Le spiritisme dans l'art

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Le spiritisme dans l'art

Ce mois-ci, nous vous présentons un texte de Léon Denis sur Le spiritisme dans l'art. C'est en 1922 que Léon Denis publie Esprits et médiums, une brochure de propagande de soixante-dix pages et c'est cette même année qu'il offre, dans la Revue spirite, une étude sur l'art. Suite de gloses entourées de messages de l'Esprit Esthète et Massenet, ce sont des pages empreintes d'un charme subtil. Nous vous livrons la première partie.

La beauté est un des attributs divins. Dieu a mis dans les êtres et dans les choses des charmes mystérieux qui nous attire, nous séduit, nous captive et remplit l’âme d’admiration, parfois d’enthousiasme.
L’art est la recherche, l’étude, la manifestation de cette beauté éternelle dont nous ne percevons ici-bas qu’un reflet. Pour la contempler dans tout son éclat, dans toute sa puissance, il faut remonter de degrés en degrés vers la source d’où elle émane et c’est là une tâche difficile pour la plupart d’entre nous. Du moins nous pouvons la connaître par le spectacle qu'offre l’univers à nos sens et aussi par les œuvres qu’elle inspire aux hommes de génie.
Le spiritisme vient ouvrir à l’art des perspectives nouvelles, des horizons sans limites. La communication qu’il établit entre les mondes visible et invisible, les indications fournies sur les conditions de la vie dans l’au-delà, la révélation qu’il nous apporte des lois supérieures d’harmonie et de beauté qui régissent l’univers viennent offrir à nos penseurs, à nos artistes, des sujets inépuisables d’inspiration.
L’observation des phénomènes d’apparitions procure à nos peintres des images de la vie fluidique dont James Tissot a déjà pu tirer parti dans les illustrations de sa Vie de Jésus. vie de Jésus de James Tissot

Les orateurs, les écrivains, les poètes trouveront là une source féconde d’idées et de sentiments. La connaissance des vies successives de l’être, son ascension douloureuse à travers les siècles, l’enseignement des Esprits sur cette question grandiose de la destinée jetteront, sur toute l’histoire, une lumière inattendue et procureront encore aux romanciers, aux poètes, des motifs de drame, des mobiles d’élévation, tout un ensemble de ressources intellectuelles qui surpasseront en richesse tout ce que la pensée a pu connaître jusqu’ici.
Quand on réfléchit à tout ce que le spiritisme apporte à l’humanité, que l’on songe aux trésors de consolation et d’espérance, à la mine inépuisable d’art et de beauté qu’il vient lui offrir, on se sent rempli de pitié pour ces hommes ignorants ou perfides, dont les critiques malveillantes n’ont d’autre but que de discréditer, de ridiculiser et même d’étouffer l’idée naissante dont les bienfaits sont déjà si sensibles. Évidemment, cette idée, dans son application, nécessite un examen, un contrôle rigoureux, mais la beauté qui s’en dégage se révèle éclatante à tout chercheur impartial, à tout observateur attentif.
Le matérialisme, sous son souffle desséchant, avait stérilisé l’art. Celui-ci rampait dans les bas-fonds du réalisme sans pouvoir s’élever jusqu’aux sommets de l’idéale beauté. Le spiritisme vient lui donner un nouvel essor, une impulsion plus vive vers les hauteurs où il retrouve la source féconde des inspirations et la sublimité du génie.
Le but essentiel de l’art, avons-nous dit, c’est la recherche et la réalisation de la beauté ; c’est en même temps la recherche de Dieu, puisque Dieu est la source première et la réalisation parfaite de la beauté physique et morale.
Plus l’intelligence s’affine, se perfectionne et s’élève, plus elle s’imprègne de l’idée du beau. L’objectif essentiel de l’évolution sera donc la recherche et la conquête de la beauté afin de la réaliser dans l’être et dans ses œuvres. Telle est la règle de l’âme dans son ascension infinie.
Déjà en ceci la nécessité des existences successives s’impose comme le moyen d’acquérir, par des efforts continus et gradués, un sens toujours plus précis du bien et du beau. Les débuts sont modestes ici-bas, l’âme s’ébauche d’abord dans des tâches humbles, obscures, effacées, puis, peu à peu, par des étapes nouvelles, l’esprit acquiert la dignité d’artiste. Plus haut encore, il s’ouvrira aux conceptions vastes et profondes qui sont le privilège du génie et deviendra capable de réaliser la loi suprême d’idéale beauté.
Sur notre terre, les artistes ne s’inspirent pas tous de cet idéal supérieur. La plupart se bornent à imiter ce qu’ils appellent « la nature », sans se rendre compte que celle-ci n’est qu’un des aspects de l’œuvre divine. Mais dans l’espace, l’art revêt des formes à la fois plus subtiles et plus grandioses et s’illumine d’un reflet divin.
C’est pourquoi, dans cette étude, nous avons tenu à consulter surtout nos Esprits guides, à recueillir et à résumer leurs enseignements. Dans le domaine où ils vivent, les sources d’inspirations sont plus abondantes, le champ d’action s’élargit ; la pensée, la volonté, la puissance suprême s’affirment et rayonnent avec plus d’intensité.
Nos protecteurs invisibles nous envoyèrent d’abord l’Esprit de Massenet qui vint nous dicter cinq leçons sur la musique céleste, en procédant comme il le faisait sur la Terre, dans ses cours du conservatoire. Mais cela ne pouvait nous suffire ; il nous fallait des données plus générales, des vues d’ensemble sur la façon dont l’art est compris et pratiqué dans l’au-delà.
On remarque souvent, dans les ouvrages inspirés par des Esprits, surtout dans les livres Anglo-Saxons, la description de sites, de monuments, de demeures, créés à l’aide des fluides, par la volonté des habitants de l’espace. Sous avions besoin d’éclaircissements sur ce sujet tant controversé et sur lequel des indications précises ont manqué jusqu’ici.
Sur nos demandes réitérées, et afin de nous renseigner, les guides nous annoncèrent une entité qui se présenta sons ce nom : Esthète et dont la personnalité véritable ne nous sera révélée qu’à la fin de cette étude. Nous eûmes, de suite, l’impression que nous nous trouvions en présence d’un Esprit de haute valeur.
Le phénomène se produit sons la forme d’incorporations. Dès que l’Entité prend possession du médium entrance, les traits de celui-ci, qui est un jeune homme aveugle, prennent une expression de calme, de sérénité presque angélique et qui contraste avec la manière d’être des autres Esprits. La parole est douce, pénétrante et lorsque la séance est terminée, les assistants se retrouvent sous une impression de paix sereine, de quiétude profonde. Le médium en se réveillant ignore complètement ce qui a été dit par sa bouche durant la trance et déclare se trouver comme plongé dans un « bain de radiations ». Il éprouve une sensation de bien-être inexprimable. L’esthète a pris l’architecture pour sujet des deux premières leçons sténographiées et que nous reproduisons plus loin. Il a choisi comme type la cathédrale parce qu’elle sert de cadre à tous les autres arts. Plus tard il nous parlera de sculpture, de peinture, d’éloquence et enfin l’étude de la musique et les leçons de Massenet viendront compléter cet exposé.

Rappelons ici que tout Esprit émané de Dieu ne possède pas seulement une étincelle de l’intelligence divine, il jouit encore d’une parcelle du pouvoir créateur, pouvoir qu’il est appelé à manifester de plus en plus au cours de son évolution, aussi bien dans ses incarnations planétaires que dans la vie de l’espace.
Sur terre, sous le voile de la chair, cette intelligence et ce pouvoir sont amoindris ; et cependant n’est-il pas merveilleux de constater à quel point le génie de l’homme a pu subjuguer les forces brutales de la matière, vaincre leur résistance, leur hostilité, les asservir à ses besoins et même à ses fantaisies ! L’homme forge le fer, il fond le bronze et le verre, sculpte la pierre, élève des statues, bâtit des palais et des temples ; l’homme perce les montagnes et réunit les mers.
Mais dans l’espace ce pouvoir créateur s’affirme avec d’autant plus de puissance que la matière fluidique est plus subtile et que l’Esprit a mieux appris à combiner les éléments éthérés qui sont la substance même.de l’univers. Là, toutes les difficultés de l’œuvre terrestre disparaissent ; il suffit d’une action mentale soutenue pour prêter aux fluides les formes que l’Esprit veut réaliser et rendre durables.
Même dès cette vie, nous voyons dans le sommeil hypnotique la volonté de l’opérateur prêter aux objets, aux substances, des propriétés temporaires, qui exercent sur les sujets des influences incontestables.
À un degré plus élevé, par exemple dans les matérialisations d’Esprits, la volonté de ceux-ci crée des formes, des visages, des vêtements, des attributs semblables à ceux qu’ils possédaient sur la terre et qui permettent de les reconnaître, de les identifier.
Dans ces cas, la pensée aidée du souvenir reconstitue les détails d’existence qui leur étaient particuliers : costumes et armes. La volonté leur donne la consistance nécessaire pour frapper les sens des observateurs. Il n’y a pas lien de chercher ailleurs l’explication de ces phénomènes qui sont connus de tons les spirites expérimentés. Nos guides nous assurent que l’on rencontre dans l'espace les architectures les plus étranges, les plus variées, car elles surpassent en grandeur et en beauté toutes les créations de nos rêves. Nous avons sur ce point les témoignages les pins précis : le fils de O. Lodge, Baymond, se construit un cottage suivant ses goûts terrestres. Les esprits de Mozart, de Victorien Sardou et autres se bâtissent des palais ornés de plantes et de fleurs.
D’anciens architectes terrestres, nous dit-on, édifient des sanctuaires où l’on célèbre les rites de tel ou tel culte. Les Esprits se plaisent à reconstituer des milieux analogues, mais supérieurs en beauté à ceux qu’ils fréquentaient sur la terre, et cela avec d’autant plus de facilité qu’ils peuvent disposer de matériaux bien plus souples et plus malléables.
On s’est étonné de ces récits, de ces descriptions et bien des commentaires ont été échangés à leur sujet. Cependant ce qui se passe dans les séances d’expérimentation : les phénomènes d’apports, de lévitation, la pénétration de la matière par la matière, la dissociation et la reconstitution d’objets à travers les murs, tout cela nous montre la puissance des Esprits sur les fluides et nous en facilite la compréhension. Certains savants psychistes avouent eux-mêmes n’y rien comprendre et montrent par là leur manque de pratique en matière de spiritisme alors que de simples adeptes sont au courant de ces faits.


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Revenons à l’architecture que l’Esthète a pris pour sujet de ses premières leçons.
Déjà, ici-bas, c’est l’art sublime auquel se rattachent tous les autres arts et qui souvent leur sert d’asile.
De même que sur terre la musique représente l’art vivant, l’harmonie mobile et vibrante, l’architecture représente l’art immobile et passif dans ses formes imposantes et rigides. Mais, tandis qu’au sein des espaces l’esprit modèle à son gré la matière fluidique, lui prête les apparences, les teintes, les contours qui lui plaisent, sur notre planète la matière oppose plus de résistance à la volonté de l’homme. Le bloc résiste au ciseau du sculpteur comme à l’outil du maçon. Il faut parfois de longs et patients efforts, un labeur persistant pour donner au marbre, au granit, l’expression de la beauté.
Les leçons de l’Esthète font ressortir la différence qui existe entre les procédés en usage sur la terre et ceux de l’espace, pour réaliser des créations artistiques. Tandis que sur la terre, la cathédrale, prise comme type d’architecture, est l’œuvre patiente et durable d’une collectivité laborieuse, depuis l’humble tailleur de pierres, jusqu’au grand artiste qui a tracé le plan d’ensemble, elle est dans l’espace l’œuvre particulière d’un maître qui, instantanément et à son gré peut l’édifier ou la détruire, assisté seulement d’un groupe d’élèves qui cherchent à s’assimiler et à imiter sa pensée créatrice.
Ici-bas le monument est l’œuvre de la foule humaine, le labeur des siècles. Des générations d’artistes et d’ouvriers ont travaillé à élever ces colonnes, ces flèches, ces tours, ont fondu ces vitraux, peint ces images, sculpté ces statues. Ainsi se sont constitués lentement la pyramide, le palais, la cathédrale. C’est pourquoi dans leur majestueuse unité, ils symbolisent l’esprit d’un peuple, le génie d’une race, l’âme d’une religion.
C’est la foi, l’enthousiasme, c’est un spiritualisme ardent qui ont dressé vers le ciel ces bibles de pierres. Et dans ces œuvres colossales, l’invisible a son rôle ; il pense avec l’architecte, médite avec l’artiste, agit avec l’artisan et le manœuvre. A tous il inspire la pensée de Dieu et de l’Au-delà dans la mesure où ils peuvent la comprendre et l’interpréter.
Ainsi se sont édifiés ces « livres » imposants que sont les cathédrales et qui, pendant des siècles, ont suffi à guider, à instruire, à consoler l’esprit humain.
La cathédrale terrestre sert de cadre à tous les arts. La musique en fait vibrer les vastes nefs, la peinture en décore les murailles, la sculpture la peuple de statues. Pourtant, dans son ensemble, elle garde l’immobilité froide et l’opacité du granit.
Le rôle essentiel de l’art, c’est d’exprimer la vie dans toute sa puissance, dans sa grâce et sa beauté. Or, la vie, c’est le mouvement. Et en cela précisément réside la difficulté principale de l’art humain, qui ne peut reproduire le mouvement que par la musique. Les autres arts n’en peuvent donner que l’illusion. Le sculpteur, par l’attitude qu’il prête à sa statue rend le mouvement que conçoit sa pensée, et crée l’action dans l’immobilité. La peinture donne la même impression au moyen du geste figé sur la toile et par l’harmonie des couleurs, le jeu des perspectives, la simulation des profondeurs et des horizons fuyants. Il y a plus de force dans la statuaire et plus d’artifice dans le tableau ; mais tous deux peuvent exprimer l’idéale beauté sous la forme de chefs-d’œuvre qui nous sont connus. Cependant, malgré l’intention géniale qui a présidé à leur exécution, ils ne nous donnent jamais que la sensation de l’à peu près.
Il n’en est plus ainsi dans les œuvres d’art de l’espace : tout y est vie, mouvement, couleur, lumière. La cathédrale fluidique sera comme animée et vivante. Ses colonnes auront la souplesse, l’élasticité de la matière la plus subtile de ses murailles seront transparentes comme le cristal et mille teintes fondues, inconnues à la terre, s’y joueront en réseaux d’ombre et de lumière. Toutes les harmonies s’y combinent en ondes d’une suavité inexprimable ; tout y vibre du frisson d’une vie intense et profonde.
Les artistes de la terre devront s’inspirer de ces modèles surhumains que les enseignements spirites leur rendront familiers. L’éducation esthétique humaine comporte des conceptions de plus en plus élevées afin que le sentiment du beau pénètre et se développe dans toutes les âmes. Déjà une évolution se produit en ce sens, elle s’accentuera sous l’influence de l’au-delà. Les artistes de l’avenir s’attacheront à donner plus de fluidité aux couleurs, plus de vie au marbre, plus de spiritualité à toutes leurs œuvres. Les arts complémentaires s’idéaliseront tout en laissant à l’architecture la majesté des formes rigides et l’illusion de l’immuable dans l’inertie.
L’art se rehausse et progresse à tous les degrés de l’échelle de vie réalisant des formes de plus en plus nobles et parfaites en se rapprochant de la source divine d’éternelle beauté.

Revue spirite de janvier 1922