3ème Partie – Expérimentation
1. Exposé de la Doctrine
« Le Spiritisme est une science qui a pour objet la démonstration expérimentale de l’existence de l’âme et de son immortalité, au moyen de communications avec ceux qu’on a improprement appelés les morts29. »
C’est spécialement pour cette partie de notre ouvrage qu’il nous faudra emprunter aux savants et aux philosophes. C’est ici surtout que notre travail doit devenir un travail de recherches et de compilation. Pour composer un ouvrage, en l’appuyant sur des preuves, afin qu’il devienne lui-même une preuve vivante de la vérité qu’il importe de démontrer, il faut feuilleter des livres, chercher dans maint volume, consulter beaucoup d’auteurs et grouper un grand nombre d’arguments en faveur de cette vérité.
Nous le savons maintenant, le Spiritisme est une science. Il est demeuré longtemps à l’état de force latente : de même que l’homme primitif vivait sans jamais se demander quelle était la cause de sa vie, l’humanité a de tout temps pratiqué le Spiritisme sans en comprendre les forces, les causes et les effets, et sans même s’en demander le pourquoi.
Mais à mesure que la science a pénétré le domaine de l’incompréhensible, à mesure qu’elle a sondé tous les recoins ignorés du vulgaire, que son flambeau a éclairé les parties les plus ténébreuses du Mystère, la Raison s’est rapprochée, pour chercher avec elle la solution des problèmes.
M. Achille Cazin, professeur de physique au Lycée Condorcet, écrivait, en 1871, ces mots dans l’Introduction de son Livre, Les forces physiques : « Un des plus nobles désirs de l’homme est celui de connaître les lois qui régissent l’univers, et ceux qui ont contribué à jeter quelque lumière sur ces mystérieuses harmonies ont toujours été entourés d’admiration ; ils sont souvent apparus comme des êtres privilégiés portant avec eux le flambeau divin, et à travers les siècles, les générations contemplent leur œuvre indélébile et les placent au premier rang parmi les gloires de l’humanité. Jadis on les appelait philosophes, Amis de la Sagesse. Leurs spéculations embrassaient toutes les sciences. Pour eux le monde moral et le monde matériel étaient inséparables, et ils sondaient les mystères de l’âme aussi bien que ceux de la matière.
Oui, les philosophes de jadis sondaient à la fois les mystères de l’âme et ceux de la matière. Depuis, les connaissances, en s’étendant, ont été obligées de se diviser ; et il semble que ce domaine de l’âme ait été à peu près exclusivement accaparé par les religions. Or, pour découvrir la cause des effets purement psychiques, il eut fallu, il nous semble, que la métaphysique fût au moins aidée de la physique qui devait la compléter. Les problèmes les plus profonds sont restés longtemps les plus insolubles à cause de cette division des matérialistes et des spiritualistes qui auraient dû, au lieu de se diviser, réunir leurs forces et mettre leurs découvertes en commun. Ils seraient ainsi arrivés plus facilement au résultat que nous commençons à obtenir aujourd’hui, c’est-à-dire à la science appuyée sur les preuves réunies de l’Âme et de la matière.
Les matérialistes veulent des preuves palpables. Pour croire à Dieu, ils voudraient le toucher, le voir, l’entendre avec leurs sens corporels, oubliant que l’essence de la Divinité est immatérielle ; s’ils ne croient pas à Dieu, ils ne croiront pas plus à leur âme... Et cependant, guidés par l’expérimentation, beaucoup d’entre eux sont arrivés à des solutions inespérées, à des découvertes merveilleuses.
Or, puisque nous sommes ici sur le terrain du spiritisme ou spiritualisme expérimental, disons tout de suite qu’une foule de savants remarquables et considérés se sont faits ses apologistes, et en ont démontré la vérité avec une précision et une clarté qui font que nul désormais ne pourra mettre cette vérité en doute.
Au nombre de ces savants, nous pourrons citer William Crookes, membre de la Société dialectique de Londres ; le professeur de chimie Mapes, de l’Académie nationale de New-York ; Robert Hare, professeur à l’Université de Pennsylvanie, Robert Owen, écrivain, le savant Russell Wallace, l’astronome Zoëllner, le Dr Gibier, élève de Pasteur, et directeur de l’Institut Antirabique de New-York ; Aksakof, conseiller d’Etat russe et Directeur d’un journal d’études psychiques ; Charles Richet, professeur à la Faculté de médecine de Paris...
Les savants en grand nombre ont suivi leur exemple ; ils ont étudié, cherché, sondé, et sont enfin arrivés à reconnaître la plupart des phénomènes psychiques pour être produits par les entités de l’Au-delà.
Voici les paroles de William Crookes, qui avait été délégué à l’étude des phénomènes spirites, avec la mission d’en découvrir la fausseté, et qui, après quatre années de recherches assidues, entourées des plus grandes précautions, vient établir le fruit de ses études, en écrivant : Je ne dis pas que cela peut être ; je dis que cela est (1876).
Citons encore quelques personnages célèbres ou connus qui ont appuyé le phénomène spirite : Auguste de Morgan, président de la Société Mathématique de Londres, secrétaire de la Société royale astronomique ; M. Variez, Ingénieur en chef des Compagnies de la télégraphie internationale et transatlantique, inventeur du condenseur électrique ; Sergeant Cox, jurisconsulte philosophe écrivain ; M. Barkas, membre de la Société de Géologie de Newcastle ; Dr Georges Sexton ; Dr Chambers ; Dr James Gully ; Eugène Nus, littérateur ; le comte d’Ourche ; Auguste Vacquerie ; Victor Hugo ; Mme de Girardin ; Victorien Sardou ; Eugène Bonnemère ; Théophile Gautier ; Camille Flammarion ; Maurice Lachâtre...
Enfin, il y a actuellement à Paris une Société de psychologie physiologiste qui étudie les phénomènes d’apparitions ou matérialisations.
Cette société comprend parmi ses membres : Sully Prud’homme, de l’académie française, G. Ballet, professeur de l’Académie de médecine, le lieutenant-colonel de Rochas, ex-administrateur de l’école Polytechnique, Beaunis, professeur à l’Académie de médecine de Nancy, M. Mariller, maître de conférences à l’école des Hautes-Etudes.
Nous pourrions couvrir ainsi des pages et des pages de noms connus, tous de personnages adhérents à la Cause du Spiritisme. Nous ne vous ferons pas la nomenclature des villes renfermant des Fédérations Spirites, car la terre en est couverte ; aux Etats-Unis seulement, on compte vingt millions de spirites ou spiritualistes.
Il est évident qu’il n’est plus permis aujourd’hui de traiter le Spiritisme comme une non-valeur. Il fait chaque jour de nouvelles recrues, et il est indéniable qu’il est en marche vers des progrès nouveaux et une extension de plus en plus considérable.
Cependant, ainsi que tout progrès scientifique, il a encore de nombreux détracteurs. Jetons un regard sur leurs diverses catégories.
Il y a d’abord les savants qui ne lui concèdent pas même le droit d’examen. Ces savants sont, pour la plupart, des matérialistes qui, par un orgueil mal placé, ne veulent pas s’incliner devant des théories nouvelles renversant l’échafaudage de leurs déductions ou de leurs études. Il y a aussi les savants qui, dans la crainte de se couvrir de ridicule, ont repoussé tout net l’idée des phénomènes, ou bien, plus ridicules encore qu’ils ne l’eussent été en étudiant, ont cherché à ces phénomènes des causes absurdes, telle, par exemple, l’hypothèse du long péronier, ou muscle craqueur de M. Schiff, appuyé de M. Jobert de Lamballe, qui explique le cas à l’Académie (1859) : Le long péronier est un muscle du bas de la jambe ; ces messieurs lui avaient attribué le pouvoir de craquer méthodiquement, en sortant de sa charnière, pour frapper sur l’os voisin. Alors, ce muscle imitait à s’y méprendre les coups dans les tables, le bruit de la scie, du marteau, etc., à la volonté du maître intelligent qui savait s’en servir pour les besoins de la cause du Spiritisme !
L’Académie accepta alors bonnement l’explication du phénomène par MM. Schiff et Jobert, sans même se donner la peine d’examiner les sujets extraordinaires capables d’imiter toutes sortes de bruits, et même de dicter des phrases, en faisant craquer leur long péronier. Nous pensons que, s’il y a des rieurs ici, ils ne seront pas du côté de l’Académie assistée par ses docteurs...
Viennent ensuite les religions qui, à part quelques-uns de leurs membres, plus intelligents ou plus raisonnables que les autres, s’efforcent d’empêcher leurs dévots de pratiquer, ou même d’examiner le Spiritisme, sous prétexte que ce sont les démons qui répondent aux évocations. M. de Mirville, dans son livre des Esprits et de leurs manifestations fluidiques, attribue tous les phénomènes au diable lui-même, au diable en personne C’est lui (le diable), qui se sert de ce phénomène pour tenter les hommes et les faire tomber dans ses pièges ; c’est lui qui vient soulever les pieds de la table, et répond à la place des parents et des amis qu’on évoque ; c’est lui qui a conseillé à Urbain Grandier d’ensorceler les religieuses de Loudun, et c’est justement aussi, toujours d’après M. de Mirville, qu’Urbain Grandier a été brûlé, en expiation de ce crime. Il n’ose pas dire que Jeanne d’Arc a été condamnée justement, parce qu’elle entendait des voix ; mais il reconnaît qu’au Moyen Âge, on ne pouvait faire autrement que de la condamner. Ce pauvre diable ! Y croyez-vous encore ? Et surtout, pouvez-vous admettre que ce soit lui qui, après avoir inspiré à Jeanne d’Arc de sauver la France, vienne nous donner maintenant des sentences de la plus haute moralité et des conseils de la plus grande vertu, par l’organe des tables frappantes, ou celui de nos médiums écrivains ?
Quel bon et excellent diable cela ferait, digne certainement d’un tabouret au pied du trône de Dieu le Père !
Il est facile vraiment d’abattre ce préjugé qui éloigne les dévots du Spiritisme. En admettant même l’existence des démons, ce qui est impossible, dès le premier regard jeté sur la grandeur de Dieu, mais enfin, en admettant cette existence, qu’arriverait-on à prouver ? C’est que le diable est vraiment bien bon de faire, par la voix du Spiritisme, tant d’adeptes à Dieu, son éternel ennemi. En effet, si nous considérons combien d’âmes sont, par le Spiritisme, relevées, moralisées, conduites au bien ; combien de suicides sont évités ; combien de douleurs consolées ou du moins adoucies, nous ne pourrons certes nous placer au point de vue de l’Eglise affirmant que le démon peut être ainsi devenu son propre ennemi et son plus puissant adversaire 30.
Nous lisons dans l’Evangile : Les Pharisiens disaient : « c’est par Belzébuth, chef des démons, qu’il chasse les démons ». Et connaissant leurs pensées Jésus leur dit : « Tout royaume divisé contre lui-même est dévasté ; et aucune ville ou maison divisée contre elle-même ne subsistera. Que si Satan chasse Satan, il est divisé contre lui-même ; comment donc son royaume subsistera-t-il ? » (Matthieu, XII).
Parmi les détracteurs du Spiritisme, nous trouvons encore certaines gens du monde qui rient du moyen de la table employé pour la communication avec le monde invisible. Sans nul doute, ils ne songent pas à ces choses : que, d’abord, l’homme, en se désincarnant, n’acquiert pas tout à coup un mérite infini, et ne devient ni un sage, ni un ange. Son état fluidique et éthéré ne lui constitue pas un mérite de plus ; c’est sa manière d’être. Le désincarné reste ce qu’il vaut à la mort, ni plus, ni moins. Mais pour que cet Esprit désincarné puisse communiquer avec l’Esprit incarné, il faut se servir d’un moyen mixte, qui convienne aux deux. Quel est, parmi les meubles, l’un des plus simples, qui peut être en même temps l’un des plus élégants ? Nous avons nommé la table ; et nous avons déjà vu que des Romains se servaient, pour communiquer avec l’invisible, d’une petite table (mensulam) qu’ils avaient fabriquée de morceaux de bois de laurier. Donc, les hommes ont trouvé de tout temps ce télégraphe d’outre-tombe commode pour eux-mêmes et digne des esprits qu’ils évoquent.
Il est d’autres gens du monde qui se servent du moyen de communication de la table pour en faire un jeu de société. Ils adressent alors aux Esprits des questions divinatoires et obtiennent, la plupart du temps, en réponses, des propos légers, parfois même, grossiers. C’est que, par ces amusements, ils éloignent d’eux les Esprits vénérés ou sérieux, et ne réussissent à s’entourer que de désincarnés d’une classe inférieure. Ceux-ci sont heureux de prendre part à une conversation dans laquelle ils peuvent mystifier leurs évocateurs,
Il est aussi des personnes qui nient a priori toute espèce de communication entre les vivants et les morts. Le plus grand nombre de ces personnes n’a rien lu, rien étudié, rien examiné de la Doctrine spirite et de ses phénomènes ; la plupart d’entre elles appartient à l’Eglise catholique ; dans ce cas, la négation s’appuie sur le système du paradis et de l’enfer chrétiens, qui relègue élus et damnés dans des lieux inaccessibles, où toute communication avec les hommes leur est interdite. A tous ces négateurs dont le raisonnement est dénué de sens, nous dirons : Examinez, cherchez, rendez-vous un compte exact des faits ; avant vous, tant de savants les ont niés, discutés, puis se sont enfin rendus à l’évidence ! Mais au nom de la raison, au nom du bon sens même, ne niez pas brutalement, inconsidérément comme ceux qui condamnèrent l’illustre Galilée à la prison perpétuelle, pour avoir osé découvrir que la terre se meut dans l’espace : E Pur si muove !
Voici un mot (d’Eugène Nus) condamnant ceux qui nient sans examen :
« Connaissez-vous quelque chose en géologie ? Demandait sir Charles Lyell à un individu qui lui disait que la géologie était une farce, et qu’il n’en croyait pas un mot. Nullement, répondit le contradicteur ; pourquoi l’aurais-je étudiée, puisque je n’y crois pas ? Eh bien, alors, répliqua le géologue, vous êtes incompétent pour discuter le sujet, ou pour avoir une opinion à cet égard. Allez et étudiez la géologie, puis revenez vers moi, et j’écouterai vos objections ; mais alors, ce sera inutile, car nous serons du même avis. »
Il y a encore les gens qui attribuent les phénomènes du Spiritisme à la fraude ou bien au charlatanisme. Les spirites ne nient pas que quelquefois la fraude et le charlatanisme s’introduisent parmi eux ; mais ils s’entourent de précautions pour les déjouer, et les expérimentateurs habitués savent les reconnaître.
Il y a les gens incertains, qui attribuent les manifestations à notre moi inconscient. Dans ce cas, nous serions des êtres bien complexes, bien compliqués, par cela même un peu effrayants.
Restent ceux qui ne veulent pas s’occuper des phénomènes spirites parce que, disent-ils, ces études mènent à la folie. A entendre M. Georges d’Esparbès, auteur d’un article paru dernièrement dans les Annales politiques et littéraires, le Spiritisme est dangereux. M. d’Esparbès convient lui-même qu’il ne connaît rien de la science dont il parle : cela ne l’empêche pas de conclure : « C’est dangereux. Il vaut mieux n’en rien connaitre », tout comme le curé de la paroisse dit en chaire à ses ouailles : « C’est un mystère. Il faut croire sans réfléchir ». C’est avec de telles raisons que l’on fait abstraction de ce que Dieu a mis en nous de meilleur après le cœur : l’intelligence. Oui, un monde invisible nous entoure, peuplé des êtres qui ont vécu sur la terre, et l’étudier, c’est arriver à le connaître. Nous devons penser avec L. Denis que les savants qui ont étudié le phénomène spirite sont tous des hommes de laboratoire, des chimistes éprouvés, des physiciens, des médecins. Voici à ce sujet la réponse d’Allan Kardec : « La folie, dit-il, a pour cause première une faiblesse morale relative qui rend l’individu incapable de supporter le choc de certaines impressions au nombre desquelles figurent, pour les trois quarts au moins, le chagrin, le désespoir, le désappointement et toutes les tribulations de la vie. Donner à l’homme la force nécessaire pour voir ces choses avec indifférence, c’est donc atténuer en lui la cause la plus fréquente de folie ou de suicide ; or, cette force, il la puise dans la doctrine spirite bien comprise. En présence de la grandeur de l’avenir qu’elle déroule à nos yeux, et dont elle donne la preuve patente, les tribulations de la vie deviennent si éphémères, qu’elles glissent sur l’âme comme l’eau sur le marbre sans laisser de traces. Le vrai spirite ne s’attache à la matière que tout juste autant qu’il faut pour les besoins de la vie ; mais si une corde lui manque, il en prend son parti, parce qu’il sait qu’il n’est ici qu’en passant, et qu’un sort bien meilleur l’attend ; aussi ne s’en affecte-t-il pas plus que de trouver accidentellement une pierre sur son chemin. En résumé, l’un des effets, et nous pouvons dire l’un des bienfaits du Spiritisme, c’est de donner à l’âme la force qui manque en beaucoup de circonstances, et c’est en cela qu’il peut diminuer les causes de folie ou de suicide. N’est-ce ce pas la véritable philosophie31 ? »
Nous nous demandons pourquoi les uns et les autres négateurs repoussent avec tant d’ardeur et d’obstination la pensée qu’ils peuvent se trouver en contact avec les êtres aimés qui leur ont été arrachés par la mort, et recevoir librement les conseils et les communications de leurs parents et de leurs amis ? Quelle étrangeté trouvent-ils donc dans l’idée de ces communications, du moment qu’ils connaissent le mode de l’Univers infini, et la cause éternelle qui est Dieu ?
Est-ce que tous les êtres ne constituent pas en Lui, Dieu, une seule humanité, qu’ils soient sur les mondes ou dans l’espace ?
Pourquoi préférer la solitude du cœur, la séparation absolue d’avec tout ce que nous avons aimé sur la terre, à l’examen même de cette Doctrine qui rentre cependant parmi les lois de la Nature telle que Dieu a créé celle-ci, et qui doit servir à notre avancement moral en ce monde ?
L’homme sceptique est un aveugle qui doute de tout, même de la lumière, quoiqu’il vive entouré d’elle, et cela, parce qu’il ne l’a ni vue, ni palpée.
Un jour, j’interrogeais l’Esprit de mon père, lui demandant pourquoi il avait, de son vivant, repoussé l’idée du Spiritisme ; il me répondit ces paroles : « Les nommes savent rarement ce qui leur convient : la mort leur dévoile la vérité. »
Ce mot est profond. Pesez-le : Les hommes savent rarement ce qui leur convient !
En effet, les pauvres habitants de la terre s’agitent à la poursuite du bonheur et s’engagent pour cela dans mille sentiers, tous plus impraticables et plus durs les uns que les autres. Ils prennent pour buts différents la fortune, l’amour, la gloire ; mais la fortune, l’amour, la gloire semblent le plus souvent se rire de leurs efforts pour les atteindre, et bien peu de favorisés voient se réaliser leurs désirs.
N’attendez donc pas que la mort vous dévoile la vérité ; mais cherchez dès maintenant cette vérité dans l’étude de la science qui contient les éléments d’une Doctrine éminemment consolante et morale, dont la pratique donne courage et consolation.
Avant d’entrer plus avant dans l’exposé de l’expérimentation, il est nécessaire de mettre ici un peu de science.
Nous tâcherons que le bagage en soit léger, afin qu’il n’embarrasse pas nos lecteurs.
Disons ici un mot de la force.
Vous êtes-vous jamais demandé comment et par quelle loi nous vivons, nous marchons, nous faisons évoluer notre être physique obéissant ?
« La cause de ce mouvement dit le professeur Cazin, est extérieure à notre corps, et nous appelons force cette cause. Il y a diverses espèces de forces. C’est ainsi que nous disons la force gravifique (pesanteur et attraction universelle), la force calorique, la force électrique, etc. Quelle est l’essence même de la force ? La réponse à cette question n’est pas du domaine de la physique. Pour la résoudre, il ne s’agit pas de s’appuyer sur les faits observés dans les corps seulement. La connaissance de ces faits est certainement indispensable ; mais nous devons y joindre la connaissance de tout ce que l’intelligence humaine a pu découvrir dans l’ordre moral. La force, en effet, joue un rôle important dans les êtres vivants. Nous l’y trouvons sans cesse en rapport avec la vie, avec la matière et on est obligé de reconnaître que sa recherche est liée aux plus hautes questions de la philosophie. »
Ici, la science psychique vient au secours de la science physique : la force, c’est l’énergie vitale ; elle émane de chaque individu et peut, s’extérioriser chez certains sujets. « L’homme, dit le Dr Gibier, est une intelligence, globule émanée de l’Intelligence Universelle, qui possède à son service une force empruntée à l’énergie également universelle32. »
Cette force, émanée de l’homme, peut soulever ou faire mouvoir des objets, sans contact humain. Ce qui produit ce fait, c’est que cette force passe, en s’extériorisant, par des courants magnétiques, d’un corps à un autre, pour aller douer de mouvement des choses inanimées.
Reste à comprendre comment la table, qui peut être animée par l’extériorisation de cette force psychique, répond intelligemment avec des mots épelés qui ont un sens, et que n’a point provoqués l’opérateur ou médium.
A tout effet intelligent, il faut reconnaître une cause intelligente. Il ne faut pas aller chercher cette cause dans l’âme du médium, qui prête son fluide mais reste impassible pendant les manifestations. Il faut donc aller chercher cette cause dans la volonté d’un être désincarné qui, ayant répondu à l’évocation, cherche à se communiquer par un moyen à la portée de ceux qui l’ont évoqué.
Cet être désincarné n’est pas immatériel ; il a gardé son corps fluidique, ou corps astral, ou périsprit, à l’aide duquel il se communique.
Nous avons dit corps fluidique. Donnons ici l’explication de ce qualificatif fluidique.
Qu’est-ce que le fluide ?
« Le fluide est un corps dont les molécules (ou parties infinitésimales le composant) ont si peu d’adhérence entre elles qu’elles glissent les unes sur les autres et tendent continuellement à se séparer : l’air et l’eau sont des fluides. » Définition du Dictionnaire Larousse.
Les fluides sont, en général, invisibles. Ainsi l’air que vous respirez est invisible ; cependant, vous en ressentez les effets et ne pouvez nier son existence qui est un des principes de la vôtre.
Vous croyez donc à l’existence de l’air sans le voir.
La science nous apprend que tout ce qui existe a son principe dans le fluide cosmique universel, ou matière élémentaire primitive qui existait seule avant la formation de la terre, et dont chaque chose a été tirée avec des modifications et des transformations innombrables,
Notre corps est formé de matière, notre âme est immatérielle ; mais la science psychique nous apprend qu’ils sont reliés entre eux par une condensation du fluide cosmique, ou fluide dans sa nature primitive, autour de notre foyer d’intelligence, autrement appelé âme. Dans le corps, le fluide cosmique a subi les transformations nécessaires à le rendre tangible et pondérable ; dans le corps fluidique, que les spirites ont appelé périsprit, ce même fluide est resté invisible et impondérable.
A la mort, le périsprit, enveloppe de l’âme, abandonne le corps en même temps qu’elle, et l’accompagne dans toutes ses pérégrinations et manifestations. C’est ce périsprit, corps fluidique, ou corps astral, que saint Paul a nommé : corps spirituel, C’est donc avec ce corps spirituel que l’âme se met en rapport avec les hommes, en se servant des médiums comme interprètes de ses manifestations, ou même comme aides directs, en leur empruntant de leurs propres fluides, plus tangibles et pondérables dans l’incarnation, afin de se rendre tangible, pondérable ou visible elle-même.
Dans son ouvrage La Genèse, au chapitre des fluides, Allan Kardec établit que la constitution intime du périsprit n’est pas identique chez tous les Esprits incarnés ou désincarnés qui peuplent la terre ou l’espace environnant. En effet, le périsprit est plus ou moins subtil ou éthéré, selon que l’incarné ou le désincarné est plus pur ou plus matériel, plus détaché des choses de la terre, ou plus soumis à ses attractions charnelles. On tire de là une conclusion entre plusieurs autres : c’est qu’à la mort, l’esprit purifié se détachera plus facilement du corps. Qu’il n’y aura pas lutte entre les deux éléments qui vont se séparer, et que, par conséquent, l’Esprit, une fois seul dans l’espace, se reconnaîtra et reconstituera sans trouble et sans difficulté son existence de l’au-delà, la seule vraie pour la créature de Dieu, l’autre, celle de la chair n’étant qu’une épreuve pour l’Esprit.
« Il en résulte encore, dit Allan Kardec, que l’enveloppe périspritale du même Esprit se modifie avec le progrès moral de celui-ci à chaque incarnation, bien que s’incarnant, dans le même milieu ; que les Esprits supérieurs, s’incarnant exceptionnellement en mission dans un monde inférieur, ont un périsprit moins grossier que celui des indigènes de ce monde.
Le milieu est toujours on rapport avec la nature des êtres qui doivent y vivre ; les poissons sont dans l’eau ; les êtres terrestres sont dans l’air ; les êtres spirituels sont dans le fluide spirituel ou éthéré, même sur la terre. Le fluide éthéré est pour les besoins de l’Esprit ce que l’atmosphère est pour les besoins des incarnés. Or, de même que les poissons ne peuvent vivre dans l’air, que les animaux terrestres ne peuvent vivre dans une atmosphère trop raréfiée pour leurs poumons, les Esprits inférieurs ne peuvent supporter l’éclat et l’impression des fluides les plus éthérés.
Pour changer de nature, il faut qu’ils se dépouillent des instincts matériels qui les retiennent dans des milieux matériels ; en un mot, qu’ils s’épurent et se transforment moralement ; alors, graduellement, ils s’identifient avec un milieu plus épuré qui devient pour eux un besoin et une nécessité.
Tout se lie, tout s’enchaîne dans l’univers ; tout est soumis à la grande et harmonieuse loi d’unité, depuis la matérialité la plus compacte jusqu’à la spiritualité la plus pure.
La puissance divine éclate dans toutes les parties de cet ensemble grandiose. »
De cet exposé, nous devons conclure une chose : c’est que les évocations attirent le plus généralement les Esprits dans les milieux en concordance avec leurs propres fluides. De là encore, la nécessité de la prière ou, du moins, de l’élévation de nos âmes vers Dieu, avant chaque évocation, si nous ne voulons pas nous entourer d’êtres malfaisants ou seulement légers qui ne peuvent rien pour notre bien moral et même physique.
Voyons maintenant avec Allan Kardec comment les Esprits se servent des fluides pour se manifester :
« Les Esprits agissent sur les fluides spirituels, non en les manipulant comme les hommes manipulent les gaz, mais à l’aide de la pensée et de la volonté. La pensée et la volonté sont aux Esprits ce que la main est à l’homme. Par la pensée ils impriment à ces fluides telle direction ; ils les agglomèrent, les combinent ou les dispersent ; ils en forment des ensembles ayant une apparence, une forme, une couleur déterminée ; ils en changent les propriétés comme un chimiste change celles des gaz ou à d’autres corps en les combinant suivant certaines lois. C’est le grand atelier ou laboratoire de la vie spirituelle.
C’est ainsi, par exemple, qu’un Esprit se présente à un incarné doué de la vue psychique, sous les apparences qu’il avait de son vivant, à l’époque où on l’a connu. Il se présente avec le costume, les signes extérieurs : infirmités, cicatrices, etc., qu’il avait alors. Ce n’est pas à dire qu’il ait conservé ces apparences ; non, certainement, car, comme Esprit, il n’est ni boiteux, ni manchot, ni borgne, mais sa pensée se reportant à l’époque où il était ainsi, son périsprit prend instantanément les apparences qu’il quitte de même instantanément dès que la pensée cesse d’agir. Par un effet analogue, la pensée de l’Esprit crée fluidiquement les objets dont il avait l’habitude de se servir : un avare maniera de l’or ; un militaire aura des armes et son uniforme ; un fumeur, sa pipe ; un laboureur, sa charrue et ses bœufs ; une vieille femme, sa quenouille.
Les fluides étant le véhicule de la pensée, celle-ci agit sur les fluides comme le son agit sur l’air : ils nous apportent la pensée comme l’air nous apporte le son. On peut donc dire, en toute vérité, qu’il y a dans ces fluides des ondes et des rayons de pensées qui se croisent sans se confondre, comme il y a dans l’air des ondes et des rayons sonores.
Il y a plus : la pensée, créant des images fluidiques, elle se reflète dans l’enveloppe périspritale comme dans une glace ; elle y prend un corps et s’y photographie, en quelque sorte.
C’est ainsi que les mouvements les plus secrets de l’âme se répercutent dans l’enveloppe fluidique ; qu’une âme peut lire dans une autre âme, comme dans un livre, et voir ce qui n’est pas perceptible pour les yeux du corps. »
Passant au caractère des manifestations, Allan Kardec s’exprime ainsi :
« Les phénomènes des tables tournantes et parlantes (c’est-à-dire formant des mots et des phrases à l’aide des lettres frappées par ordre alphabétique), de la suspension des corps graves, de l’écriture médianimique, aussi anciens que le monde, mais vulgarisés aujourd’hui, donnent la clef de quelques phénomènes analogues spontanés auxquels, dans l’ignorance de la loi qui les régit, on avait attribué un caractère surnaturel et miraculeux. Ces phénomènes reposent sur les propriétés du corps périsprital soit des incarnés, soit des Esprits libres.
C’est à l’aide de son périsprit que l’Esprit agissait sur son corps vivant ; c’est encore avec ce même fluide qu’il se manifeste en agissant sur la matière inerte ; qu’il produit les bruits, les mouvements de table et autres objets qu’il soulève, renverse ou transporte. Ce phénomène n’a rien de surprenant si l’on considère que, parmi nous, les plus puissants moteurs se trouvent dans les fluides les plus raréfiés et même impondérables, comme l’air, la vapeur et l’électricité.
C’est également à l’aide de son périsprit que l’Esprit fait écrire, parler ou dessiner les médiums ; n’ayant pas de corps tangible pour agir ostensiblement quand il veut se manifester, il se sert du corps du médium, dont il emprunte les organes, qu’il fait agir comme si c’était son propre corps, et cela par l’effluve fluidique qu’il déverse sur lui.
C’est par le même moyen que l’Esprit agit sur la table, soit pour la mouvoir sans signification déterminée, soit pour lui faire frapper des coups intelligents indiquant les lettres de l’alphabet, pour former des mots et des phrases, phénomène désigné sous le nom de typtologie. La table n’est ici que l’instrument dont il se sert, comme il fait du crayon pour écrire ; il lui donne une vitalité momentanée par le fluide dont il la pénètre mais il ne s’identifie pas avec elle. Les personnes qui, dans leur émotion, en voyant se manifester un être qui leur est cher, embrassent la table, agissent comme si elles embrassaient le bâton dont un ami se sert pour frapper des coups. Il en est de même de celles qui adressent la parole à la table, comme si l’Esprit était enfermé dans le bois, ou comme si le bois était devenu Esprit.
Lorsque des communications ont lieu par ce moyen, il faut se représenter l’Esprit, non dans la table, mais à côté, tel qu’il était de son vivant et tel qu’on le verrait si, à ce moment, il pouvait se rendre visible. La même chose a lieu dans les communications par l’écriture ; on verrait l’Esprit à côté du médium, dirigeant sa main ou lui transmettant sa pensée par un courant fluidique.
Lorsque la table se détache du sol et flotte dans l’espace sans point d’appui, l’Esprit ne la soulève pas à force de bras, mais l’enveloppe et la pénètre d’une sorte d’atmosphère fluidique qui neutralise l’effet de la gravitation, comme le fait l’air pour les ballons et les cerfs-volants. Le fluide dont elle est pénétrée lui donne momentanément une légèreté spécifique plus grande. Lorsqu’elle est clouée au sol, elle est dans un cas analogue à celui de la cloche pneumatique sous laquelle on fait le vide. Ce ne sont ici que des comparaisons pour montrer l’analogie des effets, et non la similitude absolue des causes33.
On comprend, d’après cela, qu’il n’est pas plus difficile à l’Esprit d’enlever une personne que d’enlever une table, de transporter un objet d’un endroit à l’autre : ces phénomènes se produisent par la même loi.
Lorsque la table poursuit quelqu’un, ce n’est pas l’Esprit qui court, car il peut rester tranquillement à la même place, mais il lui donne l’impulsion par un courant fluidique, à l’aide duquel il la fait mouvoir à son gré.
Lorsque des coups se font entendre dans la table ou ailleurs, l’Esprit ne frappe ni avec sa main, ni avec un objet quelconque ; il dirige sur le point d’où part le bruit un jet de fluide qui produit l’effet d’un choc électrique. Il modifie le bruit comme on peut modifier les sons produits par l’air.
Il y a le phénomène des apports, phénomène très réel, mais qu’il ne convient d’accepter qu’avec une extrême réserve, car c’est un de ceux qui se prêtent le plus à l’imitation et à la jonglerie. L’honorabilité irrécusable de la personne qui les obtient, son désintéressement absolu matériel et moral et le concours des circonstances accessoires, doivent être prises en sérieuse considération. Il faut surtout se défier de la trop grande facilité avec laquelle de tels effets sont produits et tenir pour suspects ceux qui se renouvellent trop fréquemment et pour ainsi dire à volonté.
Le soulèvement d’une personne est un fait non moins positif, mais beaucoup plus rare, peut-être parce qu’il est plus difficile de l’imiter. Il est notoire que M. Home s’est plus d’une fois élevé jusqu’au plafond. On dit que saint Cupertain avait la même faculté, ce qui n’est pas plus miraculeux pour l’un que pour l’autre.
Un phénomène très fréquent, c’est l’aptitude de certains médiums à écrire dans une langue qui leur est étrangère ; à traiter par la parole ou l’écriture des sujets hors de la portée de leur instruction. Il n’est pas rare d’en voir qui écrivent couramment sans avoir appris à écrire ; d’autres qui font de la poésie sans avoir su faire un vers de leur vie ; d’autres dessinent, peignent, sculptent, composent de la musique, jouent d’un instrument sans connaître le dessin, la peinture, la sculpture ou la science musicale. Il est très fréquent qu’un médium écrivain reproduise, à s’y méprendre, l’écriture et la signature que les Esprits qui se communiquent par lui avaient de leur vivant, quoiqu’ils ne les aient jamais connus.
L’aptitude des choses qui lui sont étrangères tient souvent aussi aux connaissances qu’on a possédées dans une autre existence et dont l’Esprit a conservé l’intuition. »
Depuis la mort d’Allan Kardec, le mouvement spirite s’est propagé, des savants ont étudié, des manifestations éclatantes se sont produites en sa faveur, et de l’étude des faits, il résulte que son domaine s’est encore agrandi. De ces deux humanités qui ne cessent de se pénétrer, il est sorti des lumières nouvelles. Les adeptes de la Doctrine se multiplient, apportant au mouvement nouveau chacun sa pierre ou son diamant. Le temple s’édifie lentement, mais majestueusement ; ses pierres fondamentales sont la science et la Vérité. Il monte, laissant dans l’ombre les sectes avec leur attirail poudreux de dogmes surannés. Et c’est lui qui étendra son manteau de lumière sur les générations à venir, les enveloppant toutes dans la même foi et la même charité.
« Ne demandez plus, dit Léon Denis, le bien moral et religieux à une doctrine d’oppression et d’épouvante. Laissez à l’esprit humain son libre essor vers la lumière et l’espace. Tout rayon d’en haut est une émanation de Dieu, qui est le soleil éternel des âmes. »
Qui pourrait ne pas croire au Spiritisme, après avoir étudié la Doctrine et les manifestations des Esprits ? Il faut bien que l’homme orgueilleux convienne qu’il est des choses en dehors de la portée de son rayon visuel, (nous avons déjà parlé de l’infiniment petit et de l’infiniment grand). Il ne peut être assez vain pour nier Dieu, parce que Dieu ne tombe pas sous ses sens bornés. Il en est de même pour l’âme. Si celle-ci se manifeste partout autour de lui, nous le conjurons de ne pas fermer volontairement les yeux à ces manifestations, car là est la révélation de la Vie supérieure des êtres, le pourquoi de l’existence terrestre, la science du lendemain de la mort.
Plus nous avançons dans le temps et plus nous découvrons de choses : la physique, la chimie, l’application de l’électricité ont fait d’immenses progrès. Il y a une vingtaine d’années, William Crookes découvrait l’état radiant de la matière, en faisant des expériences psychiques ; et l’état radiant établi nous amenait aux rayons Roentgen, applicables à la photographie. Ceux-ci pénètrent les corps opaques et reproduisent avec netteté les objets les plus enveloppés.
Si donc des choses enveloppées, cachées, peuvent être reproduites par l’appareil photographique, à combien plus forte raison peut-on établir que la rétine de certains médiums peut être influencée par l’apparition des corps fluidiques étant formés de la matière à un de ses états les plus quintessenciés !
Nous devons ajouter que le périsprit des êtres vivants peut s’extérioriser, autrement dit, sortir du corps, et se manifester à distance du corps lui-même. Cela est prouvé par de nombreux cas d’apparitions de vivants loin du lieu où l’on sait qu’ils sont au moment de leur apparition. Que prouve ce fait, sinon que l’Esprit a une vie qui lui est propre, une vie qui lui appartient spécialement, puisqu’il peut exister sans le corps, tandis que le corps mourrait si l’Esprit tardait trop à se réunir à lui. Alors, puisqu’il peut exister sans le corps, nous pouvons croire à son existence indestructible et immortelle.
« L’extériorisation de l’âme, sa sortie du corps vivant est un fait démontré. L’être fluidique, l’Esprit sortant du corps vivant peut parfois, dans certaines circonstances, aller influencer un médium vivant et le faire écrire. Donc, ainsi que le dit G. Delanne, l’âme humaine se dégage sous nos yeux des langes de la physiologie dans lesquels on voulait l’emprisonner. Par l’étude de ce qu’elle produit déjà ici-bas, pendant les rares instants où elle s’émancipe du joug de sa gaine terrestre, nous pouvons soupçonner quels sont ses pouvoirs lorsqu’elle plane, haute et sereine, dans les régions de cette erraticité qui est sa véritable patrie. »
M. le colonel de Rochas a eu le droit de donner pour conclusion à son beau livre intitulé : Extériorisation de la Motricité, les lignes suivantes :
« N’est-elle point la Science par excellence, la Science vers laquelle tendent tous ceux qui osent porter leurs investigations sur des forces de plus en plus subtiles, commencent à entrevoir le moment où l’homme assuré par des preuves expérimentales que son corps peut se détacher pendant la Vie quelque chose qui pense et qui sent, en conclura que ce quelque chose peut survivre à la destruction de sa chair, et remplacera alors, par une conviction inébranlable, l’acte de foi chancelant que lui demandent toutes les religions, pour régler sa vie présente en vue d’une vie future34. »
L’Esprit peut aussi se matérialiser afin que des personnes qui ne sont pas médium puissent aussi le voir. Dans ce cas, il emprunte au médium endormi, autrement dit en transe, une partie de ses fluides les plus matériels, et se montre d’abord comme une vapeur condensée, d’où se dégagent peu à peu le visage, les membres, le corps tout entier de l’apparition. Nous en citerons plus loin un cas célèbre.
Une des objections des incrédules, à propos des matérialisations d’Esprits, est celle-ci : pourquoi les faits de cette nature ne se produisent-ils le plus souvent que dans une demi-obscurité ? Cette demi-obscurité prête à la supercherie, parce qu’elle empêche d’établir un contrôle exact. Mais la réponse à cette objection est bien simple, et, en même temps, scientifique ; c’est que l’action de la lumière dissout les fluides.
Il y a aussi les phénomènes lumineux qui ne peuvent être aperçus que dans la demi-obscurité.
« En ce qui concerne l’étude des manifestations des Esprits, écrit Léon Denis dans Christianisme et Spiritisme, les spirites se savent en bonne compagnie. Les noms illustres de Russell Wallace, de Crookes, de Robert Hare, de Mapes, Zoëllner, d’Aksakof, de Boutlerof, de Wagner, de Flammarion, ont été souvent cités. On voit aussi des savants comme M. Myers, le professeur William Janus, de l’Université de Harward, le professeur Lodge, de Liverpool, le professeur Richet, le colonel de Rochas, qui ne considèrent pas ces études comme indignes d’eux. Que penser, après cela, des accusations de ridicule, de folie ? Que prouvent-elles, sinon une chose attristante : c’est que le règne de l’aveugle routine persiste dans certains milieux. L’homme incline trop souvent à juger les choses d’après l’horizon étroit de ses préjugés et de ses connaissances. Il faut élever plus haut, étendre plus loin ses regards, et mesurer sa faiblesse en face de l’Univers. On apprendra par-là à être modeste, à ne rien rejeter ni condamner sans examen. »
Une théorie qui est souvent opposée au Spiritisme est celle de l’inconscient, du moi inconscient. Nous aurions, d’après cette théorie, une sorte de double, inconnu de nous-mêmes, et ce double produirait tous les phénomènes intelligents du Spiritisme.
D’après M. Ch. Richet, le somnambulisme provoqué, la double personnalité ne sont autre chose « que les états divers d’une seule et même personnalité ». De même, « l’inconscient n’est qu’une forme de la mémoire ; son existence est une hypothèse empruntée, pour les besoins de l’école matérialiste, à la physiologie torturée et déformée. » Enfin, comment les théoriciens expliquent-ils, avec l’aide de l’inconscient, qui est, soi-disant, en nous, les communications par coups frappés, les apports, les matérialisations ?
« Et pourquoi, demande Léon Denis, ces inconscients cachés dans l’homme, s’ignorant eux-mêmes, sont-ils unanimes, au cours des manifestations occultes, à se dire les Esprits des morts ? »
Il nous reste maintenant, avant de passer aux relations des faits, à parler des médiums.
De ce qu’une communication est vaine ou grossière, il ne faudrait pas en conclure que le médium est vain ou grossier lui-même. Ceci est important. Souvenons-nous que le médium n’est, dans toutes espèces de communications, que l’instrument de l’Esprit qui agit pour son compte personnel. Il s’ensuit qu’un homme ou une femme ayant la meilleure éducation peuvent être les médiums d’Esprits grossiers, tandis qu’un être vulgaire, ou vous paraissant tel, pourrait être celui d’un Esprit élevé.
Nous empruntons la définition des médiums à Allan Kardec dans le Livre des médiums.
« Toute personne qui ressent à un degré quelconque l’influence des Esprits est, par cela même, médium. Cette faculté est inhérente à l’homme, et, par conséquent, n’est point un privilège exclusif ; aussi en est-il peu chez lesquels on n’en trouve quelques rudiments. On peut donc dire que tout le monde, à peu près, est médium. Toutefois, dans l’usage, cette qualification ne s’applique qu’à ceux chez lesquels la faculté médianimique est nettement caractérisée, et se traduit par des effets patents d’une certaine intensité, ce qui dépend alors d’une organisation plus ou moins sensitive. Il est, en outre, à remarquer, que cette faculté ne se révèle pas chez tous de la même manière ; les médiums ont généralement une aptitude spéciale pour tel ou tel ordre de phénomènes, ce qui en fait autant de variétés qu’il y a de sortes de manifestations. Les principales sont : les médiums à effets physiques ; les médiums sensitifs ou impressibles, auditifs, parlants, voyants, somnambules, guérisseurs, écrivains, pneumatophones.
La faculté médianimique n’est point par elle-même un état pathologique, car elle n’est pas incompatible avec une santé parfaite.
Tous les médiums sont nécessairement impressibles, l’impressionnabilité est ainsi plutôt une qualité générale que spéciale ; elle diffère de l’impressionnabilité purement physique et nerveuse, avec laquelle il ne faut pas la confondre car il y a des personnes qui n’ont pas les nerfs délicats et qui ressentent plus ou moins l’effet de la présence des Esprits. De même que d’autres, très irritables, ne les ressentent pas du tout. »
– Le médium voyant croit voir par les yeux, comme ceux qui ont la double vue ; mais en réalité, c’est l’âme qui voit, et c’est la raison par laquelle ils voient tout aussi bien les yeux fermés que les yeux ouverts ; d’où il suit qu’un aveugle peut voir les Esprits.
– Le médium magnétiseur guérit, non seulement par l’effet de son fluide, mais par l’action des Esprits qu’il appelle à son aide ; ceux-ci augmentent la force et la volonté du médium, dirigent son fluide, et lui donnent les qualités nécessaires.
– Si l’on examine certains effets qui se produisent dans la table, la corbeille ou la planchette qui écrit, on ne peut douter d’une action exercée directement par l’Esprit sur ces objets. La corbeille s’agite parfois avec violence et s’échappe des mains du médium ; quelquefois même, elle se dirige vers certaines personnes du cercle pour les frapper ; d’autres fois, ses mouvements témoignent d’un sentiment affectueux. La même chose a lieu lorsque le crayon est placé dans la main ; souvent, il est lancé au loin avec force, ou bien la main s’agite convulsivement et frappe la table avec colère, alors même que le médium est dans le plus grand calme et s’étonne de n’être pas maître de lui. Disons en passant que ces effets dénotent toujours la présence d’Esprits imparfaits ; les Esprits réellement supérieurs sont constamment calmes, dignes et bienveillants ; s’ils ne sont pas écoutés convenablement, ils se retirent et d’autres prennent leur place. L’Esprit peut donc exprimer directement sa pensée, soit par le mouvement d’un objet dont la main du médium n’est que le point d’appui, soit par son action sur la main elle-même.
– Pour le médium intuitif, la transmission de la pensée a lieu par l’intermédiaire de l’Esprit du médium, ou mieux, de son âme, puisque nous désignons sous ce nom l’Esprit incarné. Dans ce cas, l’Esprit agit sur l’âme, avec laquelle il s’identifie ; l’âme, sous cette impulsion, dirige la main, et la main, le crayon.
– Dans le médium mécanique, le mouvement de la main est indépendant de la volonté. Dans tous les cas de médiumnité, les médiums ne peuvent rien si les Esprits s’y refusent, ce qui prouve l’intervention d’une puissance étrangère.
– Les médiums musicaux provoquent le jeu de certains instruments, sans contact. Très rares.
– Médiums à apparitions ou matérialisations ; ceux qui peuvent provoquer des apparitions fluidiques ou tangibles, visibles pour les assistants. Très exceptionnels.
– Médiums à apports : ceux qui peuvent servir d’auxiliaires aux Esprits pour l’apport d’objets matériels. Variété des médiums moteurs et à translations. Exceptionnels.
– Médiums pneumatographes : ceux qui obtiennent l’écriture directe. Phénomène très rare et surtout très facile à imiter par la jonglerie.
– Médiums polygraphes : ceux dont l’écriture change avec l’Esprit qui se communique, ou qui sont aptes à reproduire l’écriture que l’Esprit avait de son vivant. Le premier cas est ordinaire ; le second, celui de l’identité de l’écriture, est plus rare.
– Médiums polyglottes. Ceux qui ont la faculté de parler ou d’écrire dans des langues qui leur sont étrangères. Très rares.
– Médiums illettrés : ceux qui écrivent comme médiums sans savoir ni lire, ni écrire dans l’état ordinaire. Très rares.
Nous venons de citer Allan Kardec, l’un des premiers apôtres du Spiritisme en France (1848). Ecoutons maintenant quelques déclarations de William Crookes, chargé par la Société Dialectique de Londres de rechercher les fraudes des spirites en Angleterre :
« En présence de pareils phénomènes, les pas de l’investigateur doivent être guidés par une intelligence aussi froide et aussi peu passionnée que les instruments dont il fait usage. Ayant une fois la satisfaction de comprendre qu’il est sur la trace d’une vérité nouvelle, ce seul objectif doit l’animer à la poursuivre, sans considérer si les faits qui se présentent à ses yeux sont naturellement possibles, ou ne le sont pas. » W. Crookes.
Plus tard, il écrit :
« M’étant assuré de la réalité de ces faits, ce serait une lâcheté morale de leur refuser mon témoignage, parce que mes publications précédentes ont été ridiculisées par des critiques et autres gens qui ne connaissent rien du tout sur ce sujet, et qui avaient trop de préjugés pour voir et juger par eux-mêmes. Je dirai tout simplement ce que j’ai vu, et ce qui m’a été prouvé par les expériences répétées et contrôlées.
Le spiritualiste parle de corps pesant 50 ou 100 livres, qui sont enlevés en l’air sans l’intervention de force connue ; mais le savant chimiste est accoutumé à faire usage d’une balance sensible à un poids si petit, qu’il en faudrait dix mille comme lui pour faire un grain. Il est donc fondé à demander que ce pouvoir qui se dit guidé par une intelligence, et qui élève jusqu’au plafond un corps pesant, fasse mouvoir, sous des conditions déterminées, sa balance si délicatement équilibrée.
Parmi les remarquables phénomènes qui se produisent sous l’influence de M. Home (médium) les plus frappants et ceux qui, en même temps, se prêtent le moins à l’examen scientifique sont : 1° l’altération du poids des corps ; 2° l’exécution d’airs sur des instruments de musique (généralement sur l’accordéon, à cause de la facilité de transport) sans l’intervention humaine directe, et sous des conditions qui rendent impossible tout contact et tout maniement des clefs. Ce n’est qu’après avoir été fréquemment témoin de ces faits, et les avoir scrutés avec toute la profondeur et la rigueur dont je suis capable, que j’ai été convaincu de leur véritable réalité.
Attribuer ces résultats à la fraude, dit-il, est absurde, car je rappelle que ce que je rapporte ici ne s’est pas accompli dans la maison d’un médium, mais dans ma propre maison, où il a été tout à fait impossible de rien préparer à l’avance, Un médium, circulant dans ma salle à manger, ne pouvait pas, quand j’étais assis dans un autre partie de la chambre, avec plusieurs personnes qui l’observaient attentivement, faire jouer par fraude un accordéon que je tenais dans ma propre main, les touches en bas, ni faire flotter ce même accordéon çà et là, dans la chambre, en jouant tout le temps. Il ne pouvait pas apporter avec lui un appareil pour agiter les rideaux de la fenêtre, ou enlever des jalousies vénitiennes jusqu’à huit pieds de hauteur ; faire résonner des notes à distance sur un piano ; soulever une carafe et un verre à pied au-dessus de la table, faire dresser sur un de ses bouts un collier de corail ; faire mouvoir un éventail et éventer la compagnie, ou bien mettre en mouvement une pendule enfermée dans une vitrine solidement scellée au mur. »
Nous ne pouvons mieux terminer cet exposé qu’on copiant ici textuellement un article de la Revue scientifique et morale du Spiritisme, écrit en mars 1897, par M. Delanne, répondant à un article de M. d’Ervieux, et intitulé : Vision, Audition, Sensation.
« Notre collaborateur d’Ervieux a exposé, dans le dernier numéro de la Revue, une série d’hypothèses destinées à expliquer les phénomènes dits spirites, sans faire intervenir les Esprits, c’est-à-dire les âmes désincarnées.
Désireux de montrer notre impartialité, nous avons donné asile à ces conceptions, comme nous le ferons pour toutes les opinions loyalement exprimées, car nous ne redoutons ni la discussion, ni la controverse ; mais nous allons énumérer les raisons qui ne nous permettent pas d’accepter les théories de l’auteur, car elles n’expliquent pas les faits spirites tels qu’ils ont été constatés.
M. d’Ervieux admet qu’il peut exister dans l’atmosphère des matières très subtiles qui emmagasinent et conservent les images de tout ce qui a été touché par la lumière. Il prend comme exemple la plaque photographique qui permet de garder l’image d’un phénomène qui ne dure qu’un instant. Cette analogie est-elle rationnelle ? C’est ce que nous a allons examiner.
La lumière est due à un mouvement vibratoire de l’éther. Un corps qui reçoit ces ondulations les réfléchit d’après des lois connues, mais non en totalité ; il en absorbe toujours une certaine partie qu’il restitue lentement, sous forme de vibrations obscures, non perceptibles pour l’œil mais dont la |présence se révèle au moyen de réactifs appropriés. Tant que le corps qui a été insolé conserve son homogénéité, son image se reproduit par rayonnement dans l’espace ambiant ; mais ce pouvoir va diminuant de plus en plus, si le corps n’est plus soumis à la lumière, ou bien l’image réfléchie se fragmente, se subdivise, si le corps est divisé en plusieurs morceaux, et, à plus forte raison, s’il est réduit en poussière.
Un corps humain, après la mort, se dissout, ses molécules et ses atomes rentrent dans le grand laboratoire universel, en sorte, que les rayons obscurs qu’il avait emmagasinés ont été renvoyés dans l’espace, ou se sont transformés en d’autres mouvements, de telle sorte qu’il ne reste plus d’image dans l’atmosphère quand ce corps a disparu.
Y aurait-il dans l’espace une substance qui emmagasine ses radiations et en conserve à jamais l’empreinte ? Une telle supposition est tout à fait gratuite, absolument hypothétique, et l’analogie d’une plaque photographique ne peut en rien nous servir ici.
En effet, supposons qu’il existe un fluide qui soit impressionné par les ondulations lumineuses comme les sels d’argent le sont par la lumière, ce fluide devrait être répandu dans tout l’espace qui entoure la terre, pour en reproduire toutes les images. Or, la lumière nous venant du soleil et des étoiles, en traversant ce milieu pour arriver à la terre, agirait entièrement, complètement sur lui ; elle le voilerait, comme une plaque photographique exposée à la lumière est impressionnée dans son entier par l’effluve lumineux. Ce fluide ne pourrait donc ensuite être sensible pour la lumière reflétée, d’où première impossibilité absolue de la production d’une image. Dans la photographie, c’est parce qu’il y a une chambre noire, une lentille, en un mot, différents appareils qui ne permettent à la lumière de ne toucher que certains points de la plaque, que l’on peut obtenir une image, par comparaison avec les parties non touchées. On voit donc qu’il n’y a aucune analogie logique entre l’opération photographique et un fluide sensible à l’action des rayons lumineux.
Pour qu’une image se conserve, il faut qu’elle soit attachée à quelque chose de stable, de fixé, comme la gélatine étendue sur la glace du verre. Un fluide est essentiellement mobile par définition, par cela même, incapable de rester aggloméré, chacune de ses molécules étant animée de mouvements très rapides, dont ceux du gaz n’offrent qu’une idée affaiblie. Donc, une image cohérente est impossible à concevoir dans ces conditions. C’est comme si l’on exigeait que les molécules d’un cours d’eau gardassent constamment les tableaux qu’elles ont reflétés en coulant entre les rives qui l’enserrent. Sans doute, les molécules superficielles ont bien été impressionnées ; mais les distances réciproques entre chacune d’elles ont varié perpétuellement, de sorte que les rapports ont été modifiés sans interruption : d’où impossibilité de reproduire l’image. Que dire alors des couleurs de cette image ? Sont-elles reproduites par le même fluide hypothétique, ou par d’autres ? Nous concluons donc que la simple réflection de la lumière est impuissante à produire une image durable, même en supposant un fluide capable d’être influencé par cette lumière réfléchie.
Si nous supposons qu’il émane de nous une matière subtile à laquelle la volonté imprime une forme, alors la conservation d’une image devient possible et compréhensible. Nous avons, dans ce cas, une matière qui a une existence propre, une cohésion qui est proportionnelle à la volonté de l’opérateur, et il sera possible de photographier cette pensée, comme l’a démontré le commandant Tégrad. Mais cette image elle-même n’a qu’une durée limitée ; elle ne tarde pas à se dissoudre plus ou moins rapidement, pour se transformer en d’autres mouvements.
Appliquons ces données à une apparition. Deux cas peuvent se présenter : la vision reproduit les traits d’un vivant, ou bien elle retrace l’image d’un être qui a disparu depuis un certain temps de notre milieu terrestre.
1er Cas. Lorsque l’on observe l’apparition de l’image d’un être incarné, il faut savoir si cet homme a voulu consciemment se faire voir, autrement dit, s’il a désiré que son image extériorisée aille frapper le cerveau du sujet. Dans ce cas, il est possible que la pensée de l’opérateur, se fixant fortement sur la représentation mentale de son image physique, puisse lui donner assez de réalité pour la matérialiser et la projeter jusqu’au cerveau du sujet ; c’est là une véritable création fluidique. Mais encore faut-il que le cerveau récepteur soit apte à recevoir ce genre d’impression, sans quoi, il n’y a pas de vision ; à moins que celle-ci soit si matérialisée qu’elle devienne visible pour les yeux corporels ; dans ce cas, elle peut être perçue par d’autres personnes que le sujet.
Ces exemples sont rares ; il faut, pour les produire, une très grande force de volonté ou un désir intense de l’opérateur. Lorsque cette condition n’est pas remplie et que la vision se produit sans intervention volontaire, nous avons logiquement le droit de l’attribuer à un dégagement inconscient de l’âme35 qui est toujours revêtue de son périsprit. C’est le cas le plus fréquent des fantômes des vivants. Généralement ceux-ci ont des caractères bien nets d’objectivité ; ils ouvrent ou ferment les portes, parlent, marchent, etc., toutes choses qu’une simple image projetée par la volonté ne saurait accomplir.
2eme Cas. Si l’on constate l’apparition d’une image qui reproduit les traits d’une personne morte, nous pouvons dire avec certitude que c’est l’âme du défunt qui a pu objectiver, matérialiser suffisamment son enveloppe pour qu’elle devienne visible, soit pour l’œil modifié physiologiquement d’un médium, soit pour l’œil normal, si la matérialisation est plus accentuée. L’identité du défunt se déduit des preuves qu’il fournit, soit par des détails corporels, soit par des particularités typiques de l’habillement.
On pourrait prétendre que cette image est due à la pensée du médium qui l’objective de manière à reproduire les traits du mort ; mais dans presque toutes les observations, on constate que la personne |qui apparaît n’a jamais été connue de ce médium ; elle ne peut donc être produite par sa pensée. Quant à supposer que c’est par une lecture de pensée du médium chez l’opérateur, il suffit de songer combien est vague, imprécise l’image d’une personne morte, même de celles que nous avons le mieux connues, pour comprendre qu’il faudrait au médium un prodigieux pouvoir de résurrection pour exhumer de l’inconscient du consultant une image réelle, vivante, que lui-même ne peut plus y décerner.
Lorsqu’on étudie ces faits sans parti pris, on est obligé de convenir que l’explication spirite est la seule logique, qu’elle explique tous les cas de dégagement de l’âme pendant la vie, et par son immortalité après la désagrégation corporelle.
Notre collaborateur semble ignorer que l’âme est toujours revêtue d’une enveloppe périspritale, aussi bien pendant la vie qu’après la mort, comme le démontrent les expériences de M. de Rochas sur l’extériorisation de la motricité et de la sensibilité, comme l’établit l’action des médicaments à distance, étudiée par MM. Bourru et Burd, Lhuys, etc., et enfin, comme l’affirme la photographie simultanée du corps et de son double, obtenue à différentes reprises, ainsi qu’il est facile de s’en assurer, en lisant le beau livre de M. Aksakof : Animisme et Spiritisme. Après la mort, les phénomènes de matérialisation simultanée de plusieurs formes d’esprits avec un seul médium, les empreintes dans la terre glaise, dans la paraffine, etc., et les photographies établissent avec une évidence absolue l’existence du périsprit ; donc, toutes les actions dues aux Esprits s’expliquent rationnellement, et il est tout à fait inutile, pour les comprendre, de recourir aux hypothèses nullement fondées de notre collaborateur.
Ce que nous avons dit pour les images s’applique encore avec plus de force à l’étude du son qui n’est dû qu’aux vibrations de l’air.
Elles vont en diminuant avec une rapidité infiniment plus grande que les vibrations lumineuses ; leur conservation est encore plus difficile à imaginer si l’on n’a pas un substratum matériel qui les ait enregistrées pendant qu’elles possédaient toute leur énergie vibratoire.
Quant aux mouvements physiques, qui sont la forme la plus grossière, la plus lente des déplacements matériels, elle ne saurait se concevoir en aucune façon, si elle n’est attachée à une personnalité.
Un fait qui aurait dû appeler l’attention de notre collaborateur, c’est qu’en supposant même une série de substances fixatrices, les unes de la lumière, les autres du son, une troisième du mouvement, il faudrait, dans le cas d’une apparition qui cause et se déplace, que les empreintes laissées par cette personne dans l’espace vinssent s’associer les unes aux autres, dans le même corps, ce qui est tout à fait impossible puisqu’elles ont des mouvements vibratoires différents, et qu’elles se sont dispersées toutes à des distances énormes dans l’espace, à raison de 300.000 kilomètres par seconde, pour les vibrations lumineuses, au fur et à mesure de leur production. Ce serait un prodige beaucoup plus surprenant, beaucoup plus étrange et beaucoup plus difficile à imaginer que la pure et simple survivance du moi conscient. Quant à la stupidité prétendue des manifestations, nous sommes encore à la chercher, après vingt ans d’expérimentation. Est-ce à cause des mouvements de table par lesquels on communique avec l’Au-Delà ? Ils ne sont pas plus ridicules que de causer au téléphone devant une planchette, et se servir d’un manipulateur de Morse, pour transmettre une dépêche. Est-ce au point de vue des attouchements des séances obscures ? En quoi ces phénomènes sont-ils stupides ? Une mère revient embrasser son enfant, un fils, son père, une épouse, son mari, où voyez-vous là quelque chose de bête ? Nous y trouvons les marques les plus tendres de rattachement et des preuves que le grandiose sentiment de l’amour a survécu au déchirement de la tombe. Croyez-nous, c’est une noble et sainte stupidité que celle-là, et nous souhaitons que ces manifestations se produisent le plus souvent possible ; elles auront pour résultat de changer la face du monde, d’établir que nos affections sont indestructibles, et que, selon la parole de l’Ecclésiaste : « L’amour est plus et fort que la mort. »
« E pur si muove ! » Galilée.
« Les forces dont la connaissance nous échappe seraient suffisantes pour créer l’Univers. » W. Crookes.
« Les morts sont les invisibles, mais ils ne sont pas les absents. » Victor Hugo.
« Mes investigations, écrit le Dr. Gibier, dans son livre Analyse des choses, me permettent d’être un peu plus hardi que jadis, et c’est grâce à elles que je puis aujourd’hui affirmer aux psychologues, s’ils consentaient à expérimenter avec des médiums bien doués et honnêtes, qu’ils trouveront la preuve de la persistance de la conscience de l’être humain dans la période postérieure à cette dernière fonction qui s’appelle la mort.
– « Que l’on retienne ceci : C’est que le monde qui ne se voit pas est le reflet de celui que nous croyons connaître. »
Présentons donc ici des faits venant à l’appui de notre Doctrine, certifiés par les gens les plus honorables, ou connus et expérimentés par nous-même.
Nous séparerons ces faits en deux catégories : celle des faits spontanés, pressentiments, apparitions, se produisant sans la moindre évocation de la pensée ; et celle des faits obtenus à l’aide de médiums et après évocations.
Le monde est plein de récits de pressentiments, d’avertissements, d’apparitions au moment de la mort d’êtres chers ou seulement connus.
Des cas de télépathie, des coups frappés sur les meubles, des portes ou des fenêtres s’ouvrant sans contact apparent, des voix entendues, des ombres aperçues, ou même des personnes parfaitement reconnues se présentant à la vue, tous ces faits abondent, et il n’est pas de famille qui ne possède une histoire de revenants.
Nous empruntons les récits suivants à l’organe du Progrès spirite :
Preuves de la Survie36
Le jeudi, 5 décembre dernier, mourait à l’hospice de Beaumont de Romagne une bonne sœur de Saint-Vincent de Paul : on la nommait sœur Joséphine.
Depuis quarante-cinq ans, elle appartenait à la communauté de cette ville, où elle s’est spécialement consacrée au service des malades.
C’est en soignant une personne atteinte d’une affection cancéreuse qu’elle contracta le terrible mal qui devait, après plusieurs années de cruelles souffrances, la conduire au tombeau.
Le vendredi, jour de ses obsèques, je m’étais rendu à l’hospice, vers les quatre heures, et je m’entretenais avec la supérieure, quand tout à coup, une sœur (celle précisément qui a remplacé la défunte dans son office auprès des malades) se présenta à nous, la figure bouleversée par une émotion profonde.
Voici ce qu’elle nous raconta :
Elle se trouvait au pied de l’escalier qui conduit à la chambre où sa compagne était morte, quand elle entendit, venant de cette pièce, trois coups violents presque aussitôt suivis de trois autres. Elle n’en éprouva aucune émotion, car elle fut persuadée qu’une de ses compagnes se trouvait dans la chambre mortuaire. Soudain, deux nouveaux coups retentirent. Très impressionnée, elle courut appeler un domestique et monta avec lui dans l’appartement d’où le bruit était venu : il était vide ; les sœurs vaquaient chacune à leur office habituel. Comme la chambre en question est située à l’extrémité de l’hospice, un mur mitoyen sépare l’escalier qui y donne accès de la maison voisine habitée par un vieux charpentier. On voulut savoir si les coups n’avaient pas été frappés là. Le charpentier interrogé répondit qu’il n’avait pas travaillé cet après-midi.
Tel est le premier fait : par lui-même et pris isolément, il peut paraitre sans importance ; mais le second est plus étonnant.
Le soir de ce même jour, à quelques heures de là, un pauvre infirme, hospitalisé dans la maison, sortait de la chapelle sur le coup de six heures et se dirigeait vers la chambre qu’il occupe, dans une aile de l’établissement. Pour s’y rendre, il devait traverser un petit jardinet et s’engager ensuite dans un corridor obscur. Ce jeune homme a les jambes inertes et ne se meut qu’à l’aide de béquilles spéciales formées d’une base rectangulaire dont les quatre montants vont en se resserrant jusqu’à la poignée. Prosper, c’est son nom, a l’habitude de se retirer sans lumière. Il ne connaît guère la peur. Il s’en allait donc par le jardin, obscur à cette heure, quand il se sentit comme frôlé par quelqu’un qui passait. Etait-ce une sœur ou un pensionnaire de la maison ? Il ne se le demanda même pas et ne s’inquiéta de rien. Le jardin traversé, il s’engage dans le corridor. A peine a-t-il fait quelques pas qu’il sent ses muscles raidis et que ses mains se refusent à faire mouvoir les béquilles.
« Je crois que je vais m’évanouir », dit-il tout haut, se parlant à lui-même. Après un instant d’attente, il peut avancer de deux pas ; mais à ce moment, il se sent absolument arrêté ; malgré ses efforts, il ne peut soulever ses béquilles. Il n’a pas peur, il croit qu’un de ses camarades, logé dans le même quartier, a posé le pied sur la base de la béquille, pour l’empêcher d’avancer. Cependant, il commence à s’émouvoir, à cause de l’impossibilité où il est de parler pour dire à son camarade Eloi, auteur supposé de la plaisanterie, de cesser cette farce.
Tout à coup, sa main est comme électrisée, (c’est sa propre expression) ; il ressent le chaud contact d’une main étrangère ; en même temps, une voix résonne à son côté et prononce ces mots : « Priez pour les âmes du Purgatoire qui souffrent. » Ces paroles ont été dites et perçues d’une manière très distincte, quoique le son allât en diminuant, comme si la voix, tout en parlant, se fût éloignée très vite. Les deux derniers mots : qui souffrent se sont éteints dans une proclamation traînante et plaintive bien faite pour augmenter la terreur de Prosper. Celui-ci est glacé d’épouvante. Ayant retrouvé l’usage de ses mains et de ses béquilles il fuit au plus vite par où il est venu et tombe presque évanoui dans la chapelle où les sœurs sont encore en prières. On s’empresse, on lui fait boire un cordial généreux pour le remettre. Son émotion avait été si forte que, le lendemain, il dut garder le lit et qu’on lui fit prendre le baume des chutes, remède usité dans le cas de trouble profond. Prosper ne raconta qu’à la sœur ce qui venait de lui arriver.
Ce n’est pas tout encore, voici le plus étrange : le lendemain matin, samedi 7 décembre, la sœur supérieure m’ayant mis au courant de ce qui s’était passé, il fut convenu entre nous qu’on n’en parlerait à personne. Le dimanche, un de mes vicaires se rend à l’hospice pour donner la bénédiction du Saint-Sacrement à cinq heures 1/2. Ce jeune prêtre ignorait les faits que je viens de relater. Prosper, qui est son pénitent, ne se juge pas obligé au secret à son égard et lui raconte tout. L’abbé prend la chose en riant, raille doucement celui qu’il regarde comme un halluciné, et, son service fini, s’en retourne au presbytère et rentre dans sa chambre. Quelle n’est pas alors sa stupéfaction de voir étalé, bien en évidence, sur son bureau, un carré de papier de la grandeur d’une demi-feuille écolier, sur lequel sont écrits les mots entendus par Prosper : « Priez pour les âmes du Purgatoire qui souffrent. »
Bouleversé, le vicaire accourt chez moi, me raconte sa conversation avec Prosper et son incrédulité à ce récit ; puis, place sous mes yeux la feuille qui porte les mots d’outre-tombe. Le papier sur lequel ils sont écrits se trouvait au fond d’un cartable d’où l’auteur de l’écriture avait dû l’extraire. Il porte au verso des notes d’histoire romaine prises par l’abbé quand il était au petit séminaire. L’écriture tracée au recto est ferme, il n’y a pas de point sur les i ni d’accent circonflexe sur le mot âme. Les sœurs de l’hospice croient y reconnaître le coup de plume de leur compagne décédée.
Je n’ose me prononcer. Ce qui est certain, c’est que, d’une part, l’abbé ignorait entièrement, quand il a quitté sa chambre, les phénomènes de l’hospice, et, d’autre part, personne en son absence n’a pénétré chez lui. Je m’en porte garant. Dans la demi-heure écoulée entre sa sortie et sa rentrée, je n’ai point, moi, quitté ma chambre, devant laquelle il faut nécessairement passer pour arriver chez le vicaire. J’aurais certainement entendu les pas de quiconque aurait marché devant la porte.
Voilà les faits. Au point de vue catholique, la possibilité d’une manifestation de l’âme de sœur Joséphine ne fait aucun doute. Mais pourquoi se serait-elle manifestée ainsi ? Sœur Joséphine a enduré son terrible mal avec une si admirable patience que les sœurs lui disaient souvent qu’elle faisait son purgatoire sur la terre et qu’elle irait au ciel tout droit. C’est peut-être pour activer le zèle des bonnes sœurs que Dieu a permis cette manifestation extraordinaire. Quant à Prosper, qui est très pieux, il avait passé de longues heures auprès du corps exposé de sœur Joséphine, mais priait moins pour elle qu’il ne l’invoquait, ayant une telle estime de ses vertus et de ses mérites qu’il l’appelait vénérable et lui demandait d’intercéder pour lui auprès de Dieu. En se manifestant à lui, et en affirmant au confesseur du bon infirme la réalité de cette manifestation, sœur Joséphine a voulu sans doute obtenir le secours de leurs suffrages et les nôtres.
Quoi qu’il en soit, les faits que je vous rapporte sont incontestables et mon récit est l’expression scrupuleusement exacte de la vérité.
L. Clavé. Vicaire-Régent
à Beaumont de Lomagne (Tarn-et-Garonne).
Ces phénomènes d’outre-tombe, ainsi que les nomme l’abbé qui les décrit, se produisant dans un hospice, au milieu de religieuses, et émanant d’une d’entre elles, le lendemain même de sa mort, devraient bien faire réfléchir le clergé catholique, qui s’acharne à ne voir dans les manifestations spirites que l’œuvre du Démon. Quant à la croyance au Purgatoire, elle n’a rien d’étonnant de la part d’un Esprit qui vient à peine de quitter son corps, et qui, pendant plus d’un demi-siècle, a vécu dans cette croyance. On conviendra que si sœur Joséphine avait été retenue dans un lieu de punition tel que le purgatoire catholique, elle n’eut pu se manifester, comme elle l’a fait ici-bas, d’une manière si positive et si probante. Et si elle souffre encore dans l’Au-delà, malgré ses mérites et ses vertus, malgré la confession, l’absolution et le repentir de ses fautes, c’est la preuve que la Doctrine spirite est vraie et que nous sommes jugés dans l’autre monde selon nos actes, non d’après la religion que nous avons embrassée.
N. D. L. R.
Comment je me suis reconnu médium
Récit tiré du Progrès Spirite,
20 novembre 1902.
Il y a quatre ans, je ne savais rien du Spiritisme.
M’occupant exclusivement de mon ménage, je ne consacrais que très peu de temps à la lecture, et quoique j’eusse parfois entendu parler de tables tournantes, de révélations des Esprits, etc., je prêtais si peu d’attention aux propos concernant les phénomènes, à la réalité desquels je ne croyais guère, qu’il ne me fût jamais venu à la pensée de lire une œuvre quelconque traitant de pareilles matières.
A cette époque un ami de la famille, que mon mari et moi affectionnions beaucoup, tomba malade.
La maladie n’avait rien de bien grave, d’après les lettres que nous écrivait sa femme. Et pourtant nous sentions, mon mari et moi, une insurmontable inquiétude à son sujet, comme un funeste pressentiment.
Une nuit, vers onze heures et demi, nous entendîmes très distinctement frotter une allumette à la boîte déposée à côté du lit, où nous venions de nous mettre à peine.
Je me levai, j’éclairai la bougie, et, ayant fait le tour de la chambre sans rien découvrir d’anormal, je dis à mon mari : Nous allons sûrement apprendre une mauvaise nouvelle.
Effectivement, le lendemain, en l’absence de mon mari, qui était parti le matin pour les Alpes, je reçus une dépêche m’annonçant que M. M... notre ami en question, était mort la nuit précédente à onze heures et demie.
Depuis ce jour, je ne cessai, pendant six mois, de voir chaque nuit cet ami en rêve. Et ce qui est étonnant, c’est que mon mari le voyait comme moi, dans les mêmes conditions et dans les mêmes circonstances.
Enfin, un matin, je m’étais levée de bonne heure pour vaquer aux soins du ménage (vers les cinq heures).
C’était en été, il faisait grand jour. Comme j’ouvrais la fenêtre du salon, j’aperçus, sur le trottoir en face, un monsieur debout qui, mélancoliquement, me regardait. Je fus saisie d’étonnement. Ce monsieur ressemblait à s’y méprendre à cet ami mort depuis six mois, qui nous visitait en songe chaque nuit.
Son regard devint même si troublant pour moi que je fermai la persienne, me contentant de le regarder à travers le vasistas.
Décidément, si je n’avais été certaine de son décès, j’aurais salué cet étrange sosie de notre ami.
Quand mon mari se leva, je lui fis part de cette apparition.
« Bah ! me répondit-il, c’est quelqu’un qui ressemble à M. M.. » Et il ne fut plus question de l’aventure.
Le lendemain, dans la matinée, comme nous étions dans la cuisine, mon mari et moi, j’aperçus tout à coup dans la rue, descendant du tramway, le même personnage qui, la veille, jetait ses regards sur notre fenêtre.
« Tiens ! dis-je promptement à mon mari, regarde donc ! voilà le monsieur que j’ai vu hier. »
Mon mari resta stupéfait devant cette ressemblance frappante avec notre ami M…
« Si j’allais l’interpeller ? » fis-je à mon mari.
– Allons donc ! Tu es folle ! Puisque tu sais que M. M… est mort ! C’est quelqu’un qui lui ressemble étrangement, c’est vrai, mais ce n’est là qu’une ressemblance...
Je n’insistai pas. Le monsieur, d’ailleurs, avait fait son chemin, et s’était éclipsé au loin dans la rue. Mais je me promis qu’à la première occasion, j’irais contenter ma curiosité.
Le lendemain, je revenais de faire mon marché sur les allées du Prado. Comme je traversais la place Castellane, je vois venir à moi, débouchant de la rue de Rome, la même personne qui s’avançait d’un pas rapide et résolu. « Ah ! fis-je mentalement, cette fois, il faut que je l’aborde ! » Et, résolument, je me dirigeai vers elle. Elle-même, d’ailleurs, venait vers moi, comme si elle avait eu à me parler.
J’étais environ à un mètre cinquante de l’inconnu et j’ouvrais la bouche pour l’interpeller, lorsque brusquement il s’évanouit ! Plus personne devant moi ! Je demeurai la bouche ouverte, interdite et sous le coup d’une émotion qui répandit dans mon être un froid glacial et provoqua en moi un tremblement nerveux, comme dans un accès de fièvre.
Je rentrai précipitamment chez moi. J’étais pâle, la figure bouleversée. Mon mari, membre du corps médical, était occupé à soigner une cliente. Il s’aperçut de ma pâleur.
« Qu’as-tu ?» fit-il, subitement inquiet lui-même.
Alors, sans me préoccuper de la personne qu’il soignait, je racontai vivement tout ce qui venait de m’arriver.
Il faut croire que mon trouble était extrême, car la cliente de mon mari s’écria aussitôt| :
– Mon Dieu ! Madame, remettez-vous. Il n’y a rien là que de très naturel. Ce qui vous est arrivé est une apparition, comme il s’en manifeste d’autres. C’est bien, croyez-le, votre ami lui-même qui vous est apparu, et vous devez être médium sans vous en douter.
– Qu’est-ce que c’est qu’un médium ? répondis-je, absolument ignorante d’une science dont je ne soupçonnais que vaguement l’existence.
Mme X…, que je connaissais, d’ailleurs, depuis longtemps, comme cliente de mon mari, ne nous avait jamais fait part de sa faculté de médiumnité.
En nous déclarant qu’elle était elle-même médium, elle voulut bien me donner quelques explications succinctes, et me promit de les compléter, le dimanche suivant, chez elle, au cours d’une séance de spiritisme, où elle nous pria d’assister.
Nous nous rendîmes à son invitation. L’esprit de notre ami M.… se manifesta aussitôt, par l’intermédiaire de la table. Il déclara que j’étais médium, mais que je n’obtiendrais de communications qu’à la condition de m’astreindre, pendant six mois, à consacrer à la table un quart d’heure par jour.
Je suivis à la lettre les prescriptions de notre ami, et la table, désespérément muette jusqu’au bout, s’anima le dernier jour et me transmit ma première communication.
F. G.
Récits de nos Correspondants
Progrès Spirite.
Toulouse, 26 juin 1902.
Cher Monsieur de F. E. C.
II y a bien longtemps que je veux vous écrire, et mes opérations multiples me laissent si peu de liberté que, sans cesse, je remets au lendemain ma correspondance.
Vos articles divers du Progrès Spirite m’avaient fait projeter de vous adresser le récit d’un fait unique, mais certain et bien caractérisé, dont j’ai été témoin, chez moi, en 1889.
La page 88, 1ere colonne de votre dernier numéro, m’ayant remis en mémoire une chose que j’ai redite et à laquelle j’ai pensé bien souvent, je vais vous la noter ici d’abord :
Vers l’âge de 6 ans environ, étant atteinte de la petite vérole, je ne voulais pas rester couchée ; mes grands-parents, avec lesquels je vivais alors, et qui supportaient tous mes caprices d’enfant, me tenaient, par précaution, auprès d’un bon feu, dans une grande bergère, au centre de plusieurs oreillers.
Quand je fus rétablie, je disais souvent à ma grand’mère que je chérissais : quand je serai grande, toi, tu seras petite, alors, je te soignerai comme tu m’as soignée, je te mettrai dans un grand fauteuil.
Sans que l’on me l’eût dit, sans avoir aucune idée de réincarnation, en mon jeune âge, je me suis figurée longtemps qu’on était alternativement jeune et vieux.
Voici maintenant le fait survenu en 1889.
A peu près ruinée par le Krach de l’Union Générale, ma mère est venue passer chez moi les trois dernières années de sa vie. Elle mourut à 88 ans, le 11 novembre 1888.
Etant devenue ardente catholique, je me serais bien gardée, à son âge avancé, de contrarier ses idées religieuses en lui parlant des miennes qui, d’ailleurs, étaient encore récentes ; mais environ un mois avant sa mort, je ne sais pas par qui elle fut informée que j’étais spirite.
Un soir, elle m’aborda en me disant :
– On m’a dit que tu étais spirite.
Je répondis d’un signe affirmatif, car elle était fort sourde.
– Oh ! mon enfant, tu as changé de religion ! Quant à moi, je suis catholique, et devrait-on me couper le cou, je resterai catholique.
Je gardai le silence.
Un instant après, elle reprit :
– Qu’est-ce que c’est que d’être spirite ?
Pour éviter de me fatiguer en paroles inutiles, je criai simplement : « C’est croire à l’immortalité de l’âme. »
Avec un parti pris bien marqué, elle me répondit :
– Je n’y crois pas ! Je n’y crois pas !
J’eus beau insister, crier quelques explications, elle me quitta, disant toujours : « Je n’y crois pas ! Je n’y crois pas ! »
Quelque temps après son décès, je m’éveillai un matin, m’entendant appeler très fort et très distinctement : « Mathilde ! » Ouvrant les yeux, et la porte de communication ouverte, j’aperçus ma mère assise sur sa chauffeuse habituelle, près de la cheminée, en face de mon lit. Ce fut durant une 1/2 minute, et la vision disparut.
J’ai pensé depuis que ce pouvait être un rêve.
En septembre 1889, ainsi que les années précédentes, ma famille, grands et petits, vint chez moi passer les vacances ; ils étaient souvent douze.
Le soir, on faisait des jeux dehors ou dedans, pour amuser les petits. Comme on partit 4 ou 5 jours avant la rentrée des classes, fixée le 3 octobre, je puis donc être sûre que je restai complètement seule, les derniers jours de septembre.
Or, il arriva qu’à ma première soirée de tranquillité, j’entendis craquer les meubles, puis, plus fortement et très distinctement, le lit qu’avait occupé ma mère. Je pensai que ces craquements devaient être habituels et que les jeux, les cris des enfants, le bruit de tous m’avaient empêchée de rien entendre jusqu’à ce jour.
A ma deuxième veillée, des bruits encore plus marqués devenant inquiétants, je regardai sous le lit avec une bougie, mais sans rien découvrir. Le lendemain, même bruit, même visite ; de plus, je soulevai un matelas et cela pendant plusieurs soirs de suite, m’entêtant à croire que quelque animal d’un certain volume, mulot ou serpent, devait être la cause de ce vacarme, car le bruit intermittent prenait chaque soir plus d’intensité. On aurait pu croire qu’on s’amusait à casser des branches de figuier ou autre arbre de 2 à 3 centimètres de diamètre. Puis il semblait aussi qu’un être, pour lequel le lit n’était pas assez long, s’étirait les jambes et le corps, de façon à faire craquer, tomber même le panneau du lit. Quand je me levais subitement pour mieux examiner, le bruit cessait immédiatement.
Mes soirées étaient occupées dans cette pièce à lire et à écrire ; j’étais troublée à chaque instant et détournée de mon travail, mais, fort intriguée du résultat et de la cause, je ne pouvais me décider à quitter mon poste avant minuit.
Enfin, me suis-je dit un soir, si c’était ma mère qui après m’avoir nié la survivance, voulut faire tout ce bruit pour m’affirmer qu’elle vit !
En même temps que j’avais cette pensée, le panneau du lit fit un craquement tellement énorme que je crus qu’il tombait et que je m’écriai vivement : « Est-ce toi ? ».
Un silence troublant, mais instantané, a succédé depuis à ce long tapage. Nous étions au 20 décembre. Les bruits avaient donc persisté environ 2 mois et 20 jours.
M. L. Denis, à qui j’ai conté le fait, depuis, en lui faisant visiter le lieu, pense ce que j’en pense.
En dehors de ce fait, je n’ai jamais rien vu qui ait pu fixer mon attention ; je ne puis même donner un avis sur les tables dites tournantes ou parlantes ; mais ce que je vous raconte sur ces feuilles, je puis l’affirmer comme certain.
Voilà, monsieur et F. E. C, ce dont, depuis plusieurs mois, j’avais le projet de vous informer en lisant vos articles, qui, pour ainsi dire, m’y invitaient.
Je serais désireuse de voir ou d’entendre par moi-même une partie au moins des choses merveilleuses dont nous entretiennent les feuilles spirites, mais par pure curiosité et non pour affermir ma foi en l’immortalité et en la réincarnation qui s’appuie sur les plus raisonnables motifs.
Agréez, cher monsieur et F. E. C, mes fraternelles salutations,
Mathilde Chalande.
Un de nos amis, mort, sur le coup, d’un terrible accident de chemin de fer, il y a environ 3 ans, fut rapporté chez lui dans des circonstances terrifiantes pour sa jeune veuve et ses enfants.
Pendant la veillée funèbre de la nuit qui suivit auprès du pauvre corps martyrisé, Mme P…, la veuve, ainsi qu’une femme de garde auprès d’elle, entendirent une vieille pendule abandonnée depuis longtemps, et reléguée au grenier, sonner sans interruption, pendant deux heures consécutives.
M. Moreau.
Etant au bord de la mer, dans une maison louée à l’effet d’y passer un mois, avec mon père et une de mes amies, je fus presque témoin d’un incident qui me parut alors fort mystérieux. Cette jeune fille qui résidait à sept lieues de l’endroit où nous nous trouvions alors, témoignait depuis quelques jours d’une certaine impatience de se retrouver chez elle, parce que, disait-elle, une de ses amies, dangereusement malade lorsqu’elle l’avait quittée, devait désirer la revoir. Cependant, nous insistions, de notre côté, pour garder Melle C… le plus longtemps possible au bord de la mer. Un soir (nous venions à peine de nous mettre au lit) j’entendis tout à coup Melle C… jeter un cri d’effroi, et dire vivement à la domestique :
– Mon Dieu ! Reine, que vous me faites peur !
– Mademoiselle, répondit tranquillement Reine, dont la voix partait du coin de l’appartement où elle était couchée, ce n’est pas moi, je n’ai pas bougé d’ici.
Sur ce, on fit de la lumière, et, très effrayée, Melle C… nous raconta qu’elle avait vu, au pied de son lit, une femme vêtue de blanc.
Le lendemain même, nous apprenions la mort de l’amie de Melle C... Elle avait cessé de vivre la veille au soir, à l’heure même où le phénomène d’apparition s’était produit.
(Ce fait a été envoyé à Camille Flammarion, par le père de Mme Moreau : M. Orieux.)
Une dame me racontait dernièrement le fait suivant :
J’habitais Tours, où mon mari était assez souffrant d’une maladie de cœur ; cependant, rien ne faisait présager une fin prochaine. Un soir, un ancien ami de mon père, M. Tournier, fervent spirite, arriva inopinément du quartier éloigné où il demeurait.
Je fus étonnée de cette visite inattendue.
La soirée se passa bien ; et notre vieil ami, M. Tournier, dit en s’en allant : « Je suis content d’être venu, je vois que vous allez tous bien ».
Trois jours après, mon mari mourait subitement de sa maladie de cœur.
M. Tournier me raconta plus tard que, le jour de sa dernière visite à mon mari, mon père lui était apparu et lui avait dit : « Tournier, si vous voulez voir mon gendre une dernière fois, il faut aller au plus tôt chez lui. » Tournier, obéit aussitôt à ce conseil ; mais, en trouvant mon mari relativement bien portant, il crut avoir été le jouet d’une hallucination. Malheureusement, il n’en était rien, et le fait justifia l’apparition.
M. Moreau.
Voici un passage tiré d’un ouvrage de M. Oxon, professeur d’Oxford.
Le 10 février 1874, nous fûmes attirés par un triple frappement, nouveau et tout particulier, sur la table, et nous reçûmes un récit long et circonstancié de la mort, de l’âge, même les mois et les petits noms, quatre pour deux d’entre eux, et trois pour l’autre, de trois petits êtres, enfants du même père, à qui ils avaient été enlevés subitement par la mort. Nul de nous n’avait connaissance de ces noms, peu communs. Ils étaient morts dans un pays éloigné, l’Inde, et quand le message nous fut donné, nous n’avions aucun moyen apparent de vérification. Cette révélation fut cependant vérifiée, peu de temps après, d’une singulière manière.
Le 28 mars de la même année, je rencontrai, pour la première fois, M. et Mme A. Watts, dans la maison de M. Cowper-Temple, docteur médecin. Notre conversation roula rapidement sur l’évidence des phénomènes psychiques. Je racontai plusieurs faits, entre autres celui de ces trois enfants. Mme Watts fut très frappée de ce récit, qui correspondait, dans son esquisse, avec une pénible histoire qu’elle avait récemment entendue. Le lundi d’avant, M. et Mme Watts avaient dîné chez une vieille amie, Mme Leaf, et avaient appris d’elle l’histoire d’une perte douloureuse qu’avait faite le parent d’une connaissance de Mme Leaf. Ce gentleman, résidant dans l’Inde, avait, dans un court espace de temps, perdu sa femme et trois enfants. Mme Leaf était entrée dans de grands détails tristes, mais n’avait fait aucune mention des noms ni du lieu de ce douloureux événement. En racontant l’incident des trois jeunes enfants qui avaient communiqué avec moi, je donnai les noms et le lieu, tels qu’ils avaient été fournis par le message. Mme Watts se chargea de s’informer auprès de Mme Leaf des particularités du récit que celle-ci lui avait fait, ce qu’elle fit les jours suivants, et les noms étaient les mêmes.
Je dus à l’obligeance de Mme Watts de faire la connaissance de Mme Leaf, et je fus très impressionné de la parfaite coïncidence de chaque détail qu’elle me donna sur les faits en question.
(Oxon est le pseudonyme du Révérend Stainton Moses, professeur à l’Université d’Oxford.)
M. Oxon, se trouvant un jour à Shanklin, île de Wight, au mois d’août 1874, avait organisé, avec M. le docteur Spur et sa dame, des séances assez régulières. Un Esprit vint se communiquer un jour sous le nom d’Abraham Florentine. La table qui servait aux expériences semblait être, dit le narrateur, dans un état de grande surexcitation ; ses pieds frappaient avec violence, en sorte que la conversation différait du mode habituel, car c’était plutôt au moyen de coups résonnant dans le bois que nous communiquions généralement. Cet Esprit déclarait être décédé à Brooklyn (New-York), le 5 août 1874, à l’âge de 83 ans, 1 mois et 17 jours, et avoir pris part à la guerre de 1812.
M. Epes Sargent, à qui cet incident fut communiqué, l’envoya au Banner of Light, qui, le 12 décembre, demanda si quelqu’un pourrait fournir des renseignements à ce sujet.
A peine ce numéro de journal avait-il paru que l’éditeur recevait de M. Wilson Millar, à Washington, l’avis que le nom d’Abraham Florentine existait sur les tableaux dressés pour les soldats de 1812 qui avaient des réclamations à faire, et qu’en s’adressant au bureau de l’Adjudant de l’Etat de New-York on pourrait obtenir de plus amples renseignements. Ayant écrit à cet effet à l’adjudant Général, la Rédaction a reçu cette réponse :
Etat de New-York
Quartier général
Département de l’Adjudant-Général.
Albany, le 25 janvier 1875.
En réponse à votre communication du 22 janvier, je viens vous donner les renseignements suivants, qui sont extraits des archives du gouvernement :
Abraham Florentine, simple soldat de la compagnie du Capitaine Nicole, 1er Régiment de la Milice de New-York, colonel Dodge, s’était engagé le 2 ou vers le 2 septembre 1812 ; après avoir servi pendant trois mois, il obtint un congé honorable. On lui accorda une concession de terrain. Ces détails ressortent des déclarations faites sous serment par le soldat et non des registres officiels.
Très respectueusement,
Franklin Townsend, adjudant général.
Cette note ayant été publiée, le docteur Crowel, qui connaissait M. Oxon, eut encore l’obligeance de faire des démarches en vue d’obtenir des détails supplémentaires.
Consultant l’indicateur de Brooklyn et y trouvant le nom d’Abraham Florentine, domicilié 119, Koscinsko street, il se rendit à cette adresse et fut reçu par Mme Florentine, qui, sur les questions qu’il lui posa, lui dit que son mari était mort le 5 août précédent et qu’il avait eu 83 ans le 8 juin auparavant ; qu’il était, de son vivant, d’un caractère emporté, et que, pendant une année, au moins, qu’il avait dû garder le lit, il avait beaucoup souffert.
Tout ce qui avait été dit à Shanklin était donc rigoureusement vrai, à ce seul détail près que Mme Florentine donnait à son mari 83 ans, 1 mois et 27 jours, tandis que l’Esprit s’attribuait 10 jours de moins d’existence. Mais cette légère différence n’infirme en rien le résultat des autres renseignements confirmés.
Voici les conclusions de M. Oxon quant à ce fait et à l’importance qu’il lui attribue :
En ce qui me concerne personnellement, j’ai été très heureux de voir mes recherches couronnées de succès. Je n’ai jamais mis en doute que nous arriverions à éclaircir cette affaire, comme nous l’avions fait en mainte autre occasion ; mais le principal a été pour moi de pouvoir constater la justesse des déductions que j’avais tirées de la manière insolite dont cette communication avait été faite.
La véhémence des coups, le mode de correspondance employé et qui était, pour nous, entièrement nouveau, le sérieux incontestable de l’Esprit et l’obstination qu’il avait mise à se faire entendre, étaient des plus remarquables.
II y a dans le caractère de la preuve singulièrement significative que nous avons obtenue à cette occasion, une démonstration si évidente du retour de ceux qui nous ont quittés, qu’elle ne peut manquer de fournir aux lecteurs matière aux plus sérieuses réflexions. Un fait positif, c’est que nul d’entre nous n’avait jamais entendu parler d’Abraham Florentine ; nous n’avions pas d’amis en Amérique chargés de nous donner des nouvelles de ce qui se passait, et lors même que nous en aurions eu, ils n’auraient certainement pas parlé d’une circonstance qui ne nous intéressait en aucune façon. En terminant, j’affirme de nouveau, dans l’intérêt de la vérité, que le nom, aussi bien que les faits, nous étaient entièrement inconnus à tous trois.
Il n’y a pas de théorie, en dehors du spiritisme, qui puisse expliquer de tels phénomènes ; ils sont la preuve la plus certaine de l’immortalité de l’âme et des communications de ceux qu’on s’obstine à appeler les morts, alors qu’ils sont parfaitement vivants.
Le Phénomène Spirite,
par Gabriel Delanne.
Le capitaine Wheatcroft
La nuit du 14 au 15 novembre 1857, la femme du capitaine Wheatcroft, habitant Cambridge, rêva qu’elle voyait son mari, encore dans l’Inde. Elle s’éveilla immédiatement et, levant les yeux, elle aperçut la même figure debout auprès de son lit. Le capitaine apparaissait dans son uniforme, les mains posées sur la poitrine, les cheveux en désordre, la face très pâle. Ses larges yeux noirs étaient fixés droit sur elle ; leur expression était celle d’une grande émotion, et il y avait une contraction spéciale de la bouche, habituelle à cet officier lorsqu’il était troublé. Elle le vit, même dans chaque détail particulier de sa toilette, aussi distinctement qu’elle ne l’avait jamais vu durant sa vie.
La figure sembla se pencher en avant comme si elle eût été en peine, et faire un effort pour parler, mais nul son ne se fit entendre. Elle resta visible, pense la dame, l’espace d’une minute, puis elle disparut. Mme Wheatcroft ne se rendormit point cette nuit. Le matin suivant, elle conta tout cela à sa mère, exprimant sa croyance que le capitaine était tué ou blessé.
Après te temps nécessaire, un télégramme fut reçu, annonçant que l’officier avait été tué devant Lucknow, le 15 novembre. La veuve informa M. Wilkinson, l’avoué de son mari, qu’elle avait été tout à fait préparée à la fatale nouvelle, mais qu’elle était sûre qu’il y avait une erreur d’un jour dans la date de la mort ; M. Wilkinson, obtint alors du ministère de la Guerre un certificat ainsi conçu :
Ministère de la Guerre
N° 9579
30 janvier 1858.
Ceci est pour certifier qu’il paraît, d’après les rapports au ministère, que le capitaine G. Wheatcroft, du 6e dragons-gardes, a été tué dans l’action du 15 novembre 1857.
Signé : B. Hawes.
Or, un remarquable incident se présenta. M. Wilkinson était en visite à Londres, chez un ami dont la femme avait eu toute sa vie perception d’apparitions, pendant que son mari était médium. Il leur racontait la vision de la veuve du capitaine et découvrait la figure comme elle apparut à cette dame, lorsque Mme W. dit subitement : « Ce doit être la même personne que je vis, lorsque nous parlâmes de l’Inde. »
En réponse aux questions de M. Wilkinson, elle dit qu’elle avait obtenu, par l’intermédiaire de son mari, une communication de cette personne, qui lui avait annoncé qu’elle venait d’être tuée dans l’Inde cet après-midi, par une blessure à la poitrine. Il était environ neuf heures du soir ; elle ne recueillit point la date. En cherchant davantage, elle se souvint d’avoir été interrompue par un fournisseur et d’avoir soldé une facture ce soir-là ; et, en soumettant le reçu à l’inspection de M. Wilkinson, on constata qu’il portait la date du quatorze novembre.
En mars 1858, la famille du capitaine Wheatcroft reçut du capitaine G. C. une lettre datée de Lucknow 29 décembre 1857, où cet officier disait qu’il se trouvait à côté du capitaine Wheatcroft, lorsque celui-ci était tombé, et que c’était le quatorze dans l’après-midi, et non pas le 15, comme le relataient les dépêches de sir Colin Campbell. Le défunt, avait été frappé dans la poitrine par un fragment de bombe.
On l’avait enterré à Dikaoska, et sur une crois de bois, plantée au chevet de la tombe, avaient été gravées les initiales G. W. et la date de la mort, 14 novembre.
Le ministère de la guerre corrigea son erreur. M. Wilkinson obtint, en avril 1859, une autre copie du certificat et la trouva conçue dans les mêmes termes que celle déjà donnée, sauf que le 14 novembre avait été substitué au 15.
M. Owen tient les faits complets directement des parties elles-mêmes. La veuve du capitaine Wheatcroft examina et corrigea son manuscrit, et lui montra une copie de la lettre du capitaine C. ; M. Wilkinson fit de même, et Mme W. lui raconta elle-même les faits qui s’étaient offerts à elle. M. W, avait aussi détaillé ces circonstances, avant les investigations de M. Owen, à M. Howit, comme le mentionne celui-ci dans son Histoire du Surnaturel, p. 225 du vol. II. M. Owen déclare, en outre, qu’il a en sa possession les deux certificats du ministère de la guerre, le premier montrant la date erronée, le second la donnant corrigée.
Dans ce cas, nous avons la même apparition, se présentant la même nuit à deux dames inconnues et éloignées l’une de l’autre ; la communication, obtenue par une troisième personne, désignant le moment et le genre de mort, et le tout coïncidant exactement avec les éventualités survenues à bien des milliers de lieues de distance. Nous présumons avec Wallace, que des faits aussi bien certifiés ne seront pas discutés, et pour attribuer tout cela à une coïncidence, il faudrait certainement un trop grand effort de crédulité, même pour des incrédules.
Il résulte donc des expériences précédentes, la preuve rigoureuse de la communication des Esprits. Nous constatons aussi que la transmission de la pensée ne peut être invoquée dans ces expériences ; que seule, la doctrine Spirite en offre une solution simple et rationnelle, en attribuant ces communications aux âmes désincarnées.
G. Delanne,
Le Phénomène Spirite,
Aksakof,
Animisme et Spiritisme.
Passons maintenant à des faits cherchés, provoqués, étudiés, répondant à des évocations.
Citons d’abord le cas très touchant de Mme de Girardin visitant, à l’aurore du spiritisme nouveau, Victor Hugo à Jersey ; écoutons parler Auguste Vacquerie.
« Etait-ce sa mort prochaine (Mme de Girardin se savait fort malade) dit-il, qui l’avait tournée vers la vie extra-terrestre ? Elle était très préoccupée des tables parlantes, son premier mot fut si j’y croyais. Elle y croyait fermement, quant à elle, et passait ses soirées à évoquer les morts. Sa préoccupation se reflétait, à son insu, jusque dans son travail ; le sujet de la joie fait peur, n’est-ce pas un mort qui revient ? Elle voulait absolument qu’on crût avec elle, et le jour même de son arrivée, on eut de la peine à lui faire attendre la fin du dîner ; elle se leva dès le dessert et entraîna les convives dans le parloir où ils tourmentèrent une table, qui resta muette. Elle rejeta la faute sur la table dont la forme carrée contrariait le fluide. Le lendemain, elle alla acheter elle-même, dans un magasin de jouets d’enfants, une petite table ronde à un seul pied terminé par trois griffes, qu’elle mit sur la grande et qui ne s’anima pas plus que la grande. Elle ne se découragea pas et dit que les Esprits n’étaient pas des chevaux de fiacre qui attendaient patiemment le bourgeois, mais des êtres libres et volontaires qui ne venaient qu’à leur heure. Le lendemain, même expérience et même silence. Elle s’obstina, la table s’entêta. Elle avait une telle ardeur de propagande qu’un jour, dînant chez des Jersiais, elle leur fit interroger un guéridon, qui prouva son intelligence en ne répondant pas à des Jersiais. Ces insuccès répétés ne l’ébranlèrent pas ; elle resta calme, confiante, souriante, indulgente à l’incrédulité ; l’avant-veille de son départ, elle nous pria de lui accorder, pour son adieu, une dernière tentative. Je n’avais pas assisté aux tentatives précédentes ; je ne croyais pas au phénomène et je ne voulais pas y croire. Je ne suis pas de ceux qui font mauvais visage aux nouveautés ; mais celle-là prenait mal son temps et détournait Paris de pensées que je trouvais au moins plus urgentes. J’avais donc protesté par mon abstention. Cette fois, je ne pus pas refuser de venir à la dernière épreuve, mais j’y vins avec la ferme résolution de ne croire que ce qui serait trop prouvé.
Mme de Girardin et un des assistants, celui qui voulut, mirent leurs mains sur la petite table. Pendant un quart d’heure, rien, mais nous avions promis d’être patients ; cinq minutes après, on entendit un léger craquement du bois ; ce pouvait être l’effet d’une pression involontaire des mains fatiguées ; mais bientôt, ce craquement se répéta, et puis une agitation fébrile. Tout à coup, une des griffes du pied se souleva. Mme de Girardin dit : « Y a-t-il quelqu’un ? S’il y a quelqu’un et qu’il veuille nous parler, qu’il frappe un coup. » La griffe retomba avec un bruit sec. « II y a quelqu’un, s’écria Mme de Girardin, faites vos questions. »
On fit des questions et la table répondit. La réponse était brève, un ou deux mots au plus, hésitante, indécise, quelquefois inintelligible. Etaient-ce nous qui ne la comprenions pas ? Le mode de transmission des réponses prêtait à l’erreur ; voici comment on procédait : on nommait une lettre de l’alphabet, a, b, c, etc., à chaque coup de pied de la table ; quand la table s’arrêtait, on marquait, la dernière lettre nommée. Mais souvent la table ne s’arrêtait pas nettement sur une lettre ; on se trompait, on notait la précédente ou la suivante ; l’inexpérience s’en mêlant le moins possible, pour que le résultat fût moins suspect, tout s’embrouillait. A Paris, Mme de Girardin employait, nous avait-elle dit, un procédé plus sûr et plus expéditif ; elle avait fait faire exprès une table avec un alphabet à cadran et une aiguille qui désignait elle-même la lettre. Malgré l’imperfection du moyen, la table, parmi des réponses troubles, en fit qui me frappèrent.
Je n’avais encore été que témoin ; il fallut être acteur à mon tour ; j’étais si peu convaincu, que je traitai le miracle comme un âne savant à qui l’on fait deviner « la fille la plus sage de la société » ; je dis à la table : « Devine le mot que je pense. » Pour surveiller la réponse de plus près, je me mis à la table moi-même, avec Mme de Girardin. La table dit un mot ; c’était le mien. Ma coriacité n’en fut pas entamée. Je me dis que le hasard avait pu souffler le mot à Mme de Girardin et Mme de Girardin le souffler à la table ; il m’était arrivé moi-même, au bal de l’Opéra, de dire à une femme en domino que je la connaissais, et comme elle me demandait son nom de baptême, de dire au hasard un nom qui s’était trouvé le vrai ; sans même invoquer le hasard, j’avais très bien pu, au passage des lettres du mot, avoir, malgré moi, dans les yeux ou dans les doigts un tressaillement qui les avait dénoncées. Je recommençai l’épreuve ; mais pour être certain de ne pas trahir le passage des lettres, ni par une pression machinale, ni par un regard involontaire, je quittai la table et je lui demandai, non le mot que je pensais, mais sa traduction. La table dit : « Tu veux dire souffrance. » Je pensais amour.
Je ne fus pas encore persuadé. En supposant qu’on aidât la table, la souffrance est tellement le fond de tout, que la traduction pouvait s’appliquer à n’importe quel mot que j’aurais pensé. Souffrance aurait traduit grandeur, maternité, poésie, patriotisme, etc., aussi bien qu’amour. Je pouvais donc encore être dupe, à la condition que Mme de Girardin, si sérieuse, si généreuse, si amie, mourante, eût passé la mer pour mystifier des proscrits.
Bien des impassibles étaient croyables avant celui-là ; mais j’étais déterminé à douter jusqu’à l’injure. D’autres interrogèrent la table et lui firent deviner leur pensée ou des incidents connus d’eux seuls ; soudain, elle sembla s’impatienter de ces questions puériles ; elle refusa de répondre, et, cependant, elle continua de s’agiter comme si elle avait quelque chose à dire. Son mouvement devint brusque et volontaire comme un ordre : « Est-ce toujours le même Esprit qui est là ? » demanda Mme de Girardin. La table frappa deux coups, ce qui, dans le langage convenu, signifiait non. « Qui es-tu, toi ? » La table répondit le nom d’une morte, vivante dans tous ceux qui étaient là.
Ici, la défiance renonçait ; personne n’aurait eu le cœur ni le front de se faire devant nous un tréteau de cette tombe. Une mystification était déjà bien difficile à admettre, mais une infamie ! Le soupçon se serait méprisé lui-même. Le frère questionna la sœur qui sortait de la mort pour consoler l’exil ; la mère pleurait, une inexprimable émotion étreignait toutes les poitrines ; je sentais distinctement la présence de celle qu’avait arrachée le dur coup de vent. Où était-elle ? Nous aimait-elle toujours ? était-elle heureuse ? Elle répondait à toutes les questions, ou répondait qu’il lui était interdit de répondre. La nuit s’écoulait et nous restions là, l’âme clouée sur l’invisible apparition. Enfin, elle nous dit : Adieu, et la table ne bougea plus.
Le jour se levait, je montai dans ma chambre, et, avant de me coucher, j’écrivis ce qui venait de se passer, comme si ces choses-là pouvaient, être oubliées ! Le lendemain, Mme de Girardin n’eut plus besoin de me solliciter, c’est moi qui l’entraînais vers la table. La nuit encore y passa. Mme de Girardin partait au jour, je l’accompagnai au bateau, et, lorsqu’on lâcha les amarres, elle me cria : « Au revoir ». Je ne l’ai pas revue, mais je la reverrai...
Dr Gibier,
Le Spiritisme.
Au sujet des écritures obtenues à l’aide de médiums, Léon Denis narre le fait suivant : « Quand le célèbre romancier anglais, Ch. Dickens, mourut, il laissait un roman inachevé : Le mystère d’Edwin Drood ; seul le premier volume était achevé. Le second volume fut écrit en sept mois, avec l’aide d’un médium, jeune mécanicien illettré de 18 ans. Le médium ne connaissait pas le premier volume, encore manuscrit. Le second volume s’adaptait parfaitement au premier. A n’en pas douter, il fut écrit sous la dictée de Charles Dickens37. »
Exemple de médium voyant
Un monsieur, M. F. G. D. Boston, demeurant en ce moment à Saint-Louis, se trouvait dans son cabinet de travail, lorsqu’il vit le fantôme de sa sœur unique, morte depuis neuf ans. C’était au milieu du jour, pendant qu’il écrivait ; elle était auprès de lui, avec une telle apparence de vie, qu’il crut que c’était réellement sa sœur, et l’appela par son nom.
M. F. G. D. Boston avait pu scruter chaque détail de son habillement et de sa figure, et remarquer particulièrement une ligne, une égratignure, sur le côté droit de la figure. Cette vision l’avait impressionné à ce point qu’il prit le premier train, pour aller chez son père et sa mère et leur dire ce qu’il avait vu. Son père fut tenté de tourner en ridicule sa croyance à quoi que ce soit de surnaturel ; mais en entendant mentionner l’égratignure, la mère faillit s’évanouir, et lui dit, les larmes aux yeux : « C’est moi qui, après sa mort, ait fait par maladresse cette égratignure au visage de ma très chère fille, égratignure que j’avais soigneusement cachée avec de la poudre ; n’ayant confié ce détail à âme qui vive, personne ne pouvait le savoir ».
G. Delanne,
Le Phénomène Spirite.
Exemple de médium auditif
Voici un cas emprunté aux Phantasmes of the living.
Un jeune vicaire du Yorkshire, âgé de 19 ans, se trouvait à Invercaxde, dans la Nouvelle-Zélande. Il avait rencontré sur le bateau qui l’y avait conduit un jeune homme qu’il avait connu comme matelot ; il convint d’aller avec lui et quelques autres faire une excursion dans l’île de Ruapuke et d’y rester un jour ou deux pour pêcher et pour chasser ; ils devaient se lever le lendemain matin à quatre heures pour profiter de la marée et franchir l’écueil ; il promit d’appeler à temps le vicaire, lequel alla se coucher de bonne heure, avec l’intention bien arrêtée de les accompagner, cela ne faisait aucun doute dans son esprit.
En montant l’escalier, le vicaire crut entendre une voix lui dire : « N’allez pas avec ces hommes. » Il n’y avait personne autour de lui, et néanmoins, il demanda : « Pourquoi ? » La voix, qui semblait partir de l’intérieur de la chambre, lui répondit avec fermeté : « Vous ne devez pas y aller. » Ces mots lui furent répétés après une seconde question. « Alors, demanda-t-il, comment pourrai-je m’en dispenser puisqu’ils viendront m’appeler ? » Distinctement et plus fortement encore, la voix répondit : « Il faut fermer votre porte à clef. » En arrivant à sa chambre, il s’aperçoit qu’il y a une forte serrure qu’il ne se rappelait pas y avoir vue ; quoique déterminé à faire son excursion (c’était son habitude de se conduire à tous hasards), dès lors, il se sentit ébranlé, eut le pressentiment d’un péril mystérieux, et, après beaucoup d’hésitations, ferma sa porte à clef et se coucha.
Le lendemain, vers trois heures, la porte fut violemment secouée, frappée à coups de pieds ; mais quoique éveillé, il ne dit mot, et enfin, les hommes s’en furent en jurant et en criant. Vers neuf heures du matin, le vicaire, se levant pour déjeuner, l’hôtelier lui demande s’il avait appris ce qui venait d’arriver. On lui raconta que le bateau parti pour Ruapuke avait chaviré sur l’écueil, et que tous les passagers s’étaient noyés ; quelques-uns des cadavres furent rejetés sur le rivage le jour même ; les autres, un jour ou deux plus tard. Le narrateur termine ainsi : « Si j’avais été avec eux, au mépris de l’avertissement donné, sans aucun doute, je serais mort avec mes compagnons de pêche et de chasse. »
Un ami nous raconta ce qui suit :
Dans une réunion intime où nous faisions du spiritisme expérimental, l’Esprit d’un jeune ouvrier se communiqua tout à coup, disant qu’il venait de mourir.
Ce jeune homme était très connu des maîtres de la maison qui, cependant, ignoraient sa mort.
« Si c’est bien l’Esprit de ***, dit le maître de la maison, donne-nous une preuve d’identité ».
Aussitôt, les serrures de l’appartement se mirent à grincer, comme si quelqu’un les démontait.
Or, l’Esprit qui se communiquait était celui d’un serrurier.
Exemples d’apports
Voici un exemple dont M. Wallace se porte garant :
Le trait le plus remarquable de la médiumnité de cette dame (Miss Nicholl, maintenant Mme Guppy) est la production 38 de fleurs et de fruits dans une chambre close : la première fois que cela eut lieu, ce fut chez moi-même, à l’époque où les facultés de miss N. n’étaient encore que peu développées. Tous les assistants étaient de nos intimes. Le médium était d’abord venu pour le thé, l’on était au milieu de l’hiver, et avant que les fleurs apparussent, elle était restée avec nous quatre heures durant dans une chambre très chaude et éclairée au gaz. Le fait essentiel est que, sur une table nue, dans une petite pièce close et obscure (la salle voisine et le passage étant bien éclairés), une quantité de fleurs apparurent, qui ne s’y trouvaient pas quand nous avions baissé le gaz quelques minutes auparavant. C’étaient des anémones, des tulipes, des chrysanthèmes, des primevères de Chine et plusieurs espèces de fougères. Toutes étaient absolument fraîches, comme si elles venaient d’être cueillies dans une serre. Un fin givre les recouvrait. Pas un pétale n’était ni brisé ni froissé, pas une des plus délicates pointes ou pinnules des fougères n’était hors de place.
Je séchai et conservai tout, en y attachant l’attestation que j’avais obtenue de tous les assistants, comme quoi ils n’avaient nullement contribué, autant qu’ils pouvaient le savoir, à apporter ces fleurs dans la chambre. Je crus à l’époque, et je crois encore, qu’il était absolument impossible à miss N. de les avoir cachées si longtemps, de les avoir gardées si parfaites, et, par-dessus tout, de les avoir recouvertes tout à fait d’une très jolie couche de rosée exactement semblable à celle qui s’amasse à l’extérieur d’un verre à boire lorsque, par une journée brûlante, il est rempli d’eau glacée.
La compétence particulière d’Alfred Wallace rend cette observation des plus précieuses, car il est difficile qu’une jeune fille, dans les conditions indiquées, ait pu en imposer au sagace et illustre naturaliste.
Poursuivons :
Des phénomènes similaires ont eu lieu des centaines de fois depuis, en maintes maisons et dans les conditions variées. Parfois les fleurs ont été amoncelées sur la table en amples quantités. Souvent des fleurs et des fruits demandés sont apportés. Un mien ami demanda un soleil, et une de ces fleurs, haute de 6 pieds, tomba sur la table, avec une solide masse de terre autour de ses racines. Une des épreuves les plus frappantes eut lieu à Florence, en présence de M. T. Adolphus Trollope, Miss Blagden et le colonel Harvez.
La chambre fut fouillée par les gentlemen, Mme Guppy fut déshabillée et rhabillée par Mme Trollope, chaque pièce de sa vêture étant examinée. M. et Mme Guppy furent tous deux fermement étreints pendant qu’on se tint à la table.
Après dix minutes environ, toute la compagnie s’écria qu’on sentait des fleurs, et lorsqu’on alluma une bougie, on trouva que les bras de Mme Guppy et M. Trollope étaient couverts de jonquilles, qui emplissaient la chambre de leur parfum. M. Guppy et M. Trollope rapportent tous les deux ce fait dans des termes qui sont, en substance, identiques39.
G. Delanne,
Le Phénomène Spirite.
Passage de la Matière à travers la matière
Voici un récit de l’illustre chimiste (W. Crookes) qui met, en quelque sorte, le fait de la désagrégation (de la matière) en évidence.
Le cas que je vais rapporter eut lieu à la lumière, un dimanche soir, en présence de M. Home et de quelques membres de ma famille seulement. Ma femme et moi, nous avions passé la journée à la campagne, et nous en avions rapporté quelques fleurs que nous avions cueillies, En arrivant à la maison, nous les remimes à une servante pour les mettre dans l’eau. M. Home arriva bientôt après, et, tous ensemble, nous nous rendîmes dans la salle à manger. Quand nous fûmes assis, la servante apporta les fleurs qu’elle avait arrangées dans un vase. Je les plaçai au milieu de la table, dont la nappe fut enlevée. C’était la première fois que M. Home voyait ces fleurs.
Après avoir obtenu plusieurs manifestations, la conversation vint à tomber sur certains faits qui ne semblaient pouvoir s’expliquer qu’en admettant que la matière pouvait réellement passer à travers une substance solide. A ce propos, le message qui suit nous fut donné alphabétiquement : « Il est impossible à la matière de passer à travers la matière, mais nous allons vous montrer ce que nous pouvons faire. »
Nous attendîmes en silence. Bientôt une apparition lumineuse fut aperçue planant sur le bouquet de fleurs ; puis, à la vue de tout le monde, une tige d’herbe de Chine, de 15 pouces de long, qui faisait l’ornement du centre du bouquet, s’éleva lentement du milieu des autres fleurs et ensuite descendit sur la table en face du vase, entre ce vase et M. Home. En arrivant sur la table, cette tige d’herbe ne s’y arrêta pas, mais elle passa droit à travers, et tous nous la vîmes bien jusqu’à ce qu’elle l’eût entièrement traversée.
Aussitôt après la disparition de l’herbe, ma femme, qui était assise à côté de M. Home, vit, entre elle et lui, une main qui venait de dessous la table et qui tenait la tige d’herbe, dont elle la frappa deux ou trois fois sur l’épaule, avec un bruit que tout le monde entendit, puis elle déposa l’herbe sur le plancher et disparut. Il n’y eut que deux personnes qui virent la main ; mais tous les assistants aperçurent le mouvement de l’herbe. Pendant que ceci se passait, tout le monde pouvait voir les mains de M. Home placées tranquillement sur la table en face de lui. L’endroit où l’herbe disparut était à 18 pouces de l’endroit où étaient ses mains. La table était une table de salle à manger à coulisses, s’ouvrant avec une vis : elle n’était pas à rallonges, et la réunion des deux parties formait une étroite fente dans le milieu. C’est à travers cette fente que l’herbe avait passé. Je la mesurai et je trouvai qu’elle avait à peine 1/8 de pouce de large. La tige de cette herbe était beaucoup trop grosse pour qu’elle pût passer à travers cette fente sans se briser ; et cependant, nous l’y avons vue passer sans peine, doucement, et, en l’examinant ensuite, elle n’offrait pas la plus légère marque de pression ou d’érosion.
L’affirmation de l’Esprit, au sujet de la désagrégation de la matière, ne nous semble pas absolument exacte, car voici les expériences de Zoëlner, dans lesquelles il semble bien que cette désagrégation ait eu réellement lieu :
Une expérience véritablement démonstrative eut lieu un jour. Dans une corde lisse, dont les deux bouts étaient scellés sur la table avec de la cire portant le cachet de M. Zoëlner, des nœuds furent formés au bout de quelques minutes d’imposition des mains par Slade, les cachets étant restés intacts.
Puis deux bandes de cuir, jointes seulement par les bouts, également scellées avec de la cire, se trouvent nouées ensemble quand M. Zoëlner soulève les mains qui les couvraient.
« Je tenais mes mains sur les bandes de cuir, dit M. Zoëlner : Slade, qui se trouvait à ma gauche, plaça sa main droite sur les miennes. Au bout de quelques minute, je sentis un mouvement des bandes sous mes mains.
Trois coups furent frappés dans la table, et, quand j’ôtai mes mains, les deux bandes de cuir se trouvaient nouées ensemble. »
Gabriel Delanne,
Le Phénomène Spirite.
Apparitions lumineuses
M. Crookes résume ainsi ses observations :
Ces manifestations, étant un peu faibles, exigent, en général, que la chambre ne soit pas éclairée. J’ai à peine besoin de rappeler à mes lecteurs que dans de pareilles conditions j’ai pris toutes les précautions convenables pour éviter que l’on m’en imposât par de l’huile phosphorée ou par d’autres moyens. Bien plus, beaucoup de ces lumières étaient d’une nature telle que je n’ai pu arriver à les imiter par des moyens artificiels.
J’ai vu un nuage lumineux flotter au-dessus d’un tableau. Toujours sous les conditions de contrôle le plus rigoureux, il m’est arrivé plusieurs fois qu’un corps solide, phosphorescent, cristallin, a été mis dans ma main par une main qui n’appartenait à aucune des personnes présentes. En pleine lumière, j’ai vu un nuage lumineux planer sur un héliotrope placé sur une table à côté de nous, en casser une branche et l’apporter à une dame ; et, dans quelques circonstances, j’ai vu un nuage semblable se condenser sous nos yeux, en prenant la forme d’une main ; et transporter de petits objets. Mais cela appartient plutôt à la classe des phénomènes qui suivent :
On sent parfois des attouchements de mains pendant des séances noires ou dans des conditions où l’on ne peut les voir. Plus rarement j’ai vu ces mains. Je ne donnerai pas des exemples où les phénomènes se sont produits dans l’obscurité, mais je choisirai simplement quelques-uns des cas nombreux où j’ai vu ces mains en pleine lumière.
Une petite main d’une forme très belle s’éleva d’une table à manger et me donna une fleur ; elle apparut, puis disparut à trois reprises différentes, en me donnant toute facilité de me convaincre que cette apparition était aussi réelle que ma propre main. Cela se passa à la lumière dans ma propre chambre, les pieds et les mains du médium étaient tenus par moi pendant ce moment...
Dans une autre circonstance, une petite main et un petit bras, semblables à ceux d’un enfant, apparurent, se jouant sur une dame qui était assise près de moi. Puis l’apparition vint à moi, me frappa sur le bras et tira mon habit.
Une autre fois, un doigt et un pouce furent vus arrachant les pétales d’une fleur qui était à la boutonnière de M. Home et les déposant devant plusieurs personnes qui étaient près de lui.
Nombre de fois, moi-même et d’autres personnes avons vu une main pressant les touches d’un accordéon pendant qu’au même moment nous voyions les deux mains du médium qui, quelquefois, étaient tenues par ceux qui étaient auprès de lui.
Ecoutons maintenant un fragment d’un discours du Dr Bayol, au Congrès spirite et spiritualiste international de 1900.
Toutes mes expériences datent du 1er janvier 1899 au 6 septembre 1900, elles se sont passées dans ce laps de temps, comme je vous l’ai dit hier. J’ai été amené à m’occuper de ces phénomènes parce qu’un médium m’a indiqué que ma mère était malade, et que j’ai pu arriver à temps pour la guérir.
Toutes les expériences que j’ai faites, je les ai faites en suivant les procédés indiqués par les maîtres du Spiritisme : Allan Kardec, Léon Denis, G. Delanne.
Je suis arrivé à Arles où l’on m’avait parlé d’un médium qui s’appelait Michel Regardier, employé des Chemins de fer dans les Bouches-du-Rhône, âgé de 26 à 27 ans, d’une intelligence assez vive, et ayant fait des études complètes ; ce médium a une faculté presque unique.
Nous avons fait ces expériences dans un endroit d’une poésie charmante qu’on appelle les Aliscamps. C’est là que sont enterrés des chrétiens disparus, dans un paysage charmant et très touchant. Il y a une église et une vieille ferme faites avec des pierres tombales, et c’est dans une salle basse de cette ferme que nous avons fait des expériences spirites.
J’ai d’abord visité très attentivement la ferme ; la salle où nous nous trouvions était carrée, assez grande ; je n’ai rien vu qui puisse présenter un truquage ; il n’y avait ni éclairage au gaz, ni électricité. J’avais avec moi deux de mes amis, avocats à Arles ; nous avons laissé cette salle telle qu’elle était, et nous avons mis une table en bois de châtaignier au milieu ; pour ne pas omettre un détail, si insignifiant qu’il soit, je dirai qu’elle était assez lourde et doublée de lattes. Nous obtînmes avec cette table tous les mouvements de typtologie.
Après avoir fait de très nombreuses expériences, il m’est venu l’idée suivante. Je me suis dit : si c’est réellement une force, qui peut être à un moment, donnée par un médium, qui sait si en découpant un morceau de bois de cette table, cet esprit, cette intelligence ne pourrait pas s’y incarner.
J’ai refait cette expérience avec 20 Esprits différents, et je dois dire que pendant un mois, cette force a continué à nous aider. Chaque fois, la table répondait le nom de l’Esprit inscrit derrière le morceau de bois.
L’Esprit de la table s’appelait Acella ; c’était une jeune Romaine qui était morte au moment où elle allait se marier ; les inscriptions de sa pierre tombale sont assez curieuses : Ici repose Acella, ma fille ; son père est mort, il est heureux ; et moi, sa mère, je la pleure.
J’ai, pour ainsi dire, évoqué l’âme de cette morte, et c’est peut-être elle qui m’a protégé autour de la table. Nous avons obtenu les choses ordinaires.
Nous nous mettions généralement le long d’un mur et nous formions la chaîne : je vous dirai que j’ai eu à cette chaîne M. Fleury, préfet, Général X.., des docteurs en médecine, des chirurgiens. Nous faisions, à un moment donné, l’obscurité ; ces espèces de créations se font toujours dans les ténèbres. Au bout d’un moment que le sujet était endormi, nous entendions un grand bruit ; la table roulait dans la pièce. C’était même très effrayant, et beaucoup d’entre nous étaient saisis par un froid intense. Puis ce froid cessait ; il semblait qu’il allait se produire quelque chose, et il n’y avait rien que la table qui recommençait à rouler ; puis elle frappait trois coups formidables. Nous apercevions des globes lumineux qui voltigeaient, qui se reflétaient dans les glaces, ce qui prouve qu’ils étaient objectifs. J’ai parlé à la flamme, et la flamme venait à moi, puis elle se promenait, tout le monde l’a vue.
J’ai développé les phénomènes du jour où j’ai eu l’idée de parler à la flamme d’une façon intelligente, car, poussé par une idée particulière, j’ai parlé à la jeune Romaine comme si j’avais parlé à une jeune femme vivante ; elle venait se poser sur ma tête. Voilà un fait que j’affirme sur l’honneur. J’ai essayé de photographier ces lumières, je n’ai pu en obtenir la reproduction ; j’ai vu la salle illuminée tout entière ; j’avais quelquefois 10, 12 flammes qui paraissaient intelligentes.
Je ferai remarquer que j’ai obtenu ces phénomènes par le mouvement de la table, mon sujet n’étant nullement en transe, et je puis assurer qu’il n’y avait pas là de truquage. Avons-nous été hallucinés ? Nous avons été quelquefois 19, et je crois qu’il est difficile d’halluciner un vieux colonial comme moi.
Nous avons eu l’expérience suivante : le médium somnambule crut avoir une vision ; il me décrivit l’Esprit d’une personne ; c’était Acella, et il la voyait jetant des roses ; il ajouta : « Tu trouveras des roses dans la poche gauche de ton pardessus. »
En arrivant, j’avais mon pardessus sur moi ; au début de l’expérience, je l’avais placé à deux mètres de l’endroit où étaient les deux sujets. J’ai éteint, et quand les trois coups ont été frappés, les médiums étant encore endormis sur le canapé, je rallumai et j’éveillai les médiums. Glatier me dit : « C’est curieux : j’ai fait un rêve où je voyais une personne jetant des roses. » Je priai un de mes amis, M. Taillot, de prendre mon pardessus : Ma poche gauche était pleine de pétales de roses.
Phénomènes de Photographies
Ces phénomènes sont très nombreux. Citons seulement ceux-ci, pris dans le livre d’Aksakof, Animisme et Spiritisme :
Je veux mentionner encore trois photographies qui ont une importance spéciale : sur l’une d’elles, on voit une dame assise, Mme Tinkham ; au moment de l’exposition, elle vit une partie de la manche de son bras gauche se soulever, et ses yeux se portèrent sur ce point ; on remarque sur la photographie, à côté de cette dame, l’image – disons l’image astrale – d’une petite fille dans laquelle Mme Tinkham a reconnu son enfant ; on voit parfaitement que la manche du vêtement de Mme Tinkham est soulevée par la petite main de l’enfant. Nous possédons donc la photographie d’un objet matériel mis en mouvement par une main invisible. Sur la seconde photographie, on voit Mme Conaut ; au moment où la plaque allait être découverte, elle se tourna vers la droite, en s’écriant : « Oh ! voilà ma petite Wash-ti ! » (Une petite fille Indienne qui se manifestait très souvent par son entremise) et elle étendit vers elle sa main gauche, comme pour lui prendre la main. On voit sur la photographie la figure parfaitement reconnaissable de la petite Indienne, avec les doigts de la main droite dans la main de Mme Conaut. Ici, nous avons donc la photographie d’une figure astrale signalée et reconnue par le sujet sensitif, au moment de l’exposition.
Un autre cas parvint à ma connaissance ; une jeune fille de Chelsea se fit photographier chez un photographe en renom de cette ville. Elle arriva au moment où il s’apprêtait à fermer son atelier. La jeune fille se plaça devant la chambre noire, et, durant l’exposition, elle aperçut une espèce d’ombre qui glissait devant elle. Elle en parla à M. A., qui se tenait près du cabinet, et celui-ci lui répondit que ce n’était rien, qu’elle pouvait cligner des yeux, mais ne pas remuer. Sur la plaque développée, la jeune fille avait deux mains sur la figure. Cette photographie est remarquable ; j’en ai examiné 1es épreuves, dont l’une est en ma possession. Les mains transparentes saisissent la nuque ; elles sont visibles jusqu’au poignet, où elles disparaissent dans une vapeur informe. L’une de ces mains s’avance jusqu’au menton de la jeune fille, qui se voit nettement à travers cette main. Toutes ces photographies offrent une particularité commune, c’est leur transparence.
Empreintes de mains dans la paraffine
Voici un article M. Nichols, paru dans le Spiritual Record de décembre 1883 :
Lorsque M. Eglinton était mon hôte à South Kensington, nous essayâmes d’obtenir des moules de mains matérialisées. Ma fille Willie, dont les écrits et les dessins vous sont connus par les spécimens que je vous ai communiqués, nous promit d’essayer si elle pourrait faire, le moule de sa main. En conséquence, nous fîmes les préparatifs nécessaires ; j’achetai 2 livres de paraffine, de celle qu’on emploie dans la fabrication des bougies, et qui est une substance blanche, semblable à la cire, mais plus friable. Je la fondis dans mon étuve et je la versai dans un seau en zinc, à moitié plein d’eau chaude, pour la maintenir en fusion. Je remplis ensuite un deuxième seau d’eau froide. Nous avions invité un cercle choisi, composé de douze personnes, parmi lesquelles il n’y avait qu’un seul étranger, un docteur allemand, M. Friese, qui s’intéressait beaucoup au spiritualisme.
M. Eglinton prit place derrière un rideau qui isolait une partie de la chambre, à l’une des extrémités. Il était assis au centre, à l’endroit où les deux moitiés du rideau se rejoignaient, et, en face de lui, en deçà du rideau, se plaça le docteur allemand, qui lui tenait les mains. Le gaz brûlait clair, de sorte que nous pouvions très bien nous voir les uns et les autres. Quand tout fut prêt, j’apportai les deux seaux qui étaient dans ma chambre, l’un avec l’eau froide et l’autre contenant l’eau chaude, avec la paraffine en fusion, et les plaçai dans un coin de la pièce, derrière le rideau, à une distance d’environ 6 pieds de M. Eglinton, dont les mains étaient retenues, comme je l’ai mentionné, par celles du Dr Friese. Voici la disposition :
Les 2 seaux
O O M. Eglinton Le rideau
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Dr Friese
Les invités s’assirent en demi-cercle, le plus loin possible du rideau. Chacun de nous était distinctement visible ; il n’y avait personne auprès des seaux ; personne non plus n’aurait pu s’en approcher. Au bout de quelques instants, nous entendîmes des voix sortant de l’endroit où se trouvaient les seaux, ainsi que le clapotement de l’eau ; bientôt après les coups d’avertissement. Alors, je m’approchai et retirai les seaux de derrière le rideau.
Sur l’eau froide, il y avait deux pièces de paraffine solidifiée, dont l’une avait la forme d’un gant épais en albâtre, et l’autre représentait quelque chose d’analogue, mais beaucoup plus petite. Je retirai le plus volumineux de ces objets et m’aperçus qu’il était creux et qu’il avait la forme d’une main d’homme. L’autre était le moule d’une main d’enfant. Une dame faisant partie de l’assistance remarqua sur cette main un signe particulier, une légère difformité distincte qui lui désignait la main de sa fille, laquelle avait péri, noyée dans le sud de l’Afrique, à l’âge de cinq ans. Je portai les deux seaux dans mon cabinet d’études, en laissant les deux moules flotter sur l’eau. Je fermai la porte et retirai la clef.
Le lendemain, nous nous procurâmes du plâtre très fin et le versâmes dans la grande forme. Pour en extraire l’épreuve, il fallut sacrifier le moule. Ce modèle de la main de ma fille Willie, avec ses doigts longs et effilés et ce mouvement gracieux qu’elle avait pris en se plongeant dans la paraffine en fusion, chaude presque comme de l’eau bouillante, je l’ai encore aujourd’hui, sur le manteau de ma cheminée, sous un verre. Tout le monde est frappé de la ressemblance de ce modèle avec ma main, lorsque je la tiens dans la même pose, à part l’énorme différence dans les dimensions.
Cette main n’a rien de la forme convenue que créent les statuaires : c’est une main purement naturelle, anatomiquement correcte, montrant chaque os et chaque veine et les moindres sinuosités de la peau. C’est bien la main que je connaissais si bien dans son existence mortelle, que j’ai si souvent palpée depuis, quand elle se présentait matérialisée.
Le petit moule fut remis à la mère de l’enfant. Elle en a conservé le plâtre, n’ayant pas le moindre doute au sujet de l’identité de cette main avec celle de sa fille.
Je puis affirmer, de la façon la plus formelle que l’épreuve en plâtre qui est placée sur ma cheminée a été coulée dans le moule de la main matérialisée de ma fille. D’un bout à l’autre, l’expérience a été conduite par moi et soumise aux conditions les plus rigoureuses.
Si le moule eût été pris sur une main vivante, il n’en aurait pas pu être enlevé. La circonférence du poignet est plus petite d’un pouce et demi que celle de la paume à l’endroit du pouce. Une main pareille ne saurait être dégagée du moule sans le briser en plusieurs morceaux. La seule explication possible de ce phénomène serait de supposer qu’en quittant le moule, la main se serait dissoute et dématérialisée.
Je priai le Dr Friese, – que les lecteurs de Psychische Studien connaissent, et dont le Dr Hartman fait mention dans son livre, – de m’envoyer la description de cette séance, à laquelle il avait pris une part active, ayant lui-même tenu les mains de M. Eglinton.
Aksakof.
Animisme et Spiritisme.
Incorporations
Parmi les nombreux médiums célèbres à incorporations, nous nous contenterons de citer Mme Lay-Fonvielle, de Paris. Voici sur elle quelques mots d’un rapport pris au Congrès Spirite et Spiritualiste International de 1900.
Rapport sur le médium Lay-Fonvielle, par ROSARIS.
On trouvera ce rapport in-extenso dans le n° d’octobre 1900 de l’Initiation.
Nous en donnons ici le résumé succinct :
Mme Lay-Fonvielle incarne un Esprit qui se nomme Julia.
Quant à la réalité du phénomène, la question de fraude doit être écartée pour plusieurs raisons : le changement de la voix, la disparition de l’accent propre du médium (méridional), le changement dans l’état de santé physiologique pendant la transe, les facultés qui se montrent pendant cet état : lecture de pensée, vision à distance, prévision de l’avenir, guérisons spirituelles, agrandissement du cercle des connaissances intellectuelles. Il n’y a pas somnambulisme lucide, car le médium incarne non seulement l’Esprit Julia, mais encore d’autres Esprits et des personnes mortes ; dans ce dernier cas, le médium reproduit l’agonie du défunt.
L’Esprit Julia est chrétien ; tous ses renseignements portent le cachet d’une haute moralité ; il connaît les familles spirituelles des Esprits, et, en particulier, celui commis au gouvernement général de la Terre.
Enfin, dans la prévision du futur, il distingue non-seulement les clichés, mais aussi leur probabilité de réalisation.
Nous en reparlerons plus loin, l’auteur de ce livre ayant eu occasion de la consulter, à Paris, en 1903.
Matérialisations
On appelle matérialisation, dit Gabriel Delanne, dans son livre Le Phénomène spirite, le phénomène par lequel l’Esprit se montre avec un corps physique, ayant toutes les apparences de la vie normale. Le récit suivant, que nous résumons, a été publié par M. Crookes, dans différents journaux spiritualistes, en 1874.
Si nous laissons constamment la parole au grand chimiste, ce n’est pas par pénurie de documents, car les revues spirites contiennent un grand nombre de ces récits ; mais afin que le lecteur soit bien convaincu que les faits cités ont été observés avec toute la méthode et la rigueur que les savants apportent dans leurs recherches minutieuses et précises.
Ecoutons M. Crookes :
Les expériences eurent lieu chez le savant : « Ma bibliothèque servit de cabinet noir ; elle avait une porte à deux battants, qui s’ouvrait sur le laboratoire ; un des battants fut enlevé de ses gonds, et un rideau fut suspendu à sa place, pour permettre à Katie (l’Esprit matérialisé) d’entrer et de sortir facilement. J’ai préparé et disposé ma bibliothèque, ainsi que mon cabinet noir, et d’habitude, après que Melle Cook (le médium) avait causé et dîné avec nous, elle se dirigeait droit au cabinet, et, à sa demande, je fermais à clef la seconde porte, gardant la clef sur moi pendant toute la durée de 1a séance ; alors, on baissait le gaz, et on laissait Melle Cook dans l’obscurité.
En entrant dans le cabinet, Melle Cook s’étendait sur le plancher, la tête sur un coussin, et bientôt elle était en léthargie.
Le Médium. Durant ces six derniers mois, Melle Cook a fait chez moi de nombreuses visites, et y est demeurée parfois une semaine entière. Elle n’apportait avec elle qu’un petit sac de nuit, ne fermant pas à clef ; pendant le jour, elle était constamment en compagnie de Mme Crookes, de moi-même ou de quelque membre de ma famille, et ne dormant pas seule ; il y a eu manque absolu d’occasion de rien préparer, même d’un caractère moins achevé, qui fut apte à jouer le rôle de Katie King.
La conviction de M. Crookes sur la sincérité du médium et sur l’impossibilité pour lui de rien simuler de semblable à ce qu’il a constaté, éclate aussi dans les lignes suivantes :
Quelque épreuve que j’ai proposée, elle a accepté de s’y soumettre avec la plus grande bonne volonté ; sa parole est franche et va droit au but, et je n’ai jamais rien vu qui ne pût en rien ressembler à la plus légère apparence du désir de tromper. Vraiment, je ne crois pas qu’elle pût mener une fraude à bonne fin, si elle venait à l’essayer ; et si elle le tentait, elle serait promptement découverte, car une telle manière de faire est tout à fait étrangère à sa nature. Et quant à imaginer qu’une innocente écolière de quinze ans ait été capable de concevoir et de mener pendant trois ans une aussi gigantesque imposture que celle-ci, et que, pendant ce temps, elle se soit soumise à toutes les conditions qu’on a exigées d’elle, quant à imaginer, dis-je, que la Katie King des trois dernières années est le résultat d’une imposture, cela fait plus de violence au bon sens et à la raison que de croire qu’elle est ce qu’elle affirme elle-même.
Katie. La photographie est aussi impuissante à dépeindre la beauté parfaite du visage de Katie que les mots le sont eux-mêmes à décrire le charme de ses manières. La photographie peut, il est vrai, donner un dessin de sa pose ; mais comment pourrait-elle reproduire la pureté brillante de son teint, ou l’expression sans cesse changeante de ses traits si mobiles, tantôt voilés de tristesse quand elle racontait quelque amer événement de sa vie passée, tantôt souriant avec toute l’innocence d’une jeune fille, lorsqu’elle avait réuni mes enfants autour d’elle et qu’elle les amusait, en leur racontant des épisodes de sa vie dans l’Inde.
Voici ce qu’écrit M. Crookes, le lendemain d’une séance à Hackney :
Jamais Katie n’est apparue avec une aussi grande perfection ; pendant plus de deux heures elle s’est promenée dans la chambre, en causant familièrement avec ceux qui étaient présents.
Fréquemment, j’ai soulevé un coin du rideau, lorsque Katie était debout tout auprès ; les sept ou huit personnes qui étaient dans mon laboratoire pouvaient voir en même temps Melle Cook et Katie, sous le plein éclat de la lumière électrique. Nous ne pouvions pas, alors, voir le visage du médium, à cause du châle que Katie avait mis dessus, pour empêcher que la lumière ne tombât sur la figure, mais nous apercevions ses mains et ses pieds ; nous la voyions se remuer péniblement sous les rayons de cette lumière intense, et, par moment, nous entendions ses plaintes. J’ai une épreuve de Katie et de son médium, photographiées ensemble, mais Katie est placée devant la tête de Melle Cook.
Nous croyons maintenant que le doute n’est plus possible : Katie et Miss Cook sont positivement deux personnalités distinctes, et l’objection d’une supercherie ou d’une hallucination collective, atteignant M. Crookes et les assistants, doit être écartée ; il existe bien un Esprit qui apparaît et disparaît, mais rien ne prouve encore, disent toujours les sceptiques, que c’est un habitant de l’autre monde. En effet, nous savons maintenant, d’une manière à peu près certaine, que l’individu humain peut se dédoubler ; et pendant que son corps est dans un endroit déterminé, on peut constater la présence de son double à un autre endroit, souvent fort éloigné du premier. Les procès-verbaux de la Société des recherches psychiques mentionnent un très grand nombre de cas, dans lesquels ces doubles de personnes vivantes parlent, déplacent des objets matériels ; nous pouvons donc admettre qu’ils ont une existence objective. Appliquons ces remarques à Melle Cook, qui nous dit que Katie King n’est pas un simple dédoublement de Miss Cook ?
Laissons encore la parole aux faits ; ils vont détruire cette dernière objection, suprême ressource de la négation.
Une des photographies les plus intéressantes est celle où je suis debout à côté de Katie ; elle a son pied nu sur un point particulier du plancher. J’habillai ensuite Melle Cook comme Katie ; elle et moi nous nous plaçâmes exactement dans la même position et nous fûmes photographiés avec les mêmes objectifs, placés absolument comme dans l’autre expérience et éclairés par la même lumière. Lorsque ces deux dessins sont placés l’un sur l’autre, les deux photographies de moi coïncident exactement quant à la taille etc.., mais Katie est plus grande d’une tête que Melle Cook, et, auprès d’elle, elle semble une grosse femme. Dans beaucoup d’épreuves, la largeur de son visage et la grosseur de son corps diffèrent essentiellement de son médium, et les photographies font voir plusieurs autres points de dissemblance.
J’ai si bien vu Katie récemment, lorsqu’elle était éclairée par la lumière électrique, qu’il m’est possible d’ajouter quelques traits aux différences que, dans un précédent article, j’ai établies entre elle et son médium. J’ai la certitude la plus absolue que Melle Cook et Katie sont deux individualités distinctes, du moins en ce qui concerne leurs corps. Plusieurs petites marques qui se trouvent sur le visage de Melle Cook font défaut sur celui de Katie. La chevelure de Melle Cook est d’un brun si foncé qu’elle paraît presque noire ; une boucle de Katie, qui est là sous mes yeux et qu’elle m’avait permis de couper au milieu de ses tresses luxuriantes, après l’avoir suivie de mes propres doigts, jusque sur le haut de la tête, et m’être assuré qu’elle y avait bien poussé, est d’un riche châtain doré.
On constate, dans tous les cas de télépathie, que l’apparition reproduit absolument la forme du corps et les traits du visage de celui qui produit ce phénomène ; c’est là une caractéristique jamais démentie de ces faits. Or, nous voyons que Katie diffère notablement de Melle Cook, aussi bien par la taille que par le visage, et par les caractères physiologiques ; donc Katie et miss Cook sont deux personnalités différentes, aussi bien physiquement que psychiquement. Une dernière citation va établir, sur ce point, une conviction absolue :
Ayant terminé ses instructions, Katie m’engagea à entrer dans le cabinet avec elle et me permit d’y demeurer jusqu’à la fin.
Après avoir fermé le rideau, elle causa avec moi pendant quelque temps, puis elle traversa la chambre pour aller à Melle Cook, qui gisait inanimée sur le plancher. Se penchant vers elle, Katie la toucha et lui dit : « Eveillez-vous, Florence, éveillez-vous ! Il faut que je vous quitte maintenant. »
Melle Cook s’éveilla tout en larmes ; elle supplia Katie de rester quelque temps encore : « Ma chérie, je ne puis pas, ma mission est accomplie ; que Dieu vous bénisse ! » répondit Katie, et elle continua de parler à Melle Cook. Pendant quelques minutes, elles causèrent ensemble, jusqu’à ce qu’enfin, les larmes de Melle Cook l’empêchèrent de parler. Suivant les instructions de Katie, je m’élançai pour soutenir Melle Cook, qui allait tomber sur le plancher et qui sanglotait convulsivement. Je regardais autour de moi, mais Katie et sa robe blanche avaient disparu. Dès que Melle Cook fut assez calmée, on apporta une lumière et je la conduisis hors du cabinet.
Plus de doute possible maintenant. Melle Cook cause, éveillée, avec Katie et Mr Crookes. Ce sont bien trois personnalités distinctes dans trois corps différents. L’existence des Esprits est établie irréfutablement. Cela est si vrai que les savants qui ont entrepris d’expliquer le phénomène spirite, en dehors d’une intervention des désincarnés, n’ont jamais osé aborder ces remarquables travaux. Là, impossibilité de nier l’incomparable compétence de l’observateur, sa logique rigoureuse, son esprit froid et impartial. On sent dans ces expériences si détaillées, si bien conduites, un homme qui va à la recherche de l’inconnu sans hésitations, mais en s’entourant de toutes les précautions possibles. C’est le même chercheur qu’au début, ni plus enthousiaste du merveilleux phénomène, ni moins déterminé à en faire connaître toutes les phases, quelque invraisemblables qu’elles puissent paraître à ses doctes confrères. Aussi, est-ce pour nous, Spirites, un appui inébranlable, un sûr refuge contre les sophismes de ceux qui, n’ayant pas expérimenté eux-mêmes, et n’ayant connaissance que d’un petit nombre de faits prononcent ex Cathedra que le Spiritisme n’est qu’une ânerie du monde naissant.
Gabriel Delanne,
Le Phénomène Spirite.
Le Spiritisme chez l’auteur
J’écrivais, à la date du 3 décembre 1900 :
J’ai commencé à faire du Spiritisme à l’instigation d’un ami. C’était le 3 septembre 1900.
Il n’est venu qu’un Esprit banal, à notre évocation.
Le lendemain, 4 septembre, je recommençais seule avec Jeanne K… et mon mari, mort depuis trois ans, se nommait et répondait à mes questions.
Depuis, j’ai interrogé et vu interroger les Esprits bien des fois, et j’ai été émerveillée devant le monde nouveau qu’ils découvraient à mes yeux : religion, science, caractères, tout leur est familier. Ils conseillent sagement, et je pense, qu’à condition d’évoquer et d’obtenir toujours de bons Esprits on pourrait, avec leur aide, régénérer la terre,
Je note ici, date par date, les questions et les réponses les plus frappantes, pour m’en servir, au besoin, à faire du bien aux Esprits dans l’erreur ainsi qu’aux cœurs désolés.
Je citerai donc quelques passages de mon Journal de Spiritisme, et noterai quelques faits obtenus.
Voici des phrases données au moyen de la typtologie :
De mon mari,
11 octobre 1900.
Je te guide dans la vie.
Je te mène dans la vie comme je te conduisais dans nos promenades d’autrefois.
Je te vois souffrir et pleurer : mais je te veux forte et bonne pour pouvoir remplir ta tache.
Je ne veux pas qu’on me demande les vulgarités de la vie.
Lumière et vérité useront les préjugés.
15 octobre
Terre et ciel sont reliés par le Spiritisme.
Le Spiritisme est une chose sainte qu’on ne doit pas profaner, en demandant les vulgarités de la vie.
A cette question : « Comment se fait-il que tant de gens restent incrédules devant les manifestations spirites ? » Réponse : « C’est que l’Esprit est plus ou moins disposé à comprendre Dieu dans ses manifestations divines. »
16 octobre.
Le Spiritisme est admirable : par lui, les âmes se parlent et correspondent.
Dieu est le Principe de toutes choses.
– Je demande pourquoi nous correspondons tous : le divin, l’astral, le terrestre ?
Réponse : « Parce que terre et ciel sont un grand Tout. »
Copie d’une dictée spontanée de G. Sand, moi, étant médium :
Je considère le Spiritisme comme l’échelon qui doit relier outre-tombe les intelligences et les cœurs.
Le Spiritisme est la pierre de touche où se reconnaissent les âmes chercheuses de vérité et avides de lumière... Non de ce Spiritisme faux et vain qui consiste à faire tourner une table pour savoir d’elle la date de son mariage ou l’échéance d’un paiement... Mais le Spiritisme vrai, ainsi que nous l’entendons de ce côté-ci de la tombe, c’est tout autre chose ; lumière, vérité, vues merveilleuses sur le monde auquel appartiennent nos Esprits désincarnés... Science d’un cœur épris d’idéal et d’amour, cherchant à s’élever sur les ailes des Anges... au-dessus des chimères mortelles et des mesquines amours de la terre. Bonheur d’outre-tombe, secrets d’idéal mystère appris par les Esprits du Ciel, secrets de perfection et de bonté que le Christ avait déjà tracés dans son divin Evangile d’amour, à son passage parmi nous...
Voilà le Spiritisme, amie qui m’êtes chère, parce que vous avez compris et aimé mon Esprit. Voilà la liaison de la terre au ciel, les mains qui se tendent des élus vers les terrestres, des délivrés vers ceux qui ressentent encore les tourments de la chair.
Et malheur à ceux qui, le comprenant par leur intelligence, s’en détournent avec un orgueil réprouvé... Ils se privent des plus douces consolations sur le monde qu’ils habitent, et se ferment les portiques mystérieux et sacrés de l’inconnu.
Bienheureux vous qui comprenez, et marchez dans la voie que nous vous traçons... Votre passage dans la vie sera doux ; nous serons là pour vous épargner toutes les transes de la mort.
Suit la signature de G. Sand, reconnue exacte par une de mes amies qui possède des autographes de G. Sand, tandis que je n’en avais jamais vu.
De la même, par la typtologie :
Ce divin mystère des choses de l’Eternité doit être maintenant dans ta pensée, pour porter le poids de l’existence.
Au mois de juin 1901, mon mari me fait écrire les paroles suivantes :
Il est une chose que je te demande instamment : la réalisation de tes pensées en un seul mouvement de résignation absolue à la volonté de Dieu...
Connaître l’Infini par l’étude de la vie spirite, te donner à cette étude de plus en plus, sans crainte et sans désespoir, sans regret des plaisirs qui pourraient t’être enlevés, t’abandonnant tout entière à la main qui ne te prendra pas ce que tes forces ne pourraient donner : Il sait ce qu’il faut à chaque créature ici-bas. Je t’affirme que d’ici peu je me rendrai visible...
Etudie... (ici un mot illisible) attends dans le calme et la résignation : je veille sur toi !
Autre communication écrite, le 4 juillet 1901 :
Je t’engage à conduire tes affaires avec prudence, car tu dois expérimenter les soucis de la vie matérielle... et rester seule à diriger tes affaires avant peu de temps maintenant...
Réfléchis, consulte-moi ; je viendrai et me tiendrai près de toi pour te conseiller ; cela, je te le promets, je m’y engage.
La prédiction devait, en effet, s’accomplir : je devais rester seule : mon père mourait le 22 juillet suivant.
La veille de sa mort, mon père me fit écrire ceci : « Et l’espace infini de la pure sagesse. »
Comme il était écrivain et poète, je lui demandai s’il y avait à ces mots un commencement ou une suite ; il me répondit négativement.
Il se communiqua quelques jours après par la table et par l’écriture. Le 6 août, il me faisait écrire ce message :
Ma fille, je suis avec toi, je ne te quitte que pour m’élever vers Dieu. Les liens sont lourds qui retiennent l’Esprit à la terre : ses fautes, ses occupations, ses joies, ses peines mêmes, lui font d’abord trouver pénible un changement si étrange et si imprévu qu’il a été en particulier pour moi. La prière que tu adresses à Dieu monte à l’Infini et se répercute aussi à l’Infini, et me fait soulever ce poids d’angoisse immatérielle attaché maintenant à ma personne. Comprends cela si tu peux. – Aujourd’hui, la lumière est claire et m’environne. Je vois mieux que je ne voyais sur la terre. – La lumière d’ici est belle et pure... A sa clarté intense l’âme se découvre mille imperfections qu’elle ne se voyait pas sur la terre. Un Esprit supérieur est bien petit quand il arrive à la Patrie.
Question : Faut-il continuer mes études Spirites ?
– Oui, et tu fais bien : ce sera là pour toi l’avancement et le salut.
Ici je lui parle d’une personne en qui il avait confiance :
Question : Tes yeux sont-ils dessillés à l’égard de … ?
– J’ai plus de peine à accuser... Hélas ! oui. »
Je lui demande de m’écrire deux lignes de vers :
– Oui.
Ecris ceci :
Les chemins de la terre ont des épines dures...
Ceux du ciel sont si doux quand les âmes sont pures !...
Il m’affirme à plusieurs fois qu’il veille sur moi et peut me protéger encore.
Typtologie.
Je demande qui a tracé une petite croix sur le guéridon qui me sert au Spiritisme.
Mon mari répond : « C’est O..., pour marquer que tu dois considérer cette table comme un moyen sacré de correspondre avec tes amis de l’Eternité. »
Copie d’une dictée spontanée de l’Esprit de mon mari interrogé par un ami et reproduite dans le Progrès spirite.
8 juillet 1901.
J’ai été dans le trouble pendant assez longtemps. Je voyais cependant les soins dont on entourait mon corps, le chagrin qui brisait des cœurs ; je le sentais ; mais j’avais fait assez de Spiritisme dans ma vie pour penser qu’à ce moment, mon âme se dégageait de son enveloppe terrestre pour commencer une nouvelle vie ; puis, je savais que j’allais à Dieu ; mes dernières paroles l’ont prouvé : ma femme doit se les rappeler. De plus, j’étais préparé à la mort,
Je voyais mon corps inerte, et j’avais peu d’étonnement de le sentir ainsi. Je sentais une grande souffrance morale, dans le sens que je ne pouvais porter aide et consolation à ceux qui m’entouraient, ni par mouvement, ni par parole. J’ai assisté à toutes les cérémonies, les visites, les sentiments de chacun... J’ai essayé de me communiquer à ma femme, par une douceur d’esprit dont je l’enveloppais.
Je me suis vu emporter avec chagrin de la maison et arraché à mes habitudes, bien que ce soit mon corps seul qu’on emportait. J’ai vu avec consolation que mes dernières volontés ont été toutes suivies, et comme si l’Esprit pouvait voir et comprendre ; et je remercie ceux qui m’ont religieusement obéi.
Pendant longtemps j’étais dans ma maison, errant et cherchant à adoucir la tristesse des miens. Puis, m’élevant à la fin et me dégageant tout à fait, au milieu de mes dernières attaches terrestres, j’ai compris la vraie vie, cessant d’expier au bout de quelques mois, ainsi que je l’ai dit à ma femme, cessant de souffrir du jour où le procès touchait à sa fin, et rendait ma tombe à ma femme. Quand je l’ai vue heureuse de ce gain, si bien mérité par elle, j’ai désiré correspondre avec elle par le Spiritisme, et lui donner la seule consolation que les absents peuvent donner : la correspondance, avec l’assurance que j’étais devenu son Esprit familier. C’est moi qui l’ai poussée à vous demander de faire du Spiritisme, et j’étais là, présent et heureux, mon cher ami, quand vous avez commencé, sachant qu’une nouvelle vie allait commencer pour le seul Esprit que je regrette d’avoir laissé après moi sur la terre, heureux de correspondre avec elle tous les jours, et de la faire profiter de mes lumières acquises.
Q. Qu’est-ce que le trouble après la mort ?
R. Le trouble est l’état d’une âme qui ignore les conditions de sa propre existence, le trouble d’après la mort est le malaise qui accompagne tout changement brusque d’un état à un autre. Comparez-le, si vous voulez, à l’état où se trouverait l’enfant naissant, si la plénitude de ses facultés lui était donnée à ce moment. Comment, et avec quelle surprise, et quelle indécision se servirait-il de ses membres, de sa pensée même, et ne craindrait-il pas qu’un seul mouvement brusque fit cesser le phénomène de cette existence qui lui est donnée ? L’Esprit diffère de l’enfant, en ce que celui-ci est encore dans les langes de ses facultés endormies, au lieu que l’Esprit dégagé de la matière entre dans une nouvelle existence en enfant qui voit, qui sent, et ne sait encore se rendre compte de rien.
Seules, les idées spirites développées doivent aider l’homme à mourir, c’est-à-dire, à naître à la vraie existence.
Q. Voyiez-vous la scission entre vous et votre corps ?
R. Je la sentais comme quelque chose d’étrange sans pouvoir me rendre un compte exact de ce qui se passait, et surtout sans savoir ce qui m’attendait dans ma nouvelle existence.
Q. La mort est-elle une souffrance ?
R. Oui, pour les uns, non pour les autres. Ceux qui la voient venir ne souffrent que peu ; les autres peuvent souffrir horriblement, et plus ou moins, selon le degré de pureté d’âme, et aussi de l’énergie morale de leur esprit.
Q. Mais ceux qui se sentent mourir doivent avoir des affres morales plus grandes que ceux que la mort prend subitement ?
R. Je parlais du moment qui accompagne et suit la mort, non de celui qui la précède. Vous êtes dans le vrai quant à cette dernière chose, à moins, toutefois, que l’âme y soit préparée et consente à quitter son enveloppe de chair.
Q. Est-ce qu’il y a des Esprits éternellement voués à la souffrance ?
R. Y penses-tu ? Où seraient la bonté, la justice même ? .... C’est alors qu’ils ont la réincarnation comme remède au mal qu’ils endurent.
Un Esprit fait écrire :
... Dieu, n’est-ce pas la Vérité, la Lumière, la Vie, le Principe éternel de toutes choses et de tout Esprit ?
Communication d’un Espagnol martyr de l’Inquisition. Typtologie.
Je subissais le terrible supplice du garrot en pensant que je perdais l’existence et je me sentais devenu fou pendant le supplice, qui tordait ma chair et mes nerfs.
Je redoutais le moment de paraître devant Dieu parce que je redoutais sa justice.
Je priais sans préciser, ne trouvant plus de paroles dans le trouble qui envahissait mon âme et mes sens. Vainement le bourreau me tourmentait, en serrant le nœud qui m’étranglait, mon esprit ne distinguait plus rien de ce qui m’entourait, que la souffrance du corps et la terreur du dernier moment.
Plus de mille martyres tenaient mon âme dans le trouble du désespoir.
Je pensais, sans pouvoir formuler ma pensée, dans une angoisse sans pareille.
Carlos de Seso.
Copie d’une communication de mon père, par la typologie, à des demandes formulées par M. B…, commandant au Tonkin.
6 octobre 1901.
Q. 1° La position du Chandoc (vaisseau) au moment de l’évocation ?
R. Côté Sud du Tonkin.
Q. 2° Description du Détroit de Sumatra, et des environs de Singapour vus de la mer ?
R. Le détroit de Sumatra est un étroit espace de mer, orienté sur le point extrême de l’Inde et peu fréquenté des Français. Les environs de Singapour, du côté de la mer, sont plantés d’une végétation verdoyante, et peu accidentés. Sur la côte, on rencontre des espaces très rarement découverts. La mer vient baigner un rivage ravissant. La lumière est intense, et le soleil de feu.
Q. 3° Description de l’entrée de la rivière de Saïgon ?
R. La rivière prend les teintes prismatiques du soleil asiatique. On voit sur les rives des arbres penchés sur les marais qui les bordent. Le silence règne dans une solitude enchantée, interrompue seulement par le bruit des vents et celui de tous les navires qui vont et viennent sur la rivière. Les bords sont sauvages, et l’on n’y voit que quelques bourgades d’indigènes.
Cette communication a été obtenue à la table par deux médiums qui n’avaient, ni l’un ni l’autre, rien lu sur les Indes.
J’envoyai aussitôt la copie de cette communication à M. B… au Tonkin. Courrier par courrier, il me répondit que c’était exactement décrit par l’Esprit de mon père, et que le Chandoc se trouvait, en effet, au sud du Tonkin, le 6 octobre.
Le 8 mars 1902, K… et ma fille adoptive, qui s’amusaient à me donner du fluide, en faisant des passes, m’ont endormie soudainement, d’un sommeil somnambulique, pendant lequel je me suis vue tout à coup devant mon mari et mon père. Mon mari était tout près de moi ; mon père, plus éloigné. Celui-ci me regardait immobile, et, détail remarquable qui prouve bien la vision de l’être psychique, c’est qu’un mur, qui me touchait, était entre nous. Mon mari, sans remuer les lèvres, me parlait parla transmission de la pensée, ainsi qu’il me l’avait promis, dans une communication en juin 1901 : « Ma femme, je veux te voir et que tu me comprennes. Le regard direct t’apprendra tout ce que je veux que tu saches, sur ce qui t’est demandé par Dieu. »
Il m’a parlé, en effet, de mes devoirs et m’a encouragée à persévérer dans ma tâche. Il était souriant et semblait très heureux.
Interrogé par moi, avec la table, un peu plus tard, sur ce sommeil étrange, mon mari m’a répondu : « Tu as reçu les fluides par K… et Béatrice, pour me permettre de me communiquer à toi. »
18 Juin. Typtologie.
Question à mon père : Que penses-tu aujourd’hui du Spiritisme auquel tu ne croyais pas ?
R. Les hommes savent rarement ce qui leur convient ; la mort leur dévoile la Vérité.
25 juin. Typtologie.
Mon père me parlait de la Réincarnation qui doit être une vraie grâce pour les Esprits mauvais ou arriérés.
A cette demande : Pourquoi l’homme ne se souvient-il pas de ses existences précédentes ?
R. Si l’homme avait le souvenir de vies antérieures, il serait malheureux.
(Nous trouvons cette phrase développée dans L. Denis : Après la mort.)
Séance chez M. F…, 4 décembre 1902.
Demi-lumière ; 12 personnes.
L’accordéon, posé sur la table, au-dessus des mains de 2 médiums, a joué quelques notes sans suite. Les esprits ont dit être la fille de M. F. et le mari de Mme Moreau.
Ensuite un Esprit léger, farceur, est venu. Il déclare d’abord se nommer Demei, puis Lemoine, et enfin Garou. Ce dernier nom est celui sous lequel il se manifeste depuis 2 années dans une famille de Nantes.
Il se livre, par la table, à toutes sortes de manifestations ; il imite le bruit du train, ceux de la roue, de la scie, de la lime, du soufflet, de la machine à coudre ; il va d’une table à l’autre, les domestiques faisant du spiritisme, le même soir, dans la cuisiné, il danse la gigue, la mazurke, la valse ; puis il agite fortement la table en tous sens, l’incline devant chaque personne, tour à tour, et fait la quête avec de petits soubresauts ; on lui jette des sous ; quand on veut les reprendre, la table se renverse, du côté opposé à la personne qui tend la main, marquant ainsi le refus de rendre l’argent. Il dit qu’il faut donner cet argent aux pauvres.
Puis l’Esprit vient serrer les mains de chacun avec une inclinaison de la table, et un petit mouvement très caractéristique, mouvement qu’il répète très sympathiquement, surtout devant M. F.
Je remarque qu’il serre plus doucement les mains de ma fille Béatrice.
Le lendemain, chez moi, l’Esprit recommence la même séance ; on remarque même qu’en imitant le bruit du soufflet, le guéridon se penche vers le feu à peu près éteint, et qu’au même instant, dans le foyer, une petite braise presque consumée, se ranime et jette une flamme.
L’Esprit amène ensuite le guéridon auprès d’une table où sont déposées des Revues spirites, ayant le portrait d’Allan Kardec sur la couverture, A la demande de l’Esprit, on pose ces Revues sur le guéridon ; alors, il penche celui-ci vers chacun de nous, alternativement, le secouant et l’inclinant avec force et insistance, pour nous dire que ce portrait est celui d’un Apôtre, propagateur de la Doctrine spirite et spiritualiste.
En janvier 1903.
J’ai vu à Paris Papus (le Docteur Encausse), docteur en Kabbale.
Le célèbre voyant m’a dépeint mon mari et ma mère, leur genre de désincarnation, et m’a affirmé que tous deux me protègent.
Il m’a parlé aussi de mon père, assez longuement.
J’ai consulté aussi le médium Mme Lay-Fonvielle, qui incarne Julia, l’Esprit d’une enfant.
Julia m’a dépeint fidèlement mon mari. Ensuite, elle me parle ainsi : « Ton mari me dit : Dis à Marie... – c’est toi qui t’appelles Marie ? » Sur ma réponse affirmative, elle continue et m’entretient des promesses de mon mari et de nos souvenirs.
Après cette communication, Julia ajoute, en étendant la main vers moi : « Toi ! je te protégerai ! »
J’arrive ici à l’époque actuelle où la Société spiritualiste est formée à Nantes, après le passage dans notre ville de Léon Denis.
Outre la Société spiritualiste, nous avons des groupes fermés, où nous commençons à obtenir des manifestations.
Voici quelques fragments des comptes-rendus des premières séances du groupe auquel j’appartiens.
1ere séance. Chez moi. Six personnes, dont 2 médiums : séance avec la table, dans la 1/2 obscurité, les Esprits nous ayant demandé d’éteindre ou de voiler la lampe. Promesses de manifestations, et, en particulier, d’apports. Au bout d’une demi-heure, cinq d’entre nous sentent le parfum du daphné. Pas de matérialisions, mais promesses renouvelées des Esprits de travailler avec nous et de nous donner des preuves de la survie. Le médium, Mme H…, a eu plusieurs transes pendant la séance.
La 2e séance ne nous ayant rien donné, nous avions convenu de nous réunir dans un autre local.
3eme séance : Chez M. et Mme P….
Cinq assistants.
Dans l’obscurité presque complète d’une grande salle, vient un Esprit qui se nomme Rasouirna, et qui nous dit être de Madagascar.
Je m’endors avec des passes fluidiques ; et je vois mon mari, mon père, et une quantité de personnes ; un Esprit se détache de leur groupe et s’incline sur Mme B… qui est à la table. Je décris cet esprit. Mme B… reconnaît en lui un ami de jeunesse ; et quelques jours après, sur la présentation de son portrait, je reconnais moi-même l’Esprit que j’ai vu.
Nous avons obtenu six lévitations de la table, à la hauteur de 25 ou 30 centimètres du sol. Et nous avons senti des souffles très frais et très forts, comme dans un vif courant d’air.
Chaque semaine, nous devons consacrer un jour à continuer ces intéressantes expériences qui, pour le moment, ne sont qu’à leur début.
Médium Guérisseur
Nous ne voulons pas terminer cette étude du Spiritisme Expérimental, sans consacrer ici quelques mots à l’un des médiums guérisseurs ; celui-ci, connu de tout Nantes, et que l’on vient consulter de fort loin, a fait des cures merveilleuses. Nous avons nommé Mme Esther Rivière. Tous les instants de cette excellente femme sont voués au soulagement des souffrants. Mme Rivière fait de nombreuses charités, et nombreuses aussi sont les âmes douloureuses qu’elle a consolées, en leur apprenant notre Doctrine.
Mme Rivière appartient à l’école de magnétisme et de massage de Paris, dont elle a reçu le Diplôme et une décoration.
De plus, elle possède une médianimité incontestable dans une faculté spéciale qu’on désigne sous ce nom : le don de l’eau. C’est-à-dire que l’eau, magnétisée par elle, acquiert aussitôt les qualités propres à la guérison de chacun des malades auxquels elle est appliquée en des usages divers, étant limpide et fraîche pour les uns, légèrement gazeuse pour d’autres, ou bien se chargeant d’iode, ou de quina, ou de goudron.
Qu’un hommage respectueux et fraternel lui soit rendu. Cet hommage sera l’écho de la voix des reconnaissants qu’elle a guéris et à qui elle a fait du bien.