Vous trouverez dans cette rubrique l'ensemble des Bulletins "Le Spiritisme"du CSLAK.
Si vous désirez vous abonner à cette revue trimestrielle et recevoir l'exemplaire chez vous, remplissez ce formulaire.

Tout internaute peut télécharger nos articles du bulletins, ils sont libres d'accès cependant si vous les diffusez sur internet sur votre blog, sur votre site ou facebook, twitter, etc, merci d'indiquer que vous les avez téléchargés à partir de notre site internet. Ainsi, vous contribuerez à la diffusion de la cause spirite en nous aidant à nous faire connaître.

Bulletin 76

Bulletin 76 - mars 2019
Sommaire

Editorial

Les siècles se succèdent et notre humanité se demande toujours s’il y a une vie après la vie, si l’homme possède une âme, et si oui, quelle est sa nature, ses liens avec la matière, et ses occupations après sa libération. De Platon, quatre siècles avant JC, jusqu’à nos jours et malgré les témoignages accumulés notamment par le spiritisme et d’éminents savants la question est toujours présente. Quelles preuves tangibles peut-on apporter pour nous rassurer définitivement. Il y a inévitablement cette frontière entre nos deux mondes et cette barrière liée à nos sens physiques et à notre propre réalité qui nous empêche de voir plus loin et d’acquérir cette certitude. Cet organisme physique qui contraint l’âme limite les recherches, et est un obstacle à cette découverte primordiale. Il nous oblige par ses sollicitations à se soucier en premier de nous-même pour assouvir nos besoins, nos désirs et nos plaisirs. Le corps distrait l’âme et perturbe son raisonnement. L’âme anesthésiée par la matière perd le souvenir de son passé et le pourquoi de son incarnation. Le corps apporte ses distractions et est une source constante de trouble pour l’âme.
Pour que celle-ci retrouve sa liberté de penser et d’agir il faut dissocier l’un de l’autre. C’est ce que fait la mort libérant l’Esprit qui peut de ce fait revenir se communiquer aux médiums ; preuves encore insuffisantes pour les scientifiques sceptiques.
Alors certains médecins, de Moody aux États Unis il y a 40 ans, à Charbonnier en France de nos jours, ont pensé à faire témoigner des vivants de retour de l’au-delà, lorsque l’âme s’émancipe et rapporte de nouvelles preuves dans ce qui est appelé les Expériences de Mort Imminente (EMI). Mais les sceptiques irréductibles contestent encore et toujours ce concept de mort cérébral puisque la mort pour eux est un état d’où l’on ne revient pas…

Gilles Fernandez

Raymond Moody, le précurseur des EMI

A la fois docteur en philosophie et médecin psychiatre, Raymond Moody est mondialement connu pour avoir mis en lumière le phénomène des Expériences de Mort Imminente. Il publie en 1975 « La vie après la vie », qui est le tout premier livre sur ce sujet. Il y analyse avec une grande prudence les témoignages de personnes qui racontent être revenues de l’au-delà. Le sujet, inédit, trouve un écho favorable chez de nombreuses personnes, restées jusqu’alors silencieuses par peur de paraître folles et qui se sentent soudainement « reconnues ». Vendu à plus de 30 millions d’exemplaires, cet ouvrage est le point de départ d’un vaste mouvement de recherches sur les expériences de mort imminentes, appelées à présent communément des EMI ou bien des NDE, en anglais, pour Near Death Experience. Raymond Moody fera paraître d’autres ouvrages, soit pour compléter cette première étude, soit pour approfondir le questionnement qu’elle suscitait sur des thématiques proches comme les Expériences de Mort Partagée ou les thérapies par les vies antérieures. Moody ne parle jamais de spiritisme, pourtant, les récits des témoins concordent grandement avec ce que nous ont enseigné les Esprits.

De l’astronomie à la philosophie

Né le 30 juin 1944, à Porterdale, dans l’État de Géorgie aux États Unis, Raymond Moody grandit avec un père chirurgien, très dur et souvent absent, remplacé par un grand-père paternel qui se trouvera très vite paralysé. Ces épreuves éveillent chez lui un intérêt marqué pour la mort qui l’attire et le terrorise à la fois. Il grandit, sans références religieuses, dans une école privée pour élèves doués. Fasciné par l’espace, il s’inscrit en astronomie à l’université.
Lorsqu’en 1952, à 18 ans, il lit La République de Platon, il découvre avec stupeur son premier récit de mort imminente et comprend qu’il y a une autre manière de penser à la mort qui devient ainsi moins terrifiante. Il se dit lui-même littéralement « happé » à ce moment-là par la philosophie, particulièrement par les penseurs grecs, et il change donc d’orientation. Devenu docteur en philosophie, il enseigne dans une université de la Caroline du Nord, et garde pour Platon, qui lui a «ouvert les portes de la pensée », une affection toute particulière qui l’amènera à le citer très régulièrement.
Il consacrera d’ailleurs au philosophe tout un chapitre de son premier ouvrage La vie après la vie. Il nous y explique la conception de Platon pour qui le corps humain serait la prison de l’Âme. La naissance, à l’opposé, serait ainsi plutôt synonyme de sommeil et d’oubli. « l’Âme, en venant au monde dans un corps, passe d’un état de conscience supérieure à un état de moindre connaissance ; en effet, elle oublie entre-temps les vérités qu’elle possédait avant de prendre chair. Par voie de conséquence, la mort prend figure de réveil et de ressouvenance." Moody enchaîne en résumant le chapitre X de La République dans lequel Platon retrace le mythe d’Er, un soldat grec qui succombe au cours d’une bataille meurtrière puis revient à la vie pour témoigner de ce qu’il avait vu pendant son voyage au royaume des morts.

Platon pour modèle

Raymond Moody insiste beaucoup sur les réserves intellectuelles de Platon qui, même en donnant des descriptions très détaillées du monde où vont les âmes après la mort, n’affirmait rien mais préférait parler de « probabilités tout au plus ». En effet, pour lui, tant que nous sommes confinés dans nos corps physiques, tous nos sens sont très limités et peuvent aisément nous induire en erreur. D’autre part, notre langage est lui aussi beaucoup trop limité pour pouvoir rendre compte avec exactitude de la réalité. « Il s’ensuit qu’aucun mot humain ne peut faire plus que fournir une indication ».
Comme son maître Platon, Moody gardera toujours une certaine réserve et préférera rapporter des faits, recueillis et analysés avec rigueur et méthode, sans forcément dire ce qu’il faut en conclure. Il dira, dans une interview accordée à Médiapart : « Nous n’avons pas encore les moyens logiques et conceptuels pour donner une preuve rationnelle d’une vie après la mort. Cependant, je pense que les expériences de mort imminente apportent quelque chose de positif à la question de la vie après la mort. » En fait, ce sont les éditeurs qui ont voulu faire du sensationnel, du « marketing » comme on dit, en mettant de gros bandeaux sur les livres parlant de « preuves scientifiques » sur l’après-vie. Moody a beaucoup souffert de voir son travail dénaturé, juste pour répondre à une tactique commerciale bien loin de sa fibre scientifique. Il remettra donc les choses au point dans un livre qui va paraître en 1999, sous le titre The last Laugh (le dernier rire), dans lequel il ira jusqu’à renier ses travaux. Il faut dire que, depuis son premier livre, Moody essaye de rester dans sa ligne de conduite, tirée de Platon, qui consiste à dire que l’être humain n’est pas en capacité de prouver ni de réfuter l’existence d’une vie après la mort. Sa méthode : « Ne pas interpréter les témoignages en me lançant dans des considérations spirituelles ou religieuses, mais les présenter de façon méthodique, pour poser des questions essentielles relatives à la réalité de l’expérience et sur ce qu’on peut en conclure. »

D’autres récits troublants

En 1965, soit quelques années après ce tout premier récit lu à propos de l’après-vie, lors d’un cours de philosophie, son professeur raconte le voyage dans le monde des morts du docteur George Ritchie, un psychiatre qui avait été déclaré cliniquement mort à la suite d’une pneumonie. Son récit ressemble étrangement à celui de Platon dans le mythe d’Er. Poussé par sa curiosité intellectuelle, Moody rencontre cet homme chaleureux qui lui raconte son aventure dans les moindres détails.
Sa « 3ème rencontre » avec les NDE, celle qui lui mettra réellement le pied à l’étrier, a lieu alors qu’il est à présent professeur de philosophie. En faisant lire le Phédon de Platon, dans lequel il est trait de l’immortalité de l’âme, un de ses étudiants l’interroge de façon un peu plus poussée sur le phénomène de mort imminente que sa grand-mère avait vécu. Ici encore, l’expérience est étonnamment semblable à celles d’Er et de Ritchie. Intrigué, Moody décide de se mettre en recherche de cas semblables. Il en parle donc systématiquement en cours, mais en évitant évidemment soigneusement de faire référence aux deux témoignages qu’il avait déjà. Il s’aperçoit rapidement que l’expérience est bien plus fréquente qu’il ne l’imaginait. En effet, dans quasiment chaque classe d’une trentaine d’élèves, il y a au moins un étudiant qui vient lui raconter une expérience personnelle de mort temporaire. Autre surprise : d’importantes similitudes émergent rapidement des témoignages, bien qu’ils proviennent de personnes très différentes du point de vue de la religion, de la culture ou du milieu social.

De la philosophie à la médecine

Son esprit à la fois curieux et scientifique l’amène à reprendre des études de médecine à 28 ans, conscient que c’est pour lui la meilleure manière d’en savoir plus sur la vie, la mort et la conscience. Ainsi, lorsqu’il retourne sur les « bancs de la fac », en 1972, il a déjà réuni un certain nombre de documents dont il fait part à ses nouvelles relations du monde médical. Loin d’être moqué, il est poussé à développer le sujet devant des médecins, au cours de diverses conférences. Cette fois encore, le fait d’en parler ouvre la voie à de nouveaux témoignages, provenant souvent des médecins qui orientent maintenant directement les patients qui leur font part « d’expériences bizarres » en lien avec la mort. Moody devient ainsi, selon sa propre expression amusée, «l’étudiant en médecine le plus célèbre de Géorgie ».

Son premier livre : un sujet inédit qui devient vite un best seller

C’est donc après avoir interrogé des centaines de personnes, que Raymond Moody se décide, en 1975, vie après la vie à publier son premier ouvrage : La vie après la Vie. Élisabeth Kubler Ross, célèbre médecin qui a beaucoup travaillé sur la mort (cf. notre bulletin Le Spiritisme, n°72, de mars 2018)se réjouit de rédiger la préface du livre de ce jeune universitaire qui n’est pas encore médecin mais qui, âgé d’à peine plus de trente ans, révèle un sujet alors totalement inédit, souvent tu, bien qu’il soit vécu fréquemment, et pas seulement à notre époque moderne. En effet, si Platon a été le premier, d’autres récits émaillent le cours de l’histoire comme l’expose Moody, le philosophe, dans son livre. Ce tout premier livre traitant des EMI a suscité des débats passionnés outre-Atlantique, ce qui a certainement contribué au succès de l’ouvrage. Deux ans après, Raymond Moody fait donc paraître un nouveau livre, Lumières nouvelles sur la vie après la vie, afin de prolonger et compléter l’étude initiale, en y apportant des éclaircissements supplémentaires sur les questions engendrées par la première révélation sur les EMI. Un nouveau complément interviendra encore, en 1988, donc onze ans plus tard, avec La lumière de l’au-delà.

Le modèle type d’une EMI

Bien que les récits proviennent de personnes très différentes de par leur religion, culture, âge ou sexe, Moody relève des similitudes troublantes qui lui permettent de déterminer une quinzaine de caractéristiques communes à ces diverses expériences. Inutile de préciser qu’aucun témoin ne cumule toutes les caractéristiques, mais, dans chaque récit, on en retrouve 7 ou 8, voire 12 dans les récits les plus complets. Moody a donc établi un « modèle type » du récit des EMI avec toutes les caractéristiques réunies. Voici le récit complet qui sert toujours de référence :
« Voici donc un homme qui meurt, et, tandis qu’il atteint le paroxysme de la détresse physique, il entend le médecin constater son décès. Il commence alors à percevoir un bruit désagréable, comme un fort timbre de sonnerie ou un bourdonnement, et dans le même temps il se sent emporté avec une grande rapidité à travers un obscur et long tunnel. Après quoi il se retrouve soudain hors de son corps physique, sans toutefois quitter son environnement physique immédiat ; il aperçoit son propre corps à distance, comme en spectateur. Il observe de ce point de vue privilégié, les tentatives de réanimation dont son corps fait l’objet ; il se trouve dans un état de forte tension émotionnelle.
Au bout de quelques instants, il se reprend et s’accoutume peu à peu à l’étrangeté de sa nouvelle condition. Il s’aperçoit qu’il continue à posséder un « corps », mais ce corps est d’une nature très particulière et jouit de facultés très différentes de celles dont faisait preuve la dépouille qu’il vient d’abandonner. Bientôt, d’autres événements se produisent : d’autres êtres s’avancent à sa rencontre, paraissant vouloir lui venir en aide ; il entrevoit les « esprits » de parents et d’amis décédés avant lui. Et soudain une entité spirituelle, d’une espèce inconnue, un esprit de chaude tendresse, tout vibrant d’amour un « être de lumière » – se montre à lui. Cet « être » fait surgir en lui une interrogation, qui n’est pas verbalement prononcée, et qui le porte à effectuer le bilan de sa vie passée. L’entité le seconde dans cette tâche en lui procurant une vision panoramique, instantanée, de tous les événements qui ont marqué son destin. Le moment vient ensuite où le défunt semble rencontrer devant lui une sorte de barrière, ou de frontière, symbolisant apparemment l’ultime limite entre la vie terrestre et la vie à venir. Mais il constate alors qu’il lui faut revenir en arrière, que le temps de mourir n’est pas encore venu pour lui. À cet instant, il résiste, car il est désormais subjugué par le flux des événements de l’après-vie et ne souhaite pas ce retour. Il est envahi d’intenses sentiments de joie, d’amour et de paix. En dépit de quoi il se retrouve uni à son corps physique : il renaît à la vie. »

De troublantes analogies avec les enseignements du spiritisme

Tous les spirites reconnaîtront, dans ce récit, de nombreuses similitudes avec ce que nous ont enseignés les Esprits. C’est ce que pense aussi l’auteur spirite Richard Simonetti. Dans son livre Qui a peur de la mort, il écrit que « ses récits confirment les informations apportées par les enseignements spirites. Les interviewés font référence à ce bilan qu’ils font sur leur expérience. Ils parlent aussi des thèmes très chers au spiritisme tels le corps spirituel ou périsprit ; la difficulté de comprendre sa condition de « mort », la facilité de « sentir », de capter la pensée des gens ; la possibilité de voler avec une incroyable sensation de légèreté ; la vision de leur corps et les impressions extrêmement désagréables de ceux qui ont tenté de se suicider. »
Simonetti nous fait aussi judicieusement remarquer, un peu plus loin, que Moody, en accord avec les recommandations données par Kardec dans l’Évangile selon le Spiritisme, recherche l’universalité des témoignages pour en garantir l’authenticité, car il n’est pas possible qu’une coïncidence soit si généralisée. «L’authenticité des recherches du Dr Moody, ainsi que celles d’autres chercheurs, est démontrée statistiquement par les récits de centaine de patients qui reviennent de l’au-delà, et qui parlent des mêmes aspects auxquels nous, les spirites, faisons référence et cela malgré leur appartenance à d’autres conceptions religieuses ainsi qu’à d’autres cultures et de conditions sociales diverses et de régions différentes.»
Pour vérifier toutes ces concordances, on peut se reporter au chapitre 3 du Livre des Esprits (celui qui s’appelle « Retour de la vie corporelle à la vie spirituelle »). On y retrouvera, à travers les réponses aux questions 149 à 165, la majeure partie des traits caractéristiques des EMI. Par exemple, à la question 155 : « La mort est la destruction du corps seul, et non de cette seconde enveloppe qui se sépare du corps quand cesse en celui-ci la vie organique. »

Un corps spirituel, le périsprit

Ainsi on retrouve, dans les NDE, le phénomène de décorporation avec la possibilité de se voir, souvent sans même se reconnaître, alors que l’on « flotte » au-dessus du corps et que tous les sens sont bien en éveil. Ils sont même bien plus affinés qu’avant puisqu’on peut, en plus, user de la télépathie et se mouvoir, même à travers les murs, à la seule vitesse de la pensée. Rien de bien surprenant pour les spirites qui connaissent le périsprit et ses grandes possibilités en comparaison de celles du corps physique.
Il est bien question du périsprit dans le récit-type de Moody : « Il s’aperçoit qu’il continue à posséder un «corps», mais ce corps est d’une nature très particulière et jouit de facultés très différentes de celles dont faisait preuve la dépouille qu’il vient d’abandonner.» Certains témoins parlent d’un corps éthéré, d’un corps spirituel de type nuageux, ou d’une sorte de brouillard, ou encore d’une nuée colorée, énergétique, presque transparente. Ils disent qu’il leur a fallu un bon moment pour comprendre qu’ils n’étaient plus dans leur corps physique, tant leurs sensations étaient intenses.

Le jugement : une autoévaluation intime et complète

La sortie du corps s’accompagne d’une sensation de bien-être et de paix, juste avant de voir une grande lumière, éclatante mais non éblouissante, dans laquelle se détachent bientôt les silhouettes de notre guide et/ou des parents et amis déjà désincarnés qui viennent à notre rencontre. S’ensuit alors la vision du film de sa vie ou l’on comprend que la moindre de nos actions ou de nos pensées a pu avoir une incidence sur nos proches. Le sujet ne se contente pas de percevoir mais ressent intimement le mal, la douleur qu’il a pu engendrer chez d’autres. Il ressent aussi, heureusement, les joies et l’amour qu’il a pu offrir. Ils témoigneront tous, après être revenus, que cette prise de conscience est très personnelle mais, qu’à aucun moment, ils ne se sont sentis évalués, jugés, réprimés. Au contraire, c’est avec beaucoup d’amour que les guides aident à visualiser ce bilan et à le comprendre pour mieux s’en saisir ensuite.
Cette notion d’auto-jugement est très importante et Moody lui consacre tout un chapitre dans Lumières nouvelles sur la vie après la vie. Aucun témoin ne raconte avoir croisé un personnage « type saint Pierre » qui le soumettrait à une épreuve de style châtiment-récompense. Moody explique : « Le jugement n’était pas le fait de l’être de lumière – lequel semblait aimer et accueillir tels qu’ils étaient tous ceux qui se présentaient à lui – mais paraissait provenir de l’intérieur même de celui qui était jugé. L’Évangile selon saint Matthieu (7.1-2) comporte un passage susceptible de nous éclairer sur ce point : « Ne jugez pas pour n’être pas jugés. Car c’est avec le jugement dont vous jugez que vous serez jugés, et c’est avec la mesure dont vous mesurez qu’il vous sera mesuré. »
Je trouve très intéressant que, dans les expériences relatées, le jugement soit présenté comme prononcé de l’intérieur par les sujets eux-mêmes. Tout semble, dans l’état auquel ils accèdent, se passer comme s’’ils pouvaient discerner de leur propre chef ce qu’ils auraient dû faire ou ne pas faire, et porter ainsi sur eux-mêmes un jugement en conséquence. »
Moody rapporte des témoignages éloquents dont on extraira juste ces quelques lignes : « Il y a eu un dialogue, pas avec des mots, rien qu’avec des pensées. Tout ce que je voyais, tous les événements que je revivais, je les regardais à travers les yeux de quelqu’un qui aurait eu, on pourrait dire, un savoir infini, et qui m’aidait à voir.
C‘est cette partie-là qui m’a obsédée depuis, parce que je ne voyais pas seulement tout ce que j’avais fait, mais même les répercussions que mes actes avaient entraînés pour d’autres personnes. Ça ne se présentait pas comme un film projeté sur un écran, parce que je ressentais tout ça, ça s’accompagnait de sentiment, surtout à partir du moment où j’avais reçu ce savoir (…) J’ai découvert que même mes pensées sont conservées. Toutes mes pensées étaient là. Nos pensées ne se perdent jamais... »
Un autre dira : « A mon retour, j’étais dominé par un désir envahissant, cuisant, de faire quelque chose pour autrui… J’avais tellement honte de ce que j’avais fait ou n’avais pas fait dans ma vie, il me semblait qu’il fallait réparer tout de suite, que cela ne pouvait pas attendre. »

Le retour à la vie, et à la transformation...

On touche ici au point essentiel des EMI. Raymond Moody, toujours prudent dans ces propos, reconnaît lui-même, qu’on peut discuter, débattre sur la réalité ou non de ces expériences, mais la caractéristique majeure, celle qui est la plus importante, c’est finalement dans les effets, les répercussions que cette expérience amène dans la vie de ceux qui sont revenus. La plupart d’entre eux changent radicalement leur manière d’être et de concevoir la vie. Mieux ! Ces changements s’avèrent durables dans le temps puisqu’on a, à présent, suffisamment de recul pour avoir pu suivre les témoins sur de nombreuses années. Toutes les personnes qui sont revenues sont profondément transformées.  MoodyElles disent qu’avant, elles cherchaient souvent le pouvoir, la célébrité ou l’argent. Mais après, elles veulent seulement poursuivre l’amour car leur expérience leur a enseigné que le but de la vie d’ici-bas est d’apprendre à aimer. Les témoignages sont nombreux à ce sujet : « Quand je suis revenu à moi, j’avais pris la décision de tout changer. j’éprouvais un profond repentir. La vie que j’avais menée jusque-là ne me paraissait pas du tout satisfaisante ; je voulais faire mieux désormais."

Un autre dira : « Depuis ma « mort », à la suite de mon expérience, j’ai brusquement commencé à me demander si ce que j’ai fait, je l’ai fait parce que c’était bien, ou seulement parce que c’était bon pour moi. Auparavant, j’agissais sous le coup d’impulsions ; maintenant je réfléchis d’abord aux choses, calmement, lentement. Il faut que tout passe d’abord par ma conscience et soit bien digéré d’abord. Je m’efforce de faire en sorte que mes actes prennent un sens, et mon âme et ma conscience ne s’en portent que mieux. j’essaye d’éviter les préjugés, de ne jamais porter de jugements sur les autres. Je cherche à faire ce qui est bien, parce que c’est bien et non parce que c’est bon pour moi. Et il me semble que ma compréhension des choses s’est infiniment améliorée. Je ressens tout cela à cause de ce qui m’est arrivé, à cause des lieux que j’ai visités et de tout ce que j’y ai vu. »
Le docteur René Robert, chef de service de réanimation médicale au CHU de Poitiers, a fait une présentation clinique des EMI en 2014. Son étude partait de 344 cas réanimés avec succès, dont 62 patients ont vécu des phénomènes liés à l’IME. Il trouve diverses explications physiologiques à ce phénomène, mais il reconnaît : « De façon intéressante, les patients de cette étude ont été suivis pendant 8 ans et plusieurs données ont pu être rapportées. En effet, certains comportements des patients étaient modifiés de façon significative. A titre d’exemple, l’intérêt pour la spiritualité ou pour comprendre le sens de la vie étaient plus marqués, les patients semblaient plus empathiques, plus tournés vers les autres et plus investis dans leur vie familiale.»
Notons au passage que la perception de l’importance de l’amour n’est pas toujours facile à mettre en pratique au retour, surtout quand on a du mal à faire comprendre les raisons de ces changements de valeur autour de soi. Ainsi, comme le notera Ritchie, la connaissance apportée par cette expérience peut se révéler un fardeau et explique les dépressions que certains font après leur retour.

D’autres aspects concordants avec le spiritisme

A travers la lecture des divers témoignages, on retrouve d’autres aspects qui sont familiers aux spirites. On peut, par exemple, constater la force de la prière pour retenir quelqu’un, même malgré la volonté du malade : « J’ai tenu compagnie à une parente très âgée pendant sa dernière maladie, qui traînait en longueur. Je participais aux soins qui lui étaient donnés et, pendant ce temps, tous les membres de la famille priaient pour elle, afin qu’elle retrouve la santé. A plusieurs reprises, sa respiration s’arrêta, mais on réussissait à la réanimer. Enfin, un jour, elle m’a regardée et m’a dit : « Jeanne, je suis allée de l’autre côté, dans l’ailleurs, et c’est magnifique là-bas. Je ne demande qu’à y rester, mais ce ne sera pas possible tant que vous serez tous là à prier pour que je reste avec vous. Vos prières me retiennent ici. Je vous en supplie, ne priez plus ! » Nous avons obéi et elle est morte peu après. »
Certains témoins, dégagés un peu moins vite, croisent la route d’Esprits errants, qui semblent avancer sans but, perdus et cherchent à s’accrocher à ceux qui passent. D’autres Esprits sont vus, tristes et abattus, tentant désespérément d’entrer en communication avec des incarnés afin de partager leur peine. La plupart des témoins échappent pourtant à ces rencontres en empruntant une sorte de tunnel.

Un prolongement avec les EMI négatives et les EMP

Nous avons vu que Raymond Moody était doué d’une très grande curiosité intellectuelle, mise au service de l’aide à son prochain, en cherchant à éclairer autrui sur la compréhension de notre raison d’être et de mourir, et en aidant notre conscience à trouver un « mieux-être ». C’est ainsi que Raymond Moody poursuit ses recherches avec les NDE négatives, autrement dit, des expériences plus rares, ou dont moins de gens osent parler, qui ont trait à des expériences de mort imminente qui se sont révélées plutôt effrayantes.
Plus tard, il va aussi se passionner sur les EMP ou Expériences de Mort Partagées. Il s’agit de ce qui arrive à des parents ou à du personnel soignant qui vont vivre de façon empathique une EMI avec le malade avec des sorties hors du corps, ou avec des perceptions lumineuses qui peuvent aller, pour certains, jusqu’à la participation au fameux panorama de vie du malade.
Il explique « À la fin de mes études de médecine, j’ai commencé à entendre des récits de mort empathique ou partagée… On me décrivait par exemple des pièces qui changeaient de forme et se remplissaient d’une lumière mystique – chose dont je n’avais jamais entendu parler au sujet des expériences de mort imminente. Mais, parmi tous les éléments récurrents de cette nouvelle forme d’expérience, celui qui me surprenait le plus était la capacité de certaines personnes à voir le film de la vie de la personne mourante… Il existe des expériences de mort partagée plus déconcertantes encore, celles où le phénomène est vécu par plusieurs personnes présentes au chevet du mourant. »
Ces expériences, plus fréquentes qu’on ne le pense, mettent à plat la théorie qui expliquait les EMI par un manque d’oxygène dans le cerveau du malade ce qui occasionnait des hallucinations. L’accompagnant n’étant pas concerné par l’éventuel manque d’oxygène ou autre apport de drogue médicamenteuse qui aurait pu induire un effet sur le cerveau, le témoignage qu’il fournit, difficilement explicable, relance le débat d’une conscience qui survit au corps physique. Ces troublantes expériences sont relatées dans un livre, co-écrit avec Luc Perry et sorti en 2010, sous le titre Témoins de la vie après la vie. Une enquête sur les expériences de mort partagée.

La thérapie par le rire ou par les vies passées

Dans d’autres domaines, Moody publie, en 1978, Guérison par le rire qui démontre ainsi son approche un peu parallèle sur les processus de guérison. Plus intéressant pour nous spirites, en 1991, il s’intéresse aux thérapies par les vies antérieures. Dans le livre qu’il a consacré au sujet, Voyage dans les vies antérieures, il raconte lui-même son trouble lorsque, sous hypnose, il parvient à remonter sur 9 vies. Ici encore, il reste prudent dans ces déclarations en expliquant que le sujet cherche en lui-même des clefs, en utilisant par exemple inconsciemment la mythologie grecque, pour déverrouiller des blocages et pouvoir ainsi se reconstruire sur une base plus saine. Même sans le comprendre, Moody reconnaît que les résultats de thérapies par la régression sont bien plus efficaces et rapides, particulièrement auprès de certains patients phobiques, qui, après avoir relié leur phobie avec une vie passée, arrivent à s’en défaire. « Je ne sais pas précisément pourquoi les régressions réussissent à guérir certaines maladies. Je peux seulement citer ce qu’Albert Einstein a dit, il y a bien des années : « Il est possible qu’il existe des émanations qui nous sont encore inconnues. Vous vous souvenez comme on s’est moqué des courants électriques et des « ondes invisibles » ? La connaissance de l’homme est encore au berceau. »

Le psychomanteum

En 1990, Moody cherchera aussi à communiquer avec les défunts en reprenant une technique venue de la Grèce Antique : le psychomanteum. Il s’agit d’une sorte de caverne où, par un subtil jeu de miroirs, faiblement éclairés, on provoque un état modifié de conscience qui peut permettre de rentrer en contact avec des personnes disparues. Moody a ainsi pu, lui-même, en utilisant cette technique, toucher sa défunte grand-mère.
Le docteur Jean-Jacques Charbonnier, dans son livre Les preuves scientifiques d’une vie après la vie, commente les bons résultats ainsi obtenus par Moody : « Après un passage dans le psychomanteum, persuadés de l’existence d’une vie après la mort, les postulants à ce procédé original de communication ont pu reprendre espoir. Moody a aussi constaté un phénomène intéressant se produisant sur les sujets qui s’étaient prêtés à son expérience : ces derniers subissaient les mêmes transformations psychologiques que des expérienceurs. En particulier, ils n’avaient plus peur de mourir, se détachaient des valeurs matérielles de ce monde, se tournaient davantage vers les autres en devenant meilleurs et plus aimants. En plus, l’expérience leur faisait comprendre que leur disparu était en paix, heureux et continuait, de façon spirituelle, à être à leur côté. Le psychomanteum avait donc un pouvoir thérapeutique indéniable dans les douleurs du deuil.»
Comme on peut s’en douter, ces expériences sur la communication avec les défunts n’ont pas été très bien accueillies par ses confrères, loin de là. Raillé, victime de moqueries et de méchanceté, Moody entre dans une période très sombre.

Le suicide

Ainsi, en 1991, alors qu’il a 47 ans, et malgré tous ses succès, littéraires et professionnels, Raymond Moody vit une période très difficile : il se retrouve totalement épuisé du fait d’une maladie thyroïdienne rare, non encore diagnostiquée chez lui, qui ralentit son cerveau et l’amène à faire des erreurs de jugement. Il confie la gestion de ses finances à une personne qui n’en était pas digne et qui le ruine. Son mariage vole en éclat. Malgré ses connaissances, il en arrive à faire une première tentative de suicide. Persuadé que ses expériences étaient issues d’un cerveau malade, son père le fait interner en hôpital psychiatrique. Heureusement, avec le soutien de quelques amis médecins, on découvre enfin sa maladie et le traitement alors administré permet le retour à la normale.
Avant d’aller plus loin, ouvrons ici une parenthèse, pour voir ce qu’il avait lui-même écrit à propos du suicide. Dans La vie après la vie, il avait pris soin d’ajouter, un an après l’achèvement de l’ouvrage, un « additif concernant le suicide ». Il tenait à préciser que tous ceux qui avaient vécu une EMI après une tentative de suicide avaient pour point commun de relater une expérience désagréable… Une femme, qu’il avait interrogée, lui avait très justement dit « Si vous quittez ce monde avec une âme tourmentée, vous serez une âme tourmentée dans l’autre monde.»
Comme il avait eu de nombreux témoignages allant dans ce même sens, dans son livre suivant, Lumières nouvelles sur le vie après la vie, c’est tout un chapitre qu’il consacre au sujet du suicide. Il peut ainsi relayer certains témoignages parlants : « Une femme a déclaré avoir été comme « prise au piège » dans la circonstance qui l’avait poussée à se suicider. Il lui semblait que l’état de choses au milieu duquel elle s’était débattue avant sa « mort » ne cessait de se répéter, comme en une boucle fermée. (…) «L’ennui c’est que, même alors que j’étais morte, les choses en étaient toujours au même point. C’était comme si la même chose se répétait sans cesse, un éternel retour. Je subissais l’événement une fois, et à la fin je pensais : « ouf, c’est fini, quelle chance ! » Mais aussitôt après tout recommençait et je pensais : « Oh non ! Assez ! Que ça s’arrête ! » Tous ont déclaré qu’après ce qui leur était arrivé, ils n’envisageaient plus jamais le suicide comme une solution ; tous estimaient qu’ils avaient commis une erreur et se félicitaient de n’avoir pas réussi dans leur tentative. »
Ceux qui tentent le suicide se retrouvent dans « un endroit affreux. J’ai immédiatement mesuré l’erreur que j’avais commise... », comme le raconte cet homme qui espérait ainsi rejoindre sa défunte épouse. Son récit est tout à fait conforme avec ce qu’Allan Kardec écrivait, en réponse à la question 956 du Livre des Esprits, à propos de ceux qui se suicident pour rejoindre un être aimé : « Le résultat pour eux est tout autre que celui qu’ils attendent et, au lieu d’être réunis à l’objet de leur affection, ils s’en éloignent pour plus longtemps, car Dieu ne peut récompenser un acte de lâcheté et l’insulte qui lui est faite en doutant de sa Providence. Ils payeront cet instant de folie par des chagrins plus grands que ceux qu’ils croient abréger, et n’auront pas pour les compenser la satisfaction qu’ils espéraient. »
Pour appuyer ses propos, Moody aurait pu citer Allan Kardec évidemment, mais il préfère citer les écrits de grands penseurs comme Platon qui, dans le Phédon, développe une doctrine selon laquelle nous avons été assignés sur la terre à un poste que nous n’avons pas le droit d’abandonner. Platon soutient que par essence nous appartenons à Dieu, lequel prend soin de nous, nous n’avons donc pas le droit de disposer de nous-même de cette façon.
Il cite aussi saint Thomas d’Aquin au Moyen Âge, John Locke philosophe anglais du XVII ème siècle, ou Emmanuel Kant, le philosophe allemand qui, bien que très différent des précédents, s’unit à eux dans cette conception du suicide en comparant le suicidé à un rebelle à la cause divine. « Nous appartenons à Dieu, nous sommes Sa propriété ; Sa Providence œuvre pour notre bien. »
Moody étend même le suicide à nos diverses addictions qui nous amènent doucement à écourter notre vie sur Terre. C’est exactement ce qu’a vécu André Luiz, comme nous l’avons lu dans Nosso Lar, lorsqu’il arrive dans les limbes et qu’il ne comprend pas pourquoi on le traite de « suicidé ».
Moody conclut son chapitre sur le suicide par cette jolie phrase « Ce dont un suicidaire a besoin, ce qu’il doit pouvoir attendre de nous, ses frères humains, ce n’est pas un jugement, mais de l’amour et de la compréhension. »

Encore plus d’empathie...

Ces mots pleins d’amour et de compréhension ont certainement contribué, lorsqu’il a commis l’erreur du suicide à son tour, de ne pas le pénaliser mais, au contraire, de lui ouvrir un nouveau champ de connaissances. Ainsi, avec le recul, Moody reconnaît qu’au lieu de le desservir, cette maladie a su développer son sens de l’empathie, car il a, à ce moment-là, vécu lui aussi une EMI. « Sans elle, je n’aurais pas vécu personnellement une expérience de mort imminente, événement qui m’en apprit plus en quelques minutes que des années de recherche et de conférences. C’est ce qu’il raconte dans un livre, Paranormal, une vie en quête de l’au-delà, écrit avec Paul Perry en 2013. « J’ai vécu une sorte de séparation des couches de la réalité, dans laquelle j’ai réalisé qu’il existe un état d’existence plus élevé, plus réel que celui que l’on rencontre au cours du processus de la mort. Je n’avais pas eu la vision classique de voir mon propre corps. Cependant, j’ai pris conscience qu’un autre type d’existence hyper-réaliste fait partie du processus de la mort. »
Il explique, dans l’ouvrage, pourquoi les deux tentatives de suicide qu’il a faites ont été des bénédictions dans sa vie. « Ainsi donc, cher lecteur, ce que je tente de dire, c'est que si le récit de ma tentative de suicide vous fait douter de mon travail ou de la valeur de ses enseignements, vous devez à l'instant même interrompre votre lecture. Je dirai simplement que, selon moi, cette expérience a contribué à me rendre plus honnête vis-à-vis de mon travail et de moi-même ; sans elle, j'aurais été dépourvu, comme de nombreux médecins, de cette dimension essentielle. Pour paraphraser William Osler, le père de la chirurgie moderne, « un homme qui a été lui-même un patient devient un meilleur médecin ». Et ce fut bel et bien le cas pour moi. »

Donner du sens au non-sens

C’est le titre de son dernier livre, paru en 2016. Le septique a laissé la place à la logique de l’inintelligible, qui admet que nous ne pouvons pas tout comprendre de la vie après la mort, mais cela n’empêche pas d’admettre sa réalité.
« Je considère que nous n’avons pas encore de preuves « scientifiques » de la vie après la mort, car les méthodes de la science moderne ne sont pas adaptées à cette expérience humaine. Je dirais même que nous avons besoin d’une nouvelle définition de la NDE, parce que, comme je l’avais pressenti, il faut la considérer non comme un phénomène psychique indépendant, mais comme une des nombreuses expériences extraordinaires autour de la mort, au même titre que la réincarnation, les apparitions, la médiumnité… Ce que nous savons, c’est que la conscience n’est pas seulement une production du cerveau et de nos circuits neuronaux. Aujourd’hui, je crois que notre esprit, notre âme perdure au-delà de la vie. Disons que nous sommes arrivés aux portes du paradis, mais on ne sait pas encore ce qu’il y a derrière ces portes… »

Le mythe de la caverne de Platon

Nous avons vu, dans l’article sur le docteur Raymond Moody, qu’il s’inspirait beaucoup de Platon et de sa technique de communication qui a l’avantage de marquer les esprits. En effet, dans le Phédon, Platon insiste sur « la nécessité de toujours introduire un élément narratif dans l’étude de l’après vie car c’est ce qui aide les gens à appréhender les concepts de la vie au-delà de la mort physique et le recours indispensable à un mode de raisonnement conceptuel qui permet d’aller au-delà des histoires elles-mêmes. » Pour mieux comprendre ce que cela signifie concrètement, on aurait pu vous retranscrire le mythe d’Er, ce fameux premier récit d’une EMI mais nous avons préféré partager une allégorie d’une grande puissance évocatrice, connue sous le nom de « mythe de la caverne ». C’est sous la forme d’un dialogue entre Socrate, le maître de Platon, et un interlocuteur nommé Glaucon, que l’antique philosophe nous aide à comprendre comment des illusions peuvent aisément être prises pour une réalité. La beauté et la force de ce récit devraient aussi aider à mieux comprendre l’attrait de Moody pour Platon…

- Imagine des hommes dans une sorte de grotte souterraine, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière. Figure-toi ces hommes comme étant là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu'ils ne peuvent ni bouger ni regarder ailleurs que devant eux, leurs chaînes les empêchant de tourner la tête. Imagine encore que la lumière leur vienne d'un feu allumé sur une hauteur située derrière eux, au loin ; entre le feu et ces prisonniers passe une route, le long de laquelle on a construit un petit mur, semblable aux cloisons que les montreurs de marionnettes placent devant eux et au-dessus desquelles ils montrent leurs poupées.
- Je vois tout cela, dit-il.
- Alors, figure toi aussi, le long de ce petit mur, des hommes portant toutes sortes d’objets qui dépassent le haut du mur : images d’hommes et d’animaux, en pierre, en bois, ou en toutes sortes de matières ; certains de ces porteurs parlent, les autres se taisent.
- Voilà bien, s'écria Glaucon, un étrange tableau et d'étranges prisonniers !
- Ils nous ressemblent, répondis-je. D'abord, penses-tu que, dans une telle situation, ils n’aient jamais pu voir autre chose d'eux-mêmes et de leurs proches que les ombres projetées par le feu sur le mur de la caverne qui leur fait face ?
- Comment l’eussent-ils pu, observa Glaucon, puisqu’ils sont forcés de conserver la tête immobile pendant toute leur vie ?
- Et n’en ira-t-il pas de même pour les objets qui défilent devant leurs yeux ?
- Assurément.
- Si donc ils pouvaient s'entretenir ensemble ne penses-tu pas qu'ils prendraient les ombres qu’ils verraient pour des objets réels ?
- Nécessairement.
- Et si la paroi de la prison produisait un écho, chaque fois que l'un des porteurs parlerait, croiraient-ils entendre autre chose que la voix de l'ombre qui passerait devant eux ?
- Non, par Zeus, dit-il !
- Donc, de tels prisonniers n'attribueraient de réalité qu'aux ombres des objets artificiels.
- C’est inévitable, dit-il.
- Maintenant, considère ce qui leur arrivera si, dans le cours de la nature, on les délivre de leurs chaines et qu'on les guérisse de leur ignorance en même temps. Que l’un de ces prisonniers soit délié, qu'on le force à se dresser tout à coup, à tourner la tête, à marcher, à lever les yeux vers la lumière : en faisant tous ces mouvements, il souffrira et l'éblouissement causé par la vive lumière l'empêchera de distinguer les objets dont il avait, jusque-là, bien vu les ombres. Que crois-tu donc qu'il répondra si quelqu'un vient lui dire que ce qu’il avait vu jusqu’alors n’était que simulacre et illusion, tandis qu'à présent, plus proche de la réalité et tourné vers des objets plus réels, il voit plus juste ? Et si, en lui montrant toutes ces choses qui passent, on l'obligeait à force de questions, à dire ce que c'est ? Ne crois-tu pas qu'il en serait bien embarrassé, et qu’il tiendrait les ombres qu'il voyait tout à l'heure pour beaucoup plus vraies que les objets qu'on lui montre à présent ?
- Bien plus vraies, dit-il ;
- Et si on le force à regarder en face la lumière elle-même, ses yeux n'en seront-ils pas blessés ? Ne se détournera-t-il pas aussitôt pour retourner vers les choses qu'il peut regarder sans peine, et ne considérera-t-il pas celles-ci comme plus nettes et plus claires que ce qu’on voulait lui montrer ?
- Assurément !
- Et si, dis-je encore, quelqu’un l'arrache de force à sa caverne, l’oblige à gravir la montée rude et escarpée, et ne le lâche pas avant de l'avoir traîné jusqu'à la lumière du soleil, ne penses-tu pas qu’il trouvera ce traitement pénible et qu’il se plaindra de ces violences ? Et parvenu à la lumière, les yeux tout éblouis par son éclat, pourra-t-il distinguer une seule des choses que nous appelons vraies ?
- Non, répondit-il, du moins, pas tout de suite.
- Et il faudra, je suppose, un temps d’accoutumance pour arriver à voir les objets de la région supérieure. Il commencera par distinguer les ombres, puis les images reflétées dans l’eau, des hommes et des choses ; ensuite les objets eux-mêmes. Après cela, il pourra contempler plus facilement pendant la nuit les corps célestes et le ciel lui-même, à la lueur des étoiles et de la lune, plutôt que de jour, le soleil et sa lumière.
- Sans aucun doute.
- Finalement, j’imagine, il parviendrait à contempler le soleil lui-même et à le voir dans sa vraie nature, non plus ses reflets dans l’eau ou ses vaines images, mais en lui-même et à sa vraie place.
- Nécessairement !
- Après cela, il en viendra à conclure que c’est le soleil qui fait les saisons et ordonne le cours des années, qui gouverne tout dans le monde visible, et qui se trouve, en quelque sorte, être la cause de toutes ces choses vues par lui et ses compagnons.
- Évidemment, dit-il, ce serait la démarche suivante.
- Or donc, se souvenant de sa première demeure, de ce que l'on y enseigne comme prétendue sagesse, et de ses anciens compagnons de captivité, ne penses-tu pas qu'il se réjouira du changement et plaindra ces derniers ?
- Si, assurément.
- Et s'ils se décernaient alors les uns aux autres des honneurs et des louanges, s'ils distribuaient des récompenses pour celui qui saisissait de l’œil le plus vif le passage des ombres, qui se rappelait le mieux l’ordre dans lequel elles se suivaient d’habitude, et qui se révélait le plus habile à deviner leur apparition, penses-tu que notre homme s’intéresserait à ces distinctions et jalouserait ceux qui, parmi les prisonniers, seraient honorés et puissants ? Ou ne préfèrera-t-il pas, comme le héros d'Homère, vivre à la façon d'un valet au service d'un pauvre laboureur, et endurer n’importe quelle souffrance plutôt que de revenir à ses anciennes illusions et de vivre comme il vivait ?
- Je suis de ton avis, dit Glaucon, je pense qu’il préférerait tout souffrir plutôt que de vivre de cette façon-là.
- Imagine encore que cet homme redescende dans la caverne et revienne s'asseoir à son ancienne place : n'aura-t-il pas les yeux aveuglés par l’obscurité en quittant brusquement le plein soleil?
- Certainement.
- Et s'il lui faut entrer de nouveau en compétition avec les prisonniers qui n'ont pas quitté leurs chaînes, pour émettre un jugement sur ces ombres alors que sa vue est encore troublée, et avant que ses yeux se soient remis (or l'accoutumance à l'obscurité peut demander un temps assez long), ne va-t-il pas provoquer des moqueries ? Ne va-t-on pas dire qu’il est revenu de son voyage avec la vue abîmée, et que ce n’était donc pas la peine d'essayer de monter là-haut ? Et s’ils pouvaient tenir dans leurs mains et tuer celui qui tenterait de les délivrer pour les conduire là-haut, ne le tueraient-ils pas ?
- Sans aucun doute, ils le tueraient, dit-il.