Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec


TROISIEME PARTIE

GRANDEURS ET MISERES DE LA MEDIUMNITE

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XXII. PRATIQUE ET DANGERS DE LA MEDIUMNITE.


Apr�s avoir longtemps ni� la r�alit� des ph�nom�nes spirites, de nombreux contradicteurs, vaincus par l��vidence, changent maintenant de tactique et nous disent : Oui, le spiritisme est vrai, mais la pratique est pleine de dangers.

On ne saurait contester que le spiritisme pr�sente des �cueils aux imprudents qui, sans �tudes pr�alables, sans pr�paration, sans m�thode, sans protection efficace, se livrent aux recherches occultes. Faisant de l�exp�rimentation un jeu, un amusement frivole, ils attirent � eux les �l�ments inf�rieurs du monde invisible, dont ils subissent fatalement les influences.

Toutefois, ces dangers ont �t� fort exag�r�s. En toutes choses, il y a des pr�cautions � prendre. La physique, la chimie, la m�decine exigent aussi des �tudes prolong�es, et l�ignorant qui voudrait manier des substances chimiques, des explosifs ou des toxiques, exposerait par cela m�me sa sant� et sa vie. Il n�est pas une seule chose, suivant l�usage que nous en ferons, qui ne soit bonne ou mauvaise. Il est injuste, en tout cas, de faire ressortir le mauvais c�t� des pratiques spirites, sans signaler les bienfaits qui en d�coulent et qui l�emportent de beaucoup sur les abus et les d�ceptions.

Aucun progr�s, aucune d�couverte ne se r�alise sans risques. Si l�on avait refus�, depuis l�origine des temps, de s�aventurer sur l�oc�an parce que la navigation comporte des p�rils, qu�en serait-il r�sult� ? L�humanit�, fragment�e en familles diverses, se serait confin�e sur les continents et aurait perdu tout le profit qu�elle retire des voyages et des �changes. Le monde invisible est aussi un vaste et profond oc�an sem� d��cueils, mais plein de richesses et de vie. Derri�re le voile de l�Au-del� s�agitent des foules innombrables que nous avons int�r�t � conna�tre, car elles sont d�positaires du secret de notre propre avenir. De l�, la n�cessit� d��tudier, d�explorer ce monde invisible, de mettre en valeur les forces, les ressources in�puisables qu�il contient, ressources pr�s desquelles celles de la terre para�tront un jour bien restreintes.

D�ailleurs, quand bien m�me nous nous d�sint�resserions du monde invisible, celui-ci ne se d�sint�resse pas de nous pour cela. Son action sur l�humanit� est constante. Nous sommes soumis � ses influences, � ses suggestions. Vouloir l�ignorer, c�est rester d�sarm� devant lui. Tandis que, par une �tude m�thodique, nous apprenons � attirer � nous les forces bienfaisantes qu�il renferme ; nous apprenons � �carter les influences mauvaises, � r�agir contre elles par la volont� et la pri�re. Tout d�pend du mode d�emploi et de la direction imprim�e � nos forces mentales. Et combien de maux dont la cause nous �chappe, parce que nous voulons ignorer ces choses et qui pourraient �tre �vit�s par une �tude consciencieuse et approfondie du monde des Esprits !

La plupart des n�vros�s et des hallucin�s, trait�s sans succ�s par la m�decine officielle, ne sont que des obs�d�s, susceptibles d��tre gu�ris par les pratiques spirites et magn�tiques[1].

Dieu a plac� l�homme au milieu d�un oc�an de vie, d�un r�servoir in�puisable de forces et de puissances. Et il lui a donn� l�intelligence, la raison, la conscience, pour apprendre � conna�tre ces forces, � les conqu�rir, � les utiliser. C�est par cet exercice constant que nous nous d�velopperons nous-m�mes et arriverons � �tablir notre empire sur la nature, la domination de la pens�e sur la mati�re, le r�gne de l�esprit sur le monde.

C�est le but le plus �lev� que nous puissions assigner � notre vie. Au lieu d�en d�tourner l�homme, apprenons-lui � le poursuivre sans h�sitation. �tudions, scrutons l�univers sous tous ses aspects, sous toutes ses formes. Savoir est le bien supr�me, et tous les maux viennent de l�ignorance.

Les difficult�s d�exp�rimentation proviennent de ce que nos contemporains, en g�n�ral, n�ont pas la moindre notion des lois psychiques et sont, en outre, dans l�incapacit� de les �tudier avec fruit, par suite des dispositions d�esprit r�sultant d�une mauvaise �ducation. Par leurs pr�jug�s, leur pr�somption, leur scepticisme gouailleur, ils �loignent d�eux les influences favorables.

Dans ces conditions, il se peut que l�exp�rimentation spirite soit pleine d�emb�ches, mais elle le sera bien plus pour les m�diums que pour les observateurs. Le m�dium est un �tre nerveux, sensible, impressionnable ; il a besoin de se sentir envelopp� d�une atmosph�re de paix, de calme, de bienveillance, que la pr�sence des Esprits avanc�s peut seule cr�er. L�action fluidique prolong�e des Esprits inf�rieurs peut lui �tre funeste, ruiner sa sant�, en provoquant les ph�nom�nes d�obsession et de possession dont nous avons parl�. Ces cas sont nombreux. Allan Kardec les a �tudi�s et signal�s[2]. Apr�s lui, Eug. Nus en a relat� d�autres[3]. Nous en citerons de plus r�cents. Quelques-uns vont jusqu�� la d�mence. On en a tir� argument contre le spiritisme. En r�alit�, ils d�coulent simplement de la l�g�ret� et du manque de pr�caution des exp�rimentateurs, et ne prouvent rien contre le principe. Partout, dans le spiritisme, � c�t� du mal se trouve le rem�de.

Il faut, disions-nous, s�entourer de pr�cautions dans la pratique de la m�diumnit�. Les routes que le spiritisme trace entre le monde occulte et le n�tre peuvent servir de moyens d�invasion aux �mes perverses qui flottent dans notre atmosph�re, si nous ne savons leur opposer une garde vigilante et s�re. Bien des �mes tendres et sensibles, incarn�es sur la terre, ont souffert de leur commerce avec ces Esprits malsains, que leurs d�sirs, leurs app�tits, leurs regrets, ram�nent sans cesse pr�s de nous.

Les �mes �lev�es savent, par leurs conseils, nous garantir des abus, des dangers, et nous guider dans les voies de la sagesse ; mais leur protection sera insuffisante, si, nous ne faisons effort pour nous am�liorer par nous-m�mes. C�est la destin�e de l�homme de d�velopper ses propres forces, de construire lui-m�me son intelligence et sa conscience. Il faut que nous sachions atteindre un �tat moral qui �te toute prise sur nous aux individualit�s inf�rieures. Sans cela, la pr�sence de nos guides sera impuissante � nous sauvegarder. Au contraire, la lumi�re qu�ils font autour de nous attirera les Esprits de l�ab�me, comme la lampe allum�e au sein de la nuit attire les phal�nes, les oiseaux nocturnes, tous les habitants ail�s de l�ombre.

Nous avons parl� des obsessions ; en voici quelques exemples :

Le m�dium Philippe Randone, dit la M�dianita, de Rome[4], est en butte aux mauvais proc�d�s d�un Esprit, d�sign� sous le nom d�uomo fui, qui s�est efforc�, plusieurs fois, de l��touffer la nuit sous une pyramide de meubles qu�il s�amuse � transporter sur son lit. En pleine s�ance, il s�empare violemment de Randone et le jette � terre, au risque de le tuer. Jusqu�ici on n�a pu d�barrasser le m�dium de cet h�te dangereux.

En revanche, la revue Luz y Union, de Barcelone (d�cembre 1902), rapporte qu�une malheureuse m�re de famille, pouss�e au crime sur son mari et ses enfants par une influence occulte, en proie � des acc�s de fureur contre lesquels les moyens ordinaires �taient rest�s impuissants, fut gu�rie en deux mois par suite de l��vocation et de la conversion de l�Esprit obsesseur, au moyen de la persuasion et de la pri�re. Il est certain que des r�sultats analogues seraient obtenus, dans bien des, cas, � l�aide des m�mes proc�d�s.

La plupart des Esprits qui interviennent dans les ph�nom�nes de hantise peuvent �tre class�s parmi les obsesseurs.

Le revenant de Valence-en-Brie (1896), qui bouleversait les meubles dans la maison de M. Leb�gue, et dont la voix se  faisait entendre depuis la cave jusqu�au grenier, injuriant les habitants, se r�pandant en paroles grossi�res, en expressions stercoraires, est le type de ces manifestants de bas �tage.

Les Psychische Studien, d�ao�t 1891, signalent un cas analogue. Une pauvre femme de Goepingen, �g�e de 50 ans, �tait hant�e par l�Esprit de son mari, qui, apr�s l�avoir abandonn�e pour aller en Am�rique avec une autre femme, avait tu� sa ma�tresse, puis s��tait suicid�. Il produisait dans la chambre de sa veuve des bruits continuels et vari�s, et privait de sommeil les locataires voisins. Elle le reconnaissait � la voix ; elle dut changer plusieurs fois de domicile, mais inutilement. L�Esprit la suivait partout. Il se glissait la nuit dans son lit, la poussait violemment et lui tirait les cheveux. Une fois, il la br�la si fort, qu�elle en porta la marque pendant quinze jours.

Ces mauvais Esprits ne sont, en g�n�ral, que des ignorants, et on peut les ramener dans la voie du bien par la douceur, la patience, la persuasion. Il en est aussi de m�chants, d�endurcis et m�me de redoutables, qu�on ne saurait braver impun�ment, si l�on n�est arm� de volont�, de foi, de moralit�. Il est bon de le redire : la loi de rapport r�gle toutes choses dans le domaine de l�invisible. Nos contacts avec le monde ultra-terrestre varient � l�infini, suivant la nature de nos pens�es et de nos fluides. Ceux-ci sont des aimants puissants pour le bien ou pour le mal. Par eux, nous pouvons nous associer � ce qu�il y a de meilleur ou de pire dans l�Au-del�, et provoquer autour de nous les manifestations les plus sublimes ou les ph�nom�nes les plus r�pugnants.

Citons encore deux cas int�ressants d�obsession, qu�on put faire cesser par des proc�d�s divers. Les Annales des Sciences psychiques de janvier 1911 rapportent le fait suivant, attest� par M. E. Magnin, professeur � l��cole de Magn�tisme :

� Une jeune femme, atteinte de maux de t�te d�origine neurasth�nique, auxquels depuis plusieurs ann�es une obsession de suicide s��tait ajout�e, vint me consulter. Un examen attentif me r�v�la un organisme sans aucune tare physique. Le c�t� psychique, au contraire, laissait beaucoup � d�sirer : �motif, fantasque, facilement suggestible. La malade insistait sur une angoisse � affolante �, disait-elle, � la nuque, avec une sensation de pesanteur parfois intol�rable sur les �paules ; � ces moments, elle �tait prise d�une envie presque irr�sistible de se tuer.

� Au cours d�une longue conversation, la malade me confia qu�avant son mariage elle avait �t� courtis�e par un officier qu�elle aimait, mais que des raisons de famille l�emp�ch�rent d��pouser. Ce dernier �tait mort depuis et, peu de temps apr�s, cette obsession d�en finir avec la vie s��tait empar�e d�elle. L� r�sidait sans doute l�origine de cette id�e obs�dante, et un traitement psychoth�rapique s�imposait. Plusieurs s�ances � l��tat de veille eurent lieu sans succ�s ; je proc�dai ensuite � des essais de r��ducation dans l�hypnose � magn�tique � et n�obtins aucune am�lioration ; des suggestions imp�ratives dans le sommeil � hypnotique � ne donn�rent pas non plus de r�sultats appr�ciables.

Je d�cidai, avec le consentement du mari, mais � l�insu de la malade, d�op�rer par l�interm�diaire � d�un m�dium � que j��tudiais depuis quelque temps et qui souvent m�avait stup�fait par la nettet� des clich�s visuels que son don de � voyante � lui permettait de me d�crire. Je ne dis pas un mot de la situation au m�dium. Je ne la mis en pr�sence de la malade qu�apr�s avoir endormi cette derni�re. Je l�avertis que je ne lui poserais aucune question et qu�elle n�aurait qu�� me d�crire le plus simplement possible ce que ses dons de vue psychique lui feraient voir.

� A peine fut-elle introduite aupr�s de la malade, endormie dans un fauteuil, qu�elle me d�crivit un �tre qui paraissait � agripp� � sur le dos de la patiente. Sans laisser percevoir mon �tonnement ni le grand int�r�t que pr�sentait cette constatation, je priai la voyante de pr�ciser la position exacte de cet �tre invisible pour moi. � De sa main droite, dit-elle, il enserre la nuque de la malade et de sa main gauche il cache son propre front. � puis, suffoqu�e par l��motion, elle s��cria : � Il s�est suicid� et il veut qu�elle le rejoigne. � A ma demande, elle me d�crivit, la physionomie, l�expression : � un regard bien �trange, �, dit-elle. Le m�dium et moi, p�mes causer avec cet �tre. Ma conversation fut longue et tourment�e ; j��prouvai un soulagement et une r�elle satisfaction en apprenant du m�dium, que mes arguments avaient convaincu le � revenant � et que, pris de piti�, il promettait de laisser sa victime en paix.

� Je ne r�veillai la patiente que deux heures apr�s le d�part du m�dium. Je ne lui r�v�lai pas un seul mot de l�exp�rience, qu�elle devait toujours ignorer. En me quittant, elle me dit : � Je me sens aujourd�hui tr�s soulag�e. �

� Le surlendemain, elle revint me voir ; elle �tait transform�e. Son expression, son attitude, sa toilette, tout d�notait un revirement de ses pens�es ; son naturel, sa gaiet�, son go�t pour les arts �taient revenus d�un jour � l�autre ; son mari ne la reconnaissait plus, tant le changement avait �t� brusque.

� Depuis cette exp�rience, cette jeune femme n�a plus jamais ressenti ni l�angoisse � la nuque, ni la sensation physique de poids sur les �paules, ni l�obsession psychique du suicide ; sa sant� fut en tous points parfaite jusqu�� ce jour.

� Une enqu�te discr�te m�apprit que cet officier n��tait pas mort d�une fi�vre infectieuse, ainsi qu�on le croyait dans son entourage, mais qu�il s��tait bien r�ellement suicid� d�une balle dans la t�te. La nature du caract�re �tait absolument celle d�crite par le m�dium et son regard � �trange � expliqu� par un tr�s l�ger strabisme. �

Dans Luce e Ombra, de janvier 1905, Enrico Carreras rend compte des luttes d�influence qui se produisaient, au cours des s�ances donn�es par le m�dium Politi, entre l�Esprit protecteur Ranuzzi et l�observateur Spavento :

� Je me rappelle qu�un soir, au milieu de l�obscurit�, me trouvant seul en face de lui parce que mes deux compagnons d��tude s��taient enfuis �pouvant�s, je dus soutenir contre le m�dium, dont Spavento s��tait empar�, une lutte acharn�e, dans laquelle je dus faire appel � toute la force dont je suis dou�.

� J�ai tenu � dire tout ceci, pour montrer aux novices que le spiritisme n�est pas une chose que l�on doive prendre en plaisantant, car il peut entra�ner de graves cons�quences, et aussi pour montrer aux professeurs de l��cole mat�rialiste combien sont loin des inoffensives personnalit�s secondes de Binet et de P. Janet ces personnalit�s m�dianimiques ou, pour mieux dire, spirites, capables de produire les ph�nom�nes signal�s ci-dessus, sans compter tant d�autres, comme les hurlements d�animaux entendus jusque dans la rue et r�p�t�s, les sifflements aigus, les explosions violentes, qui se produisaient dans une maison voisine de la n�tre et qui �tait inhabit�e, etc.

� Le syst�me que nous avions adopt� et la collaboration assidue de Ranuzzi, qui s�effor�ait de calmer Spavento d�une part, et de l�autre de soutenir le m�dium, en se mat�rialisant la nuit dans sa chambre et en lui adressant des paroles d�encouragement, en le conseillant, en lui transmettant de bons fluides ; cette tactique, disons-nous, ne tarda pas � produire ses bons effets.

� Petit � petit, Spavento se modifia, aussi bien dans ses manifestations physiques que dans son moral. Il abandonna son premier nom pour prendre celui de C�sar et devint, � notre grande satisfaction, un de nos plus chers amis invisibles. Peut-�tre aurai-je bient�t l�occasion de montrer � mes fid�les lecteurs comment se produisit cette lente transformation, qui nous a co�t� assez de peines, mais dont nous avons �t� largement r�compens�s. �

Par quels moyens peut-on pr�server les m�diums des p�rils de l�obsession ? En les entourant d�une atmosph�re de paix, de recueillement, de s�curit� morale, en formant, par l�union des volont�s, un faisceau de forces magn�tiques. Le m�dium doit se sentir soutenu, prot�g�. Il ne faut pas n�gliger la pri�re. Les pens�es sont des forces, d�autant plus puissantes qu�elles sont plus pures et plus �lev�es. La pri�re, aid�e par l�union des volont�s, oppose une barri�re fluidique infranchissable aux Entit�s inf�rieures.

Le m�dium, de son c�t�, doit r�sister par la pens�e et la volont� � toute tentative d�obsession et s�affranchir des dominations suspectes. Il est plus facile de pr�venir que de gu�rir. Les cas d�incorporation, surtout, pr�sentent des dangers. Aussi le m�dium ne doit abandonner son corps � d�autres �mes que sous la surveillance et le contr�le d�un guide �clair�.

C�est une erreur et un abus de croire que le m�dium doit toujours �tre passif et soumis sans r�serve aux influences ambiantes, Le m�dium n�est pas un sujet servile, comme ces malades sensitifs assujettis aux exp�riences de certains sp�cialistes : c�est un missionnaire, dont la conscience et la volont� ne doivent jamais s�annihiler, mais s�exercer sagement et ne se plier qu�� bon escient, et apr�s examen, � la direction occulte qui lui est imprim�e. Quand les influences ressenties lui paraissent mauvaises et d�g�n�rent en obsession, le m�dium ne doit pas h�siter � changer de milieu, ou tout au moins � �loigner de lui les personnes qui semblent favoriser ou attirer ces influences.

En �cartant les causes d�obsession, on �loigne en m�me temps les causes de maladie. Ce sont les fluides impurs qui alt�rent la sant� des m�diums, troublent et amoindrissent leurs plus belles facult�s.

 Dans les ph�nom�nes d�incorporation, on abuse souvent du magn�tisme humain. L�action fluidique d�un homme de bien, de m�urs pures et de pens�es hautes, seule, peut �tre accept�e. Le m�dium, en toutes circonstances, doit se placer sous la protection de son guide spirituel, qui, s�il est �lev� et �nergique, saura �loigner de lui tous les �l�ments de trouble, toutes les causes de souffrance. Somme toute, les mauvais Esprits ne peuvent agir sur nous que dans la mesure o� nous leur laissons prise. Quand la raison est droite, le c�ur pur, la volont� ferme, leurs efforts sont vains.

Une protection occulte efficace, avons-nous dit, est la condition essentielle du succ�s dans le domaine de l�exp�rimentation. Aucun groupe ne saurait s�en passer. Les faits le d�montrent, et tous les m�diums qui ont publi� leurs impressions, leurs souvenirs, en fournissent le t�moignage.

Mme d�Esp�rance d�die son livre : Au Pays de l�ombre, � son guide spirituel, Hummur Stafford, � dont la main directrice, quoique invisible, et dont les sages conseils, ont �t� sa force et sa consolation pendant le voyage de la vie �.

Mme Piper, affaiblie et rendue malade par le contact d'Esprits inf�rieurs, dut son r�tablissement et la bonne direction de ses travaux � l�intervention ferme et vigoureuse des Esprits Imperator, Doctor et Rector. Gr�ce � eux, de confuses qu�elles �taient les exp�riences redevinrent aussit�t claires, pr�cises, convaincantes[5].

On pourrait multiplier ces exemples. Allan Kardec a constitu� la doctrine spirite � l�aide de r�v�lations �manant d�Esprits sup�rieurs. Dans notre propre groupe, c�est gr�ce à l�influence d�Esprits �lev�s que nous obt�nmes les beaux ph�nom�nes relat�s plus haut. Ce fut, seulement, il est vrai, apr�s une longue p�riode d�attente et de pers�v�rants essais que ce secours nous fut accord�. Dans cet ordre de faits, on obtient ce qu�on a su m�riter par une patience longtemps mise � l��preuve et un d�sint�ressement absolu. Dans l�exp�rimentation, nous nous trouvons en pr�sence d�intelligences �trang�res, de volont�s qui, souvent, priment la n�tre et se soucient peu de nos exigences et de nos caprices. Elles lisent en nous, et il faut savoir gagner leur confiance et leur appui par de nobles intentions, par des mobiles g�n�reux.

Cette protection, qui planait sur notre groupe et persista aussi longtemps que nous rest�mes unis de pens�e et de c�ur, je l�ai retrouv�e dans tout le cours de ma carri�re de conf�rencier, et je suis heureux d�en rendre t�moignage ici, en remerciant, d�une �me sinc�re et attendrie, ces nobles amis de l�espace, dont l�assistance m�a �t� si pr�cieuse aux heures difficiles.

Plus d�une fois, au moment d�affronter un public sceptique, voire hostile, et de traiter, devant des salles combles, des sujets tr�s controvers�s, je me suis trouv� dans les conditions physiques les plus d�favorables. Et chaque fois aussi, � mon pressant appel, mes guides invisibles venaient me rendre les forces n�cessaires � l�accomplissement de ma t�che.

On voit combien la protection d�un guide s�rieux, puissant, �clair�, est n�cessaire dans les s�ances. Lorsque le guide est insuffisant, les difficult�s se multiplient et les mystifications abondent. Les Esprits l�gers se m�lent aux Esprits de notre famille, dont ils troublent les manifestations. Des intrus, d�une obsc�nit� r�voltante, se glissent parfois dans les r�unions. Le professeur Falcomer, dans sa Ph�nom�nographie[6], parle d�un cas o� � � de pieuses manifestations succ�da un langage impie, dict� par les coups du gu�ridon, et adress� � trois dames et une jeune fille. Ce langage �tait celui d�un �tre impudent et laid, et on ne peut le transcrire. La m�re du professeur et les autres assistants en �prouv�rent un profond d�go�t �.

L�action des Esprits malins et d�grad�s ne jette pas seulement le ridicule et le discr�dit sur notre cause, en �loignant d�elle les personnes scrupuleuses et bien �lev�es ; elle pousse encore les m�diums � la supercherie et ruine � la longue leur jugement et leur dignit�. On commence par rire et s�amuser des r�ponses cyniques ou saugrenues de ces Esprits ; mais par cela m�me on les attire � soi, et ces visiteurs incommodes, � qui vous ouvrez ainsi votre porte, reviennent, s�attachent � vous et deviennent parfois de redoutables obsesseurs.

Le spiritisme, consid�r� comme dangereux, par les uns, comme pu�ril et vulgaire par les autres, n�est gu�re connu de la masse que sous ses aspects inf�rieurs. Ce sont les ph�nom�nes les plus mat�riels qui attirent de pr�f�rence l�attention et provoquent des jugements d�favorables. Cet �tat de choses est d� aux th�oriciens et vulgarisateurs qui, voyant dans le spiritisme une science purement exp�rimentale, n�gligent ou �cartent par syst�me, quelquefois avec d�dain, les moyens d�entra�nement et d��l�vation mentale indispensables pour produire des manifestations vraiment imposantes. On ne tient pas assez compte des diff�rences consid�rables existant entre l��tat psychique vibratoire des exp�rimentateurs et celui des Esprits susceptibles de produire des ph�nom�nes d�une grande port�e, et on ne fait rien pour att�nuer ces diff�rences. De l�, la p�nurie des hautes manifestations compar�es � l�abondance des faits vulgaires.

Il en r�sulte que de nombreux critiques, ne connaissant de la question que son c�t� terre � terre, nous accusent journellement d��difier sur des faits mesquins une doctrine pleine d�ampleur. Plus familiaris�s avec le c�t� transcendantal du spiritisme, ils reconna�traient que nous n�avons rien exag�r�. Au contraire, nous sommes plut�t rest�s au-dessous de la v�rit�.

Quelles que soient les r�pugnances des th�oriciens positivistes et � antimystiques �, il faudra bien tenir compte des indications des hommes comp�tents, sans quoi on ferait du spiritisme une pi�tre science, pleine d�obscurit�s et de p�rils pour les chercheurs.

L�amour de la science ne suffit pas, a dit le professeur Falcomer ; il faut encore la science de l�amour. Dans les ph�nom�nes, nous n�avons pas seulement affaire � des �l�ments physiques, mais � des agents spirituels, � des �tres moraux, qui, comme nous, pensent, aiment, souffrent. Dans les profondeurs invisibles, l�immense hi�rarchie des �mes s��tage, des plus obscures, jusqu�aux plus radieuses. Il d�pend de nous d�attirer les unes et d��carter les autres.

Le seul moyen consiste � cr�er en nous, par nos pens�es et nos actes, un foyer rayonnant de puret� et de lumi�re. Toute communion est une �uvre de la pens�e. Celle-ci est l�essence m�me de la vie spirituelle ; c�est une force qui vibre avec une intensit� croissante, � mesure que l��me monte, de l��tre inf�rieur � l�esprit pur et de l�esprit pur � Dieu.

Les vibrations de la pens�e se propagent � travers l�espace et attirent � nous des pens�es et des vibrations similaires. Si nous comprenions la nature et l��tendue de cette force, nous n�aurions que de hautes et nobles pens�es. Mais l�homme s�ignore encore, comme il ignore les ressources immenses des facult�s cr�atrices et f�condes qui sommeillent en lui et � l�aide desquelles il pourrait renouveler le monde.

Dans notre inconscience et dans notre faiblesse, le plus souvent, nous attirons � nous des �tres mauvais, dont les suggestions nous troublent. C�est ainsi que la communion spirituelle s�alt�re, s�obscurcit par le fait de notre inf�riorit� ; des fluides empoisonn�s se r�pandent sur la terre, et la lutte du bien et du mal se d�roule dans le monde occulte comme dans le monde mat�riel.

L�attraction des pens�es et des �mes, c�est toute la loi des manifestations psychiques. Tout est affinit� et analogie dans l�invisible. Chercheurs, qui sondez le secret des t�n�bres, �levez donc bien haut vos pens�es, afin d�attirer � vous les g�nies inspirateurs, les forces du bien et du beau. �levez-les, non seulement aux heures d��tudes et d�exp�riences, mais fr�quemment, � toute heure du jour, comme un exercice salutaire et r�g�n�rateur. N�oubliez pas que ce sont ces pens�es, qui, lentement, affinent et �purent notre �tre, agrandissent nos facult�s, nous rendent aptes � ressentir les sensations d�licates, source de nos f�licit�s � venir.

Le probl�me de la m�diumnit� est rest� obscur et incompris pour la plupart des psychologues et des th�ologiens de notre �poque. Le pass� poss�dait sur ce point des lumi�res plus vives, et m�me, au moyen �ge, quelques hommes, h�ritiers de la sagesse antique, ont vu juste dans la question. Au douzi�me si�cle, Ma�monides, le savant rabbin juif de Cordoue, �l�ve d�Averrho�s, s�inspirant des doctrines de la Kabbale, r�sumait en ces termes la loi de la m�diumnit� :

� L�Esprit plane sur l�humanit� jusqu�� ce qu�il ait trouv� le lieu de sa demeure. Toute nature ne lui est pas bonne ; sa lumi�re n�est � l�aise que dans l�homme sage, sain, �clair� parmi ses semblables. Quiconque aspire aux honneurs du commerce sublime doit s�appliquer � perfectionner sa nature au dedans comme au dehors. Amant de la solitude, il y emporte les livres sacr�s, prolonge ses m�ditations et ses veilles, remplit son �me de science et de vertu. Ses repas sont r�gl�s ; ses mets, ses breuvages, choisis, afin que, dans son corps sain et sa chair renouvel�e � point, il y ait un sang g�n�reux. Alors, tout est pr�t : le fort, le savant, le sage sera proph�te ou voyant, d�s que l�Esprit le rencontrera sur sa route[7]. �

L�homme a donc une pr�paration compliqu�e � subir et une r�gle de conduite � observer pour d�velopper en lui le don pr�cieux de la m�diumnit�. Il faut pour cela la culture simultan�e de l�intelligence, de l��me, du corps. Il faut la science, la m�ditation, le recueillement, le d�tachement des choses humaines. L�esprit inspirateur d�teste le bruit : � Dieu n�habite pas dans le trouble, � dit l ��criture. Un proverbe arabe le r�p�te : � Le bruit est aux hommes ; le silence est � Dieu. �

� Il faut se perfectionner au dedans et au dehors �, dit le savant juif. En effet, les fr�quentations vulgaires sont nuisibles � la m�diumnit�, en raison des fluides impurs qui se d�gagent des personnes vicieuses et s�attachent aux n�tres pour les neutraliser. Il faut aussi veiller sur son corps : Mens sana in corpore sano. Les passions charnelles, attirent les Esprits de luxure ; le m�dium qui s�y livre avilit sa puissance et finit par la perdre. Rien n�affaiblit les hautes facult�s comme de s�abandonner � l�amour sensuel ; il �nerve le corps et trouble les sources limpides de l�inspiration. De m�me que le lac le plus pur et le plus profond, lorsqu�il est agit� par la temp�te, qui en remue le limon et le fait remonter � la surface, cesse de refl�ter l�azur du ciel et la splendeur des �toiles ; ainsi l��me du m�dium, troubl�e par des mouvements impurs, devient impropre � reproduire les visions de l�Au-del�.

Il est, dans les profondeurs intimes, dans les replis ignor�s de toute conscience, un point myst�rieux par o� chacun de nous confine � l�invisible, au divin. C�est ce point qu�il faut d�couvrir, agrandir, dilater ; c�est cette arri�re conscience qui se r�veille dans la trance, comme un monde assoupi, et livre le secret des vies ant�rieures de l��me. C�est la grande loi de la psychologie spirite, unissant et conciliant, dans le ph�nom�ne m�dianimique, l�action de l�Esprit et la libert� de l�homme ; c�est le baiser myst�rieux r�sultant de la fusion de deux mondes dans cet �tre fragile et fugitif que nous sommes ; c�est un des plus nobles privil�ges, une des plus r�elles grandeurs de notre nature.

La haute m�diumnit� entra�ne de grands devoirs et des responsabilit�s �tendues. � Il sera beaucoup demand� � ceux qui ont beaucoup re�u. � Les m�diums sont de ceux-l�. Leur part de certitude est plus grande que celle des autres hommes, puisqu�ils vivent par anticipation dans le domaine de l�invisible, auquel un lien de plus en plus �troit les attache. Un sage exercice de leurs facult�s les �l�ve vers les sph�res lumineuses de l�Au-del� et y pr�pare leur place future. Au point de vue physique, cet exercice n�est pas moins salutaire. Le m�dium se baigne, se retrempe dans un oc�an d�effluves magn�tiques, qui lui donnent force et puissance.

Par contre, il a d�imp�rieux devoirs � remplir et ne doit pas oublier que ses pouvoirs ne lui sont pas accord�s pour lui-m�me, mais pour le bien de ses semblables et le service de la v�rit�. C�est une des plus nobles t�ches qui puissent �choir � une �me en ce monde. Pour l�accomplir, le m�dium doit accepter toutes les �preuves, savoir pardonner toutes les offenses, oublier toutes les injures. Sa destin�e sera p�nible, peut-�tre, mais c�est la plus belle, car elle conduit vers les hauteurs de la spiritualit�. Sur la longue route de l�histoire, la vie des plus grands m�diums et proph�tes lui donne l�exemple de l�abn�gation et du sacrifice.

 

[1] TH. DAREI, la Folie (Leymarie, �dit.), passim.

[2] ALLAN KARDEC, Livre des M�diums, pp. 307 � 326.

[3]Voir, dans Choses de l'autre monde, p. 139, le cas de Victor Hennequin, qui, s'obstinant � exp�rimenter seul et sans contr�le, perdit la raison. Il recevait, par la table, des communications de � l'�me de la terre � et se crut �lev� au rang de � sous-dieu � de la plan�te. Mais peut-�tre n'y avait-il l� qu'un ph�nom�ne d'autosuggestion inconsciente.

[4] Reproduit parle Spiritualisme moderne. Paris, avril 1903, p. 57.

[5]Voir chap. XIX, p. 303.

[6] Reproduit par la Revue spirite, 1902, p. 747.

[7] Dux dubitantium et director perplexorum (Le Guide des �gar�s). Trad, M�nck, t. I, p. 328.

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