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Le terme « dissection » évoque, à première vue, l'idée d'un travail manuel accompli à l'aide de scalpels, de pinces et d'érignes.
Bien que, naturellement, il en doive aller de façon différente en ce qui nous occupe, je ne sache cependant pas de terme plus approprié pour désigner l'étude qui va être poursuivie en ces pages.
En effet, disséquer, d'après Littré, c'est « ouvrir, diviser les parties d'un cadavre ou d'une plante pour en étudier la structure » or, ici, nous n'allons pas faire autre chose ; nous allons ouvrir l'âme et diviser ses parties pour étudier la structure, l'organisme et le fonctionnement de chacune d'elles. Mais avant d'aller plus loin, il nous faut répondre tout d'abord à une objection d'apparence capitale.
L'homme, dit-on, ne peut connaître que ce qui tombe sous ses sens ou pénètre dans le champ de sa conscience ; or, l'âme étant en dehors du monde matériel ne peut tomber sous l'action des sens ; d'autre part, si la conscience peut concevoir l'esprit en soi par l'étude de la pensée, le mécanisme de sa transmission de l'esprit immatériel au corps physique est absolument fort clos ; la preuve en est dans la multiplicité des systèmes, tous contradictoires entre eux, imaginés par toutes les sciences qui ont voulu étudier l'âme ; donc l'âme ne tombant sous aucun de nos sens, ne pénétrant pas davantage dans le champ de notre conscience, nous est par cela même inaccessible.
Cette objection paraît d'une force extraordinaire quand on l'applique à l'âme ; pour la résoudre, donnons-lui un objet différent ; supposons que nous sommes devant un physiologiste ou un physicien à qui nous dirions : « La cellule et la molécule n'affectant, par leur exiguïté aucun de nos sens pas plus qu'elles ne pénètrent dans le champ de notre conscience, nous sommes destinés, par cela même, à ne jamais découvrir lé secret de la cellule non plus que celui de la molécule ! » Il est évident que le physiologiste ou le physicien ainsi mis en demeure de répondre n'aurait aucune peine à répliquer : « Certes la cellule ni la molécule ne tombent directement sous aucun de nos sens normaux mais il est aisé d'adjoindre à nos sens tels qu'ils sont un adjuvant qui multiplie leur puissance ; dans l'espèce, cet adjuvant est le microscope et cela est si vrai qu'à l'heure actuelle, bien que ni la cellule ni la molécule ne tombent directement sous aucun de nos sens normaux, la cellule n'a plus aucun secret pour nous, et nous pénétrons actuellement celui de la molécule. »
Donc, cette objection, pour puissante qu'elle paraît, peut trouver facilement sa solution : l'âme ne tombant normalement sous l'action d'aucun de nos sens, il suffit de donner à nos sens l'adjuvant qui leur convient et à l'aide duquel nous ferons rentrer l'âme dans le champ de la conscience.
Le scalpel qui sert pour une dissection matérielle est ici sans effet ; le microscope n'agit que sur ce qui est infiniment petit mais appartenant au monde visible, et l'âme est normalement invisible ; il faut donc soit trouver un procédé pour rendre l'âme ou visible ou palpable ou audible, soit donner aux sens de l'homme une hyperacuité qui leur permette d'embrasser l'âme.
Le premier procédé existe, mais il n'a pu s'appliquer jusqu'à présent qu'aux éléments inférieurs de l'âme ; il est d'ailleurs d'un emploi trop difficile et trop aléatoire pour qu'on puisse absolument se fier aux résultats qu'il produit, exception faite cependant pour ses résultats photographiques mais à l'heure actuelle la technique opératoire en est encore bien vague et bien incertaine. Pour le second, au contraire, nous sommes pourvus de l'adjuvant voulu, et nous savons comment et avec quelles précautions il convient de l'appliquer : c'est l'hypnose, qui donne aux sens des sujets une portée, un développement, une hyperacuité à la fois énormes et précis[1] pourvu toutefois qu'on sache la manier... mais quoi ! N’en va-t-il pas de même pour le microscope ? Et quel est donc l'instrument quelconque capable de rendre des services à qui en ignore le maniement ?
On voit donc que l'objection sus-énoncée est loin d'être aussi insoluble qu'elle le paraît à première vue.
Or, qu'est-ce que l'hypnose ? C'est un sommeil nerveux provoqué par des moyens spéciaux, les uns naturels et les autres artificiels.
Il n'entre nullement dans ma pensée de faire ici un cours de magnétisme[2] ; je suppose donc connus tous les procédés et théories primordiaux et je me bornerai à simplement indiquer les voies et moyens nécessaires pour atteindre le but que je poursuis en ces pages. Mais avant d’aborder l'expérimentation, une remarque importante est à présenter.
J'ai dit au début de ces pages, que, pour pratiquer ce genre d'expériences il suffit de connaître les rudiments du magnétisme et d'avoir un bon sujet entre les mains : cela est vrai, mais uniquement en ce qui concerne les premiers phénomènes, c'est-à-dire le dédoublement du sujet (séparation de l'âme et du corps), l'isolation de l'âme vitale (double éthérique) et l'atteinte successive des âmes sensitive (corps astral), et intelligente (corps mental), et peut-être l'entrevue de l'âme causale (corps causal). Ce sont déjà là des résultats absolument probants.
Mais pour aller plus loin et pénétrer jusqu'à la limite supérieure de l'âme et surtout pour atteindre l'esprit et son au-delà, de même que pour séparer les deux parties constitutives de l'âme vitale, je dois avertir qu'il y a du danger ; un opérateur ne doit donc aborder ces expériences que s'il se sent absolument maître de soi-même, sûr, de son sang-froid, et apte à parer sur le champ à tout accident possible.
D'autre part, une telle expérimentation nécessite chez le sujet, trois qualités primordiales :
1° D'abord et nécessairement une grande puissance, bien développée.
2° Un certain courage.
3° Et enfin une confiance absolue, sans limite, en son magnétiseur, qualité que le sujet possède ou ne possède pas, mais qui ne se commande pas.
Aussi ne saurais-je trop louer l'excellent sujet qu'est Madame Lambert pour avoir bien voulu me suivre sur le terrain mystérieux et, par suite, périlleux puisque complètement inexploré où je l'entraînais.
« Je me laisse aller parce que c'est vous, me disait-elle parfois, mais avec tout autre je résisterais de toutes mes forces ! »
Et chaque fois qu'il lui fallait atteindre un degré de plus dans l'inconnu, je voyais la sueur ruisseler sur son visage, ou bien elle pleurait d'angoisse, sous la double crainte, m'avouait-elle, de se trouver si loin du plan matériel, ou en situation particulièrement dangereuse, ou bien de ne pas être reconstituée comme il convient avant d'être réveillée.
« Assez ! me disait-elle parfois ; revenons !..... J’ai peur !.....»
Et il me fallait, pour obtenir un nouvel effort, la rassurer avec une douceur infinie. Car ceci soit dit entre parenthèses, je doute que l'on puisse arriver à des résultats sérieux avec un sujet qu'on brutalise[3].
J'ai voulu savoir la cause de cette confiance entière qu'elle me manifeste, et je l'ai interrogée à cet égard tant en hypnose qu'à l'état normal ; la réponse, dans l'un et l'autre cas, a été la même : « C'est que, avant sa mort, le Colonel de Rochas[4] m'a dit : « Surtout ne perdez jamais de vue M. Lancelin ! » Puisqu'il parlait ainsi, c'est donc qu'il vous reconnaissait une valeur particulière ! Voilà pourquoi j'ai confiance en vous, d'autant plus que vous réussissez, sans aucun dommage, des expériences (séparation des deux parties de l'âme vitale) auxquelles, à la suite d'accidents graves, le Colonel de Rochas avait pris le parti de renoncer... »
On voit, par ce qui précède, que la confiance d'un sujet ne se commande pas : le magnétiseur ne peut, au mieux, que l'entretenir.
D'autre part, avant d'aller plus loin et pour que le lecteur comprenne bien la portée des expériences dont le récit va suivre, il convient d'indiquer les précautions auxquelles on a eu recours dans le but d'assurer leur réussite.
Dans ces sortes d'expériences, il est un écueil qu'il faut toujours avoir présent à l'esprit, si l'on veut l'éviter. C'est la suggestion sous sa double forme : hétérosuggestion mentale de l'opérateur au sujet, et c'est ce qui la rend surtout nuisible à l'insu du premier, le sujet en sommeil étant toujours doué d'une grande réceptivité quant aux pensées qui naissent chez le magnétiseur et autosuggestion chez le sujet lui-même, qui lui présente en cours de sommeil des images nées de ses propres pensées soit à l'état normal, soit dans la première phase du sommeil et lui fait créer de toutes pièces ce qu'on appelle du nom générique et caractéristique de « roman subliminal ».
Quels moyens ai-je employés pour éviter cette double cause d'erreur ? Voici :
D'abord, jamais je ne disais au sujet avant la séance, ce que je voulais faire, et comme, aux séances que j'appellerai d'exploration, où il s'agissait de faire surgir devant sa vue interne les différents éléments de l'âme ou d'observer leurs particularités, je n'avais naturellement en l'esprit aucune idée préconçue que, de plus, lorsque je reprenais avec le sujet l'étude d'un point déjà observé, je me disais que, en somme, le sujet avait pu se tromper entièrement jusque là ce qui, après tout, pouvait être la réalité même, je me créais ainsi un état d'esprit complètement neutre et ne pouvant en rien influencer le sujet. De la sorte, le risque d'hétéro suggestion se trouvait par cela même éliminé dans la mesure du possible.
Restait celui de l'autosuggestion et du roman subliminal, que j'écartais au moyen d'un double contrôle établi comme suit : je prenais un second sujet qui me servait de contrôle[5] ; de prime abord, en dehors du sujet principal, et sans lui faire savoir de quoi il s'agissait, je lui disais que j'avais besoin de son concours pour établir si certaines images que me décrivait mon sujet principal correspondaient bien à la réalité des choses ; je créais ainsi chez ce second sujet un état d'esprit également neutre ; je le mettais alors en sommeil et je développais l'âme du premier, lequel m'avertissait, sans plus, de chaque stade atteint ; je me faisais alors décrire ce stade par le sujet de contrôle, et, la description qu'il m'en donnait concordant avec celle donnée antérieurement par le sujet principal, j'étais bien forcé d'admettre la réalité des images décrites.
Mais ce n'est pas tout.
La psychologie particulière des différents éléments de l'âme est encore presque inconnue et, par moments, je me demandais si la pensée du sujet principal en sommeil ne pouvait pas, influer sur celle du sujet de contrôle également en sommeil pour parer à cette cause possible d'erreur, j'ai remplacé, par moments, le contrôle du sujet en hypnose par le contrôle d'un voyant naturel.
La voyance à l'état normal est assez rare et, de plus, infiniment moins nette et précise que celle d'un sujet en état d'hypnose ; je ne pouvais donc demander au voyant naturel des descriptions aussi détaillées qu'au sujet magnétique mais il me suffisait qu'il décrivit approximativement les changements qu'il voyait s'opérer dans les images pour que, lui-même agissant en dehors de toute influence suggestionnelle de la part du sujet endormi, j'en fusse assuré de la véracité de ce dernier.
C'est dans ces conditions de prudence absolue que j'ai conduit mes expériences avec, comme sujet principal, Madame Lambert, le même et dévoué sujet avec qui le Colonel de Rochas a découvert l'extériorisation de la sensibilité et l’extériorisation de la motricité, dont l'extériorisation de l'âme totale et sa dissection en ses divers éléments constitutifs ne sont que la suite logique et nécessaire. Mais ce n'est pas tout, et, puisque j'ai abordé la question de contrôle, qu'il me soit permis de dire qu'un troisième procédé de probation m'a rendu d'appréciables services : je veux parler de l'observation judicieuse du sujet lui même. Il ne faut pas croire, en effet, que, du jour au lendemain j'ai atteint les extrêmes limites de l'âme ; ce fut au contraire très laborieux, et avant de gravir un échelon supérieur, il me fallait d'abord assurer soigneusement celui auquel j'étais parvenu ; or, à chaque degré nouveau qu'il s'agissait d'aborder, je me heurtais invariablement à des refus et des protestations du sujet, et à ses supplications de revenir en arrière ; deux épouvantes surtout le dominaient : la terreur de se sentir emmené si loin du monde sensible, d'une part, et, d'un autre côté, l'effroi que je ne pusse, après l'expérience, le reconstituer normalement. Pour le décider, j'étais généralement forcé de déployer une volonté de fer, et quand enfin il se soumettait, ses affres se traduisaient par un double ruisseau de larmes que je voyais couler abondamment sur ses joues ou, lorsque je refusais de le ramener en arrière, par des sanglots qui le faisaient hoqueter.
De plus, il est un élément de l'âme, le cinquième, qui est particulièrement éblouissant or, quand je déclarais ne pas le voir, il arrivait au sujet de se mettre contre moi, dans des colères violentes, et de me crier : « Si vous ne le voyez pas, c'est que vous ne voulez pas le voir ! Moi, il m'éblouit ! Vous préférez donc me sacrifier plutôt que de regarder vous-même ? »
Or, il me semble que tout cela terreurs, supplications, larmes, colères, répondait bien à des visions objectives et non à un roman subliminal inventé de toutes pièces et dont la réalisation n'eut pas suscité tant d'épouvantes.
Vers la sixième répétition de l'expérience, l'accoutumance se faisait, et alors nous passions au degré supérieur ; mais les larmes surtout, ces larmes muettes du sujet qui se soumet, étaient singulièrement impressionnantes, et, je l'affirme, plus d'une fois il m'est arrivé de me placer en face de ma conscience et de me demander si, même au nom des recherches scientifiques que je poursuivais, j'avais le droit de conduire le sujet aussi loin ; mais aucun danger immédiat ne m'apparaissait, et je me sentais sûr de moi-même, sûr de reconstituer le sujet : j'ai persévéré malgré tout.
Ces explications préalables données sur mes précautions et mes modes de contrôle, j'estime que je puis avoir une foi complète dans le résultat de mes expériences que je vais maintenant exposer.
Voici le schéma de la marche à suivre :
On prend un sujet magnétique déjà développé, c'est-à-dire avec lequel on a suffisamment opéré préalablement et qui, au courant des effets que produit en lui le sommeil magnétique et sachant par expérience n'avoir rien à en redouter, accepte la suggestion dès l'état de veille ; un sujet trop neuf pourra s'effrayer de ce qu'on attend de lui, présenter par suite de la résistance à l'hypnose ce qui est une cause de fatigue pour l'opérateur et pour lui-même et tomber enfin dans un sommeil agité qui sera un motif de difficultés continuelles et même de nullité pour l'expérience.
On le prévient de l'opération projetée, après lui avoir expliqué, par prudence et pour éviter une instinctive résistance de sa part, qu'elle ne va consister en somme, au moins dans ses premières phases, qu'à réaliser chez lui, consciemment et volontairement, un dédoublement qui s'est déjà produit involontairement et automatiquement dans maintes expériences faites antérieurement sur lui.
Le sujet magnétique, ayant atteint la résolution musculaire voulue, c'est-à-dire une inertie complète, et ayant chassé toute appréhension, décidé en un mot à se laisser endormir, est confortablement installé dans un fauteuil à gauche duquel on a préparé un autre fauteuil semblable, à environ 0 m. 80 ou 1 mètre de distance ; plus loin encore et toujours à gauche et dans les mêmes conditions de distance, on place un troisième fauteuil semblable aux deux premiers.
La vue de ces fauteuils préparés à sa gauche, sur lesquels doivent s'asseoir, d'abord sur le premier son aérosôme I, son fantôme complet, et où doit rester seule l'âme vitale, tandis que les éléments supérieurs, aérosôme II, seront envoyés sur le second siège, cette vue, dis-je est faite pour frapper l'imagination du sujet et le prédisposer, dès avant le sommeil, à recevoir et à réaliser la suggestion. Toutefois, il est certains sujets avec lesquels il faut, à cet égard, user d'une grande prudence, car, lorsqu'ils n'ont pas encore passé par l'expérience de façon à en constater par eux-mêmes la parfaite innocuité, la seule annonce qu'on va les dissocier peut faire naître en eux des sentiments de trouble et de frayeur qui, se prolongeant pendant le sommeil, formeraient obstacle à la réalisation du phénomène. Quand on se trouve avoir affaire à de tels sujets, il est préférable de leur dire, de façon vague, qu'on va les envoyer ailleurs, sans autrement préciser, et de préparer les autres fauteuils seulement après que ces sujets ont été placés en état d'hypnose.
On endort le sujet par un moyen quelconque : le premier état d'hypnose où il arrive est la léthargie, que l'on approfondit d'abord, et d'où on le fait passer, par une légère friction de la main droite sur le vertex, en état de somnambulisme, qui doit être amené à la profondeur voulue dès lors il est prêt pour l'opération du dédoublement.
Cette opération peut s'accomplir de deux façons différentes, soit en approfondissant de plus en plus, par des passes longitudinales, ou par tout autre procédé, le degré d'hypnose, soit par le moyen bien plus simple de la suggestion verbale.
Dans le principe, le premier procédé était seul connu et c'est avec son aide que le Colonel de Rochas a pu mener a bien sa remarquable découverte de l'extériorisation de la sensibilité qui, reprise ensuite par d'autres expérimentateurs, nous a conduits au point où nous en sommes à l'heure actuelle.
On peut donc, pour amener le dédoublement, procéder comme l'a fait le Colonel de Rochas, c'est-à-dire employer une magnétisation intensive et continue. Mais cette façon d'agir est à la fois très longue et très fatigante pour l'opérateur. Aussi, le plus généralement, n'y a-t-on plus recours que lorsqu'on désire étudier certaines particularités du processus de l'opération[6]. On use plutôt, aujourd'hui, de la suggestion ; en ce qui me concerne j'utilise simultanément la suggestion autoritaire pour déclencher le phénomène et les passes pour aider à sa production.
Quand, par les passes, le sujet a été situé dans l'état voulu on lui ordonne de se dissocier, d'envoyer son double dans le premier fauteuil près de lui ou, s'il ne comprend pas sous cette forme ce que l'on attend de lui, de laisser son corps physique, sa loque humaine, son quasi-cadavre où il est, et d'aller, lui[7], s'asseoir sur le premier fauteuil préparé à sa gauche[8]et l'on continue la magnétisation en même temps que la suggestion ; l'opérateur avertit de plus le sujet, de le tenir au courant des phases de l'opération, qu'il doit décrire autant que possible au fur et à mesure de leur production : d'abord les effluves qu'il voit s'échapper de lui, puis la formation, à sa gauche[9], d'une nuée de plus en plus lumineuse et colorée[10] ; son propre corps qui, dans le principe lui paraissait brillant, se ternit (à ses yeux) tandis que son double lui devient de plus en plus visible ; il convient de poursuivre l'opération jusqu'à ce que le double soit bien condensé ce qui arrive rarement dès la première épreuve et présente au sujet sa propre image aussi parfaitement nette que possible[11]. (Voir la figure schématique 1).
Figure 1

Aujourd'hui, le dédoublement d'un sujet magnétique bien entraîné s'effectue dans un laps de temps d'environ trente secondes.
Cette aisance relative du dédoublement, cette simplicité dans l'accomplissement du phénomène, en montrant avec quelle facilité l'âme s'extériorise du corps, donnent la clé de quantité d'autres phénomènes d'ordres divers et différents en apparence, mais qui demeurent incompréhensibles pour qui ignore celui-ci. C'est ainsi que dans le sommeil anesthésique, l'âme s'extériorisant sous l'influence de certaines substances et emportant avec soi, comme nous allons le voir, la sensibilité du sujet, permet de mener à bien et sans douleur pour le patient, les plus graves et les plus longues opérations chirurgicales.
De même, on comprend que l'âme du sujet, ainsi extériorisée puisse être remplacée chez lui par celle de l'opérateur, dans les états dits de rapport par une âme lui ayant appartenu en des vies antérieures et alors reconstituée, dans la régression de la mémoire par l'âme d'un décédé, dans certains phénomènes spirites et même par une âme imaginaire, créée de toutes pièces par le sujet lui-même, mais sous des conditions particulières qui nous échappent encore, dans les manifestations de l'état dit second, etc. De plus, enfin, ce dédoublement expérimental de l'être explique à la fois les dédoublements inconscients qui se produisent à chaque instant chez chacun de nous, dans le sommeil, dans l'évanouissement, dans les rêves, dans la simple torpeur, et le dédoublement voulu, conscient, que l'on peut produire sur soi-même lorsque, après un entraînement spécial et double, portant sur le développement de la neuricité et de la volonté, on parvient à réunir en soi la double qualité d'opérateur et de sujet[12].
L'âme étant ainsi extériorisée, nous allons procéder à sa dissection jusqu'à sa limite extrême.
Pour cette extériorisation comme pour les opérations qui vont suivre, il existe, outre les procédés de contrôle général indiqués ci-dessus, des moyens de vérification particuliers qui seront décrits plus loin, lorsque nous aborderons l'étude anatomique de l'âme. Disons tout de suite que la forme qui est sur le premier fauteuil est une forme humaine parfaite dont la base est l'âme vitale, c'est-à-dire détenant la vitalité matérielle du sujet (fig. 1) et qui est reliée au corps physique par un lien de la grosseur du doigt, légèrement renflé à son point de contact avec le fantôme, très peu extensible (8 ou 10 mètres au plus) et parcouru de stries vitales, analogues à l'électricité dans un tube de Geissler. Ce lien est bleuâtre en dessus et orangeâtre en dessous ; la partie bleuâtre, plus importante et plus active que l'autre constitue le courant vital allant du fantôme et particulièrement de l'âme vitale à l'organisme du sujet ; la partie orangeâtre semble représenter le courant inverse.
Au début de l'opération, l'organisme du sujet qui lui paraissait très brillant, s'assombrit progressivement à mesure que la lumière passe dans le fantôme que l'on appelle aussi aérosôme I lequel représente l'âme vivante, c'est-à-dire basée sur l'élément vital pour le distinguer de l'aérosôme II, dénué d'élément vital et représentant par suite l'âme morte, dont il va être question plus loin. L'âme vitale, base de l'aérosome I, a été appelée dans le principe double éthérique ou corps odique.
Dans l'organisme normal, c'est-à-dire complété par l'âme totale et par l'esprit, le siège de l'âme vitale est en général dans les cellules de l'organisme, mais plus particulièrement dans le coeur.
Pour dégager ensuite l'âme suivante, il convient de poursuivre la dissection de l'âme totale, c'est-à-dire : de l'aérosôme I (âme des vivants à base d'âme vitale) extraire l'aérosôme II (âme des morts, à base d'âme sensitive).
Cette opération est souvent faite, et nous possédons quatre moyens pour l'accomplir.
A. La magnétisation intensive de l'aérosôme I ;
B. La suggestion donnée au sujet ;
C. L'envoi au loin du Moi du sujet. On profite dans ce cas de ce que le lien vital est très peu extensible alors que le lien astral, unissant l'aérosôme I à l'aérosôme II, est au contraire indéfiniment extensible ; le Moi du sujet, en s'éloignant, entraîne avec lui l'aérosôme II alors que l'âme vitale, isolée, rentre dans l'organisme. Ce procédé n'est utilisable que dans certains cas, car, si l'on veut étudier les éléments de l'âme, on est forcé de ramener l'aérosôme II et d'extérioriser à nouveau l'âme vitale.
D. Enfin, la présentation devant l'aérosôme I d'un vaisseau de verre où a été fait le vide presque absolu (ampoule de Crookes, radiomètre, etc. dans une ampoule d'éclairage électrique, le vide est insuffisant). Il se passe alors un phénomène particulier qui est le suivant : la substance de tous les éléments de l'âme est attirée par le vide, mais le verre est infranchissable à la substance de l'âme vitale ; les autres pénétrant dans le récipient, il s'ensuit dans l'aérosôme I une rupture d'équilibre par la brusque séparation de l'âme vitale ; l'aérosôme II est libéré, mais généralement le contrecoup jette le sujet sur le sol et peut le blesser : ce moyen n'est donc pas à recommander.
On utilise ordinairement la combinaison des deux premiers procédés en magnétisant l'aérosôme I et en ordonnant au sujet de laisser où il est son élément inférieur, l'âme vitale, et d'aller s'asseoir, lui, sur le second fauteuil préparé ; le sujet doit prévenir quand cette seconde extériorisation est faite.
Figure 2

Il accuse d'abord l'assombrissement de son double (aérosôme I) et du lien vital, puis la formation, à la gauche de ce double, d'une nuée lumineuse qui prend peu à peu la forme humaine, mais plus petite que nature, c'est-à-dire de la taille approximative d'un enfant de douze ans[13]. La base de ce nouveau fantôme est l'âme sensitive, (connue jusqu'à présent sous le nom de corps astral) qui détient la sensibilité du sujet (fig. 2).
Dans l'organisme normal, le siège de l'âme sensitive se trouve dans le système nerveux en général, et particulièrement dans les ganglions du nerf grand sympathique.
D'autre part, et pour en finir avec l'âme sensitive, il est une particularité que je dois noter ici : c'est que les sens peuvent être extériorisés isolément, toujours par voie magnétique : j'aurai à reparler plus en détail de ce phénomène[14]. Poursuivons maintenant nos opérations de dissection de l'âme.
Pour opérer cette dissection, on est toujours forcé de commencer par l'élimination de l'âme vitale qui fait presque partie de l'organisme physique, puisque, outre que sa substance est quasi matérielle au point d'être parfois relativement tangible, elle-même meurt quelques jours après le corps de l'aérosôme I, il faut donc tout d'abord, comme nous venons de le faire, extérioriser l'aérosôme II à base d'âme sensitive, lequel représente réellement l'âme proprement dite. Mais, cette opération une fois réalisée, deux voies s'offrent à l'expérimentateur pour poursuivre la dissection de l'âme :
A. Soit la synthèse, par progression dont le résultat présente l'ensemble de l'âme totale: elle s'opère par le sommet en faisant en quelque sorte jaillir de l'âme partielle antérieurement extériorisée l'âme partielle qui la suit immédiatement, de telle façon que, en fin d'opération, le schéma d'ensemble offre l'aspect d'une sorte d'édifice animique montrant toutes les âmes partielles superposées, dont la dernière est dominée par l'esprit. Ce procédé donne l'aspect complet de l'âme intégrale subdivisée en ses âmes partielles : c'est toujours par lui qu'il convient de commencer l'étude expérimentale de l'âme.
B. Soit l'analyse par élimination qui, au contraire, s'opère par la base ; il convient de ne la mettre en pratique qu'après que le sujet est complètement familiarisé avec le procédé qui précède. Elle consiste à extraire un nouvel aérosôme du précédent aérosôme extériorisé, et présente l'avantage, au point de vue de l'étude particulière qui peut en être faite, de laisser complètement isolée l'âme partielle la plus inférieure du précédent aérosôme. Mais ce mode de dissection exige une prudence absolue, car, si l'extériorisation de l'aérosôme II de l'aérosome I est très facile, chaque extériorisation qui suit devient de plus en plus délicate, et les répercussions de ces opérations successives sur l'organisme, qui revêtent par moments un certain degré de gravité, sont encore bien peu connues.
Théoriquement, cette façon de procéder par éliminations successives devrait amener, en ultime résultat, à l'extériorisation d'un aérosôme VII constitué uniquement par la dernière âme (âme conscientielle) dominée par l'esprit mais, pratiquement, je n'ai pu aller plus loin et encore non sans difficultés multiples que l'aérosôme IV, à base d'âme causale, et je ne sais s'il sera possible de pousser plus loin, les trois âmes partielles supérieures me paraissant constituées, non plus comme les quatre âmes partielles inférieures par une substance éthérique ou éthéroïde possédant quelques-unes des propriétés de la matière, mais par une substance spiritique dont les propriétés et la manipulation nous sont inconnues.
Quoi qu'il en soit, je continue l'exposé des modes de dissection de l'âme tels que je les pratique couramment, en détaillant successivement les deux procédés que je viens d'indiquer.
Nos sujets voyants avaient souvent décrit une aura lumineuse, très sombre vers le bas, très brillante en haut, et enveloppant tout l'être ; ce ne pouvait être l'âme sensitive déjà identifiée : on appela ce nouvel élément corps mental, et c'est cette aura qui constitue l'âme intelligente (fig. 3).
Le Dr Baraduc photographia souvent la partie la plus brillante qui enveloppe le cerveau et que, pour cette raison il appela boule mentale ; des travaux postérieurs démontrèrent en effet que cette aura est le siège de l'intelligence, c'est-à-dire de la science humaine.
Où l'obtient couramment par la magnétisation intensive de l'aérosôme II à base d'âme sensitive. Le sujet voit alors se former, autour de cette âme sensitive l'aura en question qui devient de plus en plus visible surtout vers le sommet où la boule mentale entoure le cerveau. Comme les deux âmes précédentes, ce nouvel élément est bleuâtre à gauche et orangeâtre à droite.
Le schéma auquel aboutit l'opération est alors celui indiqué dans la fig. 3. Dans l'organisme normal, le siège de l'âme intelligente est le cerveau.
Figure 3

Longtemps on en est resté là, se demandant : est-il possible d'isoler chacun des éléments suivants de l'âme totale ainsi que nous venons de le faire pour l'âme vitale, l'âme sensitive et l'âme intelligente, et d'obtenir par suite des aérosômes différents et successifs ? On ne savait, car les tentatives en ce sens n'avaient donné jusqu'à ce jour que des résultats négatifs, ce qu'on attribuait à cette hypothèse que ces trois éléments sont de nature fluidique, c'est-à-dire de nature relativement matérielle, alors que les suivants semblent plutôt de nature spiritique. Mes recherches en ce sens se sont poursuivies, et, comme on va le voir, c'est par un moyen différent que j'ai pu atteindre les éléments supérieurs de l'âme. Au cours de ses tentatives, dont il va être parlé plus loin d'isolation de l'âme intelligente au moyen d'une magnétisation à outrance de l'aérosôme II, M. Lefranc, un des expérimentateurs les plus avancés de la période d'avant-guerre, avait vu un nouveau phénomène se produire : le sujet accusait, dans certains cas, la production, au-dessus de l'aura constituant l'âme intelligente, d'une flamme dont la pointe se perdait dans une sorte de halo très brillant ; on fit constater le fait par des sujets témoins qui en affirmèrent l'objectivité. M. Lefranc estima qu'il se trouvait en présence de cet élément particulier que les théosophes appellent le corps causal, détenteur de la mémoire et de la volonté: c'est ce que j'appelle aujourd'hui l'âme causale.
Figure 4

Dès lors une nouvelle partie de l'âme entrait dans le champ de notre expérimentation, et le schéma de l'âme alors connue pouvait s'établir comme l'indique la figure 4.
Tel était l'état de la question en 1912 et personne encore n'était allé plus loin. La guerre européenne vint interrompre généralement toutes ces études. En ce qui me concerne, les circonstances ayant fait fuir en province ou même à l'étranger la plupart des sujets que j'utilisais, j'en étais réduit à répéter les expériences antérieures sur des sujets que je formais journellement et de qui, par suite, l'état de développement n'était que très relatif.
Un de mes sujets, pourtant, qui me donnait de belles espérances que son état de santé ne lui a pas permis de réaliser, Mme Rosita G., fut amené jusqu'à l'étude de l'âme causale et me mit sur la voie des autres éléments de l'âme encore inexplorés. En effet, lorsque je poussais la magnétisation, ce sujet voyait tantôt se dédoubler la flamme dans le halo brillant qui constitue l'âme causale, et tantôt se développer au-delà, des lueurs ou objets brillants qu'il ne pouvait définir et je fis sur lui cette remarque que sa voyance en ce sens s'accentuait lorsque je faisais mes passes non sur le fantôme lui-même, mais au-dessus du fantôme, de façon à atteindre surtout le sommet de l'âme intelligente, la boule mentale : ce me fut un trait de lumière, et je conclus que pour faire révéler un élément de l'âme, ce n'était pas seulement l'aérosôme qu'il fallait magnétiser mais surtout le dernier élément extériorisé, de façon à en faire surgir l'élément immédiatement supérieur, telle fut l'origine de ma découverte.
J'en étais là de mes études lorsque l'état valétudinaire du sujet me contraignit à interrompre mes séances avec lui ; c'est alors que les circonstances me remirent en relation avec Mme Lambert, le plus brillant sujet qu'ait laissé le colonel de Rochas, celui à l'aide duquel cet éminent savant avait fait ses merveilleuses découvertes de l'extériorisation de la sensibilité et de la motricité, celui enfin avec qui M. Lefranc avait entrevu l'âme causale. Je le connaissais depuis longtemps, et cependant, chose bizarre, jamais encore je n'avais travaillé avec lui.
Après les premières séances d'étude, consacrées à l'habituer à moi et, pour moi, à me rendre compte de ses possibilités, je mis en œuvre, sur lui, la théorie que j'avais établie d'après mes essais avec Mme Rosita G. Après l'avoir amené à la voyance de l'âme causale, je me fis situer par lui, dans l'espace, l'endroit exact où se trouvait cet élément, sur qui, sans négliger le reste, je dirigeai surtout l'influx magnétique : le résultat des séances qui suivirent dépassa toutes mes espérances.
Au cours de la première, le sujet accusa, au-delà de l'âme causale, quelque chose de brillant qui, peu à peu, sous l'influence des passes, devint éclatant, puis éblouissant, sans qu'il pût m'en indiquer la forme exacte, tant cet objet lui était douloureux à regarder : il lui semblait seulement que c'était comme une boule de lumière électrique si fulgurante qu'il ne pouvait fixer son regard sur elle. Malgré toute mon insistance, il me fut impossible d'aller, ce jour-là, plus avant car le sujet, à qui cette vue était de plus en plus pénible, s'en effrayait et demandait avec instance à être réveillé.
A la séance suivante, après la mise en sommeil, je réitérai l’opération mais en suggérant au sujet qu'il pourrait voir, comme à travers un verre sombre, tous les phénomènes lumineux que j'allais produire devant son regard interne. Dès lors il me décrivit minutieusement ce qu'il voyait: une sorte de globe constitué par une masse d'étincelles éblouissantes animées d'un mouvement rapide dans tous les sens, situé au-dessus du halo de l'âme causale. Selon lui, ce globe d'étincellements était le siège de la distinction du bien et du mal pour ce motif, je l'appellerai l'âme morale[16].
Figure 5

Après m'être fait indiquer par le sujet l'endroit de l'espace où était localisé ce nouvel élément, c'est sur lui surtout que je concentrai l'effort de mes passes et ma projection de volonté ; l'effet ne tarda pas à se produire, et le sujet accusa, au-dessus de l'âme morale, la formation d'une espèce de fer de lance triangulaire lumineux, projetant sur son pourtour comme de légères flammes arborescentes ou ramifiées très fines ; ce fer de lance, qui aurait quatre à cinq centimètres à la base, se termine au sommet par une pointe plus brillante. D'après certaines indications encore mal contrôlées, il serait, par moments, animé d'un mouvement giratoire alternatif assez lent et dont, d'après les gestes du sujet, j'estime à trois ou quatre secondes chaque alternance. Cette âme reçoit les inspirations d'en haut et est en communication directe avec l'esprit. Je l'appellerai l'âme intuitive (fig. 6).
Figure 6


Je pensais dès lors être arrivé aux confins de l'âme totale et je ne croyais plus rien faire voir au suje mais, pour en avoir la certitude, je me fis indiquer la localisation de cette nouvelle âme et j'eus la surprise d'entendre le sujet me dire que, sous la projection du fluide, il voyait encore une forme se révéler. J'activai mes passes et le sujet me dit enfin voir une sorte de petit soleil fait d'une lumière très douce au regard et émanant autour de soi des radiations très suaves : l'ensemble de la figure ressemblait beaucoup à un ostensoir français sans pied[17]. Quelle pouvait être la fonction de cet élément ? D'après les explications du sujet, je conclus que c'était le siège du Moi, de la conscience psychologique : je l'appellerai donc l'âme conscientielle (fig. 7).
Figure 7

Il est à remarquer que, à mesure que s'extériorisent ces deux dernières âmes, l'âme morale (le soleil) perd la moitié de son diamètre et de sa lumière qui semble se réfugier dans son centre.
Je voulus continuer en dirigeant l'influx magnétique sur cette dernière âme, mais, malgré mes efforts, rien ne se révéla au regard interne du sujet. Il n'y a plus rien au-delà, me dit-il, rien que l'esprit !
Et en effet, au cours des séances de contrôle et de vérification qui suivirent, il me fut impossible de conduire le sujet plus loin.
Le schéma total de l'âme, tel qu'il est établi à ce jour, est donc celui qu'indique la figure 7.
La hauteur totale est d'environ deux mètres au-dessus de la tête de l'aérosôme II, chaque âme ayant en moyenne un développement d'environ 0 m. 40.
Un détail est à remarquer: tout cet édifice animique extériorisé n'est pas absolument vertical et d'aplomb mais s'incline sensiblement dans la direction du corps physique, de telle façon que l'âme conscientielle, là plus élevée, se trouve ramenée à environ 0 m. 50 de la verticale.
Ce serait une erreur de croire que chaque stade était franchi sans difficulté. D'abord, par simple prudence, j'avais pour principe de ne passer à un degré supérieur que lorsque le dernier élément extériorisé était bien assuré et que le sujet y arrivait aisément.
D'autre part, lorsqu'il s'agissait de passer à un nouvel élément encore inexploré, je me heurtais, de la part du sujet, à des refus, des supplications, des terreurs, et, quand il se sentait impuissant devant mon infrangible volonté, à un flot de larmes provenant, pour lui, de la double terreur de se voir emmené si loin du monde matériel, et de ce que, dans un instinct confus, il se rendait compte que, peut-être, je ne pourrais pas arriver à le reconstituer normalement.
Plus d'une fois, devant ces épouvantes, je l'ai déjà dit et je l'affirme de nouveau, je me suis isolé en face de ma conscience, me demandant si j'avais le droit, fut-ce au nom de la science la plus pure, de faire courir au sujet ce qu'il regardait comme des risques mortels...
Mais je ne voyais pas de dangers auxquels je fusse inapte à parer mais j'étais sûr de moi en ce qui concerne la reconstitution finale et correcte de l'être humain et, malgré refus, révoltes, sanglots, je continuai ma dissection expérimentale de l'âme.
Toutefois, je ne me reconnaissais pas le droit d'entraîner le sujet si loin à son insu, ni de l'exposer à des risques devant lesquels il eut pu normalement reculer : donc après chaque séance, je lui rendais fidèlement compte des difficultés qu'il m'opposait et des luttes qu'il soutenait contre ma volonté ; en un mot, je ne lui cachais rien de ce qui pouvait lui sembler constituer un péril, pensant : Si le sujet a peur, il en sera quitte pour se dérober et mettre fin à nos séances...
Et, à la séance suivante, je voyais arriver le sujet, avec une belle crânerie et une exactitude parfaite : malgré tout ce qu'il savait, puisque je ne lui cachais rien, il ne tremblait pas et se remettait entre mes mains, pour poursuivre les expériences, avec une confiance digne d'admiration.
Qu'il me soit permis ici de remercier publiquement Madame Lambert du grand courage dont elle a fait preuve à nos séances d'étude sur un terrain encore inexploré et, par cela même, certainement plein de périls ignorés : c'est son dévouement à la cause de la science qui m'a permis de pénétrer enfin la troublante énigme que, depuis des millénaires, l'âme propose aux investigations de l'homme.
Et, puisque je suis sur ce sujet, il importe d'aviser les chercheurs qui suivront cette voie, des dangers connus sans compter les autres, qu'ils rencontreront sur leurs pas: c'est ce que je vais faire plus loin.
J'avais consacré près de deux années à l'étude tant synthétique qu'analytique (voir ci-après) de l'âme totale, et la sortie de l'âme conscientielle (la dernière) était bien assurée, lorsque la pensée me vint que, si ma théorie était exacte, c'est-à dire si l'esprit peut être considéré comme un centre de forces, les forces qui le composent doivent avoir un substratum sur lequel s'exercer ; en d'autres termes, outre l'âme totale qui est l'enveloppe de l'esprit et son corps immatériel, l'esprit, considéré en lui-même, doit posséder un corps particulier et, par suite, être visible à un sujet en état d'hypnose.
Partant de cette donnée, je me suis efforcé d'extérioriser l'esprit, malgré les refus du sujet qui me répétait sans cesse : « Mais il n'y a plus rien, puisque nous sommes au bout de l'âme ! Et qui était réellement terrifié d'aller si loin. Enfin, après de nombreux essais inutiles, j'allais renoncer quand le sujet entrevit comme une lumière qui montait au-dessus de « l'ostensoir ». Je redoublai d'efforts, et enfin, un jour, le sujet vit distinctement une lumière blanche, très brillante, de la taille d'une flamme de grosse lampe au centre de laquelle serait un petit point très lumineux, ne répandant pas d'irradiations, mais comme taillé à facettes, ainsi qu'un diamant, et projetant, par ces facettes, une grande quantité de miroitements clairs : c'est l'esprit[18]. Dès lors, le schéma total de l'être humain invisible s'établissait comme le montre la fig. 8.
Arrivé à ce point, je jugeai inutile, au moins en principe d'aller plus loin, puisque je ne voyais pas ce qui pouvait exister au-delà de l'esprit.
Un jour cependant où j'étais assez maître de l'esprit, car on verra plus loin que son extériorisation présente de grands dangers, je continuai la magnétisation par simple acquit de conscience et ma surprise fut vive quand le sujet annonça voir des « petites comètes »... Qu'était-ce donc[19] ? … Des petits points brillants, répondit le sujet, d'un bleu particulier permanent, semblable à un éclat très doux de saphir, laissant derrière eux comme une légère traînée lumineuse, surgissant d'infinis lointains toutes les trois ou quatre secondes pour aboutir à l'esprit où ils se fondent... D'où viennent ces petites comètes et quel rôle jouent-elles à l'égard de l'esprit ? Elles descendent du plan divin, et ce sont elles qui mettent l'homme en relation avec lui[20].
Figure 8

Je dois avouer que, à plusieurs reprises, j'ai eu la vive tentation de faire remonter le sujet jusqu'à la source des « petites comètes » ou, pour parler net, de le faire pénétrer sur le plan divin. Mais il y avait, dans cette expérience, une trop formidable menace pour la sécurité matérielle du sujet, je me suis abstenu.
Celui-ci, d'ailleurs, interrogé à ce propos, a dit : « Dans l'état de choses actuel, il serait on ne peut plus dangereux de pousser plus loin. Rendez-vous d'abord maître de l'extériorisation de l'esprit, et peut-être alors, pourrai-je faire une telle tentative[21] »
J'en suis donc resté là, au moins pour l'instant, après avoir ainsi obtenus la synthèse complète de l'âme[22].
En même temps que je poursuivais cette recherche, je voulus étudier séparément chacune des âmes secondaires dont l'ensemble constitue l'âme totale.
Dans ce but, il me fallait trouver un procédé efficace pour les isoler les unes des autres, afin de pouvoir les manipuler en quelque sorte une à une : je vais exposer les résultats auxquels je suis actuellement arrivé.
Tout d'abord, je m'attachai à l'âme vitale qu'il est très facile de séparer des autres âmes secondaires, et qui, sous les appellations diverses de double étherique et de corps odique a déjà été étudiée par d'autres expérimentateurs, mais sans qu'on eût encore songé à la scinder en ses parties constitutives : ce fut le but de mes premières recherches.
Trois, faits essentiellement différents m'avaient amené à penser que cette âme vitale est susceptible d'être divisée en éléments secondaires :
1° Le Colonel de Rochas avait obtenu deux demi-fantômes à gauche et à droite du sujet, dont la réunion à sa gauche avait formé le premier double ;
2° ce fantôme est coloré diversement, bleuâtre à droite et orangeâtre à gauche ;
3° enfin des sujets voyants accusaient en lui l'existence de plusieurs éthers différenciés. J'avais donc pensé que l'on pouvait sectionner cette âme vitale ; j'y suis arrivé, après de récents essais et j'ai réussi à diviser cet élément en deux : l'un à gauche bleuâtre, l'autre, à droite, orangeâtre[24]. Ce résultat a été obtenu toujours par voie magnétique, mais en usant d'un procédé que je ne veux pas encore publier, le résultat en étant des plus dangereux pour le sujet ; pour ce motif, je n'ai pas encore osé éloigner les deux parties l'une de l'autre[25] de plus de 0 m. 10, mais cela m'a suffi pour faire constater par le sujet principal et par des sujets témoins :
1 ° Que la partie gauche est couverte de papilles contractiles munies de sortes de bouches ;
2° Que les deux parties sont unies par une foule de filaments colorés ;
3° Que la partie droite semble couverte d'un réseau de fils conducteurs de vie, dont la réunion forme le lien vital, qui, unissant l'âme vitale au corps matériel, conduit la vie à l'organisme[26].
La première fois que j'ai opéré cette scission devant un sujet de contrôle, ce sujet a eu un mot bien typique. Comme je le pressais de me dire ce qu'il voyait. Laissez-moi donc le temps de regarder me répondit-il ce que je vois est si extraordinaire ! On dirait comme deux demi-corps accolés ! Tel est le fait dans son ensemble et comme il m'est d'abord apparu mais, des études expérimentales qui ont suivi, j'ai pu tirer les constatations suivantes :
Les papilles contractiles qui garnissent l'élément gauche[27] sont animées d'un mouvement vibratile continu ; elles sont plus nombreuses vers le sommet du fantôme que vers le bas, et présentent une surface approximative de 3 millimètres carrés. Les sujets comparent volontiers ces papilles à de minuscules suçoirs de poulpe.
La fonction de ces papilles vibratiles serait de puiser, dans l'ambiance, la vie cosmique. Elles puisent également de la vie spécialisée dans l'aura des êtres qui les approchent. Cette conception de l'existence d'une vie cosmique et de son assimilation par les êtres vivant sur terre, est loin d’être une nouveauté. La science antique de l'Orient appelle Prana la vie cosmique et Jiva la vie spécialisée, et de nos jours, les travaux des chercheurs tels que le Dr H. Baraduc de Paris, G. Encausse et autres, ont montré à l'évidence la réalité objective de cette conception, qui se trouve confirmée par mes expériences sur l'âme vitale[28] qui, dans la partie gauche du fantôme subirait une transformation à la suite de laquelle elle se spécialiserait en vie humaine.
Il m'a été impossible jusqu'à ce jour de pénétrer dans ce travail de transformation ; tout ce que j'en puis dire, c'est que mes sujets accusent, dans les deux parties de l'âme vitale une sorte d'ébullition confuse sensible surtout dans la partie droite, mais plus intense à gauche où sa rapidité la rend presque invisible. En tous cas, cette modification de la force vitale cosmique en vie humaine me paraît indubitable puisque, à la photographie, toutes les forces cosmiques donnent des anses courbes alors que les forces émanées par les êtres matériels produisent des radiations rectilignes.
Que devient alors cette force vitale ainsi modifiée ? Elle passe dans l'élément de droite de l'âme vitale, et ainsi nous apparaît la fonction des filaments fluidiques unissant les deux moitiés de cette âme particulière.
Ces filaments lumineux sont au nombre de plusieurs milliers, beaucoup plus nombreux vers le cerveau et le coeur qu'ailleurs on en compte en moyenne une douzaine au centimètre carré ; la grande majorité sont bleuâtres et amènent le courant vital de gauche à droite ; d'autres, orangeâtres, en petite quantité représentent le contre-courant, de droite à gauche, ils sont animés d'une sorte de mouvement oscillatoire qui leur donne l'apparence de s'enchevêtrer les uns dans les autres ; leur sensibilité paraît être extrême[29] ; leur grosseur est celle d'un fil assez fort ; il en existe cependant trois beaucoup plus gros, tous trois bleuâtres, l'un, de la grosseur du petit doigt, unit le coeur, demeuré à gauche, au côté droit à la hauteur de l'artère pulmonaire droite ; un autre, plus petit, unit les deux hémisphères du cerveau à la hauteur de la glande pinéale, qui semble jouer un certain rôle dans son fonctionnement et enfin le troisième, encore plus petit, relie l'une à l'autre, par le milieu, les deux moitiés du cervelet. Ces fibres se distendent et s'étirent en cas d'éloignement des deux parties de l'âme vitale : en cas de rapprochement, au contraire, elles se résorbent en elles-mêmes et de chaque côté.
De ce qui précède, il résulte que la partie gauche de l'âme vitale est de beaucoup la plus importante des deux : c'est en effet celle qui renferme le cœur ; c'est également sur elle que de meurent le grand sympathique, le larynx et tous les organes et appareils uniques ; l'intestin est moitié à gauche, moitié à droite, mais sans être rompu: les parties médianes, amincies, sont enveloppées de filets fluidiques ; enfin, c'est sur la partie gauche de l'âme vitale que reposent tous les éléments fluidiques constituant l'âme totale ou aérosôme I ; aussi pour tous ces motifs s'explique-t-on que cette partie paraisse au sujet plus brillante que l'autre ; la partie droite semble bien ne jouer que le rôle d'un organe de transmission de vie entre la partie gauche et l'organisme physique.
Dans toutes ces expériences, le côté droit de l'âme vitale privé de moyens de capter la vie cosmique et ne recevant que celle du côté gauche, se montre toujours craintif et cherche constamment à se réunir au côté gauche. Du reste l'opération semble toujours assez pénible pour le double. Il en va de même pour le sujet qui, pendant tout le temps que dure l'opération, voit son coeur battre plus vite, et, si l'opérateur lui tâte le pouls, il en sent les battements se précipiter ; le sujet halète et souffle fortement.
La séparation ne peut guère durer plus de cinq minutes sans danger. Il est d'ailleurs un critérium auquel je ne manque jamais de me référer ; dès le début de l'opération, j'avertis le sujet. Aussitôt que vous verrez se ternir les filaments qui unissent les deux parties de l'âme vitale, vous m'en préviendrez ! Et, dès que je suis avisé, je conclus que la vie ne passe plus qu'avec difficulté[30] et où qu'en soit l'expérience, je l'arrête et réunis les deux parties de l'âme vitale. A la suite de cette reconstitution, le sujet éprouve invariablement, dans l'hémisphère gauche du cerveau, une douleur assez intense mais peu persistante ! Le côté droit de l'âme vitale ne semble jouer je l'ai dit, qu'un simple rôle de transmission ; il fait passer la vie cosmique spécialisée dans le côté droit de l'organisme, matériel, ce qui se fait tout naturellement puisque, normalement, il s'y trouve lui-même inclus de là vient que, dans les expériences biométriques du Dr Baraduc, la main droite attire l'aiguille aimantée que repousse la main gauche la vie traverse le corps matériel de droite à gauche.
Pendant que dure cette scission de l'âme vitale en deux parties, le schéma de l'opération est tel que le montre la figure 9.
Figure 9

Un dernier mot sur cette opération à l'adresse des imprudents qui, ayant trouvé peut-être fortuitement le procédé dont je me suis servi, seraient tentés de répéter l'expérience sans précaution : j'ignore naturellement ce qui adviendrait en cas de réveil du sujet pendant la séparation de l'âme vitale en ses deux parties constitutives ; le sujet lui-même, interrogé en cours de sommeil à ce propos, a répondu « La mort lente... en huit ou dix jours ! » Il convient donc que, pour tenter pareille expérience, toutes les énergies de l'opérateur soient tendues à se briser pour empêcher le réveil du sujet.
Poursuivons maintenant notre dissection analytique, étant bien entendu qu'avant d'aller plus loin, il faut reconstituer l'âme vitale ; je ne sais en effet, n'ayant jamais commis telle imprudence, ce qui se passerait sans cette précaution essentielle.
Pour séparer ensuite les âmes secondaires les unes des autres, il convient, non pas de les faire sortir chacune de la précédente, ce qui ne produit, comme on l’a vu plus haut qu'un ensemble et une synthèse, mais d'extraire un nouvel aérosôme de l'aérosôme précédemment obtenu, de façon à laisser isolée l’âme secondaire sur laquelle est précisément basé ce précédent aérosôme.
On a vu qu'on obtient facilement l'aérosôme l (à base d'âme vitale) dont la formation isole l'organisme physique puis l'aérosôme II (à base d'âme sensitive) dont l’extériorisation libère l'âme vitale ; c'est alors que le Dr Baraduc photographia la boule mentale, partie la plus brillante de l'âme intelligente et que les sujets magnétiques annoncèrent l'existence d'une aura brillante enveloppant cet aérosôme II.
Dès lors, sachant à n'en pas douter qu'au-delà de l'âme vitale et de l'âme sensitive, appelées alors double éthérique et corps astral, se trouvaient d’autres éléments, on chercha à isoler l’âme sensitive (corps astral) pour, ensuite, atteindre l'âme intelligente (corps mental).
La théorie disait que, de même qu'en magnétisant l’être complet on en sépare l'aérosôme I, a base d'âme vitale, et de même qu'en magnétisant cet aérosôme I, on en isole l'âme vitale dont on sépare l'aérosôme II à base d'âme sensitive, de même en magnétisant l'aérosôme II, somme des éléments encore inabordés de l’âme on devait amener l’isolation de l'âme sensitive, par la séparation d’un aérosôme III encore à découvrir.
On chercha longtemps dans cette voie et inutilement. Pour ma part, j'inclinais à penser que tel doit être le procédé logique. Quoi qu'il en soit, devant l'impossibilité d'aboutir par la voie ordinaire, M. Lefranc eut l'idée de recourir à un moyen détourné : après extériorisation de l'âme totale, il suggéra au sujet de réintégrer au corps physique d'abord l'âme vitale puis l'âme sensitive seule, ce qui devait en effet isoler l'âme sensitive en en séparant un aérosôme III à base d'âme intelligente. Le résultat fut atteint, mais dans de si dangereuses conditions que je ne conseillerai à personne de renouveler l'expérience.
En effet, le sujet, remis par ce moyen en possession de son âme vitale qui comporte la force musculaire et de son âme sensitive qui régit l'énergie nerveuse, mais privé de son âme intelligente, siège de la raison, eut un accès de folie furieuse qui mit en péril et lui-même et les assistants ; cet accès se prolongea près de deux heures, pendant lesquelles le sujet, rebelle à toute suggestion, refusa de se réintégrer et quand enfin on réussit à le reconstituer, ce ne fut qu'au détriment des assistants, de l'ambiance matérielle, et du sujet lui-même qui en fut malade pendant près de deux mois.
Ce procédé doit donc être absolument déconseillé. Pour ma part, je continuai les recherches dans le sens de la magnétisation de l'aérosôme II, et en suggérant au sujet, comme dans les extériorisations précédentes, de dédoubler cet aérosôme en portant son Moi encore plus à gauche : j'eus enfin la satisfaction d'aboutir et d'obtenir la formation dont la figure 10 donne le schéma.
Figure 10

Le sujet accusa d'abord la diminution de luminosité de l'aérosôme II et du lien astral, puis la constitution, à la gauche de cet élément, d'une nuée lumineuse de forme ovoïdale où se retrouvait encore, bien qu’assez atténuée, la boule mentale de l'âme intelligente. Mais, à mesure que cette nuée se précisait, le sujet accusait des troubles particuliers, difficulté de parole de plus en plus grande, avec dyspnée, céphalalgie croissante, obnubilation du raisonnement etc. Je jugeai que la boule mentale, enveloppant le cerveau avait dû être lésée dans ce travail de scission et que cette lésion devait être la cause des troubles constatés : je réintégrai l'aérosôme II. Alors je constatai un résultat particulier de cette tentative : le sujet avait perdu tout souvenir, ignorait où il se trouvait, qui j'étais, et même s'il était lui-même homme ou femme. Bien que cette amnésie ait été de courte durée, il me parût que l'opération, conduite de la sorte, menaçait le sujet de dangers cérébraux, et je la renouvelai dans un autre sens.

Au lieu de dégager l'aérosôme III par la gauche, ce qui, à mon avis, lésait la boule mentale, je le dégageai vers le haut, ce qui permettait à l'âme sensitive de s'en isoler par la partie inférieure de l'aura, moins délicate que la boule mentale
En effet, en même temps qu'il voyait s'assombrir l'âme sensitive, le sujet accusait la formation, au-dessus d'elle, de la même image ovoïdale blanchâtre, brillante, que, dans le mode précédent d'opérer, il avait vue à gauche de cet élément. La boule mentale lui semblait moins lumineuse et plus diffuse de plus, alors que dans sa dissection synthétique elle occupe le plan vertical médian où elle enveloppe exactement le cerveau de l'âme sensitive, dans cette dissection analytique, elle est un peu à gauche, ce qui s'explique puisque la reproduction des organes simples dans les âmes successives en occupe toujours la gauche. En même temps, le sujet voyait l'âme sensitive diminuer, s'amincir, se ratatiner, suivant son expression. J'avais ainsi obtenu la formation de la figure schématique 11.
La hauteur totale de cette aura, âme intelligente, atteignait 1 m. 80 à 1 m. 90, et sa base, plus visible que quand elle enveloppe l'âme sensitive, était à environ 0 m. 30 à 0 m. 40 cent. Au-dessus de celle-ci à laquelle elle était réunie, non pas par un lien net comme les liens vital ou astral, qui joignent l'organisme à l'âme vitale et celle-ci à l'âme sensitive, mais par une sorte de buée, semblable à une gaze très légère, qui partait de chaque côté de l'âme sensitive pour aboutir à la base de l'aérosôme III. Le sujet a comparé, par la suite ce double lien de gaze à deux ailes diaphanes qui, partant de chaque côté du « petit fantôme », se réunissaient au-dessus de sa tête pour, de leur pointe commune, toucher le bas de l'aérosôme III.
Ce procédé de dissection analytique, en isolant bien chaque Ame particulière, lui donne une plus grande visibilité ; c'est ainsi que, en ce qui concerne l'âme intelligente, les sujets remarquèrent ce qu'ils n'avaient jamais vu au cours de la dissection synthétique que cette aura oblongue était constituée par une série de stries horizontales. Du reste, on peut dire en général que la voie analytique donne de meilleurs résultats au point de vue de la visibilité et de la netteté de détail des âmes, que la dissection par voie synthétique ; cela tient, selon moi, à ceci que le sujet extériorise, dans le premier cas, beaucoup plus de sa propre substance mais, par contre, la dissection analytique lui cause une fatigue assez intense à laquelle il convient d'apporter la plus grande attention.
Enfin, lorsque je fus maître de l'aérosôme III, j'entrepris d'en dégager toujours par le haut l'aérosôme IV, à base d'âme causale, de façon à isoler complètement l'âme intelligente.
L'opération présenta de nombreuses difficultés tant de la part du sujet parfois épouvanté de se sentir ainsi morcelé, que par la technique de l'opération qu'il faut en quelque sorte improviser par tâtonnements. De plus, l'extériorisation de cet aérosôme IV donne ordinairement lieu, même après accoutumance du sujet, à des désordres physiologiques dont l'observation est de la plus grande importance ; cette extériorisation débute par la sortie, du sommet de l'âme intelligente, d'une sorte de jet de fluide un peu plus gros que le bras ; ce fluide produit des lueurs dont l'émanation semble bien ralentir les mouvements du cœur ; de plus le sujet éprouve une constriction de la gorge qui va jusqu'aux hoquets précurseurs du vomissement : il est alors souverainement imprudent de pousser l'opération plus loin.
Pour ma part, ce ne fut qu'après de nombreux essais, toujours interrompus par des alertes de ce genre que j'arrivai enfin au but poursuivi, et que j'obtins la formation du schéma reproduit par la figure 12. Mais, chose étrange ! bien que les sujets m'assurassent unanimement que l'élément sûr lequel se basait cet aérosôme IV était bien le même que l'âme causale obtenue par voie synthétique sous la forme d'une flamme dont l'extrémité se perd dans un halo brillant, ils ne le voyaient pas sous la même apparence : le sujet d'expérience le décrivait comme une torche renversée et le sujet de contrôle comme un corps oblong émanant des flammes sur toute sa longueur; tous deux étaient d'ailleurs d'accord pour assurer que l'image manquait de netteté et qu'ils ne pourraient être plus affirmatifs que le jour où, à force d'expériences, l'image se dégagerait avec une plus grande visibilité, ce que je cherche à atteindre actuellement. De même ils n'ont pu voir encore le lien unissant l'âme intelligente à l'aérosôme IV.
Figure 12

En résumé, le point où j'en suis arrivé, de la dissection analytique de l'âme, à l'heure où paraissent ces lignes, se trouve indiqué dans la figure schématique 12.
Il reste encore à aborder et réaliser les aérosômes V, VI, VII et même VIII qui ne comporterait que l'esprit isolément si toutefois il y a possibilité d'isoler l'esprit, ce que j'ignore encore et ce que j'ignorerai un certain temps puis que j'estime en ce moment à deux années le temps qu'il me faudra consacrer à l'extériorisation jusqu'à pleine maîtrise, des aérosômes V (à base d'âme morale), VI (à base d'âme intuitive) et VII (à base d'âme conscientielle). Pour l'ensemble analytique de l'âme tel qu'il résulte à ce jour de mes expériences personnelles, voir la planche hors texte II.
Je vais maintenant signaler les dangers dont quelques-uns très grands dont devront se préoccuper les expérimentateurs qui voudront vérifier les résultats auxquels j'ai abouti. J'ai déjà eu l'occasion, au cours des pages précédentes, d'attirer l'attention du lecteur sur certains périls que côtoie le sujet et qui peuvent avoir les plus graves conséquences si l'opérateur n'y apporte pas toute son attention et toute sa prudence. En voici d'autres qu'il importe de noter.
Dès le premier dédoublement qui extériorise l'aérosôme I, si, par un accident quelconque, le lien vital - unissant cet aérosôme à l'organisme matériel est brisé, c'est la mort assurée pour le sujet[31].
Si l'âme vitale (double éthérique) est lésée, la lésion se répercute immanquablement sur le corps physique ; si cette lésion est profonde, elle peut entraîner la mort de l'organisme[32].
Au cours de la scission entre les deux parties (droite et gauche) de l'âme vitale, le sujet éprouve une dyspnée à laquelle il faut apporter la plus grande attention ; le fonctionnement du coeur présente des irrégularités dont on se rend compte par l'observation du pouls. Il y aurait, à cet égard, grand intérêt à étudier la tension artérielle durant cette expérience : je n'ai pas, malheureusement, la compétence nécessaire pour procéder à cette étude mais ce m'est un devoir de signaler ce point critique.
L'âme sensitive paraît abandonner, après la mort, sa sensibilité purement matérielle : elle serait donc divisible en deux parties, et il y a dans cet aléa, pour le cas où cette scission s'opérerait fortuitement en cours d'expérience, une éventualité dont les conséquences peuvent être redoutables.
Contrairement à ce qui se passe au début de ces opérations où les âmes mettent de la difficulté à s'extérioriser, il arrive parfois, par suite d'une trop grande accoutumance du sujet, que les âmes jaillissent en quelque sorte spontanément et tumultueusement de l'aérosôme II, ce qui occasionne des troubles, parmi lesquels un étourdissement profond dans l'organisme. Il faut obtenir du sujet qu'il n'extériorise les âmes successives que lentement, l'une après l'autre et chaque âme seulement après que la précédente est bien extériorisée et bien condensée.
Les trois premières âmes (vitale, sensitive et intelligente) sont de nature fluidique ; les quatre âmes supérieures (causale, morale, intuitive et conscientielle) semblent bien d'essence différente et de nature spiritique : la façon dont on agit avec les trois âmes inférieures ne leur est donc vraisemblablement pas applicable, et il y a là, très probablement, de nouveaux procédés d'étude à rechercher avec une absolue prudence.
Il importe de savoir que lorsque l'édifice des âmes s'élève au-dessus de l'aérosôme II, si cet édifice était compromis, soit accidentellement par la projection d'un objet, soit volontairement par un coup de canne fauchant, il s'ensuivrait pour le sujet une série de graves troubles cérébraux et mentaux devant durer jusqu'à la fin de sa vie qui en serait vraisemblablement abrégée.
Il en serait probablement de même si le réveil survenait en cours de cette opération, car j'ignore si les âmes extériorisées pourraient rentrer mécaniquement et spontanément les unes dans les autres suivant leur ordre logique ; il m'a toujours semblé que cette expérience présente un trop grand risque pour être tentée. Il faut c'est du moins de la sorte que j'agis toujours faire rentrer chaque âme dans l'âme immédiatement inférieure en dirigeant sur elle sa volonté et son influx magnétique: l'âme conscientielle (l'ostensoir) dans l'âme intuitive (le fer de lance), celle-ci dans l'âme morale (le soleil), etc., en apportant le plus grand soin à ne pas commettre, au cours de cette reconstitution, une erreur dont j'ignore les conséquences possibles.
Lorsque l'esprit est libéré de sa double prison de fluides et de chair, il a parfois d'angoissantes velléités de demeurer libre, et est toujours plus ou moins longtemps à rentrer dans l'âme.
Interrogé à cet égard, le sujet a répondu : « Si l'esprit ne rentrait pas, ce serait la mort à terme plus ou moins rapproché, mais avec idiotisme jusqu'à la fin ! » Et, de fait pendant toutes ces expériences critiques, je tiens ses deux mains réunies dans ma main gauche de façon à être aussitôt averti de ce qui se passe en lui je sens ses mains agitées d'une sorte de tremblement convulsif, pendant que, de sa bouche, s'échappent des gémissements, des râles et des hoquets...
Pour forcer l'esprit à rentrer, je ne connais que deux moyens : le souffle chaud et la volonté. Le souffle chaud est impraticable, puisque l'esprit est à environ trois mètres du sol. La volonté seule peut agir, mais une volonté de fer. Lorsque je reproduis l'expérience devant des assistants, je les prie d'unir leur volonté à la mienne pour faire rentrer l'esprit dans son enveloppe fluidique.
On voit qu'au cours de ces expériences il faut louvoyer avec les plus grandes précautions entre les multiples dangers que je signale sans compter ceux qui nous sont encore inconnus il importe donc d'agir sans cesse avec la plus grande circonspection, sans se départir des précautions les plus minutieuses, et surtout même dans les circonstances les plus critiques, sans jamais perdre son sang-froid, de façon à parer instantanément à toute contingence fâcheuse.
Maintenant, au point où mous en sommes arrivés, il convient d'établir le départ, dans toutes les expériences qui précèdent, entre les phénomènes qui, ayant été dûment contrôlés, peuvent, sauf preuve contraire, être regardés comme acquis, et ceux qui, présentant un danger évident pour le sujet et, par suite, trop fugitifs ou ne pouvant être renouvelés comme il convient, n'ont pu subir ce critérium.
Ont été contrôlés : Les sept éléments de l'âme totale, un à un l'esprit la scission des deux éléments de l'âme vitale et le mécanisme de la captation et de la transformation de la vie l'extériorisation de l'aérosôme III au-dessus de l'âme sensitive.
N'ont pu être contrôlés : L'extériorisation de l'aérosôme III à gauche de l'âme sensitive les au-delà de l'esprit la giration du fer de lance (âme intuitive).

Qu'il me soit permis de terminer en faisant cette simple remarque que ces sept principes de l'âme, joints à l'esprit en haut et au corps en bas, concordent absolument avec la vieille théorie des sanctuaires parvenue jusqu'à nous sous le nom d'occultisme et qui divise l'homme ainsi en neuf principes réduits à sept dans la pratique par la combinaison du corps supérieur avec l'âme inférieure, et qui sont indiqués dans le tableau ci-contre.
Des expériences ultérieures seront à la vérité nécessaires pour mettre tout ceci au point, relativement à certains détails ; par exemple, si l'âme causale paraît bien répondre à l'âme vie du corps astral, le Kama-Rupa (corps de désir) des théories védantines semble plutôt se rapporter à l’âme sensitive ; en tout ce qui précède, je me suis basé sur l'expérimentation mais une expérimentation qui, loin d'avoir dit son dernier mot, n'en est encore qu'à ses débuts.
[1] L'hypnose donne aux sens de l'homme un incommensurable développement : En sommeil, un sujet hypnotique découvrira entre deux objets une différence de poids de quelques milligrammes, ou une différence de température d'un vingtième de degré, différences insensibles à l'organe sensoriel normal ; dans ce qui semble à l'oeil une même nuance, il discernera avec sûreté un indice chromatique différent et désignera en toute certitude la couleur dont l'introduction, en quantité infinitésimale, a modifié la nuance primitive ; en acoustique l'oreille normale perçoit de 16 à 36,850 vibrations à la seconde; en hypnose, elle perçoit expérimentalement de 2 vibrations par seconde à 4, 611, 686, 018, 127, 389, 904, c'est-à-dire soixante-deux octaves ; à ce degré qui dépasse l'électricité, la chaleur, la lumière et les rayons X, N, V, Xx etc., c'est évidemment quelque chose d'indéfinissable, mais on sait que chez le sujet hypnotique en sommeil, les cinq sens normaux se fondent en un sens supérieur que nous appelons le sens astral : c'est ce sons qui, mis en jeu, nous découvre l'âme, comme nous le verrons plus loin. Et, puisque je parle ici de l'hypnose, qu'il me soit permis d'en dire ceci : dans l'état actuel de la science, nous ignorons presque tout des possibilités de l'hypnose ; mais, à la suite de toutes mes expériences, je suis arrivé à cette conviction absolue que l'hypnose est le moyen à l'aide duquel l'homme pénétrera tous les mystères tant physiques qu'hyper physiques au milieu desquels, à l'heure actuelle, il cherche sa voie.
[2] Je dis bien : magnétisme et non hypnotisme. En effet, tous les procédés hypnotiques sont brutaux et ne visent qu'un seul but ; le choc nerveux. Or, si nous faisons ce que nous voulons d'un sujet endormi, nous ne faisons de son âme extériorisée que ce que celle-ci veut bien nous laisser faire ; il faut donc qu'il règne entre elle et l'opérateur une sympathie entière et une confiance absolue, et ce n'est jamais par l'emploi de moyens brutaux qu'on peut obtenir un tel résultat, mais uniquement par la patience et la douceur, c'est-à-dire par le seul emploi des procédés magnétiques.
[3]C'est pour cette raison que je repousse absolument les procédés hypnotiques de mise en sommeil qui tous sans exception, procèdent d'une brutalité plus ou moins barbare et n'agissent que par le choc nerveux.
[4]C'est avec le sujet Mme Lambert que le Colonel de Rochas a fait ses brillantes découvertes d'extériorisation de la sensibilité et de la motricité. Une longue pratique de ce sujet et l'étude de ses possibilités lui avaient démontré qu'il y avait encore des découvertes à faire avec lui en le poussant dans des voies inexplorées.
[5] Il va sans dire que les sujets utilisés en vue du contrôle doivent être eux-mêmes suffisamment entraînés et développés en ce qui concerne la voyance et en cas de besoin le dédoublement.
[6]Le Colonel de Rochas lorsqu'il a fait son immortelle découverte du dédoublement de l'être, ne poursuivait qu'un but: savoir les résultats que pourrait amener chez un sujet, une magnétisation continuée aussi longtemps que possible. L'opération, qui dura des heures, présenta trois stades successifs. Au premier, le sujet déclara voir se former à sa gauche une nuée fluidique bleuâtre qui, progressivement prit l'apparence de son côté gauche. En deuxième stade, il se forma à sa droite une nuée orangeâtre qui prit peu à peu l'aspect de son côté droit. Au cours de la troisième période, enfin, le demi-fantôme de droite passa derrière le sujet pour se réunir au demi-fantôme de gauche et former avec celui-ci un fantôme complet, reproduisant tout l'organisme du sujet, bleuâtre à gauche et orangeâtre à droite. Le phénomène du dédoublement était trouvé, il fut, par la suite, simplifié dans ses moyens et s'opère aujourd'hui, comme on va le voir, de façon beaucoup plus lapide. M. de Rochas trouva ensuite dans le fantôme ainsi extériorisé la motricité et la sensibilité du sujet, sans se douter qu'il avait extériorisé l'âme totale dont ces deux facultés représentent les deux éléments premiers, l'âme vitale et l'âme sensitive.
[7] Le Moi de la personnalité humaine est toujours avec la partie extériorisée.
[8]Pour cette opération et celles qui suivent, je trouve avantage à placer le sujet dans un bain de lumière bleue (bleu n° 13) ; cette lumière est, il est vrai, actinique, mais de toutes les lumières chimiques, c'est celle qui attaque le moins les fantômes fluidiques ; l'idéal serait d'utiliser la lumière rouge, complètement anactinique : la lumière rouge, malheureusement, est insupportable aux sensitifs qu'elle exaspère, ce qui interdit toute expérience de dédoublement.
[9] Chez quelques très rares sujets le phénomène, se produit à droite.
[10] Le Colonel de Rochas obtenait, comme il a été dit plus haut, à droite et à gauche deux « demi-fantômes » qui se réunissaient en un seul, à gauche ; maintenant, on obtient directement le double unique et complet à gauche ; le procédé que j'indique est plus rapide et plus simple.
[11]Souvent, au cours des essais, surtout avec un sujet neuf, on voit le sujet faire des efforts corporels pour se transporter vers l'endroit désigné.
[12] Sur cette série de phénomènes j'ai donné ailleurs (Méthode de dédoublement personnel, 1 vol. in-8, Paris 1913) toute la documentation nécessaire et détaillée.
[13] Les sujets en hypnose distinguent d'habitude particulièrement l'aérosôme I de l'aérosôme II en appelant le premier « le grand fantôme » et le second « le petit fantôme ».
[14]V. dans le chapitre: Physique de l'âme, les organes de l'âme.
[15] Voir la planche d'ensemble I, Synthèse de l'âme. À la fin du livre.
[16]Je suis obligé, pour distinguer les unes des autres ces unies secondaires, de leur, donner des noms d'après les fonctions qui semblent être les leurs ; mais, comme ces fonctions ne pourront être bien contrôlées que dans l'avenir, il est évident que ces noms pourront changer. Maintenant le sujet est accoutumé à supporter avec toutefois quelques précautions la vue de cet élément qu'il appelle « le beau soleil ». (fig. 5).
[17] L'ostensoir n'a pas partout la même forme qu'en France ; en Italie, il affecte la forme d'une tourelle, celle d'un reliquaire en d'autres pays, etc.
[18]La clarté des miroitements semble être en raison directe de l'élévation de l'esprit. Au cours des expériences qui ont suivi, j'ai eu la curiosité d'extérioriser moi-même mon esprit, pour permettre au sujet de comparer. A ma grande surprise il a vu le mien quelque peu plus sombre que le sien, et, comme je m'en étonnais : la cause de cette différence est très simple, m'expliqua-t-il ; mon esprit est presque complètement libéré, alors que le vôtre est obscurci par la matière. Du reste, au dire des sujets, chez les êtres grossiers et matériels, les âmes supérieures seraient à peine visibles et leur esprit même extériorisé plus ou moins sombres
[19] Cette révélation, alors que j'avais l'entière conviction qu'il ne pouvait rien y avoir au-delà de l'esprit, me prouve que je ne suis pour rien dans les visions du sujet : évidemment, ce n'est pas dans mon cerveau qu'il puise les éléments de ce qu'il annonce.
[20]D'expériences ultérieures, il semble être résulté que ce système n'est pas général : certains êtres seraient unis au plan divin par une sorte de « ruban de gaze » plus ou moins clair ; les athées n'auraient aucun lien ; pour les indifférents, l'union intermittente consisterait en petits nuages, de la grosseur d'une forte bulle de savon qui viendrait, de temps à autre, éclater près de leur esprit. L'auteur tient à déclarer ici que, s'il a fait vérifier, par des sujets de contrôle, l'existence objective et la forme de l'esprit en de rapides extériorisations de celui-ci, le danger évident que court le sujet durant ces extériorisations l'a toujours empêché de faire contrôler l’au-delà de l'esprit, c'est-à-dire la réalité des « petites comètes » ou autres liens unissant l'être humain au plan divin.
[21]En général, dans toutes ces expériences où l'on avance sur un terrain encore inexploré, il est de la plus élémentaire prudence de toujours interroger le sujet, meilleur juge que qui que ce soit, et de se conformer à ses avis. On ne doit aller à l'encontre de sa volonté que s'il est en proie à des terreurs irraisonnées et qu'on a des motifs valables de juger telles.)
[22]Pour l'ensemble synthétique de l'âme tel qu'il résulte de mes expériences personnelles, voir la planche hors texte I synthèse de l'âme, à la fin du livre.
[23]Voir la planche d'ensemble II, Analyse de l'âme, à la fin du livre.
[24] Les termes droite et gauche s'appliquent au fantôme lui même et non au sujet ni à l'opérateur qui lui fait face.
[25]Couramment, et par prudence, je ne les éloigne pas à plus de deux centimètres l'un de l'autre. Je crois que le maximum de séparation n'excède pas 0 m. 15, au-delà duquel ce serait la mort pour le sujet. A 0 m. 10, le sujet est inquiet et très troublé.
[26] Cette expérience de scission de l'âme vitale exposée ici où je m'occupe de la dissection de cet élément de l'âme totale, n'a été réalisée chronologiquement qu'après la découverte complète de l'âme.
[27] Ces papilles sont invisibles dans le dédoublement ordinaire, à cause des fluides lumineux qui entourent l'aérosôme I ; au contraire, lorsque les parties de l'âme vitale sont séparées, le sujet les voit nues et comme sur une table de dissection, ou, pour mieux dire, par l'intérieur.
[28] V. à ce sujet l'Occultisme et la Vie, du même auteur, sous presse.
[29] J'avais toujours été surpris que le Colonel de Rochas, ayant formé le fantôme total par deux demi-fantômes, n'eut jamais essayé l'opération inverse ; le sujet Mme Lambert m'a dit, à l'état de veille, qu'il avait essayé une fois, et que, cette unique fois, il en était résulté un tel accident, le sujet avait failli être tué qu'il n'avait jamais réitéré. Interrogé, à l'état d'hypnose, sur la nature de cet accident, de façon que je pusse y parer, le cas échéant, le sujet me dit qu'un assistant avait voulu s'approcher pour faire une constatation; ce simple mouvement avait déterminé un ébranlement d'air dans l'ambiance, et une vague d'air, frappant les fibres dont il s'agit, les avait froissées ; le sujet tomba aussitôt sur le parquet et, quand on le releva, il était dans un état comateux dont on fut plusieurs jours avant de pouvoir le faire revenir. Ceci montre un des dangers de l'expérience, à cause desquels, tant que je n'aurai pas trouvé le moyen de les neutraliser, je juge inutile de divulguer le procédé que j'ai employé.
[30] Pendant cette période les filaments vitaux semblent même s'amincir.
[31] Dans mes expériences j'adosse toujours à une cloison ou à un meuble le fauteuil du sujet et celui de l’aérosôme I, de façon qu'il y ait impossibilité matérielle à passer entre eux.
[32] A plusieurs reprises, lorsqu'elle travaillait avec le Colonel de Rochas, Mme Lambert s'est vue exposée à ces risques lamentables de la part d'assistants incrédules ou mal intentionnés. Je puis dire arec satisfaction que, même en mes expériences les plus audacieuses, jamais, grâce à des mesures de prudence peut-être exagérées, je n'ai vu aucun de mes sujets soumis à de tels dangers.
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