éprouvé par la fièvre, qui permettait une manifestation impossible en temps ordinaire. »
1908. – Mlle Blanche X. est aujourd'hui une belle et robuste personne, professeur dans une école de jeunes filles. Elle n'a plus eu aucun phénomène curieux, sauf qu'un matin, bien éveillée, elle a perçu le renseignement inattendu suivant : François-Jean Barrisson, 27 ans, maitre-couvreur, Carpentras, dont on ignore encore à quoi cela se rapporte. Tout en acceptant en gros les doctrines spirites, elle a horreur de tout ce qui est manifestation des Esprits, et ne voudrait pour rien au monde assister à des séances de table ou autres.
Obs. XXV. – Mlle Muth, 37 ans, négociante.
I. Elle entendit parler du spiritisme à 12 ans déjà (à propos des séances de Home, qu'on lui racontait). Plus tard « je lus des ouvrages spiritualistes, de Flammarion entre autres, qui me prédisposèrent beaucoup à adopter dans la suite les doctrines spirites. » Aussi ce ne fut rien de nouveau pour elle lorsque son amie intime Cécile N. lui parla de l'existence des Esprits comme d'une récente découverte, mais cela la décida à s'en occuper de plus près, surtout après le fait suivant qui lui arriva à la même époque (elle avait 29 ans) et se rattachait justement à cette amie :
[82] « Un dimanche après-midi j'étais allée à la campagne avec ma mère faire visite à ma sœur. Nous étions tous gais et bien portants. Tout à coup, vers le soir, une tristesse invincible, sans cause apparente, s'empara de moi : je sentais mes traits s'étirer, j'avais la gorge serrée, je quittai la table où nous étions en train de souper pour aller m'appuyer rêveuse sur le bord de la galerie ; mes yeux cherchaient au loin, à l'horizon, la cause de cette tristesse inaccoutumée, rien ne me l'expliqua... » Cet accès de tristesse poignante dura un bon quart d'heure ; elle en conserva l'impression pendant le retour, et « rentrant à la maison je dis à ma mère : Je ne peux pas comprendre pourquoi je suis si sombre aujourd'hui ; est-ce peut-être parce que Cécile (son amie qui était partie en voyage pour se rendre auprès de son frère malade) ne m'a pas encore écrit ? Le lendemain lundi (21 juillet) je reçus d'elle une lettre désolante, écrite le samedi 19, où elle prévoyait la mort imminente de son frère (il mourut en effet le dimanche 20). Avant le départ de Cécile, je savais que son frère avait l'influenza, mais comme on avait eu soin d'en cacher la gravité à sa sœur, je ne m'attendais nullement à une pareille nouvelle. Je compris que ma tristesse du dimanche était un écho de celle de Cécile et de sa famille... » – Ce fut quelques semaines après cet incident que Mlle Muth, pour approfondir par elle-même la question du spiritisme, chercha à faire la connaissance de personnes le pratiquant.
[83] « Un médium typtologue (Mme Guelt, obs. LI) m'ayant été indiqué, je me rendis chez elle en compagnie de ma mère et d'un de nos pensionnaires, M. (Gabriel) X., sans être attendus, pour une première séance. Le phénomène de la table se soulevant et répondant aux questions m'intéressa vivement, car je vis bien qu'il n'y avait là aucune supercherie. Il ne se présenta rien de bien curieux dans cette séance, sinon qu'à une pensée secrète de M. X. la table épela cette phrase : Gabriel ne croit pas. Cela était d'autant plus singulier que le médium ignorait totalement le prénom du dit monsieur, et que nous-mêmes, qui le connaissions depuis fort peu de temps, aurions été incapables de le répéter. Nous demandâmes au médium une seconde séance pour peu de jours après. » .
[84] Dans cette seconde séance (5 septembre), Mlle Muth eut une sorte de trance partielle et très courte, qui constitue le seul phénomène de ce genre qu’elle n’ait jamais éprouvé : « Une seule et unique fois, je me suis sentie prise, pour employer un terme consacré, et d'une manière assez extraordinaire pour que je croie utile de relater le fait... Au cours de cette séance, le médium me dit : Voulez-vous appeler quelqu'un ? Je me trouvai un peu interloquée, mais au bout d'un moment de réflexion, il me vint à l'idée d'évoquer Charles N., le frère de mon amie Cécile, auquel je m'étais intéressée par affection pour sa famille, mais avec lequel j'avais eu peu de rapports, vu qu'il était depuis de longues années à l'étranger. (C'est lui dont la mort, sept semaines auparavant, avait été l'occasion de l'impression télépathique rapportée ci-dessus [82] Comme c'était un homme d'une intelligence remarquable et d'une grande bonté, je pensais en voici un qui va nous dire quelque chose d'intéressant. A peine venait-il d'être évoqué (la table venait de signaler sa présence en répondant oui à la question habituelle du médium : Cher Esprit êtes-vous là ?) que je me sentis pâlir, mon cou se tendit vers le ciel, des larmes abondantes roulèrent sur mes joues et ma poitrine se souleva par des sanglots. Peu à peu ma tête se pencha comme pour exprimer un vif chagrin. Un instant il me sembla que j'allais parler, mais aucun son ne sortit de ma bouche. Cette souffrance si vivement exprimée ne m'était absolument pas personnelle : j'étais très calme, n'éprouvais aucune tristesse ni souffrance : il me semblait être un pantin dont on aurait tiré la ficelle, quelqu'un se servait de mes nerfs et de mes muscles sans ma permission. Mon esprit était malgré cela parfaitement lucide et faisait ses réflexions. Je repensais à un projet de statue que j'avais vu autrefois dans une illustration quelconque ; c'était le projet d'un monument à élever en mémoire des victimes du choléra à Paris : le sculpteur avait représenté la Ville de Paris sous les traits d'une femme soutenant un adolescent se tordant de douleur. Ce qui m'est surtout resté dans la mémoire, c'est l'expression de la femme, assise, dont le visage parfaitement calme, n'exprimait rien de particulier, mais dont toute la souffrance était indiquée par une posture du cou tendu vers le ciel. Cela m'avait frappée ; du reste le critique relevait comme un trait de génie d'avoir pu faire sentir une impression aussi poignante dans cette seule courbure du cou ; et la pensée qui me vint pendant le phénomène fut celle-ci : C'est vrai, cette tension du cou vers le ciel est bien l'indice d'une grande souffrance. Seulement, chez moi il y avait encore les larmes et le soulèvement de la poitrine. Au bout de quelques minutes le phénomène cessa. Depuis lors j'ai assisté à de nombreuses séances, mais jamais rien de tel ne s'est reproduit ; je ne puis attribuer la cause de ce phénomène à aucune des personnes présentes ; à quoi donc l'attribuer, je vous le laisse à penser ! » Mlle Muth et tous les assistants l'attribuèrent naturellement à une influence ou incarnation partielle de l'Esprit évoqué ; mais comme l'état de souffrance manifesté par ce désincarné, qu'on avait tout lieu de croire heureux, ne laissait pas que d'étonner, surtout Mlle Muth qui s'était attendue à l'entendre exprimer sa félicité, on tâcha d'obtenir des éclaircissements de sa part ; mais « comme les réponses étaient longues à venir par la table, le médium Mme Guelt proposa de demander une explication à eue Zora [médium écrivain qui venait volontiers faire des séances avec elle, et dont les messages, obtenus par le crayon, complétaient souvent ceux de la table]. C'est ce qui eut lieu le lendemain : Mme Zora étant venue chez Mme Guelt, y écrivit une communication assez curieuse, signée de Charles N., et paraissant se rapporter assez bien à son caractère ; on y voit que l'état de souffrance dans lequel il se trouvait était d'un genre particulier, c'est la souffrance de l'esprit (plutôt que celle du cœur), celle d'une conscience délicate qui prend connaissance d'elle-même et déplore son incrédulité passée (il avait été un homme d'une haute moralité, mais libre-penseur militant) ; c'est peut-être pourquoi cette souffrance a été exprimée d'une toute autre manière que celle que j'avais ressentie quelques heures après sa mort ; cette dernière était surtout celle du cœur, le chagrin de laisser les siens seuls sur la terre... Cette communication écrite me parait bien venir de lui : en tout cas le médium qui l'a revue, Mme Zora, n'en avait jamais entendu parler... »
Mlle Muth suivit pendant trois ans beaucoup de séances spirites sans être jamais « prise » de nouveau. Au début, elle essaya aussi de l'écriture automatique ; elle laissait aller sa main, qui était entrainée sans (mais jamais contre) sa volonté, et elle obtenait des phrases ; mais les mots lui venaient à l'idée en même temps qu'elle écrivait, et elle n'eut jamais l'impression que cela vint d'une cause extérieure comme pour le commencement de trance qui l'avait tant frappée. Aussi ne poursuivit-elle pas ces exercices. En fait d'autres phénomènes, elle a eu deux apparitions nocturnes d'individus connus d'elle et vivants : l'une il y a 13 ans, de grand matin au moment du réveil, l'autre, dont voici le récit il y a peu d'années :
[85] « Une nuit, vers 2 heures du matin, j'entendis tourner la clef dans la serrure de la porte d'entrée et des pas se diriger dans le vestibule du côté de ma chambre : la porte s'ouvrit et une personne vivante, et vêtue comme je l'ai toujours vue, s'arrêta sur le seuil. Anxieuse, je criai tout fort : Je suis là ! comme pour répondre à la question muette empreinte sur la physionomie de la personne, qui fit un signe de tête voulant dire : A la bonne heure ! et disparut aussitôt. Ce qu'il y a de particulier dans ce genre d'apparitions, qui ne saurait se confondre avec le rêve pour qui les a ressenties, c'est la manière dont s'évanouit le fantôme : sa matière disparaît comme s'il se vidait ; il ne reste plus que l'enveloppe, diaphane, sans couleur, une simple forme qu'on voit vide, transparente ; il devient toujours moins apparent et se fond pour ainsi dire. » – Il est à noter que, d'après la configuration des lieux, Muth, qui était couchée dans une alcôve, aurait bien pu entendre, mais non pas voir réellement s'ouvrir la porte de sa chambre et une personne se tenir sur le seuil ; « mais, dit-elle, dans ces visions on voit à travers les murs. »
II. Mlle Muth a encore été témoin des faits suivants :
[86] « I1 y a huit ans environ, ma sœur fut poursuivie par une idée fixe et nous répéta à plusieurs reprises : Un grand deuil me court après, je ne peux pas comprendre pour qui... Comme sa belle-mère était déjà âgée et tombée en enfance, nous pensâmes qu'il s'agissait d'elle ; mais celle qui fut moissonnée fut justement celle qui donnait le moins d'inquiétude : la fille unique de ma sœur, une belle enfant de huit ans, qui fut enlevée en huit jours par la diphthérie !
[87] « Un jour, à Lyon, j'étais seule avec un médium voyant, une dame, qui me dit : Je vois près de vous un Esprit qui parait vous être bien attaché, ce doit être un parent ou quelqu'un vous touchant de près ; c'est un monsieur d'un certain âge. Elle m'en fit un portrait assez détaillé en ajoutant qu'il paraissait souffrir beaucoup. J'eus beau chercher dans ma mémoire, je ne reconnus absolument pas le personnage et pensai qu'il devait y avoir erreur ; mais sur l'insistance du médium à me dire que ce devait être un parent, je lui dis : Eh bien, si cet esprit me connait, qu'il dise ou fasse quelque chose de caractéristique qui puisse me guider ! Là-dessus le médium me le décrivit sortant de sa poche un mètre en bois pliant, et paraissant vouloir mesurer quelque chose. Ce fut pour moi un trait de lumière : c'était mon parrain, qui avait été marchand de bois de construction et qui passait une grande partie de son temps à toiser des planches. Comme j'avais 8 ans à sa mort et plus de 30 lors de cette vision, sa pensée était bien loin de moi ; cependant je lui avais gardé un bon souvenir et une vive affection ; ses traits étaient restés assez vivants dans ma mémoire pour que je pusse reconnaitre la justesse du portrait.
[88] « J'ai aussi vu un médium qui parlait sous l'influence de l'Esprit ; sa voix changeait suivant qui la tenait, je ne me souviens pas qu'elle ait dit des choses extraordinaires, mais ce qui me frappa fut la manière dont l'Esprit s'emparait d'elle : au moment où il s'incarnait elle éprouvait un soubresaut, et lorsqu'il avait fini de parler, il paraissait s'exhaler par sa bouche, comme une personne qui expire ; le médium semblait rendre l'âme.
[89] « A Lyon encore, je vis une autre dame dont l'Esprit familier faisait instantanément de petits couplets rimés, sentencieux ou humoristiques ; les mots venaient un à un à l'esprit du médium, qui les prononçait tout haut sans avoir connaissance de la phrase entière. La verve de cet Esprit était intarissable, il aurait débité des bluets – c'est le nom qu'il donnait à ces compositions – indéfiniment si le médium avait voulu s'y prêter. »
III. « Les médiums sont en général aussi imparfaits que les autres gens, ils ont en plus une sorte d'orgueil d'avoir des facultés que tout le monde n'a pas... Le seul avantage des PHÉNOMÈNES est de nous prouver que tout n'est pas fini à la mort, mais une fois qu'on en est pénétré, il n'est pas utile d'entretenir commerce avec les Esprits de l'au-delà„ car ce ne sont toujours que des humains, qu'il n'y a pas grand avantage à consulter. Celui seul qu'il importe de consulter et d'étudier dans tes œuvres, c'est l'Eternel, immortel Créateur... Les DOCTRINES spirites sont essentiellement moralisatrices ; il est nécessaire d'inculquer à l'enfant l'idée de l'immortalité de l'âme en la lui prouvant le mieux possible, mais une fois le principe acquis, je ne l'engagerais pas à perdre son temps dans des pratiques stériles je hais ces longues séances où l'on reste des heures autour d'une table pour entendre des phrases banales, alors qu'il y aurait tant de bien à réaliser en s'occupant un peu plus des vivants et un peu moins des morts... »
1908. – Mlle Muth a eu de tous temps des phénomènes spontanés « prophétiques, surgissant toujours au moment où je m'y attendais le moins et sans avoir rien fait pour les susciter. A chaque instant dans le courant de la vie, je reçois, j'entends des avertissements ; quand je dis j'entends, ce n'est pas vraiment avec le sens de l'ouïe, c'est plutôt avec un sens intime (qui se rapproche de la voix de la conscience) qui me parle et me donne une réponse à une question, formulée ou non. Si la vision n'avait pas été jointe quelquefois à l'audition, je ne me serais pas si bien rendu compte d'une influence extérieure. » Voici des exemples qu'elle n'avait pas mentionnés il y a dix ans :
[90] « A l'âge de 8 ans, j'ai fait un rêve qui m'est toujours resté : je me voyais assise sur un banc de pierre brute, au milieu d'un immense désert de sable allant se confondre à l'horizon avec un beau ciel plein de lumière ; j'étais occupée à tracer des signes sur le sable avec un bâton, lorsque tout à coup je vis apparaitre dans le ciel, en lettres brillantes comme du feu, l'inscription : Tu seras prophète. – Près de quarante ans ont passé, je ne suis pas prophète, mais j'ai eu des aperçus de l'avenir et je crois que je pourrais le devenir suivant les circonstances ; mais je ne ferai jamais rien pour cela, ne voulant pas fausser en moi l'inspiration.
[91] « A 24 ans, je perdis mon père et fus obligée de chercher une vocation : je ne savais que faire, lorsqu'un matin, entrant dans la salle à manger et apercevant le journal sur la table, j'avançai, le doigt tendu, et le posai juste sur un article où l'on demandait une maîtresse de français en Allemagne ; j'y écrivis, fus engagée aussitôt et n'eus qu'à m'en féliciter. Banale inspiration, direz-vous ; mais j'ai toujours pensé avoir été poussée par une force indépendante de ma volonté.
[92] « Peu de temps après, mettant mes affaires en ordre avant de partir, j'allais brûler un paquet de certaines lettres, quand j'entendis ces mots : Non, ne les détruis pas, tu t'en serviras là, et je vis distinctement sur la route de Veyrier, à mi-chemin du Salève depuis chez moi, une lumière briller à gauche... Or c'est justement là que demeurait une personne, dont j'ignorais alors jusqu'au nom, mais dont, 13 ans plus tard, je fis la connaissance imprévue et à qui je fus bien aise de pouvoir montrer les dites lettres. C'est alors que je me souvins de cette étonnante prophétie de jadis.
[93] « A 26 ans, revenue d'Allemagne et ne sachant à quoi me vouer, je fis ce rêve : Je me voyais en tablier, avec des ciseaux pendus au côté, sur le seuil d'un certain magasin de confection (qui existe réellement, dans telle rue), mais je me disais qu'il me serait impossible de me lancer dans une entreprise aussi difficile et à laquelle je n'entendais rien. Or trois mois plus tard le fait se réalisa par un enchaînement de circonstances imprévisibles, et sur lesquelles le souvenir de mon rêve ne pouvait avoir d'influence, je me trouvai amenée à reprendre un commerce identique (mais dans une autre rue), où je me tirai d'affaire et finis par réussir mieux que je n'eusse espéré.
[94] « C'est deux ans après cela que je commençai à m'occuper de spiritisme et eus mes premières séances chez Mme Guelt. A cotte époque, nous entendions chez nous des bruits dans les plafonds, et même contre les murs en galandage, où il ne pouvait donc y avoir ni rats ni souris. Ayant déménagé, ces bruits nous suivirent dans notre nouvel appartement. C'était comme un roulement de gravier et de plâtras. Au bout de quelques mois, ces bruits cessèrent complètement, et nous n'en entendîmes plus, ni là, ni dans nos logements ultérieurs. Je ne saurais comment les expliquer. »
Mlle Muth a eu encore d'autres rêves ou visions prophétiques ; les uns, poignants, ne se sont que trop clairement vérifiés dans les épreuves de sa vie ; d'autres, plus heureux, attendent encore leur réalisation, sur laquelle elle compte. Elle remarque que ces prophéties ne concernent que sa propre existence, mais elle se demande si elle n'en aura pas d'autres d'une portée plus générale ; par exemple, elle a fait l'an dernier un rêve bizarre (d'un taureau aux yeux bandés, déchaîné dans la rue du Mont-Blanc et s'abattant finalement sur la chaussée, etc.), qui pourrait bien annoncer symboliquement une révolution, brutale et aveugle, éclatant à Genève.
III. « Quant aux expériences et séances spirites, j'ai complètement cessé depuis des années de m'en occuper, faute de temps... Cependant je suis restée profondément attachée à la doctrine spirite. »