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L'humanité est à un grand tournant de son évolution. Après la grande tourmente qui vient de secouer si terriblement le monde, les hommes sentent, plus ou moins fortement, la haute nécessité de se reprendre et de refaire un monde nouveau. Ils comprennent mieux qu'à aucun autre moment de leur histoire que le progrès n'est pas un vain mot et qu'il est la loi de l'être. Ils commencent surtout à comprendre que le bonheur humain ne dépend pas exclusivement d'une amélioration de la vie matérielle, ni même des moyens intellectuels. L'Allemagne en a donné, hélas ! Le plus sanglant exemple : armée des derniers perfectionnements scientifiques, mécaniques ou chimiques, elle a ensanglanté le monde, et sa science si orgueilleusement épanouie n'a apporté à l'humanité que ruines et deuils.
Devant ce terrible exemple, l'homme s'est épouvanté et s'est posé la terrible question : le progrès est-il vraiment un instrument de bonheur humain, et n'eût-il pas mieux valu que les hommes demeurent ignorants et sauvages puisqu'ils font un si mauvais usage de leur science et de leur civilisation ?
À ceux qui, meurtris par le grand cataclysme, seraient enclins à répondre oui, nous, frères aînés de l'humanité et protecteurs de votre pauvre Terre, nous crions : non, mille fois non ! Le progrès est une loi Divine, le progrès est une loi de vie ; mais le progrès, pour devenir un instrument de bonheur humain, doit aborder toutes les faces de la vie. S'il ne veut produire une monstruosité, il doit développer à la fois toutes les forces humaines ; il doit donner, en même temps qu'un aliment matériel au désir de bonheur sous la forme du bien-être, en même temps qu'une jouissance intellectuelle, une satisfaction à la conscience ; et, pour cela, il doit aborder le domaine moral. Aussi longtemps que les hommes, méconnaissant la loi d'harmonie universelle, s'acharneront à vivre sans une grande direction intérieure et morale ; aussi longtemps qu'ils ne vivront que physiquement, et même, scientifiquement, ils ne seront pas heureux. Il faut qu'ils donnent à toutes les forces de vie leur réalisation harmonieuse et vivent suivant la loi Divine du bien extériorisé ou humain sous les formes de la Justice et de l'Amour ; aussi longtemps qu'ils méconnaîtront cette loi et la violeront si délibérément, ils ne seront pas heureux et n'avanceront pas.
Encore une fois, les progrès matériels et scientifiques seuls ne suffisent pas au bonheur humain ; il lui faut aussi un développement moral duquel vienne la direction de la vie, et ce développement ne pourra s'obtenir que dans la connaissance de la loi que le Créateur a tracée aux hommes.
C'est à ce but que nous marchons, frères de la terre, et c'est à fonder la religion d'avenir que nous consacrons le meilleur de nous. Puissent nos humbles mais ardents efforts, soutenus par l'Amour que nous vous portons, arriver à donner à votre pauvre humanité la Foi rationnelle et haute qui refera ici-bas un monde heureux parce que meilleur. Que cette Foi nouvelle, flambeau de la civilisation moderne, éclaire enfin toutes les âmes, console aussi tous les coeurs et réunisse les hommes dans une étreinte fraternelle. Ainsi conçu, ce spiritualisme moderne tirant ses arguments à la fois de la raison et du coeur, conduira, croyons-nous, les hommes au port de salut.
Le vrai bonheur
La folie des hommes est dans leur entêtement à vouloir fonder leur bonheur sur des éléments fragiles et inconstants. On ne peut construire de durable que sur ce qui ne périt pas, et ce n'est pas dans les biens matériels que l'homme peut trouver la sécurité et le bonheur.
Ces biens sont soumis au caprice de toutes les fluctuations de la vie, et même s'ils sont étayés sur les biens intellectuels, ils n'ont encore pas de garantie certaine ; seuls ceux qui proviennent du développement intime et qui assurent la vie spirituelle n'ont rien à redouter car ils sont justement des remparts contre les incertitudes matérielles et les déceptions intellectuelles. Ils prennent leur source dans le trésor même du cœur ; trésor que personne ne peut dérober.
Il faut croire et aimer pour bien vivre. Ce qui fait l'angoisse d'une âme et rend la vie morne, décevante, pesante c'est de ne pouvoir employer ses plus hautes et plus saines énergies intimes vers un but aimé avec la certitude de faire quelque chose de bien et d'utile. Voilà pourquoi l'Amour humanitaire comble l'âme parce qu'il lui donne un débouché sûr, fécond de ses forces, vers un idéal qu'on sait ne pas être pure utopie puisqu'il crée du bonheur ; un bonheur visible, perceptible. Et voilà pourquoi, cet Amour uni à la Foi, c'est-à-dire à la conviction que l'Absolu existe, que le beau, le parfait est, que l'homme peut le réaliser en partie et marcher vers une haute destinée, cet Amour-là donne à la vie une direction infaillible, un moyen de la rendre féconde, la certitude de l'employer dans le sens même qu'elle doit avoir.
L’Amour et la Foi : voilà les deux plus puissants leviers de l'action humaine et les plus sûrs moyens de bonheur. Voilà les deux grands dogmes infaillibles de la religion d'avenir ; religion humanitaire avant tout.
Nécessité de la foi
Seule la Foi peut donner à l'homme une orientation et un soutien dans la vie ; seule elle peut lui offrir une espérance intarissable et aussi lui donner le moyen de réaliser ici-bas la plénitude de vie et de bonheur possible.
L'âme qui ne croit pas, c'est-à-dire qui n'aspire pas à un idéal Divin, qui ne reconnaît pas l'existence et la nécessité de l'Être Parfait et Puissant de qui tout émane et à qui tout retourne ne peut, normalement, croire en l'utilité de sa vie à elle, ni en une destinée de bonheur que l'existence terrestre ne peut réaliser. Et ce n'est que dans la Foi en un Être suprêmement bon, Dispensateur de Vie, que l'homme peut trouver satisfaction à l'aspiration d'Idéal qui sommeille en toute âme.
Il faut croire en Dieu, parce que Dieu représente pour l'homme la vie parfaite, complète, et que cette vie en laquelle il espère sans pouvoir la réaliser ici-bas peut, seule, combler ses aspirations. Sans un Idéal de parfaite justice et de parfaite beauté, il semble inutile de vivre. La vie basée sur les seules possibilités de bonheur terrestre est pâle, terne et décevante. En conséquence, l'homme ne peut vraiment trouver l'expression d'un Idéal élevé capable d'éveiller ses plus hautes énergies et d'utiliser ses plus belles aptitudes que dans la Foi en Dieu : Être de Justice, de Beauté infinies, de Science et de Vie éternelle. En dehors de toutes les raisons humaines qui plaident la cause d'un idéal Divin, il est en l'homme même l'éclatante preuve de l'existence Divine : c'est tout ce qui vit hors la matière, tout ce qui survit à la mort du corps, c'est l’Amour.
L’Amour est pour l'homme la plus haute certitude métaphysique d'une Vie supérieure et qui demeure. La preuve en est que, même dans le pauvre amour humain qui n'est qu'un pâle reflet de l'Amour, il prononce avec ivresse le mot toujours ! Il sent que l'Amour est d'essence Divine, et quand il n'aurait en lui que cette preuve de la vie de l'âme, elle est suffisamment convaincante pour l'amener à la Foi. Il est rare que l'être qui aime vraiment n'associe pas à son bonheur l'idée de Dieu ! C'est que, instinctivement, il sent la relation de l'Être suprême de vie avec ce qui décuple en lui les énergies les plus hautes, éveille les plus belles aspirations ; ce qui n'est, en somme, que la manifestation vitale de la parcelle Divine déposée en lui : l'âme. Oh ! Croire, mes chers amis, oh! Croire en la vie décuplée : Divinité de l'âme ; espérer en un avenir meilleur, et penser que cet avenir, chacun peut le créer par ses efforts. N'y a-t-il pas là une force, un appui contre toutes les amertumes de la vie, contre toutes ses désillusions ! N'y a-t-il pas là aussi une direction infaillible vers le mieux, et n'est-ce pas le plus sûr moyen d'obtenir en l'homme comme dans la société le maximum de beauté, de bien et aussi de bonheur !
La religion d'avenir
La Foi peu s'acquérir par l'étude religieuse mais à condition que cette étude comporte, non seulement celle des rapports de l'homme avec son Créateur et la création, et celle du pourquoi et du comment de la vie, mais encore, la recherche de la meilleure façon de vivre et la réalisation du bonheur par l'emploi harmonieux de toutes les vitalités que l'homme sent en lui.
La religion doit lui donner l'assurance d'un développement intégral de ses énergies, en accord avec l'Harmonie universelle.
La meilleure des religions sera donc celle qui donnera à l'homme la raison, et lui indiquera le but de l'existence. Elle devra puiser ses enseignements au grand livre Divin : celui de la Création; en rechercher l'esprit, les grandes lignes directrices ; en un mot, les lois universelles, et d'après ces lois, en déduire logiquement l'existence et les attributs, l'Intelligence qui les a formulées. Il faut, en un mot, que cette religion soit celle de la vie.
Ce n'est jamais en vain que l'homme essaie de percer le mystère de sa destinée, surtout s'il a commencé à comprendre qu'il fait partie du Grand Tout et non d'un système d'êtres seulement, car en élargissant son horizon spirituel, en élevant son âme vers les possibilités Divines, il prend vite notion de l'Unité de la vie ; Unité qui devient pour lui harmonie quand il découvre avec quel art, quelle ingéniosité, quelle sollicitude la vie est assurée, maintenue dans chaque créature, en conformité d'union avec la création entière. L'homme qui a entrevu un instant la beauté de la vie ne peut demeurer indifférent ; il se met à aimer, à comprendre Dieu, qui lui apparaît comme le Père de la grande fraternité des êtres dont il fait partie. Il comprend aussi que l'invisible surpasse en beauté et en puissance le visible ; il sent que Dieu est l'Absolu, le Parfait, et que l'être remonte à Lui par une évolution ininterrompue et graduelle à travers les plans de la vie.
La loi de progrès lui apparaît alors comme une nécessité vitale et ouvre à son esprit un Idéal infini et toujours plus beau. Voilà pourquoi le meilleur moyen d'apprendre Dieu est de le chercher dans la nature ; en étudiant de près la vie, l'âme s'imprègne de toute l'harmonie Divine et mieux que dans un temple, mieux que par les plus savantes études livresques, l'homme, dans l'observation directe de la vie, apprend le secret de son origine et de sa destinée. C'est pourquoi nous vous crions : « Frères ne cherchez plus Dieu dans l'amas des dogmes et des formules, mais cherchez-Le dans la vie ; pour Le découvrir, laissez vibrer en votre âme les accords Divins qui s'exhalent de toute la nature ». Avant donc de donner à l'âme humaine une idée de Dieu, dites à l'homme : «Regarde autour de toi, vois vivre la plante, l'insecte ; regarde et écoute : entends les bruits si divers de la nature, comprends toute la puissance et la beauté de la vie ; puis, écoute-toi vivre, recueille-toi, entends en toi-même, sous une autre forme, l'harmonie Divine ; vois l'ingéniosité de ton organisme, les proportions de ton corps et surtout, tâche de saisir la vie invisible qui émane de ton être intime ; ainsi, tu comprendras que tout cela ne peut être que l’oeuvre d'une Force suprêmement intelligente, bonne et suprêmement puissante.
Eh ! bien, cette force, appelons-la : la vie, et l'Être qui l'a produit appelons-le... Dieu ». Voici, mes frères, comment il faudra enseigner Dieu aux multitudes ; assez de controverses théoriques, de formules incompréhensibles sur Dieu ; assez de culte extérieur qui ne vise qu'une satisfaction puérile et ne dénote qu'une adoration superficielle de l'Être de Vie ; mais, reconnaissez Dieu dans la vie et adorez-Le en respectant, en aimant, en intensifiant cette vie. Rendez-Lui le vrai culte en tâchant de donner à cette vie son maximum de puissance et de beauté en vous et dans les êtres que la sollicitude Divine a placés près de vous.
N'est-ce pas là le plus noble culte et la plus belle, la plus profonde, la plus féconde aussi des religions !
Il faut donc, pour qu'une doctrine religieuse ait vraiment une action bienfaisante sur les hommes, qu'elle leur affirme, non seulement l'existence d'un Principe de vie et de ses rapports avec Lui mais qu'elle puise dans la vie même ses arguments et ses preuves ; enfin, qu'elle explique le sens de la vie et sa raison d'être. Il faut qu'elle donne à l'intelligence et à la raison des arguments, des motifs de croire, en même temps qu'un aliment au coeur ! II faut qu'elle arrive à conclure à un Idéal conforme aux aspirations intimes de l'homme, stimulant ses énergies les plus précieuses : celles de l'âme. En somme, il faut qu'elle indique le but de la vie et les moyens d'y parvenir. C'est pourquoi Dieu, Être de vie, de perfection, de bonheur est le seul Idéal qui puisse satisfaire l'esprit en stimulant les forces Divines contenues en l'être. Mais, pour que ce Dieu soit vraiment un modèle, il faut qu'il commence par être juste et bon, d'où la nécessité d'expliquer à l'esprit le rôle et l'utilité de la souffrance, de l'inégalité apparente des hommes devant la vie, en même temps que la nécessité de l'effort.
Il faut donc que la religion donne, en même temps que des preuves, un espoir et un stimulant !
Il faut qu'elle établisse la loi de Justice comme condition de vie, et le Progrès comme loi de l'être. Enfin, il faut qu'elle ne vise pas seulement le bonheur de l'individu, mais celui de la collectivité, et établisse le bonheur de l'un comme de l'autre sur la nécessité du progrès individuel en harmonie avec l’oeuvre universelle. Dans une machine bien combinée et bien construite, chaque rouage réalise la perfection et concourt à assurer celle de la marche générale. Oui, il faut que l'Harmonie régisse l'emploi de toutes les énergies humaines ; que toutes tendent au même but. Pour obtenir l'Unité de but dans la société, il faut que tous les êtres reconnaissent un Idéal commun et qu'ils s'appliquent à le réaliser par l'union dans l'effort.
Le Spiritualisme moderne, en prouvant la survie de l'âme, en donnant un aperçu du vaste Plan de vie, en même temps qu'il agrandit l'horizon spirituel, éveille le désir de s'élever en justifiant par la doctrine de la réincarnation, la raison, l'utilité de la souffrance et du progrès. En démontrant aussi l'égalité de la grande solidarité des êtres devant Dieu, il prouve le non-sens de l'égoïsme et la nécessité de la collaboration. Enfin, en découvrant la puissance et la beauté de la vie Universelle, il incite l'homme à l'humilité et à l'effort.
En un mot, il vise au perfectionnement de l'individu en le consolant, en lui montrant la nécessité du mieux, en lui prouvant qu'il peut arriver au bonheur par la Justice et l'Amour. En cela, le Spiritualisme, à la fois scientifique et religieux, comble les aspirations les plus hautes de l'être intime, en donnant à l'intelligence et à la raison des arguments solides, à l'aide d'expériences et de preuves tirées de la vie même par la science.
Toute religion doit faire appel aux forces intimes contenues en l'âme. Celle qui, en éclairant l'esprit fortifie la raison et le cœur, celle qui, tout en instruisant l'homme de sa véritable Fin lui donne un moyen rationnel de parvenir à cette Fin, et cela en faisant appel au sentiment altruiste : cette Religion est celle de la Vie. Voilà pourquoi le Christianisme, tel que l'a enseigné le Christ, est la plus pure des religions car, en même temps qu'il enseigne que la Vie de l'esprit est la seule véritable, il donne à l'âme le moyen le plus sûr d'aller à la vérité par la Justice et l'Amour.
L'enseignement Christique primitif contient la somme de connaissances qu'il sera permis à l'homme d'acquérir, comme il indique dans la personne du Christ, la réalisation de l'Idéal humain ; mais, Christ n'a pu donner à une humanité à peine sortie de l'ignorance une clarté trop ardente. Il a dû ne laisser apercevoir que quelques-unes des grandes lignes de la doctrine Éternelle, mais il a fait promesse, en même temps, à l'humanité, de veiller à son évolution ; de rester avec elle jusqu'à son retour au Divin berceau. Pour que les âmes puissent assimiler la Divine nourriture, il ne la leur a pas donnée toute en une seule fois ; il a promis cependant toute la Vérité. Il a donné l'espoir que l'Esprit de Vérité, le Consolateur soufflerait sur la Terre, le jour où la Terre pourrait le recevoir.
Cette heure est venue, et Christ viendra consacrer lui-même cette nouvelle phase de l'évolution humaine. Le grand mouvement qui agite en ce moment toutes les écoles spiritualistes n'est que le prélude de la grande rénovation religieuse et humanitaire ; il ne sert donc à rien de repousser les théories qui visent à libérer les consciences du joug d'un passé qui va mourir ; il ne sert donc à rien de combattre les conceptions religieuses basées sur les découvertes de la science, car la Vérité finira par triompher. Ce sont ceux qui l'auront répandue, par les moyens que Dieu permet, qui recueilleront le précieux témoignage de sa protection.
Nécessité de l'humilité
L'exaltation de la personnalité humaine par les philosophies modernes, alors qu'elles ont fait, surtout, l'apologie des droits de l'homme sans préciser ses devoirs, ont fini par tant enorgueillir l'homme, qu'il n'est pas loin de se croire le roi de la création ; parce qu'à force de luttes, d'études et surtout, parce que les amis invisibles l'y aidèrent beaucoup, il est parvenu à déchiffrer quelques mots du Livre de Vie, il se croit le maître de cette Vie.
Hélas! quel aveuglement ! L'homme qui commence à peine d'entrevoir la fin de sa destinée, qui ne possède qu'une infime part des forces de Vie, ne peut même entrevoir l'étendue de l'Univers, ni la variété des êtres dans cet Univers, pas plus que l'harmonie et l'unité de la vie universelle ; l'homme qui ne sait pas se connaître, prétendrait être roi de l'Univers… quelle ironie ! Pauvre petite créature perdue dans l'océan de Vie, jouet de forces invisibles que tu ignores et souvent, épave du mal et de la souffrance, comment peux-tu oser te croire si grande et nier Dieu, ne pas reconnaître qu'ignorant tout de ta propre destinée, tu ne peux prétendre dominer et diriger toute la Vie !
L'homme n'est grand que par la parcelle Divine qui est en lui, comme en toute créature, et ce n'est que dans la connaissance de la vie Divine qu'il peut vraiment s'élever ; mais qu'il ne se figure jamais être roi du monde, parce que son pauvre cerveau humain aura compris ou cru découvrir quelques vérités : menue monnaie ; pâle reflet de la Vérité.
L'homme transforme mais ne peut créer dans le domaine spirituel comme dans le domaine matériel ; il emprunte les éléments de ses constructions, de ses intentions, de ses conceptions aux forces naturelles ou Divines. Il aura beau faire, accumuler les systèmes, les arguments en faveur de l'athéisme et du néant, il en viendra toujours à l'obligation de puiser au Réservoir de Vie pour faire quoi que ce soit. Les premiers matériaux qu'il emploie ne viennent pas de lui. Certes, à mesure qu'il avance, qu'il progresse, il sait mieux et plus. Connaissant davantage les forces, il sait mieux les employer et en varier les infinies applications mais quoi qu'il fasse, il faut qu'il demande à la nature le premier capital bâtisseur. Ceci prouve, mieux que n'importe quelle argumentation, que l'homme doit reconnaître, en même temps que sa faiblesse, l'existence d'une Puissance, d'une Intelligence qui lui est supérieure et par la perfection de ses conceptions et par les forces créatrices qu'Elle exhale.
Vers la foi
Il faut avant tout que l'homme se rende compte, et soit convaincu, de sa petitesse dans l'Univers, de sa valeur d'atome dans le Grand Tout et par conséquent, de la faiblesse de ses moyens, de la pauvreté de son savoir. Quand il a notion qu'il n'est ni un centre ni un maître, qu'il emprunte à tous les êtres les éléments de son existence, qu'il tient à toute la vie par des attaches nombreuses, il a déjà conscience de la cohésion de la vie et peut remonter à la Source Même de cette Vie, en comprendre l'Unité, découvrir la Pensée directrice des forces universelles, se faire enfin une idée de Dieu.
Par un second travail de déduction, il en vient à rechercher, alors, ses relations avec l'Être primordial (Principe de tout être et de toute vie) et c'est alors qu'il découvre le lien qui le rattache à cet Être et qui se nomme l'âme. Aussi se rend-il compte que, dans la faiblesse, la pauvreté, il a cependant un bien Suprême, un apport Divin et que, c'est en cette âme que tient toute sa puissance, toute sa faculté de vie, toute l'espérance de son bonheur ! Après l'Humilité vient en lui la Foi : puissant flambeau et suprême espoir de l'âme.
Le Spiritisme est bien le terrain d'entente, de transition logique où peuvent se réconcilier les deux grands adversaires philosophiques modernes : Positivisme et Idéalisme ; Religion et Science. Il réunit en un patrimoine commun, par ses hautes conceptions religieuses et ses démonstrations scientifiques, les deux grands systèmes de la pensée humaine qui ont été de tous temps puiser leurs arguments et leurs preuves aux sources vieilles comme le monde de la matière ou de l'esprit, du visible et de l'invisible, du senti et du pressenti.
Il réconcilie, en les satisfaisant tous deux, ces deux ennemis apparents : l'intelligence et le cœur ; la raison et le sentiment. Il donne à chacun une nourriture précieuse et réconfortante, un Idéal élevé sur les bases solides de l'expérience. Voilà pourquoi il est appelé à devenir « la Religion universelle », à l'heure où les coeurs éprouvés, les esprits évolués et les intelligences mieux éclairées aspirent à la Foi rationnelle. Il sera le phare de votre humanité moderne ballottée par une tempête infernale sur les flots du scepticisme déprimant ou d'une superstition aveugle ; humanité consciente, cependant, de son erreur, et sentant se réveiller en elle les énergies saines et hautes de l'âme qui sommeillaient seulement.
Le Spiritisme sera la Religion des peuples modernes parce qu'il peut satisfaire à la fois les conceptions des simples et les curiosités du penseur ; parce qu'il puise ses enseignements dans la création elle-même et ses arguments dans la conscience ; en outre, il permet au coeur de s'épanouir en lui apprenant la grande loi de fraternité Divine qui régit tous les êtres ; enfin, en lui expliquant la cause et la fin de la souffrance, il lui donne, en même temps qu'un espoir, un encouragement et une consolation. En un mot, le Spiritisme, en découvrant à l'homme les grandes forces de l'âme et lui enseignant le moyen de les employer à l'Oeuvre universelle de la Vie, lui donne une formule de bonheur qui s'exprime par : Plénitude de Vie dans la Fraternité et l'Amour.
Le spiritisme - Science et religion de vie
Le Spiritisme deviendra vraiment la Religion des peuples modernes parce qu'il résume la philosophie scientifique de la vie. Religion dit : Rapports de l'être avec la Vie et son Principe ; par conséquent, pour l'homme : philosophie ou sagesse qui donne la loi de Vie tirée de l'étude de ces rapports. Une religion qui n'est pas celle de la Vie, qui ne tient pas ses arguments de l'être sous toutes ses formes, ne peut convaincre.
Il faut donc qu'elle soit scientifique, qu'elle étudie l'être lui-même et en déduise la loi de Vie de cet être ; puis, qu'elle étudie la Vie dans son ensemble et conclue, par l'exposé des relations de l'être avec l'Univers. Il faut qu'aux certitudes métaphysiques dégagées de la conscience s'ajoutent des preuves scientifiques empruntées à la vie extérieure.
Et le Spiritisme fait cela. Il n'impose pas de dogmes ; il dit à l'homme de bonne foi : Regarde-toi vivre, étudie ton moi, fait la synthèse des grandes lois vitales de ton corps et tu la retrouveras dans toutes les manifestations de ta vie invisible, celle de ton moi intime et supérieur ; ne crains pas de tomber dans l'imaginaire utopie, puisque tu peux contrôler non seulement avec ta raison, ton intuition, mais avec tes sens. Le Spiritisme ajoute : regarde autour de toi, étudie maintenant la vie hors de toi ; tu retrouveras toujours et partout les mêmes lois, tu verras que l'invisible continue le visible, que la vie ne finit pas, qu'elle ne fait que changer ses formes, varier ses modes d'être. Or, en démontrant l'unité de la Vie, en prouvant surtout que la matière devenue de plus en plus subtile forme la substance, que cette substance est mise en mouvement par un courant incessant de vie qui la relie au Principe vital, le Spiritisme en déduit aussi la transmission continue de la vie dans tous les domaines de l'être ; continuité qui va jusqu'à la Source Même de la Vie. N'y a-t-il pas là la synthèse de toutes les religions ? Et n'est-ce pas là le fait de la plus belle des philosophies : de demander des enseignements, non plus à un Maître ou un groupe de Maîtres, mais à la Création ? Quel plus bel hommage peut-on rendre au Principe de Vie ! Oui, frères aimés, le Spiritisme fera cela en vous forçant à regarder la vie d'un peu plus près, en vous la faisant voir ou plutôt découvrir sous tous les aspects.
Certes, le Spiritisme devra forcément se subdiviser dans son étude ; il devra faire de la science expérimentale, puis de la déduction et de l'induction, étudier le fait, en chercher les causes, en trouver les conséquences et cela, à l'infini ! Enfin, il devra aussi faire une place d'honneur à l'Intuition supérieure ou sens mystique qui donne la révélation directe de la Vie à l'âme, comme au sens psychique qui est la vue directe dans l'invisible.
Quand, par ses études et ses expériences, il aura exploré le grand domaine de l'action, du fait psychique, et sera arrivé à en synthétiser les lois en les reliant à celles de la matière visible, il aura aussi le droit de prétendre connaître les lois vitales de l'être invisible. De là à vouloir montrer à l'homme (double personnalité) à bien vivre, à employer toutes ses énergies, il n'y aura qu'un pas ; et à la science expérimentale ajoutant la philosophie, il arrivera insensiblement à la morale. Or, sachez-le bien, frères Spirites, voilà le seul but pratique, humanitaire et fécond du Spiritisme, comme de toute science et de toute religion qui veulent survivre.
Arriver à donner à l'homme une règle de vie en accord avec la loi et le sens de la Vie ; lui mettre entre les mains le moyen d'être heureux et de faire toute l'humanité heureuse, le Spiritisme y parviendra : en vous faisant découvrir l'invisible il vous apprendra à connaître la vie dans toute son harmonie .... Connaître la Vie, c'est bientôt la respecter et l'aimer, la vouloir plus belle, plus intense en chaque être. C'est bientôt avoir, comme idéal individuel, la réalisation de la plénitude de vie en soi, autour de soi. En vous convainquant que l'Unité, l'Harmonie sont les grandes forces directrices et conservatrices de la Vie, vous comprendrez facilement que l'isolement, l'égoïsme sont contre nature et que le mal qui crée la perturbation, l'inharmonie dans la vie ne peut avoir pour corollaire que la souffrance, le désordre, la mort partielle. En conséquence, la loi morale de vie ne peut être que le Bien, puisque seul, il permet l'épanouissement total de la Vie ; vous en arrivez alors facilement à conclure que le progrès doit être l'ordre Divin de l'évolution et que l'altruisme (ou consécration de ses plus belles forces au bonheur de ses frères) est la règle de vie sociale.
Ainsi, en ne se bornant pas à l’une ou l'autre étude, en satisfaisant à la fois l'intelligence et le sentiment, en donnant des arguments à la raison et au coeur, mieux, en demandant sa part à la conscience, il pourra prétendre devenir la philosophie moderne et donner à l'humanité une loi morale d'accord avec les aspirations intimes de l'homme et les lois de la création. Ainsi seront synthétisés, dans cette science qui débute, les grands moyens de bonheur humain, et seront données à l'homme la clef de sa destinée et sa raison de vivre.
Spirites vraiment dignes de ce nom, libérez-vous, ne vous attachez donc pas à une seule branche du Spiritualisme, élargissez vos horizons et sachez accueillir, encourager, faire germer toute idée généreuse et humanitaire qui désirera pour l'homme plus de lumière, plus de connaissance de Vie et par conséquent, plus de bonheur. Ce n'est qu'ainsi que le Spiritisme deviendra la philosophie scientifique par excellence et la religion humanitaire la plus complète et la plus féconde.
La défense du spiritisme - Spiritisme chrétien
Les théories spirites, en faisant triompher le principe de justice Divine, donnent à l'âme le désir de se perfectionner en même temps que I'espoir d'une récompense de ses efforts. Par cela seul, le Spiritisme serait une religion puisqu'il satisfait le besoin de justice, qu'il apprend à l'homme que tout acte a sa répercussion sur l'existence totale, et que rien de ce que l'on pense, dit, ou fait, ne peut être ni vain ni oublier ; mais surtout, en prouvant la grande fraternité des êtres, il donne une précieuse notion de l'Unité de Vie et, quand l'homme commence à comprendre qu'il n'est plus seul, qu'il fait partie de la grande famille Divine, il aspire à devenir meilleur parce qu'il entrevoit que l'égoïsme est un non sens et une infirmité morale. Or, pas une philosophie mieux que le Spiritisme ne donne à l'homme un aperçu plus grandiose de la Vie universelle ni à l'esprit une plus large conception de la Vie depuis ses formes rudimentaires jusqu'à l'essence de Vie Elle-même : Dieu. Pas une science n'étend ni plus haut ni plus loin la conception du système planétaire harmonieusement distribué.
Une religion doit tirer sa morale de la Vie supérieure ; or, la Vie supérieure est celle de l'esprit. Une religion digne de ce nom étudiera donc les lois spirituelles ; or, ces lois, comme toutes les lois Divines, reposent sur le grand principe : Progrès, Ascension.
L'âme, venant de Dieu, remonte à Dieu ; mais, comme le prouve la vie, le progrès ne se fait que lentement ; l'humanité ne va qu'à petits pas sur le grand sentier dans les domaines physiques et intellectuels ; comment concevoir, alors, que l'âme puisse violer cette Loi ! La théorie des vies successives et de la réincarnation donne une consécration à cette Loi de progrès qui entraîne, en même temps, celle de l'effort.
Quoi de plus rationnel et de plus beau, de plus conforme à l'idée d'un Dieu juste et sage, que la croyance à la réincarnation qui veut que toute âme acquière elle-même ses galons spirituels, forge son avenir par son travail et ses luttes ; mais aussi, quoi de plus réconfortant pour celui qui souffre que de penser que ses souffrances sont le prix des fautes passées, et le gage d'un avenir heureux ; quoi de plus salutaire que de savoir que le bonheur se conquiert, que l'épreuve et le malheur ne sont pas le résultat d'un arbitraire Destin ou du caprice d'un Dieu fantasque ?
Et pas une religion ne donne plus d'espoir à l'homme d'aller à Dieu par le seul chemin possible : le perfectionnement, c'est-à-dire l'effort permanent, continu, infini. Le Spiritisme chrétien élargi jusqu'au Spiritualisme universel, à la fois scientifique, religieux et moral, est la seule conception qui puisse éveiller toutes les énergies de l'âme elle-même. Il lui ouvre les horizons infinis de la vie spirituelle et, en lui prouvant le lien Divin de tous les êtres, lui fait comprendre, en même temps, que la fin de l'être est dans l'Amour. Le Spiritisme en arrive à dégager à la fois la grande loi de Justice et celle de Fraternité qu'impose la nécessité de collaborer à l'oeuvre générale en vue du Bien universel ! Est-ce que ce ne sont pas là, à la fois, les deux grandes lignes directrices de la Religion du Christ, et un commencement de réalisation de l'oeuvre de Jésus ?
Le Spiritisme sera un puissant moyen d'amélioration sociale et individuelle parce qu'il prouve la survie de l'âme et indique nettement que la vie véritable n'est pas la courte existence d'un corps charnel ; parce qu'en outre, il ouvre à l'homme des horizons infinis d'espérance en lui faisant entrevoir la vie supérieure dans son activité, sa puissance, sa beauté, et lui donne ainsi le désir de vivre par l'esprit ; mais, surtout, parce qu'en puisant ses arguments dans la nature, en donnant à l'homme une idée de l'Harmonie universelle, il lui enseigne la grandeur, la puissance de Dieu, en même temps que sa sollicitude pour la créature.
Si le Spiritisme ne résout pas encore toutes les questions de la destinée humaine, il donne cependant à ce sujet de grandes satisfactions à l'esprit en démontrant la fraternité des êtres dans la communauté divine de leur origine et de leur fin ; il enseigne, mieux que l'expérience même, que le bonheur est dans l'Union et l'Amour ; en prouvant l'unité de la Vie, il donne en même temps à l'homme le moyen de la réaliser en lui.
Enfin, il lui permet d'espérer, s'il souffre, en un avenir plus heureux, meilleur, en lui démontrant que les lois Divines sont naturellement justes et pitoyables, que la souffrance présente est un gage d'épuration et de bonheur futur, et que la Loi de Vie est : Progrès, Ascension.
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