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Bulletin 74

Bulletin 74 - septembre 2018
Sommaire

Editorial

L’histoire de l’humanité, et plus récemment celle du spiritisme, foisonne de récits d’Esprits qui sont apparus à des personnes seules ou à des groupes en réunion, pour démontrer que la mort est vaincue par la survie de l’âme qui continue son chemin dans l’au-delà des frontières terrestres. Aujourd’hui encore combien de spirites et d’incrédules souhaiteraient contempler l’apparition spirituelle d’un être cher éloigné des siens par la destruction du corps physique. Mais dans quel but ?
Ce phénomène que l’on pouvait encore considérer comme commun au début du siècle dernier a été analysé, observé, décrit avec la plus grande sévérité par les plus respectables scientifiques du monde entier. Le nombre de phénomènes observés et la rigueur dans laquelle se déroulaient les réunions ne laissent aucune place au doute.
A ce jour, ces manifestations sont devenues extrêmement rares mais pas impossibles, ni nécessaires. La doctrine spirite qui a été enseignée par les Esprits, codifiée par A. Kardec doit maintenant être étudiée, expliquée, appliquée et répétée par les spirites. Les Esprits supérieurs ne s’intéressent plus à ce genre d’exercice mais restent toujours présents à nos côtés pour répondre à l’élévation de nos âmes vers le bien. C’est la raison pour laquelle chacun d’entre nous a la responsabilité de méditer, d’étudier et de se spiritualiser afin d’acquérir les dispositions vibratoires qui permettront un échange direct avec les désincarnés sans avoir besoin d’assister, sans effort, à la matérialisation d’un Esprit. Gilles F.

Gilles Fernandez

Le fantôme d'Estelle Livermore

Lorsqu’on parle de spiritisme, on nous objecte souvent qu’il n’y a aucune preuve matérielle de la survivance de l’âme. Ceux qui le prétendent, forts de leurs convictions, n’ont jamais cherché à se renseigner, sinon ils sauraient qu’il y a eu de multiples phénomènes « surnaturels » ayant fait l’objet de nombreuses études détaillées et circonspectes qui ont amené plus d’un scientifique, initialement sceptique, à devenir l’ardent défenseur des théories d’outre-tombe…
Parmi les phénomènes scrutés, détaillés, analysés, passés au crible de la raison, il y a l’intéressant cas du fantôme d’Estelle Livermore qui a pu apparaître, se laisser toucher et se prêter à une étude minutieuse, pendant pas moins de 388 séances, réparties sur 5 ans. Dès le début des manifestations, en 1861, M. Coleman, écrivain anglais, a publié une étude parue dans le Spiritual Magazine. Puis, Robert Dale Owen, savant, diplomate et écrivain de renom, en ayant eu à sa disposition les notes détaillées que M. Livermore avaient prises jour après jour pendant 5 ans, en a tiré l’un des chapitres les plus intéressants de son livre Le Territoire contesté entre ce monde et l’au-delà. Gabriel Delanne, Alexandre Aksakof, William Crookes et Arthur Conan Doyle, entre autres, s’en sont fait les échos et, à travers leurs ouvrages ou par le biais de divers articles parus dans des revues spirites, ils nous fournissent une documentation très complète qui sert de base à cet article. Il faut admettre que, si le sujet a tant fait couler d’encre, c’est parce qu’il serait impossible de trouver un cas plus concluant, plus parfait comme preuve de l’identité de l’apparition d’une forme matérialisée, comme l’écrira justement Alexandre Aksakof dans son célèbre livre Animisme et Spiritisme.

La médium Kate Fox

Nous savons que, pour qu’un fantôme puisse se matérialiser, il faut un médium d’excellente qualité. Ici, comme nous le verrons en détail un peu plus loin, c’est Kate Fox qui se prêta à l’exercice.
Parmi nos lecteurs, tous ceux qui ont suivi les cours d’initiation au spiritisme, dispensés dans notre centre de Bron, ont déjà entendu parler de cette médium puisqu’elle est l’une des fameuses sœurs Fox, dont il est sujet dans notre tout premier cours. Pour les autres (ou pour ceux qui l’auraient oublié), nous rappellerons rapidement que c’est aux sœurs Fox que l’on attribue l’origine du spiritisme, en 1848, car c’est dans leur maison, frappée par des raps intempestifs qu’a eu lieu la première communication établie avec un Esprit.  Kate FoxC’est la plus jeune des sœurs, Kate, alors âgée d’une dizaine d’années, qui eût l’instinct de penser que les coups entendus pouvaient provenir d’une cause intelligente et elle a donc pu « donner la parole » à un Esprit en lui permettant de s’exprimer, à travers un code établi, de manière à comprendre la signification des coups frappés, ce qui a fait d’elle la toute première médium spirite de l’histoire. Trois commissions de suite furent chargées d’examiner les faits mais, malgré un grand scepticisme et des procédés d’investigation rigoureux, ils ne purent découvrir aucune fraude. En suivant les recommandations des Esprits, on passa ensuite aux tables tournantes, bien plus pratiques, qui permirent au mouvement spiritualiste de se propager rapidement, malgré les sarcasmes et les railleries de la presse.
Par la suite, Kate partira en Angleterre où sa médiumnité sera étudiée de près, entre 1871 et 1874, par William Crookes, éminent chimiste et physicien britannique, qui s’est intéressé aux phénomènes paranormaux pour en démontrer la fraude mais qui avouera finalement : « M’étant assuré de la réalité des phénomènes spirites, ce serait une lâcheté morale de leur refuser mon témoignage : je ne dis pas que cela est possible, je dis que cela est ! »

Un banquier inconsolable, M. Livermore

Tout commence par une belle et intense histoire d’amour entre une charmante et jeune américaine, Estelle Marthe, et son riche époux, Charles Livermore, banquier renommé de New York. La passion amoureuse de l’homme d’affaires était sans limites jusqu’en 1860 où Estelle mourut d’une phtisie galopante.
Dans la Revue Scientifique et Morale du Spiritisme de juin, juillet et août 1901, le docteur Audais, traducteur du livre Le Territoire contesté entre ce monde et l’au-delà de Robert Dale Owen, nous donne de larges extraits de l’ouvrage qui nous aident à comprendre le contexte :
« Estelle, à son lit de mort, appréciant le poignant chagrin qui accablait son mari en présence de sa perte imminente, lui manifesta vivement le désir qu'elle avait de pouvoir venir lui prouver que la vie persiste après la mort du corps. Il ne considéra cette promesse que comme une dernière preuve d'affection et n'y attacha pas d'autre importance, d'autant plus que, pour sa part, il n'avait jusque-là jamais rien vu qui put satisfaire sa raison, quant à nos rapports avec l'au-delà. Ni lui, ni Estelle ne croyaient aux phénomènes spirites. Tous deux n'en parlaient qu'avec une certaine répugnance.
Lorsque M. Livermore se trouva seul, son désespoir fut rendu plus amer encore par la pensée que cette séparation était éternelle. C'est en termes véhéments qu'il exprimait ses sentiments devant son ami, le docteur John F. Gray, qui avait toujours donné ses soins à Estelle, depuis le jour de sa naissance. Ce docteur, spirite de la première heure, répondit à M. Livermore qu'il avait un sûr moyen de soulager sa douleur, pour peu qu'il consentît à s'y prêter. Il ne reçut pour réponse qu'un violent sarcasme contre les fourberies du spiritisme, et le pauvre désolé partit, le désespoir dans l'âme. Au bout d'un certain temps cependant, une réflexion plus calme lui suggéra la pensée qu'il pourrait bien y avoir quelque chose de sérieux dans une croyance qui était acceptée sans réserves par un homme aussi clairvoyant et aussi sincère que le docteur. Il suivit donc ses conseils et résolut de demander une séance à miss Kate Fox. »
On voit donc, dès le début, que Charles Livermore n’était pas vraiment convaincu qu’il y avait une vie après la mort mais, dans l’abattement où il se trouvait et pour faire taire ses amis qui tentaient maladroitement de le réconforter, il accepta tout de même de tenter l’expérience médiumnique. Il faut préciser qu’avec l’essor fulgurant des tables tournantes (nous sommes juste une douzaine d’années après les événements d’Hydesville qui lancèrent le phénomène), les médiums étaient déjà légions mais pas forcément toujours très « moraux », ce qui justifie d’autant plus qu’il ne voyait en eux que prosaïsme, charlatanisme et vulgarité d’âme, jusqu’au jour où il rencontra Kate Fox, un an après le deuil accablant, et cela lui sembla de bon augure. Il fut immédiatement séduit par la candeur, le charme enfantin de Kate, qui avait alors à peine 22 ans, et il sentit que, parce qu’elle était ainsi plus proche des qualités de sa défunte épouse, elle pourrait, éventuellement, tenter plus facilement une communication avec l’outre-tombe.

Les premières séances

Même après avoir enfin rencontré une médium « compatible avec ses exigences », Charles Livermore avait bien la ferme intention de déjouer une éventuelle supercherie et de ne pas se laisser manipuler en jouant sur ses émotions trop fragiles. Il prit donc de nombreuses précautions qui devaient lui garantir la véracité et la qualité de la communication.
Depuis la première séance, qui eut lieu le 23 janvier 1861, jusqu’à la dernière, le 2 avril 1866, des mesures scrupuleuses étaient prises pour éviter toute tentative de fraude, comme nous l’explique Dale Owen, tout en nous racontant des débuts qui furent malgré tout rapidement très prometteurs :
« Les séances furent tenues tantôt chez Mme Fox, tantôt chez M. Livermore lui-même, et comme tous deux changèrent de domicile au cours de ces séances, il en résulta que les phénomènes furent observés dans quatre locaux différents. Dans tous les cas, on prit les précautions nécessaires pour que, pendant les séances, personne ne pût ni entrer, ni sortir. Chaque fois la pièce était visitée à fond, et on s'assurait que les portes et fenêtres étaient bien closes. Au début, on admettait trois ou quatre personnes étrangères, pour augmenter le nombre des témoins mais on ne tarda pas à constater que les meilleurs résultats étaient obtenus lorsqu'il n'y avait qu'un seul assistant. Aussi, M. Livermore resta bientôt seul aux séances.
Dès la première séance, M. Livermore entendit pour la première fois ces bruits mystérieux, qu'on a appelé des raps. Ceci se passait le 23 janvier 1861. Pendant les dix ou douze séances qui suivirent on observa les phénomènes ordinaires : attouchements, messages, déplacements d'objets lourds, et enfin de l'écriture. »

Les premières matérialisations

« Pendant la douzième séance, on reçut un message, attribué à Estelle, et par lequel elle prévenait son ami que, s'il persévérait, elle parviendrait à se rendre visible pour lui. En effet, dans les douze séances qui suivirent, on vit de temps à autre paraître, puis s'effacer des lueurs phosphorescentes, et enfin, le 24 mars, à la vingt-quatrième séance, on vit se mouvoir une forme humaine nettement délimitée. Trois jours plus tard, on reçut ce message : « J'ai maintenant la certitude que je pourrai me rendre visible pour vous. Venez demain soir ; assurez-vous bien que les portes et fenêtres sont fermées, car je tiens à ce que l'épreuve ne laisse absolument aucun doute, pour votre bien et celui des autres. »
Le lendemain soir, la séance se fit chez Mme Fox, dont la famille était absente, de sorte que le médium et M. Livermore occupaient seuls toute la maison. M. Livermore scella les fenêtres ; il en fit autant aux portes, après les avoir fermées à clef, et il traîna devant celles-ci les meubles les plus lourds. Puis, après avoir soigneusement inspecté toute la pièce, il éteignit le gaz. Il reçut alors cette communication : « Je suis ici en voie de formation ». Aussitôt apparut un globe lumineux, pendant que des crépitements se produisaient. Quelques instants plus tard, le globe prit la forme d'une tête avec un voile. Instantanément, M. Livermore reconnut les traits d'Estelle. Bientôt une forme entière devint visible ; elle était éclairée par des lueurs phosphorescentes, ou électriques, répandues dans toutes les parties de la pièce. Tandis que tout cela se passait, M. Livermore ne cessa de tenir les deux mains du médium. On montra ensuite par quel procédé se produisaient les coups frappés : une boule lumineuse du volume d'une orange, paraissant retenue par un point d'attache, rebondissait sur la table, et un coup résonnait chaque fois que la boule retombait sur le plateau de cette table. Ce ne fut cependant qu'un peu plus tard, qu'une preuve sans réplique fut donnée pour la première fois. » Estelle
Laissons M. Livermore lui-même nous raconter la suite, ce qui permettra aussi d’apprécier l’agréable rédaction de ses notes, claires et détaillées :
« N°43 - 18 avril 1861. Vent du Sud-Ouest. Beau temps. Il y avait une demi-heure que nous attendions, après avoir rigoureusement fermé portes et fenêtres, et ma confiance commençait à fléchir, lorsque tout à coup nous fûmes secoués par un choc formidable sur le plateau de la lourde table d'acajou, qui en même temps se souleva pour retomber. La porte est violemment secouée, les fenêtres s'ouvrent et se referment : tout ce qui est mobile dans la pièce est mis en branle. Aux questions posées il est répondu par de violents coups dans les portes, les vitres des fenêtres, le plafond, partout.
Bientôt une substance brillante, semblable à de la gaze, s'élève du parquet derrière nous, parcourt la pièce, et finalement vient se placer devant nous. On entend comme de violentes crépitations électriques. Peu à peu, l'étoffe légère revêt la forme d'une tête humaine recouverte d'un voile qui s'enroule autour du cou. Elle vient me toucher, recule pour avancer de nouveau. Elle me semble alors un corps oblong, à forme concave dans la partie qui nous fait face, et une brillante lumière luit à son centre. Je fixe ardemment mes yeux sur elle, espérant voir s'y dessiner une face mais rien ne paraît. Elle recule encore une fois pour se rapprocher de nouveau, et cette fois je vois un œil. Une troisième fois, elle s'éloigne en produisant des crépitements, et pour la troisième fois, elle revient près de moi. A ce moment, la lumière était intense et l'étoffe légère avait changé de forme. Une main de femme l'avait rassemblée, et en voilait la partie inférieure de la face, laissant la partie supérieure à découvert. C'était bien Estelle elle-même ; ses yeux, son front, avec leur expression absolue. Dès que l'émotion qui avait envahi mon âme au moment où je la reconnus se fut un peu calmée, il éclata dans toutes les parties de la pièce une série de coups précipités, comme pour applaudir au succès de cette audience accordée par les invisibles.
A plusieurs reprises, la forme renouvela son apparition et chaque fois la ressemblance me parut plus exacte. A un moment la tête vint s'appuyer contre la mienne, tandis que les cheveux recouvraient ma figure. Je me trouvais, ainsi que miss Fox, dont les mains n'avaient pas quitté les miennes pendant tout ce temps, à environ dix pieds de la muraille qui nous faisait face, et la lumière se trouvait à égale distance entre nous et ce mur.
Les craquements électriques augmentent alors en intensité, et nous voyons se former devant le mur brillamment illuminé, le corps entier d'une femme, paraissant tenir un corps lumineux dans l'une de ses mains. Cette forme resta devant nos yeux pendant toute une demi-heure, et chacun de ses mouvements nous était nettement visible.
Nous reçûmes alors ce message : « Regardez, je vais m'élever.» Aussitôt, en pleine lumière, la forme s'éleva jusqu'au plafond, y resta en suspens pendant quelques instants, puis descendit doucement et s'évanouit. Elle reparut ensuite entre nous et un miroir. La réflexion de toute la forme dans la glace était absolument nette, la lumière était si vive qu'elle permettait de suivre toutes les veines d'une plaque de marbre. A ce moment, une violente averse vint à tomber et on nous dicta : « Le temps a changé et je ne puis me maintenir visible plus longtemps ». Aussitôt forme et lumière disparurent ensemble de façon définitive.
A une séance tenue deux jours plus tard, nous reçûmes la communication suivante : « Mon cœur est rempli de joie. Jamais nous ne pourrons assez remercier le Souverain de toutes ses faveurs. J'ai lu dans votre cœur. Les ténèbres qui le remplissaient ont été chassées par une glorieuse lumière. Soyez heureux, ne craignez rien, et que la paix règne toujours en vous. » Estelle

Des communications difficilement falsifiables

Selon Gabriel Delanne, il est important de noter que toutes les communications reçues par l’intermédiaire de Kate Fox étaient soit épelées lettre par lettre au moyen de coups, soit écrites, tantôt par la main droite, tantôt par la main gauche de Kate mais que, dans tous les cas, l’écriture était inversée, c’est à dire qu’on ne pouvait la lire qu’en la présentant devant un miroir. Il lui est arrivé de donner deux communications à la fois, les deux mains écrivant en même temps, chacune sur une feuille distincte. Dale Owen, d'une intégrité morale incontestable selon les termes de Delanne, admettra avoir constaté lui-même le fait suivant : tandis qu'une main écrivait, des coups réclamaient l'alphabet. Kate épelait alors les lettres et dictait lettre par lettre, sans que la main cessât d'écrire.
M. Livermore a pu constater lui-même tous ces genres de communication. Il ajoute que, pour tous ceux qui connaissent bien Miss Fox, la plupart des messages portent en eux-mêmes la preuve de leur origine, car ils se produisent en dehors de la volonté de la médium et des notions qu'elle peut posséder. William Crookes affirme, lui aussi, avoir constaté que Kate Fox écrivait simultanément avec une main et recevait une communication par coups frappés dans la table sur des sujets différents, et qu'elle pouvait pendant ce temps soutenir une conversation.

Une écriture authentifiée

Heureusement pour la science, l’apparition d’Estelle, sauf à de rares exceptions, n’était pas en mesure de parler et se voyait donc obligée de recourir à l’écriture. Nous disons bien heureusement car, grâce à cette «lacune», nous disposons d’un matériel impressionnant de cartes manuscrites qui sont autant de preuves diffusables, analysables et persistantes.
Gabriel Delanne explique très bien, dans le tome 2 de son livre Les apparitions matérialisées des vivants et des morts, les raisons qui font que l’écriture est, sans contredit, un critérium excellent de la personnalité car c’est, en quelque sorte, une photographie de l’individualité psychique qu’il est très difficile de simuler, sinon à la suite de tentatives laborieuses et réitérées. Or, l’écriture se révèle strictement identique non seulement sur la forme donnée aux lettres mais aussi sur le style et permet de retrouver les expressions familières et les tournures de phrases.
Dale Owen nous explique l’incroyable manière dont l’écriture se formait : « C'est le 18 août que M. Livermore obtint pour la première fois de l’écriture, avec le secours de la lumière artificielle, dans sa séance avec Miss Kate Fox. Comme les autres fois, la porte et les fenêtres furent fermées avec soin et la pièce scrupuleusement visitée. On fit l'obscurité et presque aussitôt un corps lumineux oblong, rappelant les dimensions et la forme d'un melon, vint se poser sur la table, où il resta longtemps immobile. M Livermore demanda s'il pouvait s'élever, et aussitôt il s'enleva en l'air, flottant dans toute la chambre, avec un éclat parfois éblouissant. Finalement, il revint sur la table où il continua à briller très vivement. Dans l'espoir d'obtenir de l'écriture directe, M. Livermore avait apporté deux très grandes cartes, à chacune desquelles il avait fait une marque spéciale. Elles étaient déposées sur la table, près de la lumière, avec un petit crayon d'argent. Il avait soin de tenir les deux mains du médium. Bientôt les cartes furent enlevées et portées vers le parquet, au-dessus duquel elles paraissaient suspendues à une distance d'environ trois ou quatre pouces. En même temps, la lumière s'était déplacée de façon à faire tomber ses rayons directement sur elles.
Voici ce que M. Livermore put voir alors. Je copie textuellement les notes qu'il prit sur le moment : « Les cartes devinrent, le centre d'un cercle lumineux d'un pied de diamètre. Observant avec attention ce phénomène, je vis une main tenir mon crayon au-dessus de l'une de ces cartes. Cette main allait tranquillement de gauche à droite, et quand une ligne était terminée, elle se reportait à gauche pour en commencer une autre. C'était d'abord une main parfaitement formée ; plus tard, elle prit l'aspect d'une masse opaque d'un volume un peu inférieur à celui d'une main humaine, mais elle tenait toujours le crayon, l'écriture se poursuivait avec quelques intermittences et le tout resta parfaitement visible pendant près d'une heure. Je ne me figure pas que l'on puisse rencontrer une preuve plus frappante de la réalité de l'écriture par les Esprits. Les précautions les plus minutieuses avaient été prises pour éviter toutes causes d'erreur. À aucun moment je n'ai cessé de tenir les deux mains du médium. Je possède encore ces cartes couvertes sur chaque face d'une écriture menue. Les sentiments qui y sont exprimés sont du caractère le plus élevé et le plus pur. »
Dans une lettre adressée à M. Coleman de Londres, M. Livermore reconnaît, en parlant de sa défunte épouse : « Son identité a été établie de façon à ne laisser subsister aucun doute : d’abord par son apparence, ensuite par son écriture, et enfin par son individualité mentale, sans parler de nombreuses autres preuves qui seraient concluantes dans les cas ordinaires, mais dont je n’ai pas tenu compte, sauf comme preuves à l’appui. »
Autre fait incroyable : certains messages étaient donnés dans un français impeccable, langue qu’Estelle maîtrisait parfaitement alors que la médium n’en connaissait pas un mot. Voici à ce sujet le témoignage décisif de M. Livermore : « Une carte, que j'avais apportée moi-même, fut enlevée de ma main et, après quelques instants, elle me fut visiblement rendue. J'y lus un message admirablement écrit, en pur français dont Mlle Fox ne connaissait pas un mot.»

Le fantôme et la matière

« N° 93. 17 juillet 1861. Les apparitions qui se succèdent sont de plus en plus parfaites. Ce soir, la forme d'Estelle était enveloppée par les plis flottants d'une gaze blanche et lumineuse. Elle tenait à la main un bouquet de fleurs dont elle semblait respirer le parfum. Son cou et sa poitrine étaient complètement couverts de rosés et de violettes. Je lui demandai : « D'où vous viennent toutes ces fleurs ?» Elle me répondit : « Notre monde est la contrepartie du vôtre. Nous avons tout ce que vous avez, jardins et fleurs spirituelles en abondance.»
Estelle aimait beaucoup les fleurs et les utilisa à plusieurs reprises comme en atteste l’extrait suivant : « N° 218. 7 février 1862. Ciel clair : temps froid. Les portes et les fenêtres sont fermées et scellées à la cire. Une carte que j'avais apportée fut enlevée de ma poche. Une vive lumière s'élève de la table et nous permet de voir la carte au milieu de laquelle se trouve fixé ce qui nous paraît être un petit bouquet de fleurs. La lumière s'évanouit et on nous dit d'allumer le gaz. Les fleurs étaient une rose rouge, des feuillages et des myosotis. Elles étaient très belles et semblaient tout à fait matérielles. Je les examinai pendant plusieurs minutes, avec des intermittences ; cinq ou six fois j'éteignis et rallumai le gaz ; les fleurs étaient toujours là. Au-dessus d'elles, on pouvait lire ces mots : « Fleurs de notre demeure céleste. Finalement les fleurs commencèrent à s'effacer et on nous demanda d'éteindre le gaz. Lorsque ce fut fait, sa lumière fut remplacée par une lueur spirite sous laquelle les fleurs restaient encore nettement visibles. Il nous fut dit alors par coups frappés : « N'enlevez pas vos regards de dessus les fleurs, regardez bien attentivement. » C'est ce qui fut fait. Peu à peu les fleurs diminuèrent de volume, sous nos yeux, jusqu'à n'être plus que de simples points puis elles disparurent à nos regards. Lorsque je rallumai le gaz, il n’en restait pas la moindre trace sur la carte. J’examinai aussitôt les portes et les fenêtres et je constatai que les scellés étaient absolument intacts. »
L’incident suivant se produisit pendant la 335e séance, le 31 décembre 1862 : « Je me bornai à baisser seulement le gaz. Sa lumière me permit de voir une main sortant d'une manche blanche, serrée au poignet. Elle tenait une fleur qui, avec sa tige, avait environ trois pouces de longueur. J'avançai ma main pour la prendre, mais au moment même où mes doigts la touchaient, je subis un choc comparable à une forte décharge électrique. Je levai alors le gaz en plein. La main restait flottante et tenait encore la fleur. Au bout, d'un certain temps, elle la déposa sur une feuille de papier qui se trouvait sur la table. Je pus alors constater que c'était un bouton de rose avec du feuillage frais. Au toucher, je le trouvai frais, humide et légèrement, visqueux. On apporta ensuite une autre fleur qui ressemblait tout à fait à une pâquerette. Après quelques instants, tout disparut. Pendant que tout cela se passait, la pièce était éclairée comme en plein jour.»
Une autre fois, le temps étant chaud, M. Livermore avait apporté un éventail, qu'il avait déposé sur la table devant lui. Estelle fut capable de se saisir de l’éventail et de le tenir dans différentes positions, masquant parfois une partie de sa figure derrière lui. Durant cette séance, l'apparition resta visible, pendant une heure et demie.
« N° 137. 4 octobre. Estelle apparaît et fait preuve de la plus grande vivacité et d'une puissance considérable. Une lumière flotte dans le salon, Estelle la suit, glissant dans l'air. À un moment ses longs vêtements blancs flottent sur la table, balayant les crayons, le papier et tous les objets légers, qui vont tomber sur le parquet.»

Arrivée d’un autre fantôme : le docteur Franklin

Un autre fantôme s’invite à la 116ème séance du 29 août : « La forme d'Estelle se présente aussitôt que nous sommes entrés dans le salon. Elle se tient immobile pendant qu’une lumière flottante se présente successivement devant sa face, au-dessus de sa tête et derrière son cou. Il semble qu'elle veuille montrer plus nettement chacune de ces parties. Pendant que nous considérons l'apparition, sa chevelure recouvre sa face et elle la reporte en arrière par plusieurs mouvements de la main. Ses cheveux étaient ornés de rosés et de violettes disposées avec beaucoup de goût. Ce fut son apparition la plus parfaite : elle semblait absolument encore en vie. À ses côtés se tenait une forme qui était, comme il nous fut facile de le constater, revêtue d'un costume en drap de couleur sombre. Miss Fox en fut vivement alarmée et devint très agitée. À cause de cela, ou peut-être pour toute autre cause, les traits de cette seconde apparition ne devinrent pas visibles et elle ne tarda pas à disparaître. »
C’est donc très progressivement au cours des séances, par délicatesse pour ne pas trop impressionner, que cette deuxième forme se matérialise. Une communication par coups frappés annonça que la forme vêtue de noir, qui s'était montrée plusieurs fois, était le docteur Franklin. Mais jusqu'à la séance 162, on ne put obtenir aucune preuve d'identité. Ce jour-là, la face parut d'abord éclairée par une lumière que semblait tenir un autre personnage.
« S'il est permis, dit M. Livermore, de se former une opinion d'après les portraits authentiques d'un homme, il n'était pas possible de se tromper sur son identité. Il portait un vêtement noir, de coupe ancienne, et une cravate blanche. Sa tête très développée était garnie de cheveux blancs ou grisonnants rejetés derrière les oreilles. Tous ses traits rayonnaient d'intelligence et respiraient la bonté et les sentiments les plus élevés. »
Il revint encore le lendemain. Voici ce que disent les notes : « Il nous fut demandé par coups frappés qu'un fauteuil destiné au docteur Franklin fût placé devant le côté de la table qui faisait face à celui où nous étions assis. Mais l'idée d'avoir un tel vis-à-vis, rendit miss Fox si agitée, que je ne crus pas devoir insister. Peu à peu elle se calma et l'on entendit le fauteuil se diriger vers le point indiqué. À ce moment, la lumière était faible, mais je pus apercevoir une forme noire qui se tenait près de moi. Aussitôt elle contourna la table ; on entendit un frôlement ; la lumière devint plus vive et l'on put voir, assis dans le fauteuil, celui qui nous parut être le vieux philosophe lui-même. C'était absolument tous ses traits et son costume. La lumière était si vive et le personnage que nous avions devant nous était si matériel que son ombre était projetée sur la muraille, exactement comme si un habitant de ce monde était assis là. Son maintien était plein d'aisance et de dignité et il appuyait sur la table l'avant-bras et la main. A un moment, il se pencha en avant, comme pour nous saluer, et je remarquai que les mèches grisonnantes se balançaient en suivant ce mouvement. Il resta plus d'une heure assis en face de nous. Enfin, comme je lui demandais s'il ne désirait pas s'approcher davantage de nous, la chaise avec le corps qu'elle portait s'avança de notre côté et notre silencieux voisin resta tout à fait contre nous. Avant de disparaître, il se leva de son siège et sa face ainsi que tout son corps restèrent parfaitement visibles. »
Benjamin Franklin, puisqu’il s’agit bien de lui, est un Esprit très évolué, réputé pour avoir été un grand humaniste. Sa curiosité l’avait amené à travailler, entre autre, sur les énergies et le magnétisme de son vivant ce qui lui a certainement permis d’avoir les capacités nécessaires pour favoriser le travail sur les fluides nécessaires à ces matérialisations. Une fois « accepté », après son approche lente et diplomate, ses apparitions se font de plus en plus précises, poussées, voire même instructives…
« N° 175. Les portes sont fermées et scellées. Chocs violents et électriques. Un siège éloigné est apporté près de nous, des allumettes sont demandées. Elles sont enlevées de ma main au moment où je l'avance à la longueur du bras. Au bout de quelque temps, on entend un bruit de frottement, comme celui d'une allumette, et, après plusieurs tentatives très nettes, une allumette est enflammée. La lueur qu'elle produit permet de constater qu'elle est tenue par le fantôme, que nous supposons être Franklin, que l'on voit parfaitement habillé comme précédemment, et l'on juge encore mieux de la couleur de son vêtement. Mais tout disparaît dès que l'allumette s'éteint. Le fantôme paraît encore dix ou douze fois, éclairé chaque fois par une allumette. La troisième fois, mon chapeau était posé sur sa tête, placé comme sur celle d'un vivant ; puis il fut transporté de sa tête sur la mienne. La dernière fois que le fantôme se montra, il était accompagné d'Estelle, qui s'appuyait sur son épaule. Mais miss Fox commençant à se troubler, ses exclamations amenèrent manifestement la disparition des deux personnages et l'on obtint la communication suivante : « Voilà ce que nous avions préparé de longue main. Vous pouvez dire maintenant que vous m'avez vu à l'aide d'une lumière d'origine terrestre. Je reviendrai bientôt et vous donnerai de nouvelles preuves. B. F. »
Cette promesse fut tenue le 12 décembre, et cette fois encore chez M. Livermore. En voici le récit : N° 179. Dans mon salon, je m'étais procuré une lanterne sourde, munie d'une enveloppe dans laquelle une petite valve pouvait, à une distance de dix pieds, produire sur le mur une surface éclairée, ronde, de deux pieds de diamètre. Je posai cette lanterne allumée sur la table et je pris les deux mains du médium. Aussitôt la lanterne fut élevée en l'air et on nous dit de la suivre. Un esprit allait devant en la portant. On voyait parfaitement dans toutes ses formes le fantôme dont les vêtements blancs traînaient sur le parquet. La lanterne fut placée sur un bureau et nous nous arrêtâmes devant une fenêtre située entre ce bureau et une grande glace. La lanterne fut enlevée de nouveau et resta suspendue en l'air, à cinq pieds du parquet, entre le bureau et la glace. Grâce à la lumière qu'elle projetait, nous pûmes voir la forme de Franklin, assis dans mon grand fauteuil devant la fenêtre, que masquait un grand rideau noir. Une fois, la lumière de la lanterne resta pendant dix minutes fixée sur sa face, nous laissant la faculté de l'examiner tout à loisir, ainsi que tout, le reste du corps. Tout d'abord la figure semblait constituée par de la véritable chair vivante, les cheveux paraissaient réels, et les yeux brillants montraient si bien leurs détails, qu'on en distinguait le blanc. Mais je remarquai bientôt que toute l'apparition, y compris les yeux, allait s'effaçant devant la lumière de nature terrestre et cessait de présenter cette apparence de vitalité qu'elle avait conservée tout le temps, lorsqu’elle était éclairée par une lumière spiritique. À plusieurs reprises, je reçus l'ordre de faire jouer la valve, de façon à faire varier l'intensité de la lumière. Je le fis, tandis que la lanterne demeurait tenue en l'air par l'action d'un esprit. A la fin de la séance, nous trouvâmes ces mots écrits sur une carte : « Mon fils. Je désire que le monde tire son profit de tout ceci. C'est dans ce but que j'ai agi. Je reproduirai plus loin plusieurs récits qui confirment celui-ci, au sujet de l'action dissolvante de la lumière sur les formes matérialisées. B. F. »

Deux témoins supplémentaires pour valider les apparitions

Comme nous l’avons vu, pour favoriser les apparitions, il était nécessaire de limiter le nombre de participants aux séances et M. Livermore et sa médium furent donc souvent seuls. Mais, pour l’intérêt de l’étude, il y eut tout de même 10 séances avec le docteur Gray (le docteur d’Estelle qui était spirite) et 8 séances en compagnie de M. Groute, le beau-frère de M. Livermore. À chaque fois qu’un nouveau venu se greffe dans un groupe, le phénomène doit être en capacité de s’adapter à la modification vibratoire, et il se livre à l’exercice de bon cœur, avec une réelle volonté de se prêter à une incontestable étude.
« Ce fut dans la séance n° 256, du 6 juin 1862, que le docteur Gray vint se joindre à M. Livermore. Cette fois, le fantôme du docteur Franklin se présenta, mais il était évident que cela lui était très difficile et il ne parvint pas à prendre le caractère de réalité qu'il avait revêtu dans les précédentes séances. Cependant, les cheveux et les vêtements avaient presque autant de netteté et purent être palpés par le docteur Gray. Ce dernier assista à une seconde séance, onze jours plus tard. Cette fois, le fantôme du docteur Franklin se montra à plusieurs reprises. Mais, au début, les traits étaient à peine reconnaissables et, même dans une séance subséquente, une partie du visage parvint seule à se former et il en résultait un aspect désagréable. Pareil fait ne s'était jamais produit dans les séances où M. Livermore se trouvait seul. Quant à Estelle, elle ne parut ni à l'une ni à l’autre de ces deux séances. A la troisième séance, tenue le 25 juin, le fantôme de Franklin se montra parfaitement formé et fut reconnu par le docteur Gray.
Pendant la quatrième, on reçut un message recommandant de couper avec des ciseaux un fragment des vêtements de nature spiritique, afin de l'examiner. M. Livermore, ainsi que le docteur Gray profitèrent tous les deux de cette autorisation. La texture de l’étoffe se montra résistante pendant quelque temps et l'on put même la tirailler sans la déchirer. Ils eurent donc tout le temps de l'étudier sérieusement avant de la voir s'évanouir. Dans les séances qui suivirent, la forme du docteur Franklin se montra au docteur Gray dans un état parfait et sous une lumière aussi intense qu'il avait été donné à M. Livermore lui-même de l'obtenir. Estelle ne se montra qu'une seule fois devant le docteur, dans la séance 384, du 10 novembre 1865, tenue chez M. Livermore. Elle portait une gaze blanche extrêmement légère qui lui recouvrait la tête et un voile transparent. Toute la partie inférieure de son costume était lâche et flottante.
M. Groute assistait, le 28 février 1863, à la 346ème séance et c’était lui qui tenait les mains du

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Pourquoi organisons-nous des réunions spirites publiques dans notre centre ?

Allan Kardec, dans le livre des médiums, nous explique avec clarté l’intérêt d’organiser des réunions spirites dans les centres spirites. Elles permettent l’échange des pensées entre le monde visible et le monde invisible.

Depuis de nombreuses années, nous organisons un samedi par mois une réunion spirite ouverte à tous. Au début, nous laissions les Esprits venir librement s’exprimer par l’intermédiaire des médiums psychophones. Le président de séance donnait le travail, aux médiums, sous inspiration du guide du centre, le frère Jean de la lumière. Nous avions des instructions générales, des conseils et aussi des communications d’Esprits perdus. Au fil du temps, nous avons modifié notre travail pour répondre aux demandes d’un public curieux et intéressé par l’au-delà. Nous avons établi des fiches de demandes de nouvelles de proches décédés. Toujours sous la direction de nos Esprits instructeurs, nous demandons dans un premier temps la situation de l’Esprit et ensuite s’il peut se communiquer par l’intermédiaire d’un médium. Si l’Esprit ne peut pas venir, une instruction est donnée pour aider la famille.
Quel est le but de ces séances ? Pourquoi elles sont ouvertes à tous ?
Elles permettent de montrer le travail bénévole d’un médium à l’écoute du monde spirituel. Sous la protection de guides, le médium psychophone ou le médium psychographe travaille avec ces compagnons du centre dans un plein accord harmonieux. Ces réunions montrent, au public, la difficulté de certains Esprits familiers à se retrouver et à s’adapter à la vie dans l’au-delà. C’est en quelque sorte la démonstration vivante de la situation de nos proches dans l’au-delà.
Ce dialogue se déroule toujours dans le calme et le public écoute patiemment son déroulement. A la fin de la séance, il peut poser des questions pour comprendre ce qui s’est passé. Le président de séance profite de ce moment pour instruire et répéter inlassablement les bases de l’enseignement spirite en conseillant des lectures car elles sont indispensables au progrès de chacun.
Dans les cas d’Esprits dans la souffrance et une fois les explications données, nous proposons de prier et d’envoyer des fluides à ces Esprits en errance. Pour ce faire, nous demandons que la personne, qui a déposé la fiche, soit présente au cours des trois séances d’aide. Il est curieux de constater que bien souvent les vivants laissent finalement leur mort se débrouiller tout seul. Il y a encore beaucoup d’incompréhension sur les liens qui unissent nos deux mondes et sur les mécanismes qui organisent nos vies.
En prenant un exemple…
Bertrand est le papa de Sylvie. Il est particulièrement tourmenté. L'attachement à la matière rend son cheminement difficile. Son périsprit est chargé de fluides lourds, ils créent en lui des tensions.
- Tu peux venir auprès de ce médium et nous faire part de ton parcours, de tes difficultés en ce monde que tu découvres. Ce monde n'est pas ce que tu imaginais ?
- D'abord, je n'ai rien imaginé, ce n'est pas la peine de me dire ça. Pour moi, il n'y avait rien ou pas grand-chose. C'est toujours la lutte de tous les côtés où on est, on ne trouve que des regrets dans ce monde. Des regrets de ne pas avoir su faire, de ne pas avoir su aimer suffisamment, de ne pas avoir su trouver les bonnes voies. Maintenant, je n'ai pas trouvé la solution si c'est ce que tu veux entendre, voilà ! Je les vois, je sais que la famille est là, et ça me fait de la peine de leur dire ça.
- Ton témoignage à lui seul est d'un grand conseil, il montre que pour ne pas avoir de regret, il faut bien remplir sa vie.
- Je ne sais pas si on peut trouver un chemin, un chemin de bonheur, de joie, je ne sais pas. Ce monde est plein d'embûches, je le vois comme plein d'embûches. Les frères autour de moi sont dans le même état, personne ne sait, personne ne comprend, personne n'a la bonne solution. Comme quand on est parmi vous, c'est pareil, les conseils des uns des autres, ça passe à côté. Comment faire ? Comment faire ?
- Il faut aller chercher au fond de son cœur et retrouver des sentiments de partage, retrouver cette joie d'enfant qui permet de croire en autre chose.
- Il y a beaucoup de tristesse en moi, tu sais, de n'avoir pas réussi, d'avoir laissé plein de vide, je n'ai pas réussi, c'est terriblement frustrant cette affaire.
- Tu sais demander de l'aide malgré tout ?
- Oui, je sais demander de l'aide, je savais demander de l'aide, maintenant je ne sais plus.
- Eh bien, il faut que tu retrouves une façon de demander de l’aide avec humilité, avec simplicité. Tu ne croyais pas en Dieu mais maintenant que tu es dans ce monde, tu vois qu'il est bien réel. Tu peux prier pour que Dieu te vienne en aide. Dans la continuité de ta vie d'incroyance, tu chemines et tu vois que les choses existent alors que risques-tu maintenant à aller plus loin pour demander cette aide qui te sera secourable, qui te permettra de cheminer, d'avancer plus loin et trouver enfin ce bonheur dont tu as besoin et toutes les réponses à tes questions ?
- Alors, je peux appeler avec un sentiment, je ne sais pas comment dire ?
- Oui, avec un sentiment d'amour simplement.
- Ah, c'est beaucoup, je peux appeler comme ça. Oui, je comprends, je comprends.
- Je vais te laisser maintenant réfléchir et progresser pas à pas.
- Oui, d'accord, d'accord, c'est avec plaisir que je suis venu vous trouver quand même, ça m'a fait plaisir.
- Au revoir et bon courage.

La parole du jour : le périsprit

En 1856, Allan Kardec est dans son cabinet de travail, il prépare le Livre des Esprits, le livre aux 1019 questions. Il sortira sous presse en 18 avril 1857. Il sera le codificateur du spiritisme après avoir trié des communications, venant de cinquante cahiers, obtenues principalement par la médium Melle Ruth Japhet. Il sera secondé dans ce travail par un certain nombre d’Esprits qui viendront se communiquer aux séances de la famille Baudin au travers des médiums Caroline et Julie Baudin.

Etudions la question 93, où l’on nous parle du périsprit :
- L'Esprit, proprement dit, est-il à découvert, ou est-il, comme quelques-uns le prétendent, environné d'une substance quelconque ?
- L'Esprit est enveloppé d'une substance vaporeuse pour toi, mais encore bien grossière pour nous ; assez vaporeuse cependant pour pouvoir s'élever dans l'atmosphère et se transporter où il veut.
Allan Kardec rajoute en commentaire : « Comme le germe d'un fruit est entouré du périsperme, de même l'Esprit proprement dit est environné d'une enveloppe que, par comparaison, on peut appeler périsprit. »
Un nouveau mot dans le vocabulaire spirite est né.
On apprend, dans cet ouvrage, que le périsprit est l'enveloppe semi-matérielle de l'Esprit, également appelé le corps fluidique ou le corps spirituel.
Il a son origine dans le fluide cosmique universel de chaque monde ou plan auquel l'Esprit est lié. Il est composé de matière, comme le corps charnel, mais d’une matière dans un état différent, plus subtile ou quintessenciée ; cette matière n'est pas rigide comme celle du corps physique, mais flexible et expansible, ce qui fait que le périsprit est beaucoup plus malléable sous l'action de l'Esprit. Tout comme le corps physique, il a une structure et une physiologie mais il n’a pas d'intelligence, ni d'autonomie. Il n'est pas un autre être mais un instrument de l'Esprit, tel que le corps physique. Il relie l'Esprit à la matière, dans ce monde comme dans les autres, en s’en servant comme d’un instrument. L’Esprit peut ainsi agir à la fois sur un plan fluidique ou sur un plan matériel.
Le périsprit enregistre les effets de toutes les actions de l'Esprit ; c’est le siège de la mémoire. Il permet aux Esprits de s’identifier et de se reconnaître les uns les autres sur le plan spirituel. Il est le moule, la forme de l'être corporel. Il préexiste au corps physique.
Pour que l'Esprit puisse s'incarner, un lacet fluidique, qui est une expansion du périsprit, se relie à l’ovule fécondée et préside à la multiplication des cellules, une a une, en dirigeant la formation du corps. Quand celui-ci est complet, il se retrouve entièrement lié au périsprit, molécule par molécule.
Le périsprit accompagne toujours l'Esprit dans toutes les étapes de son évolution. Il devient plus éthéré au fur et à mesure que l'Esprit s'épure et s'élève. Chez les Esprits purs, le périsprit est si éthéré qu’il n'existe pas pour nos sens.
Selon l'évolution de l'Esprit, son périsprit se présentera de manières différentes :
– Son poids ou celui des fluides qui attachera l'Esprit à un plan de vie spirituel avec ceux qui lui seront semblables.
– Sa densité qui répond à sa malléabilité. Plus l'expansion du périsprit est grande, plus il sera subtil et moins dense.
– Son énergie qui se révèle dans la luminosité et l’irradiation. Plus l'Esprit est évolué et plus clair et lumineux sera son périsprit. C'est pourquoi l'expression Esprit de Lumière signifie un Esprit qui présente déjà un degré d’évolution considérable.
La constitution du périsprit n'est pas identique pour tous les Esprits, même s’ils sont du même monde. La couche fluidique qui enveloppe un monde n'est pas homogène et lorsque l'Esprit forme son périsprit, il va attirer des fluides plus ou moins éthérés et subtils selon ses possibilités.
Les Esprits inférieurs ont un périsprit plus grossier et c’est pour cela qu’ils sont aimantés au monde qu'ils habitent, sans la possibilité d’atteindre les mondes plus évolués. Quelques Esprits confondent leur périsprit avec leur corps matériel et peuvent expérimenter des sensations comparables au froid, à la chaleur et à la faim.
Avec cette nouvelle connaissance, Allan Kardec apporte toute une révolution dans les idées et les croyances et donne des réponses à toute une foule de phénomènes qui restaient inexpliqués.