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4. T�moignage de Mme H�l�ne Seiling
A. - Note de Mme Seiling (L�original est en allemand)
Dans la s�ance qui a eu lieu le 11 d�cembre 1893, dans notre maison, je n'ai pu, faute d'espace, prendre place dans le cercle proprement dit et je me pla�ai derri�re la premi�re et deuxi�me place, � droite de la m�dium. Comme je n'�tais pas du tout pr�par�e � cette d�mat�rialisation partielle de la m�dium, je n'ai pas observ� la disparition des jambes ; je vis seulement que Mme d'Esp�rance restait tout le temps assise sur sa chaise. Rendue attentive � la chose par l'exclamation de mon mari lorsqu'il examina la chaise, j'ai, � partir de ce moment, observ� avec une rigoureuse attention, et je puis t�moigner que, durant un quart d'heure au moins, il n'y avait rien � voir de ses jambes, que la robe �tait comme couch�e sur la chaise et qu'elle pendait � angle droit jusqu'au sol.
Fixant toute mon attention sur le cours ult�rieur de ce ph�nom�ne remarquable, je vis la robe se remplir (pour ainsi dire), peu � peu, et les contours s'accuser toujours davantage, jusqu'� ce que le corps fut revenu � son �tat normal. Pendant tout ce temps je voyais la partie sup�rieure de son corps dans la position assise, de temps � autre pench�e en avant du dossier de la chaise ; je la vis prendre le verre et boire, et je l�entendais parler.
H�L�NE SEILING
B. - Remarques de M Aksakow
A ma demande sur une apparente contradiction existant entre les rapports de Mlle Hjelt et de Mme Seiling, M. Seiling me donna l'explication suivante :
� Afin d'�claircir la contradiction r�sultant des explications de Mlle Hjelt et de ma femme, j'allai voir ce matin la premi�re. Nous tomb�mes d'accord en ceci : c'est que la constatation de Mlle Hjelt concerne le d�but du ph�nom�ne, tandis que celle de ma femme (comme aussi la mienne), se rapporte au moment apr�s que j'eus examin� la chaise, ce qui produisit ou a pu produire un affaissement du v�tement de la m�dium. Les divers attouchements du si�ge n'ont pas, selon Mlle Hjelt, amen� de changement dans les contours de la jupe qui pendait flasque, d�j� apr�s mon premier examen. �
5. T�moignage de Mlle Fanny Tavaststjerna (L�original est en fran�ais)
A. - Lettre de Mlle Tavatstjerna � M Aksakow
Helsingfors, 14 avril 1894
Monsieur le Conseiller d'Etat,
Enfin, Monsieur, je puis vous envoyer le t�moignage que vous avez bien voulu me demander. Je regrette beaucoup de vous avoir fait attendre aussi longtemps. Ce qui doit m'excuser aupr�s de vous, c'est que j�ai �t� malade, � deux reprises, apr�s votre d�part.
Je passe donc � la s�ance. Pour les circonstances ext�rieures, je vous prie, Monsieur, de bien vouloir vous en tenir � la description d�taill�e faite par Mlle Hjelt. Pour ma part, je veux ajouter qu'� la derni�re s�ance que Mme d�Esp�rance nous a donn�e � Helsingfors, j'ai eu le bonheur d�avoir une tr�s bonne place pour contr�ler la m�dium. J'occupais la place no 2 � son c�t� gauche ; et, le cercle �tant fort �troit, mes genoux se trouvaient � peu pr�s � 0,30 centim�tres de distance des genoux de la m�dium. Gr�ce � ce voisinage imm�diat et � la lumi�re qui �tait assez bonne (mon voisin de droite pouvait voir l'heure � sa montre), je pouvais suivre chaque mouvement de la m�dium. Aussi je ne la perdis pas un instant de vue, et je pr�tends qu'il lui eut �t� impossible de se lever de sa place sans que je l'eusse remarqu�. Je veux ajouter que je n'�tais point parmi ceux qui croyaient tout simplement, mais j'�tais au contraire tr�s attentive � la critique.
Apr�s ces remarques g�n�rales, je passe aux manifestations que j'ai vues et senties nettement pendant la derni�re s�ance.
Nous n'avions pas �t� assis longtemps lorsqu'une main se montra dans l'ouverture du cabinet, de mon c�t�. Mon voisin de droite, M. Seiling, qui occupait la chaise no 1, apr�s avoir serr� cette main, qui de suite disparut derri�re les draperies, dit : � il y a ici une dame qui d�sire tant vous donner la main � ; apr�s quoi, la main parut de nouveau. Mon voisin saisit vite la mienne et la posa dans celle qui sortait de l'ouverture ; elle �tait un peu froide et humide, mais elle me serra amicalement la main.
Peu de temps apr�s, les draperies s'ouvrirent encore de mon c�t� et je vis une grande figure lumineuse se tenant immobile dans l'ouverture. Je lui tendis la main que je sentis se perdre dans une main beaucoup plus grande que celle que j'avais serr�e quelques instants auparavant. Les doigts me sembl�rent un peu raidis, � peu pr�s comme ceux d'une personne tr�s �g�e ; mais, quand ils eurent saisi ma main, l'�treinte fut la plus vive et la plus cordiale que j'aie jamais �prouv�e.
Pendant tout ce temps, je voyais la m�dium tranquillement assise sur sa chaise � un pas de moi. Je dois encore vous faire remarquer, Monsieur, que les deux mains que j'ai serr�es, du c�t� gauche de la m�dium et assez haut entre les draperies du cabinet �taient des mains droites, ce qui prouve fort bien que ce n'�tait point la main de la m�dium que j'ai serr�e.
Monsieur Seiling, le premier � gauche du cabinet, avait pris des ciseaux et demand� au fant�me s'il voulait bien lui donner un morceau de son voile. Le fant�me prit les ciseaux et se retira dans le cabinet, d'o� j'entendis un petit bruit, comme lorsqu�on coupe quelque chose. Apr�s quelques minutes il reparut et tendit les ciseaux � M. Seiling. Celui-ci n'ayant pas re�u ce qu�il d�sirai, n'�tait pas content et dit au fant�me : � Mais je n'ai pas re�u un morceau de votre voile �. Alors, le fant�me prit un bout de ses draperies et le pr�senta � M. Seiling lui en coupa un morceau. Apr�s la s�ance, nous avons admir� cette �toffe qui �tait excessivement fine et belle.
Il y eut encore plusieurs manifestations de l'autre c�t� du cabinet ; ne les avant pas vues bien clairement, je n'en parle pas, et je passe � 1a d�mat�rialisation ; et, je r�p�te encore que, de ma place, je voyais fort bien tout ce qui se passait avec la m�dium.
J'�tais toujours occup�e � observer la m�dium, lorsque je l'entendis pousser des soupirs profonds et r�it�r�s, comme si elle souffrait beaucoup. Puis, je remarquai qu'elle levait ou remuait plusieurs fois les deux mains, et je dois avouer que cela �veilla mes soup�ons. � Voyons bien, me dis-je. Peut-�tre a-t-elle l'intention de s'�clipser ou de nous jouer un tour quelconque. � Afin de mieux voir, je me penchai en avant et je l'observai ainsi � quelques centim�tres de distance. Au m�me instant, je l�entendis dire � M. Seiling : � Venez t�ter ma chaise. � Il se leva et je vis la m�dium prendre une de ses deux mains. De suite apr�s il s'�cria : � Voici qui est merveilleux, je vois Mme d'Esp�rance, je l'entends parler, mais il n'y a que sa robe sur la chaise. � Apr�s des pauses de quelques minutes, Mme d'Esp�rance permit encore � quatre Messieurs de t�ter sa chaise. Pendant tout ce temps elle parut beaucoup souffrir ; elle soupirait et demanda nerveusement, deux fois au moins, � boire. Je la vis prendre le verre d'eau, je l'entendis boire et je la vis rendre le verre. J'observai que, tandis que le haut du corps avait gard� ses contours, il n'en �tait pas de m�me de la partie inf�rieure.
La m�dium �tant assise, les jambes �tendues un peu en avant, j'avais clairement pu voir les contours de ses jambes et genoux pendant la s�ance ; mais maintenant les jupes tombaient droit devant la chaise, comme s'il n'y avait rien sous elles. Cet �tat de chose dura � peu pr�s cinq minutes ; apr�s quoi je vis tout � coup que les jupes s'�taient gonfl�es de nouveau, sans que je puisse dire comment, et j'entendis la m�dium dire : � Maintenant cela va d�j� mieux. � et : � Voil� mes jambes revenues �.
Parmi les personnes qui prirent part � cette s�ance et qui avaient des places plus �loign�es du cabinet, quelques-unes pr�tendent que la m�dium, pour produire cette derni�re merveille, s'�tait plac� derri�re la chaise ou avait fait glisser ses jambes � c�t� de la chaise. Quant � moi, je puis assurer qu'il lui �tait impossible d'accomplir ni l'une ni l'autre man�uvre ; car, comme je l'ai d�j� dit, le cercle �tait tellement �troit que les Messieurs, en venant t�ter la chaise, seraient tomb�s sur les jambes de la m�dium si elle les avait gliss�es � c�t� de la chaise. Or, la lumi�re �tait assez bonne et j'�tais assise assez pr�s de la m�dium, qui �tait v�tue d'une robe presque blanche, pour remarquer si elle s'�tait lev�e ou avait chang� de place. A celui qui r�pliquera peut �tre que j'�tais hypnotis�e, je r�pondrai que, si tel �tait le cas, des doutes ne me seraient point venus � l'esprit pendant la s�ance.
Agr�ez Monsieur l'assurance de ma plus haute consid�ration.
FANNY TAVASTSJERNA
B. - Suppl�ment de la lettre pr�c�dente
En r�ponse � ma question sur ses relations ant�rieures avec le spiritisme Mlle Tavaststjerna r�pliqua ce qui suit :
Helsingfors, 20 avril
Monsieur,
J'ai bien peu de chose � vous dire en r�ponse � la question que vous me posez. Je ne connaissais presque rien du spiritisme avant les s�ances de Mme d'Esp�rance. J'avais fort peu ou presque rien lu, car je ne savais pas alors qu'il exist�t une litt�rature spirite aussi compl�te et int�ressante. Les quelques notions que j'avais de l'id�e m'avaient �t� donn�es par une s�ur qui est membre de la soci�t� : � Psychische Forschunug � � Stockholm et par Mlle Hjelt, qui avait pris part, il y a un an, � quelques s�ances de cette m�me soci�t�. La chose m'int�ressait beaucoup, et j'avais un vif d�sir d'en savoir davantage ; c'est pourquoi j'�tais fort heureuse de pouvoir assister aux s�ances de Mme d'Esp�rance.
Agr�ez, etc.
FANNY TAVASTSJERNA
6. T�moignage du g�n�ral Toppelius [1] (Traduit du russe par M. Aksakow)
Lorsque Mme d'Esp�rance revint de P�tersbourg le 11 d�cembre, elle s'arr�ta comme auparavant chez moi. Quand il fut question de la nouvelle s�ance, je lui d�clarai qu'il �tait absolument n�cessaire qu'elle eut lieu � une meilleure lumi�re ; car, � la suite d'une des s�ances qu'elle avait donn�e ici, avant son d�part pour P�tersbourg, des personnes avaient soup�onn� qu'elle quittait sa place, laissant sa robe seulement sur sa chaise, etc. Je communiquai ceci franchement � Mme d'Esp�rance ; une telle m�fiance la peina profond�ment, mais elle n�objecta rien.
La s�ance eut lieu le m�me soir, 11 d�cembre, dans la maison de M. Seiling, � la lumi�re d'une petite lampe, bien voil�e mais permettant n�anmoins de distinguer les contours des assistants et de la m�dium. Comme j'�tais assis � l'extr�mit� du cercle, je n'ai pu voir assez distinctement pour pouvoir rendre t�moignage avec une pr�cision suffisante de tous les ph�nom�nes extraordinaires qui se pass�rent � cette s�ance.
J'entendais dire et parler les autres, au fur et � mesure de leurs observations. Et, d'apr�s toutes les impressions que j'ai conserv�es, je trouve la description donn�e par Mlle Hjelt en tout conforme � la v�rit�, ce qu'il y manque encore � mon avis, c'est qu'� la fin de la s�ance Mme d'Esp�rance �tait dans un �tat d'affaissement et d'accablement tel que je n'en ai jamais vu de pareil ; son visage et son corps �taient dans un �tat d'�puisement complet ; la souffrance qui �tait peinte sur son visage excitait la plus profonde compassion. Elle semblait �tre en proie � un d�p�rissement total ; et je crois que, si on l'avait alors mise sur la balance, son corps aurait accus� une diminution de 10 kilogrammes au moins.
Le lendemain matin, ma fille me fit part que, d�s apr�s notre retour de la s�ance, Mme d'Esp�rance �tait tellement abattue qu'elle se mit imm�diatement au lit et que, le matin, elle �tait encore trop faible pour s'occuper elle-m�me de l'emballage de ses effets ; et, comme, elle devait partir le jour m�me, c'est ma fille qui rassembla et installa sa toilette et toutes ses autres affaires : elle profita de cette occasion pour les examiner avec la plus grande attention, mais n'y trouva absolument rien de suspect ni aucune trace de voile, de masques ou de mains en caoutchouc, comme on s'�tait plu � le supposer.
Agr�ez etc.
G TOPPELIUS
Helsingfors, 5 d�cembre 1893
7. T�moignage de M. le Dr Rapha�l Hertzberg [2] (L�original est en allemand)
Helsingfors, le 18 avril 1894
Monsieur le Conseiller d'�tat,
En r�ponse � votre lettre, j�ai l�honneur de vous communiquer ce qui suit sur � la d�mat�rialisation � qui s'est produite � l'une des s�ances de Mme d'Esp�rance. Avant que Mme d'Esp�rance nous eut rendus attentifs � � la d�mat�rialisation �, nous v�mes, mon voisin et moi, la partie inf�rieure de ses v�tements s'�largir consid�rablement, � ce qu'il nous semble. Mlle Hjelt vient de me dire que ce qui m'avait paru �tre un �largissement de la robe de Mme d'Esp�rance �tait une l�g�re mat�rialisation, ind�pendante d'elle-m�me, et qui flottait, � ce moment l�, comme un brouillard devant celle-ci ; que, non seulement, elle la palpa et trouva qu'elle paraissait �tre recouverte comme d'un voile, mais qu'elle la fit palper par son voisin en le conduisant vers cette apparition n�buleuse qui aussit�t, s'�loigna.
La � d�mat�rialisation � se pr�senta de suite apr�s, Mme d'Esp�rance m'appela aupr�s d'elle, me prit les mains et les conduisit sur tout le coussin du si�ge que je palpai et sur lequel je ne vis que sa robe �tal�e. Je vis distinctement le haut de son corps ainsi que ses mains, mais je ne r�fl�chis pas � l'apparition, et ne fis pas attention aux proportions de la partie sup�rieure du corps par rapport � son entourage. Interrompu par l'arriv�e pr�cipit�e de l'un des assistants impatient, je dus retourner � ma place.
Un moment plus tard, sur le d�sir de Mme d'Esp�rance je pris place aupr�s d'elle. Mme d'Esp�rance, dont je voyais distinctement le haut du corps et les bras, s'appuya de sa main gauche, sur le coussin du si�ge. Elle demanda un verre d'eau que je lui remis. Elle semblait s'appuyer fortement sur sa main, car le bras tremblait comme s'il faisait un effort. Un instant apr�s, elle saisit tr�s vite, de ses deux mains, la mienne que j'avais pos�e depuis tout ce temps sur le coussin du si�ge[3], et je sentis le coussin se d�placer comme lorsque l'on s�assied brusquement. Quelques minutes apr�s, elle me permit de le palper, et je constatai que le corps �tait revenu.
Etant tr�s peu au courant des ph�nom�nes spirites, j'�tais un simple spectateur, tout � fait passif ; � cette s�ance particuli�rement, je n'examinai pas la chose de plus pr�s, et je ne puis donc me prononcer davantage l�-dessus.
Les essais d'explications que donne M. L�nnbom sur les apparitions qui eurent lieu aux s�ances sont ridiculement enfantines. Il admet que Mme d'Esp�rance man�uvre avec des poup�es et des mains de guttapercha ; et, cependant, il d�clare qu'il n'a rien observ� de suspect et qu'il pourrait en pr�ter le serment.
En vous priant de m'excuser pour cette tardive r�ponse � votre honor�e lettre ainsi que pour mon interpr�tation imparfaite de la langue allemande, je suis avec la plus haute consid�ration etc.
RAPHAEL HERTZBFRG.
P-S : Mme d'Esp�rance ne tenait pas une main, mais elle suppose que, pendant tout ce temps, elle �tait pos�e sur le coussin du si�ge, tout pr�s de la sienne. Apr�s qu'elle m'eut pris la main sans que celle-ci quitt�t le si�ge, elle la tint, un moment, nerveusement serr�e comme si elle souffrait [4].
8. T�moignage de M. l'ing�nieur Schoultz
A. - Lettre de M. Schoultz � M Aksakow (L�original est �crit en allemand)
Helsingfors, le 20 avril 1894
Selon votre d�sir je vous rapporte ce qui suit des observations que j'ai faites � une s�ance spirite, chez M. Seiling, avec Mme d'Esp�rance.
Apr�s qu'on eut plac�, dans le milieu du po�le, une petite lampe entour�e de papier rouge, la chambre fut si obscure que je ne pouvais distinguer les personnes assises en face de moi et �loign�es d'environ 4 � 6 pas, mais je voyais cependant la m�dium qui �tait v�tue d�une toilette de mousseline blanche ressemblant � une ample robe de chambre avec un pli Watteau dans le dos. La lumi�re �tait si faible qu'occupant la place no 3, � gauche de la m�dium, je ne distinguais qu'avec la plus grande difficult� ses pieds qu'elle tenait allong�s et ses bras qu'elle mettait de temps � autre au dessus de sa t�te.
Apr�s que les assistants eurent chant� un moment en formant la cha�ne, je vis quelque chose de blanc et de faiblement lumineux au c�t� gauche de la m�dium. On dit que c'�tait une main, et quelques-uns all�rent pour la toucher. Moi aussi, je tendis ma main droite derri�re le rideau [no 1 ][5] ; et, de suite, elle fut prise et serr�e chaleureusement, trois fois, par une main gauche de femme tr�s douce et ti�de. Apr�s cela, il se montra � plusieurs reprises, dans le cabinet, tant�t � droite, tant�t � gauche de la m�dium, des morceaux plus ou moins grands de mati�re blanche et lumineuse ; cette mati�re n'avait pas de figure humaine. Une fois, elle ressemblait � une main envelopp�e d'un tissu lumineux et paraissant avoir une demi aune, dans la forme d'une bande �troite ; la main faisait des signes. Ceci fut vu � la droite de la m�dium.
Pendant la s�ance, la m�dium demanda � boire de l'eau ; M. Seiling, assis le premier � sa gauche, lui en remit aussit�t, elle prit le verre et M. Seiling reprit sa place ; mais un instant apr�s, la m�dium demanda encore : � Quand aurai-je de l'eau ? � - � Mais je viens de vous en remettre un verre � l'instant, � r�pondit M. Seiling [no 2]. � Je ne l'ai pas re�u. � Etonnement g�n�ral. Apr�s quelque temps, la m�dium dit : � Maintenant quelqu'un me passe le verre hors du cabinet ; le voici. � Je ne pus, � cause du peu de lumi�re, voir comment cela se fit.
Avant de passer au ph�nom�ne suivant il faut encore relever un fait qui �veilla mon attention et m'amenait observer avec plus d'intensit�. Je vis [no 3] que la m�dium mettait parfois ses bras derri�re le rideau, de telle mani�re que le rideau sombre formait une ligne prononc�e sur ses v�tements blancs, ce qui n'�tait pas le cas lorsqu'elle avait ses bras devant le rideau. De plus, je crois avoir remarqu� qu'� cette occasion je voyais une partie de son bras, puis de l'�paule, comme si le bras �tait tendu hors du rideau. Je vis cela en m�me temps que les morceaux de mati�re lumineuse lorsqu'ils se montraient � droite et � gauche de la m�dium.
D�mat�rialisation des jambes. Au commencement la m�dium �tait assise les jambes allong�es ; elle les retira peu � peu en arri�re [no 4]. Je la vis alors se lever lentement ; la robe s'�largit, et la m�dium, se baissant, reprit sa hauteur habituelle. Durant ces mouvements, [no 5], elle n'�tait pas visible pour les assistants assis en face de moi, car je les entendais dire qu'ils ne voyaient pas la m�dium. La raison en �tait probablement que la moiti� du rideau la recouvrait en partie, du c�t� oppos� au mien. Elle soupira profond�ment plusieurs fois durant ce ph�nom�ne ; ce qui fit dire � M. Seiling qu'elle souffrait beaucoup. Tout � coup [no 6] elle s'�cria : � Maintenant je n'ai plus de jambes, venez et examinez. � Il me semble avoir �t� le second de ceux qui s'approch�rent pour examiner la m�dium. Elle prit mes deux mains avec les siennes, les posa l'une sur l'autre, et les pressa � plusieurs reprises contre le coussin du si�ge, et demanda ce que je sentais. � Une robe seulement sur le si�ge �, r�pondis-je. Apr�s cela, elle me repoussa sans me permettre le moindre examen, et un autre prit ma place. Un moment apr�s, je vis la m�dium se mouvoir lentement, bien que je ne puisse affirmer qu'elle se lev�t ; mais je remarquai qu'elle mettait ses mains autour de sa taille, comme si elle arrangeait quelque chose � sa robe. Apr�s quoi elle dit : � J'ai de nouveau mes jambes � et sur ce, la s�ance finit.
Pendant l'�tat de d�mat�rialisation de la m�dium il n y e�t pas de mat�rialisations ou autres apparitions spirites.
Ainsi fut termin�e cette s�ance qui, malheureusement, r�pondit si peu � mon attente.
IVAR SCHOULTZ
Apr�s r�ception du t�moignage de M. Schoultz, lequel me sembla �tre en contradiction avec les t�moignages des autres assistants, je l'envoyai � M. Seiling, au docteur Hertzberg, et � Melle Hjelt et Tavaststjerna , avec la pri�re de me communiquer leurs observations. Ils m'envoy�rent ce qui suit :
B. - Contre-t�moignage de M. Seiling (L�original est �crit en allemand)Helsingfors, le 22 avril 1894
Monsieur le conseiller d'Etat,
La valeur d'un rapport r�dig� aussi longtemps apr�s la s�ance (plus de 4 mois) ne me semble pas bien grande. Par exemple ce que rapporte M. Schoultz de la disparition d'un verre d'eau etc., est un incident arriv� � une s�ance ant�rieure. Plus loin, il fait dire par Mme d'Esp�rance � la soci�t� qu'elle n'a plus ses jambes, ce qui est absolument faux ; c'est moi qui l'ai annonc� aux assistants apr�s avoir palp� la chaise. Mlle Hjelt le rapporte aussi peu de jours apr�s la s�ance.
M. Schoultz pr�tend avoir senti ma main gauche, apr�s m'avoir pr�c�demment expliqu� qu'il n'avait pu se rendre compte si c'�tait une main gauche ou une main droite, parce que les extr�mit�s de ses doigts furent seulement saisies. Si je m'en souviens bien, M Schoultz a, en votre pr�sence m�me, le soir o� nous �tions r�unis chez moi, d�clar� n'avoir pu se rendre compte s'il avait �t� saisi par une main droite ou une main gauche[6].
Etant assis � c�t� de Mme d'Esp�rance, les man�uvres relev�es [nos 3 et 4] n'auraient pu m'�chapper, notamment le fait de s'�tre lev�e [no 6]. J'entendis seulement le capitaine Toppelius dire qu'il ne voyait pas la m�dium ; c'�tait pendant la d�mat�rialisation, et non pas avant.
Avec mes meilleures salutations, etc.
M. SEILING
C. - Contre-t�moignage du docteur Hertzberg
Helsingfors, 28 avril 1894
Monsieur le conseiller d'Etat,
Mlle Hjelt m'a remis la lettre de M. Schoultz avec pri�re de donner mon opinion sur quelques points, ce que je fais volontiers.
[No 2] L'�pisode avec le verre d'eau a eu lieu � une s�ance ant�rieure et se passa exactement ainsi :
M. Seiling donna le verre � la m�dium ; celle-ci dit en m�me temps : � Pourquoi ne me donnez-vous pas de l'eau ? � - � Mais je viens de vous en passer �, r�pondit M. Seiling. � Non je n'ai pas re�u de verre �, dit-elle. � Ceci est bien extraordinaire, le verre a cependant �t� pris de ma main �, assure M. Seiling �tonn� en s'adressant aux personnes du cercle. � Ah ! Maintenant j'ai le verre �, s'�cria Mme d'Esp�rance qui tenait en effet le verre d'eau de sa main droite.
Etant assis, le premier � gauche de la m�dium, je vis M. Seiling apporter le verre d'eau, puis je ne le vis ni dans sa main, ni dans celle de la m�dium, et apr�s il �tait entre ses mains. Mais, je ne puis dire comment le verre disparut, ni comment il revint. Durant tout cet �pisode M. Seiling �tait debout devant la m�dium.
[No 5] A la fin de la d�mat�rialisation apr�s que j'eus chang� de place avec M. Seiling, j'entendis M. Toppelius, assis le premier � droite de la m�dium, observer qu'il ne la voyait pas ; � quoi je r�pondis que nous la voyions tr�s distinctement.
[No 6] Durant tout ce temps que je me trouvais assis � la place de M. Seiling, Mme d'Esp�rance appuyait sa main droite sur le coussin du si�ge. Il est donc tout � fait invraisemblable qu'elle ait fait des mouvements avec ses deux mains autour de sa taille. M. Schoultz a pu confondre peut-�tre avec le mouvement (le seul qu'elle ait fait) d'envelopper de ses deux mains l'une des miennes que j'avais pos�e sur le coussin du si�ge.
Recevez, etc.
RAPHAEL HERTZBERG
P-S : Je me permets d'ajouter encore que pendant la d�mat�rialisation Mme d'Esp�rance n'�tait pas debout derri�re sa chaise comme le pr�tend M. Sederholm.
D. - Contre-t�moignages de Mlles Hjelt et Tavaststjerna (L�original est �crit en fran�ais)Helsingfors, le 1er mars 1894
Monsieur,
En r�ponse � votre aimable lettre du 23 avril, dans laquelle vous nous demandez, � Mlle Hjelt et � moi, les remarques que nous pourrions faire � propos du t�moignage de M. Schoultz, nous avons l'honneur de vous communiquer ce qui suit.
Quant � la main gauche, que M. Schoultz pr�tend avoir serr�e derri�re les rideaux, nous nous souvenons toutes les deux qu'� la s�ance que nous avions arrang�e chez M. Seiling, le 4 mars, et � laquelle M. Schoultz assistait aussi, je lui racontai que j'avais serr� � deux reprises une main droite. Je lui demandai s'il avait fait la m�me remarque, et il me r�pondit qu'il n'avait pu saisir que l'extr�mit� des doigts, et que, par cons�quent, il ne pouvait savoir si c'�tait une main gauche ou droite. Plusieurs personnes ont entendu cette r�ponse.
L'incident avec le verre d'eau ne s'est point pass� � la derni�re s�ance. M. Schoultz confond les faits et les pr�sente d'une mani�re diff�rente de celle qui nous a �t� rapport�e par les autres et observ�e par nous-m�mes.
Comme nous l'avons d�j� dit dans nos r�cits respectifs, nous avons observ�, au contraire de M. Schoultz, que la m�dium est rest� tranquillement � sa place pendant la s�ance. Nous affirmons qu'elle n'a pas pass� les bras derri�re les rideaux et qu'elle ne s'est pas lev�e de sa place. Nous �tions assises, toutes les deux, plus pr�s de la m�dium que M. Schoultz.
Pour expliquer l'�largissement de la robe de la m�dium, qu'a cru remarquer M. Schoultz, Mlle Hjelt m'a pri� de vous raconter ce qui suit. Le dernier ph�nom�ne qu'elle se souvient avoir observ� avant la d�mat�rialisation �tait une masse lumineuse qui, des genoux de la m�dium, glissa vers le plancher, du c�t� gauche de Mme d'Esp�rance. Mlle Hjelt suppose que M. Schoultz a pris ce ph�nom�ne pour un �largissement de la robe de la m�dium. Elle dit que, si le ph�nom�ne disparut aussi vite, c'�tait peut-�tre par sa faute ; car, afin de mieux persuader son voisin, M. L�nnbom, elle lui prit la main et la dirigea contre la masse lumineuse, de l'autre c�t� des genoux de la m�dium, afin de la lui faire saisir ; celle-ci, � l'approche des mains, se retira vers le cabinet. La m�dium dit alors : � N'y touchez pas, laissez-la aller. � Alors, M. L�nnbom s'excusa en disant que c'�tait Mlle Hjelt qui avait conduit sa main. Parmi les personnes plac�es en face de M. Schoultz, nous entend�mes le capitaine Toppelius seulement faire l'observation qu'il ne distinguait pas la m�dium. Ce fait est facile � expliquer : pendant la s�ance, des mains sortant du cabinet l'avaient plusieurs fois touch� ; et, afin de donner plus d'espace aux fant�mes qui voudraient sortir du cabinet, il retira sa chaise un peu en arri�re, du c�t� droit ; ce changement de place lui fit dire qu'il ne voyait pas la m�dium. Mlle Hjelt soutient naturellement qu'elle a vu la m�dium tout le temps.
La m�dium n'a pas dit � Maintenant je n'ai plus de jambes ! � Elle ne parla pas du ph�nom�ne ; c'est M. Seiling qui l'annon�a le premier � la soci�t�.
Mlle Hjelt d�clare avoir tr�s bien suivi les mouvements des mains de la m�dium. Elle conteste absolument que la m�dium ait mis ses mains autour de sa taille comme pour arranger sa toilette. Pour mon propre compte, j'�tais aussi, pendant toute la dur�e de la d�mat�rialisation, exclusivement occup�e � observer la m�dium, et je n'ai rien vu de ce que d�crit M. Schoultz. Il me semble, d'ailleurs, que M. Schoultz, apr�s avoir d�clar� au commencement, qu�il n'avait pour ainsi dire rien pu voir, a fini par avoir tout vu, jusqu'aux moindres d�tails.
Agr�ez, Monsieur, les salutations les plus respectueuses de la part de Mlle Hjelt et de la mienne.
Avec la plus haute consid�ration,
FANNY TAVASTSTJERNA
9. T�moignage du g�n�ral Sederholm[7]
Le 4 d�cembre 1893, Mme d'Esp�rance partit pour Saint-P�tersbourg, d'o� elle revint � Helsingfors le 11 du m�me mois. Une s�ance eut lieu le soir suivant. Etaient pr�sentes 16 personnes seulement.
Mme d'Esp�rance portait une toilette claire, non ajust�e. La place qui m'avait �t� donn�e se trouvait tr�s loin du cabinet. Cette fois-l�, je ne vis pas grand chose, une main seulement qui fut tendue, � plusieurs reprises, hors du cabinet, et toucha les �paules et la t�te de ceux qui en �taient rapproch�s.
La largeur totale du cabinet n'�tait pas de plus de un m�tre et demi. Mme d'Esp�rance pouvait donc plac�e au milieu de ce cabinet, en �tendant ses bras derri�re le rideau sombre, toucher son plus proche voisin, sans que son bras blanc f�t remarqu�.
Plus tard, Mme d'Esp�rance engagea quelques-uns des assistants � examiner sa chaise. La chaise �tait occup�e maintenant par un �tre sans jambes et qui avait cependant une t�te parlante et des mains.
Ceux qui palp�rent la chaise observ�rent qu'elle �tait vide, et que sous la robe il n'y avait point de corps. Comment doit-on expliquer ce miracle qu'un �tre humain, sans corps ni jambes, flottant en quelque sorte dans l'air, puisse parler et toucher les mains de ceux qui examin�rent la chaise ? Tout simplement ! Si vous portiez une blouse, mes lectrices, et que, comme le fit alors Mme d'Esp�rance, vous vous placiez derri�re une chaise dont vous recouvriez le dossier avec votre robe et vos jupons, vous feriez le m�me miracle ; car celui qui examinera maintenant la chaise avec ses mains, dans l'obscurit� naturellement la trouvera couverte avec votre robe et vos jupons. Mais, o� est le corps ? Celui-l� a disparu ; il s'est d�mat�rialis�.
Aucun des croyants de Mme d'Esp�rance ne voudra pr�tendre qu'elle �tait debout derri�re la chaise, car ce serait se m�fier, douter d'elle et de ses manifestations d'esprits.
Je laisse � mes lecteurs le soin de conclure. J'ai donn� seulement les faits tels que je les ai observ�s moi-m�me[8] .
10. T�moignage de M. J. Boldt (L�original est en allemand)Helsingfors, 8/20 Mai 1894
Monsieur le conseiller d'�tat,
Je vous fais toutes mes excuses de ne pas vous avoir r�pondu plus t�t, mais la cause principale est que je n'avais rien de particulier � vous communiquer en ce qui concerne le soi-disant ph�nom�ne de d�mat�rialisation.
Comme je vous le mentionnai de vive voix, je n'eus pas la permission, en cette occasion, d'examiner le si�ge tout entier, en sorte que mes observations n'ont point de valeur. Tout ce que je puis dire, c'est qu'il m'a paru que la partie sup�rieure du corps de la m�dium se trouvait dans sa position normale.
Avec mes cordiales salutations, etc.
Jean BOLDT
Adresse : Nikolaigatan, no 23
Ces deux t�moignages ne me sont pas encore arriv�s jusqu'� pr�sent. Je regrette de n'avoir pas vu M. L�nnbom, lors de mon s�jour � Helsingfors. J'ai seulement appris qu'il ne connaissait rien du spiritisme, et qu'il avait assist� pour la premi�re fois � une s�ance. Comme il �tait assis tr�s pr�s de la m�dium, il a fort bien pu tout voir, et il en �tait tr�s �merveill� ; mais, le lendemain il a essay� d'expliquer tout avec des poup�es et des mains de caoutchouc que la m�dium aurait adroitement fait man�uvrer ; toutefois, il n'avait pu observer de quelle mani�re elle le faisait. (Voyez le t�moignage no VII du docteur Hertzberg). Cependant je me suis adress� � M. L�nnbom, par l'interm�diaire de MM. Hertzberg et Seiling, avec la pri�re de me communiquer ses impressions sur cette s�ance, ainsi que toutes les explications qui lui sembleraient n�cessaires, sans avoir la moindre crainte de s'exprimer librement ; mais je n'ai rien re�u de lui jusqu'� pr�sent.
En ce qui concerne le g�n�ral Galindo que je connais de longue date, je l'ai vu � Helsingfors, et comme il est tr�s sceptique, et en m�me temps tr�s d�sireux de voir et de se convaincre, je l'ai, bien entendu, questionn� sur cette s�ance ; mais, � mon grand �tonnement, il me d�clara n'avoir rien vu de tout ce que rapporte Mlle Hjelt, � cause de l'obscurit� de la chambre ; comme il me sembla, qu'en outre de cela, le g�n�ral conservait quelques doutes et soup�ons, je le priai de me les communiquer sans aucun scrupule dans un t�moignage par �crit, ce que j'avais demand� aussi � tous les autres. Mais, de lui non plus, je n'ai rien re�u jusqu'� pr�sent.
12. T�moignage personnel de la m�dium Mme d'Esp�ranceA. - R�cit fait par Mme d'Esp�rance, de la s�ance tenue � Helsingfors le 11 d�cembre 1893 dans la maison de M. Seiling, 45 Wladimirsgatan (L�original est en anglais)
J'�tais arriv�e tr�s fatigu�e de Saint-P�tersbourg apr�s un voyage de nuit et j'avais un fort mal de t�te avec une douleur aigu� dans la nuque, ce qu'on me dit �tre le commencement d'une attaque d'influenza.
J'avais essay� de dormir dans la journ�e, mais sans r�ussir, et j'�tais dispos�e � remettre la s�ance ; je r�fl�chis, toutefois que si j'avais l'influenza je ne pouvais esp�rer �tre en meilleur �tat le lendemain, et le surlendemain �tait fix� pour mon retour � Gothenbourg, mon pays ; la remise de la s�ance ne pouvait donc am�liorer la situation.
Il �tait assez tard lorsque j'arrivai � la demeure de M. et Mme Seiling et tous les membres du cercle �taient d�j� � leurs places.
La chambre �tait �clair�e par une lampe pos�e sur le coin d'une table, et la porte de la chambre de s�ance se trouvait grande ouverte. Le piano du salon � c�t� fut roul� pr�s de la porte; dans cette pi�ce, une lampe allum�e pendait au plafond.
Le g�n�ral Toppelius �tait assis au coin de droite du demi-cercle [9] aupr�s du cabinet, M. L�nnborn � c�t� de lui ; en arri�re et en partie entre eux, �tait assise Mme Seiling.
Du c�t� gauche, le plus rapproch� du cabinet, se trouvait M. Seiling. Je n'ai pas fait attention aux places des autres personnes, sauf que les g�n�raux Sederholm et Galindo et le docteur Hertzberg �taient assis en face du cabinet, et, par cons�quent, les plus �loign�s de cet endroit.
En entrant, je ne parlai pas � beaucoup de personnes, mais je m'assis de suite, � ma place, devant le cabinet, sans regarder au dedans, ce que je ne fais jamais du reste. Je me sentais trop souffrante et fatigu�e pour me m�ler � la conversation.
On eut quelques difficult�s avec l'�clairage qui fut organis� de cette fa�on : on pla�a une lampe (comme je le suppose, car je n'ai pas vu la lumi�re), dans la niche du po�le, et l'on couvrit cette ouverture avec du papier rouge ou orange. La lumi�re touchait directement sur le cabinet et fut une g�ne pour tous ceux qui se trouvaient assis en face ; mais, apr�s avoir essay� de plusieurs mani�res de diminuer cette clart�, j'offris mon ch�le qui �tait de cachemire bleu p�le, pour le suspendre devant l'ouverture du po�le, ce qui fut trouv� tr�s bien. Apr�s que ceci eut �t� mis en ordre, M. Seiling se mit au piano, et joua, si je m'en souviens exactement, une s�r�nade de Wagner.
Pendant le jeu, tout devint tranquille, et M. Seiling revint alors reprendre sa place � ma gauche.
J'entendis des mouvements � l'int�rieur du cabinet, et vis des mains qui venaient en arri�re et au-dessus de moi. Ces mains touch�rent, je crois, ceux qui se trouvaient, des deux c�t�s, les plus rapproch�s du cabinet. Je vis les mains une ou deux fois, lorsqu'elles vinrent assez en avant, et j'ai su, les autres fois, qu'elles �taient l� par les remarques des assistants.
Je me trouvais assise � environ un pied ou un peu plus, des rideaux du cabinet ; la lumi�re �tait suffisante pour me permettre de reconna�tre chacune des personnes du cercle, et je remarquai que le capitaine Toppelius �tait assis septi�me ou huiti�me � partir de ma gauche ; cela me fit me souvenir qu'il avait demand� la permission d'�tre aupr�s de moi ; et, � cause de cette promesse, je demandai au g�n�ral Toppelius s'il lui serait indiff�rent de changer de place avec lui, ce � quoi il consentit aussit�t.
Le capitaine Toppelius s'assit alors tout pr�s de ma main droite, de sorte que je le touchais lorsque je faisais un mouvement.
Par suite de cet �change de place, les manifestations s'arr�t�rent, et quelqu'un proposa que j'essaye d'obtenir par �crit des instructions sur la marche � suivre. On me donna une feuille de papier � lettre et un crayon, pour �crire sur mes genoux.
Pendant que je me tenais ainsi, une grande main avec le bras nu, sortant du cabinet et passant pardessus ma t�te jusqu'� mes genoux, saisit le papier et le crayon, et disparut derri�re moi dans le cabinet.
J'entendis le bruit du papier froiss� et d�chir�, puis celui du crayon qui �crivait. Ensuite la main ressortit entre les rideaux, derri�re moi, et laissa tomber sur mes genoux la moiti� du papier et le crayon ; puis mit l'autre moiti� du papier dans la main du capitaine Toppelius, et disparut de nouveau. Le capitaine trouva plus tard sur son papier une communication en langue su�doise. La main et le bras �taient bien au-dessus et plus haut que nos deux t�tes, comme s'ils appartenaient � une personne tr�s grande.
Les rideaux s'ouvrirent plusieurs fois et je vis qu'il y avait l� des formes qui �taient plus ou moins compl�tement mat�rialis�es ; je ne crois pas qu'elles aient jamais d�pass� l'endroit o� j'�tais assise, mais je n'en suis pas s�re parce que, la plupart du temps, � moins d'�tre touch�e ou interpell�e, je restais les yeux ferm�s, avec mes mains crois�es derri�re la nuque pour soutenir ma t�te douloureuse que cette position semblait calmer.
Le capitaine Toppelius me parla une ou deux fois, et je me souviens de lui avoir entendu faire des remarques sur une forte odeur comme de th�r�bentine ou de quelque chose de semblable, qui se faisait sentir dans la chambre. Je la sentis aussi ; du reste je m'effor�ais de ne rien voir et de ne rien entendre afin de ne pas interrompre des manifestations qui me semblaient �tre faibles.
J'avais, durant les manifestations, un intol�rable sentiment de faiblesse et d'�puisement nerveux que j'attribuais � l'influenza dont j'�tais menac�e, et je d�sirais beaucoup que les manifestations cessent bient�t afin de pouvoir aller prendre du repos.
Bient�t je fus lasse de tenir mes bras en l'air et laissai retomber les mains sur mes genoux ; c'est alors que je constatai qu'au lieu de reposer sur mes genoux elles se trouvaient en contact avec la chaise sur laquelle j'�tais assise. Cette d�couverte m'agita �norm�ment et je me demandai si je dormais. Je t�tai soigneusement partout ma robe, cherchant mes genoux et mon corps, et je trouvai que, quoique la partie sup�rieure de mon corps, bras, �paules, poitrine et compagnie fussent comme d'habitude, toute la partie inf�rieure avait totalement disparu. Je pressai mes mains sur ce qui avait �t� mes genoux, mais il n'en restait aucune substance sauf la robe et les jupons. Cependant j'en avais l'impression totale habituelle ; plus m�me que d'habitude, � tel point que, si mon attention n'avait pas �t� �veill�e par le hasard, je n'aurais probablement rien remarqu� de cette particularit�.
En me baissant pour voir si mes pieds se trouvaient l�, je perdis presque mon �quilibre ; cela m'effraya tr�s fort, et je sentis qu'il me fallait absolument m'assurer si je me trouvais ou dans un r�ve ou sous le coup d'une illusion. A cet effet, j'�tendis la main, je saisis celle de M. Seiling en le priant de me dire si j'�tais oui ou non r�ellement assise sur ma chaise ! J'attendais sa r�ponse avec angoisse.
Je sentis que sa main me touchait aux genoux mais il r�pliqua : �Non l�, il n'y a rien que vos jupons ! �
Cela me donna une frayeur encore plus grande ; mais je posai la main que j'avais libre contre ma poitrine et je sentis mon coeur qui battait.
J'�tais pr�te � m'�vanouir de terreur ; je demandai un verre d'eau qu'on me donna ; et, sit�t que j'eus pris de l'eau, j'entrai en transpiration. Chaque minute augmentait mon �pouvante ; j'attendais avec angoisse ce qui allait encore advenir de moi.
J'entendis les autres assistants demander ce qui �tait arriv� et je compris que M. Seiling leur expliquait la disparition de la moiti� de mon corps. Plusieurs d'entre eux demand�rent alors la permission devenir plus pr�s afin de voir par eux-m�mes. Je me souvins que le docteur Hertzber s'int�ressait � ces choses et je l'engageai � s'approcher. Il changea de place avec M. Seiling et je tins ensuite sa main pendant presque tout le temps.
Apr�s, on demanda : � M. Boldt peut-il venir et voir ? � � M. Schoultz peut-il venir ? � Ils s'approch�rent et me touch�rent ; ils pos�rent leurs mains sur la chaise et les pass�rent le long de ma robe. Ma nervosit� et ma frayeur s'augmentaient � chaque minute ; je me sentais extr�mement souffrante. Le capitaine Toppelius m'examina aussi et cria, comme s'il venait de recevoir un coup : � Pas m�me la moiti� de votre corps n'est rest� ! � Cette id�e me rendit malade. Le coup qu'il ressentit sembla me toucher moi-m�me aussi jusqu'� un certain point ; et, bien que d'autres semblassent tr�s d�sireux de faire un examen plus approfondi, je sentais que je ne pouvais plus en supporter davantage et je les priai de me laisser un instant seule.
Quelqu'un proposa de terminer la s�ance, mais j'�tais pr�occup�e de ce qui pourrait alors advenir de moi et je suppliai qu'on rest�t tranquillement assis, ce qu'on fit.
Je crois que M. Seiling joua doucement une m�lodie sur le piano ou bien que quelqu'un se mit � chanter ; je ne sais au juste, car j'�tais tr�s peu consciente. Le calme fut r�tabli, et, apr�s quelque temps, je sentis que mes membres revenaient graduellement et qu'ils remplissaient ma robe ; la grande frayeur nerveuse que j'avais �prouv�e disparut peu � peu et, au bout d'une demi-heure environ � partir du moment o� la derni�re personne m'avait touch�e, autant que j'en puis juger, j'�tais revenue dans mon �tat normal, abstraction faite de la r�action apr�s une �preuve aussi douloureuse.
Je bus une tasse de th� et je crois que je mangeai quelque chose, mais je n'en suis pas s�re ; et au bout d'une demi-heure, je pus prendre cong� de M. et Mme Seiling et me retirer avec mes h�tes, M. et Mme Toppelius.
Trois mois se sont pass�s depuis cet incident ; mais, depuis quinze jours seulement, mes nerfs sont remis de cette fatigue et des �motions que j'ai eu � traverser.
Il est probable que la d�mat�rialisation du corps du m�dium se produit � chaque s�ance � un degr� plus ou moins grand ; mais, dans la circonstance en question, cela a d� se passer d'une fa�on irr�guli�re, c'est-�-dire qu'une partie de mon corps est rest�e intacte tandis que l'autre partie, autant que j'ai pu m'en rendre compte, s'est trouv�e compl�tement d�mat�rialis�e.
Je ne sais si ce cas s'est d�j� pr�sent� auparavant, de la m�me mani�re, et je puis dire en v�rit� que c'est au hasard plut�t qu'� toute autre chose que je suis redevable de cette d�couverte. Lorsqu'elle eut lieu, mon impression principale �tait une grande d�pression physique et une r�pugnance � parler et � remuer ; cependant j'�tais en m�me temps tr�s lucide pour les sensations et les pens�es de ceux qui �taient autour de moi et qui m'influen�aient fortement.
Cette d�couverte d'une d�mat�rialisation partielle me donna un coup ; car, lorsque je me rappelais que je me trouvais parmi des �trangers ignorants de tous ces genres de ph�nom�nes et quand je r�fl�chissais combien il serait n�cessaire que les assistants restassent calmes pendant la dur�e de pareilles manifestations, j'�tais moi-m�me nerveuse et agit�e, sans doute d'une fa�on exag�r�e, et d'autant plus que la d�mat�rialisation se prolongeait davantage. Elle m'a paru durer une heure, bien que je n'aie pas eu connaissance de sa dur�e v�ritable.
Je pouvais me rendre compte que l'agitation des assistants emp�chait mon r�tablissement, ou du moins le rendait plus difficile.
Quoique cette singuli�re demi-d�mat�rialisation fut toute nouvelle pour moi, la question avait d�j� �t�, bien des fois discut�e dans mon pays, de savoir jusqu'� quel point j'�tais dissoute, ou dans un �tat fluidique ou demi-fluidique durant les s�ances ; mais nous n'avions pu arriver � en trouver la solution, parce que j'endurais toujours des angoisses mortelles lorsqu'on me touchait pendant que les esprits mat�rialis�s circulaient en dehors du cabinet. Si on me tenait ou me touchait pendant les manifestations j'en �prouvais un si terrible �branlement que j'en �tais toujours plus ou moins malade durant quelques jours.
Quand je commen�ai pour la premi�re fois � m'asseoir devant le cabinet il se produisit un cas qui d�montra aux assistants ce que j'avais d�j� pu d�montrer d'une autre mani�re. Nous v�mes tous un torrent nuageux pareil � de la vapeur ou � un brouillard sortir de ma poitrine et se mouvoir sur mes genoux. Il s'en forma une figure ayant l'aspect d'un enfant [10], dans qui, si on le touchait � la figure, les doigts semblaient s'enfoncer en partie ; en m�me temps, j'avais la sensation des doigts press�s contre ma joue.
Le petit enfant �tait d'une grande vivacit� et sautait sur mes genoux d'une fa�on toute naturelle. Cela amusait Hudson, le fils de M. Fidler, qui, curieux de voir les petits pieds de l'enfant, posa dans ce but la main sur mes genoux ; mais, cette main s'enfon�a, au travers jusqu'� la chaise. Tout effray� il la retira vivement, en partie parce qu'il avait eu peur et aussi parce que, ne pouvant supporter cette pression, je le priais d'enlever de suite sa main. Dans cette circonstance j'�tais, semble-t-il, dans un �tat demi-fluidique par tout mon corps ; je pouvais parler et me remuer mais je ne pouvais pas me tenir debout. Mes membres �taient comme trop amollis pour me porter.
J'essayerai peut-�tre un jour de vous donner d'autres preuves de ces ph�nom�nes ; mais jusqu'� pr�sent je n'ai pas encore imagin� de plan me permettant de les produire tout en �vitant les p�nibles et douloureuses sensations de la pr�c�dente exp�rience.
Gothenbourg le 14 mars 1894
Je n'ai pu obtenir ce t�moignage plus t�t car, � ma pri�re de l'envoyer Mme d'Esp�rance me r�pondit qu'elle se sentait encore trop faible pour le r�diger et que rien que de penser � cette s�ance et � ses impressions si effrayantes lui �tait d�j� insupportable.
E. D'ESP�RANCE
B. - Questions adress�es par M. Aksakow � Mme d'Esp�rance Apr�s avoir re�u cet int�ressant t�moignage, et le trouvant insuffisant dans certains d�tails, je m'adressai � Mme d'Esp�rance avec pri�re de me renseigner sur les points suivants :
L'imputation principale de votre rapport r�side en ceci : que vous teniez et conduisiez vous-m�me les mains de ceux qui examinaient la chaise. C'est pourquoi je vous demande de m'expliquer :
1) Pourquoi vous avez fait cela ? Et la mani�re dont � proprement parler le si�ge a �t� examin� ? Le si�ge fut-il examin� enti�rement jusqu'au dossier ? Et que sentiez-vous alors avec cela ? Tout ceci est de la plus grande importance.
2) Votre �tat �tait si extraordinaire que vous aurez tr�s probablement fait tous vos efforts pour vous rendre compte de chaque particularit�. Ainsi, par exemple : Avez-vous pass� vos mains sous la partie sup�rieure de votre corps ? Y avait-il l� un espace entre le corps et la chaise ? Si c'�tait le cas, (comme quelques-uns des t�moins l'ont assur�), alors votre buste flottait pour ainsi dire dans l'air sans soutien visible.
3) Voulez-vous bien me dire plus exactement jusqu'� quel point M. Seiling et le docteur Hertzberg examin�rent la chaise, car MM. Boldt et Schoultz d�clarent qu'ils ne purent examiner qu�une partie de la chaise.
4) Pri�re aussi d'�tablir exactement ce qu'a fait le capitaine Toppelius. Il �crit: � que vous posiez ses mains, ou plut�t que vous les conduisiez le long de vos deux c�t�s, jusqu'� la chaise, � Par cons�quent il se trouva �tre le seul favoris� qui ait pu v�rifier la v�ritable pr�sence de la partie sup�rieure de votre corps. Donnez-moi, je vous prie, votre t�moignage sur ce point tr�s important. Vous dites ailleurs seulement ces quelques mots : � le capitaine Toppelius m'examina aussi �. Le fit-il avec une seule ou avec les deux mains ? En ceci les plus petits d�tails concernant la mani�re d'agir sont pr�cieux.
5) Dans votre rapport se trouve cette expression : � et de suite je commen�ai � transpirer �. C'�tait apr�s que vous aviez bu de l'eau. Je vous prie de m'expliquer plus clairement vos sensations lorsque vous buviez dans cet �tat �trange ?
6) Il manque encore un point tr�s important : L'�tat de votre sant�, dans ses moindres particularit�s apr�s cet �v�nement et aussi, bien entendu, les d�tails sur la perte de votre m�diumnit�. Comment avez-vous remarqu� et examin� cette disparition ? Quand recommenc�rent les sympt�mes de son retour ?
C. - Explications compl�mentaires de M. d'Esp�rance
Voici les r�ponses de Mme d'Esp�rance :
1) Je conduisis la main de la premi�re personne qui examina la chaise parce que je trouvais difficile de parler n'�tant pas s�re que c'�tait vrai, et aussi pour savoir si quelqu'un confirmerait ma d�couverte avant d'attirer sur elle l'attention de l'assistance. Nous pass�mes nos mains tr�s vite sur tout le si�ge de la chaise, et, lorsqu'elles touch�rent le dossier, je sentis une l�g�re secousse. Avant cet examen je me sentais faible et souffrante, avec un sentiment particulier d'engourdissement dans les membres, mais je n'�prouvais point de v�ritable douleur, sauf dans la nuque, jusqu'au moment o� la chaise et l'endroit qui avait �t� une partie de moi-m�me furent touch�s ; alors la douleur devint intol�rable, tout � fait comme si mes nerfs avaient �t� � vif. Le docteur Hertzberg vint � ma pri�re, comme je crois, et passa �galement ses mains sur le si�ge, le dossier et la place o� mes genoux auraient du se trouver. Je ne crois pas que je conduisis ses mains, mais ne puis l'assurer ; il s'assit alors � la place qu'avait occup�e pr�c�demment M. Seiling.
MM. Schoultz et Boldt vinrent ensuite ensemble pour faire leur examen et bouch�rent ainsi presque compl�tement la lumi�re. Ils remu�rent leurs mains d'une mani�re incertaine et me caus�rent une telle frayeur que je retins leurs mains, (ou quelqu'une de leurs mains), plut�t pour me prot�ger que pour d'autres raisons. Je ne crois pas qu'� ce moment l� je pensasse beaucoup � ce que je faisais. Leurs mouvements �taient brusques, nerveux et ind�cis, et comme ils se tenaient le dos contre la lumi�re, je me trouvais dans l'obscurit� ; il est donc possible qu'ils ne m'aient pas aussi bien vue que les autres.
Ils commirent une faute en venant ensemble parce qu'ainsi ils se g�n�rent l'un l'autre dans leurs mouvements.
2) Je ne sais pas combien il restait d'espace entre mon corps et la chaise ; cela semblait changer. Il n'y avait pas de soutien visible, exception faite des v�tements que je portais.
3) Je me sentais si malade et si �puis�e apr�s avoir �t� touch�e par M. Schoultz et M. Boldt que j'avais une grande frayeur de m'�vanouir et de tomber de la chaise.
L'agitation des assistants m'influen�ait d'une singuli�re fa�on, et j'avais une peur terrible de quelque chose, sans savoir de quoi. Je saisis la main droite du docteur Hertzberg avec ma main gauche, et je la tins sur le si�ge de ma chaise, afin de me soutenir dans une position droite, car je me sentais tomber en avant. Je restai assise ainsi un certain temps, tenant toujours la main du docteur Hertzberg sur la chaise, ce qui semblait me donner des forces.
4) Le capitaine Toppelius me demanda la permission de venir, et d�s que je fus un peu remise de ma frayeur et de ma faiblesse, il vint � moi. Je s�parai alors ma main de celle du docteur Hertzberg, et, prenant la main du capitaine, je la conduisis avec pr�caution, (car j'avais grand peur de souffrir), depuis mes aisselles le long du dossier de la chaise en descendant jusqu'� la place o� mes genoux auraient du �tre, et en bas � mes pieds. En faisant cela, j'avais de nouveau presque perdu mon �quilibre.
Au m�me moment il sembla ressentir une esp�ce de secousse et cria : � 0 Dieu, la moiti� de votre corps a disparu, je me trouve mal, � ou des mots semblables. Son contact et son agitation firent revenir ma faiblesse ; mais je remarquai, lorsque mes mains pass�rent en descendant le long de mon corps, que celui-ci existait encore, en partie, sous la taille ; cependant il ne semblait pas se terminer brusquement car je ne me souviens pas d'une terminaison tr�s nette. Depuis, j'ai cru que la d�mat�rialisation �tait plus g�n�rale qu'� premi�re vue, car je me souviens que, lorsque je me t�tai en conduisant la main du capitaine Toppelius, j'eus la pens�e que j'�tais plus maigre et plus molle que je ne le suis en r�alit�. Mais ceci sont des r�flexions faites apr�s coups ; la souffrance, l'agitation et la peur m'emp�chaient alors de penser � autre chose qu'au fait lui-m�me.
5) Lorsque le capitaine Toppelius fut retourn� � sa place, M. Seiling insista pour obtenir le r�tablissement du calme et du silence[11] . Je demandai de l'eau, et tout en buvant, je me demandais avec curiosit� comment cette eau allait �tre absorb�e. Je ne sentais point de douleur du moment qu'on ne me touchait pas, mais j'�tais tr�s faible et inqui�te de mon corps ; je me demandais o� pouvait �tre cette partie disparue et si jamais je redeviendrais enti�re. Depuis le commencement de ma d�couverte, les assistants les plus rapproch�s et moi avions la certitude qu'il y avait une ou des formes dans le cabinet derri�re moi, mais pendant ma frayeur je n'y ai pas pens�.
Je sentis que l'eau que j'avais bue se perdait dans les pores de ma peau et je vis peu � peu ma robe se remplir ; je ne souffrais plus, mais j'avais une sourde sensation de fourmillements comme si mes jambes �taient endormies. J'observai le remplissage de ma robe avec un grand contentement et je remarquai que tout �tait devenu tranquille dans le cabinet.
6) Apr�s la s�ance j'�tais tr�s faible et fatigu�e, et j'avais la vague impression que tout cela n'�tait vraiment pas arriv� ; tout ce que je disais et faisais me semblait �tre dit et fait par une autre personne.
Je rentrai un ou deux jours plus tard dans mon pays, mais cette impression ne me quitta pas. Je n'�prouvai plus de go�t � rien, ni comme amusement, ni comme occupation, et je me sentais incapable de prendre de l'int�r�t � quoique ce soit ; j'�tais �tourdie et h�b�t�e. Tout essai pour travailler et r�fl�chir, ou m�me seulement �crire, semblait trop au-dessus de mes forces ; si je voulais m'efforcer de le faire, cet effort amenait de violentes douleurs de t�te ; mes cheveux devinrent tout blancs et tombaient en grande quantit� d�s que j'avais de ces crises de douleurs � la t�te. Comme je suis tr�s dormeuse de ma nature, j'�tais toujours somnolente et j'avais de la peine � me tenir r�veill�e dans la journ�e.
Cet �tat dura trois mois, mais s'am�liora sur la fin de cette p�riode. Sur le d�sir de mes amis, on refit plusieurs essais de s�ances pour obtenir des manifestations intelligentes, dans l'espoir qu'elles me seraient peut-�tre utiles, mais tous nos essais furent nuls. Plus tard, environ � la mi-mars, j'assistai � une s�ance chez M. Karl Nordmark et nous e�mes des r�ponses par coups frapp�s et un essai de mat�rialisation. Une semaine apr�s nous essay�mes � nouveau, mais sans aucun r�sultat. La s�ance suivante fut, par contre, r�ussie : un esprit fut mat�rialis� et reconnu par une ou deux personnes ; et, une seconde fois, si parfaitement mat�rialis� qu'il put circuler dans la chambre et fut reconnu pour sa m�re par un jeune homme de la soci�t�.
Apr�s cela je me sentis de nouveau pareille � moi-m�me, et quoique je ne soie pas encore tout � fait bien, je me sens pourtant mieux qu'apr�s ce ph�nom�ne si extraordinaire de Helsingfors.
E. D'ESPERANCE
Partenkirchen, Haute-Bavi�re, 26 avril 1894
[1] Lors de ma visite à Helsingfors Mme la générale Toppelius et sa fille étaient absentes ; mais le général m'a dit qu'elles n'auraient rien pu témoigner de particulier à cause de leurs places éloignées de la médium, par conséquent, son témoignage compte aussi pour elles.
[2] Docteur en philosophie, et président du club des hommes de lettre à Helsingfors.
[3] Lors de ma rencontre avec le docteur Hertzherg à Helsingfors, je lui exprimai le très grand intérêt que j'avais à connaître la manière exacte dont il avait examiné la chaise. Il s'approcha d'une chaise et passa ses deux mains sur tout le siège jusqu'au dossier : « Comment m'écriai-je, même jusqu'au dossier ». « Oui, répliqua-t-il, même jusqu'au dossier comme je viens de vous le montrer ».
[4] Voir à ce propos le témoignage de Mme d'Espérance.
[5] Les chiffres entre crochets servent de renvoi pour les explications données dans les deux lettres suivantes.
[6] Je me souviens aussi de ceci.
[7] Tiré du journal d'Helsingfors « Nya Pressen » N° 343 du 17 décembre 1893.
[8] C'est tout ce que le très vieux général a trouvé à dire sur cette séance du 11 décembre 1893 qui nous intéresse spécialement. Nous n'avons pas à nous en préoccuper ; car, en ce qui concerne cette séance, le général n'a cité que des faits précisément non observés par lui-même. Au lieu de faits il ne donne que des suppositions, et nous avons pris celles-ci en considération.
[9] Voyez le dessin de la chambre dans le rapport de M. Seiling.
[10] A la fin de juillet 1896, Mme d'Espérance est venue passer quelques jours à Paris. Elle a bien voulu essayer, un soir, devant cinq personnes (Mme Aksakow et Boutlerof, son amie la baronne de Zeidlitz, Mme Cauvin et moi) ce qu'elle était redevenue capable de produire. Elle s'assit sur un canapé, nous sur des chaises ; on éteignit les lumières et nous attendîmes en silence sans former de chaîne. Au bout de quelques minutes, nous vîmes tous une sorte de boule lumineuse apparaissant dans sa direction à hauteur, nous semblait-il, de sa poitrine ; cette boule, semblable en effet à de la vapeur ou à un brouillard lumineux, s'allongea vers le sol, puis se resserra, prit les formes les plus diverses, présentant parfois des points plus brillants comme de petites étoiles. A la fin Mme Cauvin, qui cependant paraissait tout à fait ignorante de ce genre de manifestations, crut reconnaître la forme d'un enfant ; elle prit peur, voulut se lever, poussa des exclamations et apporta assez de trouble pour arrêter la manifestation : la vapeur lumineuse diminua de volume et finit par disparaître.
Cette vapeur, tout à fait semblable sans doute à celle qui, dans des cas semblables, se dégageait du médium Eglington, a été comparée pour ce dernier à de la fumée de cigarette-lumineuse ; le peintre James Tissot a
employé même l'expression originale du « clair de lune râpé ». Pour moi l'impression serait un peu analogue à celle de la voie lactée, par une belle nuit, quand elle parait d'une blancheur laiteuse. A. de R.
[11] Il se mit à chanter un hymne ; les autres l'accompagnèrent, et cela réussit à rétablir la tranquillité.
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