Dons d'organes Euthanasie - Patricia - 18/08/2003

 

Bonjour,
Première chose : merci d'exister. Grâce à votre site j'ai pu trouver pas mal de réponses aux questions qui me tourmentaient. Toutefois, permettez-moi de vous en soumettre quelques-unes : je suis infirmière âgée de 41 ans et je suis inquiète de voir le vote de cette loi légalisant l'euthanasie (ici en Belgique), et bien que n'ayant jamais été confrontée à cette "pratique" je me pose des questions :
- Il existe des moyens pharmacologiques qui calment la douleur... mais raccourcissent la durée de la vie : n'est ce pas là aussi un acte d'euthanasie puisqu'on diminue la durée de vie ? Que faire alors ? A t-on le droit de laisser souffrir les gens ?
- Que pensent les spirites du don d'organes : car là aussi les organes sont prélévés sur quelqu'un de vivant... même si "cliniquement mort", où se situe pour vous la frontière entre vivant, cliniquement mort et mort ?
- Que pensez-vous également des différentes pratiques d'inhumation ? La crémation semble avoir de plus en plus d'adeptesque l'inhumation en terre.Quelle solution choisir selon vous ?
Merci d'avoir pris le temps de me lire et bonne continuation.

Bonjour Patricia,
Tu es infirmière et donc très souvent confrontée aux problèmes liés à la souffrance et à la mort.
Tu demandes quel est le point de vue spirite sur la souffrance, le traitement médical de la douleur, la mort, l'euthanasie, les dons d'organes et ce qu'il faut faire du corps physique après la désincarnation. Vaste programme !
Tu trouveras des éléments de réponse dans " L'évangile selon le spiritisme d'Allan Kardec, chap. 5, bienheureux les affligés, question 28 " - " Le problème de l'être et de la destinée de Léon Denis, troisième partie, chap. 26 et 27 " - " La revue spirite n° 45, pages 36-37-38, et la revue spirite n° 46, pages 8-9-10-11 ".
Mais il n'est pas facile de résumer d'une façon simple quelque chose de compliqué. Je vais cependant essayer de te donner quelques éléments de réflexion.
La souffrance. Généralement provoquée par nos déviations du droit chemin, elle est une nécessité d'ordre général puisque permise par Dieu et doit être comprise comme une opportunité de progrès de l'âme. La douleur est une sonnette d'alarme par laquelle la nature nous averti des dysfonctionnements de notre corps ou de notre âme afin que nous gommions en nous ce qu'il y a d'inutile ou de néfaste. Elle nous permet aussi de prendre conscience que notre corps est périssable alors que notre esprit est éternel, et, à ce titre, ne doit pas passer au second plan, mais au premier. Cela ne veut pas dire qu'il faut négliger son corps, bien au contraire puisqu'il est le "véhicule" de l'âme. Enfin éprouver soi-même la souffrance permet de comprendre celle des autres et, ce-faisant, d'exercer notre compassion envers ceux qui souffrent car on ne peut bien comprendre que les situations que l'on a déjà vécues soi-même.
La frontière entre la vie et la mort. Le mot de frontière convient parfaitement car il y a continuité entre la vie du corps et la vie de l'esprit. La désincarnation n'est finalement qu'un changement d'état. Lors de la désincarnation le corps physique meurt, mais le périsprit et l'âme continuent de vivre. Cependant le lien entre l'esprit ( esprit = périsprit + âme ) peut durer plusieurs jours, plusieurs semaines, plusieurs mois, plusieurs années après la désincarnation, et ce d'autant plus longtemps que l'âme est imparfaite (premières incarnations). Pour un spirite, la mort véritable n'intervient que lorsque l'esprit est dégagé du corps physique.
Dons d'organes. Compte-tenu de cette définition, il n'est pas exclu que lors d'un prélèvement d'organe, l'esprit du donneur soit affecté par le geste chirurgical. En effet la mort clinique déterminée par l'électroencéphalogramme plat ne mesure que l'arrêt de l'activité électrique du cerveau, lequel, il est vrai, est considéré comme prioritaire par les autres organes. Cependant, la majorité des spirites approuvent le don d'organe. Humainement d'abord : entre une désincarnation probable et le prélèvement d'un organe vital qui peut prolonger une vie, la priorité doit aller vers la vie. Spirituellement enfin : le devoir de charité doit toujours conduire à faire pour son prochain tout ce qui est possible dans l'état où nous sommes. Jésus n'a-t-il pas dit ? : Ma vie, çe n'est pas vous qui la prenez, c'est moi qui la donne ; et n'est-il pas écrit dans l'évangile ? : Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. Nul doute cependant que si le prélèvement est fait sur une personne à l'esprit "retord", elle mettra beaucoup de temps à accepter cela. Mais nous croyons que rien de ce qui se fait sur terre n'est perdu dans le ciel, et tôt ou tard, cet Esprit recueillera le fruit de son acte lorsque l'acceptation transmutera cet acte involontaire a priori en consentement volontaire à posteriori. Sur le plan pratique, il serait bon que nous indiquions tous clairement notre volonté sur un document, annexé par exemple à notre carte de groupe sanguin, pour que la liberté de conscience de chacun puisse être respectée.
L'atténuation de la douleur par des moyens pharmacologiques. A la question : Est-il possible d'adoucir ses propres épreuves, un Esprit à répondu : " Cette question revient à celle-ci : est-il permis à celui qui se noie de chercher à se sauver ? à celui qui s'est enfoncé une épine de la retirer ? à celui qui est malade d'appeler le médecin ? ". Ce qui est valable pour soi l'est à fortiori pour les autres. Un autre Esprit a dit : "Ne dites donc pas, quand vous voyez un de vos frères frappé (par la souffrance) : C'est la justice de Dieu, il faut qu'elle ait son cours ; mais dites-vous, au contraire : Voyons quels moyens notre Père miséricordieux a mis en mon pouvoir pour adoucir la souffrance de mon frère... Voyons même si Dieu n'a pas mis en mes mains le moyen de faire cesser cette souffrance ; s'il ne m'a pas été donné, à moi comme épreuve aussi, comme expiation peut-être, d'arrêter le mal et de le remplacer par la paix...Le spirite peut donc sans crainte faire tous ses efforts pour adoucir l'amertume de l'expiation, mais c'est Dieu seul qui peut l'arrêter ou la prolonger selon qu'il le juge à propos".
Et si le médicament a pour effet secondaire de raccourcir la vie, il n'est pas donné dans ce but ; seule la pureté d'intention compte.
L'euthanasie. A la question : Un homme est à l'agonie, en proie à de cruelles souffrances ; on sait que son état est sans espoir ; est-il permis de lui épargner quelques instants d'angoisse en hâtant sa fin ?, un autre Esprit a répondu : " Qui donc vous donnerait le droit de préjuger les desseins de Dieu? Ne peut-il conduire un homme au bord de la fosse pour l'en retirer, afin de lui faire faire un retour sur lui-même et de l'amener à d'autres pensées ? A quelque extrémité que soit un moribond, nul ne peut dire avec certitude que sa dernière heure est venue... N'a-t-on pas vu d'innombrables exemples qu'au moment de rendre le dernier soupir, le malade se ranime et recouvre ses facultés pour quelques instants ! Eh bien ! cette heure de grâce qui lui est accordée peut être pour lui de la plus grande importance ; car vous ignorez les réflexions qu'à pu faire son esprit dans les convulsions de l'agonie, et quels tourments peut lui épargner un éclair de repentir... Adoucissez les dernières souffrances autant qu'il est en vous ; mais gardez-vous d'abréger la vie, ne fût-ce que d'une minute, car cette minute peut épargner bien des larmes dans l'avenir ".
Cet enseignement peut paraître en contradiction avec ce qui a été dit plus haut à propos des dons d'organes. C'est pourquoi certains spirites, notamment au Brésil, s'opposent aux prélèvements d'organes. Dans l'électroencéphalogramme plat cependant, la mort du corps physique est déjà pratiquement effective, dans l'euthanasie elle est seulement programmée à court terme. Mais surtout, c'est le sens donné à cette "précipitation" de la désincarnation qui est différent : dans le premier cas, c'est prendre la vie pour la donner ; dans le deuxième, c'est prendre la vie prématurément pour éviter au malade de la vivre, et donc de souffrir jusqu'au bout. Il y aurait évidemment beaucoup d'autres choses à dire sur ce sujet difficile, pardon de faire court.
Inhumation ou incinération ? Le spiritisme préconise l'inhumation. Gabriel Delanne, l'un des pères du spiritisme déclara lors d'une séance spirite : " Je n'étais pas suffisamment au courant des inconvénients d'un tel procédé (l'incinération) sur la libération du corps spirituel et j'en ai souffert pendant un temps toujours trop long. Je suis tout à fait opposé à ce véritable sacrifice humain. Ceux qui le réalisent sont des ignorants et ne savent pas le mal qu'ils provoquent ". Au cours d'une incarnation, notre corps physique aurait pour mission de faire évoluer des cellules organiques par l'expérience du mode vibratoire humain de la vie. La destruction et la dispersion de ces particules déjà spiritualisée priverait le sol de l'évolution programmée. Cependant l'incinération n'empêche pas l'esprit de s'élever vers les sphères célestes qu'il a conquises par son mérite, mais il devra au préalable faire un séjour dans "les hôpitaux de l'espace" pour faire réparer son périsprit.
Conclusion. Les Lois de Dieu sont éternelles. Mais la compréhension que nous en avons est imparfaite parce que notre niveau de conscience sur la terre est encore très bas. Nul doute que le niveau d'exigence de ces Lois nous paraîtra de plus en plus "pointu" au fur et à mesure que notre niveau d'évolution progressera et que nous vivrons dans des mondes plus épurés. Mais ne gaspillons pas notre énergie à tenter de résoudre des problèmes compliqués. Essayons déjà de franchir avec succès les épreuves " de notre niveau "; car dire que les choses sont difficiles est souvent un bon prétexte ... pour ne rien faire du tout !
Patricia, par ta profession, tu as l'opportunité d'apprendre, de comprendre et de faire beaucoup. Profites-en bien et remercie Dieu de cette possibilité d'évolution qu'il ta donnée. Tu sais comme est gratifiante la reconnaissance des malades à qui l'on fait du bien, combien plus grande encore sera celle de notre Père céleste !
Bien fraternellement,
Marc.