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J�aurais pu, � la rigueur, me contenter de tous les t�moignages et d�tails qui pr�c�dent et me passer d'un voyage � Helsingfors ; mais le cas dont il s'agit est tellement extraordinaire, tellement incroyable et, en m�me temps si important, que je consid�rai comme mon devoir de ne n�gliger aucun moyen pour que l'investigation f�t aussi compl�te que possible. A ce point de vue, mon enqu�te personnelle � Helsingfors paraissait n�cessaire, notamment pour les raisons suivantes.
1) Avant tout il �tait n�cessaire pour moi de faire la connaissance personnelle de ceux qui furent les t�moins du ph�nom�ne dont il s'agit, et sur le t�moignage desquels la question capitale doit �tre r�solue :
A-t-il eu lieu, oui ou non ?
La valeur d'un t�moignage d�pend certainement beaucoup de la comp�tence morale et intellectuelle de celui qui le rend ; il �tait donc essentiel, pour moi, de m'en assurer. Surtout en mati�re de spiritisme, il faut �tre sous ce rapport tout aussi prudent que m�fiant. Une longue exp�rience dans ce domaine m'a prouv� que les hommes les plus s�rieux, m�me adonn�s aux sciences positives, peuvent voir les choses de travers quand il s'agit de spiritisme. Le souverain d�sir d'obtenir certains ph�nom�nes, � tout prix, prive quelquefois les gens de tout sens critique et les rend aveugles pour tout ce qui peut infirmer la r�alit� d'un ph�nom�ne attendu. Il �tait donc urgent de m'assurer que les t�moins en question n'�taient pas des enthousiastes peu dignes de foi. � chacun des t�moins, j'avais � poser un certain nombre de questions afin de v�rifier et compl�ter ce qu'ils m'avaient certifi� par �crit.
2) Il �tait essentiel de voir le local m�me o� la s�ance avait eu lieu, avec le m�me cabinet, la m�me disposition des chaises, etc. ; car, bien souvent, les choses les plus simples, qui �chappent aux descriptions mais n'�chappent pas aux yeux, ont la plus grande valeur pour l'estimation d'un fait.
3) Afin de me faire une id�e parfaitement juste des principaux moments de cette s�ance m�morable, j'avais l'intention, une fois sur place, d'en faire une r�p�tition, de la reconstituer autant que possible avec l'aide des principaux t�moins. Nos lecteurs savent d�j�, par la correspondance pr�c�dente, que M. Seiling (chez lequel eut lieu la s�ance) me promit son assistance dans ce but, et que Mlle Hjelt eut la complaisance de me promettre de jouer le r�le de la m�dium pendant cette s�ance, dans une robe de la m�me nuance que celle port�e par la m�dium. Me pr�valant de cette aimable proposition, je la priai m�me de se commander (� mes frais, bien entendu) une robe de la m�me fa�on ; car, dans ce cas, la fa�on de la robe joue un r�le tr�s significatif, comme nous le verrons du reste.
4) Enfin il �tait pour moi de premi�re importance, de me faire une id�e exacte de la quantit� de lumi�re qu'il y avait eu � cette s�ance et de la fa�on dont l'�clairage �tait produit. Nous savons, quant aux deux fen�tres de la chambre, que le store blanc de l'une de ces fen�tres �tait baiss� alors que celui de l'autre se trouvait relev�. Il fallait donc prendre en consid�ration le genre et la quantit� de lumi�re qui pouvait provenir du dehors ; le moindre clair de lune, aurait grandement modifi� la question de l'�clairage. Mais, toute information prise, la s�ance eut lieu quand il n'y avait pas de lune. Je devais donc, r�gler mon arriv�e sur cette phase lunaire. C'est ce que je fis en me rendant � Helsingfors le 18 f�vrier (2 mars) 1894, o� j'arrivai le lendemain apr�s un trajet de 14 heures. Bien peu de chose ! Si je n'avais eu pour compagnons ins�parables une quantit� d'infirmit�s qui rendent mes voyages extr�mement p�nibles. Je me rendis imm�diatement chez M. Seiling, qui me pr�senta de suite � sa femme. Ils me re�urent avec la plus grande cordialit� ; nous avions d�j� �chang� tant de lettres que nous nous rencontr�mes comme d'anciennes connaissances.
Sans perdre de temps, nous pass�mes dans la chambre o� avait eu lieu la s�ance et o� tout avait �t� dispos� comme on le voit sur le dessin (page 69). J'y trouvai le m�me cabinet qui avait servi alors et qui fut construit � l'aide d'un paravent, (emprunt� alors, et cette fois encore au g�n�ral Toppelius) recouvert de plaids qui en formaient les rideaux ; devant le cabinet, la m�me chaise sur laquelle Mme d'Esp�rance avait �t� assise pendant la s�ance, et dont le dessin exact est donn� par M. Seiling (page 65). Des deux c�t�s �taient dispos�es � leurs places respectives toutes les chaises qui avaient �t� occup�es par les membres du cercle.
De prime abord je fus frapp� par un fait qui, malgr� le dessin ex�cut� d'apr�s des mesures exactes ne m'avait pas saut� aux yeux, et qui prouve qu'un dessin ne peut jamais remplacer une inspection sur place. Ainsi donc, la premi�re chose qui me frappa ce fut l'exigu�t� du local o� les quinze chaises des assistants trouvaient � peine place, se touchant l'une l'autre, et surtout l'absence d'espace entre la m�dium et ses plus proches voisins ; les genoux et les pieds devaient remplir tout ce qui restait de libre dans cet espace ; ce que M. et Mme Seiling, sur mes questions r�it�r�es, m'affirm�rent effectivement et me d�montr�rent sur place. C'est une circonstance d'une importance majeure, car elle �carte, de prime abord, la possibilit� des man�uvres par lesquelles le g�n�ral Sederholm veut expliquer le fait qui nous int�resse.
Bient�t apr�s arriv�rent Mlle Hjelt et son amie Mlle Tavaststjerna.
Avant tout Mlle Hjelt proc�da � la transformation de sa toilette et rev�tit la robe blanche, fa�on princesse, qu'elle s'�tait fait confectionner � ma pri�re. Lorsqu'elle fut habill�e, elle m'initia aux secrets de cette toilette et me fit comprendre pourquoi l'explication donn�e par le g�n�ral Sederholm n'�tait pas valable, c'est-�-dire pourquoi, en se pla�ant derri�re la chaise, on ne pouvait la recouvrir avec la jupe pour faire croire que la m�dium est toujours � sa place. Le fait est que cette robe ne se d�boutonne, ni par devant, ni par derri�re, mais qu'elle doit �tre enfil�e par le haut, ne s'ouvrant par devant que jusqu'� la ceinture. En outre, cette robe n�cessite un dessous complet en calicot presque collant auquel elle est cousue ; autrement le tissu extr�mement fin de la robe ne tiendrait pas. Voil� ce qui rend impossibles toutes les man�uvres suppos�es ; et voil� aussi comment les explications invent�es � plaisir, sans investigation exacte de la chose, font bon march� d'un fait qui nous parait invraisemblable.
Apr�s cette petite le�on de toilette, d'un genre si nouveau pour moi, nous proc�d�mes � la r�p�tition de la s�ance. Mlle Hjelt prit la place de la m�dium et les t�moins leurs places respectives. M. Seiling � sa gauche, Mme Seiling � sa droite et Mlle Tavaststjerna � la gauche de M. Seiling (M. le capitaine Toppelius �tait absent d'Helsingfors). Ayant en main la description d�taill�e de la s�ance, faite par Mlle Hjelt, je commen�ai sa lecture. A mesure que je lisais j'interrogeais les t�moins sur tous les incidents de la s�ance, compl�tant la description par une repr�sentation figur�e de tous les moments les plus int�ressants et les plus remarquables.
Mlle Hjelt me donna, par r�ponse et par repr�sentation, tous les d�tails avec une telle pr�cision qu'il �tait �vident qu'elle avait bien observ� tout ce qu'elle reproduisit imm�diatement � ma demande, et sans que sa m�moire la trahit en rien.
Son rapport sur cette s�ance se trouva exact en tous points ; je n'ai eu � y ajouter que les quelques petits d�tails qui se trouvent dans les notes. Ainsi, par exemple, en se pla�ant derri�re le rideau, et en mettant Mme Seiling � la place de la m�dium, Mlle Hjelt me reproduisit, avec une pr�cision parfaite, l'incident de l'apparition de la main, arrachant le crayon et le papier des mains de la m�dium. Plusieurs fois je posai la question : � � ce moment ayez vous bien vu la m�dium � sa place et ses mains tenant le papier ? � � quoi Mlle Hjelt me r�pondait toujours par l'affirmation la plus compl�te. Cet incident est de la plus haute importance ; car, �tablissant le fait merveilleux et incroyable de la mat�rialisation, il implique la possibilit� d'un autre fait, tout aussi merveilleux et incroyable - la d�mat�rialisation. Quand nous arriv�mes � ce dernier incident, Mlle Hjelt prit la place qu'elle occupait v�ritablement durant la s�ance, et me montra comment, pouss�e par une intense curiosit�, elle s'�tait rapproch�e � ce point de la m�dium qu'un demi-pied � peine l'en s�parait, surtout lorsqu'elle inclinait la t�te pour voir de plus pr�s encore.
Je m'appliquai � �tablir quelle diff�rence Mlle Hjelt avait pu remarquer dans l'aspect de la robe de la m�dium lors de la disparition de ses jambes, comme le t�moignait Mme Seiling. Mlle Hjelt, �tant assise � un autre angle que Mme Seiling, n'a pu naturellement voir le
profil de la robe de la m�dium qui se dessinait nettement � la vue de Mme Seiling ; l'�clairage aussi venait en aide � celle-ci, tombant de c�t�, � angle droit, ce qui n'�tait pas le cas pour Mlle Hjelt qui avait devant elle le fond noir du cabinet.
Maintes autres questions que j'avais pos�es � Mlle Hjelt dans mes lettres, furent de nouveau r�it�r�es et discut�es.
Les trois autres t�moins furent �galement interrog�s chacun par moi, sur les incidents qu'ils avaient pu le mieux observer ; ainsi M. Seiling et Mlle Tavaststjerna, sur l'apparition de la main de leur c�t� - une main droite bien que du c�t� gauche de la m�dium, et � une hauteur prouvant qu'elle ne pouvait appartenir qu'� une figure humaine se tenant debout derri�re le rideau. Enfin M. Seiling le fut, bien entendu, sur l'incident de la d�mat�rialisation qu'il avait pu observer tout particuli�rement : je le priai de me montrer, sur la chaise m�me, de quelle fa�on il l'avait explor�e sur la demande de Mme d'Esp�rance, et il me le montra comme cela est indiqu� sur son dessin.
� Une chose manque � votre t�moignage, dis-je � M. Seiling. Pourquoi ne vous �tes vous pas assur�, en posant la main derri�re la chaise, que la m�dium ne s'y trouvait pas � ? �
� Cette id�e ne pouvait pas me venir en t�te r�pondit M. Seiling, car, pourquoi serais-je all� chercher Mme d'Esp�rance derri�re la chaise, quand je la voyais devant moi assise sur sa chaise ? N'oubliez pas que pendant ce temps j'ai une fois pr�sent� � boire � Mme d'Esp�rance sur sa demande, ce qui me permit de m'assurer avec plus de certitude encore qu'elle �tait bien � sa place ? � A ceci je ne trouvai rien � r�pondre. Mme Seiling, de son c�t�, fut minutieusement questionn�e par moi sur les d�tails de son important t�moignage qu'elle me confirma en tous points, et surtout sur ce d�tail � que la robe de la m�dium (la jupe), apr�s avoir pendu verticalement sur la chaise, avait repris peu � peu les dimensions et les contours qui devaient correspondre � la r�apparition des jambes et genoux �.
Bref, pendant quatre heures, j'ai fatigu� ces quatre personnes avec ma lecture, mes questions et mes r�pliques et j'acquis la profonde conviction que tout s'�tait pass� comme ces t�moins me l'avaient attest� de prime abord.
Pour permettre � mes lecteurs de s'orienter plus facilement dans la description de cette s�ance, je priai les personnes de vouloir bien, apr�s mon d�part, se r�unir encore une fois pour faire prendre les photographies des incidents les plus remarquables afin qu'elles pussent servir d'illustration � mon article. Gr�ce � leur obligeance cela fut fait.
La photographie no 1 donne une id�e g�n�rale de la chambre o� la s�ance eut lieu ; on y voit dans le fond deux fen�tres, dont l'une avec le store lev� et l'autre avec le store baiss� ; entre les deux fen�tres, le cabinet (seulement ce n'est pas un cabinet identique, parce que le paravent qui avait servi � la construction de l'original et avait �t� emprunt� d'abord pour la s�ance et ensuite pour sa r�p�tition avec moi, avait �t� depuis rendu � son propri�taire ; mais ceci n'a aucune importance). Devant le cabinet, on voit la place qu'occupait la m�dium ; ici, c'est Mme Seiling qui la repr�sente dans une robe identique � celle que portait Mme d'Esp�rance. Le moment choisi est celui o� la m�dium tenait entre les mains une feuille de papier et un crayon, et o� une main sortant de derri�re le rideau, tout en haut du cabinet, descendit pour saisir ce papier et ce crayon. A droite, on voit M. Seiling � la place qu'il occupait lors de la d�mat�rialisation ; � gauche, on voit Mlle Tavaststjerna, aussi � la place qu'occupait alors Mlle Hjelt qui, pour le moment, joue derri�re le rideau le r�le de l'apparition. Celle-ci montre comment et � quelle hauteur apparut la main, ce qui est un d�tail important. Il faut excuser les d�fauts du voile, car on s'est servi tout simplement d'un drap blanc pour l'imiter. On voit en m�me temps � quelle petite distance de la m�dium �taient assises les personnes en question.
La photographie no 2 a �t� faite express�ment dans le but de montrer comment la t�te et le buste de la m�dium se dessinaient sur le fond blanc du rideau, ce qui permettait � Mlle Hjelt d'observer, tout le temps, la position de la m�dium et les divers mouvements de son buste, surtout pendant la d�mat�rialisation. Ici, le moment choisi est celui o� une main se montra du c�t� gauche du cabinet, � la hauteur indiqu�e, et c'est, comme on peut le voir, une main droite, ce qui f�t constat� par les shakehands qu'elle donna � M. Seiling et � Mlle Tavaststjerna, comme ils l'ont affirm� dans leurs t�moignages respectifs. Sur cette photographie c'est Mlle Hjelt qui est assise � la place de la m�dium, tournant la t�te vers l'apparition de la main comme elle l'a vu faire alors � Mme d'Esp�rance derri�re le rideau ; c'est Mlle Tavaststjerna qui fait appara�tre sa main droite (la manche de la robe est ici un accessoire tout naturel, comme on le comprend) ; � la gauche du cabinet est assis M. Seiling et aupr�s de lui Mme Seiling.
Apr�s la r�p�tition de cette s�ance, dans la matin�e, il me restait encore � faire une r�p�tition de la fa�on dont la chambre avait �t� alors �clair�e, afin de m'assurer que les t�moins en question ont pu effectivement voir tout ce qu'ils ont dit avoir observ�.
Dans ce but nous nous rassembl�mes de nouveau chez M. Seiling, � 8 heures du soir, et j'eus le plaisir d'y rencontrer encore deux t�moins de la s�ance : M. le g�n�ral Toppelius et M. l'ing�nieur Schoultz.
La t�che de reconstituer le degr� identique de la lumi�re n'�tait pas aussi facile que notre t�che du matin. Bien entendu, la m�me petite lampe fut plac�e dans la m�me niche du po�le, comme elle l'avait �t� alors ; mais, malheureusement, M. Seiling ne put se procurer du m�me papier rouge qui avait servi � amortir la lumi�re de la lampe. En cons�quence, les opinions furent diff�rentes : tant�t le papier employ� donnait trop de lumi�re et tant�t trop peu.
Enfin nous parv�nmes � atteindre un degr� de lumi�re qui fut reconnu par tous comme repr�sentant l'�clairage d'alors. M. Seiling affirma n�anmoins qu'alors il faisait plus clair, car il y avait de la neige sur les toits, et son reflet arrivait dans la chambre par la fen�tre dont le store n'avait pas �t� baiss� ; si bien qu'il pouvait voir l'heure � sa montre, ce qui prouve un �clairage satisfaisant.
Quoi qu'il en soit, je m'assurai que, m�me avec le degr� de lumi�re que nous venions d'�tablir, M. Seiling pouvait voir, � un pied de distance, la m�dium assise devant lui, ce que je v�rifiai en m'asseyant � la place de M. Seiling ; puis, passant de l'autre c�t� � la place qu'occupait alors Mlle Hjelt, je constatai qu'elle pouvait voir suffisamment, sur le fond blanc du store, les contours du buste de la m�dium assise entre elle et le store, et se rendre compte de ses mouvements.
Il ne faut pas perdre de vue que la facult� de vision dans l'obscurit� varie assez souvent et acquiert quelquefois une intensit� remarquable. J'ai connu une personne qui voyait si bien dans l'obscurit� qu'elle pouvait voir une aiguille sur le plancher. Dans le cas pr�sent Mlles Hjelt et Tavaststjerna ont, d'apr�s ce qu'elles disent, la vue excellente. Je relevai � cette occasion quelques mots dans le rapport de Mlle Hjelt o� elle disait qu'elle avait vu le bout des pieds de la m�dium r�appara�tre de dessous sa robe, et je lui demandai : � Comment avez-vous pu voir dans l'obscurit� les pointes des souliers noirs de la m�dium ? � � Je puis seulement dire, r�pondit Mlle Hjelt, que je les ai tr�s bien vues. � � Et, en ce moment, pouvez-vous voir les pointes de vos souliers ? � (Elle �tait pr�cis�ment assise sur la chaise et dans la position de la m�dium) � Mais certainement, r�pondit-elle je les vois tr�s bien. � Quant � moi, je ne pouvais les distinguer.
Je sais, par exp�rience, que dans les s�ances obscures, on peut seulement se rendre compte de ce qui se passe si l'on est assis � c�t� de la m�dium. Nous voyons combien le moindre �loignement joue un grand r�le dans le fait que le g�n�ral Galindo, assis � la droite de Mlle Hjelt, et M. Schoultz � la gauche de Mlle Tavaststjerna, n'ont presque rien vu ou ont vu des choses leur paraissant suspectes, ce qui ressort surtout du t�moignage de ce dernier qui n'a emport� de la s�ance en question que des impressions d�favorables.
M. Schoultz ayant �t� parmi les cinq personnes qui avaient t�t� la chaise de la m�dium, il �tait tr�s important pour moi d'avoir son t�moignage de vive voix ; aussi je le priai de m'expliquer et de me montrer avec pr�cision comment il avait examin� la chaise. Il s'assit sur la chaise et, se mettant un peu de c�t�, saisit l'une de ses mains avec l'autre (comme l'avait fait la m�dium) et lui fit t�ter l'espace libre du si�ge. De cette fa�on, il me d�montra que la mani�re dont Mme d'Esp�rance lui avait permis de l'examiner ne prouvait absolument rien et en cela il avait parfaitement raison.
Comme il me fit, en outre, mention de plusieurs autres observations faites par lui pendant cette s�ance et qui lui paraissaient suspectes, je le priai de me donner son t�moignage par �crit, sans aucune restriction. Nos lecteurs en ont d�j� pris connaissance ainsi que des contre-t�moignages auxquels j'ai d� n�cessairement le soumettre. Ce t�moignage, qui jette un doute sur les ph�nom�nes et la m�dium, montre que les choses les plus simples peuvent, dans des s�ances de ce genre, sembler suspectes en l'absence d'une bonne lumi�re et si l'on ne se trouve pas � proximit� des ph�nom�nes. On ne peut vraiment pas exiger que la m�dium reste immobile, assise sur une chaise des plus incommodes durant une s�ance de deux � trois heures ; et cependant si elle change un peu de place, si elle arrange ses jupes, si elle �tire ses membres fatigu�s, tout cela, � une certaine distance, avec une lumi�re tr�s faible, �veille des doutes dont on ne peut se d�fendre.
J'ai d�j� dit plus haut que la valeur d�un t�moignage d�pend beaucoup de la valeur personnelle de ceux qui le donnent ; c'est donc ici le cas d'exprimer l'impression tr�s favorable que je rapportai des quatre t�moins se pr�sentant pour l'affirmation du fait extraordinaire qui nous occupe.
J'ai trouv�, en M. Seiling l'homme de science positive, pr�t � �tudier tout ph�nom�ne de la nature sans pr�jug� et sans parti pris. On a vu, par une note pr�c�dente, qu'il est professeur de technologie m�canique, et d'enseignement g�n�ral des machines � l'�cole polytechnique de Helsingfors ; c'est donc un homme habitu�, par profession � la pr�cision math�matique, � la mesure exacte des choses, � l�observation et � l'�tude des ph�nom�nes de la nature au point de vue m�canique. Aussi fus-je �tonn� en voyant dans son cabinet de travail le portrait du philosophe Mainl�nder ; je le dis � M. Seiling qui me fit part de sa pr�dilection pour les doctrines de ce philosophe, dont il avait fait une �tude sp�ciale publi�e sous le titre : Ein neuer Messias (Munich 1888). Ainsi, m�me sous le rapport philosophique, la direction des id�es de M. Seiling ne peut aucunement �tre consid�r�e comme favorable au spiritisme, car Mainl�nder, comme panth�iste et disciple de Schopenhauer, est compl�tement oppos� � toute doctrine acceptant la persistance du principe individuel apr�s la mort. La participation de M. Seiling � des s�ances de spiritisme, pour la premi�re fois de sa vie, n'a donc nullement �t� motiv�e par une pr�disposition en faveur de ces doctrines et de ces ph�nom�nes ; son t�moignage n'a �t� influenc� par aucun int�r�t pour ou contre leur r�alit�.
Mme Seiling et Mlle Tavaststjerna doivent aussi �tre consid�r�es comme d'excellents t�moins : d'une �ducation compl�te, d'un esprit positif et r�fl�chi, d'un caract�re calme et s�rieux, chacune de leurs paroles inspirait la plus grande confiance ; elles racontaient froidement ce qu'elles avaient vu et observ�, et on comprenait qu'il n'y avait l� ni exag�ration, ni imagination, ni opinion pr�con�ue.
Quant � Mlle Hjelt, il faut que je fasse faire � mes lecteurs plus ample connaissance avec elle. J'ai d�j� dit plus haut, que je fus impressionn� par l'exactitude avec laquelle Mlle Hjelt rendit compte de la s�ance en question. Sa connaissance personnelle ne fit que rehausser l'opinion que je m'�tais faite d'elle. J'eus le plaisir de voir devant moi la vivante incarnation de l'intelligence humaine, active, pratique et saine ; et cette impression fut pleinement confirm�e par les renseignements qui me furent donn�s sur cette dame. Ce fut elle qui introduisit en Finlande la menuiserie p�dagogique et qui ouvrit ainsi pour les femmes un nouveau champ de travail, celui de l'enseignement des travaux sur bois. Elle fonda, en 1885, � Helsingfors une institution p�dagogique de travaux sur bois, et y admit les enfants et les adultes des deux sexes, pris dans tous les rangs de la soci�t�. De plus, elle fonda l'an dernier � �ggeby pr�s d'Helsingfors, une usine � vapeur pour travaux d'�b�nisterie. Cet �tablissement confectionne des meubles, des appareils de gymnastique, des outils, etc... On voit que Mlle Hjelt n'�tait dispos�e, ni par nature, ni par vocation, � se laisser entra�ner vers le spiritisme avant d'avoir acquis des preuves ind�niables.
Je consid�re surtout comme un fait important que ces quatre t�moins avaient eu d�j�, auparavant Plusieurs s�ances avec Mme d�Esp�rance, car, lorsqu'on conna�t le genre et le mode des manifestations auxquelles on assiste, on apprend � �tudier leurs c�t�s faibles ou douteux et les points sur lesquels doit �tre concentr�e toute l'attention pour arriver � une conclusion d�finitive.
Le jour suivant, j'allai rendre visite au g�n�ral Toppelius, pour le remercier de l'aimable pr�venance qu'il avait eue � mon �gard, en me remettant d�s le d�but les t�moignages concernant ces s�ances, et pour lui poser encore quelques questions au sujet de Mme d'Esp�rance, qui, comme on le sait, demeurait chez lui. Je regrettai vivement que Madame, Mademoiselle et le capitaine Toppelius qui, tous avaient assist� � cette s�ance fussent absents de Helsingfors Je regrettai surtout de ne pas avoir trouv� le capitaine Toppelius, fils du g�n�ral, l'un des plus importants t�moins du ph�nom�ne de d�mat�rialisation, comme l'atteste son t�moignage sur cette question.
L�-dessus je me rendis chez le g�n�ral Sederholm, dont j'avais d�j� eu auparavant le plaisir de faire la connaissance.
Il y a quelques ann�es, il m'avait fait l'honneur de sa visite, pouss� par l'admiration que lui inspirait les �uvres de A. J. DAVIS et par le d�sir de me remercier de les avoir fait para�tre en langue allemande. Ce qu'il y a de remarquable, dans le cas pr�sent, c'est que Mme d�Esp�rance se rendit � Helsingfors � la suite de ses pri�res pressantes et r�p�t�es. Le g�n�ral se rendit m�me en personne � Gothenbourg, pour l'engager � venir. Mais la perspective de donner des s�ances au milieu de personnes inconnues, tr�s diff�rentes et tr�s peu vers�es dans le spiritisme, n'�tait pas faite pour l'engager � cette d�cision. Sans compter que cette absence de Gothenbourg qui devait lui prendre au moins un mois, (celui d'octobre ou de novembre) �tait fortement au d�triment des affaires de commerce qui lui �taient confi�es. Bref, Mme d'Esp�rance ne pouvait se d�cider � accepter cette invitation, lorsqu'un �v�nement changea ses sentiments. Elle m'�crivit alors ce qui suit, le 26 ao�t 95 :
�.... Nous avons eu l'agr�ment, il y a peu de temps, de recevoir la visite du g�n�ral-major Sederholm. Il nous a �t� sympathique � tous et nous avons eu grand plaisir � sa visite, si courte qu'elle ait �t�. Il aurait d�sir� quelques s�ances, mais elles ne purent �tre organis� alors, personne n'�tant � la maison et moi, me trouvant pas tr�s bien. Il nous a envoy� quelques livres qu'il a publi�s sur des sujets spiritualistes et qui sont �crits en su�dois. Cela a �t� pour nous tous une grande surprise de constater qu�il avait pouss� si loin l��tude de la question, et j�ai �t� aussi f�ch�e que confuse de lui avoir refus� mon concours pour de plus amples recherches lorsqu'il �tait ici. Je le regrette vraiment beaucoup et je t�cherai d'y rem�dier d�s que je le pourrai... �
Un peu plus tard, le 27 septembre, Mme d'Esp�rance m'�crivait :
�... L'�poque de ma visite � Helsingfors n'a pas encore �t� fix�e, et il m'est tr�s difficile de me d�gager. Pourtant j'ai le sentiment de n'avoir pas le droit de n�gliger une occasion favorable, d'agir pour la cause. Car je ne sais pas combien de temps je serai encore ici pour le faire et je serais tr�s malheureuse si j�avais � me reprocher d'avoir moins fait que je ne le pouvais �.
Et enfin le 11 octobre :
�... J'ai �crit, il y a un ou deux jours, � M. Sederholm pour lui dire que j'�tais tr�s pein�e de lui avoir refus� mon aide, lorsqu'il a �t� ici, mais que j'�tais maintenant � sa disposition. Ma conscience ne me laissait plus de repos �...
C'est ainsi qu'il arriva que Mme d�Esp�rance se rendit � Helsingfors et en fut r�compens�e par un article injurieusement insultant que le g�n�ral Sederholm publia dans la plus grande Revue de Helsingfors o� il donnait clairement � entendre que c'�tait bien Mme d�Esp�rance en personne qui remplissait le r�le des esprits. L'amour de la v�rit� aveugla m�me le g�n�ral au point qu'il oublia les r�gles les plus �l�mentaires de la convenance, et qu'il jeta, � la figure d'une femme de la plus haute distinction cette lourde injure avec son nom imprim� dans tous les journaux, sans prendre en consid�ration que Mme d�Esp�rance ne fait pas profession de sa m�diumnit� et qu'elle �tait venue � Helsingfors, sollicit�e par le g�n�ral, pour donner � quelques personnes s'int�ressant � la question quelques s�ances priv�es. Dans le fait M. Sederholm avait attendu toute autre chose de ces s�ances. �bloui probablement par les nouvelles arriv�es de Su�de sur les merveilleuses s�ances que Mme d�Esp�rance avait donn�es � Christiania il esp�rait obtenir les m�mes r�sultats, sans consid�rer toutes les peines pr�paratoires que le cercle de Christiania s'�tait donn�es pour parvenir � ces r�sultats.
Rien de plus compliqu�, de plus t�n�breux, de plus trompeur que ces ph�nom�nes de mat�rialisation ! Seule une longue observation dans des conditions exceptionnelles, nous force � admettre leur r�alit�. Mais l'existence du fait est encore loin de son explication. Il faut une �tude encore plus longue et en g�n�ral une forte exp�rience personnelle en spiritisme, pour constater que la mystification nous suit l� pas � pas, depuis le simple coup frapp� jusqu'au ph�nom�ne compliqu� de la mat�rialisation. Si les illusions et les d�ceptions ont �t� et sont encore le lot constant de la science humaine dans l'�tude des ph�nom�nes physiques de la nature, il faut reconna�tre qu'il y a encore bien plus d'illusions dans le domaine des recherches psychiques. Pendant des milliers d'ann�es nous avons cru au lever et au coucher du soleil ; mais combien de temps y a-t-il donc que nous l'avons compris ? De m�me en spiritisme... Nous voyons ces ph�nom�nes depuis un demi-si�cle et on les observera sans doute encore pendant bien des si�cles ; mais quand les comprendra-t-on ?
Les spirites exp�riment�s deviennent, plus ils le sont, de plus en plus r�serv�s sur la th�orie et surtout sur la doctrine du spiritisme. Mais les n�ophytes, les simples de c�ur, les d��us de la vie, les victimes des peines et des souffrances, qu'elle nous apporte, l'accueillent � bras ouverts. C'�taient �galement, dans ce cas particulier, les besoins du c�ur qui poussaient surtout le g�n�ral Sederholm � ces s�ances. Il cherchait une consolation, mais il ne voulait pas s'occuper d'une enqu�te sur le ph�nom�ne lui-m�me ; aussi sa d�ception fut-elle grande. L'honorable g�n�ral s'attendait � voir de suite appara�tre sa fille morte r�cemment, tandis qu'� sa place ne se montra que le double de la m�dium qui emprunta le nom de sa fille a�n�e. Les communications �crites choses si communes, si quotidiennes en spiritisme, sont pleines de personnifications analogues. Le g�n�ral avait tr�s probablement d�j� eu l'occasion de recevoir des communications de ce genre ; mais il n'avait pas jug� n�cessaire de d�masquer comme trompeurs les m�diums qui les lui avaient �crites. Une mystification �crite ou une fausse apparence nous g�ne moins qu'une mystification sous forme humaine.
Il semble que le g�n�ral n'ait pas �t� du tout au courant de ce qui a �t� remarqu� et publi� par les spirites sur la philosophie des mat�rialisations qui, le plus souvent, repr�sentent le double du m�dium. La forme mat�rialis�e peut avoir la m�me apparence que le m�dium et ce ne sera point encore l� une preuve de fraude de sa part. Le g�n�ral ignorait cela ! M� par un sentiment excusable, mais par une indignation inexcusable au point de vue d'une enqu�te s�rieuse et prudente, il s'empressa de produire son article qui attaquait l'honneur de Mme d�sesp�rance. Cet article excita bien � Helsingfors la plus vive protestation de la part de ceux qui avaient eu l'occasion d'observer les faits en contradiction directe avec les accusations du g�n�ral ; mais la protestation se localisa � Helsingfors, tandis que la calomnie se r�pandait dans le monde entier sans r�plique. Lors de mon entrevue avec le g�n�ral, j'eus l'occasion de me convaincre de son incomp�tence compl�te dans cette mati�re. Quand je lui eus expliqu� en quelques mots la question de la mat�rialisation comme je l'ai fait au chapitre Ier, et que je lui eus racont� ma rencontre avec Katie King, cela lui fit l'effet d'une r�v�lation. Et pourtant, il d�clarait avoir lu mon ouvrage � Animisme et Spiritisme � !
L�-dessus je me rendis chez le g�n�ral Galindo, que je connaissais depuis plusieurs ann�es. Il avait �t� mon compagnon de route lors de ma visite � Gothenbourg en 1890. C'�tait aussi un int�r�t de c�ur, un besoin de consolation et de secours dans les tristes �preuves de cette vie, qui l'avaient amen� au spiritisme. Il assista � cette �poque � quelques-unes de mes s�ances avec Mme d'Esp�rance mais il n'y trouva pas ce qu'il cherchait. Comme il s'int�ressait toujours � cette question, il prit part naturellement aux s�ances de Helsingfors. Le sachant observateur sceptique, mais d'un honn�te scepticisme, je le priai de me tenir au courant de ce qui se passerait, c'est ce qu'il fit, Mais il ne vit rien de satisfaisant, par suite du manque de lumi�re et m�me de l'obscurit� compl�te que Mme d�Esp�rance avait eu la faiblesse parfois d'autoriser � la pri�re des assistants pour donner plus d'intensit� aux ph�nom�nes, ph�nom�nes qui du reste �taient rien moins que favoris�s par l'�l�ment discordant de toutes sortes de n�ophytes. Lorsque j'interrogeai M. Galindo sur la s�ance en question, il me r�pondit qu'il y faisait trop sombre pour qu'il ait pu voir quelque chose. Comme il exprimait aussi divers doutes, je l'engageai � me donner son t�moignage �crit sans aucune r�serve ; mais comme on voit, il n'en a rien fait.
Pour compl�ter mon enqu�te il ne me restait plus, qu'� rendre visite � quelques t�moins, et sp�cialement � ceux qui faisaient partie des cinq qui avaient examin� la chaise. C'�taient M. Hertzberg et Boldt. Gr�ce � la complaisante entremise de M. Seiling, ces deux Messieurs eurent la bont� de venir me trouver encore le m�me soir � l'h�tel. M. et Mme Seiling, Mlles Hjelt et Tavaststjerna eurent l'amabilit� de se joindre � nous et, ainsi r�unis, nous examin�mes encore le pour et le contre de ce fait si extraordinaire.
Sur ma demande M. Hertzberg me montra sur une chaise la mani�re dont il avait palp� la chaise sur laquelle se trouvait Mme d'Esp�rance au moment de sa d�mat�rialisation. Il dirigea ses mains sur tout le si�ge, m�me jusqu'au dossier ; et comme, n'en croyant pas mes yeux, je r�p�tais ma question : � Quoi ! Etes-vous s�r d'avoir �t� avec vos mains jusqu'au si�ge ? � Il r�pondit : � Oui tr�s exactement comme je viens de vous le montrer �.
- � Et est-ce vous qui avez donn� � boire � Mme d'Esp�rance pendant le ph�nom�ne ?�
- � Oui �.
- � Avez-vous vu sa t�te, ses bras, son buste, comme s'ils appartenaient � une personne assise sur la chaise ? �
- � Oui, certainement ; mais pour dire vrai, je n'ai pas observ� le fait avec l'attention critique qu'il m�ritait ; repr�sentez-vous que j'�tais � ce moment sous l'impression (on le comprendra facilement), que tout cela ne pouvait �tre s�rieux �.
- � Et ne vous �tes-vous pas assur� en mettant votre main derri�re la chaise, qu'il ne se trouvait pas quelqu'un l�, derri�re ? �.
� J'ai bien pens� que j'aurais d� le faire, mais pr�cis�ment pour la raison d�j� indiqu�e je ne l'ai pas fait �.
Dans un long entretien que j'eus encore avec M. Hertzberg il me donne d'int�ressants d�tails sur les s�ances de Mme d�Esp�rance auxquelles il avait assist�. Plusieurs ph�nom�nes �taient aussi extraordinaires que d�cisifs, car il avait r�ussi � constater la simultan�it� des ph�nom�nes et de la pr�sence de la m�dium. D'autres lui parurent de nouveau douteux ; par exemple, lorsqu'il r�ussit avec sa main � constater l'absence du corps de la m�dium sur la chaise o� il aurait d� se trouver. Mais maintenant, ajoutait-il, certaines r�flexions le for�aient � conclure que cela pouvait ne pas �tre encore une preuve de fraude de la part de la m�dium.
M. Boldt ne put me donner de t�moignage certain, car il n'avait touch� la chaise que h�tivement et partiellement. Tout ce qu'il put me dire c'est que rien dans la tenue de la m�dium sur sa chaise ne lui avait paru irr�gulier.
Je ne suis pas arriv� � rencontrer M. L�nnboin, mais je priai M. Hertzberg qui l'avait introduit � cette s�ance, de le d�cider � me donner un t�moignage par �crit. Mais comme on l'a vu, nous n'ayons pas � relater un succ�s.
Le lendemain je rentrai � Saint-P�tersbourg, tr�s content du r�sultat de mon enqu�te et me f�licitant que mon �tat maladif m'e�t laiss� quelques jours de r�pit pour la mettre � ex�cution.
Quelle conclusion dois-je tirer de tout ce qui pr�c�de ? Pour r�pondre � cette question r�sumons les raisons invoqu�es pour et contre l'authenticit� du ph�nom�ne en question :
1° La premi�re objection est que c'est Mme d'Esp�rance elle-m�me qui a dirig� les mains qui ont t�t� la chaise et qu'ainsi l'examen n'a pas �t� libre.
Cette objection est sans doute s�rieuse. Mais mettons-nous un moment � la place de Mme d'Esp�rance et admettons l'authenticit� du ph�nom�ne. Peut-on se trouver pendant ce temps dans un �tat normal ? L'impr�vu, l'�tranget� du ph�nom�ne et la peur, devaient plonger son esprit dans une horreur et un trouble indicibles ; c'�tait une question de vie ou de mort. Aussi, comprenons-nous tr�s bien l'�tat de surexcitation nerveuse et de terreur par lequel Mme d'Esp�rance d�clare avoir pass� et que vraiment � en cet instant elle ne songeait pas trop � ce qu'elle faisait �. Et si, d'une part, nous prenons en consid�ration la terrible douleur �prouv�e par Mme d�Esp�rance au moindre attouchement de � ce qui pouvait bien �tre une partie de son corps � (douleur qui lui faisait faire la comparaison que ses nerfs �taient � nu et touch�s brutalement), et, d'autre part, la situation d�licate et difficile pour une dame qui engage des Messieurs � s'approcher et � constater la disparition de ses genoux et de ses cuisses, nous trouverons bien naturel que Mme d'Esp�rance ait pris leurs mains pour leur faire t�ter la chaise sur laquelle elle �tait assise. On est confondu qu'elle ait eu encore assez de pr�sence d'esprit pour comprendre toute l'importance du ph�nom�ne et qu'elle ait song� � le faire constater autant que possible.
Quoiqu'il en soit cette objection tombe devant l'affirmation certaine de deux t�moins, M. Seiling et M. Hertzberg qui, quoique leurs mains aient �t� tenues par celle de Mme d�Esp�rance, ont examin� toute la surface du si�ge, m�me jusqu'au dossier.
2° La deuxi�me objection est qu�aucun des t�moins ne s'est assur� par le toucher ou la vue qu'il n'y avait personne derri�re la chaise de la m�dium, durant la disparition des pieds.
L'objection est s�rieuse, mais compl�tement r�fut�e par les t�moignages concordants de six personnes, dont deux, (M. Seiling et M. Hertzberg) assurent avoir bien vu Mme d'Esp�rance sur sa chaise pendant qu'ils faisaient leur examen, et une (le capitaine Toppelius) affirme que non seulement il a vu toute la partie sup�rieure du corps de la m�dium sur la chaise, mais encore qu'il l'a t�t� avec ses deux mains depuis les �paules jusqu'en bas � des deux c�t�s en descendant. � Que veut-on de plus �vident ? Nous avons encore les t�moignages de trois observateurs, Mme Seiling, Mlle Hjelt et Mlle Tavaststjerna, qui certifient avoir vu la m�dium durant toute la s�ance sur sa chaise et sp�cialement pendant la d�mat�rialisation ; qui ont en outre remarqu� que la robe pendait verticalement contre la chaise, et qu'elle s'�tait ensuite remplie de nouveau, sans que la m�dium bouge�t de sa place. Les t�moignages de ceux qui n'ont rien vu de tout cela, ne peuvent pourtant en, aucun cas, diminuer les attestations si certaines et si explicites de ceux qui ont vu.
La 3ème objection pourrait �tre qu'une pareille disparition de la moiti� d'un corps vivant o� auraient disparu pour tout un quart d'heure la chair, les os, le sang, est une impossibilit�, une anomalie, une absurdit�. Comment l'autre moiti� du corps aurait-elle pu vivre, parler, boire de l'eau dans un tel �tat, etc., etc. ?
Je comprends parfaitement la force de cette objection et tout ce qu'il y a d'extraordinaire physiologiquement � admettre un pareil ph�nom�ne. Mais, au point de vue ordinaire, tous les ph�nom�nes du spiritisme sont des impossibilit�s et, comme on se pla�t � le r�p�ter, en opposition directe avec les lois �ternelles de la nature. Les mouvements spontan�s d'objets, l'apparition momentan�e d'une main tout � fait plastique... ce sont pourtant de pures absurdit�s, de pures impossibilit�s. A cela le spiritisme ne peut rien r�pliquer, si ce n'est que ce sont des faits constat�s par des milliers de personnes et qu'il faut les �tudier.
Pour le cas pr�sent, la seule objection s�rieuse, c'est que le fait est unique. Cela est vrai et il est tr�s d�sirable qu'il soit possible de l'examiner encore plusieurs fois.
Apr�s ces objections que je consid�re comme suffisamment r�fut�es, il faut que je pr�sente encore les r�flexions suivantes en faveur du ph�nom�ne.
1° Un point de grande importance, � mon avis, est la concordance de ce ph�nom�ne avec la th�orie spirite g�n�rale sur les ph�nom�nes de ce genre et, en g�n�ral, avec les faits sp�ciaux et les hypoth�ses que j'ai d�j� d�velopp�s. Si Mme d'Esp�rance s'�tait simplement permis une plaisanterie, il aurait pu se faire qu�elle ait �t� en contradiction avec toutes les observations et sp�culations spiritiques ant�rieures. Son miracle n'eut donc �t� ni historiquement ni logiquement soutenable, et elle-m�me se serait rendue ridicule. Le dit ph�nom�ne devait se trouver dans la � ligne de prolongation � du principe, ainsi que s'exprime M du Prel ; et cela est, en effet, le cas.
2� Dans la circonstance actuelle, la meilleure preuve de l'enti�re bonne foi de Mme d�Esp�rance r�side dans le fait que, se m�fiant d'elle-m�me, craignant une illusion de ses sens, elle ne s'empresse pas de crier au miracle. Ce n'est pas elle qui s'�crie � je n'ai plus de jambes � comme le pr�tend M Schoult, mais elle appelle aussit�t M. Seiling, sans rien faire conna�tre de ce qui s'est produit et le prie de bien examiner la chaise et de lui dire si r�ellement elle est assise dessus. En faisant de cette mani�re conna�tre de suite - ce qui est tr�s important, le fait qui, pour elle, �tait un ph�nom�ne r�el et qui, maintenant, semble aux autres un tour d'adresse, en le faisant examiner au moment o� il s'est produit, elle s'�tait mise � la merci des autres, avait br�l� ses vaisseaux. Car certainement, si elle avait voulu jouer un tour d'�tourdie ; si elle avait pu, � force d'adresse acquise, se placer derri�re la chaise sans �tre remarqu�e, au moment o� l'attention de personne n'�tait port�e de ce c�t� (comme l'a d�clar� M. Sederholm), elle aurait compris qu'apr�s avoir attir� l'attention de tous les assistants, et sp�cialement des personnes les plus rapproch�es d'elle, sur elle-m�me, son retour sur sa chaise sans que personne le remarqu�t, �tait une impossibilit�. Si elle avait voulu plonger le monde dans la stupeur par ce miracle, par ce petit tour, elle se serait absolument d�masqu�e elle-m�me.
3� Mon enqu�te sur place m'a procur� entre autres choses un t�moignage qui, quoique muet, est tr�s �loquent contre l'ex�cution d'un pareil tour. Ce sont les conditions purement physiques de l'emplacement o� un pareil tour aurait d� �tre ex�cut�. De fait, les voisins de droite et de gauche se trouvaient si rapproch�s de la m�dium que son passage pour se placer derri�re la chaise sans heurter les pieds des voisins �tait mat�riellement impossible. En outre, la m�dium aurait d� se lever de son si�ge pour op�rer le changement de position en question ; et les t�moins sont unanimes sur ce point que la m�dium n'a jamais quitt� la position assise qu'elle avait prise d�s le d�but de la s�ance ce qui e�t �t� facilement remarqu�, surtout � proximit�, � cause du v�tement blanc de la m�dium.
4� Je ne puis passer ici sous silence une observation personnelle, mais qui est pour moi de grande importance.
Il est certain, si extraordinaire que cela paraisse, que Mme d'Esp�rance ne boit jamais d'eau, ni pendant, ni en dehors de ses repas. Elle ne boit qu'aux s�ances de mat�rialisation, et alors beaucoup. Je le savais parce qu'elle m'en avait fait part et aussi par mes observations au temps o� elle a demeur� chez moi. Bien des gens savent qu'une carafe pleine d'eau est n�cessaire pour ses s�ances. Bien des gens aussi savent que pr�cis�ment quand la s�ance est bonne, quand les mat�rialisations sont en train, Mme d�Esp�rance boit beaucoup, et, en g�n�ral, apr�s chaque apparition d'une figure enti�rement form�e ; mais peu de gens savent que, hors de ces circonstances, elle ne boit jamais d'eau. Pour moi je vois dans le fait que, pr�cis�ment pendant le quart d'heure o� l'on annon�a la disparition partielle de son corps, elle but de l'eau, la preuve qu'il se produisait � ce moment un processus de d�mat�rialisation. Car il est clair que cette d�mat�rialisation de son corps est un ph�nom�ne concomitant habituel des mat�rialisations qui se produisent � ses s�ances, mais dont elle ne se rend pas compte g�n�ralement, et que cette soif intense, pr�cis�ment pendant ce ph�nom�ne, est motiv�e par l'�norme perte de fluide vital qui probablement, a lieu dans son corps.
5� Enfin, devons-nous n�gliger l'�tat de tension nerveuse pleine de terreur et de souffrance, dans lequel se trouvait Mme d�Esp�rance pendant ces �v�nements, dont elle nous parle elle-m�me et que confirment ceux qui l'ont examin�e de pr�s ; de m�me que son �tat d'extr�me prostration tout de suite apr�s la s�ance, qui a tant frapp� le g�n�ral Sederholm ? N'�tait-ce aussi qu'une com�die bien jou�e ? Et dans quel but ? Les mat�rialisations ne sont pas, en temps ordinaire, accompagn�es de douleurs. Mon avis est qu'on ne peut lire le t�moignage si simple de Mme d�Esp�rance sans avoir l'impression qu'il est sinc�re. Et quand elle dit: � ma nervosit� et ma crainte augmentaient chaque minute, � tel point, que je me trouvais terriblement mal � mon aise �, j'en suis tr�s convaincu.
Pendant mon long s�jour � Gothenbourg, j'ai appris � conna�tre Mme d�Esp�rance comme une femme profond�ment sinc�re et v�ridique ; aussi n'ai-je pas la moindre raison de mettre en doute ce qu'elle dit sur ce cas extraordinaire.
Ecrivant ceci un an apr�s l'�v�nement je ne puis plus ignorer les suites f�cheuses que cet �v�nement a eues sur sa sant� en g�n�ral et sur ses facult�s m�diumniques en particulier ; � tel point que toute trace de m�diumnit�, jusqu'� la simple �criture, dispar�t compl�tement en elle. Pendant trois mois, plus rien ; elle d�t croire qu'elle l'avait perdue � tout jamais. L'�branlement des nerfs avait �t� si grand que Mme d�Esp�rance n'avait pu, durant tout ce temps, retourner aux affaires qu'elle avait quitt�es pour se rendre � Helsingfors ; le plus petit travail intellectuel d�passait ses forces.
Son s�jour en Bavi�re semble la r�tablir ; mais, � peine est-elle de retour � Gothenbourg, que la prostration la reprend. Tout cela n'existe pas pour MM. Sederholm et compagnie : Mme d�Esp�rance est revenue et r�partie ; le ph�nom�ne en question n'est qu'un habile tour d'adresse dont on se souvient pour en rire. Mais, pour Mme d�Esp�rance les suites premi�res de ce soi-disant tour d'adresse sont une triste et longue r�alit� ; quant � moi, tenu au courant des tortures qu'elle a endur�es, je ne saurais les passer sous silence et je vois en elles la preuve la plus positive que le fait en question �tait tout autre chose qu'une plaisanterie.
Maintenant, en faisant la somme des donn�es contre le ph�nom�ne et en sa faveur, je suis oblig� de conclure que le pour l'emporte sur le contre et que ce ph�nom�ne a v�ritablement eu lieu.
Je comprends tr�s bien qu'un pareil fait semble fabuleux, incroyable, m�me pour nous autres spirites, sans parler de ceux du dehors qui me tiendront de toute mani�re pour fou ; mais si nous admettons le ph�nom�ne des mat�rialisations - et ceci est un fait indiscutable pour nous - le ph�nom�ne de la d�mat�rialisation en est la suite logique ind�niable
Mes sp�culations du chapitre premier � propos de l'apparition de Katie King, me semblent parfaitement logiques et acceptables et donnent la clef de la possibilit� logique du ph�nom�ne en question. Mais pourquoi nous r�pugne-t-il donc tant ? Parce que un ph�nom�ne extraordinaire est toujours plus acceptable sous forme de d�sid�ratum logique, que lorsque nous le voyons de nos yeux et que nous le touchons de nos propres mains.
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