Le cas Thompson

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Manifestation

Ce mois-ci, nous vous présentons Quand les Esprits prennent les pinceaux… : le cas Thompson. L’histoire se déroule aux Etats-Unis au début du XXème siècle et dans les annales des sciences psychiques de 1910, Marcel Mangin relate le cas de cet homme qui se mit à peindre de manière automatique des paysages réels qu’il n’avait jamais vus.

Orfèvre de profession[1], Thompson n’a jamais reçu qu’une éducation limitée en dessin et peinture, qui s’est achevée à 13 ans lorsqu’il a quitté l’école.
Pendant l’été 1905, il commença à ressentir des inclinations pour le dessin et la peinture. Il ne montrait alors plus d’intérêt pour l’orfèvrerie mais manifestait des facultés nouvelles comme artiste peintre. Il lui semblait souvent être Gifford et il disait quelquefois à sa femme : « Gifford veut faire une esquisse ! »
Frédéric Thompson avait rencontré quelques années auparavant le peintre Robert Swain Gifford mais n’avait discuté avec lui que quelques minutes les quelquefois où ils se croisèrent.
A ce niveau des faits, notre attention de spirite est attirée par le fait que M. Thompson ne savait pas encore que le peintre était mort.
Il ne le saura qu’en janvier 1906, quand il alla voir une exposition des œuvres de Robert Swain Gifford. C’est lors de cette exposition qu’il apprit que l’artiste était décédé depuis le 15 janvier 1905, c'est-à-dire 6 mois avant que notre orfèvre ne commence à ressentir ce besoin de dessiner et de peindre. Pendant qu’il regardait l’exposition, il lui sembla entendre une voix dire : « Vous voyez ce que j’ai fait, ne pouvez-vous vous charger de finir ce que j’avais commencé ? ».
A partir de ce moment là, le besoin de peindre se fit plus fort et il commença à avoir ce qu’il appelait des visions et des hallucinations de manière constante. Il s’agissait pour la plupart de paysages. L’un de ceux qui le hantait continuellement représentait un groupe de chênes noueux dont il réalisa d’ailleurs plusieurs esquisses.
Ces visions et ces hallucinations commencèrent à l’inquiéter et craignant pour sa santé, M. Thompson vint trouver le docteur Hyslop en janvier 1907. Afin de vérifier s’il s’agissait bien de l’influence d’un Esprit ou au contraire d’une manifestation d’un trouble mental, le docteur Hyslop emmena M. Thompson voir un médium de sa connaissance sans qu’elle sache de quoi il retournait. Lors de la réunion, il fut fait allusion à un homme qui se tenait derrière lui et qui devait beaucoup aimer la peinture. Gifford fut décrit de manière à être reconnu par M. Thompson et, au bout de quelques minutes, un groupe de chênes fut décrit également, avec la même couleur des feuilles, tel qu’il était apparu dans les visions et l’on nomma l’endroit où était né Gifford.
C’était bien le groupe d’arbres qui revenaient continuellement en vision à M. Thompson depuis dix-huit mois et dont il avait parlé au docteur Hyslop deux jours auparavant. Ils furent trouvés à la localité décrite par le médium, sur une des îles Elisabeth, sur la côte Nord-Ouest des Etats-Unis.
M. Thompson commença après cela à peindre et vendit quelques-unes de ces peintures. L’un des acheteurs remarqua même une ressemblance entre l’une de ses peintures et le travail du peintre Gifford. Deux autres séances médiumniques organisées par le docteur Hyslop confirmèrent la présence du peintre Gifford auprès de M. Thompson avec des allusions aux goûts et habitudes du peintre.
Un passage intéressant de la réunion fait référence une nouvelle fois au groupe d’arbres et à la localité mentionnée par le premier médium. Voici le passage :
- Je veux vous dire à vous, petit garçon, je crois qu’il a vu les arbres et je crois qu’il vous en donne la représentation. Je crois que vous les verrez aussi. Je ne connais pas l’endroit mais il me paraît comme cela. Lorsque vous monterez sur la colline, comme je vous l’ai dit, vous aurez l’océan en face de vous et le motif à votre gauche, et vous descendrez une petite pente, presque un petit ravin, et ensuite il y a qu’à monter un tant soit peu où il y a une saillie. Voilà bien le chemin il me semble. Maintenant, vous avez ce que vous pouvez suivre, n’est ce pas ? Ils ont l’air noueux ces arbres. 
- D’une belle couleur.
- Oh ! Oui. Mais c’est ce que vous trouverez si vous allez bien à cet endroit. Vous aurez ces couleurs harmonieuses, justement comme son vieux tapis, qu’il aime tant, qui a ces couleurs harmonieuses. 

 Dessin de Thompson

Lorsque M. Thompson alla visiter l’île du peintre Gifford, il trouva les arbres, le chemin pour y parvenir ainsi que le paysage du groupe d’arbres correspondant aux descriptions données par les deux médiums. L'image ci-contre est un dessin que M. Thompson a réalisé lors de sa visite, il montre bien qu’il correspond aux visions reçues. Voici un autre dessin que M. Thompson a réalisé avant de visiter l'Ile de Gifford - étonnante la ressemblance !

 Dessin de Thompson

Plus tard, en 1907, Frédéric Thompson remit au docteur Hyslop un certain nombre d’esquisses réalisées à partir de visions puis il se mit en quête des lieux représentés dans ses peintures. Lors de ses recherches, il se rendit chez Gifford. Sa veuve lui montra son atelier où avaient été remises certaines de ces œuvres non achevées après la mort du peintre. La ressemblance entre les esquisses du peintre décédé et celles réalisées par Mr Thompson d’après ces visions est tout à fait frappante, voyez par vous-même :

 Dessin de Thompson

 Dessin Gifford

Pendant les recherches qu’il a effectuées pour retrouver les paysages peints qu’il avait vus en vision, M. Thompson entendait souvent de la musique instrumentale au violon et à la guitare… Il apprit par la suite que Gifford aimait particulièrement la musique, surtout le violon.
Face à l’ensemble de ces faits, le docteur Hyslop a poussé plus loin ces expériences afin d’obtenir des preuves supplémentaire de l’identité de Gifford et de son influence sur Frédéric Thompson. Il obtint lors de plusieurs communications avec différents médiums des précisions sur les goûts et habitudes du défunt comme :
- Tic qu’il avait de rouler entre ses doigts et de mâchouiller un petit bâton lorsqu’il travaillait.
- Goût particulier du peintre pour les paysages brumeux et gris (Mr Thompson eut d’ailleurs de nombreuses visions sur ce type de sujets/scènes à peindre)
- Les deux ateliers où il travaillait : un en ville et l’autre à la campagne.
Enfin, lors d’une dernière séance, on peut obtenir les initiales R.G.S. pour Robert Swain Gifford (nom complet du peintre) apportant ainsi une preuve supplémentaire de l’identité et de l’influence du peintre désincarné sur M. Thompson.
Les faits que nous avons résumés ici semblent avoir eu un impact relativement important à l’époque puisqu’ils ont été relatés dans le New-York Times.

 Article sur les peintures de Thompson

M. Thompson. On voit très bien l’influence de ce dernier sur le « médium » lorsqu’il explique avoir des pensées qui tournent sans arrêt dans sa tête (notamment ce paysage de chêne noueux).
A noter également le force de cette interaction (esprit-médium), car à partir du moment où il se met à peindre, il ne démontre apparemment plus de talent dans sa profession de graveur, qu’il délaissera rapidement pour se consacrer à la peinture et à la retransmission des images que lui envoie l’Esprit de Gifford.
S’il en était encore besoin, voici un nouvel exemple de l’influence que peuvent exercer les Esprits qui nous entourent sur notre savoir faire, nos qualités personnelles, influences et expériences ayant pour but de nous amener une compréhension plus approfondie de l’ordre de ce monde afin de nous faire avancer, de nous faire évoluer.
Augustin Lesage dont nous avons parlé lors d’un de nos précédents sujets du mois n’avait également aucune facilité, ni aucune connaissance sur la peinture. Il a commencé à peindre après avoir entendu une voix lui disant : « Un jour tu seras peintre ». Il a ainsi réalisé plusieurs œuvres remarquables dont l’étonnante scène égyptienne.

Pour aller plus loin

- Marcel MANGIN, Le Cas Thompson, Les Annales des Sciences Psychiques, revue bimensuelle, 1er et 16 Juillet 1910, n°13 et 14, p193.
- Dr James H. Hyslop, Proceedings of the American Society for Psychical Research. Ouvrage dans lequel le cas de Frédéric L Thompson est développé plus en profondeur.
- Auteur inconnu « Says dead artist’s spirit obsesses him », New York Times, 1er Juillet 1909. Cet article, en anglais, est téléchargeable sur le site internet des archives du New-York Times : Archives du NewYork Times : 1er Juillet 1909

 

[1] Le cas de ce médium, Frédéric L. Thompson, est développé plus en profondeur dans un ouvrage intitulé Proceedings of the American Society for Psychical Research par le docteur James H. Hyslop.